1. Résumé / Abstract
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson (connu dans la littérature anglophone sous l’appellation Infant Characteristics Interview) a été développé en 1963 par Alexander Thomas, Stella Chess, Herbert G. Birch, Margaret E. Hertzig et Sam Korn dans le cadre pionnier de la New York Longitudinal Study (NYLS). Cet instrument d’évaluation clinique et développementale repose sur un hétéro-rapport parental structuré mais flexible, conçu pour recueillir des données descriptives précises et écologiquement valides sur les comportements du nourrisson au cours de ses deux premières années de vie (de la période néonatale jusqu’à l’âge de 24 mois). L’objectif premier est de mesurer le tempérament émergeant, défini comme le style comportemental individuel (« la manière dont » l’enfant agit, distinct du « quoi » ou du « pourquoi »). L’entretien explore les réactions du nourrisson face aux stimuli nouveaux et quotidiens à travers les soins courants : alimentation, sommeil, bain, habillage, élimination et motricité spontanée. Les données qualitatives extraites de l’entretien sont codées selon neuf dimensions tempéramentales fondamentales : le niveau d’activité, la rythmicité biologique, l’approche ou le retrait face à la nouveauté, l’adaptabilité, le seuil de réactivité sensorielle, l’intensité de réaction, la qualité de l’humeur, la distractibilité, ainsi que la durée d’attention et la persévérance. D’une durée moyenne de 1 à 2 heures la première année et de 2 à 4 heures la seconde année, l’instrument se focalise sur des récits factuels d’événements comportementaux récents plutôt que sur des jugements de valeur parentaux. Les analyses psychométriques initiales et ultérieures démontrent une fidélité inter-juges substantielle pour le codage des protocoles, ainsi qu’une validité prédictive remarquable concernant les trajectoires d’ajustement socio-émotionnel et le risque de psychopathologie ultérieure au regard du modèle d’adéquation (« goodness of fit »).
2. Mots-clés / Keywords
Tempérament, New York Longitudinal Study, Alexander Thomas, Stella Chess, évaluation du nourrisson, entretien parental, développement socio-émotionnel, réactivité comportementale, adéquation développementale, psychométrie développementale, petite enfance, psychopathologie développementale.
3. Auteurs / Authors
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson est l’œuvre d’une équipe pluridisciplinaire emblématique en psychiatrie infantile, pédiatrie et psychologie du développement :
- Alexander Thomas, M.D. : Professeur de psychiatrie à la New York University School of Medicine, psychiatre pour enfants, co-fondateur de la New York Longitudinal Study.
- Stella Chess, M.D. : Professeure de psychiatrie infantile à la New York University School of Medicine, pionnière internationale de l’étude du tempérament pédiatrique et de l’autisme.
- Herbert G. Birch, M.D., Ph.D. : Professeur de pédiatrie et de psychologie à l’Albert Einstein College of Medicine, spécialiste renommé du neurodéveloppement et des interactions bioculturelles.
- Margaret E. Hertzig, M.D. : Psychiatre pour enfants, clinicienne et chercheuse affiliée au Cornell University Medical College et au New York University Medical Center.
- Sam Korn, Ph.D. : Psychologue clinicien et statisticien, professeur associé de psychologie au Hunter College de la City University of New York (CUNY).
En raison de l’ancienneté historique de l’ouvrage fondateur (1963), aucune coordonnée électronique institutionnelle active directe n’est disponible pour les auteurs originaux, la plupart étant décédés ou retirés du champ académique actif.
4. Objectif / Purpose
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson a été spécifiquement développé pour combler une lacune épistémologique et méthodologique majeure dans les sciences du développement des années 1950 et 1960. À cette époque, la pensée psychanalytique prévalente et les modèles behavioristes radicaux postulaient quasi exclusivement que l’environnement familial, et tout particulièrement l’attitude maternelle, constituait le déterminant unilatéral et exclusif de la santé mentale et du comportement de l’enfant. Thomas, Chess et leurs collaborateurs ont conçu cet instrument pour opérationnaliser et objectiver l’individualité comportementale innée de l’enfant dès la naissance, postulant que les nourrissons apportent leurs propres dispositions constitutionnelles au sein de la relation parent-enfant.
