Évaluation Cognitive de Montréal

L’Évaluation Cognitive de Montréal (MoCA) est un instrument psychométrique de référence de 30 points conçu pour le dépistage sensible et rapide du trouble neurocognitif léger (TCL) et de la démence débutante. Découvrez sa structure factorielle, sa validité clinique et ses items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation Cognitive de Montréal (couramment désignée par l’acronyme MoCA) est un instrument psychométrique et neuropsychologique bref de dépistage conçu initialement par le Dr Ziad Nasreddine et ses collaborateurs en 1996, puis validé dans sa version de référence en 2005. Développée pour pallier le manque de sensibilité notoire du Mini-Mental State Examination (MMSE) face aux atteintes cognitives débutantes, cette échelle s’est imposée à l’échelle mondiale comme l’étalon-or pour la détection du trouble neurocognitif léger (TCL ou Mild Cognitive Impairment, MCI) et des stades précoces de démence.

Le test évalue de manière ciblée huit domaines cognitifs fondamentaux : les fonctions exécutives, les habiletés visuospatiales, l’attention, la concentration et la mémoire de travail, le langage, la mémoire épisodique à court terme (rappel différé), l’abstraction et l’orientation spatiotemporelle. Administré en environ dix à quinze minutes, l’instrument comprend une série de 30 points répartis sur des tâches variées de performance directe. Le format de cotation est principalement dichotomique (0 = échec, 1 = succès) par sous-tâche, avec des règles standardisées précises de passation. Un point supplémentaire est systématiquement alloué aux personnes ayant complété 12 années ou moins d’éducation formelle, permettant ainsi de corriger le biais socioculturel inhérent aux épreuves verbales et de raisonnement.

Sur le plan psychométrique, la MoCA présente des propriétés diagnostiques exceptionnelles. Dans l’étude princeps de Nasreddine et al. (2005), en utilisant un score seuil de 26/30, l’échelle a démontré une sensibilité de 90 % pour la détection du trouble neurocognitif léger et de 100 % pour la maladie d’Alzheimer au stade léger, tout en maintenant une spécificité excellente de 87 % chez des sujets témoins sains de même tranche d’âge. La cohérence interne est robuste, avec un coefficient alpha de Cronbach se situant généralement autour de 0,83, et la fidélité test-retest à court et moyen terme s’élève à r = 0,92. L’instrument a fait l’objet d’adaptations et de validations transculturelles dans plus de 100 langues et dialectes, confirmant une structure factorielle multidimensionnelle stable centrée sur un facteur général d’efficacité cognitive soutenu par des dimensions exécutives et mnésiques distinctes.

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation Cognitive de Montréal, MoCA, neuropsychologie, dépistage cognitif, trouble neurocognitif léger, Mild Cognitive Impairment, maladie d’Alzheimer, fonctions exécutives, psychométrie, validité diagnostique, mémoire épisodique, démence.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et développée par une équipe multidisciplinaire de neurologues, gériatres et neuropsychologues affiliés à des institutions académiques et hospitalières de premier plan au Canada et aux États-Unis :

  • Dr Ziad Nasreddine, MD, FRCPC : Neurologue clinicien, créateur principal de l’échelle MoCA. Affilié à l’Institut de Médecine Spécialisée de Montréal, au Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et à l’Hôpital Charles-LeMoyne, Québec, Canada. Contact institutionnel : MoCA Cognition / MoCA Clinic and Institute, Greenfield Park, Québec, Canada ([email protected]).
  • Dr Natalie A. Phillips, PhD : Professeure titulaire au Département de Psychologie de l’Université Concordia, Montréal, Québec, Canada. Chercheuse au Centre de recherche en neurobiologie et comportement.
  • Valérie Bédirian, MSc : Assistante de recherche clinique et coordinatrice de recherche en neuropsychologie, Montréal, Québec, Canada.
  • Dr Simon Charbonneau, MD : Praticien hospitalier en gériatrie et neurologie clinique, Université de Montréal, Québec, Canada.
  • Dr Victor Whitehead, PhD : Neuropsychologue clinicien, Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Montréal, Québec, Canada.
  • Dr Ian Collin, MD : Chercheur clinicien, Hôpital Général Juif Sir Mortimer B. Davis, Montréal, Québec, Canada.
  • Dr Jeffrey L. Cummings, MD, ScD : Professeur de neurothérapeutique, Chambers-Grundy Center for Transformative Neuroscience, Department of Brain Health, University of Nevada Las Vegas (UNLV), Las Vegas, Nevada, États-Unis.
  • Dr Howard Chertkow, MD, FRCPC : Neurologue cognitif, Directeur du Centre d’excellence Bloomfield sur la recherche sur la maladie d’Alzheimer, Institut Lady Davis de recherches médicales, Hôpital Général Juif, Université McGill, Montréal, Québec, Canada.

