1. Résumé
L’Inventaire obsessionnel-compulsif de Vancouver (Vancouver Obsessional Compulsive Inventory, VOCI) est un instrument d’auto-évaluation psychométrique conçu par Stanley Rachman, Dana S. Thordarson, Adam S. Radomsky, Roz Shafran, Christopher N. Sawchuk et A. Ralph Hakstian en 2004. Développé pour pallier les limites structurelles et conceptuelles du Maudsley Obsessional Compulsive Inventory (MOCI) et de ses révisions subséquentes, le VOCI mesure de manière multidimensionnelle la sévérité et la nature des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC), tels que définis par les classifications nosographiques internationales comme le DSM-IV, le DSM-5 et la CIM-11.
Le questionnaire est composé de 55 items évalués sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Not at all » / Pas du tout) à 4 (« Very much » / Énormément). Il se structure en six sous-échelles validées empiriquement : la contamination (12 items), la vérification (6 items), les obsessions / pensées intrusives (12 items), l’accumulation compulsive / thésaurisation (7 items), le sentiment d’inachèvement ou « Just Right » (12 items) et l’indécision (6 items). Le score total oscille entre 0 et 220, fournissant une estimation globale de la sévérité symptomatologique ainsi qu’un profil différentiel précis des manifestations obsessionnelles-compulsives.
Les études psychométriques initiales et transculturelles démontrent des propriétés statistiques remarquables. La consistance interne est excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach globaux dépassant régulièrement 0,94 dans les populations cliniques et non cliniques, et des alphas de sous-échelles compris entre 0,80 et 0,93. La fidélité test-retest à 47 jours s’avère particulièrement robuste chez les patients souffrant de TOC (coefficients de corrélation intraclasse ≥ 0,90). En termes de validité convergente et discriminante, le VOCI présente des corrélations substantielles avec l’inventaire révisé d’obsessions-compulsions (OCI-R) et l’échelle d’obsessions-compulsions de Yale-Brown (Y-BOCS), tout en discriminant de manière statistiquement significative les patients avec un diagnostic de TOC de ceux présentant un trouble dépressif majeur, un trouble panique ou des individus issus de la population générale saine.
2. Mots-clés
Trouble obsessionnel-compulsif, Évaluation psychométrique, Vancouver Obsessional Compulsive Inventory, VOCI, Obsessions, Compulsions, Contamination, Vérification, Just Right, Accumulation compulsive, Indécision, Validité factorielle.
3. Auteurs
Le Vancouver Obsessional Compulsive Inventory a été formalisé au sein du Département de psychologie de l’Université de la Colombie-Britannique (Vancouver, Canada) et de l’Université Concordia (Montréal, Canada) par une équipe pionnière en psychopathologie cognitive et comportementale :
- Dana S. Thordarson, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Département de psychologie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), spécialisée dans l’évaluation psychométrique et le traitement cognitivo-comportemental des troubles anxieux.
- Adam S. Radomsky, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique à l’Université Concordia, titulaire d’une chaire de recherche sur l’anxiété et les troubles connexes, autorité internationale sur les biais cognitifs dans la vérification compulsive. Courriel : [email protected].
- Stanley J. Rachman, Ph.D. (1934–2021) : Professeur émérite à l’Université de la Colombie-Britannique et auparavant à l’Institute of Psychiatry du King’s College de Londres. Figure historique majeure de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), pionnier des modèles théoriques de l’habituation, de la neutralisation et des intrusions mentales.
- Roz Shafran, Ph.D. : Professeure de psychologie translationnelle à l’University College London (UCL), sommité reconnue pour ses travaux théoriques sur le perfectionnisme clinique et les croyances métacognitives dans les TOC.
- Christopher N. Sawchuk, Ph.D., ABPP : Psychologue clinicien, coprésident de la division de psychologie intégrée à la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota), expert de l’impact des émotions de dégoût dans la contamination.
- A. Ralph Hakstian, Ph.D. : Professeur émérite de méthodologie et de psychométrie au Département de psychologie de l’Université de la Colombie-Britannique, spécialiste des modèles factoriels exploratoires et confirmatoires.