L’instrument poursuit plusieurs objectifs interdépendants, tant dans le domaine de la recherche fondamentale que dans la pratique clinique appliquée :
- Documenter les variations interindividuelles précoces : Fournir une taxonomie standardisée permettant de caractériser rigoureusement les différences stylistiques observées chez les bébés en réponse aux routines physiques (biberon, cuillère, bain, changement de couche) et aux événements environnementaux inattendus (bruits, inconnus, nouveaux jouets).
- Distinguer le style comportemental du contenu : L’outil ne s’intéresse pas à ce que fait l’enfant (habileté cognitive, étape motrice) ni aux motifs supposés (pulsions dynamiques inconscientes), mais à la manière (vitesse, régularité, intensité émotionnelle) dont il exécute ses comportements.
- Éliminer les biais projectifs parentaux : Contrairement aux échelles d’attitudes ou aux questionnaires d’évaluation globale où le parent pose un jugement évaluatif abstrait (« Mon enfant est nerveux »), l’entretien structure la discussion pour extraire des comptes rendus micro-séquentiels et factuels (« Que s’est-il passé hier à 14h lorsque vous lui avez présenté pour la première fois de la purée de carotte ? Combien de temps a-t-il pleuré ? Comment a-t-il bougé ses bras et ses jambes ? »).
- Applications en pédopsychiatrie et guidance parentale : Identifier précocement les profils d’enfants à vulnérabilité psychologique (notamment les tempéraments dits « difficiles » ou « lents à s’échauffer ») afin de guider les parents vers des conduites éducatives non punitives, adaptées à la réactivité neurophysiologique particulière de leur enfant.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par cet entretien est le tempérament infantile, appréhendé à travers neuf dimensions phénoménologiques identifiées par induction clinique lors des premières vagues d’observation de la New York Longitudinal Study :
1. Niveau d’activité (Activity Level)
Cette composante évalue la proportion de motricité spontanée manifestée par l’enfant durant la veille et le sommeil, ainsi que le ratio d’activités motrices actives par rapport aux périodes d’immobilité. Des exemples concrets incluent la vigueur des mouvements de pédalage et de bras durant le change ou le bain, le fait de ramper ou de marcher continuellement, ou au contraire une propension à s’asseoir paisiblement.
2. Rythmicité ou Régularité (Rhythmicity / Regularity)
Elle mesure la prévisibilité temporelle et la constance des fonctions biologiques de base : cycles veille-sommeil, horaires de faim et de satiété, ainsi que la fréquence et l’heure des évacuations fécales. Un enfant très régulier s’endort et a des selles à des intervalles stables jour après jour.
3. Approche ou Retrait (Approach / Withdrawal)
Cette dimension mesure la nature de la réaction initiale immédiate face à un stimulus nouveau (personne inconnue, nouvel aliment, jouet non familier, lieu étranger, bain dans une nouvelle bassine). L’approche se traduit par des sourires, l’exploration motrice, des vocalisations positives ; le retrait se caractérise par des pleurs, le recul moteur, l’agrippement au parent ou l’évitement du regard.
4. Adaptabilité (Adaptability)
Distincte de la réaction initiale d’approche/retrait, l’adaptabilité renvoie à la facilité et au temps nécessaire pour que le comportement de l’enfant se modifie séquentiellement dans une direction positive en fonction des changements de l’environnement ou des routines. Par exemple, un enfant peut manifester un retrait initial devant un berceau de voyage, mais s’y adapter calmement après 15 minutes, ou inversement maintenir une résistance rigide pendant plusieurs semaines.
5. Seuil de réactivité sensorielle (Threshold of Responsiveness)
Cette dimension évalue l’intensité énergétique minimale d’un stimulus (visuel, auditif, tactile, gustatif, thermique) requise pour susciter une réaction observable chez le nourrisson. Les nourrissons à seuil bas sursautent au moindre murmure ou refusent un lait dont la température varie d’un demi-degré, tandis que ceux à seuil élevé restent impassibles face à des bruits de porte ou à une couche saturée.
