1. Résumé / Abstract
L’Évaluation des comportements à risque (connue sous l’acronyme anglophone Risk Behavior Assessment ou RBA) constitue un protocole d’entretien standardisé semi-structuré majeur dans le champ de la psychométrie appliquée aux addictions et à l’épidémiologie comportementale des maladies infectieuses, en particulier l’infection par le Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH), le virus de l’hépatite C (VHC), l’hépatite B (VHB) et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST). Développé sous l’égide du National Institute on Drug Abuse (NIDA) dans le cadre de l’accord coopératif pour la recherche communautaire sur le VIH/SIDA (NIDA Cooperative Agreement for HIV/AIDS Community-Based Outreach/Intervention Research), cet instrument a été conçu par une équipe de chercheurs de premier plan, notamment Dennis G. Fisher, Mark E. Johnson, Lucy E. Napper et Grace L. Reynolds.
Le RBA permet de recueillir des données auto-rapportées longitudinales et transversales hautement granulaires sur les pratiques individuelles associées à la transmission virale. L’évaluation couvre un spectre multidimensionnel englobant les données sociodémographiques, la trajectoire d’hébergement et la précarité (itinérance), la consommation précise de substances psychoactives au cours des 30 derniers jours et des 48 dernières heures, l’historique de traitement de la toxicomanie, les comportements d’injection de drogues par voie intraveineuse et le partage de matériel de consommation (seringues, cotons, récipients de préparation dits « cookers », eau de rinçage), les comportements sexuels à risque déclinés selon l’orientation et les pratiques spécifiques (vaginales, anales, orales, avec ou sans préservatif), le commerce du sexe (échange de rapports sexuels contre de l’argent ou des substances), ainsi que les antécédents médicaux et l’accès au dépistage.
L’administration, réalisée en face-à-face par un enquêteur formé, dure entre 18 et 60 minutes. Les formats de réponse combinent des comptages fréquentiels objectifs (nombre de jours, nombre d’épisodes au cours des dernières 48 heures ou 30 derniers jours), des variables dichotomiques (Oui/Non) et des catégorisations qualitatives fines. Sur le plan psychométrique, le RBA a fait l’objet de rigoureuses évaluations de fidélité test-retest à 48 heures, démontrant des coefficients de concordance substantiels pour la majorité des variables comportementales (allant jusqu’à 0,92 pour le nombre de partenaires sexuels), ainsi qu’une validité de critère robuste établie par triangulation biologique (analyses urinaires toxicologiques et dépistages sérologiques du VIH, de la syphilis et des hépatites virales).
2. Mots-clés / Keywords
Évaluation des comportements à risque, Risk Behavior Assessment, RBA, VIH/SIDA, usage de drogues injectables, comportements sexuels à risque, réduction des risques, psychométrie comportementale, fidélité test-retest, validité de critère, NIDA, épidémiologie des addictions, partage de seringues, infections sexuellement transmissibles.
3. Auteurs / Authors
L’instrument Risk Behavior Assessment (RBA) a été élaboré sous la direction scientifique de la Division de recherche communautaire du National Institute on Drug Abuse (NIDA) en collaboration étroite avec les investigateurs principaux du consortium de recherche communautaire sur les interventions préventives relatives au VIH/SIDA (Cooperative Agreement). Les principaux auteurs et contributeurs ayant formalisé ses propriétés psychométriques et ses versions standardisées sont :
- Dennis G. Fisher, Ph.D. : Professeur émérite et directeur du Center for Behavioral Research and Services (CBRS), California State University, Long Beach (CSULB), Long Beach, Californie, États-Unis. Correspondance académique : [email protected].
- Lucy E. Napper, Ph.D. : Chercheuse associée au Center for Behavioral Research and Services, California State University, Long Beach ; professeure agrégée au département de psychologie de l’Université Lehigh, Pennsylvanie, États-Unis. Spécialiste de la modélisation des comportements de santé et de l’usage d’amphétamines.
