Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis

L’Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis (DSFI) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation omnibus comprenant 254 items répartis en dix dimensions cliniques pour évaluer le fonctionnement sexuel actuel.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis (Derogatis Sexual Functioning Inventory ou DSFI) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation multidimensionnel de type « omnibus », conçu spécifiquement pour évaluer la qualité et la nature du fonctionnement sexuel actuel d’un individu. Développé par le psychologue et psychométricien américain Leonard R. Derogatis au milieu des années 1970, le DSFI repose sur le postulat théorique selon lequel la sexualité humaine est un comportement hautement surdéterminé, issu d’une interaction complexe entre facteurs endocriniens, cognitifs, affectifs, relationnels et comportementaux. Par conséquent, il transcende les simples approches quantitatives réductionnistes focalisées uniquement sur la fréquence coïtale ou les orgasmes.

Le DSFI se compose d’un total de 254 items répartis rigoureusement en dix sous-tests ou dimensions principales : l’Information sexuelle (26 items vrai-faux), les Expériences sexuelles (24 comportements évalués sur la vie entière et sur les 60 derniers jours), la Pulsion sexuelle (5 domaines comportementaux évaluant le désir et la fréquence), les Attitudes sexuelles (30 items mesurant le libéralisme et le conservatisme sur échelle de Likert en 5 points), les Symptômes psychologiques (mesurés par les 53 items du Brief Symptom Inventory [BSI]), les Affects (mesurés par les 40 adjectifs de l’échelle d’équilibre des affects de Derogatis [DABS]), la Définition du rôle de genre (30 items évaluant masculinité et féminité), les Fantasmes sexuels (20 thématiques érotiques majeures), l’Image corporelle (15 items évaluant l’appréciation somatique globale et génitale), et la Satisfaction sexuelle (10 items vrai-faux explorant les facettes spécifiques du contentement sexuel).

L’inventaire génère deux scores globaux majeurs : l’Indice de fonctionnement sexuel (Sexual Functioning Index, SFI), obtenu par la combinaison linéaire normalisée des scores transformés en scores T d’aire (moyenne = 50, écart-type = 10) pour les dix sous-tests, et l’Indice global de satisfaction sexuelle (Global Sexual Satisfaction Index, GSSI), une métrique subjective unidimensionnelle en 9 points allant de 0 (« ne pourrait pas être pire ») à 8 (« ne pourrait pas être meilleure »). Les qualités psychométriques du DSFI sont robustes, affichant une cohérence interne élevée (coefficients alpha oscillant entre .60 et .97 selon les sous-échelles) et une fidélité test-retest remarquable à 14 jours (coefficients > .70, souvent supérieurs à .85). L’instrument démontre une excellente validité de construit, de critère et discriminante, ayant prouvé sa sensibilité clinique auprès de populations médicales et psychiatriques très variées (dysfonctions érectiles, troubles du désir, dysphorie de genre, diabète, oncologie et suites d’interventions chirurgicales).

2. Mots-clés / Keywords

Fonctionnement sexuel, psychométrie, inventaire omnibus, Leonard R. Derogatis, évaluation sexologique, désir sexuel, image corporelle, détresse psychologique, Brief Symptom Inventory, rôle de genre, satisfaction sexuelle, dysfonction sexuelle.

3. Auteurs / Authors

L’auteur principal et concepteur du DSFI est le Dr Leonard R. Derogatis, chercheur émérite et figure majeure de la psychométrie clinique appliquée à la psychiatrie et à la médecine sexuelle.

  • Affiliation institutionnelle principale : Clinical Psychometric Research, Inc. ; Département de psychiatrie et des sciences comportementales, Faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins ; Directeur du Centre de médecine sexuelle au Sheppard Pratt Health System, Baltimore, Maryland, États-Unis.
  • Correspondance scientifique : Leonard R. Derogatis, Johns Hopkins Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, Center for Sexual Medicine at Sheppard Pratt, Baltimore, MD 21285, États-Unis. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Collaborateurs majeurs : Nicolas Melisaratos (co-auteur des publications psychométriques princeps de 1979) ; Jon K. Meyer (recherches sur le diagnostic différentiel des dysfonctions érectiles et la dysphorie de genre).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis est de fournir une évaluation clinique et psychométrique globale, objective, multidimensionnelle et standardisée du fonctionnement sexuel actuel chez l’adulte. Avant l’avènement du DSFI dans les années 1970, l’évaluation sexologique demeurait largement tributaire d’entretiens cliniques non standardisés ou de métriques purement quantitatives et réductionnistes, telles que le décompte brut des rapports sexuels pénétratifs ou la fréquence orgasmique par unité de temps. Or, la recherche clinique moderne a démontré sans équivoque que la sexualité humaine ne peut être réduite à une performance motrice ou physiologique isolée ; elle constitue un système bio-psycho-social complexe où s’entrecroisent des déterminants physiologiques, affectifs, cognitifs, socioculturels et relationnels.

