Inventaire des comportements sexuels agressifs

L’Inventaire des comportements sexuels agressifs (ASBI ; Mosher & Anderson, 1986) est un instrument psychométrique de 20 items évaluant la fréquence des tactiques d’agression et de coercition sexuelle envers les femmes. Présentation exhaustive de sa structure factorielle, de sa validité et des items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Inventaire des comportements sexuels agressifs (en anglais, Aggressive Sexual Behavior Inventory ou ASBI ; Mosher & Anderson, 1986) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la fréquence d’utilisation de tactiques coercitives et violentes perpétrées par des hommes à l’encontre de femmes au cours d’interactions hétérosociales ou de rendez-vous galants (dating). Développé au sein du département de psychologie de l’Université du Connecticut par Donald L. Mosher et Ronald D. Anderson, cet inventaire est né du constat épistémologique et méthodologique selon lequel l’évaluation des agressions sexuelles via une question unique relative au viol ou par l’intermédiaire de scénarios projectifs hypothétiques (« commettriez-vous un viol si vous étiez certain de ne pas être pris ? ») souffre d’un manque criant de fidélité et d’une sous-déclaration massive attribuable à la désirabilité sociale.

L’ASBI propose une approche comportementale fine composée de 20 items (ainsi qu’une forme abrégée validée de 10 items), administrés à l’aide d’une échelle de type Likert en 7 points graduée de 1 (« jamais ») à 7 (« extrêmement fréquemment »). Une analyse factorielle exploratoire initiale, menée sur 125 étudiants universitaires masculins à partir d’un ensemble de 33 items candidats, a dégagé une structure orthogonale sous-jacente en six composantes : la force sexuelle physique (Sexual Force), l’utilisation d’alcool et de drogues à des fins de soumission (Drugs and Alcohol), la manipulation verbale (Verbal Manipulation), le rejet colérique (Angry Rejection), l’expression de la colère (Anger Expression) et la menace (Threat).

Sur le plan des qualités métrologiques, l’ASBI fait preuve d’une excellente consistance interne, attestée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,94 pour l’échelle globale à 20 items et de 0,87 pour la forme courte à 10 items. La validité de construit se manifeste par des corrélations positives robustes avec la personnalité macho ou hypermasculine (r = 0,33), les attitudes sexuelles insensibles et dénigrantes envers les femmes (r = 0,53), ainsi que par des associations négatives marquées avec la culpabilité sexuelle (r = -0,53) et la culpabilité liée à l’hostilité (r = -0,49). L’outil s’est imposé comme une référence en psychopathologie légale, en psychologie sociale et en victimologie pour quantifier les conduites coercitives sans recourir à un étiquetage juridique direct stigmatisant.

2. Mots-clés

agression sexuelle, coercition sexuelle, inventaire des comportements sexuels agressifs, ASBI, hypermasculinité, viol lors de rendez-vous, psychométrie, Donald Mosher, violence interpersonnelle, violences sexistes, prédation sexuelle, échelle de Likert, évaluation médico-légale

3. Auteurs

L’instrument a été conçu et validé par :

  • Donald L. Mosher, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie au Département des sciences psychologiques de l’Université du Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis). Chercheur pionnier dans la conceptualisation de la culpabilité sexuelle (Mosher Forced-Choice Guilt Inventory) et de la constellation de la personnalité hypermasculine ou macho (Hypermasculinity Inventory). Correspondance historique : 648 Ternberry Forest Drive, The Villages, FL 32162 ; Courriel académique institutionnel : [email protected].
  • Ronald D. Anderson, M.A. : Chercheur en psychologie sociale et clinique à l’Université du Connecticut, co-auteur des premiers travaux empiriques établissant les liens entre imagerie guidée du viol, excitation physiologique et agression comportementale (Anderson, 1983).
  • Mark Zaitchik, M.A. : Psychologue clinicien et chercheur affilié à l’Université du Connecticut, ayant contribué à l’extension et à la standardisation de la forme abrégée de l’inventaire auprès de populations spécifiques (Zaitchik, 1986).