- Grace L. Reynolds, Ph.D. : Professeure et directrice de recherche en épidémiologie comportementale, California State University, Long Beach, États-Unis. Spécialiste des infections transmissibles et des disparités d’accès aux soins de santé.
- Mark E. Johnson, Ph.D. : Professeur de psychologie au Department of Psychology, Université d’Alaska à Anchorage (UAA), Anchorage, Alaska, États-Unis. Expert reconnu de la fidélité des déclarations des consommateurs de substances en milieu non clinique.
- Richard H. Needle, Ph.D., M.P.H. : Épidémiologiste en chef, anciennement rattaché à la Community Research Branch du NIDA, Bethesda, Maryland, États-Unis, ayant coordonné l’harmonisation multicentrique initiale de l’accord coopératif.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Évaluation des comportements à risque est de fournir une mesure standardisée, hautement fidèle et empiriquement validée des comportements individuels exposant directement les individus au risque d’infection ou de transmission du VIH, du VHC et d’autres pathogènes hématogènes ou sexuellement transmissibles. Conçu spécifiquement pour être déployé auprès de populations vulnérables et marginalisées, souvent non engagées dans des dispositifs de soins institutionnels traditionnels (notamment les personnes utilisant des drogues par voie intraveineuse recrutées dans la rue et les consommateurs réguliers de crack ou de cocaïne), le RBA répond à un double impératif de surveillance épidémiologique et d’évaluation d’impact des interventions préventives communautaires.
Sur le plan de la recherche interventionnelle, l’instrument a été structuré pour constituer la mesure de référence (baseline) d’un dispositif d’évaluation plus large complété par le Risk Behavior Follow-up Assessment (RBFA), disponible en versions de suivi à 3 mois et à 6 mois. Cette architecture permet aux chercheurs de mesurer avec une précision quantitative rigoureuse l’effet des programmes de sensibilisation (outreach programs), des interventions de réduction des méfaits (réduction des risques), de la distribution de matériel d’injection stérile, des programmes de distribution de préservatifs et des thérapies cognitivo-comportementales de motivation sur la modification effective des pratiques de transmission virale.
Dans la pratique clinique et communautaire, le RBA permet d’établir un profil de vulnérabilité exhaustif de l’usager. Contrairement aux échelles psychométriques globales reposant sur des traits de personnalité ou des attitudes générales, le RBA isole des comportements opératoires concrets ancrés dans des fenêtres temporelles délimitées : les 30 derniers jours précédant l’entretien, ainsi que les 48 dernières heures. Cette délimitation permet d’éviter les biais de mémoire à long terme tout en capturant à la fois les tendances moyennes mensuelles et l’acuité immédiate des comportements de prise de risque. L’instrument permet d’objectiver précisément les dynamiques d’injection (fréquence quotidienne, techniques d’injection, réutilisation de matériel usagé, protocoles de désinfection à l’eau de javel) et les dynamiques relationnelles et sexuelles (recours au préservatif lors des rapports vaginaux, anaux ou oraux, multipartenariat, sexe transactionnel).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique et comportemental ciblé par le RBA ne correspond pas à un trait latent abstrait unidimensionnel (comme l’anxiété ou l’extraversion), mais constitue un réseau complexe de conduites motrices et d’interactions sociales opérationnalisé sous la forme d’un construit composite : la prise de risque comportementale liée aux agents infectieux transmissibles. Ce construit est articulé autour de plusieurs dimensions empiriques et écologiques distinctes :
5.1. Comportements d’injection et réutilisation de matériel contaminé
Cette dimension capture la transmission hématogène directe. Elle mesure l’initiation aux substances par voie parentérale (âge lors de la première injection), la chronicité de la pratique (nombre de jours d’injection au cours du dernier mois), l’intensité journalière (fréquence moyenne d’injections quotidiennes) et, de manière critique, les comportements de partage direct et indirect. Le partage direct fait référence à l’utilisation d’une aiguille ou d’une seringue préalablement employée par autrui, au nombre de personnes impliquées dans ce partage et à la nature relationnelle de ces individus (partenaires sexuels versus pairs de consommation). Le partage indirect englobe les pratiques collectives de préparation de la solution injectable : partage du récipient de cuisson (cooker), du filtre en coton (qui retient des micro-gouttes de sang résiduel) et de l’eau de rinçage, ainsi que les contextes de consommation en lieu collectif informel (shooting galleries).