4. Objectif / Purpose

L’Évaluation Cognitive de Montréal a été expressément construite pour surmonter les limitations psychométriques inhérentes aux outils d’évaluation brève préexistants, en particulier le MMSE de Folstein, Folstein et McHugh (1975). Bien que le MMSE ait été historiquement le standard clinique pour détecter les syndromes démentiels établis, sa faible sensibilité face aux altérations cognitives modérées et précoces constitue un obstacle clinique majeur. En pratique médicale courante, les patients présentant une plainte cognitive subjective corroborée par l’entourage obtiennent fréquemment des scores normaux (entre 27 et 30) au MMSE en raison d’un redoutable effet plafond (ceiling effect), retardant ainsi de plusieurs années la prise en charge médicale, le bilan étiologique et l’initiation d’interventions ciblées.

L’objectif premier de la MoCA est donc de détecter précocement le trouble neurocognitif léger (TCL / Mild Cognitive Impairment), défini comme un déclin des capacités cognitives supérieur à ce qui est attendu pour l’âge et le niveau socioculturel de la personne, mais ne compromettant pas de façon significative son autonomie dans les activités instrumentales de la vie quotidienne. Les critères diagnostiques du TCL (tels que formalisés par Petersen et al.) impliquent l’objectivation d’une baisse cognitive mesurable ; la MoCA répond directement à ce besoin en offrant des épreuves plus complexes et sensibles au fonctionnement frontal, pariétal et hippocampique.

Au-delà du dépistage du vieillissement pathologique amnésique (prédicteur de la maladie d’Alzheimer), l’instrument a étendu ses indications à un large spectre de pathologies neurologiques, psychiatriques et métaboliques. En clinique courante et dans les essais pharmacologiques multicentriques, la MoCA est largement utilisée pour :

  • Le suivi des pathologies vasculaires cérébrales, notamment l’artériopathie cérébrale, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ischémiques ou hémorragiques, et le déclin cognitif d’origine vasculaire, où les atteintes sous-cortico-frontales prédominent ;
  • L’évaluation cognitive dans la maladie de Parkinson (détection du Parkinson’s Disease Mild Cognitive Impairment ou PD-MCI) et les syndromes apparentés (atrophie multisystématisée, paralysie supranucléaire progressive, démence à corps de Lewy) ;
  • Les traumatismes craniocérébraux légers à modérés et les commotions cérébrales, où les déficits de l’attention divisée et de la vitesse de traitement de l’information sont cardinaux ;
  • Les maladies neurodégénératives atypiques comme les dégénérescences fronto-temporales (DFT) et la sclérose latérale amyotrophique (SLA) avec composante cognitive ;
  • L’identification des répercussions cognitives des troubles de l’humeur sévères (dépression majeure de la personne âgée ou pseudo-démence dépressive), de la sclérose en plaques, des apnées obstructives du sommeil, de l’insuffisance cardiaque congestive, de l’insuffisance rénale terminale et des chimiothérapies anticancéreuses (chemobrain).

Sur le plan théorique et épidémiologique, l’utilisation de la MoCA permet d’établir une ligne de base standardisée de l’efficience cognitive globale d’un patient. Elle sert d’outil d’orientation décisionnelle : un score déficitaire déclenche l’orientation vers une batterie neuropsychologique approfondie, une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale volumétrique, ou le dosage de biomarqueurs sanguins ou céphalo-rachidiens.

