1. Résumé / Abstract
L’échelle d’évaluation de la force du motif de maintien du statut (en allemand : Statuserhaltsmotiv-Skala) est un instrument psychométrique et sociologique développé au sein du Centre de recherche collaborative 504 (Sonderforschungsbereich 504 « Rationalitätskonzepte, Entscheidungsverhalten und ökonomische Modellierung ») de l’Université de Mannheim. Conçu pour opérationnaliser empiriquement l’un des mécanismes explicatifs fondamentaux de la sociologie analytique et de la psychologie des décisions éducatives, cet outil mesure la propension des parents à prévenir le déclassement social intergénérationnel de leur descendance. Fondé sur les théories de l’action rationnelle appliquées à la stratification sociale (Raymond Boudon, 1974 ; Richard Breen & John H. Goldthorpe, 1997 ; Hartmut Esser, 1999), l’instrument quantifie l’aversion au risque de perte de statut social relatif (relative risk aversion) lors des transitions scolaires critiques.
Le dispositif comprend au total quatre items standardisés structurés en deux sous-dimensions complémentaires :
- La force affective/motivationnelle du motif de maintien du statut (1 item), dérivée des travaux précurseurs de Richard Fauser (1985) à l’Université de Constance, qui évalue le degré de perturbation ou de détresse psychologique qu’éprouveraient les parents si leur enfant occupait une position professionnelle moins prestigieuse que la leur (échelle d’évaluation en 7 points, allant de 1 = « ne me dérangerait pas du tout » à 7 = « me dérangerait énormément »).
- L’adéquation perçue des filières scolaires au maintien du statut (3 items), qui évalue la probabilité subjective que l’enfant atteigne au moins le statut socioprofessionnel familial s’il décroche l’une des trois certifications scolaires majeures du système éducatif allemand : le Hauptschulabschluss (certificat de fin d’études secondaires inférieures de base), la Mittlere Reife ou Realschulabschluss (brevet secondaire intermédiaire) et l’Abitur (baccalauréat ouvrant l’accès à l’enseignement supérieur général). Cette sous-échelle utilise un format en 7 points allant de 1 = « exclu » à 7 = « tout à fait certain ».
Sur le plan métrologique, l’échelle a été validée auprès d’un échantillon représentatif local de 992 parents d’élèves de deuxième classe primaire (élèves âgés de 7 à 8 ans) en Allemagne rhénane. L’analyse en composantes principales révèle une structure unidimensionnelle claire pour les trois items d’évaluation d’adéquation (expliquant 52,4 % de la variance totale, avec des saturations factorielles de 0,80 pour le certificat de base, 0,89 pour le certificat intermédiaire et 0,37 pour l’Abitur). La validité de construit et la validité de critère sont solidement corroborées par des gradients prononcés selon le prestige professionnel familial mesuré par l’échelle SIOPS de Treiman (1977), le niveau de diplôme le plus élevé des parents et l’appartenance de classe sociale EGP (Erikson, Goldthorpe & Portocarero, 1979). L’instrument offre une clarification essentielle quant aux effets secondaires de l’origine sociale sur les trajectoires scolaires.
2. Mots-clés / Keywords
maintien du statut, aversion au déclassement social, décisions éducatives, inégalités scolaires, statut socioéconomique, théorie du choix rationnel, effets secondaires de l’origine sociale, prestige professionnel, stratification sociale, transition scolaire primaire-secondaire, aspirations parentales, psychométrie sociologique
3. Auteurs / Authors
L’instrument de mesure de la force du motif de maintien du statut a été conçu, développé et testé au sein de l’Université de Mannheim, dans le cadre des activités de recherche du Sonderforschungsbereich 504 (« Rationalitätskonzepte, Entscheidungsverhalten und ökonomische Modellierung »), plus particulièrement dans le projet « Bildungsaspirationen, Bezugsgruppen und Bildungsentscheidungen » (Aspirations éducatives, groupes de référence et décisions scolaires).