5.2. Comportements sexuels à risque de transmission
Le construit sexuel est décliné selon l’anatomie des pratiques et le statut sérologique supposé ou avéré des partenaires. Il quantifie le volume global d’activité sexuelle (nombre de jours avec rapports, nombre de partenaires différents sur 30 jours), la proportion de partenaires susceptibles de s’injecter des drogues, et catégorise distinctement les actes : rapports vaginaux (pénis dans le vagin), oraux (fellation, cunnilingus) et anaux (pénis dans l’anus). Pour chaque typologie d’acte, le RBA évalue systématiquement le ratio d’utilisation de barrières de protection physique (préservatifs en latex, digues dentaires). Cette granularité permet de différencier le risque lié au statut réceptif ou insertif dans les relations homosexuelles, hétérosexuelles et bisexuelles.
5.3. Interactions substances-sexualité et transactionalité
Ce volet conceptualise la synergie entre désinhibition pharmacologique et prise de risque sexuelle. Il mesure la fréquence de consommation concomitante de substances psychoactives (alcool, crack, cocaïne, héroïne, amphétamines, mélanges de type speedball) immédiatement avant ou pendant l’activité sexuelle. Parallèlement, la dimension de l’économie de survie et du sexe transactionnel est investiguée par l’évaluation des fréquences de troc de relations sexuelles contre de l’argent ou des drogues, un facteur identifié comme dégradant drastiquement le pouvoir de négociation du port du préservatif.
5.4. Déterminants environnementaux, économiques et comorbidités
Le construit intègre enfin les contraintes socio-économiques pesant sur la vulnérabilité comportementale : le niveau d’instruction, la stabilité résidentielle (situation de logement, nombre de jours passés sans domicile fixe au cours du dernier mois), les sources de revenus licites et illicites, ainsi que l’accès historique aux diagnostics et aux traitements médicaux (dépistage antérieur du VIH, connaissance du statut sérologique, antécédents d’infections sexuellement transmissibles comme la syphilis ou la gonorrhée, et tuberculose).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Évaluation des comportements à risque s’enracine dans la convergence de plusieurs modèles majeurs de la psychologie de la santé, de la psychologie sociale cognitiviste et de l’épidémiologie critique :
6.1. La Théorie Sociale Cognitive d’Albert Bandura
La théorie sociale cognitive formulée par Albert Bandura postule l’existence d’un déterminisme réciproque triadique régissant les interactions entre l’individu (ses cognitions, ses représentations), son environnement écologique et ses comportements effectifs. Dans le cadre du RBA, la mesure s’intéresse à la manifestation concrète des compétences d’auto-régulation et du sentiment d’auto-efficacité face aux contextes hautement pourvoyeurs de risques. L’exposition à des environnements délétères (rues, galeries d’injection) influence l’accès aux matériels stériles et altère la capacité individuelle à négocier les pratiques sécurisées, ce que le questionnaire opérationnalise via des indicateurs comportementaux objectifs.
6.2. Le modèle Information-Motivation-Compétences Comportementales (IMB)
Développé par Jeffrey D. Fisher et William A. Fisher au début des années 1990 pour modéliser la prévention du VIH, le modèle Information-Motivation-Behavioral Skills (IMB) soutient que la réduction effective des risques exige trois composantes : la détention d’informations précises et applicables sur la transmission, une motivation personnelle et sociale à agir, et la maîtrise technique et interpersonnelle de compétences comportementales adaptées (savoir nettoyer une seringue à l’eau de javel, manipuler un préservatif, négocier le refus d’une pénétration non protégée). Le RBA sert de thermomètre empirique des compétences comportementales réelles déployées par l’individu dans son milieu de vie quotidien.