4. Objectif

L’objectif central de l’Inventaire des comportements sexuels agressifs (ASBI) est de fournir une quantification continue, objective et graduée de l’ensemble du spectre des comportements de coercition sexuelle déployés par les hommes à l’égard des femmes dans le cadre de relations interpersonnelles, de séduction ou de rencontres intimes (dating violence). Dans l’histoire de la recherche sur les violences sexuelles, les investigateurs se heurtaient à des écueils méthodologiques majeurs. D’une part, l’interrogation directe par question unique (par exemple : « Avez-vous déjà violé ou forcé une femme à avoir un rapport sexuel ? ») induit un taux de dénégation massif en raison de la charge morale, pénale et sociale associée au terme « viol ». D’autre part, les protocoles reposant sur des mises en situation projectives ou hypothétiques (« Quelle est la probabilité que vous commettiez un acte sexuel forcé si personne ne pouvait le savoir ? ») évaluent davantage une propension fantasmatique ou un cynisme déclaré qu’un ancrage dans des agissements réels.

Face à ces défaillances de mesure, Donald L. Mosher et Ronald D. Anderson ont conçu l’ASBI afin de décomposer la prédation sexuelle en comportements opérationnels précis, dénués de jugements de valeur explicites ou de jargon juridique incriminant. Les items sondent des tactiques concrètes allant de la pression psychologique et de la manipulation affective jusqu’à l’emploi de stupéfiants, de menaces verbales explicites et d’une violence physique destructrice. En garantissant un protocole de passation strictement anonyme, l’ASBI permet de contourner le mur de la dissimulation défensive et de capturer la variabilité interindividuelle réelle au sein de cohortes masculines non judiciarisées, telles que les étudiants universitaires ou des sous-cultures spécifiques.

Sur le plan des applications scientifiques et cliniques, l’ASBI remplit une double fonction :

  • Comme variable dépendante (critère de résultat) : Il sert à examiner l’impact prédictif de variables cognitives, affectives et de traits de personnalité. Il permet de déterminer comment des idéologies patriarcales, l’exposition à des médias pornographiques violents, des schémas d’attachement insécure ou la consommation d’alcool et de substances prédisposent à l’actualisation de conduites coercitives.
  • Comme mesure des différences individuelles (variable indépendante ou modératrice) : L’inventaire permet de stratifier les participants en fonction de leur historique de violence sexuelle effective afin d’étudier leurs réponses affectives, cognitives et neurovégétatives. L’étude fondatrice de Mosher et Anderson (1986) a notamment utilisé l’ASBI pour démontrer que, confrontés à une séance d’imagerie guidée dépeignant un viol réaliste, violent et non érotique, les hommes présentant des scores élevés à l’ASBI manifestaient une excitation sexuelle subjective significativement supérieure à celle des hommes non agressifs, tout en éprouvant paradoxalement des niveaux élevés de colère, de détresse, de honte et de culpabilité, reflétant la réactivation affective de leurs propres forfaits passés.

Enfin, dans le champ de la prévention primaire et tertiaire en milieu collégial et universitaire, l’ASBI constitue un instrument diagnostique essentiel pour cartographier les tactiques coercitives les plus prévalentes (telles que l’intoxication chimique délibérée de la partenaire) et adapter les modules d’intervention psychoéducative axés sur le consentement explicite.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique mesuré par l’ASBI s’articule autour du concept unifié de comportement sexuel agressif, appréhendé non pas comme un phénomène dichotomique (agresseur contre non-agresseur), mais comme un continuum dimensionnel de tactiques coercitives déployées pour surmonter la résistance d’une femme et obtenir un accès sexuel non consenti. Bien que le score total constitue un indice unidimensionnel robuste d’agressivité sexuelle, l’analyse empirique révèle que ce construit se manifeste à travers six dimensions comportementales spécifiques :

1. Force sexuelle (Sexual Force)

Cette dimension englobe l’usage direct, explicite et brutal de la force physique pour contraindre la victime à l’acte sexuel. Elle traduit une rupture totale avec toute tentative de persuasion pour basculer dans la contrainte mécanique et la violence cinétique. Les items relevant de ce facteur décrivent des actes tels que maîtriser une femme au sol, déchirer ses vêtements, la gifler ou la violer collectivement avec des pairs. Dans l’échantillon initial de référence de Mosher et Anderson (1986), 28 % des étudiants universitaires interrogés ont reconnu avoir utilisé au moins une fois l’une des tactiques relevant de ce facteur (représenté par les items 3, 9, 11, 14, 17 et 19). Sur le plan psychodynamique et cognitif, cette dimension signale un anéantissement de l’empathie et une instrumentalisation totale du corps de l’autre.