5. Construit psychologique / Construct

La MoCA conceptualise le fonctionnement cognitif global à travers huit domaines interdépendants mais neuroanatomiquement distincts, totalisant 30 points. Chaque sous-échelle mobilise des réseaux neuronaux spécifiques :

1. Fonctions exécutives et habiletés visuospatiales (5 points)

Ce domaine explore la flexibilité mentale, la planification spatiale, la mémoire de travail visuelle et les praxies constructives tridimensionnelles. Il est opérationnalisé par trois épreuves :

  • Trail Making Test alternatif (forme B abrégée) (1 point) : Le participant doit relier alternativement et par ordre croissant des chiffres et des lettres (1-A-2-B-3-C-4-D-5-E) sans croiser de lignes. Cette tâche sollicite la flexibilité cognitive, l’inhibition proactive et l’attention sélective, sous la médiation préférentielle du cortex préfrontal dorsolatéral.
  • Copie du cube (1 point) : Le sujet doit reproduire fidèlement un dessin en trois dimensions représentant un cube géométrique. L’évaluation porte sur la préservation des relations spatiales, le parallélisme des faces et l’orientation tridimensionnelle, engageant le cortex pariétal postérieur droit.
  • Test de l’horloge (3 points) : Le participant doit dessiner le cadran complet d’une horloge, inscrire l’ensemble des chiffres à leur position anatomique exacte, puis positionner les aiguilles pour indiquer l’heure précise « 11 heures 10 ». La cotation scinde rigoureusement le contour (1 point), la disposition symétrique des chiffres (1 point) et le positionnement correct des deux aiguilles avec différenciation de leur longueur respective (1 point). Cette épreuve complexe implique la représentation conceptuelle du temps, la planification visuo-constructive et l’inhibition du biais de capture frontale (tendance à pointer directement le chiffre 10 au lieu du chiffre 2).

2. Dénomination (3 points)

Ce sous-test évalue l’accès au lexique sémantique visuel et l’intégrité de la voie ventrale occipito-temporale (« voie du quoi »). Le participant doit nommer successivement trois animaux présentés sous forme de dessins au trait : un lion, un rhinocéros et un dromadaire/chameau. Ces stimuli ont été spécifiquement sélectionnés pour leur faible à moyenne fréquence lexicale afin d’éviter l’effet facilitateur observé dans le MMSE (qui utilise des objets à très haute fréquence comme une montre et un crayon).

3. Mémoire immédiate / Enregistrement (non coté)

L’examinateur lit une liste de cinq mots non reliés sémantiquement (Visage, Velours, Église, Marguerite, Rouge) à la cadence d’un mot par seconde. Deux essais d’apprentissage sont réalisés avec rappel immédiat libre. Bien qu’aucun point ne soit accordé pour cet apprentissage, cette phase est indispensable pour vérifier l’intégrité de l’encodage et préparer le rappel différé ultérieur.

4. Attention, concentration et mémoire de travail (6 points)

Ce domaine multidimensionnel est quantifié à travers trois sous-composantes :

  • Empan de chiffres direct et indirect (2 points) : Le sujet doit répéter une série de 5 chiffres dans l’ordre direct (2-1-8-5-4) pour évaluer la boucle phonologique de Baddeley, puis une série de 3 chiffres en ordre inverse (7-4-2) sollicitant l’administrateur central et la manipulation active en mémoire de travail.
  • Vigilance auditive / Détection de cible (1 point) : Le clinicien lit une suite de 30 lettres à un rythme standardisé d’une par seconde. Le sujet doit taper sur la table dès qu’il entend la lettre cible « A ». Un échec est comptabilisé si le sujet commet plus d’une erreur d’omission ou de commission, reflétant une atteinte de l’attention soutenue et du contrôle inhibiteur.
  • Calcul sériel mental (Calculs de 7) (3 points) : Le sujet doit soustraire mentalement le chiffre 7 à partir de 100 sur cinq itérations consécutives (93, 86, 79, 72, 65). La cotation attribue 3 points pour 4 ou 5 soustractions exactes, 2 points pour 2 ou 3 soustractions exactes, 1 point pour 1 réponse exacte, et 0 point sinon. Cette tâche nécessite une allocation continue de l’attention et des ressources de calcul arithmétique pariéto-frontales.

5. Langage (3 points)

L’évaluation du langage explore la production syntaxique complexe et la recherche lexicale active :

  • Répétition de phrases (2 points) : Répétition verbatim de deux phrases à syntaxe complexe sans omission ni substitution : « J’espère seulement que Jean est la personne qui va aider aujourd’hui » (1 point) et « Le chat se cachait toujours sous le canapé quand les chiens entraient dans la pièce » (1 point).
  • Fluence verbale phonologique (1 point) : Le participant dispose de 60 secondes pour énoncer le plus grand nombre de mots commençant par la lettre désignée (« F » en version anglophone, souvent « P » ou « M » selon les adaptations francophones validées). L’obtention du point requiert la génération d’au moins 11 mots distincts, reflétant la stratégie de recherche lexicale guidée par le cortex préfrontal ventrolatéral.