6.3. Le paradigme de la Réduction des Risques et des Dommages
Contrairement aux modèles traditionnels fondés sur l’abstinence absolue, le cadre théorique du RBA repose sur l’approche de la réduction des méfaits initiée par des chercheurs et cliniciens pionniers de la santé publique (tels que Alex Wodak et Gerry Stimson). Ce paradigme appréhende le comportement de consommation non pas comme un statut moral binaire, mais comme un continuum d’exposition aux pathogènes. Une personne continuant à s’injecter quotidiennement des opiacés mais adoptant l’utilisation systématique de seringues stériles à usage unique et désinfectant ses accessoires réduit drastiquement son risque létal sans pour autant être abstinente. Le RBA a été spécialement instrumenté pour capturer ces micro-changements comportementaux graduels.
6.4. La théorie des Syndémies
Conceptualisée par Merrill Singer à la fin des années 1990, la théorie syndémique pose que l’épidémie de VIH au sein des populations défavorisées ne se développe pas de manière isolée, mais en interaction synergique avec la toxicomanie, la violence structurelle, l’itinérance, la pauvreté et les comorbidités infectieuses (hépatites, tuberculose). La structure multifactorielle du RBA — intégrant les sections sociodémographiques, légales, économiques et médicales — reflète fidèlement cette interconnexion syndémique où la marginalité socio-économique alimente directement l’engagement dans les pratiques de partage et de transactionalité sexuelle.
7. Validité / Validity
L’établissement de la validité de l’Évaluation des comportements à risque a constitué un défi méthodologique majeur, en raison de la nature socialement stigmatisée, illégale et clandestine des comportements investigués. Le programme d’évaluation psychométrique du NIDA a procédé à de multiples investigations empiriques pour démontrer la robustesse du protocole :
7.1. Validité de critère et confrontation biologique
La validité de critère du RBA a été établie par la méthode de triangulation multi-méthodes, confrontant les auto-déclarations comportementales des participants à des marqueurs biologiques objectifs recueillis en aveugle :
- Consommation de drogues et analyses urinaires : Dans l’étude princeps de Weatherby et al. (1994) ainsi que dans celle de Dowling-Guyer et al. (1994), les déclarations des participants concernant leur consommation de cocaïne, d’opiacés ou d’amphétamines au cours des dernières 48 heures (Section D) ont été croisées avec des analyses urinaires toxicologiques par chromatographie et immunoessais. Les résultats ont mis en évidence un taux de concordance remarquable, supérieur à 80-85 %, contredisant le postulat historique selon lequel les usagers de drogues de rue fourniraient des rapports systématiquement erronés ou biaisés par la désirabilité sociale.
- Sérologie des hépatites virales : Schlicting et al. (2003) et Fisher et al. (1999) ont évalué la validité des déclarations d’infections par l’hépatite A, B et C auprès d’injecteurs de drogues en confrontant leurs réponses aux tests sérologiques réels d’anticorps et d’antigènes. Les résultats indiquent une sensibilité et une spécificité élevées chez les personnes ayant déjà bénéficié d’un suivi médical formel.
- Dépistage du VIH et de la syphilis : Fisher, Reynolds, Jaffe et Johnson (2007) ont démontré une excellente validité concomitante des déclarations relatives au dépistage du VIH et aux résultats sérologiques réels. De même, Fisher, Reynolds, Creekmur, Johnson et Deaugustine (2007) ont confirmé la validité critériée des auto-déclarations relatives aux antécédents d’infection par la syphilis (Section H) via la confirmation par tests sérologiques RPR/TPHA.