4. Objectif
L’objectif fondamental du VOCI est de fournir aux cliniciens et aux chercheurs un instrument de mesure multidimensionnel robuste, sensible au changement thérapeutique et exhaustif sur le plan symptomatique. Pendant plusieurs décennies, le Maudsley Obsessional Compulsive Inventory (MOCI; Hodgson & Rachman, 1977) a constitué l’étalon-or des auto-questionnaires dans le domaine du TOC. Néanmoins, le MOCI présentait des limites méthodologiques majeures : un format dichotomique de réponse (Vrai/Faux) restreignant la variabilité des scores et la sensibilité aux améliorations cliniques subtiles, une couverture thématique lacunaire omettant les intrusions cognitives pures, l’accumulation d’objets, la lenteur obsessionnelle et les phénomènes de non-concordance perceptuelle (« Just Right »), ainsi qu’une instabilité factorielle constatée lors des réplications empiriques.
Face à ces faiblesses, les auteurs du VOCI ont entrepris de concevoir une mesure globale ancrée dans la nosographie contemporaine et dans la clinique cognitive moderne. L’instrument vise à évaluer non seulement les compulsions motrices manifestes (lavage, rangement, contrôle), mais également les cognitions intrusives répugnantes (obsessions agressives, sexuelles, religieuses), les manifestations émotionnelles d’inconfort (« Not Just Right Experiences » ou NJRE) et les caractéristiques cognitives associées telles que l’indécision pathologique et le doute omniprésent.
Dans la pratique clinique, le VOCI remplit plusieurs fonctions critiques :
- Le dépistage et l’évaluation diagnostique initiale : Il permet de dresser une cartographie dimensionnelle des obsessions et compulsions, identifiant les sous-types dominants chez un patient donné, ce qui s’avère indispensable pour planifier une thérapie par exposition avec prévention de la réponse (EPR).
- La mesure du changement thérapeutique : Grâce à son échelle ordinale à 5 niveaux (0 à 4), le VOCI offre une finesse métrique supérieure permettant de détecter des réductions de symptômes partielles au cours de protocoles pharmacologiques (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) ou psychothérapeutiques.
- L’évaluation des composantes transdiagnostiques : L’inclusion explicite de sous-échelles telles que l’indécision et le besoin de symétrie/perfection (« Just Right ») facilite la conceptualisation de cas complexes présentant des comorbidités avec le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive (TPOC) ou les troubles du spectre autistique.
En contexte de recherche clinique et expérimentale, le VOCI constitue une échelle de premier ordre pour caractériser des sous-groupes homogènes de participants (par exemple, phénotypes de contamination par rapport aux phénotypes de vérificateurs), analyser les prédicteurs cognitifs du maintien des symptômes, et tester l’efficacité différentielle d’interventions ciblées sur des dimensions précises du spectre obsessionnel.
5. Construit psychologique
Le VOCI conceptualise le trouble obsessionnel-compulsif comme une entité clinique hétérogène, plurifactorielle et dimensionnelle, plutôt que comme une catégorie unitaire et discrète. Cette approche multidimensionnelle est formalisée à travers six sous-échelles spécifiques :
5.1. Contamination (12 items)
Cette dimension évalue l’anxiété extrême et le dégoût intense déclenchés par le contact réel ou imaginé avec des substances perçues comme souillées, pathogènes ou moralement dégradantes (ex. fluides corporels, ordures, argent sale, poignées de portes publiques, animaux). Elle mesure également les rituels de lavage, de nettoyage compulsif et les conduites d’évitement protectrices. Sur le plan cognitif, cette sous-échelle reflète la surestimation de la menace infectieuse, la vulnérabilité perçue à la maladie et la sensibilité accrue au dégoût physique et moral.
5.2. Vérification (Checking — 6 items)
La sous-échelle de vérification cible les compulsions de contrôle répétitif portant sur la sécurité de l’environnement domestique et professionnel (robinets, serrures, appareils électriques, cuisinières, correspondance). Ce construit repose sur le doute obsessionnel permanent (pathological doubt), l’intolérance à l’incertitude quant à l’exécution d’une action, et la responsabilité excessive quant à la survenue d’une catastrophe potentielle (ex. incendie, inondation, cambriolage). L’individu se sent contraint de répéter l’acte de vérification pour neutraliser l’angoisse d’avoir causé un tort par négligence.