6. Abstraction et raisonnement catégoriel (2 points)

Cette tâche mesure la capacité de conceptualisation verbale abstraite. Le sujet doit expliciter la catégorie commune ou le point commun supralinguistique reliant deux concepts apparemment distincts : un train et une bicyclette (réponse attendue : moyens de transport, véhicules ; 1 point) et une montre et une règle (instruments de mesure ; 1 point). Les réponses purement concrètes ou fonctionnelles élémentaires (ex. : « ils ont des roues » ou « ils ont des chiffres ») sont cotées 0.

7. Rappel différé / Mémoire épisodique (5 points)

Après un intervalle d’interférence d’environ 5 à 10 minutes consacré aux tâches non mnésiques (attention, langage, abstraction), le sujet doit restituer spontanément, sans aucun indice, les 5 mots appris précédemment. Chaque mot correctement rappelé en rappel libre rapporte 1 point (sur 5). Si un mot n’est pas rappelé spontanément, l’examinateur fournit un indice catégoriel (ex. : « c’était une partie du corps »), puis si nécessaire un choix multiple. Bien que seuls les points en rappel libre comptent dans le score total de 30, la performance avec indiçage permet de distinguer un déficit de stockage hippocampique (amnésie de type Alzheimer insensible aux indices) d’un déficit de récupération fronto-striatal (rappel normalisé par l’indiçage).

8. Orientation spatiotemporelle (6 points)

L’évaluation porte sur la conscience de la situation présente à travers 6 questions d’exactitude absolue : la date exacte (jour du mois), le mois, l’année, le jour précis de la semaine, le nom de l’endroit où se déroule l’examen (hôpital, clinique, bureau) et la ville actuelle. Chaque réponse exacte rapporte 1 point.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’Évaluation Cognitive de Montréal prend racine au confluent de la neuropsychologie cognitive, du modèle structural de la mémoire de travail et de la neurobiologie des systèmes corticaux et sous-corticaux.

Le modèle de la mémoire de travail de Baddeley et Hitch

La MoCA s’appuie explicitement sur la théorisation de la mémoire de travail développée par Alan Baddeley. Selon ce modèle tripartite (étendu ultérieurement au tampon épisodique), le traitement de l’information en temps réel dépend d’un système attentionnel à capacité limitée — l’administrateur central (central executive) — supervisant deux systèmes esclaves spécialisés : la boucle phonologique (gestion du matériel verbal) et le calepin visuospatial (manipulation des représentations spatiales et géométriques).

Dans la MoCA, la boucle phonologique est sollicitée lors de l’empan de chiffres en ordre direct et de la répétition syntaxique, tandis que l’administrateur central est fortement mobilisé lors de l’empan inverse, des soustractions sérielles de 7 et du Trail Making Test. Ce ciblage rigoureux de la mémoire de travail permet de détecter les atteintes exécutives précoces causées par l’altération des circuits fronto-striataux, lesquelles échappent systématiquement aux tests traditionnels comme le MMSE.

Théorie des fonctions exécutives et modèle du contrôle attentionnel de Norman et Shallice

Le cadre théorique de l’instrument intègre également le système attentionnel superviseur (SAS) formulé par Norman et Shallice (1986). Ce système intervient lorsque les schémas comportementaux automatiques sont insuffisants et qu’une situation exige une planification délibérée, une prise de décision active, la détection d’erreurs ou la résistance à l’interférence. L’épreuve du Trail Making alternatif (passage flexible d’une règle numérique à une règle alphabétique) et la tâche de fluence verbale phonologique constituent des mesures directes du fonctionnement du SAS, corrélées aux réseaux fronto-pariétaux bilatéraux.

Le modèle de Tulving et la dissociation encodage-stockage-récupération

Sur le plan de la mémoire à long terme, la MoCA repose sur la théorie de la mémoire épisodique formulée par Endel Tulving. La conception du module mnésique de la MoCA dépasse l’évaluation rudimentaire du rappel en trois mots du MMSE en intégrant une liste de cinq mots sans lien contextuel direct, augmentant la charge mnésique au-delà de l’empan passif. Surtout, la structure de cotation clinique de la MoCA intègre la dissociation fondamentale entre les processus de stockage (dépendant des structures temporales internes, singulièrement de l’hippocampe et du cortex entorhinal) et les processus de récupération stratégique (dépendant du cortex préfrontal).

