1. Résumé / Abstract
Le Sexual History Form (SHF), développé initialement par Joseph K. Nowinski et Joseph LoPiccolo (1979) puis révisé par Leslie R. Schover et ses collaborateurs (1982, 1988), constitue l’un des instruments d’auto-évaluation pionniers et les plus détaillés pour l’investigation clinique et empirique de la sexualité humaine. Bien que sa version intégrale à 46 items offre une cartographie phénotypique exhaustive des comportements, des attitudes, des dysfonctions et des réactions émotionnelles liées à la sexualité masculine et féminine, son exploitation psychométrique a longtemps été entravée par l’absence d’une métrique composite unique, contraignant les cliniciens et les chercheurs à des analyses fastidieuses item par item. Pour surmonter cette limite méthodologique majeure, Laura Creti, Catherine S. Fichten, Rhonda Amsel, William Brender, Leslie R. Schover, Dennis Kalogeropoulos et Eva Libman (1987, 1988, 1998) ont formalisé l’algorithme du Global Sexual Functioning (GSF ; en français, Fonctionnement sexuel global). Ce score sommaire unifié repose sur une sélection ciblée de 12 items représentatifs des dimensions clés de la réponse sexuelle : la fréquence des rapports et activités sexuelles, le désir sexuel subjectif, l’excitation génitale et subjective, les capacités orgasmiques et érectiles, ainsi que la détresse ou les perturbations associées.
L’architecture de cotation du GSF procède par une standardisation mathématique rigoureuse : chaque réponse brute issue d’échelles polytomiques hétérogènes (allant de 5 à 9 options ordinales selon les items) est convertie en une proportion de sa valeur maximale théorique, neutralisant ainsi les artefacts de variance d’échelle. La sommation de ces 12 ratios est ensuite divisée par le nombre effectif d’items complétés (en excluant les options d’inapplicabilité telles que « n’a jamais essayé »), produisant un indice continu compris strictement entre 0 et 1. Contrairement à la majorité des échelles contemporaines, la métrique du GSF est inversée : un score plus bas reflète un fonctionnement sexuel optimal, fluide et exempt de perturbations, tandis qu’un score élevé caractérise une dysfonction sexuelle marquée ou une détresse relationnelle aiguë. Les propriétés psychométriques de cet indice composite démontrent une stabilité temporelle remarquable (fidélité test-retest comprise entre r = 0,92 et r = 0,98) et une consistance interne modérée à satisfaisante (α de Cronbach variant de 0,50 à 0,70), cohérente avec la nature composite et cliniquement formative d’un index global englobant des dimensions comportementales, physiologiques et subjectives distinctes. La validité différentielle, discriminante, convergente et la sensibilité au changement thérapeutique ont été abondamment corroborées chez des hommes et des femmes au sein de contextes urologiques, gynécologiques, oncologiques et sexothérapeutiques.
2. Mots-clés / Keywords
Fonctionnement sexuel global, Sexual History Form, SHF, évaluation psychosexuelle, sexologie clinique, dysfonction érectile, désir sexuel hypoactif, anorgasmie, psychométrie sexologique, santé sexuelle, indice composite, satisfaction relationnelle.
3. Auteurs / Authors
Le développement méthodologique et la validation psychométrique du score de Fonctionnement sexuel global (Global Sexual Functioning – GSF) pour le Sexual History Form sont le fruit d’une collaboration multicentrique menée principalement à Montréal (Québec, Canada) et complétée par des expertises cliniques nord-américaines de premier plan :
- Laura Creti, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse senior au Centre d’études sur le sommeil et les rythmes biologiques ainsi qu’au département de psychiatrie de l’Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis (SMBD-Jewish General Hospital), Montréal, Québec, Canada. Affiliée également à l’Université McGill. Adresse institutionnelle : ICFP, Jewish General Hospital, 4333 Chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal, Québec, Canada, H3T 1E4. Courriel institutionnel : [email protected].
- Catherine S. Fichten, Ph.D. : Professeure titulaire au Département de psychologie du Collège Dawson, directrice de recherche associée au SMBD-Jewish General Hospital et professeure associée au Département de psychiatrie de l’Université McGill, Montréal, Québec, Canada. Spécialiste reconnue des thérapies comportementales et cognitives et de la santé sexuelle liée au vieillissement.
