Indice d’incapacité d’Oswestry (ou Questionnaire d’incapacité liée à la lombalgie d’Oswestry)

Analyse psychométrique détaillée de l’Indice d’incapacité d’Oswestry (ODI), étalon-or pour quantifier l’incapacité fonctionnelle liée à la lombalgie. Présentation du cadre théorique biopsychosocial, de la validité, de la fidélité et des items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Indice d’incapacité d’Oswestry (connu sous le nom d’Oswestry Disability Index ou Oswestry Low Back Pain Disability Questionnaire, couramment abrégé en ODI) représente l’étalon-or (gold standard) international pour l’évaluation et la quantification des limitations fonctionnelles associées aux lombalgies aiguës et chroniques. Conçu initialement par l’équipe de chirurgie orthopédique menée par John C. T. Fairbank à l’hôpital d’Oswestry (Royaume-Uni) et publié en 1980, cet instrument d’auto-évaluation a fait l’objet de multiples révisions psychométriques et adaptations transculturelles, notamment la version standardisée 2.0 et la version 2.1a validée par van Hooff et collaborateurs en 2015. Le questionnaire évalue l’impact multidimensionnel de la lombalgie sur les activités quotidiennes à travers dix sections distinctes : l’intensité de la douleur, les soins personnels (toilette et habillage), le port de charges, la marche, la station assise, la station debout, le sommeil, la vie sexuelle, la vie sociale et les déplacements.

Chaque item comporte six énoncés ordonnés selon une échelle de type Guttman, gradués de 0 (aucune limitation attribuable à la douleur) à 5 (incapacité maximale ou impossibilité d’accomplir la tâche). Le score total, converti en un pourcentage allant de 0 % à 100 %, permet de classer les patients selon cinq niveaux cliniques d’incapacité : minimale (0-20 %), modérée (21-40 %), sévère (41-60 %), infirmité majeure / handicap lourd (61-80 %) et grabatisation ou amplification symptomatique (81-100 %). Sur le plan psychométrique, l’ODI présente d’excellentes qualités métrologiques documentées à travers des centaines d’études cliniques : une cohérence interne élevée (coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,92), une fidélité test-retest remarquable (coefficients de corrélation intraclasse variant de 0,83 à 0,99 selon les intervalles d’administration), et une sensibilité au changement démontrée par une différence minimale cliniquement importante (MCID) établie entre 10 et 15 points de pourcentage. Cet article offre une analyse approfondie de sa genèse conceptuelle, de ses propriétés psychométriques, de sa validité factorielle et de son application clinique.

2. Mots-clés / Keywords

Indice d’incapacité d’Oswestry, Oswestry Disability Index, lombalgie, évaluation fonctionnelle, douleur rachidienne, psychométrie, validité de construit, fidélité test-retest, incapacité physique, rachis lombaire.

3. Auteurs / Authors

L’échelle originale a été développée au sein du Robert Jones and Agnes Hunt Orthopaedic Hospital situé à Oswestry, dans le Shropshire en Angleterre.

  • John C. T. Fairbank, MD, FRCS : Chirurgien orthopédique consultant honoraire au Nuffield Orthopaedic Centre, Université d’Oxford, Royaume-Uni. Auteur principal de la version princeps de 1980 et des révisions ultérieures.
  • J. Couper, BA : Physiothérapeute chercheur, Robert Jones and Agnes Hunt Orthopaedic Hospital, Oswestry, Royaume-Uni.
  • J. B. Davies, MCSP : Physiothérapeute en chef, Robert Jones and Agnes Hunt Orthopaedic Hospital, Oswestry, Royaume-Uni.
  • Hugh A. Phillips, FRCS : Chirurgien orthopédique consultant, Robert Jones and Agnes Hunt Orthopaedic Hospital, Oswestry, et Norfolk and Norwich Hospital, Royaume-Uni.
  • Miranda L. van Hooff, PhD (pour la version modernisée 2.1a) : Chercheuse en épidémiologie clinique et orthopédie, Sint Maartenskliniek, Nimègue, Pays-Bas.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Indice d’incapacité d’Oswestry est d’opérationnaliser et de quantifier objectivement le retentissement subjectif de la douleur chronique et aiguë du rachis lombaire sur l’autonomie fonctionnelle du patient. Traditionnellement, l’évaluation médicale des pathologies rachidiennes reposait quasi exclusivement sur des paramètres biomécaniques ou anatomopathologiques (tels que l’amplitude articulaire, le test de Lasègue, l’alignement radiologique ou l’imagerie par résonance magnétique). Or, la corrélation entre les anomalies structurelles visibles à l’imagerie et le niveau de souffrance ou de restriction d’activité perçu par le patient est notoirement faible. L’ODI a été conçu pour combler ce fossé épistémologique en fournissant un outil standardisé d’auto-évaluation (Patient-Reported Outcome Measure, PROM) centré sur la perspective du patient.