L’item spécifique mesurant l’intensité motivationnelle découle de l’adaptation méthodologique des protocoles d’enquête qualitatifs et quantitatifs créés par le sociologue Richard Fauser (1985) à l’Université de Constance (Universität Konstanz) lors de son étude approfondie sur les trajectoires d’éducation au sein des familles ouvrières ou de classe laborieuse. Les trois items mesurant l’adéquation subjective des titres de formation ont été forgés par l’équipe de recherche de Mannheim afin d’opérationnaliser formellement les paramètres théoriques formulés par Hartmut Esser (Université de Mannheim) et les modèles de Richard Breen et John H. Goldthorpe (Université d’Oxford).
Les données empiriques de validation sont archivées sous la responsabilité du GESIS – Leibniz-Institut für Sozialwissenschaften (identifiants d’archivage DOI : 10.4232/1.12660 et 10.4232/1.12925).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de cet instrument est de résoudre une aporie empirique majeure dans la recherche sur la stratification sociale et la psychologie des choix d’orientation : la mesure directe, standardisée et théoriquement cohérente de la motivation au maintien du statut social familial. Pendant des décennies, de nombreuses recherches empiriques ont démontré de façon robuste que les enfants issus de milieux familiaux défavorisés ou dotés d’un statut socioéconomique inférieur obtiennent des titres scolaires moins élevés que ceux issus de milieux privilégiés (Astone & McLanahan, 1994 ; Duncan et al., 1994 ; Haveman & Wolfe, 1995 ; Shavit & Blossfeld, 1993). Pour expliquer cette persistance de la reproduction sociale intergénérationnelle, la littérature fait appel à la distinction conceptuelle classique introduite par Raymond Boudon (1974) entre :
- Les effets primaires : les disparités de performance cognitive et de réussite académique imputables aux écarts de ressources économiques, culturelles et environnementales des familles d’origine.
- Les effets secondaires : les choix différentiels de filières scolaires opérés par les familles pour un niveau de compétence ou de rendement scolaire pourtant strictement identique.
Or, si les modélisations théoriques récentes de l’action rationnelle (notamment le modèle Breen-Goldthorpe de 1997 et la théorie de la décision sociologique d’Esser de 1999) attribuent une part décisive des effets secondaires au motif d’évitement de la dégradation statutaire, les tentatives empiriques antérieures souffraient d’approximations opérationnelles sévères. Certains auteurs (par exemple Becker, 2000) réduisaient la force du motif au simple souhait des parents que leur progéniture égale ou dépasse leur propre niveau de diplôme formel. Une telle simplification ignore le phénomène massif d’inflation des titres scolaires au cours des décennies : acquérir le même niveau scolaire que ses parents ne garantit plus l’accès au même niveau socioprofessionnel qu’eux. D’autres tentatives utilisaient des proxys indirects comme la perception d’obstacles infranchissables entre classes ou l’écart abstrait entre professions (Becker, 2003), sans ancrer le jugement sur le statut de référence réel des parents.
L’instrument documenté ici a donc été spécifiquement conçu pour combler ce vide méthodologique lors d’une étape charnière du système éducatif allemand : la fin de l’école primaire (Grundschule), où les familles doivent opter pour l’une des trois filières hiérarchisées du secondaire. L’outil a pour finalités précises :
- D’isoler la composante motivationnelle pure (l’aversion à la perte de rang social) de la composante cognitive d’espérance de succès.
- D’évaluer comment les parents calibrent l’utilité des diplômes scolaires non pas de manière absolue dans l’abstrait, mais de manière strictement relative à leur propre position socioéconomique actuelle (point de référence).
- De permettre aux chercheurs en sociologie de l’éducation, en psychologie sociale et en économie comportementale de calculer des gradients d’incitation marginale (différences de scores entre filières adjacentes), prédisant directement l’arbitrage parental au moment de la transition vers le collège ou le lycée.