- Rhonda Amsel, M.Sc. : Statisticienne et professeure adjointe au Département de psychologie de l’Université McGill, Montréal, Québec, Canada. Experte en modélisation psychométrique et en analyses quantitatives multivariées appliquées à la psychologie de la santé.
- William Brender, Ph.D. : Psychologue clinicien, rattaché au SMBD-Jewish General Hospital et professeur au Département de psychologie de l’Université Concordia, Montréal, Québec, Canada. Expert en thérapie sexologique de couple.
- Leslie R. Schover, Ph.D. : Psychologue clinicienne et sexologue pionnière, affiliated historically with The Cleveland Clinic Foundation (Cleveland, Ohio, USA) et le M.D. Anderson Cancer Center de l’Université du Texas. Co-auteure des versions révisées du Sexual History Form et théoricienne du système diagnostique multiaxial des troubles sexuels.
- Dennis Kalogeropoulos, Ph.D. : Psychologue clinicien, affilié au Département de psychologie de l’Hôpital Royal Victoria (Centre universitaire de santé McGill), Montréal, Québec, Canada. Chercheur spécialisé dans les interventions pharmacologiques et comportementales des dysfonctions érectiles.
- Eva Libman, Ph.D. : Directrice de recherche en psychologie clinique au SMBD-Jewish General Hospital et professeure associée au Département de psychiatrie de l’Université McGill, Montréal, Québec, Canada. Figure de proue des recherches longitudinales sur le vieillissement, la qualité du sommeil et l’expression sexuelle au cours du cycle de vie.
4. Objectif / Purpose
Nécessité métrologique et justification clinique
La sexualité humaine représente une expérience biopsychosociale d’une extrême complexité, où s’entremêlent des composantes neurovasculaires, endocriniennes, cognitives, interpersonnelles et culturelles. Historiquement, l’évaluation de la fonction sexuelle souffrait d’une polarisation problématique : d’une part, des entretiens cliniques qualitatifs non standardisés manquant de réplicabilité, et d’autre part, des questionnaires parcellaires ne s’intéressant qu’à un symptôme isolé (par exemple, la rigidité érectile ou la fréquence coïtale brute). Lorsque Joseph K. Nowinski et Joseph LoPiccolo ont conçu le Sexual History Form en 1979, leur objectif fondamental était de fournir aux sexothérapeutes d’orientation cognitivo-comportementale un répertoire standardisé et systématique des comportements intimes du couple. Cependant, le SHF original générait une masse d’informations hétérogènes traitées de manière segmentée, item par item. Cette granularité descriptive, bien que précieuse pour le plan de traitement individualisé en cabinet, constituait un obstacle rédhibitoire pour la recherche clinique randomisée, les études épidémiologiques et l’évaluation longitudinale de l’efficacité thérapeutique.
Face à cet écueil, l’objectif central des travaux de Laura Creti et de ses collègues (1987, 1988, 1998) a été de concevoir et valider un score sommaire unique, le Global Sexual Functioning (GSF), capable de condenser fidèlement l’état global du fonctionnement sexuel d’un individu en un seul indice normatif, continu et sensible. Le GSF vise précisément à :
- Fournir une mesure synthétique unidimensionnelle du statut sexuel global, facilitant les comparaisons intra-individuelles (pré/post-intervention) et intergroupes (sujets asymptomatiques versus cohortes présentant des pathologies chroniques).
- Préserver la validité de contenu du questionnaire source en sélectionnant un sous-ensemble parcimonieux de 12 items couvrant l’ensemble du cycle de la réponse sexuelle chez l’homme comme chez la femme.
- Standardiser les réponses issues d’échelles ordinales disparates grâce à un algorithme de transformation proportionnelle élégant et robuste.
- Offrir un outil diagnostique et de dépistage rapide (durée d’environ 15 minutes) applicable aux études médico-chirurgicales, urologiques, gynécologiques et oncologiques.