Le DSFI répond à ce défi épistémologique en adoptant une approche de type « inventaire omnibus ». L’unité d’analyse privilégiée est l’individu, car quelle que soit la dynamique conjugale ou relationnelle dans laquelle s’inscrit une personne, l’évaluation qualitative de la réponse et du vécu sexuel demeure ultimement médiée par la perception intime du sujet. Le cadre temporel centré sur le « fonctionnement actuel » a été choisi intentionnellement pour répondre à la question clinique primordiale : Quel est le niveau et la nature précise du fonctionnement sexuel du patient au moment de la consultation ? En cartographiant les dimensions fondamentales de la sexualité sous la forme d’un profil psychométrique visuel, le praticien ou le chercheur peut délimiter précisément la nature, l’étendue et la sévérité d’une éventuelle dysfonction sexuelle.

Sur le plan des applications pratiques, le DSFI répond à un triple impératif :

  • Diagnostic clinique et formulation de cas : Il permet d’effectuer un diagnostic différentiel rigoureux, notamment pour distinguer les étiologies psychogènes des dysfonctions organiques (par exemple, dans les troubles érectiles chez l’homme ou les dyspareunies chez la femme), d’identifier les déficits d’information anatomophysiologique, et de détecter la présence conjointe de troubles de l’humeur, de détresse psychologique ou de distorsions de l’image corporelle qui participent à l’étiologie ou au maintien du trouble.
  • Recherche évaluative et essais cliniques : Le DSFI a été abondamment exploité comme instrument de mesure de résultats (outcome measure) dans des essais cliniques pharmacologiques et psychothérapeutiques. Sa sensibilité au changement permet de mesurer l’impact de thérapeutiques médicales (chirurgies prothétiques du pénis, hormonothérapie de substitution, antidépresseurs) et d’interventions cognitivo-comportementales ou sexothérapeutiques.
  • Études épidémiologiques et comparatives : L’outil a servi à discriminer des populations cliniques spécifiques par rapport à des cohortes témoins saines, allant de différentiations nettes (sujets présentant une dysphorie de genre versus hétérosexuels sans trouble) à des comparaisons plus fines et exigeantes (femmes atteintes de diabète de type 1 ou 2 versus femmes saines, ou patients recevant différents types de prothèses péniennes gonflables ou semi-rigides).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par le DSFI envisage le fonctionnement sexuel comme une entité modulaire intégrative comprenant dix facettes distinctes mais interconnectées. Chacune de ces dix dimensions fait l’objet d’une sous-échelle dédiée possédant ses propres règles de cotation et son apport spécifique à la compréhension clinique du patient :