Au-delà de la recherche fondamentale, cet instrument s’avère précieux dans l’évaluation des politiques publiques éducatives et dans les dispositifs d’orientation scolaire personnalisée. Il permet d’identifier si la sous-représentation des élèves issus de classes populaires dans les filières d’excellence relève d’une résignation parentale, d’un déficit d’information sur la valeur réelle des diplômes contemporains, ou d’un calcul rationnel d’optimisation sous contrainte où le risque d’échec surpasse l’utilité espérée.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique ciblé par cette échelle est le motif de maintien du statut (Statuserhaltsmotiv), envisagé comme une disposition conative et un cadre de jugement décisionnel orienté vers la non-régression intergénérationnelle dans la structure sociale. Ce construit s’articule autour de deux dimensions distinctes mais articulées au sein de l’architecture cognitive des décideurs :
1. L’intensité motivationnelle du maintien du statut (composante affective et conative)
Cette dimension renvoie à l’importance subjective et à la charge émotionnelle accordée à la préservation du rang socioprofessionnel familial. Elle repose sur l’hypothèse d’une aversion universelle à la perte de statut. Dans le modèle de Breen et Goldthorpe (1997), il est postulé que tous les parents, quelle que soit leur classe sociale d’appartenance, partagent une intensité fondamentale analogue dans leur désir de prémunir leurs enfants contre le déclassement : aucun parent ne souhaite voir son enfant régresser socialement. En revanche, le modèle de Hartmut Esser (1999) postule que la valence accordée à une déchéance de statut ($SV$, pour Statusverlust) peut varier d’un individu à un autre en fonction de la centralité identitaire conférée à la position sociale acquise.
L’indicateur opérationnel de cette sous-dimension sollicite une réaction affective anticipée face à un scénario contrefactuel : dans quelle mesure le parent interrogé ressentirait-il du dépit, de l’anxiété ou de la contrariété si son enfant n’atteignait qu’un métier moins prestigieux que le sien ? Il ne s’agit pas d’un désir abstrait de réussite ou d’élévation sociale héroïque (motif de mobilité ascendante), mais bien d’une barrière psychologique contre l’affaissement social.
2. L’adéquation perçue des qualifications scolaires pour le maintien du statut (composante cognitive d’espérance)
Cette deuxième dimension constitue le cœur différentiel du construit. Elle mesure la probabilité subjective, formulée par le parent, qu’un diplôme d’un niveau donné permette effectivement à son enfant d’accéder à un métier doté d’un prestige professionnel au moins égal à celui de la cellule familiale d’origine. Contrairement à l’intensité affective qui tend à être stable, l’évaluation de cette adéquation varie substantiellement selon la classe d’origine en raison de l’ancrage du point de référence socioéconomique :
- Pour une famille ouvrière ou d’employés d’exécution (classe populaire) : Le niveau professionnel à égaler est situé dans la partie inférieure de l’échelle de prestige. Par conséquent, un diplôme intermédiaire (Realschulabschluss), voire parfois un certificat élémentaire (Hauptschulabschluss), peut être jugé suffisant pour atteindre ou reproduire la position des parents. Le gain subjectif supplémentaire accordé à l’Abitur par rapport à ces filières peut paraître marginal au regard des risques scolaires et des coûts induits.
- Pour une famille de cadres supérieurs ou de professionnels libéraux (classe de service) : Le point de référence est situé au sommet de l’échelle de prestige social. Pour ces parents, le Hauptschulabschluss et le Realschulabschluss sont perçus comme porteurs d’un risque quasi certain de déclassement social. Seule l’obtention de l’Abitur, autorisant la poursuite d’études universitaires prestigieuses, est jugée adéquate pour maintenir le statut. L’écart de valeur perçue entre l’Abitur et les diplômes inférieurs y est donc maximal.