2. Alcool et drogues (Drugs and Alcohol)

Cette sous-échelle évalue la facilitation chimique opportuniste ou préméditée de l’agression. Il s’agit de neutraliser les capacités de discernement, de résistance physique et de refus de la femme en l’incitant ou en la contraignant à ingérer de l’alcool, des somnifères, du cannabis ou d’autres substances psychoactives. Fait marquant, ce facteur a recueilli le taux d’adhésion le plus massif dans l’échantillon normatif d’étudiants, avec 75 % d’hommes admettant avoir usé de ces stratagèmes (items 2, 6 et 15). Cette dimension traduit une stratégie de prédation indirecte, souvent rationalisée par l’agresseur comme une simple « désinhibition festive », mais visant délibérément l’incapacitation de la victime.

3. Manipulation verbale (Verbal Manipulation)

Cette composante regroupe les tactiques d’extorsion psychologique, de chantage émotionnel et de manipulation rhétorique destinées à culpabiliser ou à déstabiliser la partenaire. Elle comprend le recours au mythe de la douleur masculine non résolue (l’argument fallacieux des « blue balls » ou congestion testiculaire douloureuse), la menace de rupture affective immédiate si le rapport est refusé, ou encore l’intrusion manipulatoire dans l’espace privé (items 1, 4, 7 et 20). Près de 64 % des hommes de l’échantillon d’origine ont rapporté avoir utilisé ces pressions verbales, qui exploitent l’empathie ou la vulnérabilité relationnelle de la victime.

4. Rejet colérique (Angry Rejection)

Le rejet colérique renvoie à des manifestations d’hostilité punitive face au refus de la femme. L’homme répond à la non-soumission par l’invective, le dénigrement verbal, le mépris et l’expulsion physique de la partenaire (items 10 et 13). Ce facteur, approuvé par 43 % des répondants, illustre le sentiment d’avoir un droit absolu sur le corps de l’autre (sexual entitlement). Lorsque ce présupposé est contesté, l’agresseur réagit par une agression punitive visant à détruire l’estime de soi de la victime.

5. Expression de la colère (Anger Expression)

Cette dimension saisit la théâtralisation de la violence physique et de la rage dans le but de terroriser la partenaire et de paralyser toute velléité de résistance. Elle se traduit par des crises de fureur, des objets brisés, des insultes proférées avec véhémence ou des empoignades brutales accompagnées de regards menaçants (items 8, 16 et 18). Près de 46 % des sujets de la cohorte initiale ont validé ces comportements. L’expression de la colère opère comme un signal d’intimidation physique imminente, instaurant un climat de terreur qui contraint la femme à céder pour préserver son intégrité corporelle.

6. Menace explicite (Threat)

Facteur le plus explicitement prédateur sur le plan criminologique, la menace directe consiste à poser un ultimatum verbalisé à la victime en lui signifiant qu’elle subira des violences physiques graves si elle refuse de coopérer (« détends-toi et apprécie, sinon tu vas te faire mal », item 5 ; promesse de ne pas la blesser si elle se soumet aveuglément, item 12). Bien que moins fréquemment endossée (13 % des répondants), cette dimension caractérise les conduites assimilables sans équivoque au viol sous la contrainte morale et physique au sens pénal du terme.

6. Cadre théorique

L’architecture conceptuelle de l’ASBI repose principalement sur la théorie de la personnalité macho ou hypermasculinité, théorisée et opérationnalisée par Donald L. Mosher et Mark Sirkin (1984). Selon ce cadre théorique issu de la psychologie sociale de la personnalité et des théories du rôle de genre, l’hypermasculinité ne représente pas simplement une conformité exacerbée aux normes masculines traditionnelles, mais une constellation de traits de personnalité pathogènes et agressifs articulée autour de trois axes fondamentaux :

  1. Des attitudes sexuelles dures et insensibles envers les femmes (Callous Sexual Attitudes) : Les femmes y sont perçues comme des objets sexuels dénués d’agentivité morale, des proies dont le consentement est accessoire, voire trompeur (croyance selon laquelle « non » signifie « oui »).
  2. La valorisation de la violence comme preuve de virilité (Violence as Manly) : La force brute, l’intimidation et la domination physique sont intériorisées comme les attributs suprêmes de l’autorité masculine légitime.
  3. L’attrait pour le danger perçu comme excitant (Danger as Exciting) : Une recherche de sensations fortes impliquant la prise de risques physiques, interpersonnels et juridiques téméraires.

