1. Résumé
L’Inventaire d’excitation sexuelle et d’inhibition sexuelle pour femmes et hommes (communément désigné sous l’acronyme anglophone SESII-W/M pour Sexual Excitation/Sexual Inhibition Inventory for Women and Men) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé par Robin R. Milhausen, Cynthia A. Graham et Stephanie A. Sanders. Cet outil a été spécifiquement conçu pour évaluer la propension individuelle à l’excitation sexuelle (SE, Sexual Excitation) et à l’inhibition sexuelle (SI, Sexual Inhibition) en réponse à une vaste gamme de stimuli contextuels, cognitifs, interpersonnels et environnementaux, de manière strictement équivalente chez les femmes et chez les hommes.
Fondé sur le modèle du double contrôle de la réponse sexuelle théorisé initialement par John Bancroft et Erick Janssen au sein du Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction, le SESII-W/M postule que la réponse sexuelle humaine repose sur l’équilibre dynamique entre deux systèmes neurophysiologiques et psychologiques indépendants : l’activation excitatrice et l’inhibition sexuelle. Contrairement aux échelles antérieures réservées exclusivement aux hommes (SIS/SES) ou aux femmes (SESII-W), le SESII-W/M comble une lacune méthodologique majeure en offrant une structure factorielle stable et invariante entre les sexes.
Le questionnaire est composé de 30 items répartis au sein d’une solution validée à six facteurs : (1) les Cognitions Inhibitrices (Inhibitory Cognitions, 8 items), (2) l’Importance de la Relation (Relationship Importance, 5 items), (3) l’Excitabilité (Arousability, 5 items), (4) les Caractéristiques et Comportements du Partenaire (Partner Characteristics and Behaviors, 5 items), (5) le Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé (Setting [Unusual or Unconcealed], 4 items), et (6) les Éléments Dyadiques de l’Interaction Sexuelle (Dyadic Elements of the Sexual Interaction, 3 items). Les participants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de Likert en 4 points (1 = Fortement en désaccord à 4 = Fortement d’accord).
Sur le plan métrologique, l’inventaire présente une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .66 et .76 (moyenne = .73) et une stabilité temporelle test-retest remarquable comprise entre r = .66 et r = .82 (moyenne = .76). La validité convergente et la validité discriminante sont soutenues par des corrélations concordantes avec les échelles BIS/BAS de Carver et White, le Sexual Opinion Survey (SOS) et l’échelle de recherche de sensations sexuelles (SSSS), sans interférence notable de la désirabilité sociale. L’outil est particulièrement recommandé en recherche translationnelle, en sexologie clinique et en santé publique pour l’investigation des dysfonctions érectiles, des troubles du désir, du vaginisme et des comportements sexuels à risque.
2. Mots-clés
Évaluation psychométrique, excitation sexuelle, inhibition sexuelle, modèle du double contrôle, sexologie clinique, échelle de Likert, Kinsey Institute, fonctionnement sexuel, cognitions sexuelles, validité factorielle.
3. Auteurs
Le SESII-W/M a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en santé sexuelle et en psychométrie :
- Robin R. Milhausen, Ph.D. : Professeure titulaire au Département des relations familiales et de la nutrition appliquée (Department of Family Relations and Applied Nutrition), Université de Guelph, Guelph, Ontario, Canada. Chercheuse associée au Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction et au Rural Center for AIDS/STD Prevention de l’Université de l’Indiana à Bloomington. Courriel institutionnel : [email protected].
- Cynthia A. Graham, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse en sexologie, Department of Psychiatry, University of Oxford, Warneford Hospital, Oxford, Royaume-Uni ; anciennement chercheuse senior au Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction et professeure à l’Université de Southampton.
- Stephanie A. Sanders, Ph.D. : Directrice de recherche émérite et chercheuse principale au Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction ; professeure au Département d’études sur le genre (Department of Gender Studies), Indiana University, Bloomington, États-Unis.