Cette approche théorique permet au clinicien de différencier le profil mnésique amnésique vrai (ou hippocampique), caractéristique de la neuropathologie d’Alzheimer débutante — où même les indices sémantiques ou à choix multiples échouent à réactiver la trace mnésique —, d’un profil sous-cortico-frontal (retrouvé dans la maladie de Parkinson, les leucoencéphalopathies vasculaires ou la dépression), caractérisé par un rappel spontané déficitaire mais une normalisation sous indiçage sémantique.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de la MoCA ont fait l’objet d’études exhaustives publiées dans des revues internationales de neurologie et de gériatrie à comité de lecture, démontrant une validité empirique et diagnostique remarquable.

Validité de construit et convergente

La validité convergente de la MoCA a été établie par des corrélations fortes et statistiquement significatives avec d’autres échelles neuropsychologiques validées :

  • Une corrélation de Pearson élevée avec le MMSE (variant de r = 0,77 à r = 0,87 selon les cohortes gériatriques ; Nasreddine et al., 2005 ; Smith et al., 2007) ;
  • Des corrélations significatives avec l’ADAS-Cog (Alzheimer’s Disease Assessment Scale-Cognitive Subscale), avec r = -0,75 à -0,83 ;
  • Des corrélations modérées à fortes avec des batteries neuropsychologiques composites approfondies telles que la WAIS-IV (notamment les indices de mémoire de travail et de vitesse de traitement) et le California Verbal Learning Test (CVLT-II) pour le domaine mnésique (r = 0,65 à 0,78).

Validité diagnostique discriminante et sensibilité clinique

La supériorité diagnostique de la MoCA sur le MMSE pour l’identification des déficits débutants est démontrée de manière constante dans la littérature médicale internationale :

  • Détection du trouble neurocognitif léger (TCL / MCI) : Avec un score seuil standard fixé à 25/26 (note ≤ 25 indiquant une altération), la MoCA a affiché dans l’étude princeps une sensibilité de 90 % et une spécificité de 87 %. En comparaison directe sur le même échantillon de patients, le MMSE n’a démontré qu’une sensibilité de 18 % pour le MCI, laissant échapper plus de 80 % des individus pathologiques.
  • Détection de la maladie d’Alzheimer au stade léger : La sensibilité de la MoCA s’élève à 100 %, avec une spécificité maintenue à 87 %. Le MMSE sur ce groupe atteignait 78 % de sensibilité.
  • Courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) : L’aire sous la courbe (AUC) de la MoCA pour distinguer les sujets témoins sains des personnes atteintes de TCL s’établit généralement entre 0,95 et 0,99, surpassant significativement celle du MMSE (souvent comprise entre 0,70 et 0,82).

Validité prédictive

Des études longitudinales de cohorte ont démontré que le score initial à la MoCA possède une puissante valeur prédictive quant à la conversion d’un TCL vers une démence avérée. Les sujets présentant un score inférieur ou égal à 20/30 présentent un risque de conversion à 2 ans trois à cinq fois supérieur à ceux obtenant un score entre 22 et 25. De plus, dans les suites d’un AVC, la MoCA à 3 mois prédit avec une excellente précision le statut fonctionnel à long terme, la réinsertion socioprofessionnelle et le risque de déclin cognitif vasculaire ultérieur.

8. Fidélité / Reliability

La MoCA présente des indices de fidélité et de précision de mesure qui satisfont rigoureusement aux critères métrologiques de l’American Psychological Association (APA) et de la psychométrie contemporaine.

Cohérence interne

La cohérence interne globale de l’échelle, évaluée dans l’échantillon normatif initial de Nasreddine et al. (2005) portant sur 277 sujets, a révélé un coefficient alpha de Cronbach de 0,83. Cette valeur indique une homogénéité satisfaisante des items tout en confirmant la nature multidimensionnelle de l’outil (un alpha excessivement élevé, supérieur à 0,92, dénoterait une redondance stérile des tâches d’évaluation).

