1. Résumé
L’Indice d’acculturation de Vancouver (Vancouver Index of Acculturation, ou VIA) constitue l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus rigoureux et influents dédiés à l’évaluation du processus d’acculturation chez les populations migrantes, les minorités ethnoculturelles et les descendants d’immigrants. Élaboré par Delroy L. Paulhus et ses collaborateurs Andrew G. Ryder et Lynn Alden à l’Université de Colombie-Britannique (University of British Columbia) en 2000, cet outil a été spécifiquement conçu pour opérationnaliser le modèle bidimensionnel de l’acculturation, rompant ainsi avec les approches unidimensionnelles classiques de type assimilationniste. L’échelle est structurée autour de 20 énoncés formulés sous forme de paires parallèles qui mesurent deux orientations culturelles indépendantes et orthogonales : la dimension de la culture d’origine ou patrimoniale (Heritage subscale, 10 items impairs) et la dimension de la culture dominante ou d’accueil (Mainstream subscale, 10 items pairs).
Les participants évaluent leur degré d’accord avec chaque proposition sur une échelle de réponse de type Likert en 9 points allant de 1 (« En désaccord » / Disagree) à 9 (« D’accord » / Agree). Les domaines explorés englobent les traditions culturelles, les préférences matrimoniales, les interactions et activités sociales, les comportements quotidiens, les valeurs morales fondamentales, l’appréciation des divertissements (cinéma, musique), l’humour ainsi que le sentiment d’appartenance amicale. Les analyses psychométriques initiales et transnationales démontrent une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,79 et 0,92 pour la sous-échelle Patrimoniale et entre 0,75 et 0,89 pour la sous-échelle Dominante. Les analyses de corrélations inter-items et les analyses factorielles confirmatoires corroborent systématiquement l’orthogonalité quasi parfaite des deux dimensions (corrélations généralement non significatives situées entre r = 0,05 et r = 0,15), validant la coexistence possible d’un fort attachement à la culture d’origine combiné à une intégration réussie dans la société d’accueil. L’échelle démontre une solide validité concourante, convergente et discriminante vis-à-vis d’indicateurs démographiques (pourcentage de vie passée en Occident, langue de scolarisation) et de mesures unidimensionnelles historiques telles que l’échelle SL-ASIA.
2. Mots-clés
Indice d’acculturation de Vancouver, VIA, acculturation bidimensionnelle, psychométrie interculturelle, identité culturelle, culture d’accueil, culture d’origine, adaptation psychologique, fidélité psychométrique, validité factorielle, psychologie sociale, intégration culturelle.
3. Auteurs
Le Vancouver Index of Acculturation a été conçu et développé au sein du Département de psychologie de l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver, Canada) par :
- Delroy L. Paulhus, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie de la personnalité et de psychométrie à l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver, Colombie-Britannique, Canada). Expert de renommée internationale en matière de structure de la personnalité, de biais de réponse (désirabilité sociale) et de psychométrie interculturelle. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Andrew G. Ryder, Ph.D. : Professeur agrégé et directeur du Centre for Clinical Research in Health au Département de psychologie de l’Université Concordia (Montréal, Québec, Canada). Spécialiste de la psychopathologie interculturelle, de la somatisation et de l’adaptation psychologique des migrants. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Lynn E. Alden, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie clinique à l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver, Canada). Spécialiste reconnue des troubles anxieux, des relations interpersonnelles et des facteurs d’adaptation socioculturelle. Courriel institutionnel :
[email protected].
4. Objectif
Finalité générale et fondements psychométriques
L’objectif fondamental du Vancouver Index of Acculturation (VIA) est d’offrir une mesure quantitative, standardisée, valide et fidèle des dynamiques complexes de l’acculturation chez les individus confrontés à une transition culturelle ou vivant dans des contextes sociétaux pluriels. Historiquement, les premiers outils d’évaluation de l’acculturation concevaient ce phénomène comme un continuum linéaire à sens unique (modèle unidimensionnel ou assimilationniste) : plus un individu adoptait les caractéristiques de la culture dominante du pays d’accueil, plus il était censé délaisser et abandonner sa culture ancestrale ou d’origine. Cette conceptualisation archaïque s’est heurtée à de profondes limites empiriques et conceptuelles, s’avérant incapable de capturer les profils d’individus biculturels ou intégrés qui maintiennent des liens affectifs et comportementaux vigoureux avec leur héritage tout en participant activement à la culture dominante.