5.3. Obsessions (12 items)
Cette dimension opérationnalise la présence d’intrusions cognitives récurrentes, persistantes et indésirables, perçues comme inacceptables et dérangeantes par le sujet (égodystoniques). Les contenus explorés englobent des pulsions ou des images mentales de nature agressive (ex. poignarder un proche, blesser un enfant), sexuelle immorale, blasphématoire ou criminelle. Contrairement aux ruminations dépressives, ces pensées génèrent une détresse aiguë car le patient interprète leur survenue comme le signe précurseur d’un passage à l’acte redouté ou comme la preuve d’une immoralité intrinsèque fondamentale (fusion pensée-action).
5.4. Accumulation compulsive (Hoarding — 7 items)
Cette composante mesure les difficultés sévères à jeter, recycler ou donner des objets usagés ou sans valeur financière (vieux journaux, emballages, reçus), la détresse émotionnelle intense associée à la perspective de s’en séparer, ainsi que l’encombrement physique du domicile qui en résulte. Les croyances sous-jacentes relèvent de la peur du gaspillage, de la conviction disproportionnée qu’un objet pourrait s’avérer indispensable dans le futur, et d’un attachement affectif exagéré aux artefacts matériels. Bien que le DSM-5 ait ultérieurement individualisé le trouble d’accumulation compulsive (syllogomanie), cette dimension demeure hautement pertinente pour évaluer l’accumulation ancrée dans la phénoménologie obsessionnelle.
5.5. « Just Right » / Sentiment d’inachèvement et perfectionnisme (12 items)
Le construit de « Just Right » mesure l’inconfort viscéral ressenti lorsqu’un élément de l’environnement n’est pas ordonné, aligné ou symétrique de manière parfaite, ou lorsqu’une action quotidienne n’a pas été réalisée selon une séquence sensorielle ou motrice précise. Ce phénomène est distinct de la peur de la catastrophe typique des vérificateurs : l’individu ne neutralise pas une menace future, mais cherche à éteindre une tension interne déplaisante causée par une « impression que quelque chose cloche ». Il englobe également des rituels de comptage mental, d’égalisation et des routines rigides au moment du coucher ou de l’habillage.
5.6. Indécision (Indecisiveness — 6 items)
Cette sous-échelle mesure l’inhibition décisionnelle chronique face aux choix de la vie quotidienne, qu’ils soient triviaux (ex. choisir des vêtements, acheter un article) ou importants. Le sujet éprouve une anxiété paralysante générée par la crainte absolue de commettre une erreur irréparable, procrastine indéfiniment les délibérations et continue de douter de manière angoissée de la justesse de sa décision longtemps après l’avoir arrêtée. Ce construit traduit une intolérance extrême à l’incertitude et un perfectionnisme décisionnel invalidant.
6. Cadre théorique
Le développement du VOCI s’inscrit au carrefour de la théorie comportementale de l’anxiété et de la psychologie cognitive contemporaine du TOC, largement influencée par les travaux du Groupe de travail sur les cognitions obsessionnelles-compulsives (OCCWG, 1997, 2005) et de Stanley Rachman.
6.1. Le modèle cognitif des intrusions normales versus obsessions cliniques
Le postulat théorique fondamental, établi initialement par Rachman et de Silva (1978), démontre que plus de 80 à 90 % de la population non clinique fait l’expérience d’intrusions mentales involontaires dont le contenu (violence, souillure, sexe inacceptable) est formellement indiscernable des obsessions cliniques. La transition d’une intrusion mentale normale vers un TOC clinique dépend entièrement des évaluations cognitives catastrophiques (appraisals) que l’individu porte sur ces pensées :
- La responsabilité excessive (Inflated Responsibility) : Définie par Paul Salkovskis (1985, 1989), il s’agit de la croyance implicite selon laquelle le sujet possède le pouvoir crucial d’empêcher un désastre ou d’éviter qu’un tort ne soit causé à autrui.
- La fusion pensée-action (Thought-Action Fusion — TAF) : Modélisée par Shafran, Thordarson et Rachman (1996), elle postule deux biais cognitifs majeurs : la TAF morale (croire qu’avoir une pensée immorale équivaut moralement à commettre l’acte) et la TAF de probabilité (croire que penser à un événement catastrophique augmente objectivement la probabilité qu’il se produise).