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle des scores est l’un des points forts majeurs de la MoCA :

  • Dans l’étude originale, un sous-groupe de 26 participants a été réévalué après un intervalle moyen de 35,0 ± 17,6 jours. Le coefficient de corrélation test-retest s’est élevé à r = 0,92 (p < 0,001), témoignant d’une stabilité remarquable de la mesure en l’absence d’évolution clinique sous-jacente.
  • La variation moyenne observée entre le premier et le second passage était minime, s’établissant à +0,9 point, attribuable à un léger effet d’apprentissage pratique. Pour neutraliser cet effet dans le suivi longitudinal et les essais thérapeutiques, des formes parallèles validées (versions 7.1, 7.2 et 7.3) ont été créées, démontrant une équivalence psychométrique étroite sans dérive des scores moyens.

Accord inter-juges

Grâce à des consignes d’administration hautement standardisées et un guide de cotation opérationnalisé point par point, la fidélité inter-évaluateurs est exceptionnelle. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) calculés entre différents évaluateurs (neurologues, infirmières cliniciennes, neuropsychologues) oscillent de manière constante entre 0,91 et 0,97 pour le score total.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’organisation interne de l’Évaluation Cognitive de Montréal a fait l’objet de nombreuses analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), ainsi que de modélisations sous la théorie de la réponse aux items (TRI).

Modèles factoriels exploratoires et confirmatoires

Bien que certains cliniciens utilisent la MoCA comme un indice global unidimensionnel du fonctionnement cognitif, les analyses factorielles révèlent une structure hiérarchique complexe ou bi-factorielle :

  • Modèle bi-factoriel (Bifactor Model) : Les études contemporaines (notamment Freitas et al., 2012 ; Kopecek et al., 2017) démontrent que les données s’ajustent de manière optimale à un modèle bi-factoriel comprenant un facteur général dominant (le facteur g cognitif global, rendant compte de plus de 60 % de la variance commune expliquée) et plusieurs facteurs spécifiques de groupe : un facteur exécutif/visuospatial, un facteur mnésique (rappel différé), un facteur d’attention/calcul et un facteur langagier.
  • Indices d’ajustement structurel : Les analyses confirmatoires rapportent régulièrement d’excellents indicateurs statistiques d’ajustement pour ce modèle multidimensionnel : RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) ≤ 0,045, CFI (Comparative Fit Index) ≥ 0,96, et TLI (Tucker-Lewis Index) ≥ 0,95.

Saturations factorielles des sous-tests

Les saturations factorielles sur le facteur général d’efficience cognitive varient selon la complexité intrinsèque des items :

  • Les tâches de rappel différé et du test de l’horloge présentent les saturations les plus élevées sur le facteur cognitif global (λ > 0,70) ;
  • Le Trail Making alternatif et la fluence phonologique saturent fortement sur la dimension des fonctions exécutives (λ oscillant entre 0,62 et 0,76) ;
  • Les items d’orientation présentent des saturations plus faibles chez les sujets sains ou MCI en raison de leur facilité (taux de réussite proche de 100 %), mais voient leur saturation bondir dans les cohortes présentant une démence modérée à sévère.

Apport de la théorie de la réponse aux items (Modèle de Rasch)

L’analyse selon le modèle de Rasch démontre que les 30 items de la MoCA couvrent un continuum d’habileté cognitive (thêta) considérablement plus large que le MMSE. Les items de rappel libre des mots et l’épreuve de l’horloge possèdent le paramètre de difficulté le plus élevé et le pouvoir discriminant le plus marqué pour séparer le vieillissement sain du trouble neurocognitif léger. À l’opposé, les items de détection de cible (vigilance) et d’orientation temporelle présentent un seuil de difficulté bas, servant d’ancrage métrologique pour détecter le basculement vers la démence clinique avérée.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Évaluation Cognitive de Montréal est un test de performance objective standardisé, administré individuellement en face-à-face par un professionnel de santé formé. La structure et les règles d’administration de l’instrument sont résumées ci-dessous :