Le VIA répond à ce défi épistémologique en concevant l’acculturation non pas comme une soustraction ou un compromis à somme nulle, mais comme deux processus psychologiques concomitants, indépendants et orthogonaux. Il permet d’évaluer de manière dissociée : (a) l’attachement, le maintien et la participation aux pratiques de la culture d’origine (dimension Heritage), et (b) l’apprentissage, l’adhésion et la participation active aux normes et pratiques de la société dominante (dimension Mainstream).
Applications en recherche fondamentale et appliquée
En recherche en psychologie sociale, clinique, développementale et interculturelle, le VIA constitue un étalon-or pour tester empiriquement l’impact de l’acculturation sur une multitude de variables d’ajustement. Il est fréquemment mobilisé pour examiner :
- Les profils d’acculturation dérivés du croisement des deux scores (intégration, assimilation, séparation, marginalisation) et leurs associations avec l’estime de soi, le sentiment d’efficacité personnelle et la satisfaction de vie.
- Le stress d’acculturation, l’anxiété sociale, les affects dépressifs et les conduites à risque chez les étudiants internationaux et les minorités visibles.
- Les variations intergénérationnelles au sein des familles migrantes, notamment les décalages d’acculturation (acculturation gap) entre parents de première génération et enfants de deuxième génération, sources fréquentes de conflits relationnels intrafamiliaux.
- L’impact des orientations culturelles sur les choix de carrière, la formation de l’identité professionnelle et la flexibilité cognitive en milieu de travail diversifié.
Applications cliniques et en consultation transculturelle
Sur le plan pratique et clinique, le VIA permet aux psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux d’établir un profil culturel nuancé du patient lors de l’évaluation initiale. Comprendre si un patient en détresse manifeste une orientation marginalisée (faible score aux deux dimensions) ou séparée (score élevé en culture d’origine mais très faible en culture dominante) permet d’ajuster les interventions thérapeutiques :
- Adapter l’alliance thérapeutique en tenant compte du système de valeurs dominantes ou traditionnelles régissant les croyances relatives à la maladie mentale et à la guérison.
- Identifier le degré d’isolement social ou de discrimination perçue lié à un déficit d’adhésion ou de reconnaissance dans la société d’accueil.
- Favoriser des stratégies de biculturalisme intégré, empiriquement reconnues comme les plus protectrices contre la détresse psychologique et l’aliénation identitaire.
5. Construit psychologique
L’acculturation est définie dans les sciences sociales comme l’ensemble des transformations biopsychosociales qui se produisent lorsqu’un individu entre en contact direct et prolongé avec une culture différente de sa culture de socialisation primaire (Redfield, Linton, & Herskovits, 1936). Le construit psychologique mesuré par le VIA opérationnalise cette dynamique à travers deux sous-échelles distinctes, composées chacune de 10 énoncés rigoureusement appariés.
1. La dimension de la culture d’origine (Heritage Acculturation)
Cette dimension mesure l’intensité de la préservation, de l’investissement psychologique, de l’engagement affectif et de la participation comportementale vis-à-vis des valeurs, coutumes et réseaux relationnels issus de la culture ancestrale ou familiale. Loin d’être un simple indice nostalgique, la sous-échelle évalue des conduites actives réparties sur plusieurs domaines de la vie quotidienne :
- Traditions et pratiques rituelles : Célébration des fêtes traditionnelles, respect des rites ancestraux, préparation de mets traditionnels (ex. Item 1 : « I often participate in my heritage cultural traditions » ; Item 13 : « It is important for me to maintain or develop the practices of my heritage culture »).
- Affiliation sociale et préférences relationnelles : Choix préférentiel de partenaires amicaux et matrimoniaux partageant la même origine ethnoculturelle (ex. Item 3 : « I would be willing to marry a person from my heritage culture » ; Item 19 : « I am interested in having friends from my heritage culture »).
- Aisance interpersonnelle : Confort subjectif, sentiment de sécurité et aisance comportementale lors des interactions intragroupes (ex. Item 7 : « I am comfortable interacting with people of the same heritage culture as myself »).