Le tableau ci-dessous illustre la dynamique différentielle de ce construit en fonction de la position d’origine :
| Groupe socioprofessionnel | Point de référence de départ | Adéquation perçue : Hauptschule | Adéquation perçue : Realschule | Adéquation perçue : Abitur |
|---|---|---|---|---|
| Ouvriers (classes EGP V, VI, VII) | Prestige modéré ou faible | Modérée à moyenne (suffit souvent) | Élevée (assure largement le statut) | Très élevée (surqualifie) |
| Cadres / Classe de service (classes EGP I, II) | Prestige très élevé | Nulle ou quasi exclue (déclassement) | Faible à très insuffisante | Indispensable (seul garant) |
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’instrument s’enracine au croisement de la sociologie néo-wébérienne de la stratification sociale, de la microéconomie des choix d’investissement en capital humain, et de la psychologie cognitive de la décision sous risque.
1. Le modèle des effets secondaires de Raymond Boudon (1974)
Dans son ouvrage classique L’inégalité des chances, Raymond Boudon formalise la bifurcation des choix scolaires comme un processus séquentiel de décisions individuelles agrégées. Si les enfants des différentes classes sociales ne performent pas de manière identique à l’école (effets primaires), la persistance des écarts d’orientation subsiste même à compétence scolaire contrôlée. Pour Boudon, cette distorsion résulte du fait que le « coût social » et l’utilité relative d’un même diplôme ne sont pas identiques selon la classe de départ. L’ambition éducative n’est pas absolue : elle est calibrée par rapport à la position sociale acquise par la famille.
2. La modélisation de l’aversion au risque relatif de Breen et Goldthorpe (1997)
Richard Breen et John H. Goldthorpe ont donné une rigueur analytique formelle aux intuitions de Boudon en formulant leur Rational Action Model des différentiels éducatifs. Selon cette théorie, les acteurs sociaux sont guidés par un motif fondamental prépondérant : l’aversion au risque relatif (relative risk aversion). Les parents cherchent avant tout à minimiser la probabilité que leurs enfants connaissent une mobilité sociale descendante. La fonction de décision des familles compare les coûts ($C$), la probabilité de réussite académique ($P$) et le bénéfice espéré ($B$). La motivation à pousser un enfant vers une filière longue et sélective comme le lycée d’enseignement général (Gymnasium menant à l’Abitur) dépend crucialement de l’utilité marginale que représente cette certification par rapport à l’alternative intermédiaire. Pour les classes supérieures, le coût d’un renoncement à l’Abitur équivaut à accepter une dégradation sociale certaine.
3. La formalisation de la décision sociologique selon Hartmut Esser (1999)
Dans sa modélisation de l’explication sociologique intégrée, Hartmut Esser (1999) formalise l’utilité subjective espérée (Subjective Expected Utility, SEU) de chaque option éducative par l’équation générale :
SEU = p · e + (1 – p) · s – c + c(-SV)
Dans ce modèle :
- $p$ représente la probabilité subjective d’obtenir le diplôme visé.
- $e$ symbolise les gains socioéconomiques intrinsèques associés à la réussite de ce parcours.
- $s$ représente la valeur de la situation de repli en cas d’échec scolaire.
- $c$ traduit les coûts directs et d’opportunité investis dans la scolarité.
- Le paramètre $c(-SV)$ constitue la formalisation exacte du coût anticipé d’une perte de statut ($SV$, Statusverlust), pondéré par la probabilité conditionnelle $c$ que le choix d’un cursus scolaire précis n’aboutisse pas au niveau nécessaire pour pérenniser le rang familial.
L’échelle développée à Mannheim permet précisément de mesurer empiriquement les paramètres cognitifs $c$ et affectifs $SV$ chez les parents réels, substituant des variables psychométriques observées aux postulats abstraits des économistes.