Dans la pratique clinique quotidienne, l’ODI sert d’instrument d’évaluation initiale pour situer le degré de handicap physique lors de la première consultation en chirurgie du rachis, en rhumatologie, en physiothérapie ou en médecine physique et de réadaptation. Il permet d’établir une ligne de base standardisée facilitant l’orientation thérapeutique : orientation vers un traitement conservateur ambulatoire (kinésithérapie, pharmacothérapie), intégration dans un programme multidisciplinaire de restauration fonctionnelle du rachis, ou indication d’interventions chirurgicales plus invasives (telles que l’arthrodèse lombaire, la décompression canalaire ou la discectomie). En cours de traitement, l’administration séquentielle de l’instrument fournit une mesure quantitative de l’efficacité thérapeutique, permettant d’objectiver l’évolution fonctionnelle et d’ajuster les protocoles de rééducation.

Dans le domaine de la recherche translationnelle et des essais cliniques randomisés, l’ODI constitue le critère de jugement principal (primary outcome) le plus répandu pour comparer l’efficacité de nouvelles techniques chirurgicales, d’implants rachidiens, de thérapies manuelles ou de programmes de réhabilitation biopsychosociale. Sa standardisation internationale et ses multiples validations linguistiques en font un comparateur universel, favorisant les méta-analyses et l’agrégation de données médico-économiques. Il est également largement exploité en expertise médico-légale et en médecine du travail pour apprécier le degré de réinsertion socioprofessionnelle envisageable ou l’incapacité de travail permanente consécutive à un traumatisme rachidien ou à une maladie dégénérative.

5. Construit psychologique / Construct

L’Indice d’incapacité d’Oswestry mesure l’incapacité fonctionnelle auto-rapportée spécifique au rachis (spine-specific functional disability). Ce construit ne se résume pas à l’intensité de la sensation nociceptive brute, mais capture l’entrave vécue qu’impose la douleur à l’exécution des gestes essentiels de la vie courante. L’architecture du questionnaire englobe dix domaines fonctionnels hautement spécifiques :

1. Intensité de la douleur (Pain Intensity)

Cette composante évalue la sévérité perçue de la douleur rachidienne en relation directe avec la nécessité et l’efficacité du recours aux antalgiques. Le spectre s’étend de l’absence de médication requise pour tolérer la gêne jusqu’à l’inefficacité absolue des thérapeutiques analgésiques les plus puissantes, reflétant la défaillance des mécanismes de contrôle de la douleur.

2. Soins personnels et autonomie de base (Personal Care)

Ce domaine investigue la capacité du sujet à accomplir ses activités fondamentales de la vie quotidienne (AVQ), spécifiquement l’habillage et la toilette intime. Les paliers d’altération illustrent le passage d’une autonomie préservée sans douleur additionnelle à un ralentissement adaptatif, puis au besoin d’une assistance humaine quotidienne, jusqu’à la dépendance totale et au confinement au lit.

3. Manutention et port de charges (Lifting)

Dimension biomécanique critique du rachis lombaire, ce sous-domaine analyse la tolérance à la charge axiale. L’échelle évalue l’aptitude à soulever des poids lourds au sol, la nécessité d’une adaptation ergonomique (charges positionnées en hauteur sur une table), la limitation aux charges légères, jusqu’à l’inaptitude totale à mobiliser le moindre objet.

4. Locomotion et tolérance à la marche (Walking)

Ce volet quantifie le périmètre de marche sans aggravation invalidante. Les paliers mesurent la réduction progressive de la distance parcourable (plus d’un mile, un demi-mile, un quart de mile, usage obligatoire d’aides techniques à la marche telles que cannes ou béquilles), aboutissant au stade extrême où le patient ne peut ramper que pour atteindre les commodités.