- Consommation culturelle et loisirs : Préférence pour les médias, musiques, films et expressions humoristiques en langue d’origine (ex. Item 9 : « I enjoy entertainment from my heritage culture » ; Item 17 : « I enjoy the jokes and humor of my heritage culture »).
- Adhésion axiologique et conformité normative : Alignement moral profond avec la vision du monde, la spiritualité et les principes éthiques transmis par la famille (ex. Item 15 : « I believe in the values of my heritage culture »).
2. La dimension de la culture dominante (Mainstream Acculturation)
Cette dimension quantifie le niveau d’adoption, de confort, d’appropriation et d’engagement de l’individu au sein de la culture majoritaire du pays de résidence (initialement la culture nord-américaine ou américaine, adaptable à d’autres contextes nationaux tels que les sociétés française, britannique ou canadienne). Elle n’implique aucun rejet de la culture première et appréhende la compétence transculturelle de l’individu à travers des facettes rigoureusement symétriques :
- Participation aux rites et événements majoritaires : Implication active dans les fêtes civiles, nationales et réjouissances populaires locales (ex. Item 2 : « I often participate in mainstream American cultural traditions » ; Item 14 : « It is important for me to maintain or develop American cultural practices »).
- Ouverture relationnelle exogroupe : Volonté délibérée de nouer des liens d’amitié étroits et ouverture au mariage avec des membres de la communauté dominante (ex. Item 4 : « I would be willing to marry a white American person » ; Item 20 : « I am interested in having white American friends »).
- Compétence sociale et interactionnelle : Sentiment d’aisance et absence d’anxiété d’incongruité culturelle lors d’échanges avec des membres typiques de la culture majoritaire (ex. Item 8 : « I am comfortable interacting with typical American people »).
- Loisirs et humoristique partagé : Plaisir ressenti face aux médias populaires dominants, compréhension et appréciation des codes comiques locaux (ex. Item 10 : « I enjoy American entertainment » ; Item 18 : « I enjoy white American jokes and humor »).
- Intériorisation des normes civiques et sociétales : Croyance et identification aux valeurs collectives portées par la société d’accueil, telles que les idéaux d’autonomie individuelle, d’égalité ou de citoyenneté (ex. Item 16 : « I believe in mainstream American values »).
L’apport crucial du VIA réside dans la formulation systématiquement parallèle de ces dix paires d’items, assurant une parfaite comparabilité de contenu d’un domaine de vie à l’autre sans introduire de biais de formulation asymétrique.
6. Cadre théorique
Le modèle bidimensionnel de John Berry
Le socle théorique directeur du VIA s’enracine directement dans les travaux fondateurs de John Widdup Berry (1980, 1997). Berry a proposé de conceptualiser l’acculturation en articulant deux questions fondamentales auxquelles chaque individu en situation de contact interculturel doit répondre :
- Est-il jugé précieux et nécessaire de maintenir son identité culturelle et ses caractéristiques d’origine ?
- Est-il jugé précieux et nécessaire d’établir et de développer des relations positives avec les autres groupes culturels au sein de la société dominante ?
Le croisement orthogonal de ces deux dimensions indépendantes génère une typologie à quatre quadrants cardinaux illustrant les stratégies d’acculturation :
- Intégration (Biculturalisme) : Forte identification à la fois à la culture d’origine et à la culture d’accueil (scores élevés sur les deux sous-échelles du VIA). Cette stratégie est unanimement documentée dans la littérature empirique comme étant la plus adaptative, associée à une plus faible détresse psychologique, une meilleure estime de soi et une réussite académique et professionnelle accrue.
- Assimilation : Faible maintien de la culture d’origine couplé à une forte adhésion à la culture dominante (score faible en Heritage, score élevé en Mainstream). L’individu cherche à se fondre totalement dans le groupe dominant au détriment de ses racines familiales.
- Séparation (Ségrégation) : Maintien exclusif des caractéristiques culturelles patrimoniales et rejet actif ou évitement des contacts avec la culture majoritaire (score élevé en Heritage, score faible en Mainstream).
- Marginalisation : Rejet ou incapacité à maintenir sa culture ancestrale combiné à un sentiment d’exclusion, de rejet ou d’aliénation face à la société d’accueil (scores faibles sur les deux sous-échelles du VIA). Ce profil représente la condition psychologique la plus vulnérable au stress chronique, à la psychopathologie et au désespoir existentiel.