Au sein de ce paradigme, les agressions sexuelles commises lors de rendez-vous amoureux ne sont pas envisagées comme des pulsions érotiques incontrôlables ou des « malentendus communicationnels », mais comme des actes de domination instrumentale découlant directement de cette idéologie de genre coercitive. L’ASBI opérationnalise précisément les comportements par lesquels cette structure de personnalité s’actualise dans le champ comportemental.

Un second ancrage théorique capital mobilisé par Mosher et Anderson (1986) provient du modèle des réseaux de mémoire congruents avec l’humeur (Network Theory of Affect) développé par le psychologue cognitiviste Gordon H. Bower (1981). D’après Bower, les émotions fonctionnent comme des nœuds centraux dans la mémoire sémantique et épisodique, reliés par des voies associatives à des cognitions, des sensations corporelles et des souvenirs d’événements passés (state-dependent memories). L’activation d’un nœud émotionnel propage une excitation facilitant la récupération de souvenirs encodés dans le même état affectif.

Cette théorie a permis à Mosher et Anderson d’élucider une découverte paradoxale majeure : lorsque des hommes présentant des scores élevés à l’ASBI sont exposés à une simulation d’imagerie guidée représentant un viol hyperréaliste, ils éprouvent non seulement une vive excitation sexuelle, mais également un sursaut d’affects négatifs intenses (fureur, terreur, honte, détresse et culpabilité). Selon l’interprétation théorique de Bower, le scénario de viol n’agit pas chez ces hommes comme un simple fantasme érotique abstrait ; il réactive, par congruence d’état, les traces mnésiques et émotionnelles profondément conflictuelles de leurs propres agressions réelles passées, où la rage destructrice et la peur de la sanction s’entremêlaient à l’excitation de la prédation.

Enfin, l’ASBI s’inscrit en amont des théories contemporaines du script sexuel (Sexual Script Theory de Gagnon et Simon) et des théories féministes matérialistes, en postulant que la violence sexuelle est encodée culturellement dans des scénarios hétérosociaux qui légitiment l’insistance masculine acharnée et dénient aux femmes le droit au refus explicite.

7. Validité

L’ASBI a fait l’objet de rigoureuses évaluations psychométriques destinées à établir sa validité convergente, sa validité discriminante ainsi que sa validité de construit et expérimentale.

Validité convergente

La validité convergente de l’inventaire a été établie par Mosher et Anderson (1986) en corrélant le score total de l’ASBI avec l’Inventaire d’hypermasculinité (Hypermasculinity Inventory ; Mosher & Sirkin, 1984) auprès de 125 étudiants universitaires masculins. Les résultats ont confirmé des associations positives statistiquement très significatives :

  • Corrélation avec l’échelle globale de la personnalité macho : r = 0,33 (p < 0,001).
  • Corrélation avec la sous-échelle des attitudes sexuelles insensibles (Callous Sexual Attitudes) : r = 0,53 (p < 0,001), démontrant que l’adhésion cognitive à l’objectification des femmes constitue le plus puissant corrélat idéologique de l’agression comportementale.
  • Corrélation avec la valorisation de la violence comme preuve de virilité (Violence as Manly) : r = 0,23 (p < 0,01).
  • Corrélation avec la recherche du danger excitant (Danger as Exciting) : r = 0,26 (p < 0,01).

Dans une recherche complémentaire conduite par Zaitchik (1986) auprès de 55 musiciens de rock masculins évoluant dans un milieu sous-culturel valorisant les conduites hédonistes et transgressives, des corrélations convergentes encore plus massives ont été observées : le score d’agressivité sexuelle était corrélé à r = 0,75 avec la personnalité macho, à r = 0,72 avec la consommation déclarée de cocaïne, à r = 0,70 avec la prise d’amphétamines, à r = 0,50 avec l’usage de marijuana, et à r = 0,35 avec la satisfaction de vie auto-évaluée. Ces résultats attestent d’une remarquable consistance écologique de l’instrument dans divers contextes sociaux.