5. Station assise prolongée (Sitting)

La posture assise engendre une augmentation substantielle de la pression intradiscale lombaire. Ce domaine examine l’endurance assise : du confort postural indéfini dans n’importe quel siège à la restriction temporelle progressive (inférieure à une heure, 30 minutes, 10 minutes), jusqu’à l’intolérance absolue interdisant toute posture assise.

6. Station debout prolongée (Standing)

Complémentaire de la précédente, cette dimension cible la tolérance de la lordose lombaire en charge statique. Les échelons chronomètrent la survenue d’un seuil algique intolérable imposant le changement de posture ou le décubitus après une heure, une demi-heure ou moins de dix minutes.

7. Architecture et qualité du sommeil (Sleeping)

L’altération du sommeil est un médiateur psychophysiologique central de la chronicisation de la douleur. Ce construit examine l’impact des réveils algiques et la dépendance aux hypnotiques et sédatifs, quantifiant le déficit quantitatif d’heures de sommeil consécutives (moins de 6 heures, moins de 4 heures, moins de 2 heures, insomnie d’origine algique intégrale).

8. Vie sexuelle (Sex Life)

Composante intime et psychosociale fréquemment altérée lors des syndromes lombo-pelviens, ce domaine capture l’impact douloureux sur l’activité sexuelle. Les niveaux traduisent une activité normale sans gêne jusqu’à la restriction sévère, voire l’extinction totale de la sexualité due à la symptomatologie mécanique.

9. Intégration et vie sociale (Social Life)

Cette section apprécie la participation sociale au sens de la classification internationale. Elle évalue le repli progressif : de l’éviction des activités les plus énergiques (telles que la danse ou le sport) à la raréfaction des sorties, puis au confinement domiciliaire strict et à l’isolement relationnel complet.

10. Mobilité et déplacements (Travelling)

Le dernier domaine s’intéresse aux déplacements et transports (véhicule automobile, transports en commun). L’échelle évalue l’impact vibratoire et postural des trajets : de l’absence de restriction aux trajets limités à moins de 2 heures, 1 heure, 30 minutes, jusqu’à l’impossibilité de voyager hormis pour les impératifs médicaux stricts.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Indice d’incapacité d’Oswestry s’enracine dans la transition paradigmatique majeure observée dans la médecine occidentale à la fin des années 1970 : le glissement du modèle biomédical classique vers le modèle biopsychosocial conceptualisé par George L. Engel en 1977. Sous le prisme purement mécaniste, la douleur était conçue comme un signal sensoriel direct proportionnel au dommage tissulaire périphérique. Cependant, les cliniciens du rachis observaient d’immenses disparités : des altérations radiographiques minimes pouvaient s’accompagner d’une grabatisation complète, tandis que des hernies discales massives demeuraient parfois asymptomatiques.

L’ODI s’aligne formellement sur la structure conceptuelle développée par Philip Wood pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1980 dans la Classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages (CIH), qui a ultérieurement évolué vers la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF). Dans ce cadre théorique :

  • La déficience (impairment) correspond à la lésion anatomique rachidienne (arthrose zygapophysaire, discopathie, spondylolisthésis) ;
  • L’incapacité (disability), cible centrale mesurée par l’ODI, représente toute réduction ou perte de la capacité d’accomplir une activité dans les limites considérées comme normales pour un être humain ;
  • Le désavantage ou handicap correspond aux conséquences sociales et professionnelles découlant de cette incapacité.

Par ailleurs, les travaux contemporains en psychologie de la santé, notamment le modèle d’évitement de la peur (Fear-Avoidance Model) formulé par Gordon Waddell (1987) et développé par Johan Vlaeyen, fournissent un éclairage fondamental sur les scores obtenus à l’ODI. Les croyances erronées, la catastrophisation de la douleur et la kinésiophobie (peur du mouvement) conduisent à une hypervigilance et à des comportements d’évitement qui majorent de façon disproportionnée l’incapacité déclarée par le patient dans les items de port de charge, de marche ou de station assise. L’ODI capture ainsi non seulement le déficit mécanique pur, mais également la composante cognitivo-comportementale et affective qui structure l’expérience douloureuse chronique.

7. Validité / Validity

La validité de l’ODI a été examinée dans des centaines de cohortes indépendantes à travers le monde, consolidant son statut d’outil de référence.