6. Intensité de réaction (Intensity of Reaction)
Elle quantifie le niveau énergétique intrinsèque de la réponse comportementale, quelle que soit sa valence émotionnelle. Elle s’évalue par exemple par des éclats de rire tonitruants versus de légers sourires discrets, ou par des hurlements viscéraux avec suffocation versus de légers gémissements discrets lorsqu’il s’agit de manifester la faim ou la douleur.
7. Qualité de l’humeur (Quality of Mood)
Cette dimension caractérise la quantité relative de comportements affectifs positifs (joie, contentement, rires, babillage amical) par rapport aux comportements négatifs (pleurs, cris, manifestations de mécontentement, irritabilité) observés au cours de la journée.
8. Distractibilité (Distractibility)
La distractibilité désigne l’efficacité relative d’un stimulus environnemental exogène non pertinent pour dévier l’attention de l’enfant ou interrompre une séquence comportementale engagée. Par exemple, un enfant affamé qui cesse de pleurer dès qu’on lui montre un hochet musical présente une distractibilité élevée.
9. Durée d’attention et Persévérance (Attention Span and Persistence)
Ces deux facettes complémentaires mesurent la durée pendant laquelle un enfant poursuit une activité continue (durée d’attention) et la propension à maintenir une ligne d’action malgré des obstacles, des frustrations ou des difficultés motrices (persévérance). Par exemple, un enfant qui continue à tenter d’atteindre un objet caché derrière un coussin malgré plusieurs échecs consécutifs présente une persévérance marquée.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson s’enracine dans le modèle interactionniste et développemental du tempérament conceptualisé par Alexander Thomas et Stella Chess. Ce modèle s’est construit en rupture frontale avec deux courants dominants du milieu du XXe siècle :
- La rupture avec le réductionnisme psychanalytique : À l’époque de la conception du test, les thèses freudiennes et post-freudiennes imputaient quasi systématiquement les difficultés relationnelles, les troubles de l’alimentation, les coliques et l’anxiété précoce à l’inconscient de la mère, à son rejet latent ou à son anxiété névrotique. Thomas et Chess ont démontré que les enfants possèdent, dès leurs premières semaines de vie extra-utérine, une individualité biologique propre qui influence directement les patrons d’attachement et de maternage.
- La rupture avec le béhaviorisme radical watsonien : Pour les béhavioristes stricts, l’enfant n’était qu’une tabula rasa passive façonnée par les contingences de renforcement. Le cadre théorique du NYLS rétablit le nourrisson comme agent actif, émetteur de signaux spécifiques régulant son écologie relationnelle.
Le modèle de l’adéquation (« Goodness of Fit »)
Le pivot théorique central articulé autour des données de l’entretien est le concept d’adéquation ou d’accordage (Goodness of Fit). Selon Thomas et Chess, aucun trait tempéramentale n’est intrinsèquement pathologique en soi. Le développement psychologique harmonieux dépend de la congruence entre les capacités, le rythme et le style tempéramentale de l’enfant, d’une part, et les attentes, exigences, valeurs et contraintes de l’environnement parental et social, d’autre part.
Lorsque cette adéquation est optimale, le développement progresse vers l’intégration socio-émotionnelle. Si une inadéquation (poorness of fit) chronique s’installe — par exemple un parent impulsif et impatient élevant un enfant à faible adaptabilité, rythme lent et réactions intenses — des tensions relationnelles récurrentes apparaissent, constituant le terreau développemental précoce de troubles comportementaux secondaires (anxiété, agressivité, conduites oppositionnelles).
Les constellations tempéramentales typologiques
L’analyse qualitative et quantitative issue de l’entretien a permis aux auteurs d’identifier trois grands profils ou regroupements syndromiques :
- L’enfant facile (Easy Child, ~40% de l’échantillon NYLS) : Caractérisé par une grande régularité des fonctions biologiques, une réponse initiale d’approche positive face à la nouveauté, une haute adaptabilité et une humeur à valence prédominamment positive avec une intensité modérée.