- L’intolérance à l’incertitude et la surestimation de la menace : Biais qui conduisent le patient à percevoir les situations ambiguës comme dangereuses et intolérables, motivant les conduites de vérification.
6.2. Le modèle de neutralisation et de maintenance comportementale
Sur le plan comportemental, le VOCI intègre le paradigme du conditionnement opérant et de l’évitement actif (Mowrer, 1960). L’émergence d’une obsession suscite une détresse aiguë. Pour y échapper, le sujet recourt à des rituels compulsifs moteurs (lavage, vérification) ou cognitifs (comptage, prières neutralisantes). Ces compulsions procurent un soulagement affectif immédiat par renforcement négatif. Cependant, à moyen et long terme, ce mécanisme empêche l’habituation émotionnelle naturelle, confirme fallacieusement la pertinence du danger perçu et érode la confiance du patient dans ses propres capacités mnésiques (Radomsky et al., 2006).
6.3. Le modèle des expériences « Not Just Right » (NJRE) et du dégoût
Au-delà de la peur conditionnée classique, le VOCI intègre des avancées théoriques cruciales sur les états affectifs aversifs non basés sur la peur :
- Les sensations d’inachèvement sensoriel : Développées par Coles, Frost et leurs collègues, ces expériences décrivent un inconfort somatosensoriel où l’individu ressent que ses perceptions internes et externes ne concordent pas avec un état interne cible idéal (« just right »), motivant des compulsions de répétition et de symétrie indépendantes de toute pensée de menace concrète.
- Le rôle du dégoût : Les travaux de Sawchuk, Rachman et Rozin mettent en évidence que les obsessions de contamination ne sont pas uniquement régies par la peur de contracter une maladie mortelle, mais fréquemment par une réponse affective primitive d’aversion et de répulsion envers des contaminants matériels ou moraux.
7. Validité
La validité psychométrique du VOCI a été rigoureusement démontrée lors de son étude princeps (Thordarson et al., 2004) et corroborée par de nombreuses investigations transculturelles internationales (notamment en versions française, espagnole, italienne, turque et coréenne).
7.1. Validité de construit et validité des groupes connus (Known-Groups Validity)
L’étude princeps de Thordarson et al. (2004) a comparé quatre cohortes distinctes : un groupe de patients diagnostiqués avec un TOC (n = 88), un groupe clinique de patients souffrant de troubles anxieux ou dépressifs (n = 60), un échantillon d’adultes de la population générale (n = 39) et un groupe d’étudiants universitaires (n = 200). Les analyses de variance multivariées (MANOVA) et les comparaisons multiples de Dunnett ont révélé que :
- Le groupe TOC obtient des scores significativement et substantiellement plus élevés que tous les autres groupes de comparaison sur le score total du VOCI ($p < 0{,}001$), ainsi que sur les sous-échelles Contamination, Vérification, « Just Right » et Indécision.
- L’analyse par tests t inter-sous-groupes cliniques a démontré une validité discriminante remarquable : les patients TOC classés cliniquement comme « laveurs compulsifs » obtiennent des scores massifs à la sous-échelle Contamination comparativement aux autres sous-types de TOC. De même, les « vérificateurs » obtiennent des scores nettement supérieurs à la sous-échelle Vérification, confirmant la capacité de l’outil à discriminer fidèlement les phénotypes symptomatiques spécifiques.
7.2. Validité convergente
La validité convergente a été établie par des corrélations fortes et hautement significatives avec les instruments de référence évaluant la sévérité du TOC :
- Corrélations élevées avec l’échelle Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale (Y-BOCS), administrée par un clinicien ($r$ oscillant généralement entre 0,55 et 0,72 pour le score total).
- Corrélations très fortes avec l’inventaire révisé d’obsessions-compulsions (OCI-R) de Foa et al. ($r > 0{,}75$), confirmant que les deux instruments capturent le même domaine nosologique fondamental tout en offrant des granularités différentes.
- Corrélations conceptuellement cohérentes entre les sous-échelles du VOCI et les inventaires mesurant les croyances cognitives sous-jacentes (Obsessional Beliefs Questionnaire – OBQ), notamment entre la sous-échelle Vérification et l’échelle de Responsabilité/Estimation de la menace de l’OBQ.