Validité de contenu et d’apparence (Content and Face Validity)

La validité de contenu a été initialement établie par consensus d’experts cliniques (chirurgiens orthopédistes, physiothérapeutes, infirmiers) et validée par des entretiens approfondis avec des cohortes de patients lombalgiques. Les domaines retenus couvrent l’intégralité des actes de la vie courante les plus sensibles aux contraintes mécaniques du rachis lombaire. Les patients rapportent une excellente acceptabilité du questionnaire, le jugeant directement représentatif de leurs difficultés quotidiennes.

Validité convergente et discriminante (Construct Validity)

L’ODI montre de très fortes corrélations positives avec d’autres échelles spécifiques du rachis, notamment le Roland-Morris Disability Questionnaire (RMDQ) avec des coefficients de Pearson $r$ oscillant entre 0,70 et 0,85. Les corrélations avec les échelles unidimensionnelles de douleur, comme l’Échelle visuelle analogique (EVA) ou l’Échelle numérique de la douleur (EN), sont modérées à fortes ($r = 0,55$ à $0,75$), confirmant que l’ODI mesure un construit distinct de la simple intensité algique brute.

En ce qui concerne les mesures génériques de qualité de vie liée à la santé, l’ODI présente des corrélations négatives robustes avec les dimensions physiques du Short Form-36 (SF-36), en particulier avec la sous-échelle de fonctionnement physique ($r = -0,65$ à $-0,80$) et le score composite physique (PCS) ($r = -0,60$ à $-0,75$). Inversement, la validité discriminante est étayée par des corrélations nettement plus faibles avec les dimensions mentales du SF-36 (Mental Health Component, $r = -0,25$ à $-0,40$), démontrant la spécificité somatique et motrice de l’instrument.

Sensibilité au changement et MCID (Responsiveness)

La capacité de l’ODI à détecter les changements cliniquement significatifs après intervention chirurgicale ou rééducation a été largement quantifiée. La différence minimale cliniquement importante (Minimal Clinically Important Difference, MCID) est généralement estimée entre 10 et 15 points de pourcentage (soit 5 à 7,5 points bruts). Dans une étude méthodologique majeure, Ostelo et al. (2008) ont recommandé un seuil de changement minimal de 30 % par rapport au score initial ou une réduction absolue de 10 points pour affirmer une amélioration clinique significative chez les lombalgiques chroniques.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité de l’ODI ont été explorées de manière exhaustive selon les normes COSMIN (COnsensus-based Standards for the selection of health Measurement INstruments).

Cohérence interne (Internal Consistency)

La cohérence interne de l’ODI est remarquable à travers les diverses versions linguistiques :

  • Dans l’étude princeps et les validations subséquentes de la version 2.0 en langue anglaise, le coefficient alpha de Cronbach s’établit entre 0,76 et 0,88.
  • La version française validée par Vogler et al. (2008) rapporte un coefficient alpha de Cronbach de 0,86 chez des patients hospitalisés pour lombalgie chronique.
  • La validation néerlandaise de la version 2.1a par van Hooff et al. (2015) rapporte un alpha de Cronbach de 0,87.

Ces valeurs démontrent une excellente homogénéité des items sans redondance excessive (valeurs inférieures au seuil critique de 0,90 qui pourrait signaler des items doublons).

Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)

La stabilité temporelle de l’instrument est exceptionnelle lorsque l’état clinique du patient demeure stationnaire :

  • À un intervalle de 24 heures, Fairbank et al. (1980) rapportaient une corrélation de $r = 0,99$.
  • À un intervalle de 4 jours à 2 semaines, les études contemporaines rapportent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) variant entre 0,83 et 0,94 (Grotle et al., 2003 ; Davidson & Keating, 2002).
  • L’erreur standard de mesure (SEM, Standard Error of Measurement) oscille entre 3,5 et 5,2 points de pourcentage, garantissant une reproductibilité adéquate pour le suivi individuel longitudinal.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que l’ODI ait été historiquement conçu et exploité comme un instrument unidimensionnel générant un score total unique d’incapacité, les études d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) ont mis en lumière une structure dimensionnelle plus nuancée :

Modèle unidimensionnel vs bidimensionnel

Les analyses factorielles exploratoires initiales identifiaient un facteur dominant expliquant entre 40 % et 55 % de la variance totale, ce qui justifie en pratique clinique l’addition des items en un score composite global. Toutefois, plusieurs études psychométriques rigoureuses (par exemple, Fairbank & Pynsent, 2000 ; Grotle et al., 2003) ont mis en évidence l’existence de deux sous-dimensions sous-jacentes :