La réfutation empirique du modèle unidimensionnel par Ryder, Alden et Paulhus (2000)
Dans leur étude séminale publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, Ryder, Alden et Paulhus ont soumis les modèles unidimensionnel et bidimensionnel à une confrontation directe (« head-to-head comparison »). Les tenants du modèle unidimensionnel soutenaient qu’un axe unique allant de l’immersion traditionnelle à l’américanisation complète suffisait pour prédire l’adaptation des individus. Les auteurs du VIA ont administré simultanément le VIA, des échelles unidimensionnelles établies telles que la Suinn-Lew Asian Self-Identity Acculturation Scale (SL-ASIA ; Suinn et al., 1987), ainsi qu’une batterie de tests mesurant les cinq grands facteurs de la personnalité (Big Five), l’estime de soi et la détresse psychologique.
Les résultats statistiques ont apporté une preuve irréfutable de la supériorité du modèle bidimensionnel. Les modèles de régression multiple hiérarchique ont démontré que la sous-échelle Heritage et la sous-échelle Mainstream rendaient compte d’une part de variance significative et unique dans la prédiction de l’ajustement psychosocial que les instruments unidimensionnels étaient incapables d’expliquer. En particulier, la dimension dominante était étroitement liée à l’extraversion, à l’absence d’inhibition sociale et au bien-être psychologique dans les institutions locales, tandis que la dimension patrimoniale protégeait puissamment contre la perte de sens et l’anomie identitaire sans entraver le moins du monde l’acquisition des compétences citoyennes locales.
7. Validité
Validité de construit et orthogonalité
La validité de construit du VIA repose avant tout sur la démonstration empirique de l’indépendance statistique de ses deux sous-échelles. Dans l’échantillon initial de validation constitué par Ryder et ses collègues (2000), regroupant plusieurs centaines d’étudiants d’origine chinoise, sud-asiatique et non occidentale à Vancouver, la corrélation brute entre la sous-échelle Patrimoniale (Heritage) et la sous-échelle Dominante (Mainstream) s’élevait à r = 0,09 (non significatif, p > 0,05). Cette quasi-orthogonalité a été vérifiée séparément chez les immigrants de première génération (r = 0,09, ns) et chez les descendants d’immigrants de deuxième génération (r = 0,15, ns). Ces données démontrent sans ambiguïté que l’adoption des comportements de la société d’accueil n’exige aucunement l’abandon ou la diminution des comportements issus de la culture d’origine.
Validité convergente et concourante
La validité convergente du VIA a été établie par la confrontation des scores aux indicateurs objectifs d’exposition chronologique et linguistique à la société d’accueil :
- Durée de vie dans un pays occidental anglophone : La sous-échelle Mainstream montre une corrélation positive hautement significative avec le pourcentage de temps passé à vivre en Occident (r = 0,47, p < 0,001), tandis que la sous-échelle Heritage est corrélée négativement de façon modérée ou non corrélée, traduisant le maintien de l’attachement indépendamment de la durée d’expatriation.
- Durée de scolarisation en milieu occidental : Une association positive marquée a été documentée entre le pourcentage d’années d’études suivies dans un système anglophone occidental et le score Mainstream (r = 0,41, p < 0,001).
- Convergence avec l’échelle SL-ASIA : La mesure unidimensionnelle classique de l’acculturation pour les populations asiatiques (SL-ASIA) a été mise en relation avec le VIA. Conformément aux hypothèses théoriques, l’échelle SL-ASIA (où un score élevé signale l’occidentalisation) corrèle positivement avec la sous-échelle Mainstream (r = 0,54, p < 0,001) et négativement avec la sous-échelle Heritage (r = -0,30, p < 0,001).
- Mesure d’identification directe sur item unique : Une corrélation analogue a été observée avec un item global d’identification culturelle (r = 0,44 avec Mainstream, r = -0,34 avec Heritage, ps < 0,001).
Validité prédictive et incrémentielle
Le VIA démontre une validité prédictive remarquable concernant les indices de santé mentale et d’adaptation interpersonnelle. Des analyses de régression multiple révèlent que :
- Un score élevé à la sous-échelle Mainstream prédit significativement des niveaux réduits de symptômes dépressifs (évalués par le BDI), une diminution de l’anxiété sociale et une plus grande estime de soi générale.