- William L. Yarber, H.S.D. et Scott B. Maitland, Ph.D. ont également collaboré aux protocoles de validation factorielle et statistique de l’inventaire.
4. Objectif
Raison d’être et pertinence clinique
L’objectif fondamental du SESII-W/M est de fournir un cadre d’évaluation empirique, standardisé et universel permettant de quantifier les mécanismes d’excitation et d’inhibition sexuelles chez les individus des deux sexes. Historiquement, l’évaluation de la réponse sexuelle humaine a été entravée par une scission androcentrée : la physiologie de l’érection masculine était perçue comme un automatisme mécanique, tandis que l’excitation féminine était appréhendée comme un phénomène diffus, subjectif et tributaire des affects relationnels. L’avènement du SESII-W/M est venu déconstruire cette dichotomie arbitraire en démontrant que les processus cognitifs, contextuels, affectifs et dyadiques modulent la sexualité des deux genres selon des architectures psychophysiologiques comparables.
En clinique sexologique, le SESII-W/M répond au besoin pressant d’isoler les composantes étiologiques sous-jacentes aux troubles de la réponse sexuelle. Dans les nomenclatures diagnostiques telles que le DSM-5 ou la CIM-11, les diagnostics comme le trouble du désir hypoactif, le trouble de l’excitation sexuelle chez la femme ou le trouble de l’érection chez l’homme sont souvent décrits par leurs seules manifestations phénotypiques. L’inventaire permet au clinicien de dépasser le symptôme de surface pour déterminer si la plainte découle :
- D’un déficit structurel d’excitabilité sexuelle (système d’excitation sous-réactif face aux stimuli érotiques) ;
- D’une hyperactivité du système d’inhibition sexuelle, marquée par des ruminations de performance, une anxiété d’anticipation ou une hypervigilance cognitive ;
- D’une sensibilité exacerbée aux éléments dyadiques négatifs ou à l’absence de sécurité affective au sein du couple.
Applications en recherche et santé publique
Au-delà du cabinet thérapeutique, l’instrument s’avère indispensable pour les protocoles de recherche fondamentale et appliquée en sexologie et en psychologie de la santé :
- Prévention des infections transmissibles sexuellement (ITS) et du VIH : Une excitation sexuelle très élevée conjuguée à un faible niveau d’inhibition prédispose les individus à l’impulsivité sexuelle, à la prise de risque et à la non-utilisation du préservatif. Le SESII-W/M permet d’identifier ces profils neuro-comportementaux à risque.
- Études comparatives et invariance de mesure : Auparavant, comparer les scores des hommes et des femmes nécessitait l’utilisation d’échelles hétérogènes (SIS/SES versus SESII-W), ce qui introduisait des biais de construit. Le SESII-W/M permet des analyses comparatives rigoureuses au sein de populations hétérosexuelles, gaies, lesbiennes, bisexuelles, ainsi que chez des personnes non engagées dans une relation conjugale stable.
- Pharmacologie et thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : L’inventaire sert d’indicateur pré/post-thérapeutique pour évaluer l’efficacité d’interventions basées sur la pleine conscience (mindfulness), de restructurations cognitives axées sur le spectatoring (auto-observation critique), ou de thérapies psychotropes ciblant les neurotransmetteurs centraux régulateurs de la libido.
5. Construit psychologique
Le SESII-W/M opérationnalise la propension individuelle à répondre par l’excitation ou l’inhibition face à un continuum de situations internes et externes. Les 30 items convergent vers six dimensions ou facteurs psychologiques distincts :
1. Cognitions Inhibitrices (Inhibitory Cognitions — 8 items)
Cette sous-échelle évalue le degré auquel l’excitation sexuelle est entravée, diminuée ou interrompue par des pensées intrusives, des inquiétudes relatives à la performance sexuelle, l’anxiété liée à l’atteinte de l’orgasme, la timidité ou la préoccupation d’être jugé par son partenaire. Elle reflète directement le concept cognitif d’auto-focalisation défavorable ou de « spectatoring » décrit par Masters et Johnson. L’individu chez qui ce facteur est élevé verra sa réaction physiologique décliner dès lors qu’il se sent sous observation ou soumis à une obligation de résultat.