Applications dans la recherche médicale et la pratique sexologique
Le score composite GSF s’est imposé comme une métrique de choix dans des contextes cliniques où la sexualité constitue un marqueur sensible de la qualité de vie liée à la santé. Il a été employé avec succès pour quantifier les séquelles psychosexuelles d’interventions chirurgicales majeures telles que la résection transurétrale de la prostate ou la cure de hernie inguinale (Libman et al., 1989, 1991), l’hystérectomie abdominale (Weber et al., 1999), et les grossesses molaires (Petersen et al., 2005). Dans le domaine des douleurs génito-pelviennes féminines, le GSF a permis de documenter avec une grande acuité les profils de dysfonction chez les patientes souffrant de vestibulodynie provoquée ou de vaginisme, ainsi que leur rémission suite à des thérapies cognitivo-comportementales, au biofeedback électromyographique ou à la vestibulectomie (Bergeron et al., 2001 ; Desrosiers et al., 2008 ; Reissing et al., 2003). Enfin, il a servi de critère d’ancrage psychométrique pour le développement et la validation croisée d’instruments spécifiques tels que le Pelvic Organ Prolapse/Urinary Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ et PISQ-12 ; Rogers et al., 2001, 2003).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de Fonctionnement sexuel global mesuré par le GSF appréhende la sexualité sous l’angle d’une intégration fonctionnelle dynamique des compétences physiologiques, de l’appétence psychologique et de la réactivité émotionnelle. Le score ne mesure pas un trait de personnalité immuable, mais un état fonctionnel transitoire résultant de l’interaction continue entre l’intégrité biologique de l’organisme, les schémas cognitifs sexuels et la dynamique du couple. L’échelle déploie 12 items opérationnalisant cinq dimensions cardinales adaptées anatomiquement et fonctionnellement selon le genre du répondant :
1. Fréquence comportementale et activité sexuelle partagée
Cette dimension évalue l’expression manifeste des interactions érotiques au sein de la dyade. Elle est explorée par des items tels que la fréquence réelle des rapports ou activités sexuelles avec le partenaire (Item 1) et l’évaluation de la discordance avec la fréquence idéalement désirée (Item 2). En mesurant le rythme concret des interactions, cette dimension capture le niveau d’engagement comportemental du sujet dans sa vie de couple, servant de thermomètre écologique de l’intimité partagée.
2. Désir sexuel subjectif et motivationnel
Le désir sexuel représente la force motivationnelle subjective qui pousse l’individu à rechercher ou initier une expérience érotique. L’Item 6 mesure la fréquence à laquelle le répondant éprouve une appétence sexuelle spontanée, incluant l’anticipation cognitive des rapports, la planification de moments intimes ou le sentiment de frustration découlant de l’abstinence. Cette dimension permet de discriminer le désir sexuel hypoactif des simples perturbations de la performance génitale.
3. Masturbation et sexualité solitaire
La pratique auto-érotique constitue une composante fondamentale du répertoire sexuel, souvent préservée même en présence de dysfonctions relationnelles. L’Item 7 évalue la récurrence de la masturbation jusqu’à l’orgasme dans l’espace privé. Chez la femme comme chez l’homme, l’autonomie sexuelle et l’auto-stimulation fournissent des indices précieux sur le potentiel biologique orgasmique et la préservation de la libido indépendamment des conflits conjugaux.
4. Réactivité physiologique et compétences érectiles / d’excitation
Cette composante explore l’efficacité de la phase d’excitation physiologique :
- Chez l’homme : L’échelle intègre la qualité de la réponse neurovasculaire pénienne à travers les difficultés d’obtention de l’érection avant la pénétration (Item 18), le maintien de la rigidité au cours du coït (Item 19), et la fermeté moyenne de l’érection mesurée en pourcentage de turgescence complète (Item 22). L’Item 10 s’assure également de l’absence d’éjaculation prématurée survenant avant ou dès la tentative d’intromission.
- Chez la femme : L’évaluation porte sur les marqueurs physiologiques d’excitation génitale et somatique décrits à l’Item 37 (accélération ventilatoire et cardiaque, lubrification vaginale, engorgement et sensations agréables au niveau des seins et des organes génitaux) ainsi que sur la survenue de blocages anatomiques liés à une sécheresse ou une hypertonicité vulvo-vaginale (Item 29).
5. Capacité orgasmique et polyvalence des voies de déclenchement
L’orgasme est abordé sous l’angle de la flexibilité et de la fiabilité réflexe à travers divers contextes de stimulation. Chez les deux sexes, l’échelle examine l’accessibilité de l’acmé orgasmique lors de la masturbation solitaire (Item 23), lors de caresses manuelles génitales dispensées par le partenaire (Item 24), lors de la pénétration coïtale (Item 25), et par le truchement de vibromasseurs ou de stimulations mécaniques variées (Item 26). Pour la femme, s’ajoute l’exploration de l’orgasme coïtal soutenu par une stimulation clitoridienne concomitante (Item 27). Enfin, la présence ou l’absence de réactions affectives négatives telles que la peur, le dégoût, la honte ou la culpabilité durant l’acte intime (Item 16) pondère l’indice en ancrant le fonctionnement physique dans son substrat émotionnel.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du Sexual History Form et de son score global GSF s’enracine dans la convergence historique de deux cadres conceptuels majeurs : le modèle physiologique du cycle de la réponse sexuelle humaine et le paradigme des thérapies comportementales et cognitives (TCC) appliquées aux dysfonctions sexuelles.