Validité discriminante et négative

À l’inverse, l’ASBI présente des corrélations négatives robustes avec les dimensions mesurant les freins moraux et affectifs internalisés. Anderson (1983) a administré conjointement l’ASBI et le Mosher Forced-Choice Guilt Inventory (Mosher, 1966). Comme prédit théoriquement, les scores d’agression sexuelle étaient fortement et négativement associés à :

  • La culpabilité sexuelle (Sex-Guilt) : r = -0,53 (p < 0,001).
  • La culpabilité liée à l’hostilité (Hostility-Guilt) : r = -0,49 (p < 0,001).

Ces données démontrent une excellente validité discriminante : les individus adoptant des comportements sexuels prédateurs sont précisément ceux qui présentent un déficit marqué d’inhibition morale interne et une absence d’affects d’auto-réprobation anticipatrice face à la transgression des tabous sexuels et agressifs.

Validité de construit expérimentale

La validité de construit de l’ASBI a trouvé son illustration la plus frappante dans le protocole expérimental d’imagerie guidée de Mosher et Anderson (1986). Lors de l’écoute d’un scénario audio-guidé hautement réaliste décrivant un viol brutal et violent du point de vue de l’agresseur, les participants obtenant des scores élevés à l’ASBI ont manifesté, comparativement à leurs pairs non agressifs, une excitation sexuelle subjective significativement plus élevée. Ce résultat valide l’hypothèse centrale selon laquelle l’agression sexuelle effective s’accompagne d’un conditionnement érotique spécifique où les indices de terreur et de soumission de la victime stimulent le désir de l’agresseur.

8. Fidélité

La fidélité de l’Inventaire des comportements sexuels agressifs a été documentée à travers l’évaluation de sa cohérence interne et de sa structure d’homogénéité sur plusieurs cohortes indépendantes.

Consistance interne

Dans l’échantillon princeps de standardisation constitué de 125 étudiants masculins de l’Université du Connecticut (Mosher & Anderson, 1986), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 20 items de la forme intégrale s’est élevé à 0,94. Une telle valeur témoigne d’une consistance interne exceptionnelle et confirme la recommandation des auteurs de considérer le score cumulé de l’ASBI comme une mesure globale, unidimensionnelle et hautement homogène de l’histoire comportementale d’agression sexuelle du sujet.

Pour la forme abrégée à 10 items, spécifiquement calibrée pour les protocoles de recherche requérant un temps de passation réduit ou pour l’intégration dans des batteries évaluant de multiples construits cliniques, la fidélité demeure remarquablement stable. Dans l’étude de Zaitchik (1986) portant sur 55 musiciens de rock, la forme à 10 items a affiché un coefficient alpha de Cronbach de 0,87. Cette valeur confirme que la réduction de moitié de la longueur de l’instrument n’altère en rien sa fiabilité de mesure ni sa précision statistique.

Homogénéité et erreurs de mesure

Toutes les corrélations item-total corrigées s’avèrent positives et substantielles. Bien que des données formelles de fidélité test-retest à moyen ou long terme n’aient pas été publiées dans les études initiales — en grande partie en raison de la nature rétrospective et cumulative du construit (qui enregistre des comportements passés irréversibles) —, la robustesse des saturations factorielles et la faible erreur standard de mesure (SEM) garantissent une excellente stabilité d’évaluation.

9. Analyse factorielle

L’architecture dimensionnelle originelle de l’ASBI a été dérivée des réponses fournies par 125 étudiants universitaires de sexe masculin à un pool initial de 33 items candidats décrivant diverses stratégies de coercition hétérosociale. Les auteurs ont soumis la matrice de corrélation inter-items à une analyse factorielle exploratoire (AFE) par décomposition en composantes principales, suivie d’une rotation orthogonale Varimax.

Cette procédure a abouti à l’extraction de six facteurs distincts expliquant une part substantielle de la variance totale, permettant de réduire l’échelle finale à 20 items hautement saturés :

  • Facteur 1 : Force sexuelle (Sexual Force)

    Comprend 6 items : 3, 9, 11, 14, 17, 19.

    Saturation thématique : Agression physique directe, déshabillage forcé, viol collectif, viol sous emprise d’alcool avec contrainte physique.

    Prévalence déclarée : 28 % de l’échantillon a endossé au moins un item de ce facteur.
  • Facteur 2 : Alcool et drogues (Drugs and Alcohol)

    Comprend 3 items : 2, 6, 15.

    Saturation thématique : Intoxication préméditée à l’alcool, administration de stupéfiants ou médicaments pour paralyser les résistances, création d’une dette par la fourniture de drogues coûteuses.