Exemple d’item représentatif : « Sometimes I have so many worries that I am unable to get aroused » (Parfois, j’ai tellement de soucis que je suis incapable d’être excité(e)).
2. Importance de la Relation (Relationship Importance — 5 items)
Cette dimension mesure l’impératif pour l’individu d’inscrire l’acte sexuel au sein d’un lien affectif sécurisant, exclusif et mutuellement respectueux pour permettre l’émergence de l’excitation. Elle capture la vulnérabilité psychologique face au sentiment d’être utilisé sexuellement ou à la peur de la trahison affective. Un score élevé dénote une orientation socio-sexuelle restrictive où la confiance mutuelle agit comme un prérequis absolu à la levée de l’inhibition.
Exemple d’item représentatif : « I really need to trust a partner to become fully aroused » (J’ai vraiment besoin de faire confiance à un(e) partenaire pour être pleinement excité(e)).
3. Excitabilité (Arousability — 5 items)
Ce facteur quantifie la propension générale, spontanée et non spécifique à ressentir une excitation sexuelle face à un large éventail de stimuli quotidiens, incluant les pensées érotiques, la simple évocation verbale de la sexualité, l’ennui ou la proximité physique. Il renvoie à la réactivité basale du système d’excitation centrale du modèle du double contrôle.
Exemple d’item représentatif : « When I think about someone I find sexually attractive, I easily become sexually aroused » (Lorsque je pense à quelqu’un que je trouve sexuellement attirant(e), je m’excite facilement).
4. Caractéristiques et Comportements du Partenaire (Partner Characteristics and Behaviors — 5 items)
Cette sous-échelle saisit l’impact facilitateur exercé par les compétences psychosociales, les manifestations d’intelligence, le talent, la sociabilité ou les actes attentionnés (tels que la prise en charge spontanée des tâches domestiques) du partenaire sur le déclenchement du désir et de l’excitation sexuelle. Elle met en lumière l’ancrage de la sexualité dans l’admiration interpersonnelle et l’équité relationnelle.
Exemple d’item représentatif : « Seeing a partner doing something that shows his/her talent can make me very sexually aroused » (Voir mon/ma partenaire faire quelque chose qui montre son talent peut me rendre très excité(e)).
5. Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé (Setting [Unusual or Unconcealed] — 4 items)
Cette dimension évalue l’impact du cadre environnemental et de la transgression contextuelle sur la réponse sexuelle. Elle explore le fait que le risque d’être vu ou entendu, la présence d’autrui à proximité ou la nouveauté spatiale constituent un puissant stimulus érotique (recherche de sensations) ou, au contraire, une entrave rédhibitoire (inhibition induite par le risque de découverte sociale).
Exemple d’item représentatif : « Having sex in a different setting than usual is a real turn-on for me » (Faire l’amour dans un cadre inhabituel est une véritable source d’excitation pour moi).
6. Éléments Dyadiques de l’Interaction Sexuelle (Dyadic Elements of the Sexual Interaction — 3 items)
Cette sous-échelle examine l’inhibition de l’excitation résultant de perturbations interactionnelles en temps réel lors du rapport sexuel lui-même. Elle inclut l’insensibilité du partenaire aux signaux non verbaux émis, le sentiment d’un déséquilibre entre donner et recevoir du plaisir, ou l’ambiguïté entourant les sentiments réels du partenaire durant l’intimité physique.
Exemple d’item représentatif : « While having sex, it really decreases my arousal if my partner is not sensitive to the signals I am giving » (Pendant les rapports, mon excitation diminue fortement si mon/ma partenaire n’est pas attentif(ve) aux signaux que j’émets).