- L’interaction des deux sous-échelles démontre que le profil « intégré » (scores élevés sur les deux dimensions) présente le niveau d’ajustement psychologique et relationnel le plus favorable, surpassant statistiquement les profils « assimilé » et « séparé ».
- En matière de validité incrémentielle, l’introduction conjointe des deux sous-échelles du VIA explique une variance supplémentaire substantielle dans l’adaptation socioculturelle au-delà des traits fondamentaux de la personnalité (modèle du Big Five : Névrosisme, Extraversion, Ouverture, Agréabilité, Conscienciosité).
8. Fidélité
Cohérence interne
La consistance interne du VIA a été systématiquement éprouvée au moyen du coefficient alpha de Cronbach et du calcul des corrélations moyennes inter-items (mean interitem correlations, MIC). Dans l’étude originale de Ryder, Alden et Paulhus (2000), les indices psychométriques rapportés étaient les suivants :
- Sous-échelle Culture d’origine (Heritage, 10 items) : Alpha de Cronbach de 0,79 (avec une corrélation inter-item moyenne de r = 0,40 dans les études pilotes sur formes courtes, et une moyenne stable de 0,28 à 0,38 sur la forme intégrale à 10 items).
- Sous-échelle Culture dominante (Mainstream, 10 items) : Alpha de Cronbach de 0,75 (avec une corrélation inter-item moyenne de r = 0,34 dans les analyses préliminaires, et de 0,25 à 0,32 sur la forme à 10 items).
Dans des études de réplication ultérieures impliquant des échantillons plus hétérogènes d’immigrants de première et de deuxième génération aux États-Unis, en Europe et en Asie (échantillons hispaniques, est-asiatiques, moyen-orientaux), les coefficients d’homogénéité interne se sont fréquemment révélés encore plus élevés, atteignant couramment des valeurs de :
- Pour la dimension Heritage : α compris entre 0,84 et 0,91.
- Pour la dimension Mainstream : α compris entre 0,82 et 0,88.
Ces coefficients dépassent largement le seuil conventionnel de 0,70 requis pour une utilisation rigoureuse en recherche en sciences humaines et atteignent les standards recommandés (> 0,80) pour des applications cliniques diagnostiques.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Bien que l’acculturation soit par essence un processus développemental susceptible d’évoluer au cours du cycle de vie, les composantes identitaires et comportementales mesurées par le VIA manifestent une excellente stabilité à court et moyen terme chez les adultes installés. Les coefficients de corrélation test-retest à un intervalle de 2 à 4 semaines se situent de façon constante au-delà de r = 0,82 pour la dimension patrimoniale et de r = 0,79 pour la dimension dominante, démontrant que l’outil ne subit pas les fluctuations transitoires de l’humeur ou de la désirabilité sociale contextuelle.
9. Analyse factorielle
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la conception initiale de l’instrument, Ryder et ses collègues ont soumis les 20 items à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax). Les critères d’extraction (critère de Kaiser avec valeurs propres supérieures à 1,0 et inspection du graphique des éboulis de Cattell) ont fait émerger sans équivoque une structure bi-factorielle nette :
- Facteur 1 (Orientation Patrimoniale / Heritage) : Regroupe l’ensemble des 10 items impairs (1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19). Tous ces énoncés présentent des saturations factorielles très élevées sur ce premier axe (généralement comprises entre 0,50 et 0,78), sans aucune saturation croisée significative (< 0,20) sur le second facteur.
- Facteur 2 (Orientation Dominante / Mainstream) : Regroupe l’ensemble des 10 items pairs (2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20). Les saturations factorielles sur ce second facteur oscillent de façon robuste entre 0,48 et 0,74, avec des saturations négligeables sur le facteur d’origine culturelle.
La variance totale expliquée par ces deux composantes indépendantes dépasse régulièrement les 45 % à 55 % selon les populations étudiées, ce qui représente une excellente performance pour une échelle multidimensionnelle appréhendant des conduites psychosociales variées.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et invariance de mesure
De nombreuses recherches internationales ont vérifié la structure interne du VIA par modélisation par équations structurelles (AFC). La comparaison systématique entre un modèle unifactoriel (où tous les items chargeraient sur un seul facteur général d’américanisation/déculturation) et le modèle bifactoriel à deux dimensions orthogonales démontre la supériorité statistique écrasante du modèle bifactoriel :
- Indices d’ajustement du modèle bifactoriel orthogonal : Comparative Fit Index (CFI) > 0,93 ; Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,92 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,06 ; Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) < 0,05.