- L’enfant difficile (Difficult Child, ~10% de l’échantillon NYLS) : Caractérisé par une irrégularité biologique prononcée, des réactions de retrait intenses face aux stimuli nouveaux, une lenteur d’adaptation aux changements, une humeur négative fréquente et des réactions émotionnelles explosives.
- L’enfant lent à s’échauffer (Slow-to-Warm-Up Child, ~15% de l’échantillon NYLS) : Se distingue par une humeur légèrement négative, des réactions de retrait face à l’inconnu mais une adaptabilité lente et progressive, le tout accompagné d’une intensité de réaction faible ou modérée et d’un niveau d’activité relativement bas.
7. Validité / Validity
La validité de l’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson a été documentée à travers les analyses de cohorte de la New York Longitudinal Study, qui a suivi 133 enfants issus de 84 familles de la classe moyenne new-yorkaise de la naissance jusqu’à l’âge adulte :
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu a été établie par l’exhaustivité des domaines de la vie quotidienne investigués dans l’entretien. En couvrant systématiquement toutes les interactions primaires du nourrisson (biberon/allaitement, diversification alimentaire, bain, sommeil nocturne et siestes, habillage, déshabillage, propreté, interactions avec les fratries, réactions aux soignants et aux stimuli auditifs/visuels), l’instrument garantit un échantillonnage représentatif du répertoire comportemental total de l’enfant.
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit a été vérifiée par la confrontation des données d’entretiens parentaux avec des observations directes en milieu écologique naturel. Dans une série d’études de contrôle menées par l’équipe de Thomas et Chess, des observateurs indépendants entraînés ont été envoyés au domicile des familles pour enregistrer en continu les séquences comportementales des nourrissons durant les périodes de repas et de bain. Les corrélations entre les évaluations dérivées des entretiens parentaux micro-analytiques et les cotations directes par des observateurs indépendants se sont révélées statistiquement significatives ($r$ variant généralement entre 0,60 et 0,78 selon les dimensions), réfutant l’hypothèse selon laquelle l’entretien ne mesurerait que la subjectivité ou la distorsion projective des parents.
Validité prédictive (Predictive Validity)
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson présente une validité prédictive substantielle pour l’évaluation des risques psychopathologiques. Les analyses longitudinales de la NYLS ont mis en évidence que les nourrissons identifiés comme présentant la constellation du « tempérament difficile » au cours des deux premières années de vie présentaient un risque significativement plus élevé de développer des troubles du comportement et des symptômes psychiatriques (troubles oppositionnels, difficultés d’ajustement scolaire, anxiété) à l’âge de 5 ans, 9 ans et au cours de l’adolescence (environ 70 % des enfants du sous-groupe difficile ont développé des symptômes cliniques nécessitant une consultation à un moment de leur trajectoire, contre moins de 20 % dans le groupe des enfants « faciles »).
8. Fidélité / Reliability
En tant qu’entretien clinique semi-structuré nécessitant un protocole de codage qualitatif vers des échelles d’intervalles ordinales, les propriétés de fidélité reposent essentiellement sur la concordance inter-juges et la stabilité temporelle :
Fidélité inter-évaluateurs (Inter-Rater Reliability)
Dans les études initiales de Thomas, Chess, Birch, Hertzig et Korn (1963), la fidélité inter-juges a été examinée en soumettant les transcriptions sténographiques des entretiens à deux ou trois codeurs indépendants ignorant l’identité et les antécédents familiaux de l’enfant. Les coefficients de concordance d’accord inter-juges (pourcentages d’accord et corrélations de rang) oscillaient entre 0,80 et 0,94 pour le classement des comportements dans les neuf catégories dimensionnelles. L’accord était maximal sur les dimensions d’activité motrice, de rythmicité biologique et d’approche/retrait initial ($r > 0,85$), et légèrement plus modeste mais robuste sur la distractibilité et le seuil sensoriel ($r pprox 0,75 – 0,82$).