7.2. Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de l’instrument est étayée par la cohérence interne des profils comportementaux observés : les scores de précarité résidentielle (jours d’itinérance) et de dépendance économique aux activités illégales sont significativement corrélés avec une fréquence accrue d’injections quotidiennes, des taux plus élevés de fréquentation de galeries d’injection, et une participation accrue au sexe transactionnel (Johnson, Fisher, & Reynolds, 1999 ; Klahn et al., 2004). De plus, l’examen des pratiques de désinfection et de non-partage converge avec les scores d’exposition aux programmes d’échange de seringues, attestant de la sensibilité de l’instrument aux variations environnementales réelles.
8. Fidélité / Reliability
Étant donné que le RBA mesure des comportements factuels événementiels et non une variable psychologique stable dans le temps, la fidélité a été évaluée au moyen d’un protocole standardisé de test-retest à court intervalle (48 heures). Cet intervalle de 48 heures est particulièrement rigoureux : il est suffisamment court pour que les comportements des 30 derniers jours n’aient pas matériellement changé, et suffisamment long pour limiter les effets de simple mémorisation mécanique des réponses.
8.1. Fidélité test-retest des comportements sexuels
Dans l’évaluation psychométrique de référence conduite par Dowling-Guyer, Johnson, Fisher et Needle (1994) sur une version révisée de l’instrument, les coefficients de corrélation intraclasse et de Pearson pour les variables sexuelles ont affiché une grande amplitude mais une stabilité globale satisfaisante :
- Le coefficient de corrélation le plus élevé a été observé pour le nombre de partenaires sexuels différents au cours des 30 derniers jours, atteignant r = 0,92.
- Quatre items majeurs de prise de risque sexuelle ont présenté des coefficients de fidélité strictement supérieurs à 0,80.
- Quatre items ont présenté des coefficients compris entre 0,70 et 0,79.
- Deux items se sont situés entre 0,60 et 0,69, deux entre 0,40 et 0,59, et deux au-dessus de 0,30.
- Le coefficient le plus faible a été relevé chez les hommes pour la déclaration des rapports oraux (cunnilingus) avec protection de barrière (latex), affichant un modeste r = 0,07, reflétant l’extrême rareté et l’irrégularité de cette pratique dans l’échantillon.
8.2. Fidélité des variables de consommation et de suivi (RBFA)
Les études initiales de Needle et al. (1995) et Weatherby et al. (1994) ont confirmé des indices de fidélité modérés à élevés pour les fréquences d’usage de substances et les pratiques d’injection. Les révisions ultérieures ont corrigé les ambiguïtés sémantiques initiales relatives au partage de seringues, augmentant notablement la concordance test-retest. Edwards et al. (2007) ont documenté une excellente stabilité temporelle pour les déclarations relatives aux antécédents d’admission en cure de désintoxication. Par ailleurs, lors de l’administration du protocole de suivi Risk Behavior Follow-up Assessment (RBFA) à 6 mois, Johnson et al. (2000) ont mis en évidence des corrélations test-retest à 48 heures s’échelonnant de 0,57 pour le nombre de partenaires sexuels s’injectant des drogues jusqu’à 0,87 pour la déclaration masculine de la fréquence des rapports vaginaux.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La nature même de l’Évaluation des comportements à risque (RBA) impose une distinction épistémologique et psychométrique essentielle quant à l’application de l’analyse factorielle classique. Contrairement à une échelle d’attitudes de type Likert où les items sont conçus comme les manifestations réflexives interchangeables d’un trait latent unique sous-jacent (modèle réflexif de mesure gouverné par le calcul de l’alpha de Cronbach), le RBA fonctionne principalement selon un modèle d’indicateurs formatifs ou d’inventaire épidémiologique composite. Les comportements mesurés (consommer du crack, s’injecter de l’héroïne, avoir des rapports anaux non protégés) constituent eux-mêmes le risque d’infection, sans présupposer qu’un individu pratiquant l’un s’engage obligatoirement dans tous les autres.