7.3. Validité discriminante
Bien que le score total du VOCI soit modérément corrélé aux mesures de détresse affective générale (comme l’inventaire de dépression de Beck – BDI, ou l’inventaire d’anxiété de Beck – BAI, avec des coefficients $r$ compris entre 0,35 et 0,50, reflétant la comorbidité affective fréquente chez ces patients), les sous-échelles comportementales spécifiques (Contamination, Vérification, « Just Right ») conservent une corrélation nettement plus faible avec les scores de dépression pure qu’avec les scores d’obsessions-compulsions, attestant de leur spécificité phénoménologique.
8. Fidélité
La fidélité de l’inventaire a fait l’objet d’évaluations métrologiques approfondies, portant sur l’homogénéité des items et la reproductibilité temporelle des mesures.
8.1. Consistance interne
Dans l’échantillon de validation initial de Thordarson et al. (2004), la consistance interne, mesurée par le coefficient alpha de Cronbach, s’est révélée exceptionnelle sur l’ensemble de l’instrument :
- Score total du VOCI : $\alpha = 0{,}96$ dans le groupe clinique TOC, $\alpha = 0{,}94$ dans le groupe contrôle adulte, et $\alpha = 0{,}96$ dans le groupe étudiant.
- Contamination (12 items) : $\alpha$ variant de 0,90 à 0,93 selon les échantillons.
- Vérification (6 items) : $\alpha$ variant de 0,85 à 0,88.
- Obsessions (12 items) : $\alpha$ variant de 0,87 à 0,91.
- Accumulation / Hoarding (7 items) : $\alpha$ variant de 0,82 à 0,87.
- « Just Right » (12 items) : $\alpha$ variant de 0,89 à 0,92.
- Indécision (6 items) : $\alpha$ variant de 0,80 à 0,85.
Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent le seuil psychométrique conventionnel de 0,40, attestant de l’excellente homogénéité factorielle de chaque dimension.
8.2. Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de patients TOC réévalués après un intervalle moyen de 47 jours sans modification majeure de leur prise en charge :
- Chez les patients TOC, les coefficients de corrélation test-retest étaient extrêmement élevés, tous égaux ou supérieurs à 0,90 pour le score total ainsi que pour les différentes sous-échelles, témoignant d’une remarquable invariance temporelle du trait clinique chez les individus symptomatiques.
- À l’inverse, dans l’échantillon d’étudiants non cliniques, la fidélité test-retest à moyen terme s’est avérée modérée (coefficients compris entre 0,50 et 0,65), un résultat théoriquement attendu s’expliquant par le caractère transitoire, réactionnel et bénin des intrusions et doutes au sein de populations non affectées par un trouble chronique.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle du VOCI a été établie au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) rigoureuses avec rotation oblique (Promax), suivies de validations confirmatoires (AFC) sur des cohortes indépendantes.
9.1. Extraction factorielle princeps
Partant d’un bassin initial élargi d’items issus du MOCI révisé et de propositions cliniques inédites, l’analyse en composantes principales menée par Thordarson et al. a mis en évidence une structure robuste en six facteurs corrélés expliquant une proportion majeure de la variance totale :
- Les 55 items retenus présentent tous des saturations factorielles (factor loadings) primaires élevées, systématiquement supérieures à 0,45, et majoritairement comprises entre 0,55 et 0,85 sur leur facteur théorique respectif.
- Les saturations croisées (cross-loadings) sur d’autres facteurs demeurent négligeables (inférieures à 0,25), conférant à l’inventaire une structure factorielle simple exemplaire conforme aux critères de Thurstone.
9.2. Validation factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations par équations structurelles menées dans des études ultérieures de réplication (notamment Radomsky et al., 2006 ; et les travaux de validation de versions européennes et asiatiques) ont comparé le modèle à six facteurs à des modèles concurrents (modèle unifactoriel global ou modèles hiérarchiques à 3 facteurs). Les indices d’ajustement soutiennent invariablement l’adéquation supérieure du modèle à 6 dimensions corrélées :
- Indice de comparaison de Bentler (CFI) > 0,92.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,91.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06 (intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,048 et 0,062).
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,055.
Ces résultats confirment que les six sous-échelles constituent des dimensions symptomatiques empiriquement distinctes tout en étant sous-tendues par une vulnérabilité obsessionnelle-compulsive commune (les corrélations inter-facteurs oscillant modérément entre 0,30 et 0,60).