Le modèle de la réponse sexuelle humaine de Masters & Johnson et Kaplan
Dans leurs travaux fondateurs, William H. Masters et Virginia E. Johnson (1966) ont segmenté la réactivité érotique en quatre phases séquentielles : excitation, plateau, orgasme et résolution. Ce modèle reposait sur l’observation rigoureuse de modifications vasculaires (vasocongestion pelvienne) et neuromusculaires (myotonie généralisée). Helen Singer Kaplan (1979) a enrichi cette perspective en y adjoignant la phase initiale du désir sexuel, pilotée par les centres limbiques cérébraux, érigeant ainsi le modèle triphasique (Désir – Excitation – Orgasme) qui a structuré les classifications nosographiques du DSM-III au DSM-IV (American Psychiatric Association). Le GSF s’aligne fidèlement sur cette architecture : en mesurant explicitement l’appétence (désir), les manifestations vasocongestives (érection/lubrification) et le réflexe neuromusculaire orgasmique, il s’assure qu’aucune rupture dans la cascade biopsychologique n’échappe à la quantification.
Le modèle comportemental de Nowinski & LoPiccolo et le système multiaxial de Schover
Parallèlement à la physiologie pure, Joseph LoPiccolo a révolutionné la sexologie clinique en intégrant les principes de l’apprentissage opérant, du conditionnement classique et du désensibilisement systématique de Wolpe au traitement des troubles érectiles et orgasmiques. Selon LoPiccolo, les dysfonctions sexuelles sont largement entretenues par l’anxiété de performance, l’auto-observation critique (« rôle de spectateur » ou spectatoring), le déficit d’habiletés érotiques et des cognitions dysfonctionnelles intériorisées concernant le corps ou le genre. Le Sexual History Form (Nowinski & LoPiccolo, 1979) a été spécifiquement conçu pour disséquer ces séquences comportementales au sein du couple.
Par la suite, Leslie R. Schover et ses collègues (1982) ont développé un système multiaxial orienté vers les problèmes sexuels comme alternative plus fine au DSM-III, intégrant explicitement la dimension subjective de satisfaction, les évitements comportementaux et les contextes étiologiques organiques (maladies chroniques, iatrogénie médicamenteuse, chirurgies pelviennes). L’élaboration du score de Fonctionnement sexuel global par Laura Creti et l’équipe de l’Hôpital général juif s’inscrit directement dans cette vision intégrative : condenser en un index continu et robuste la résultante finale de ces multiples axes diagnostiques, offrant ainsi aux chercheurs un reflet mathématique unifié de l’équilibre sexuel de l’individu.
7. Validité / Validity
Les études empiriques accumulées depuis la fin des années 1980 fournissent des preuves solides et convergentes attestant de l’excellence métrologique du score composite GSF chez des échantillons communautaires, cliniques et médicaux.
Validité discriminante et diagnostique
Le GSF possède une capacité remarquable à discriminer avec précision les individus sains des patients présentant des diagnostics avérés de dysfonction sexuelle :
- Cohortes masculines : Creti et al. (1987) ainsi que Kalogeropoulos (1991) ont démontré que le GSF masculin sépare nettement les hommes rapportant des troubles érectiles ou éjaculatoires de ceux présentant une sexualité épanouie. De surcroît, le score s’est révélé hautement sensible aux effets d’interventions biomédicales invasives, telles que la pharmacothérapie intracaverneuse vasoactive.
- Cohortes féminines : Creti et al. (1988) ont mis en évidence une différence hautement significative entre les femmes présentant un diagnostic clinique de dysfonction sexuelle (moyenne M = 0,68, écart-type SD = 0,17) et les femmes asymptomatiques (M = 0,49, SD = 0,14), rappelant qu’un score plus faible caractérise un niveau fonctionnel supérieur.