6. Cadre théorique
Le SESII-W/M s’enracine théoriquement dans le modèle du double contrôle (Dual Control Model) de la réponse sexuelle humaine, formulé par John Bancroft et Erick Janssen à la fin des années 1990 (Bancroft, 1999 ; Bancroft & Janssen, 2000 ; Bancroft et al., 2009). Ce modèle neurobiologique et cognitivo-comportemental postule que la sexualité humaine est régulée par une dialectique permanente entre deux processus fondamentaux du système nerveux central :
- L’Excitation Sexuelle (SE) : un système neurochimique facilitateur, médié principalement par la dopamine, l’ocytocine, la mélanocortine et la noradrénaline, qui traite les signaux sensoriels et imaginatifs érotogènes pour initier la cascade vasocongestive périphérique (turgescence pénienne, lubrification vaginale, érection clitoridienne).
- L’Inhibition Sexuelle (SI) : un système neurochimique adaptatif, sous-tendu par la sérotonine, les endocannabinoïdes, les opioïdes et le système nerveux autonome sympathique, qui interrompt activement la réponse sexuelle dès lors qu’une menace, un danger potentiel, un stress environnemental ou une incongruité sociale est détectée.
Sur le plan évolutif, le modèle du double contrôle propose que l’inhibition sexuelle possède une valeur adaptative cruciale pour la survie de l’espèce : s’engager dans un accouplement en milieu hostile rend l’organisme vulnérable aux prédateurs, aux agressions conspécifiques ou à l’ostracisme du groupe. Dès lors, le cerveau a développé des freins neurologiques puissants capables de court-circuiter l’érection ou la lubrification. Chez l’être humain contemporain, ces menaces physiques ancestrales ont été transposées en menaces psychosociales et relationnelles : peur de l’échec érectile, angoisse de la grossesse non désirée, honte corporelle, transmission d’infections ou sentiment d’être instrumentalisé(e).
Une prémisse cardinale de ce cadre théorique est que l’excitation et l’inhibition ne sont pas les pôles opposés d’un même continuum unidimensionnel, mais constituent deux systèmes semi-autonomes et orthogonaux. Par conséquent, un individu peut présenter simultanément :
- Une excitation élevée et une inhibition basse (profil à haute propension hédonique et vulnérable aux comportements sexuels compulsifs ou non protégés) ;
- Une excitation basse et une inhibition élevée (profil hautement vulnérable aux dysfonctions sexuelles telles que le trouble du désir et les pannes érectiles) ;
- Une excitation élevée et une inhibition élevée (profil de conflits intrapsychiques intenses, où l’envie érotique est immédiatement réprimée par des angoisses de performance) ;
- Une excitation basse et une inhibition basse (profil caractérisé par une apathie sexuelle générale sans détresse cognitive majeure).
Le développement initial des échelles SIS/SES (Janssen et al., 2002) avait identifié chez les hommes un facteur d’excitation (SES) et deux facteurs d’inhibition : SI1 (peur de l’échec de performance) et SI2 (peur des conséquences néfastes telles que le VIH ou la détection par autrui). Cependant, les travaux qualitatifs conduits par Graham et al. (2004, 2006) auprès de groupes de discussion de femmes ont révélé que les facteurs régulant la réponse féminine englobaient des variables contextuelles beaucoup plus nuancées, telles que l’estime de soi, la sécurité affective et l’ambiance relationnelle. Constatant par la suite lors d’entretiens qualitatifs que les hommes étaient tout aussi réceptifs à ces dimensions interpersonnelles (Janssen et al., 2008), Milhausen et ses collègues ont opérationnalisé le SESII-W/M comme le premier modèle unifié et non sexiste du double contrôle.
7. Validité
Les qualités métrologiques du SESII-W/M ont fait l’objet d’investigations approfondies documentées dans les études princeps de Milhausen, Graham, Sanders, Yarber et Maitland (en presse / 2010), établissant une validité de construit, convergente et discriminante robuste.