10. Instrument de mesure
- Type d’instrument : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
- Population cible : Adultes et adolescents (à partir de 16 ans) ; utilisable en population clinique psychiatrique, en consultation de psychologie ou en recherche non clinique.
- Nombre total d’items : 55 items rédigés sous forme d’affirmations à la première personne du singulier.
- Format et échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points :
- 0 : Not at all (Pas du tout)
- 1 : A little (Un peu)
- 2 : Some (Moyennement / Quelque peu)
- 3 : Much (Beaucoup)
- 4 : Very much (Énormément / Tout à fait)
- Modalités de cotation :
- Aucun item inversé. Les scores de chaque sous-échelle sont obtenus par la somme directe des items qui la composent.
- Score total : Somme de l’ensemble des 55 items, comprise entre 0 et 220 points.
- Contamination (12 items) : Items 3, 8, 13, 16, 21, 27, 33, 37, 42, 46, 50, 53 (Étendue du score : 0 à 48).
- Vérification (Checking — 6 items) : Items 1, 7, 18, 25, 31, 39 (Étendue du score : 0 à 24).
- Obsessions (12 items) : Items 2, 9, 14, 19, 23, 28, 34, 40, 43, 47, 51, 54 (Étendue du score : 0 à 48).
- Accumulation compulsive (Hoarding — 7 items) : Items 6, 12, 17, 24, 30, 36, 49 (Étendue du score : 0 à 28).
- « Just Right » / Symétrie et perfection (12 items) : Items 5, 11, 15, 22, 26, 29, 32, 38, 44, 48, 52, 55 (Étendue du score : 0 à 48).
- Indécision (6 items) : Items 4, 10, 20, 35, 41, 45 (Étendue du score : 0 à 24).
- Interprétation normative : Les scores bruts peuvent être convertis en rangs percentiles par rapport à quatre groupes de référence établis par les auteurs : patients avec TOC, patients avec dépression/anxiété, adultes de la communauté, et étudiants universitaires. Des percentiles élevés par rapport au groupe TOC signalent une sévérité symptomatique marquée.
- Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication princeps : 2004.
- Droits d’auteur et statut juridique : © 2004 Elsevier Ltd. / Authors (Thordarson et al.). L’article princeps a été publié dans la revue Behaviour Research and Therapy.
- Conditions d’utilisation et permissions : Le VOCI est mis à la disposition de la communauté académique, des psychiatres et des psychologues cliniciens à des fins d’évaluation clinique et de recherche non commerciale, sans redevance financière requise (« open-access academic instrument for clinical and research purposes »), sous réserve de citer scrupuleusement la publication de référence. Toute reproduction commerciale, intégration dans un logiciel payant ou distribution à grande échelle nécessite l’accord formel des détenteurs de copyright.
- Tarifs : Gratuit pour un usage académique et clinique individuel.
12. Références
- Foa, E. B., Huppert, J. D., Leiberg, S., Langner, R., Kichic, R., Hajcak, G., & Salkovskis, P. M. (2002). The Obsessive-Compulsive Inventory: Development and validation of a short version. Psychological Assessment, 14(4), 485–496. https://doi.org/10.1037/1040-3590.14.4.485
- Hodgson, R. J., & Rachman, S. (1977). Obsessional-compulsive complaints. Behaviour Research and Therapy, 15(5), 389–395. https://doi.org/10.1016/0005-7967(77)90042-0
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- Rachman, S. (2002). A cognitive theory of compulsive checking. Behaviour Research and Therapy, 40(6), 625–639. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(01)00028-5
- Rachman, S., & de Silva, P. (1978). Abnormal and normal obsessions. Behaviour Research and Therapy, 16(4), 233–248. https://doi.org/10.1016/0005-7967(78)90022-0
- Radomsky, A. S., Gilchrist, P. T., & Dussault, D. (2006). Repeated checking really does cause memory distrust. Behaviour Research and Therapy, 44(2), 305–316. https://doi.org/10.1016/j.brat.2005.02.005
- Salkovskis, P. M. (1985). Obsessional-compulsive problems: A cognitive-behavioural analysis. Behaviour Research and Therapy, 23(5), 571–583. https://doi.org/10.1016/0005-7967(85)90105-6
- Shafran, R., Thordarson, D. S., & Rachman, S. (1996). Thought-action fusion in obsessive compulsive disorder. Journal of Anxiety Disorders, 10(5), 379–391. https://doi.org/10.1016/0887-6185(96)00018-7
- Thordarson, D. S., Radomsky, A. S., Rachman, S., Shafran, R., Sawchuk, C. N., & Hakstian, A. R. (2004). The Vancouver Obsessional Compulsive Inventory (VOCI). Behaviour Research and Therapy, 42(11), 1289–1314. https://doi.org/10.1016/j.brat.2003.08.007
13. Questions et items du questionnaire
Instructions: Below are statements that may or may not apply to you. Please indicate how much each question applies to you using the following scale:
Response Scale: 0 = Not at all, 1 = A little, 2 = Some, 3 = Much, 4 = Very much
- I feel compelled to check letters over and over before mailing them.