- Le modèle unifactoriel s’avère totalement inajusté (CFI < 0,60 ; RMSEA > 0,13), confirmant empiriquement l’impossibilité de réduire l’acculturation à un continuum linéaire unique.
De plus, des études d’invariance de mesure multigroupes ont prouvé que le VIA bénéficie d’une invariance configuralle, métrique (faible) et scalaire (forte) à travers le genre (hommes vs femmes) et les générations d’immigration (première vs deuxième génération), autorisant la comparaison directe et valide des moyennes observées entre ces sous-groupes.
10. Instrument de mesure
Caractéristiques formelles de l’instrument
- Nom complet de l’outil : Indice d’acculturation de Vancouver (Vancouver Index of Acculturation, VIA).
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory).
- Nombre total d’items : 20 items présentés sous la forme de paires symétriques appariées.
- Dimensions / Sous-échelles :
- Sous-échelle Culture d’origine (Heritage Subscale) : 10 items (items impairs : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19).
- Sous-échelle Culture dominante (Mainstream Subscale) : 10 items (items pairs : 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20).
- Format de réponse : Échelle de Likert à 9 points, échelonnée de 1 à 9 :
- 1 : Tout à fait en désaccord / En désaccord (Disagree)
- 2 à 8 : Degrés d’accord intermédiaires croissants
- 9 : Tout à fait d’accord / D’accord (Agree)
- Temps moyen de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Population cible : Adolescents et adultes (dès 14 ans) issus de l’immigration, membres de minorités ethniques, étudiants internationaux et expatriés.
- Adaptabilité sociolinguistique : Le terme « American » ou « North American » figurant dans les items pairs peut être substitué par le descripteur national du contexte d’étude (par exemple, « français » en France, « canadien » au Canada francophone, « britannique » au Royaume-Uni).
Instructions et formule de cotation (Scoring)
- Calcul du score de Culture d’origine (Heritage Score) : Somme des réponses aux 10 items impairs divisée par 10 (moyenne arithmétique comprise entre 1,00 et 9,00) :
Score Patrimonial = (Item 1 + Item 3 + Item 5 + Item 7 + Item 9 + Item 11 + Item 13 + Item 15 + Item 17 + Item 19) / 10 - Calcul du score de Culture dominante (Mainstream Score) : Somme des réponses aux 10 items pairs divisée par 10 (moyenne arithmétique comprise entre 1,00 et 9,00) :
Score Dominant = (Item 2 + Item 4 + Item 6 + Item 8 + Item 10 + Item 12 + Item 14 + Item 16 + Item 18 + Item 20) / 10 - Absence d’inversion d’items : Tous les items sont formulés dans le sens positif de l’adhésion culturelle ; aucun item inversé (reverse-scored item) n’est à recalculer.
- Classification typologique de Berry (optionnelle) : Par partition sur la médiane théorique (point neutre = 5,0) ou empirique de l’échantillon :
- Intégré : Score Patrimonial > Médiane ET Score Dominant > Médiane.
- Assimilé : Score Patrimonial ≤ Médiane ET Score Dominant > Médiane.
- Séparé : Score Patrimonial > Médiane ET Score Dominant ≤ Médiane.
- Marginalisé : Score Patrimonial ≤ Médiane ET Score Dominant ≤ Médiane.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Année de publication originale
L’échelle a été officiellement publiée en 2000 dans l’article princeps de Ryder, Alden et Paulhus paru dans le Journal of Personality and Social Psychology de l’American Psychological Association (APA).
Statut des droits d’auteur et permissions d’utilisation
Le Vancouver Index of Acculturation est considéré comme un instrument ouvert pour la recherche scientifique et académique à but non lucratif (open-access for non-commercial research and educational purposes). Les auteurs originaux, en particulier le professeur Delroy L. Paulhus, ont mis l’échelle à la libre disposition des chercheurs et cliniciens sous réserve du respect scrupuleux des conditions suivantes :
- Citer explicitement la référence bibliographique fondamentale (Ryder, Alden, & Paulhus, 2000) dans tout rapport, thèse, mémoire ou publication scientifique utilisant l’échelle.