  1. Information sexuelle (Information) : Composée de 26 items vrai-faux, cette dimension mesure le corpus de connaissances exactes dont dispose le sujet concernant l’anatomie génitale, la physiologie de la reproduction, les mécanismes de la réponse sexuelle et la contraception. Le score correspond au nombre total de réponses correctes. Des lacunes ou mythes erronés constituent souvent des facteurs étiologiques prédisposants majeurs dans les dysfonctions sexuelles secondaires.
  2. Expériences sexuelles (Experiences) : Structurée autour d’un inventaire de 24 comportements érotiques ordonnés de manière quasi-hiérarchique (allant de caresses légères préliminaires et baisers jusqu’à diverses formes de coït et de pratiques oro-génitales), cette sous-échelle examine l’étendue du répertoire comportemental acquis au cours de la vie (lifetime) ainsi que la pratique réelle observée au cours des 60 derniers jours. Le score primaire retient le nombre total d’expériences vécues au cours de la vie.
  3. Pulsion / Désir sexuel (Drive) : Cette dimension capture la libido et l’intérêt érotique à travers cinq domaines comportementaux précis : la fréquence des rapports sexuels pénétratifs, la fréquence de la masturbation solitaire, les séances de baisers et caresses érotiques (« petting »), la fréquence des fantasmes spontanés au quotidien, et la fréquence idéale souhaitée des rapports. Les réponses sont sommées pour former un score global de pulsion libidinale actuelle.
  4. Attitudes sexuelles (Attitudes) : Évaluée par 30 items mesurés sur une échelle de Likert en 5 points (de « fortement en désaccord » à « fortement d’accord »), cette sous-échelle quantifie le système de croyances et de valeurs de l’individu. Elle est équilibrée avec 15 énoncés à polarité libérale (tolérance envers la sexualité hors mariage, variations érotiques) et 15 énoncés à polarité conservatrice/restrictive (culpabilisation, normes morales strictes). Trois scores sont générés : Libéralisme, Conservatisme et Total des attitudes.
  5. Symptômes psychologiques (Psychological Symptoms) : Pour évaluer la symptomatologie psychopathologique concomitante susceptible d’entraver le fonctionnement sexuel, Derogatis a intégré l’intégralité du Brief Symptom Inventory (BSI, 53 items). Notés de 0 (« pas du tout ») à 4 (« extrêmement »), les items couvrent neuf dimensions symptomatiques cliniques (somatisation, obsessions-compulsions, sensibilité interpersonnelle, dépression, anxiété, hostilité, anxiété phobique, idéation paranoïaque et psychoticisme). Un score global de détresse psychologique est calculé.
  6. Affects (Affects) : Représentée par l’échelle complète d’équilibre des affects de Derogatis (Derogatis Affects Balance Scale [DABS], 40 adjectifs), cette sous-échelle évalue l’humeur affective immédiate. Vingt adjectifs décrivent des états affectifs positifs (joie, affection, dynamisme) et 20 adjectifs décrivent des états négatifs (colère, anxiété, abattement). Le DSFI utilise l’Indice d’équilibre affectif (Affects Balance Index) comme score composite principal.
  7. Définition du rôle de genre (Gender Role Definition) : Partant du principe psychologique que la masculinité et la féminité représentent deux dimensions indépendantes coexistant au sein de chaque personnalité, 30 adjectifs psychologiques sont proposés (15 connotant la masculinité instrumentale et 15 connotant l’expressivité féminine). Le sujet s’auto-évalue, ce qui permet d’extraire un score de Masculinité, un score de Fémininité et un indice d’intégration du rôle de genre.
  8. Fantasmes sexuels (Fantasy) : Cette section regroupe 20 thématiques érotiques majeures récurrentes identifiées dans la recherche empirique sur la sexualité humaine saine ainsi que dans la clinique des variations érotiques (par exemple : scénarios de soumission/domination consentie, voyeurisme, expériences en groupe, lieux publics). Le score final traduit la diversité et la richesse du répertoire imaginatif par la sommation simple des thèmes approuvés.
  9. Image corporelle (Body Image) : L’acceptation corporelle étant une condition préalable sine qua non au lâcher-prise érotique, cette dimension évalue l’attitude envers son propre corps à l’aide de 15 items (10 items communs aux deux sexes portant sur l’allure générale, le poids ou le visage, et 5 items spécifiquement adaptés à l’anatomie génitale masculine ou féminine). Un score unique quantifie le niveau global de bien-être somatique et d’appréciation corporelle.
  10. Satisfaction sexuelle (Sexual Satisfaction) : Conçue comme une dimension multiforme, elle évalue l’adéquation perçue au sein de composantes clés (fréquence coïtale, qualité de la communication érotique verbale et non verbale, intensité de l’orgasme, préliminaires). Dix items vrai-faux mesurent si le répondant est satisfait ou non de chacun de ces aspects spécifiques, le score total étant la somme des réponses affirmatives.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique structurant le DSFI s’enracine principalement dans la médecine comportementale, la psychométrie clinique d’inspiration néo-krapelinienne et la théorie des systèmes biopsychosociaux appliquée à la sexologie contemporaine. Lors de sa formalisation initiale en 1976 par Leonard R. Derogatis, le champ de la sexologie clinique était dominé par les travaux pionniers de William Masters et Virginia Johnson (1966, 1970) centrés sur le cycle de la réponse sexuelle humaine (excitation, plateau, orgasme, résolution), ainsi que par les modèles de thérapie sexuelle cognitive et relationnelle introduits par Helen Singer Kaplan (1974), qui a adjoint la phase essentielle du « désir » au modèle physiologique de Masters et Johnson.