- Douleurs sexuelles : Reissing, Binik, Khalifé, Cohen et Amsel (2003) ont documenté des scores de GSF significativement plus altérés chez les femmes atteintes de vaginisme ou du syndrome de vestibulite vulvaire comparativement aux groupes témoins sans douleur génitale (M = 0,38).
Validité convergente et logique
Le score global présente des corrélations robustes et théoriquement congruentes avec une panoplie d’instruments validés mesurant des construits psychosexuels connexes :
- Des corrélations statistiquement significatives ont été répétitivement établies entre le GSF et des échelles évaluant la satisfaction sexuelle globale, l’harmonie conjugale, l’étendue du répertoire érotique, l’auto-efficacité sexuelle, l’intensité de la pulsion libidinale et la libéralité des attitudes sexuelles (Creti et al., 1987, 1988 ; Creti & Libman, 1989 ; Meana & Nunnink, 2006).
- Dans l’étude de Meana et Nunnink (2006) portant sur la distraction cognitive durant l’acte sexuel, le GSF était étroitement corrélé à la fréquence des fantasmes érotiques, aux expériences intimes antérieures et à l’ouverture aux attitudes sexuelles positives.
- Creti et Libman (1989) ont également démontré que le score GSF féminin est positivement corrélé aux attentes d’efficacité sexuelle que la femme formule à l’égard de son partenaire masculin.
Sensibilité au changement et validité de critère
La réactivité de l’instrument aux modifications induites par les traitements psychothérapeutiques et chirurgicaux a été attestée par plusieurs essais longitudinaux. Bergeron et al. (2001) ont démontré une amélioration statistiquement significative des scores de GSF entre la fin d’un protocole de traitement et le suivi à 6 mois chez des patientes traitées pour dyspareunie par thérapie cognitivo-comportementale de groupe, biofeedback électromyographique ou vestibulectomie. Enfin, le GSF a servi de gold standard pour établir la validité de critère du Pelvic Organ Prolapse-Urinary Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ et PISQ-12) en uro-gynécologie (Rogers et al., 2001, 2003).
8. Fidélité / Reliability
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La reproductibilité temporelle du score composite de Fonctionnement sexuel global est l’une de ses caractéristiques psychométriques les plus remarquables. Dans les études princeps de validation auprès de populations adultes non cliniques et cliniques, les coefficients de corrélation test-retest ont oscillé entre r = 0,92 (Creti et al., 1988) et r = 0,98 (Libman et al., 1989) sur des intervalles temporels standard de deux à quatre semaines. Cette stabilité exceptionnelle confirme que, malgré les fluctuations quotidiennes inhérentes à l’activité intime, la métrique capture un état fonctionnel sous-jacent extrêmement stable en l’absence d’interventions ciblées ou de modifications majeures de l’état de santé.
Consistance interne
Les analyses de consistance interne ont rapporté des coefficients alpha de Cronbach compris entre α = 0,50 et α = 0,70 (Creti et al., 1988). Bien que de telles valeurs puissent sembler modestes au regard des standards conventionnels appliqués aux tests de personnalité purement réflectifs, elles sont parfaitement adéquates et attendues pour un index composite clinique formateur. En psychométrie médicale, le fonctionnement sexuel global n’est pas une entité latente pure causant uniformément chaque symptôme, mais une résultante causale agrégée où des composantes distinctes (par exemple, le désir subjectif et la lubrification mécanique ou la rigidité érectile) peuvent covarier modérément sans être redondantes. Une consistance interne excessivement élevée témoignerait d’une redondance d’items au détriment de la couverture panoptique du construit.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Lors de la conception initiale du Sexual History Form par Nowinski et LoPiccolo (1979) et de ses adaptations ultérieures par Schover et al. (1982), des analyses factorielles exploratoires (AFE) menées sur l’ensemble du bassin de 46 items ont systématiquement mis en lumière une structure multifactorielle complexe. Les facteurs extraits reflétaient fidèlement les dimensions cliniques distinctes : la fréquence comportementale, le désir et l’anticipation, les dysfonctions d’érection et d’éjaculation, l’inhibition orgasmique féminine, l’évitement émotionnel et la douleur génito-pelvienne.