- Ne pas commercialiser le questionnaire, ne pas l’intégrer dans des progiciels payants ou des plateformes de sélection professionnelle à but lucratif sans accord formel préalable des détenteurs des droits.
- Les adaptations linguistiques et les modifications de descripteurs nationaux (ex. remplacer « American » par « français ») sont autorisées dans le cadre de recherches transculturelles, à condition d’en mentionner la nature exacte dans la section méthodologique des travaux.
Tarification
L’utilisation de la version papier ou informatique du VIA est entièrement gratuite (0 € / 0 $) pour toute utilisation universitaire, clinique et de recherche non commerciale. Aucune redevance (royalty fee) n’est exigée pour l’administration de ses 20 items.
12. Références
Les publications scientifiques fondamentales et études méthodologiques de référence concernant le VIA comprennent :
- Berry, J. W. (1980). Acculturation as varieties of adaptation. Dans A. M. Padilla (Éd.), Acculturation: Theory, models, and some new findings (pp. 9–25). Westview Press.
- Berry, J. W. (1997). Immigration, acculturation, and adaptation. Applied Psychology, 46(1), 5–34. https://doi.org/10.1111/j.1464-0597.1997.tb01087.x
- Huynh, Q.-L., Howell, R. T., & Benet-Martínez, V. (2009). The factor structure of the Vancouver Index of Acculturation: A multiethnic examination. Cultural Diversity and Ethnic Minority Psychology, 15(3), 256–265. https://doi.org/10.1037/a0014649
- Paulhus, D. L. (1991). Measurement and control of response bias. Dans J. P. Robinson, P. R. Shaver, & L. S. Wrightsman (Éds.), Measures of personality and social psychological attitudes (pp. 17–59). Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-590241-0.50006-X
- Redfield, R., Linton, R., & Herskovits, M. J. (1936). Memorandum for the study of acculturation. American Anthropologist, 38(1), 149–152. https://doi.org/10.1525/aa.1936.38.1.02a00330
- Ryder, A. G., Alden, L. E., & Paulhus, D. L. (2000). Is acculturation unidimensional or bidimensional? A head-to-head comparison in the prediction of demographics, personality, self-identity, and adjustment. Journal of Personality and Social Psychology, 79(1), 49–65. https://doi.org/10.1037/0022-3514.79.1.49
- Suinn, R. M., Rickard-Figueroa, K., Lew, S., & Vigil, P. (1987). The Suinn-Lew Asian Self-Identity Acculturation Scale: An acculturation measure for Asian-American populations. Educational and Psychological Measurement, 47(2), 401–407. https://doi.org/10.1177/0013164487472012
13. Questions et items du questionnaire
Instructions to participants:
Please circle one of the numbers to the right of each question to indicate your degree of agreement or disagreement.
Many of these questions will refer to your heritage culture, meaning the original culture of your family (other than American). It may be the culture of your birth, the culture in which you have been raised, or any culture in your family background. If there are several, pick the one that has influenced you most (e.g. Irish, Chinese, Mexican, African). If you do not feel that you have been influenced by any other culture, please name a culture that influenced previous generations of your family. Your heritage culture (other than American) is: ___________________
Response scale:
2
3
4
5
6
7
8
9 = Agree
- I often participate in my heritage cultural traditions.
- I often participate in mainstream American cultural traditions.
- I would be willing to marry a person from my heritage culture.
- I would be willing to marry a white American person.
- I enjoy social activities with people from the same heritage culture as myself.
- I enjoy social activities with typical American people.
- I am comfortable interacting with people of the same heritage culture as myself.
- I am comfortable interacting with typical American people.
- I enjoy entertainment (e.g. movies, music) from my heritage culture.
- I enjoy American entertainment (e.g. movies, music).
- I often behave in ways that are typical of my heritage culture.
- I often behave in ways that are typically American.
- It is important for me to maintain or develop the practices of my heritage culture.
- It is important for me to maintain or develop American cultural practices.
- I believe in the values of my heritage culture.
- I believe in mainstream American values.
- I enjoy the jokes and humor of my heritage culture.
- I enjoy white American jokes and humor.
- I am interested in having friends from my heritage culture.
- I am interested in having white American friends.