Derogatis a constaté une lacune majeure dans ces paradigmes : l’absence d’outils d’évaluation standardisés capables de capturer simultanément les dimensions intrapersonnelles, affectives et comportementales du patient. Il a postulé que le fonctionnement sexuel humain réussi ne peut être assimilé à un simple mécanisme réflexe vasocongestif et neuromusculaire. Il résulte d’un équilibre dynamique au sein duquel :

  • Les cognitions et croyances (mesurées par les sous-échelles Information et Attitudes) conditionnent le niveau de culpabilité, d’anxiété anticipatoire ou d’inhibition cognitive ;
  • Le répertoire comportemental et les pulsions (mesurés par Expériences et Pulsion) traduisent le conditionnement opérant, les apprentissages antérieurs et l’activité neuro-endocrinienne ;
  • L’état psychologique général (mesuré par le BSI et la DABS) reflète le fait que l’anxiété, la dépression ou l’hostilité altèrent directement le système nerveux autonome sympathique et parasympathique indispensable à l’érection ou à la lubrification vaginale ;
  • L’image de soi et l’identité (Image corporelle et Rôle de genre) régulent la vulnérabilité au phénomène d’« auto-observation spectatrice » (spectatoring décrit par Masters et Johnson), où l’individu se juge sévèrement au lieu de ressentir les stimuli sensoriels.

Sur le plan psychométrique, le DSFI concrétise cette conception holistique en recourant à une normalisation actuarielle sophistiquée : la transformation de chaque dimension brute en score normalisé T d’aire sous la courbe ($$\mu = 50, \sigma = 10$$), permettant une comparaison intra-individuelle rigoureuse sous la forme d’un profil psychologique, comparable aux profils du MMPI ou du MCMI.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du DSFI a fait l’objet de plus d’une quarantaine d’investigations cliniques et méthodologiques indépendantes depuis sa création, apportant des preuves solides de sa pertinence clinique :

Validité de construit et validité factorielle

Les corrélations inter-échelles confirment que les dix sous-tests mesurent des aspects distincts mais cohérents de la sphère sexuelle. Comme prédit par la théorie, les corrélations les plus élevées sont retrouvées entre la Pulsion sexuelle, les Expériences et la Satisfaction sexuelle, tandis que les Symptômes psychologiques (BSI) et les Affects négatifs entretiennent des corrélations négatives significatives avec le score global de fonctionnement sexuel (SFI).

Validité discriminante et diagnostique

Le DSFI s’est révélé remarquablement performant pour discriminer des populations cliniques spécifiques :

  • Diagnostic différentiel étiologique : Les travaux pionniers de Derogatis, Meyer et Dupkin (1976) ont prouvé que le DSFI discriminait avec succès les hommes souffrant d’impuissance organique versus ceux présentant une impuissance psychogène. Les patients organiques présentaient généralement des niveaux conservés de désir, d’imaginaire érotique et une détresse psychologique moins diffuse, tandis que les sujets psychogènes montraient des perturbations massives des affects, des attitudes répressives et une anxiété de performance prégnante.
  • Dysphorie de genre : Les études comparant des individus présentant une dysphorie de genre à des groupes témoins hétérosexuels sans trouble ont révélé des tailles d’effet très élevées sur les sous-échelles de Rôle de genre, d’Image corporelle et d’Attitudes.
  • Sous-types d’anorgasmie : L’étude de Derogatis, Schmidt, Fagan et Wise (1989) a utilisé la taxonomie mathématique sur les profils du DSFI pour identifier des sous-groupes homogènes d’anorgasmie féminine, distinguant les formes situationnelles d’origine relationnelle des formes primaires caractérisées par des inhibitions profondes et une méconnaissance anatomique.

Validité clinique et sensibilité au changement thérapeutique

Dans le domaine médical, l’outil s’est avéré sensible à des variations fines de la fonction sexuelle induites par la pathologie ou les interventions chirurgicales :

  • Comparaison de la fonction sexuelle chez les femmes diabétiques par rapport aux femmes non diabétiques, documentant des diminutions spécifiques de la lubrification et de la pulsion sans altération primaire du désir cognitif.
  • Évaluation comparative des résultats fonctionnels et subjectifs chez des patients recevant une prothèse pénienne gonflable versus une prothèse non gonflable (semi-rigide).
  • Sensibilité prouvée aux effets iatrogènes des traitements antidépresseurs chez les hommes dépressifs (Howell et al., 1987).