9.1. Structures dimensionnelles et Analyses en Classes Latentes (LCA)
Lorsque des méthodes de réduction factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) ont été appliquées aux sous-ensembles continus et ordonnés du RBA, la littérature empirique a systématiquement dégagé une partition structurelle robuste en deux macro-facteurs distincts, orthogonaux ou modérément corrélés :
- Le facteur de risque parentéral/hématogène : regroupant les saturations élevées des items d’injection intraveineuse, de fréquence journalière d’utilisation de seringues, de réutilisation d’aiguilles contaminées et de partage de matériel périphérique (cotons, récipients).
- Le facteur de risque sexuel : regroupant le nombre global de partenaires, la fréquence de rapports non protégés par préservatif (vaginaux et anaux) et les conduites de sexe transactionnel.
De nombreux investigateurs du réseau NIDA ont privilégié les approches par analyse de classes latentes (Latent Class Analysis – LCA) pour modéliser les typologies de consommateurs. Ces analyses ont permis d’isoler des profils cliniques nettement contrastés : (a) une classe à prédominance de risque par injection pure sans multipartenariat sexuel, (b) une classe à haut risque combiné (consommateurs injecteurs et poly-partenaires sexuels désinhibés par les stimulants), et (c) une classe de consommateurs non-injecteurs (fumeurs de crack) présentant un profil de risque presque exclusivement médié par les transactions sexuelles et l’absence de préservatif.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom officiel de l’instrument : Risk Behavior Assessment (RBA) — Évaluation des comportements à risque.
- Instruments complémentaires associés : Risk Behavior Follow-up Assessment (RBFA), disponible en versions d’évaluation post-interventionnelle à 3 mois et à 6 mois.
- Format d’administration : Entretien individuel standardisé semi-structuré administré en face-à-face par un enquêteur formé. Comprend des algorithmes de branchement logique conditionnels (skip patterns) optimisant la fluidité de la passation.
- Durée moyenne de passation : Variable selon le profil du répondant et les branchements conditionnels, comprise entre 18 minutes (non-consommateurs de drogues injectables, partenaires uniques) et 60 minutes (poly-consommateurs injecteurs actifs engagés dans le sexe transactionnel).
- Nombre total d’items : L’inventaire complet comprend plusieurs sections modulaires structurées (Sections P, A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K). L’échantillon d’items standardisés représenté comprend 46 items fondamentaux retraçant l’ensemble des axes d’exposition virale.
- Échelle et format de réponse : Mixed formats including frequency counts (number of times / days in the past 30 days / 48 hours), binary choices (Yes / No), categorical classifications (e.g., drug type, relationship type), and categorical ratings of condom use (Always, Sometimes, Never). Des codes réservés universels sont appliqués pour le traitement informatique des données manquantes : Ne sait pas / Incertain (ex. 77 ou 777), Refus de répondre (ex. 88 ou 888), Non applicable / Saut conditionnel (ex. 99 ou 999), Non applicable structurel (ex. 666).
- Cotation et scoring : As all items are self-report of behavior, no scoring is required. Composite risk scores and individual behavioral frequency metrics are derived for drug-related risk (e.g., injection frequency, needle sharing, cooker/cotton reuse) and sexual risk (e.g., unprotected vaginal/anal/oral sex, number of partners, trading sex for drugs or money).
- Saisie et traitement informatisé : Le programme dédié NOVA-DE génère des fichiers informatiques bruts au format ASCII, convertibles de manière automatisée en jeux de données permanents pré-étiquetés pour les progiciels statistiques SAS ou SPSS (fichiers
.SAV).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’élaboration initiale : Début des années 1990 (environ 1991), avec des versions révisées majeures stabilisées publiées entre 1994 et 1995.
- Statut juridique et licence : Domaine public (Public Domain). Développé grâce à des fonds fédéraux alloués par le National Institute on Drug Abuse (NIDA), l’instrument n’est soumis à aucun droit d’auteur commercial restrictif ni paiement de redevance.
- Coût d’utilisation : Gratuit pour la recherche clinique, épidémiologique, universitaire et l’usage d’évaluation communautaire.