Stabilité temporelle (Test-Retest / Stabilité longitudinale)
Bien que le tempérament soit soumis à des réorganisations développementales au cours des premières années (maturation cérébrale, acquisition de la locomotion, développement du langage), les scores composites démontrent une stabilité modérée à forte sur des intervalles de plusieurs mois :
- Les coefficients de corrélation pour les profils généraux entre 3 et 6 mois, puis entre 6 et 12 mois, se situent généralement dans une fourchette de $r = 0,45$ à $0,68$ ($p < 0,01$).
- La stabilité est particulièrement robuste pour les extrêmes distributionnels : les nourrissons se situant dans les déciles les plus élevés d’intensité de réaction et de retrait initial ont tendance à maintenir ces caractéristiques au cours de la deuxième année de vie de manière statistiquement significative.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
À l’origine, en 1963, l’émergence des neuf dimensions de tempérament n’a pas été dérivée d’une analyse factorielle exploratoire formelle (les méthodes informatiques matricielles étant alors rudimentaires), mais d’une méthode de théorisation enracinée et d’analyse de contenu qualitative inductive menée sur les protocoles des 22 premiers nourrissons suivis longitudinalement.
Cependant, des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) ont été conduites ultérieurement sur les données de la NYLS et sur des instruments dérivés directement des questions de l’entretien (notamment par William B. Carey avec l’Infant Temperament Questionnaire – ITQ) :
- Solutions factorielles à l’AFE : Les réductions factorielles appliquées aux neuf dimensions révèlent fréquemment une structure sous-jacente de 3 à 4 méta-facteurs dominants :
- Facteur 1 : Difficulté / Réactivité négative (saturations élevées sur l’inadaptabilité, l’intensité élevée, l’humeur négative et le retrait face à la nouveauté).
- Facteur 2 : Régulation biologique (saturations primaires sur la rythmicité de l’alimentation, du sommeil et de l’élimination).
- Facteur 3 : Attention / Persévérance (saturations sur la durée d’attention, la persévérance et une charge inverse sur la distractibilité).
- Facteur 4 : Niveau d’activité motrice (saturé spécifiquement par l’énergie motrice globale).
- Débats psychométriques : Plusieurs psychométriciens et théoriciens contemporains (tels que Mary K. Rothbart ou H. Hill Goldsmith) ont souligné que certaines des neuf dimensions originelles de Thomas et Chess présentaient des recouvrements conceptuels et factoriels substantiels, proposant des modèles affinés réorganisés autour de grands axes neurobiologiques fondamentaux (Affect négatif, Extraversion/Surgency, et Contrôle attentionnel / Régulation). Néanmoins, la structure à 9 facteurs de Thomas et Chess demeure le modèle clinique de référence pour la description phénoménologique fine en milieu de soins pédiatriques.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Entretien sur les caractéristiques du nourrisson présente des spécifications cliniques et méthodologiques rigoureuses :
- Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré d’hétéro-évaluation parentale (généralement conduit avec la mère, le père ou les deux tuteurs légaux conjointement).
- Population cible : Nourrissons de la naissance à l’âge de 24 mois (avec extensions préscolaires adaptées au cours du suivi longitudinal).
- Durée d’administration :
- Nourrissons de moins de 1 an : 60 à 120 minutes.
- Enfants de la deuxième année (12-24 mois) : 120 à 240 minutes (pouvant être fractionnées en plusieurs sessions pour éviter la fatigue parentale).
- Domaines situationnels explorés au cours du guide d’entretien :
- Histoire néonatale et périnatale immédiate.
- Alimentation (tétée, biberon, sevrage, introduction de solides, textures, déglutition).
- Cycles de sommeil (endormissement, réveils nocturnes, bruits réveillant l’enfant, siestes).
- Soins d’hygiène corporelle (bain, température de l’eau, savonnage, habillage, déshabillage, change de couches).
- Élimination (mouvements intestinaux, miction, réactions aux couches souillées).