8. Fidélité / Reliability

Les indices de fidélité rapportés pour l’ensemble des échelles du DSFI satisfont amplement les critères psychométriques rigoureux régissant les tests standardisés à usage diagnostique :

Cohérence interne

Dans l’étude psychométrique de standardisation menée par Derogatis et Melisaratos (1979) sur un échantillon de 325 participants, la cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach (ou Kuder-Richardson 20 pour les échelles dichotomiques) a présenté des valeurs solides s’échelonnant entre .60 et .97 selon les dimensions. Les sous-tests composés d’inventaires d’adjectifs ou de symptômes hautement structurés (notamment les Symptômes psychologiques mesurés via le BSI et les Affects via la DABS) affichent systématiquement des coefficients alpha supérieurs à .85 voire .90. Les dimensions telles que l’Image corporelle ($$\alpha \approx .80$$) et les Attitudes sexuelles ($$\alpha \approx .82$$) démontrent également une excellente consistance interne.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle a été documentée lors d’évaluations successives séparées par un intervalle de 14 jours :

  • Derogatis et Melisaratos (1979) ont observé des coefficients de corrélation test-retest se situant de manière prédominante entre le haut de la zone des .70 et le bas de la zone des .90 ($$r = .78$$ à $$.92$$), témoignant d’une excellente stabilité des traits évalués chez les sujets sains stables.
  • Dans une étude indépendante portant sur des hommes dépressifs suivis en milieu psychiatrique, Howell et al. (1987) ont répliqué ces constats sur une fenêtre de 14 jours, confirmant que tous les coefficients test-retest excédaient le seuil critique de .70 ($$r > .70$$ pour chaque dimension).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La confirmation empirique de la structure sous-jacente du DSFI découle à la fois de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) menée lors de sa construction initiale et de multiples analyses factorielles confirmatoires (AFC) appliquées à ses sous-modules intégrés :

Structure factorielle multidimensionnelle globale

L’hypothèse théorique de Derogatis postulant l’existence de dix dimensions modulaires orthogonales ou faiblement obliques a été largement corroborée par des analyses factorielles en composantes principales avec rotation varimax. Les items assignés à chacune des sous-échelles ont démontré des saturations primaires substantielles (généralement comprises entre .45 et .80) sur leurs facteurs respectifs, avec des saturations croisées minimes sur les dimensions adjacentes.