    Prévalence déclarée : 75 % de l’échantillon.
  • Facteur 3 : Manipulation verbale (Verbal Manipulation)

    Comprend 4 items : 1, 4, 7, 20.

    Saturation thématique : Pression psychologique, chantage affectif, victimisation manipulatoire liée à l’excitation sexuelle inachevée, intrusion au domicile.

    Prévalence déclarée : 64 % de l’échantillon.
  • Facteur 4 : Rejet colérique (Angry Rejection)

    Comprend 2 items : 10, 13.

    Saturation thématique : Hostilité verbale punitive, menace de substitution par une autre partenaire, insultes et rejet physique suite au refus de soumission.

    Prévalence déclarée : 43 % de l’échantillon.
  • Facteur 5 : Expression de la colère (Anger Expression)

    Comprend 3 items : 8, 16, 18.

    Saturation thématique : Crises de rage, bris d’objets intimidants, empoignades fermes accompagnées de mimiques agressives, brutalité délibérée pour signifier sa détermination.

    Prévalence déclarée : 46 % de l’échantillon.
  • Facteur 6 : Menace (Threat)

    Comprend 2 items : 5, 12.

    Saturation thématique : Avertissement de préjudice corporel direct en cas de résistance, promesse conditionnelle de non-violence subordonnée à une obéissance absolue.

    Prévalence déclarée : 13 % de l’échantillon.

La forme abrégée de 10 items a été composée en retenant les items présentant les saturations les plus pures et les plus élevées au sein de chacun de ces domaines comportementaux majeurs, à savoir les items 1, 4, 5, 6, 11, 12, 13, 15, 18 et 19. Cette version courte garantit une représentation proportionnelle des six composantes tout en optimisant le temps d’administration.

10. Instrument de mesure

  • Nom de l’instrument : Inventaire des comportements sexuels agressifs (Aggressive Sexual Behavior Inventory — ASBI).
  • Auteurs : Donald L. Mosher et Ronald D. Anderson (1986) ; forme courte par Mark Zaitchik (1986).
  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique comportemental rétrospectif (self-report inventory).
  • Format d’administration : Papier-crayon avec feuille de réponses mécanographique/optique, ou passation informatisée auto-administrée sécurisée garantissant un anonymat total.
  • Nombre total d’items : 20 items pour la forme intégrale ; 10 items pour la forme abrégée validée.
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points d’évaluation de la fréquence d’usage effectif du comportement :
    • 1 = Jamais (Never)
    • 2 = Très rarement
    • 3 = Rarement
    • 4 = Occasionnellement
    • 5 = Assez fréquemment
    • 6 = Fréquemment
    • 7 = Extrêmement fréquemment (Extremely frequently)
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour la forme complète à 20 items ; moins de 2 minutes pour la forme courte à 10 items.
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Tous les items sont cotés de manière positive et univoque dans la même direction (aucun item inversé).
    • Score total de la forme à 20 items : Obtenu par la somme directe des notes attribuées à chaque item. L’étendue des scores possibles va de 20 (absence totale déclarée de comportement sexuel agressif) à 140 (fréquence maximale sur l’ensemble des tactiques).
    • Score de la forme courte à 10 items : Somme des items 1, 4, 5, 6, 11, 12, 13, 15, 18 et 19. L’étendue des scores possibles va de 10 à 70.
    • Interprétation clinique et statistique : Un score élevé reflète une histoire comportementale dense d’agression et de coercition sexuelle. Bien que des scores de sous-échelles puissent être extraits pour des analyses factorielles fines, les auteurs préconisent formellement l’utilisation du score total cumulé comme mesure globale et homogène du construit.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de conception et publication princeps : 1986 (avec des développements préliminaires initiés en 1983 par Ronald D. Anderson).
  • Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle de Donald L. Mosher et de l’éditeur académique original (Elsevier Science / Academic Press via le Journal of Research in Personality).
  • Conditions d’accès et d’utilisation : L’inventaire est accessible sans frais pour la recherche académique fondamentale, les thèses universitaires et les protocoles d’investigation clinique à but non lucratif, sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps (Mosher & Anderson, 1986). L’intégration dans des programmes commerciaux ou des expertises médicolégales payantes requiert l’autorisation formelle préalable des détenteurs des droits.
  • Tarification : Gratuit pour la recherche scientifique non commerciale.