- Réactivité sensorielle (bruits soudains, stimulations visuelles, lumières vives, sensations thermiques, textures des vêtements).
- Relations interpersonnelles (réactions aux parents, aux membres de la fratrie, aux étrangers, aux médecins).
- Exploration et motricité (chariot, parc pour bébé, marche, préhension, exploration d’objets inconnus).
- Moments de frustration et de réconfort (méthodes d’apaisement requises pour interrompre les pleurs).
- Technique de recueil des données : Questionnement semi-directif factuel avec relances systématiques pour éviter les généralisations (« Décrivez-moi en détail comment s’est déroulé le réveil de ce matin » plutôt que « Votre enfant se réveille-t-il de bonne humeur ? »).
- Mécanisme de cotation : Le protocole transcrit est découpé en unités comportementales élémentaires (unités d’information factuelle). Chaque unité est affectée à l’une des neuf dimensions tempéramentales, puis cotée sur une échelle ordinale de 1 à 3 (faible / moyen / fort ou bas / intermédiaire / haut) selon un manuel de codage standardisé comprenant des descriptions d’ancrage comportemental.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1963.
- Publication d’origine : Chapitre « Data collection », dans l’ouvrage Behavioral Individuality in Early Childhood, publié par la New York University Press.
- Statut du droit d’auteur : Le guide d’entretien original, les grilles de codage et les protocoles détaillés sont protégés par le droit d’auteur détenu par les auteurs originaux et l’éditeur (New York University Press).
- Conditions d’accès et d’utilisation : L’outil complet de l’entretien clinique n’est pas distribué commercialement sous forme de kit de test clé en main. Les chercheurs et cliniciens souhaitant utiliser la méthodologie originale doivent se référer à la monographie de 1963 ou solliciter des autorisations auprès des ayants droit ou de l’éditeur universitaire pour la reproduction des grilles d’encodage.
- Dérivés en accès libre / questionnaires standardisés : Pour contourner la lourdeur d’administration d’un entretien de 2 à 4 heures, le Dr William B. Carey a développé en 1970 et révisé en 1977 des questionnaires parentaux standardisés autoadministrés (Infant Temperament Questionnaire / Revised Infant Temperament Questionnaire – RITQ), fondés directement sur le schéma conceptuel de l’Entretien de Thomas et Chess, largement diffusés et commercialisés auprès des milieux cliniques et pédiatriques.
12. Références / References
Chess, S., & Thomas, A. (1984). Origins and evolution of behavior disorders: From infancy to early adult life. Harvard University Press. https://doi.org/10.4159/harvard.9780674436893
Chess, S., & Thomas, A. (1996). Temperament: Theory and practice. Brunner/Mazel.
Carey, W. B. (1970). A simplified method for measuring infant temperament. The Journal of Pediatrics, 77(4), 704–709. https://doi.org/10.1016/S0022-3476(70)80244-9
Carey, W. B., & McDevitt, S. C. (1978). Revision of the Infant Temperament Questionnaire. Pediatrics, 61(5), 735–739. https://doi.org/10.1542/peds.61.5.735
Goldsmith, H. H., Buss, A. H., Plomin, R., Rothbart, M. K., Thomas, A., Chess, S., Hinde, R. A., & McCall, R. B. (1987). Roundtable: What is temperament? Four approaches. Child Development, 58(2), 505–529. https://doi.org/10.2307/1130527
Rothbart, M. K., & Derryberry, D. (1981). Development of individual differences in temperament. In M. E. Lamb & A. L. Brown (Eds.), Advances in developmental psychology (Vol. 1, pp. 37–86). Lawrence Erlbaum Associates.
Thomas, A., Chess, S., Birch, H. G., Hertzig, M. E., & Korn, S. (1963). Data collection. In A. Thomas, S. Chess, H. G. Birch, M. E. Hertzig, & S. Korn, Behavioral individuality in early childhood (pp. 24–34). New York University Press. https://doi.org/10.1037/14328-003
Thomas, A., & Chess, S. (1977). Temperament and development. Brunner/Mazel.