- I am often upset by my unwanted thoughts of using a sharp weapon.
- I feel very dirty after touching money.
- I find it very difficult to make even trivial decisions.
- I feel compelled to be absolutely perfect.
- I find it almost impossible to throw away things I do not need.
- I spend far too much time checking things around the house.
- I am excessively concerned about cleanliness.
- I am repeatedly troubled by the urge to hurt someone.
- It takes me an extremely long time to make decisions about my daily routine.
- I feel uncomfortable if things in my house are not arranged ‘just right’.
- I avoid throwing things away because I am afraid that I might need them later.
- I wash my hands much more often or for longer than other people do.
- I am troubled by unwanted repetitive thoughts of a sexual nature.
- I spend a lot of time putting things in order so that they are ‘just right’.
- I am excessively concerned about coming into contact with germs.
- I keep collecting old newspapers or other junk, even if I have no use for them.
- I often check to make sure that electric appliances are turned off, even after knowing that they are.
- I am frequently troubled by upsetting thoughts of causing an accident.
- Making even the simplest everyday decisions leaves me exhausted.
- I avoid using public telephones because I might catch a disease.
- I feel a need to repeat certain actions until they are done ‘just right’.
- I am very upset by repetitive thoughts of hurting people who are close to me.
- I have difficulty throwing away useless things even though they take up too much space.
- I spend an excessive amount of time checking the stove, water taps, or light switches.
- I am excessively bothered if the pictures on my walls are not hanging straight.
- I wash my body excessively.
- I am frequently distressed by unwanted thoughts of doing something harmful to an innocent person.
- I am excessively distressed if my clothes or other belongings are not folded or hung in a particular way.
- I have a lot of useless items that I am unable to discard.
- I feel compelled to check doors and windows several times before going to bed.
- I often need to redo things until they are ‘just right’.
- I am excessively concerned about touching objects in public restrooms.
- I have unwanted recurring thoughts of an immoral nature that I find difficult to stop.
- I worry a great deal about making the wrong decision, even about minor things.
- I find it hard to get rid of things that most other people would throw away.
- I am extremely worried about contracting a serious disease through casual contact with others.
- Things have to be arranged in a particular order to feel right.
- I repeatedly check things in my house to make sure that they are safe.
- I am often plagued by unacceptable thoughts of acting aggressively towards someone.
- I find that I often miss opportunities because it takes me too long to make decisions.
- I feel compelled to wash or clean things more often than necessary.
- I am disturbed by intrusive ideas or mental pictures of hurting my family members.
- I have an urge to touch objects or people in a certain way.
- It takes me forever to decide what to wear or what to buy.
- I feel unclean if I come into contact with bodily fluids, such as sweat, saliva, or blood.
- I am troubled by intrusive, violent thoughts that I cannot get out of my mind.
- I have to count or repeat numbers a certain number of times before I feel comfortable.
- I hold onto old clothes or objects because I feel emotionally attached to them, even if they are useless.
- I avoid touching doorknobs or handrails in public places because of germs.
- I have frequent thoughts of an aggressive nature that cause me a great deal of anxiety.
- I am excessively concerned about balance, precision, or exactness in everyday life.
- I feel compelled to clean my house far more than other people do.
- I am repeatedly troubled by offensive, blasphemous, or unacceptable religious thoughts.
- I feel uncomfortable if everyday items are not symmetrically arranged.