  • Facteur 1 : Activités dynamiques / physiques lourdes, regroupant principalement les items Lifting (port de charges), Walking (marche), Standing (station debout) et Travelling (déplacements). Ces items saturent fortement sur ce facteur (charges factorielles supérieures à 0,65).
  • Facteur 2 : Activités statiques, physiologiques et sociales, englobant les items Sitting (station assise), Sleeping (sommeil), Personal Care (soins personnels), Social Life (vie sociale) et Sex Life (vie sexuelle), avec des saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,78.

Analyses en Théorie de Réponse aux Items (TRI) et Modélisation de Rasch

Les études ayant soumis l’ODI à l’analyse de modèle de Rasch (van Hooff et al., 2015 ; Davidson, 2008) ont révélé plusieurs particularités psychométriques notables :

  • L’ordonnancement des seuils de réponse : la plupart des items vérifient l’hypothèse de Guttman, montrant que les six catégories de réponses représentent des seuils croissants d’incapacité.
  • L’item Sex Life (vie sexuelle) présente occasionnellement un fonctionnement différentiel des items (DIF) selon l’âge et le sexe, et fait l’objet du taux de non-réponse le plus élevé (jusqu’à 15-20 % dans certaines populations âgées).
  • Dans l’ensemble, les indices d’ajustement de Rasch (Infit et Outfit Mean Square compris entre 0,75 et 1,25 pour la majorité des items) soutiennent l’utilisation du score total combiné pour estimer la position du sujet sur le continuum latent d’incapacité lombaire.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Patient-Reported Outcome Measure – PROM).
  • Format d’administration : Papier-crayon, interface numérique sur tablette/ordinateur, ou administration assistée par intervieweur.
  • Nombre de sections / items : 10 sections thématiques indépendantes comportant chacune 6 énoncés hiérarchisés.
  • Échelle de réponse : Échelle de type Guttman en 6 points pour chaque section, scorée de 0 (aucune limitation attribuable à la douleur) à 5 (incapacité maximale / impossibilité totale d’effectuer l’activité).
  • Temps de passation : Environ 3 à 5 minutes pour l’auto-complétion par le patient.
  • Procédure de calcul du score (Scoring) :
    • Pour chaque section complétée, attribuer la valeur numérique de la proposition sélectionnée (de 0 à 5).
    • Faire la somme des points de toutes les sections remplies (score brut maximum = 50 si les 10 sections sont complétées).
    • Si une section (souvent la section 8 relative à la sexualité) est omise ou jugée non applicable par le répondant, le dénominateur est ajusté en conséquence (score maximal possible = 45).
    • Appliquer la formule de conversion en pourcentage d’incapacité :
      $$\text{Score ODI (%)} = \left( \frac{\text{Somme des points obtenus}}{\text{Nombre de sections répondues} \times 5} \right) \times 100$$
  • Grille d’interprétation clinique standardisée :
    • 0 % à 20 % : Incapacité minimale (Minimal disability). Le patient mène la plupart de ses activités de la vie quotidienne normalement. Aucun traitement invasif n’est généralement requis hormis des conseils ergonomiques et un maintien d’activité.
    • 21 % à 40 % : Incapacité modérée (Moderate disability). Le patient ressent des difficultés accrues pour s’asseoir, porter des charges ou se déplacer. Les soins conservateurs actifs sont indiqués.
    • 41 % à 60 % : Incapacité sévère (Severe disability). La douleur influe notablement sur toutes les facettes du quotidien (sommeil, vie sociale, autonomie personnelle). Une exploration diagnostique spécialisée et un traitement pluridisciplinaire sont requis.
    • 61 % à 80 % : Infirmité majeure / handicap lourd (Crippled). La douleur dorsale entrave l’ensemble des sphères de la vie quotidienne. Une intervention chirurgicale ou une réhabilitation intensive peut être envisagée.
    • 81 % à 100 % : Grabatisation ou amplification symptomatique (Bed-bound or exaggerating). Le patient est soit alité en permanence, soit présente une majoration comportementale des symptômes nécessitant une évaluation psychologique approfondie.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1980 (Fairbank et al., Physiotherapy) ; révision de référence (version 2.0) en 2000 (Fairbank & Pynsent, Spine) ; validation moderne néerlandaise (version 2.1a) en 2015 (van Hooff et al., The Spine Journal).
  • Statut des droits et propriété intellectuelle : Les droits d’auteur de l’instrument original appartiennent à John C. T. Fairbank et au Robert Jones and Agnes Hunt Orthopaedic Hospital NHS Trust.
  • Conditions d’utilisation et tarification :
    • Recherche clinique académique et pratique clinique non commerciale : L’utilisation de l’ODI est généralement autorisée à titre gracieux pour les praticiens individuels, les services hospitaliers publics et les études académiques sans financement commercial, sous réserve de citer scrupuleusement la source princeps.
    • Essais cliniques industriels, applications commerciales et e-santé : Une licence formelle et des redevances d’utilisation peuvent être exigées par les détenteurs de droits ou les sociétés de gestion de licences d’instruments de mesure (notamment Mapi Research Trust / PROQOLID).