  • Type de mesure : Échelle brève d’évaluation de la performance neurocognitive globale.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou version numérique standardisée sur tablette (MoCA Duo / MoCA App), passation individuelle hétéro-administrée.
  • Durée moyenne de passation : 10 à 15 minutes (pouvant s’étendre à 20 minutes chez les patients présentant un ralentissement idéomoteur prononcé).
  • Nombre total d’items / tâches : 30 points évalués, répartis sur 33 sous-opérations ou items élémentaires.
  • Format de réponse / Cotation : Cotation dichotomique par tâche ou sous-item (0 = incorrect / non réussi, 1 = correct / réussi), totalisant un score brut maximal de 30 points.
  • Répartition des points par domaine fonctionnel :
    • Visuospatial / Exécutif : 5 points (Trail Making alternatif : 1 pt ; Cube : 1 pt ; Horloge : 3 pts [contour, chiffres, aiguilles]).
    • Dénomination : 3 points (Lion, Rhinocéros, Dromadaire/Chameau).
    • Mémoire immédiate (Enregistrement) : 0 point comptabilisé (5 mots, 2 essais).
    • Attention : 6 points (Empan direct : 1 pt ; Empan indirect : 1 pt ; Vigilance auditive : 1 pt ; Soustractions sérielles de 7 : 3 pts).
    • Langage : 3 points (Répétition de 2 phrases : 2 pts ; Fluence phonologique verbale : 1 pt).
    • Abstraction : 2 points (Deux paires d’analogies conceptuelles).
    • Rappel différé : 5 points (1 point par mot restitué spontanément sans indiçage).
    • Orientation : 6 points (Date exacte, Mois, Année, Jour de la semaine, Lieu, Ville).
  • Ajustement pour le niveau d’éducation : Un ajustement obligatoire de +1 point est ajouté au score total brut pour tout individu ayant complété 12 années ou moins de scolarité formelle (sans jamais dépasser le plafond absolu de 30 points).
  • Seuils décisionnels cliniques d’interprétation :
    • Score de 26 à 30 points : Fonction cognitive globalement dans les limites normales.
    • Score de 18 à 25 points : Évocateur d’un trouble neurocognitif léger (TCL / MCI).
    • Score de 10 à 17 points : Évocateur d’un trouble neurocognitif majeur débutant à modéré (Démence légère).
    • Score inférieur à 10 points : Évocateur d’un trouble neurocognitif majeur sévère.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Année de conception et publication : L’échelle a été développée en milieu hospitalier à Montréal dès 1996 par le Dr Ziad Nasreddine et a fait l’objet de sa validation princeps majeure dans la littérature scientifique internationale en 2005.

Statut légal, Propriété intellectuelle et Droits d’auteur : Le test MoCA, ses protocoles, ses variantes numériques et ses traductions officielles sont la propriété intellectuelle exclusive protégée par copyright de Ziad Nasreddine, MD (MoCA Clinic and Institute / MoCA Cognition Inc.).

Certification obligatoire et Modalités d’accès : Afin de préserver la validité psychométrique, de prévenir les dérives d’administration et d’assurer une fidélité inter-juges rigoureuse à l’échelle internationale, l’organisation MoCA a instauré depuis 2019-2020 une politique d’accès régulée :

  • Formation et Certification : Tout professionnel de santé (médecin, neuropsychologue, ergothérapeute, infirmier, chercheur) souhaitant administrer et coter officiellement la MoCA doit obligatoirement compléter un module de formation en ligne et obtenir la certification officielle MoCA via la plateforme institutionnelle officielle (mocatest.org).
  • Tarifs académiques et cliniques : L’accès à la formation certifiante implique des frais d’inscription forfaitaires (environ 125 à 150 USD pour les cliniciens et chercheurs institutionnels, des tarifs réduits étant proposés pour les étudiants et résidents). Une fois certifié, le praticien peut télécharger et imprimer gratuitement les protocoles papier-crayon dans les langues validées pour sa pratique clinique habituelle.
  • Recherche académique sans financement industriel : Des dérogations ou conditions d’accès facilitées sont accordées aux projets de recherche fondamentale académique sous réserve d’approbation préalable par le comité MoCA.
  • Essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique : L’utilisation de la MoCA dans le cadre d’essais thérapeutiques industriels (notamment de phase II et III) est soumise à l’achat de licences d’utilisation commerciales spécifiques gérées directement par MoCA Cognition Inc.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques relatives à la création, à la standardisation et à la validation internationale de l’Évaluation Cognitive de Montréal, rédigées selon les normes APA 7e édition :