4. Ancrage dans la théorie des perspectives (Prospect Theory)
Sur le plan psychologique, cette conception s’accorde rigoureusement avec la Prospect Theory développée par Daniel Kahneman et Amos Tversky (1979). La théorie des perspectives démontre que les agents évaluent les résultats possibles d’une action en termes de gains ou de pertes par rapport à un point de référence neutre, plutôt qu’en termes absolus d’utilité terminale. De plus, la fonction de valeur psychologique présente une asymétrie caractéristique : la pente est nettement plus abrupte dans le domaine des pertes que dans le domaine des gains (loss aversion). Dans le domaine des choix éducatifs, le statut socioprofessionnel familial actuel fait office de point d’ancrage psychologique indépassable : une trajectoire scolaire qui risque de rétrograder l’enfant sous ce point de référence est vécue comme une perte insupportable, justifiant une mobilisation démesurée de ressources chez les classes favorisées, tandis qu’une progression au-dessus du statut familial n’est perçue que comme un gain marginal.
7. Validité / Validity
La validité de l’instrument a fait l’objet d’investigations poussées reposant sur les microdonnées de l’enquête menée auprès de 992 parents d’élèves de classe élémentaire dans le Palatinat rhénan (villes de Ludwigshafen, Frankenthal, Speyer et l’arrondissement de Rhein-Pfalz).
Validité de construit et hypothèses déductives
La validité théorique et de construit a été vérifiée par la confrontation des données d’observation avec les prédictions déduites des axiomes de Breen-Goldthorpe et d’Esser :
- Gradient social inverse sur les diplômes de base : La proportion de parents estimant qu’un diplôme de niveau modeste (Hauptschulabschluss) est apte à préserver le statut familial diminue drastiquement lorsque s’élève le statut socioéconomique de la famille. Cette prédiction est impeccablement vérifiée : les parents appartenant au quartile supérieur de prestige professionnel de Treiman (SIOPS) attribuent à la filière de base une moyenne d’adéquation de seulement 1,6 sur 7, tandis que les parents du quartile le plus modeste lui accordent une note moyenne de 3,8 sur 7.
- Convergence au sommet : Pour le diplôme le plus élevé du secondaire (Abitur), l’adéquation perçue est universellement élevée et quasi identique quel que soit le milieu social d’origine : la note moyenne s’établit à 6,1 sur 7 pour le quartile supérieur et à 6,3 sur 7 pour le quartile inférieur.
- Accroissement de l’écart d’incitation avec le rang social : La différence subjective d’utilité entre l’Abitur et le Hauptschulabschluss (incitation globale au dépassement scolaire) atteint en moyenne 4,5 points d’échelle chez les parents du quartile supérieur, contre seulement 2,5 points chez les parents du quartile inférieur.
Validité convergente et hiérarchies de transition
L’analyse des écarts d’adéquation entre filières adjacentes démontre une validité convergente remarquable avec le niveau de prestige professionnel (Treiman), le niveau scolaire effectif des parents et la classification de classes EGP (Erikson-Goldthorpe-Portocarero) :
- Transition intermédiaire (Realschule vs Hauptschule) : Les familles occupant une position intermédiaire dans la hiérarchie sociale (classes moyennes, classes EGP II et III, 2e et 3e quartiles de Treiman) perçoivent l’écart d’adéquation le plus vigoureux en faveur de la Realschule (écarts moyens de +2,2 à +2,7 points). Pour ces familles d’employés et de techniciens, décrocher une Realschule garantit l’accès à la sécurité statutaire sans les risques académiques de la filière longue. Les familles ouvrières d’une part (+1,7 point) et les familles de cadres supérieurs d’autre part (+1,6 point) perçoivent un différentiel nettement moins marqué à ce palier.
- Transition supérieure (Abitur vs Realschule) : À l’inverse, l’incitation marginale à choisir le lycée général (Abitur) plutôt que l’école intermédiaire culmine très fortement dans le quartile supérieur de prestige social (+3,0 points de différence), décroît à des niveaux moyens pour les groupes intermédiaires (+1,7 et +1,1 point) et s’effondre à seulement +0,8 point dans le quartile inférieur.