12. Références / References

Les travaux académiques suivants constituent les fondements méthodologiques et psychométriques de l’échelle :

  • Davidson, M. (2008). Rasch analysis of three versions of the Oswestry Disability Index. Manual Therapy, 13(3), 222–231. https://doi.org/10.1016/j.math.2007.01.001
  • Davidson, M., & Keating, J. L. (2002). A comparison of five low back disability questionnaires: Reliability and responsiveness. Physical Therapy, 82(1), 8–24. https://doi.org/10.1093/ptj/82.1.8
  • Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129–136. https://doi.org/10.1126/science.847460
  • Fairbank, J. C. T., Couper, J., Davies, J. B., & O’Brien, J. P. (1980). The Oswestry low back pain disability questionnaire. Physiotherapy, 66(8), 271–273.
  • Fairbank, J. C. T., & Pynsent, P. B. (2000). The Oswestry Disability Index. Spine, 25(22), 2940–2953. https://doi.org/10.1097/00007632-200011150-00017
  • Grotle, M., Brox, J. I., & Vollestad, N. K. (2003). Cross-cultural adaptation of the Norwegian versions of the Roland-Morris Disability Questionnaire and the Oswestry Disability Index. Journal of Rehabilitation Medicine, 35(5), 241–247. https://doi.org/10.1080/16501970306094
  • Ostelo, R. W., Deyo, R. A., Stratford, P., Waddell, G., Croft, P., Von Korff, M., Bouter, L. M., & de Vet, H. C. (2008). Interpreting change scores for pain and functional status in low back pain: Towards international consensus regarding minimal important change. Spine, 33(1), 90–94. https://doi.org/10.1097/BRS.0b013e31815e3a10
  • van Hooff, M. L., Spruit, M., Fairbank, J. C. T., van Limbeek, J., & Jacobs, P. C. (2015). The Oswestry Disability Index (version 2.1a): Validation of a Dutch language version. The Spine Journal, 15(5), 831–837. https://doi.org/10.1016/j.spinee.2014.12.152
  • Vogler, D., Paillex, R., Norberg, M., de Goumoëns, P., & Cabri, J. (2008). Validation transculturelle de l’Oswestry Disability Index en français. Annales de Réadaptation et de Médecine Physique, 51(5), 379–385. https://doi.org/10.1016/j.annrmp.2008.03.006
  • Waddell, G. (1987). A new clinical model for the treatment of low-back pain. Spine, 12(7), 632–644. https://doi.org/10.1097/00007632-198709000-00002

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: This questionnaire has been designed to give the doctor information as to how your back pain has affected your ability to manage in everyday life. Please answer every section and mark in each section only the ONE box which applies to you. We realise you may consider that two of the statements in any one section relate to you, but please just mark the box which most closely describes your problem.
Response Scale: 6-point Guttman-type response options per section scored 0 to 5
Scoring / Reverse Items: For each section, the six statements are scored from 0 (lowest disability/pain) to 5 (highest disability/pain). The total score is calculated by summing the scores of all completed sections, dividing by the maximum possible score (usually 50, or 45 if one section such as sex life is omitted), and multiplying by 100 to yield a percentage score (0-100%). Interpretation: 0%-20% = Minimal disability, 21%-40% = Moderate disability, 41%-60% = Severe disability, 61%-80% = Crippled, 81%-100% = Bed-bound or exaggerating symptoms.
Scoring Formula: Scoringssysteem
1