L’innovation méthodologique introduite par Creti, Fichten, Libman et leurs collaborateurs (1987, 1988, 1998) a consisté à transcender le morcellement multidimensionnel en sélectionnant, sur la base d’analyses d’items rigoureuses et d’arbres décisionnels cliniques, un vecteur de 12 items représentatifs possédant les saturations factorielles les plus homogènes sur un facteur général de second ordre, opérationnalisé sous la forme du score unifié GSF. Dans ce modèle hiérarchique, les 12 items sélectionnés fonctionnent comme des indicateurs sentinelles de la réponse sexuelle globale. Les analyses en composantes principales menées séparément sur les sous-échelles masculine et féminine confirment qu’un facteur dominant de fonctionnement global rend compte d’une part substantielle de la variance totale des 12 items retenus, justifiant pleinement leur aggrégation mathématique en un score composite unique tout en préservant la spécificité biologique propre à chaque sexe.
10. Instrument de mesure / Instrument
Caractéristiques formelles
- Nom complet de l’instrument : Sexual History Form – Global Sexual Functioning Score (SHF-GSF)
- Nom en français : Formulaire d’Histoire Sexuelle – Score de Fonctionnement Sexuel Global
- Type de passation : Auto-questionnaire individuel (papier-crayon ou informatisé), complété de manière strictement confidentielle et autonome par chaque membre du couple.
- Nombre d’items totaux : 46 items à choix multiples dans la version complète du SHF révisé ; 12 items spécifiques sont extraits pour le calcul du score composite GSF (adaptés pour les hommes et pour les femmes).
- Durée moyenne de passation : Environ 15 minutes pour l’ensemble du questionnaire.
- Structure des échelles de réponse : Formats polytomiques ordinaux variant selon la nature de la question (échelles de 5, 6, 7 ou 9 modalités d’ancrage avec descripteurs verbaux explicites).
Algorithme de cotation mathématique du GSF
Le calcul du score de Fonctionnement sexuel global s’effectue en trois étapes algorithmiques rigoureuses :
- Conversion proportionnelle : Pour chacun des 12 items retenus, la note brute sélectionnée par le répondant est divisée par la valeur maximale possible de l’échelle de cet item (par exemple, si à l’Item 1, noté de 1 à 9, le sujet coche l’option 4, le score proportionnel équivaut à 4 / 9 = 0,444).
- Sommation des ratios : Les 12 proportions individuelles sont additionnées.
- Moyennage et neutralisation des non-réponses : La somme obtenue est divisée par le nombre effectif d’items considérés comme valides. Pour les questions portant sur la capacité orgasmique via différentes stimulations (marquées d’un astérisque : items 23, 24, 25, 26 chez l’homme ; items 23, 24, 25, 26, 27 chez la femme), la modalité de réponse « 6 » correspond à « N’a jamais essayé ». Cette réponse est conventionnellement traitée comme une donnée manquante : l’item est exclu de la sommation et le dénominateur est ajusté en conséquence (par exemple, division par 11 ou 10 au lieu de 12).
Items utilisés pour le calcul du score sommaire (Tableau 1 de référence)
| Sexe | Numéro de l’item | Diviseur (valeur max) | Domaine clinique investigué |
|---|---|---|---|
| Hommes (12 items) | Item 1 | 9 | Fréquence réelle des rapports / activités sexuelles |
| Item 2 | 9 | Fréquence souhaitée des activités sexuelles | |
| Item 6 | 9 | Fréquence du désir sexuel spontané | |
| Item 7 | 9 | Fréquence de la masturbation solitaire | |
| Item 10 | 6 | Orgasme survenant avant ou pendant l’intromission | |
| Item 16 | 5 | Niveau d’excitation sexuelle subjective éprouvée | |
| Item 18 | 6 | Difficulté à obtenir une érection avant coït | |
| Item 19 | 6 | Difficulté à maintenir l’érection durant le coït | |
| Item 22 | 6 | Degré moyen de rigidité érectile (%) | |
| Item 23* | 5 | Orgasme possible par masturbation solitaire | |
| Item 24* | 5 | Orgasme par caresses génitales du partenaire | |
| Item 25* | 5 | Orgasme possible lors du coït vaginal | |
| Femmes (12 items) | Item 1 | 9 | Fréquence réelle des rapports / activités sexuelles |
| Item 2 | 9 | Fréquence souhaitée des activités sexuelles | |
| Item 6 | 9 | Fréquence du désir sexuel spontané | |
| Item 7 | 9 | Fréquence de la masturbation solitaire | |
| Item 16 | 5 | Niveau d’excitation sexuelle subjective éprouvée | |