12. Références

Les références ci-dessous regroupent les publications fondatrices et les études psychométriques de référence établissant la validité et la fidélité de l’ASBI :

  • Anderson, R. D. (1983). Hyper-masculine attitudes, aggressive sexual behaviors, and the reactions of college men to a guided imagery presentation of realistic rape (Mémoire de Master non publié). Université du Connecticut, Storrs, CT.
  • Bower, G. H. (1981). Mood and memory. American Psychologist, 36(2), 129–148. https://doi.org/10.1037/0003-066X.36.2.129
  • Mosher, D. L. (1966). The development and multitrait-multimethod matrix analysis of three measures of guilt. Journal of Consulting Psychology, 30(1), 25–29. https://doi.org/10.1037/h0023026
  • Mosher, D. L., & Anderson, R. D. (1986). Macho personality, sexual aggression, and reactions to guided imagery of realistic rape. Journal of Research in Personality, 20(2), 77–94. https://doi.org/10.1016/0092-6566(86)90111-X
  • Mosher, D. L., & Sirkin, M. (1984). Measuring a macho personality constellation. Journal of Research in Personality, 18(2), 150–163. https://doi.org/10.1016/0092-6566(84)90026-6
  • Zaitchik, M. (1986). Macho personality and life satisfaction in rock musicians (Mémoire de Master non publié). Université du Connecticut, Storrs, CT.

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: The following 20 items sample behavior that sometimes occurs in dating or man-woman sociosexual interactions. The items describe various techniques, which may or may not be successful, for gaining increased sexual access to women. Some of the behaviors are acceptable to some men and others are not. Because you are an anonymous subject in a psychological study, you are asked to be as truthful as you can be. Each item is to be rated on a 7-point scale of the frequency of past use of the tactic in which 1 means never and 7 means extremely frequent. If, for example, an item said, “I shave with an electric razor,” you would mark the item with a 1, if you never shave with an electric razor, with a 7, if you shaved extremely frequently with an electric razor, and with a number between 2–6 to represent the relative frequency with which you shaved with an electric razor. Record your answers on the separate answer sheet.

Response Scale:
1 = Never
2 = Very rarely
3 = Rarely
4 = Occasionally
5 = Fairly often
6 = Frequently
7 = Extremely frequently

  1. I have threatened to leave or to end a relationship if a woman wouldn’t have sex with me.
  2. I have gotten a woman drunk in order to have sex with her.
  3. I have waited my turn in line with some other guys who were sharing a “party girl.”
  4. I have told a woman that I wanted to come into her apartment so I could get her where I wanted.
  5. I have warned a woman that she could get hurt if she resisted me, so she should relax and enjoy it.
  6. I have gotten a woman high on marijuana or pills so she would be less able to resist my advances.
  7. I have told a woman I was petting with that she couldn’t stop and leave me with “blue balls.”
  8. I have blown my top and sworn or broken something to show a woman that she shouldn’t get me angry.
  9. I have brought a woman to my place after a date and forced her to have sex with me.
  10. I have told a woman I was going out with that I could find someone else to give me sex if she wouldn’t.
  11. I have calmed a woman down with a good slap or two when she got hysterical over my advances.
  12. I have promised a woman that I wouldn’t harm her if she did everything that I told her to do.
  13. I have called a woman an angry name and pushed her away when she would not surrender to my need for sex.
  14. I have forced a woman to have sex with me and some of my pals.
  15. I have turned a woman on to some expensive drugs so that she would feel obligated to do me a sexual favor.
  16. I have roughed a woman up a little so that she would understand that I meant business.
  17. I have pushed a woman down and made her undress or torn her clothes off if she wouldn’t cooperate.
  18. I have gripped a woman tightly and given her an angry look when she was not giving me the sexual response I wanted.
  19. I have gotten a little drunk and forced a woman that I’m with to have sex with me.
  20. I have told a woman that her refusal to have sex with me was changing the way I felt about her.
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Looti, M. (2026, octobre 18). Inventaire des comportements sexuels agressifs. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-comportements-sexuels-agressifs-asbi
Looti, Mohammed. “Inventaire des comportements sexuels agressifs.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-comportements-sexuels-agressifs-asbi.
Looti, Mohammed. “Inventaire des comportements sexuels agressifs.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=inventaire-comportements-sexuels-agressifs-asbi.