Section 1 – Pain intensity:
0 = I can tolerate the pain I have without having to use pain killers.
1 = The pain is bad but I manage without taking pain killers.
2 = Pain killers give complete relief from pain.
3 = Pain killers give moderate relief from pain.
4 = Pain killers give very little relief from pain.
5 = Pain killers have no effect on the pain and I do not use them.
2

Section 2 – Personal care (washing, dressing, etc.):
0 = I can look after myself normally without causing extra pain.
1 = I can look after myself normally but it causes extra pain.
2 = It is painful to look after myself and I am slow and careful.
3 = I need some help but manage most of my personal care.
4 = I need help every day in most aspects of self care.
5 = I do not get dressed, I wash with difficulty and stay in bed.
3

Section 3 – Lifting:
0 = I can lift heavy weights without extra pain.
1 = I can lift heavy weights but it gives extra pain.
2 = Pain prevents me from lifting heavy weights off the floor, but I can manage if they are conveniently positioned, e.g. on a table.
3 = Pain prevents me from lifting heavy weights, but I can manage light to medium weights if they are conveniently positioned.
4 = I can lift only very light weights.
5 = I cannot lift or carry anything at all.
4

Section 4 – Walking:
0 = Pain does not prevent me walking any distance.
1 = Pain prevents me walking more than 1 mile.
2 = Pain prevents me walking more than 1/2 mile.
3 = Pain prevents me walking more than 1/4 mile.
4 = I can only walk using a stick or crutches.
5 = I am in bed most of the time and have to crawl to the toilet.
5

Section 5 – Sitting:
0 = I can sit in any chair as long as I like.
1 = I can only sit in my favourite chair as long as I like.
2 = Pain prevents me sitting more than 1 hour.
3 = Pain prevents me from sitting more than 1/2 hour.
4 = Pain prevents me from sitting more than 10 minutes.
5 = Pain prevents me from sitting at all.
6

Section 6 – Standing:
0 = I can stand as long as I want without extra pain.
1 = I can stand as long as I want but it gives me extra pain.
2 = Pain prevents me from standing for more than 1 hour.
3 = Pain prevents me from standing for more than 1/2 hour.
4 = Pain prevents me from standing for more than 10 minutes.
5 = Pain prevents me from standing at all.
7

Section 7 – Sleeping:
0 = Pain does not prevent me from sleeping well.
1 = I can sleep well only by using tablets.
2 = Even when I take tablets I have less than 6 hours sleep.
3 = Even when I take tablets I have less than 4 hours sleep.
4 = Even when I take tablets I have less than 2 hours sleep.
5 = Pain prevents me from sleeping at all.
8

Section 8 – Sex life (if applicable):
0 = My sex life is normal and causes no extra pain.
1 = My sex life is normal but causes some extra pain.
2 = My sex life is nearly normal but is very painful.
3 = My sex life is severely restricted by pain.
4 = My sex life is nearly absent because of pain.
5 = Pain prevents any sex life at all.
9

Section 9 – Social life:
0 = My social life is normal and gives me no extra pain.
1 = My social life is normal but increases the degree of pain.
2 = Pain has no significant effect on my social life apart from limiting my more energetic interests, e.g. dancing, etc.
3 = Pain has restricted my social life and I do not go out as often.
4 = Pain has restricted my social life to my home.
5 = I have no social life because of pain.
10

Section 10 – Travelling:
0 = I can travel anywhere without extra pain.
1 = I can travel anywhere but it gives me extra pain.
2 = Pain is bad but I manage journeys over 2 hours.
3 = Pain restricts me to journeys of less than 1 hour.
4 = Pain restricts me to short necessary journeys under 30 minutes.
5 = Pain prevents me from travelling except to the doctor or hospital.

★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Indice d’incapacité d’Oswestry (ou Questionnaire d’incapacité liée à la lombalgie d’Oswestry). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=indice-incapacite-oswestry-questionnaire-lombalgie
Looti, Mohammed. “Indice d’incapacité d’Oswestry (ou Questionnaire d’incapacité liée à la lombalgie d’Oswestry).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=indice-incapacite-oswestry-questionnaire-lombalgie.
Looti, Mohammed. “Indice d’incapacité d’Oswestry (ou Questionnaire d’incapacité liée à la lombalgie d’Oswestry).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=indice-incapacite-oswestry-questionnaire-lombalgie.