Validité convergente et corrélations nomologiques
Afin de déterminer la validité convergente du SESII-W/M, ses différentes sous-échelles ont été mises en corrélation avec des instruments psychologiques de référence évaluant des construits théoriquement apparentés :
- Échelles BIS/BAS (Behavioral Inhibition/Behavioral Activation Scales ; Carver & White, 1994) : Les facteurs du SESII-W/M reflétant l’inhibition (Cognitions Inhibitrices, Éléments Dyadiques) corrèlent positivement et significativement avec le système d’inhibition comportementale (BIS), tandis que les dimensions associées à l’excitation (Excitabilité, Contexte Inhabituel) présentent des corrélations positives modérées avec le système d’activation comportementale (BAS), confirmant la congruence de l’inventaire avec la théorie générale de la sensibilité au renforcement de Gray.
- Sexual Opinion Survey (SOS ; Fisher, 1998) : L’échelle SOS évalue l’érotophilie versus l’érotophobie. Conformément aux hypothèses théoriques, les scores d’érotophilie s’associent positivement aux sous-échelles d’Excitabilité et de Contexte Inhabituel, et négativement aux Cognitions Inhibitrices.
- Sexual Sensation Seeking Scale (SSSS ; Kalichman & Rompa, 1995) : La dimension de recherche de sensations sexuelles corrèle modérément à fortement avec le facteur Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé (Setting [Unusual or Unconcealed]) et l’Excitabilité, soutenant la capacité de l’inventaire à capturer la réactivité aux stimuli audacieux ou transgressifs.
Validité discriminante et contrôle des biais
La validité discriminante du SESII-W/M a été démontrée par l’absence totale de corrélation statistiquement significative entre les facteurs de l’inventaire et la version abrégée du Social Desirability Scale (SDSR ; Hayes, Hayashi, & Stewart, 1989). Cela atteste que les réponses fournies par les participants ne sont pas parasitées par un biais de complaisance sociale ou le désir de donner une image moralement conforme de leur sexualité.
Différences liées au genre et validité de groupe connu
Dans l’échantillon de validation canadien, des analyses de variance multivariées (MANOVA) ont mis en évidence des écarts significatifs entre les scores masculins et féminins pour l’ensemble des sous-échelles à un seuil critique de p < .001, avec des tailles d’effet modérées à très élevées (interprétées selon les critères de Hyde, 2005) :
- Les femmes obtiennent des scores significativement plus élevés que les hommes sur les dimensions : Cognitions Inhibitrices, Importance de la Relation, Caractéristiques et Comportements du Partenaire, et Éléments Dyadiques de l’Interaction Sexuelle.
- Les hommes rapportent des scores significativement supérieurs sur les sous-échelles : Excitabilité et Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé.
Ces divergences statistiques corroborent les postulats théoriques sur les régulations différentielles du désir sexuel sans pour autant remettre en cause la structure factorielle sous-jacente identique pour les deux sexes.
8. Fidélité
La fidélité psychométrique du SESII-W/M a été rigoureusement documentée au moyen d’analyses de consistance interne et de procédures de stabilité test-retest à moyen terme auprès d’une cohorte d’hommes et de femmes inscrits en formation à distance dans une université canadienne.
Consistance interne (Cohérence des items)
Les coefficients de cohérence interne mesurés par l’alpha de Cronbach (α) pour les six sous-échelles de l’instrument s’échelonnent entre .66 et .76, avec un coefficient moyen global de .73. Compte tenu du nombre restreint d’items par sous-échelle (variant de 3 à 8 items), ces valeurs atteignent les seuils acceptables à satisfaisants recommandés par les standards psychométriques en sciences humaines :
- Cognitions Inhibitrices (8 items) : α ≈ .76
- Importance de la Relation (5 items) : α ≈ .74
- Excitabilité (5 items) : α ≈ .75
- Caractéristiques et Comportements du Partenaire (5 items) : α ≈ .72
- Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé (4 items) : α ≈ .69
- Éléments Dyadiques de l’Interaction Sexuelle (3 items) : α ≈ .66
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été administrée sur un sous-échantillon d’hommes et de femmes à un intervalle temporel standardisé. Les coefficients de corrélation produit-moment de Pearson (r) obtenus oscillent entre r = .66 et r = .82, générant une corrélation moyenne de r = .76. Ces résultats confirment que les propensions à l’excitation et à l’inhibition mesurées par le SESII-W/M ne constituent pas de simples états émotionnels fluctuants (states), mais capturent de véritables traits psychologiques stables et durables (traits) de la personnalité sexuelle.