- Accès aux protocoles originaux : Les questionnaires complets annotés, les manuels d’instructions aux enquêteurs et les protocoles de saisie sont conservés et mis à disposition par l’Inter-University Consortium for Political and Social Research (ICPSR) au sein de la Substance Abuse and Mental Health Data Archive (SAMHDA) hébergée par l’Université du Michigan (Archive SAMHDA ICPSR).
12. Références / References
Les publications scientifiques suivantes attestent des fondements psychométriques, de la fidélité, de la validité et des applications cliniques de l’Évaluation des comportements à risque (RBA) et de sa version de suivi (RBFA) :
- Dowling-Guyer, S., Johnson, M. E., Fisher, D. G., & Needle, R. (1994). Reliability of drug users’ self-reported HIV risk behaviors and validity of self-reported recent drug use. Assessment, 1(4), 383–392. https://doi.org/10.1177/107319119400100407
- Edwards, J. W., Fisher, D. G., Johnson, M. E., Reynolds, G. L., & Redpath, D. P. (2007). Test-retest reliability of self-reported drug treatment variables. Journal of Substance Abuse Treatment, 33(1), 7–11. https://doi.org/10.1016/j.jsat.2006.11.003
- Fisher, D. G., Kuhrt-Hunstiger, T. I., Orr, S. M., & Davis, D. C. (1999). Hepatitis B validity of drug users’ self-report. Psychology of Addictive Behaviors, 13(1), 33–38. https://doi.org/10.1037/0893-164X.13.1.33
- Fisher, D. G., Reynolds, G. L., Creekmur, B., Johnson, M. E., & Deaugustine, N. (2007). Reliability and criterion-related validity of self-report of syphilis. Sexually Transmitted Diseases, 34(6), 389–391. https://doi.org/10.1097/01.olq.0000243621.57906.59
- Fisher, D. G., Reynolds, G. L., Jaffe, A., & Johnson, M. E. (2007). Reliability, sensitivity and specificity of self-report of HIV test results. AIDS Care, 19(5), 692–696. https://doi.org/10.1080/09540120601087848
- Johnson, M. E., Fisher, D. G., Montoya, I., Booth, R., Rhodes, F., Andersen, M., & Williams, M. L. (2000). Reliability and validity of not-in-treatment drug users’ follow-up self-reports. AIDS and Behavior, 4(4), 373–380. https://doi.org/10.1023/A:1026410427845
- Johnson, M. E., Fisher, D. G., & Reynolds, G. L. (1999). Reliability of drug users’ self-report of economic variables. Addiction Research, 7(3), 227–238. https://doi.org/10.3109/16066359909004386
- Johnson, M. E., Pratt, D. K., Neal, D. B., & Fisher, D. G. (2009). Drug users’ test-retest reliability of self-reported alcohol use on the Risk Behavior Assessment. Substance Use & Misuse, 44(8), 1083–1094. https://doi.org/10.1080/10826080802495147
- Klahn, J. A., Fisher, D. G., Wood, M. M., Reynolds, G. L., & Johnson, M. E. (2004). Homelessness among out-of-treatment drug users in Long Beach, CA. Journal of Social Distress and the Homeless, 13(3-4), 345–368. https://doi.org/10.1023/B:JODS.0000046637.26252.ef
- Napper, L. E., Fisher, D. G., Johnson, M. E., & Wood, M. M. (2008, October). Reliability and validity of drug users’ self-reports of amphetamine use. Paper presented at the 136th Annual Meeting and Exposition of the American Public Health Association, San Diego, CA.
- Needle, R., Fisher, D. G., Weatherby, N., Chitwood, D., Brown, B., Cesari, H., Booth, R., Williams, M. L., Watters, J., & Andersen, M. (1995). Reliability of self-reported HIV risk behaviors of drug users. Psychology of Addictive Behaviors, 9(4), 242–250. https://doi.org/10.1037/0893-164X.9.4.242
- Paschane, D. M., Fisher, D. G., Cagle, H. H., & Fenaughty, A. M. (1998). Gonorrhea among drug users: An Alaskan versus a national sample. American Journal of Drug and Alcohol Abuse, 24(2), 285–297. https://doi.org/10.3109/00952999809016900
- Schlicting, E. G., Johnson, M. E., Brems, C., Wells, R. S., Fisher, D. G., & Reynolds, G. L. (2003). Validity of injecting drug users’ self report of hepatitis A, B, and C. Clinical Laboratory Science, 16(2), 99–106.