Analyses structurales des sous-échelles majeures

  • Brief Symptom Inventory (BSI) : L’analyse factorielle confirmatoire menée sur les 53 items de détresse psychologique valide la présence de neuf facteurs primaires bien définis (somatisation, obsession-compulsion, dépression, anxiété, anxiété phobique, sensibilité interpersonnelle, hostilité, paranoïa, psychoticisme) se combinant en un facteur de second ordre robuste correspondant à l’indice de sévérité globale.
  • Échelle d’équilibre des affects (DABS) : Les analyses factorielles confirment l’extraction de deux facteurs bipolaires majeurs représentant distinctement la valence affective : les affects positifs (vigueur, joie, affection, sérénité) et les affects négatifs (dépression, hostilité, culpabilité, anxiété), avec des saturations saturant au-delà de .50 pour chacun des adjectifs assignés.
  • Attitudes sexuelles : L’analyse factorielle factorise nettement les 30 items en deux composantes indépendantes reflétant respectivement le « Libéralisme érotique » et le « Conservatisme normatif », expliquant une proportion significative de la variance totale des attitudes sociosexuelles.
  • Rôle de genre : L’analyse factorielle des 30 adjectifs atteste de la stricte indépendance dimensionnelle entre les facteurs de Masculinité et de Fémininité, validant le modèle théorique de l’androgynie psychologique plutôt qu’une bipolarité unidimensionnelle exclusive.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Inventaire psychométrique multidimensionnel « omnibus » par auto-évaluation individuelle (self-report inventory).
  • Nombre total d’items : 254 items répartis en 10 sous-tests distincts.
  • Population cible et norme : Adultes (hommes et femmes). L’échantillon normatif princeps comprend 230 individus issus de cours de formation continue universitaire (âge moyen de 32 ans ; 80 % de sujets blancs ; 60 % de personnes mariées ; 75 % de statut socio-économique moyen à supérieur).
  • Formats de réponse : Formats variés adaptés à chaque construit, incluant le choix binaire vrai/faux, l’évaluation de fréquences réelles/idéales, et des échelles de Likert en 5 points (de 0 à 4).
  • Organisation détaillée des sous-tests :
    • Information sexuelle : 26 items (vrai / faux) ; cotation par sommation des réponses exactes.
    • Expériences sexuelles : 24 comportements (expérimenté au cours de la vie vs 60 derniers jours) ; score = somme des comportements vécus au cours de la vie.
    • Pulsion (Drive) : 5 domaines comportementaux évaluant les fréquences (rapports, masturbation, préliminaires, fantasmes spontanés, désir idéal) ; score unique sommatif.
    • Attitudes sexuelles : 30 items sur échelle de Likert en 5 points (15 libéraux, 15 conservateurs) ; scores de Libéralisme, de Conservatisme et score Total.
    • Symptômes psychologiques : 53 items du BSI notés de 0 (« pas du tout ») à 4 (« extrêmement ») ; score global de symptômes ou 9 scores dimensionnels.
    • Affects : 40 adjectifs de la DABS (20 positifs, 20 négatifs) ; calcul de l’Indice d’équilibre des affects (Affects Balance Index).
    • Rôle de genre : 30 adjectifs (15 masculins, 15 féminins) ; scores de Masculinité, de Fémininité et de Définition du rôle.
    • Fantasmes sexuels : 20 thématiques érotiques majeures ; score par sommation simple des thèmes rapportés.
    • Image corporelle : 15 items (10 communs, 5 spécifiques au genre) ; score sommatif unique reflétant l’appréciation corporelle.
    • Satisfaction sexuelle : 10 items (vrai / faux) explorant des composantes spécifiques (fréquence, orgasme, communication) ; score par sommation des approbations.
  • Scores globaux composites :
    • Indice de fonctionnement sexuel (SFI) : Score récapitulatif total calculé comme la somme directe linéaire et non pondérée des scores normalisés T d’aire sous la courbe ($$\mu = 50, \sigma = 10$$) obtenus pour chaque sous-test, après ajustement spécifique selon le sexe pour les sections différenciées.
    • Indice global de satisfaction sexuelle (GSSI) : Évaluation subjective globale en un seul item sur échelle ordinale en 9 points, ancrée de 0 (« ne pourrait pas être pire ») à 8 (« ne pourrait pas être meilleure »), chaque point étant qualifié par un descripteur verbal explicite.
  • Traductions disponibles : Anglais (original), Arabe, Chinois, Espagnol, Français, Français canadien, Coréen, Norvégien, Hindi (Indien), Turc.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1975 (manuel préliminaire), formalisé et standardisé dans la littérature scientifique en 1976 et 1979.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Déposés et détenus exclusivement par le Dr Leonard R. Derogatis et sa société de distribution d’instruments psychométriques, Clinical Psychometric Research, Inc.
  • Distribution et accès commercial : Le DSFI n’appartient pas au domaine public. L’accès aux manuels de cotation, aux formulaires de test officiels et aux grilles de standardisation normatives exige l’achat d’une licence d’utilisation auprès du distributeur officiel : Clinical Psychometric Research, Inc. (www.derogatis-tests.com).
  • Utilisation en recherche académique : L’utilisation dans le cadre de mémoires universitaires ou d’essais cliniques nécessite l’obtention formelle préalable d’une autorisation écrite ou d’un accord de redevance pour les kits de passation. Des tarifs réduits spécifiques peuvent être concédés sur demande pour les projets de recherche non financés.

12. Références / References

Conte, H. R. (1983). Development and use of self-report techniques for assessing sexual function: A review and critique. Archives of Sexual Behavior, 12(6), 555–576. https://doi.org/10.1007/BF01542220

Derogatis, L. R. (1975). Derogatis Sexual Functioning Inventory (DSFI): Preliminary scoring manual. Clinical Psychometric Research Inc.

Derogatis, L. R. (1980). Psychological assessment of psychosexual functioning. In J. K. Meyer (Ed.), The Psychiatric Clinics of North America: Symposium on Sexuality (Vol. 3, No. 1, pp. 113–131). W. B. Saunders. https://doi.org/10.1016/S0193-953X(18)30985-3

Derogatis, L. R. (1993). Brief Symptom Inventory: Administration, scoring, and procedures manual (3rd ed.). National Computer Systems.