Les données empiriques de ces contrastes sont synthétisées dans le tableau suivant :
| Quartiles de prestige Treiman (SIOPS) | Différence RS – HS (Moyenne ± Écart-type) | Différence Abitur – RS (Moyenne ± Écart-type) |
|---|---|---|
| Quartile supérieur (plus favorisé) | 1,56 ± 1,62 | 3,00 ± 2,00 |
| 3e Quartile | 2,22 ± 1,96 | 1,67 ± 2,04 |
| 2e Quartile | 2,70 ± 1,98 | 1,12 ± 1,64 |
| Quartile inférieur (plus modeste) | 1,75 ± 2,15 | 0,81 ± 1,68 |
Validité prédictive et critères externes
La validité de critère est confortée par la corrélation étroite établie entre les scores d’adéquation et les aspirations scolaires réalistes mesurées parallèlement dans le projet. Les parents qui perçoivent un différentiel d’adéquation substantiel entre l’Abitur et les autres diplômes manifestent une probabilité significativement plus forte de viser concrètement le Gymnasium lors de la transition effective en 5e classe, même lorsque le rendement scolaire mesuré objectivement par des tests cognitifs standardisés administrés aux enfants dans leurs classes est rigoureusement contrôlé.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité psychométrique de cet instrument présente des particularités inhérentes à la nature conjointe de sa structure (un item isolé pour la force du motif et un triplet ordonné d’items pour les probabilités conditionnelles de maintien du statut) :
- Sous-échelle d’adéquation des diplômes (Items 2, 3 et 4) : Les analyses factorielles confirment une cohérence structurelle satisfaisante. La valeur propre de la composante principale est de 1,57, expliquant 52,4 % de la variance d’échantillon. Les saturations des items 2 (Hauptschule, $lambda = 0,80$) et 3 (Realschule, $lambda = 0,89$) sont particulièrement robustes, témoignant d’une excellente corrélation interne sur l’évaluation des filières courtes et intermédiaires. L’item 4 (Abitur) présente une saturation plus basse ($lambda = 0,37$, communauté de $h^2 = 0,13$), ce qui s’explique parfaitement d’un point de vue psychométrique par un effet de plafonnement (distribution asymétrique négative, la quasi-totalité des répondants attribuant des scores maximaux de 6 ou 7 à l’Abitur quant à sa capacité à assurer le statut).
- Item unique de force du motif (Item 1) : En tant qu’indicateur univoque inspiré de Fauser (1985), il n’autorise pas le calcul d’un coefficient $\alpha$ de Cronbach ou d’une consistance interne classique. Aucune donnée de fidélité test-retest à moyen terme n’a été recueillie dans la vague transversale primaire de 2003 du SFB 504.
- Considérations sur la fidélité des scores de différence : Les auteurs recommandent fréquemment d’utiliser des scores de différence entre échelons adjacents (ex. score Realschule moins score Hauptschule, ou Abitur moins Realschule). Bien que les scores différentiels puissent mécaniquement voir leur fidélité atténuée par la corrélation positive entre les termes soustraits, les variances observées (écarts-types compris entre 1,59 et 2,45 sur des échelles centrées) démontrent que le signal discriminatif demeure suffisamment puissant pour modéliser avec précision les choix de transition dans les équations logistiques ou multinomiales.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Afin de déterminer la dimensionalité sous-jacente des perceptions parentales quant à l’adéquation des filières au maintien du statut social, une Analyse en Composantes Principales (ACP) a été réalisée sur les données des 977 parents d’élèves ayant complété l’intégralité du protocole d’évaluation (sur les 992 interrogés).