9. Analyse factorielle
Le développement structurel du SESII-W/M a fait l’objet d’un processus psychométrique rigoureux en deux étapes successives combinant une analyse factorielle exploratoire (AFE) puis une analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
L’AFE a été administrée sur un échantillon aléatoire de 530 étudiants (hommes et femmes) de premier et de deuxième cycle, tirés au sort à partir d’un registre de 4 000 étudiants inscrits au sein d’une université majeure du Midwest américain. L’ensemble initial des items dérivés du questionnaire féminin original (SESII-W) a été soumis à une extraction en facteurs communs avec rotation oblique (Promax), afin de tenir compte de l’interdépendance théorique des dimensions de l’excitation et de l’inhibition.
Cette analyse a extrait initialement une solution à huit facteurs. Néanmoins, l’examen minutieux de la matrice factorielle a révélé que deux des facteurs identifiés ne comprenaient chacun que deux items. Suivant les préconisations méthodologiques classiques interdisant la rétention de facteurs sous-déterminés (moins de trois indicateurs par facteur pour assurer l’identifiabilité statistique), ces items et leurs deux facteurs associés ont été écartés du modèle.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) et solution finale
La modélisation par équations structurelles a permis d’ajuster une solution finale parcimonieuse à six facteurs comprenant 30 items :
- Facteur 1 : Cognitions Inhibitrices (8 items — saturations factorielles stables entre .45 et .74) ;
- Facteur 2 : Importance de la Relation (5 items — saturations factorielles comprises entre .48 et .78) ;
- Facteur 3 : Excitabilité (5 items — saturations factorielles entre .52 et .76) ;
- Facteur 4 : Caractéristiques et Comportements du Partenaire (5 items — saturations factorielles entre .46 et .71) ;
- Facteur 5 : Contexte Inhabituel ou Non Dissimulé (4 items — saturations factorielles entre .44 et .68) ;
- Facteur 6 : Éléments Dyadiques de l’Interaction Sexuelle (3 items — saturations factorielles entre .50 et .72).
Sur les 30 items retenus dans le SESII-W/M, 20 items proviennent directement de l’échelle d’origine SESII-W. De surcroît, cinq des six facteurs (Cognitions Inhibitrices, Importance de la Relation, Excitabilité, Caractéristiques du Partenaire, et Contexte) reproduisent quasi à l’identique les constellations factorielles établies pour l’instrument féminin unigenre, démontrant ainsi la validité transcendante du construit à travers les sexes.
10. Instrument de mesure
- Nom officiel du test : Sexual Excitation/Sexual Inhibition Inventory for Women and Men (SESII-W/M).
- Traduction française : Inventaire d’excitation sexuelle et d’inhibition sexuelle pour femmes et hommes.
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
- Format d’administration : Papier-crayon ou administration numérique informatisée en ligne.
- Population cible : Adultes (femmes et hommes) de toute orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle), disposant ou non d’une relation de couple au moment de la passation, et présentant des niveaux variables d’expérience érotique.
- Nombre total d’items : 30 énoncés répartis sur 6 dimensions.
- Format de réponse (Authentique) : Échelle de Likert à 4 points ordonnés sans point neutre :
- 1 = Strongly Disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Agree (D’accord)
- 4 = Strongly Agree (Fortement d’accord)
- Consignes de présentation : Pour prévenir les biais d’ancrage et de halo, il est impératif de mélanger les énoncés de façon aléatoire (scrambled) lors de l’administration afin que les items appartenant à une même sous-échelle n’apparaissent pas consécutivement.
- Durée moyenne de passation : Entre 10 et 15 minutes.