  • Baddeley, A. (2000). The episodic buffer: A new component of working memory? Trends in Cognitive Sciences, 4(11), 417–423. https://doi.org/10.1016/S1364-6613(00)01538-2
  • Dautzenberg, P. L. J., & de Jonghe, J. F. M. (2004). De Montreal Cognitive Assessment (MoCA): Een beknopt screeningsinstrument voor het meten van cognitieve achteruitgang. Tijdschrift voor Gerontologie en Geriatrie, 35(4), 163–167.
  • Folstein, M. F., Folstein, S. E., & McHugh, P. R. (1975). « Mini-mental state »: A practical method for grading the cognitive state of patients for the clinician. Journal of Psychiatric Research, 12(3), 189–198. https://doi.org/10.1016/0022-3956(75)90026-6
  • Freitas, S., Simões, M. R., Alves, L., & Santana, I. (2012). Montreal Cognitive Assessment (MoCA): Validation study for mild cognitive impairment and Alzheimer’s disease. Alzheimer Disease & Associated Disorders, 26(3), 252–259. https://doi.org/10.1097/WAD.0b013e3182420bfe
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  • Kopecek, M., Bezdicek, O., Sulc, Z., Lukavsky, J., & Wang, S. (2017). Montreal Cognitive Assessment and Mini-Mental State Examination: Comparing their predictive validity in mild cognitive impairment. International Journal of Geriatric Psychiatry, 32(9), 972–980. https://doi.org/10.1002/gps.4556
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Authentic Response Scale:
Dichotomous pass/fail scoring per task/sub-item (0 = Incorrect, 1 = Correct), summing to a maximum of 30 points (+1 point adjustment for individuals with 12 years or fewer of formal education).

Visuospatial / Executive (5 points)

  1. Alternating Trail Making (connect 1-A-2-B-3-C-4-D-5-E sequentially without crossing lines)
  2. Visuoconstructional Skills: Copy the 3-dimensional cube accurately
  3. Clock Drawing: Draw the clock contour
  4. Clock Drawing: Place all the numbers accurately
  5. Clock Drawing: Set the hands to 11:10 (ten past eleven)

Naming (3 points)

  1. Naming: Identify drawing of Lion
  2. Naming: Identify drawing of Rhinoceros
  3. Naming: Identify drawing of Camel

Memory Registration (Not Scored)

  1. Memory Registration (Trial 1 & 2): 5 words (Face, Velvet, Church, Daisy, Red) – not scored in registration

Attention (6 points)

  1. Attention – Forward Digit Span: Repeat 2-1-8-5-4 in exact forward order
  2. Attention – Backward Digit Span: Repeat 7-4-2 in reverse order
  3. Attention – Vigilance: Tap with hand every time the letter ‘A’ is read in a letter sequence (FBACMNAAJKLBAFAWDAHXAMORAFAB)
  4. Attention – Serial 7s Subtraction: 100 minus 7 (93)
  5. Attention – Serial 7s Subtraction: 93 minus 7 (86)
  6. Attention – Serial 7s Subtraction: 86 minus 7 (79)
  7. Attention – Serial 7s Subtraction: 79 minus 7 (72)
  8. Attention – Serial 7s Subtraction: 72 minus 7 (65)

Language (3 points)

  1. Sentence Repetition: Repeat ‘I only know that John is the one to help today’
  2. Sentence Repetition: Repeat ‘The cat always hid under the couch when dogs were in the room’
  3. Verbal Fluency: Name at least 11 words beginning with the letter ‘F’ in 60 seconds

Abstraction (2 points)

  1. Abstraction: Identify the category/similarity between Train and Bicycle
  2. Abstraction: Identify the category/similarity between Watch and Ruler

Delayed Recall (5 points)

  1. Delayed Recall: Recall word 1 (Face) without cues
  2. Delayed Recall: Recall word 2 (Velvet) without cues
  3. Delayed Recall: Recall word 3 (Church) without cues
  4. Delayed Recall: Recall word 4 (Daisy) without cues
  5. Delayed Recall: Recall word 5 (Red) without cues

Orientation (6 points)

  1. Orientation: State current Date (exact day of the month)
  2. Orientation: State current Month
  3. Orientation: State current Year
  4. Orientation: State current Day of the week
  5. Orientation: State current Place (name of hospital/clinic/building)
  6. Orientation: State current City
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Looti, M. (2026, octobre 18). Évaluation Cognitive de Montréal. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=evaluation-cognitive-de-montreal-moca
Looti, Mohammed. “Évaluation Cognitive de Montréal.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=evaluation-cognitive-de-montreal-moca.
Looti, Mohammed. “Évaluation Cognitive de Montréal.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=evaluation-cognitive-de-montreal-moca.