- Weatherby, N. L., Needle, R., Cesari, H., & Booth, R. E. (1994). Validity of self-reported drug use among injection drug users and crack cocaine users recruited through street outreach. Evaluation and Program Planning, 17(4), 347–355. https://doi.org/10.1016/0149-7189(94)90035-3
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
- What is your current living arrangement? (e.g., own house/apartment, friend’s/relative’s house, shelter/mission, abandoned building/street)
- In the past 30 days, how many days have you been homeless or lived on the street?
- What is the highest grade or year of school that you have completed?
- What is your current employment status? (Working full-time, part-time, unemployed, disabled, etc.)
- In the past 30 days, what was your legal source of income? (Job, public assistance, SSI, family/friends, etc.)
- In the past 30 days, what was your illegal source of income? (Drug dealing, prostitution, theft, etc.)
- Have you ever been tested for HIV (the virus that causes AIDS)?
- What was the result of your most recent HIV test?
- Have you ever had a sexually transmitted disease (e.g., syphilis, gonorrhea, chlamydia, herpes, genital warts, hepatitis)?
- Have you ever received medical treatment for a sexually transmitted disease?
- Have you ever been told by a doctor that you had tuberculosis (TB)?
- In the past 30 days, how many days have you used alcohol?
- In the past 30 days, on the days you drank, how many drinks did you usually have?
- In the past 30 days, how many days have you used powder cocaine?
- In the past 30 days, how many days have you used crack cocaine?
- In the past 30 days, how many days have you used heroin?
- In the past 30 days, how many days have you used heroin and cocaine together (speedball)?
- In the past 30 days, how many days have you used marijuana or hashish?
- In the past 30 days, how many days have you used amphetamines or methamphetamines (crank, speed, ice)?
- In the past 30 days, how many days have you used non-prescription tranquilizers or sedatives?
- Have you ever injected drugs with a needle or syringe?
- How old were you the first time you injected drugs?
- In the past 30 days, how many days did you inject any drug?
- In the past 30 days, what drug did you inject most often?
- In the past 30 days, on average, how many times a day did you inject drugs?
- In the past 48 hours, how many times did you inject drugs?
- In the past 30 days, how many times did you use a needle or syringe that had already been used by someone else?
- In the past 30 days, with how many different people did you share needles or syringes?
- How many of these people were your sex partners?
- In the past 30 days, how often did you clean your needles/syringes with bleach before using them?
- In the past 30 days, how often did you share a cooker, cotton, or rinse water with other people?
- In the past 30 days, how often did someone else inject you (give you a hit)?
- In the past 30 days, how often did you inject someone else?
- In the past 30 days, did you rent, buy, or borrow used works (needles/syringes) from a shooting gallery?
- In the past 30 days, with how many men have you had sex?
- In the past 30 days, with how many women have you had sex?
- In the past 30 days, how many times did you have vaginal sex?
- In the past 30 days, how often did you or your partner use a condom during vaginal sex?
- In the past 30 days, how many times did you have anal sex?
- In the past 30 days, how often did you or your partner use a condom during anal sex?
- In the past 30 days, how many times did you have oral sex?
- In the past 30 days, how often did you use a barrier (condom or dental dam) during oral sex?
- In the past 30 days, how many times did you have sex with someone who injects drugs?
- In the past 30 days, how many times did you give or receive drugs in exchange for sex?
- In the past 30 days, how many times did you give or receive money in exchange for sex?
- In the past 30 days, how often were you high or intoxicated on drugs or alcohol when you had sex?