- Procédure de cotation (Scoring) :
- Les items directs sont scorés de 1 à 4.
- Les items inversés, marqués d’un astérisque (*), doivent être recodés selon la correspondance : 1 devient 4, 2 devient 3, 3 devient 2, et 4 devient 1.
- Un score moyen (mean score) est ensuite calculé pour chacune des six sous-échelles en divisant la somme des items du facteur par le nombre total d’items composant ledit facteur.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de conception et publication : Publié initialement dans la revue Archives of Sexual Behavior par Milhausen, Graham, Sanders, Yarber et Maitland (en presse au moment du dépôt initial, paru formellement en 2010).
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : © Robin R. Milhausen, Cynthia A. Graham, Stephanie A. Sanders, William L. Yarber et Scott B. Maitland. Les droits éditoriaux sont gérés conjointement par les auteurs et Springer Science+Business Media LLC.
- Tarification et accessibilité : L’inventaire est mis gracieusement à la disposition des chercheurs universitaires, étudiants et professionnels de santé pour des travaux académiques ou des applications cliniques à but non lucratif. Aucun coût de licence n’est requis pour la recherche standard.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les auteurs encouragent activement l’usage de l’instrument dans les protocoles scientifiques comparant hommes et femmes. En contrepartie, les chercheurs sont cordialement invités à communiquer leurs résultats empiriques aux auteurs pour enrichir les normes transculturelles. Toute reproduction commerciale nécessite l’accord explicite préalable de Robin R. Milhausen ([email protected]).
12. Références
Bancroft, J. (1999). Central inhibition of sexual response in the male: A theoretical perspective. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 23(6), 763–784. https://doi.org/10.1016/S0149-7634(99)00019-6
Bancroft, J., Graham, C. A., Janssen, E., & Sanders, S. A. (2009). The dual control model: Current status and future directions. The Journal of Sex Research, 46(2-3), 121–142. https://doi.org/10.1080/00224490902747222
Bancroft, J., & Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response: A theoretical approach to centrally mediated erectile dysfunction. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 24(5), 571–579. https://doi.org/10.1016/S0149-7634(00)00024-5
Carver, C. S., & White, T. L. (1994). Behavioral inhibition, behavioral activation, and affective responses to impending reward and punishment: The BIS/BAS Scales. Journal of Personality and Social Psychology, 67(2), 319–333. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.2.319
Fisher, W. A. (1998). The Sexual Opinion Survey. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 218–223). Thousand Oaks, CA: Sage Publications.
Graham, C. A., Sanders, S. A., & Milhausen, R. R. (2006). The Sexual Excitation and Sexual Inhibition Inventory for Women: Psychometric properties. Archives of Sexual Behavior, 35(4), 397–410. https://doi.org/10.1007/s10508-006-9041-7
Graham, C. A., Sanders, S. A., Milhausen, R. R., & McBride, K. R. (2004). Turning on and turning off: A focus group study of the factors that affect women’s sexual arousal. Archives of Sexual Behavior, 33(6), 527–538. https://doi.org/10.1023/B:ASEB.0000044737.60623.72
Hays, R. D., Hayashi, T., & Stewart, A. L. (1989). A five-item measure of socially desirable response set. Educational and Psychological Measurement, 49(3), 629–636. https://doi.org/10.1177/001316448904900315
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Janssen, E., McBride, K. R., Yarber, W., Hill, B. J., & Butler, S. M. (2008). Factors that influence sexual arousal in men: A focus group study. Archives of Sexual Behavior, 37(2), 252–265. https://doi.org/10.1007/s10508-007-9243-1
Janssen, E., Vorst, H., Finn, P., & Bancroft, J. (2002). The Sexual Inhibition (SIS) and Sexual Excitation (SES) Scales: II. Predicting psychophysiological response patterns. The Journal of Sex Research, 39(2), 127–132. https://doi.org/10.1080/00224490209552130
Kalichman, S. C., & Rompa, D. (1995). Sexual Sensation Seeking and Sexual Compulsivity Scales: Reliability, validity, and predicting HIV risk behavior. Journal of Personality Assessment, 65(3), 586–601. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6503_16
Milhausen, R. R., Graham, C. A., Sanders, S. A., Yarber, W. L., & Maitland, S. B. (2010). Validation of the Sexual Excitation/Sexual Inhibition Inventory for Women and Men. Archives of Sexual Behavior, 39(5), 1091–1104. https://doi.org/10.1007/s10508-009-9551-y
13. Questions et items du questionnaire
La passation du questionnaire s’effectue à l’aide des consignes et des énoncés standardisés suivants, tels qu’établis par les auteurs dans leur instrument d’origine :
Instructions to Respondents
The next set of items asks about things that might affect your sexual arousal. Other ways that we refer to sexual arousal are feeling “turned on,” “sexually excited,” and “being in a sexual mood.” Men and women describe their sexual arousal in terms of genital changes (being “hard,” being “wet,” tingling sensations, feelings of warmth, etc.). Men and women also mention non-genital sensations (increased heart rate, temperature changes, skin sensitivity, etc.) or feelings (anticipation, feeling “open,” etc.).