Derogatis, L. R., Lopez, M. C., & Zinzeletta, E. M. (1988). Clinical applications of the DSFI in the assessment of sexual dysfunctions. In R. Brown & E. Roberts (Eds.), Advances in the understanding and treatment of sexual disorders. PNA Publishing.

Derogatis, L. R., & Melisaratos, N. (1979). The DSFI: A multidimensional measure of sexual functioning. Journal of Sex & Marital Therapy, 5(3), 244–281. https://doi.org/10.1080/00926237908403733

Derogatis, L. R., Meyer, J. K., & Dupkin, C. N. (1976). Discrimination of organic versus psychogenic impotence with the DSFI (Derogatis Sexual Functioning Inventory). Journal of Sex & Marital Therapy, 2(3), 229–240. https://doi.org/10.1080/00926237608405329

Derogatis, L. R., & Rutigliano, P. J. (1996). Derogatis Affects Balance Scale. In B. Spilker (Ed.), Quality of life and pharmacoeconomics in clinical trials (2nd ed., pp. 160–177). Lippincott-Raven.

Derogatis, L. R., Schmidt, C. W., Fagan, P. J., & Wise, T. N. (1989). Subtypes of anorgasmia via mathematical taxonomy. Psychosomatics, 30(2), 166–173. https://doi.org/10.1016/S0033-3182(89)72295-8

Howell, J. R., Reynolds, C. F., Thase, M. E., Frank, E., Jennings, J. R., Houck, P. R., Berman, S. R., & Kupfer, D. J. (1987). Assessment of sexual function, interest, and activity in depressed men. Journal of Affective Disorders, 13(1), 61–66. https://doi.org/10.1016/0165-0327(87)90072-4

Kaplan, H. S. (1974). The new sex therapy: Active treatment of sexual dysfunctions. Brunner/Mazel.

Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1966). Human sexual response. Little, Brown and Company.

Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1970). Human sexual inadequacy. Little, Brown and Company.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: This inventory consists of 10 sections evaluating different aspects of your sexual feelings, attitudes, and behaviors. Please read the instructions for each section carefully and answer all questions as honestly and accurately as possible.
Response Scale: Varies by subtest (True/False, frequency counts, 5-point Likert scales, and an anchored 9-point global rating)
1

Subtest I: Information (26 items: e.g., True/False knowledge items covering anatomy, physiology, and contraception)
2

Subtest II: Experiences (24 items: 24 sexual behaviors rated for lifetime occurrence [Yes/No] and occurrence in the last 60 days [Yes/No])
3

Subtest III: Drive (5 items assessing weekly/monthly frequency of: 1. Coitus/sexual intercourse, 2. Masturbation, 3. Petting/foreplay, 4. Spontaneous sexual fantasies, 5. Desired/ideal frequency of intercourse)
4

Subtest IV: Attitudes (30 items: 15 liberal and 15 conservative sociosexual belief statements rated 0 = Strongly Disagree to 4 = Strongly Agree)
5

Subtest V: Psychological Symptoms (53 items from the Brief Symptom Inventory [BSI] rated 0 = Not at all to 4 = Extremely)
6

Subtest VI: Affects (40 adjective items from the Derogatis Affects Balance Scale [DABS] rated 0 = Not at all to 4 = Extremely)
7

Subtest VII: Gender Role Definition (30 items: 15 masculine and 15 feminine personality descriptors rated on endorsement)
8

Subtest VIII: Fantasy (20 items: checklist of erotic daydream themes rated Endorsed / Not Endorsed)
9

Subtest IX: Body Image (15 items: satisfaction with 10 general and 5 gender-keyed body parts/features)
10

Subtest X: Sexual Satisfaction (10 items: True/False statements regarding specific aspects of sexual partnership and fulfillment)
11

Global Sexual Satisfaction Index (GSSI): Single 9-point anchored item (0 = Could not be worse, 1 = Extremely bad, 2 = Bad, 3 = Moderately poor, 4 = Mixed / Fair, 5 = Moderately good, 6 = Good, 7 = Very good, 8 = Could not be better)
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-du-fonctionnement-sexuel-de-derogatis-dsfi
Looti, Mohammed. “Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-du-fonctionnement-sexuel-de-derogatis-dsfi.
Looti, Mohammed. “Inventaire du fonctionnement sexuel de Derogatis.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-du-fonctionnement-sexuel-de-derogatis-dsfi.