Résultats de l’extraction factorielle
Les résultats attestent sans équivoque de l’unidimensionnalité du jugement d’adéquation des filières de l’enseignement secondaire pour le maintien du statut familial. L’extraction factorielle isole un seul facteur dominant possédant une valeur propre supérieure à 1 (critère de Kaiser) :
- Valeur propre du Facteur 1 : 1,57
- Pourcentage de variance expliquée : 52,4 %
Le tableau factoriel détaille les saturations factorielles ($F_1$) et les communautés ($KO$ / $h^2$) obtenues pour chacun des trois niveaux de certification :
| Item | Contenu mesuré | Saturation factorielle ($F_1$) | Communauté ($KO / h^2$) |
|---|---|---|---|
| Item 2 | Adéquation du Hauptschulabschluss | 0,80 | 0,65 |
| Item 3 | Adéquation du Realschulabschluss | 0,89 | 0,79 |
| Item 4 | Adéquation de l’Abitur | 0,37 | 0,13 |
Interprétation psychométrique de la structure factorielle
L’analyse met en lumière un schéma conceptuellement remarquable :
- Les deux premières filières (Hauptschule et Realschule) saturent massivement sur la composante principale (0,80 et 0,89), partageant entre 65 % et 79 % de variance commune avec le facteur. Ces deux certifications constituent les véritables révélateurs des disparités interindividuelles : c’est sur leur aptitude à assurer ou non le statut que les opinions parentales se divisent radicalement en fonction de leur propre origine sociale.
- L’item relatif à l’Abitur présente une saturation factorielle nettement plus modérée (0,37) et une communauté résiduelle faible (0,13). Cette atténuation statistique ne signale pas un défaut d’ajustement du modèle ou une mauvaise formulation de l’item, mais reflète fidèlement la réalité sociologique du paysage éducatif : dans l’Allemagne contemporaine, le baccalauréat (Abitur) fait l’objet d’un consensus universel comme certification protectrice absolue. En raison de sa variance restreinte (saturation au sommet de l’échelle par tous les répondants, indépendamment de leur classe sociale), l’item contribue peu à la dispersion factorielle globale.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé administrable lors d’entretiens en face-à-face assistés par ordinateur (CAPI) ou sous forme d’auto-questionnaire informatisé/papier. L’administration s’insère idéalement au cours des périodes précédant les choix de filières du secondaire.
- Nom du test : Échelle de la force du motif de maintien du statut (Statuserhaltsmotiv-Skala).
- Type de mesure : Échelle psychométrique d’attitudes conatives et de probabilités subjectives ancrées sur un référentiel socioprofessionnel.
- Public cible : Parents d’enfants scolarisés dans l’enseignement primaire (typiquement entre la 2e et la 4e année de Grundschule). En cas de couple parental, les questions sont soumises en priorité au parent désigné comme étant le plus investi dans le suivi de la scolarité quotidienne de l’enfant.
- Nombre total d’items : 4 items indépendants.
- Format et échelles de réponse :
- Item 1 (Force affective du motif) : Échelle d’évaluation en 7 points avec labellisation explicite des pôles extrêmes :
1 = ne me dérangerait pas du tout(gar nicht stören) à7 = me dérangerait énormément(sehr stören). - Items 2 à 4 (Probabilités subjectives d’adéquation) : Échelle d’évaluation probabiliste en 7 points avec ancrage des bornes extrêmes :
1 = tout à fait exclu(ausgeschlossen) à7 = entièrement certain(ganz sicher).
- Item 1 (Force affective du motif) : Échelle d’évaluation en 7 points avec labellisation explicite des pôles extrêmes :
- Point d’ancrage référentiel : Le libellé des items 1 à 4 compare explicitement l’avenir de l’enfant au prestige professionnel actuel ou passé de la personne interrogée (ou, à défaut, à celui de son/sa partenaire si celui-ci est plus élevé).
- Modalités de cotation et d’exploitation statistique :
- Utilisation directe en scores bruts : Chaque item peut être introduit comme variable explicative brute dans des modèles de régression. Cependant, les auteurs soulignent que cette approche conserve des effets de niveau absolu peu informatifs sur le dynamisme des arbitrages.
- Calcul des scores différentiels (incitations marginales à la transition) : Pour analyser la décision d’orientation, la méthode recommandée consiste à calculer la différence arithmétique entre échelons scolaires successifs :
– Incitation à la transition intermédiaire : $\Delta_{\text{RS-HS}} = \text{Score Item 3 (Realschule)} – \text{Score Item 2 (Hauptschule)}$.