We are interested in what would be the most typical reaction for you now. You might read a statement that you feel is not applicable to you, or a statement that refers to a situation that may have occurred in the past but is not likely to occur now. In such cases please indicate how you think you would respond, if you were in that situation. Some of the questions sound very similar, but are different; please read each question carefully and then mark the response which indicates your answer. Don’t think too long before answering. Please give your first reaction to each question.
Response Scale:
- 1 = Strongly Disagree
- 2 = Disagree
- 3 = Agree
- 4 = Strongly Agree
*Items marked with an asterisk must be reverse coded prior to subscale score calculation.
Inhibitory Cognitions
- Sometimes I have so many worries that I am unable to get aroused.
- If I feel that I am expected to respond sexually, I have difficulty getting aroused.
- Sometimes I feel so “shy” or self-conscious during sex that I cannot become fully aroused.
- If I think about whether I will have an orgasm, it is much harder for me to become aroused.
- If I am worried about taking too long to become aroused, this can interfere with my arousal.
- When I am having sex, I have to focus on my own sexual feelings in order to stay aroused.
- If I am concerned about being a good lover, I am less likely to become aroused.
- Unless things are “just right” it is difficult for me to become sexually aroused.
Relationship Importance
- It would be hard for me to become sexually aroused with someone who is involved with another person.
- I really need to trust a partner to become fully aroused.
- If I am very sexually attracted to someone, I don’t need to be in a relationship with that person to become sexually aroused.*
- If I think that I am being used sexually it completely turns me off.
- If I think that a partner might hurt me emotionally, I put the brakes on sexually.
Arousability
- When I think about someone I find sexually attractive, I easily become sexually aroused.
- I think about sex a lot when I am bored.
- Sometimes I am so attracted to someone, I cannot stop myself from becoming sexually aroused.
- Just talking about sex is enough to put me in a sexual mood.
- Just being physically close with a partner is enough to turn me on.
Partner Characteristics and Behaviors
- Someone doing something that shows he/she is intelligent turns me on.
- Seeing a partner doing something that shows his/her talent can make me very sexually aroused.
- If I see a partner interacting well with others, I am more easily sexually aroused.
- If a partner surprises me by doing chores, it sparks my sexual interest.
- I find it arousing when a partner does something nice for me.
Setting (Unusual or Unconcealed)
- If it is possible someone might see or hear us having sex, it is more difficult for me to get aroused.*
- I get really turned on if I think I may get caught while having sex.
- I find it harder to get sexually aroused if other people are nearby.*
- Having sex in a different setting than usual is a real turn-on for me.
Dyadic Elements of the Sexual Interaction
- While having sex, it really decreases my arousal if my partner is not sensitive to the signals I am giving.
- It interferes with my arousal if there is not a balance of giving and receiving pleasure during sex.
- If I am uncertain how my partner feels about me, it is harder for me to get aroused.