| Item 23* | 5 | Orgasme possible par masturbation solitaire | |
| Item 24* | 5 | Orgasme par caresses génitales du partenaire | |
| Item 25* | 5 | Orgasme possible lors du coït vaginal | |
| Item 26* | 5 | Orgasme par vibration ou stimulation mécanique | |
| Item 27* | 5 | Orgasme coïtal avec caresse clitoridienne simultanée | |
| Item 29 | 6 | Sécheresse ou resserrement empêchant le coït | |
| Item 37* | 5 | Signes physiques d’excitation (lubrification, etc.) |
Note métrologique : Le score composite résultant est strictement compris entre 0,00 et 1,00. Un score plus faible indique un niveau supérieur de fonctionnement sexuel. En pratique de recherche, en l’absence de tables normatives standardisées par percentiles, les auteurs préconisent une classification par scission médiane (median split) ou par scission sur la moyenne de l’échantillon d’étude.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Historique et versions
Le questionnaire matriciel initial (Sexual History Form à 28 items) a été formalisé en 1979 par Joseph K. Nowinski et Joseph LoPiccolo. Sa version étendue à 46 items a été restructurée dans les années 1980 sous la supervision de Leslie R. Schover (Schover et al., 1982 ; Schover & Jensen, 1988). L’algorithme du score de Global Sexual Functioning (GSF) a été présenté lors de conférences scientifiques en 1987 et 1988, avant sa publication exhaustive dans le recueil de référence Handbook of Sexuality-Related Measures en 1998 (Creti et al., 1998).
Conditions d’utilisation et droits de reproduction
Le Sexual History Form et l’algorithme de cotation du GSF relèvent du domaine de la recherche académique ouverte. Conformément aux publications originales et aux accords éditoriaux de Sage Publications et des détenteurs des droits :
- Tarifs : L’utilisation du questionnaire et de son algorithme de calcul est gratuite pour les chercheurs universitaires, les résidents hospitaliers et les cliniciens dans le cadre d’études non commerciales ou de prises en charge thérapeutiques individuelles.
- Permissions : Aucune redevance n’est exigée pour la reproduction du questionnaire à des fins de recherche académique. Toutefois, la citation explicite de l’article source de Creti et al. (1998) ainsi que des travaux fondateurs de Nowinski et LoPiccolo (1979) est rigoureusement obligatoire dans toute publication ou présentation de données.
- Adaptations linguistiques : La version à 28 items a fait l’objet d’une adaptation officielle en langue française sous le titre de Formulaire d’Histoire Sexuelle (Creti et al., 1998) ainsi que d’une validation en langue espagnole (Ávila Escribano et al., 2004). Pour tout projet d’adaptation transculturelle informatisée ou de réédition commerciale, une autorisation écrite doit être sollicitée auprès des auteurs correspondants.
12. Références / References
- Ávila Escribano, J. J., Perez Madruga, A., Olazabal Ulacia, J. C., & Lopez Fidalgo, J. (2004). Disfunciones sexuales en el alcoholismo. Adicciones, 16(4), 287–294. https://doi.org/10.20882/adicciones.399
- Bergeron, S., Binik, Y. M., Khalifé, S., Pagidas, A., Glazer, H. I., Meana, M., & Amsel, R. (2001). A randomized comparison of group cognitive-behavioral therapy, surface electromyographic biofeedback, and vestibulectomy in the treatment of dyspareunia resulting from vulvar vestibulitis. Pain, 91(3), 297–306. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(00)00449-8
- Brown, R., Balousek, S., Mundt, M., & Fleming, M. (2005). Methadone maintenance and male sexual dysfunction. Journal of Addictive Diseases, 24(2), 91–106. https://doi.org/10.1300/J069v24n02_08
- Creti, L., Fichten, C. S., Amsel, R., Brender, W., Schover, L. R., Kalogeropoulos, D., & Libman, E. (1998). Global sexual functioning: A single summary score for Nowinski and LoPiccolo’s Sexual History Form (SHF). In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 261–267). Thousand Oaks, CA: Sage Publications.
- Creti, L., Fichten, C. S., Libman, E., Amsel, R., & Brender, W. (1988, June). Female sexual functioning: A global score for Nowinski and LoPiccolo’s Sexual History Form. Paper presented at the 49th Annual Convention of the Canadian Psychological Association, Montreal, Quebec, Canada. [Abstracted in Canadian Psychology / Psychologie canadienne, 29(2a), Abstract 164].
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