– Incitation à la transition supérieure : $\Delta_{\text{Abi-RS}} = \text{Score Item 4 (Abitur)} – \text{Score Item 3 (Realschule)}$.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’élaboration et d’expérimentation princeps : 2003 (première vague de recueil massif au sein du SFB 504 de Mannheim ; item initial inspiré de Fauser, 1985).
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Le questionnaire a été élaboré au sein du Sonderforschungsbereich 504 financé par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) à l’Université de Mannheim. Il est documenté publiquement dans le recueil d’instruments de mesure ZIS du GESIS – Leibniz-Institut für Sozialwissenschaften.
- Statut d’accès et tarification : Instrument mis à disposition gratuitement (libre d’accès) pour la recherche académique, l’enseignement universitaire et les projets scientifiques non commerciaux.
- Licence et conditions d’usage : Utilisation soumise aux règles déontologiques de citation scientifique standard (citation appropriée des publications sources et des identifiants d’archivage GESIS). Toute adaptation ou traduction dans une autre langue à des fins de recherche doit préserver l’alignement sur le statut professionnel de référence des parents.
- Accès aux jeux de données originaux : Les données empiriques complètes de l’enquête sont archivées et consultables auprès du centre d’archives de données GESIS sous les identifiants numériques pérennes DOI: 10.4232/1.12660 et DOI: 10.4232/1.12925.
12. Références / References
- Astone, N. M., & McLanahan, S. S. (1994). Family structure, residential mobility, and school dropout: A research note. Demography, 31(4), 575–584. https://doi.org/10.2307/2061793
- Becker, R. (2000). Klassenlage und Bildungsentscheidungen: Eine empirische Anwendung der Theorie rationaler Bildungsentscheidungen. Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie, 52(3), 450–474. https://doi.org/10.1007/s11577-000-0068-1
- Becker, R. (2003). Educational expansion and persistent inequalities of education: Utilizing subjective expected utility theory to explain increasing participation in higher education in the Federal Republic of Germany. European Sociological Review, 19(1), 1–24. https://doi.org/10.1093/esr/19.1.1
- Boudon, R. (1974). Education, opportunity, and social inequality: Changing prospects in Western society. John Wiley & Sons.
- Breen, R., & Goldthorpe, J. H. (1997). Explaining educational differentials: Towards a formal rational action theory. Rationality and Society, 9(3), 275–305. https://doi.org/10.1177/104346397009003002
- Duncan, G. J., Brooks-Gunn, J., & Klebanov, P. K. (1994). Economic deprivation and early childhood development. Child Development, 65(2), 296–318. https://doi.org/10.2307/1131385
- Erikson, R., & Goldthorpe, J. H. (1992). The constant flux: A study of class mobility in industrial societies. Clarendon Press.
- Erikson, R., & Jonsson, J. O. (Eds.). (1996). Can education be equalized? The Swedish case in comparative perspective. Westview Press.
- Esser, H. (1999). Soziologie: Spezielle Grundlagen. Band 1: Situationslogik und Handeln. Campus Verlag.
- Fauser, R. (1985). Bildungsverläufe in Arbeiterfamilien: Zur Rekonstruktion familialer Bildungsentscheidungen [Dissertation, Universität Konstanz]. Hartung-Gorre Verlag.
- Haveman, R., & Wolfe, B. (1995). The determinants of children’s attainments: A review of methods and findings. Journal of Economic Literature, 33(4), 1829–1878. https://www.jstor.org/stable/2729315
- Kahneman, D., & Tversky, A. (1979). Prospect theory: An analysis of decision under risk. Econometrica, 47(2), 263–291. https://doi.org/10.2307/1914185
- Shavit, Y., & Blossfeld, H.-P. (Eds.). (1993). Persistent inequality: Changing educational attainment in thirteen countries. Westview Press.
- Treiman, D. J. (1977). Occupational prestige in comparative perspective. Academic Press. https://doi.org/10.1016/C2013-0-10903-8