1. Résumé / Abstract
Les Enquêtes Active Where ? (Active Where? Surveys) constituent une batterie d’instruments psychométriques et environnementaux standardisés développée sous la direction des professeurs Jacqueline Kerr et James F. Sallis, au sein du programme Active Living Research soutenu par la Fondation Robert Wood Johnson. Cet ensemble d’outils a été spécifiquement conçu pour caractériser et mesurer les perceptions des micro-, méso- et macro-environnements physiques, domestiques, communautaires et scolaires susceptibles d’influencer les niveaux d’activité physique, les comportements sédentaires et les habitudes nutritionnelles chez les enfants et les adolescents. L’instrument est décliné en trois versions complémentaires : un questionnaire d’auto-évaluation pour adolescents (12-19 ans), une version administrée conjointement aux dyades parent-adolescent, et une version destinée aux dyades parent-enfant.
Le protocole initial repose sur une approche méthodologique mixte combinant une phase formative qualitative menée in situ (entretiens et observations directes au sein des parcs et des quartiers) et une validation psychométrique quantitative multicentrique déployée dans trois métropoles américaines aux profils urbanistiques contrastés : San Diego (Californie), Cincinnati (Ohio) et Boston (Massachusetts). Le questionnaire comprend 24 sections thématiques distinctes (notées de A à X) totalisant plus de 280 items, évaluant des dimensions aussi variées que la densité des équipements électroniques au domicile, le temps de marche estimé vers les commodités et les parcs, les barrières environnementales au transport actif, l’esthétique perçue du quartier, la sécurité face au trafic et à la criminalité, les politiques et règles parentales, ainsi que l’accessibilité des aliments sains ou hypercaloriques dans l’environnement scolaire et résidentiel.
Les propriétés psychométriques de l’outil révèlent une fidélité test-retest satisfaisante à excellente sur un intervalle de deux semaines, attestée par des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et des coefficients kappa de Cohen modérés à élevés pour la majorité des scores composites et des items individuels. Les études de validité de construit et de validité de critère démontrent des associations significatives entre les scores d’environnement perçu, les mesures objectives de marchabilité (walkability par systèmes d’information géographique – SIG), l’accélérométrie, la consommation de fruits et légumes, et l’indice de masse corporelle (IMC) ajusté selon les percentiles pédiatriques.
2. Mots-clés / Keywords
Environnement bâti, activité physique, pédiatrie, marchabilité, comportements sédentaires, nutrition, écologie comportementale, validité psychométrique, fidélité test-retest, dyade parent-enfant, obésité juvénile, transport actif, parcs récréatifs, sécurité perçue.
3. Auteurs / Authors
La batterie d’enquêtes Active Where? a été conçue et validée par une équipe multidisciplinaire d’experts reconnus en psychologie de la santé, en épidémiologie comportementale et en médecine pédiatrique :
- Jacqueline Kerr, Ph.D. : Professeure au Département de médecine de famille et de santé publique, Université de Californie à San Diego (UCSD), San Diego, CA, États-Unis. Spécialiste de la mesure objective et perçue des contextes environnementaux influençant la mobilité humaine.
- James F. Sallis, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à la San Diego State University (SDSU) et professeur associé au Département de médecine de famille et de santé publique à l’UCSD ; ancien directeur du programme national Active Living Research (Robert Wood Johnson Foundation).
- Dori E. Rosenberg, Ph.D., M.P.H. : Chercheuse principale au Kaiser Permanente Washington Health Research Institute, Seattle, WA, États-Unis.
- Gregory J. Norman, Ph.D. : Professeur associé au Département de médecine de famille et de santé publique, Université de Californie à San Diego, San Diego, CA, États-Unis.
- Brian E. Saelens, Ph.D. : Professeur de pédiatrie et de psychiatrie à l’Université de Washington et au Seattle Children’s Research Institute, Seattle, WA, États-Unis.
- Nefertiti H. Durant, M.D., M.P.H. : Professeure associée de pédiatrie à la Division de médecine de l’adolescence, Université d’Alabama à Birmingham (UAB), Birmingham, AL, États-Unis.
Le projet a été développé en étroite collaboration avec trois centres hospitaliers et universitaires majeurs : la San Diego State University, le Cincinnati Children’s Hospital Medical Center et le Boston Children’s Hospital (Harvard Medical School).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental des Enquêtes Active Where ? est de combler un déficit méthodologique historique dans l’étude des déterminants de l’obésité infantile et juvénile. Durant les années 1990 et le début des années 2000, la majorité des recherches épidémiologiques et comportementales ciblant le mode de vie des jeunes privilégiaient des facteurs individuels (connaissances, attitudes, auto-efficacité) ou interpersonnels immédiats. Lorsque l’environnement bâti et les contextes physiques ont commencé à être reconnus comme des vecteurs prépondérants de santé publique, la plupart des instruments de mesure disponibles — tels que le Neighborhood Environment Walkability Scale (NEWS) développé par Sallis et ses collaborateurs — avaient été exclusivement construits et validés pour des populations adultes.
Or, l’expérience spatiale et les capacités de déplacement autonome d’un enfant ou d’un adolescent diffèrent fondamentalement de celles d’un adulte :
- Les enfants et adolescents ne conduisent pas de véhicule automobile et dépendent soit du transport actif (marche, vélo, planche à roulettes), soit du transport assuré par leurs parents.
- Leur rayon d’action géographique autonome est délimité par des règles parentales explicites et des négociations intrafamiliales fondées sur la perception de la sécurité (danger lié à la circulation routière, peurs liées à la criminalité ou aux incivilités).
- Les destinations fonctionnelles pertinentes pour les jeunes ne sont pas les lieux de travail ou les banques, mais les écoles, les parcs municipaux, les aires de jeux, les centres de loisirs communautaires, les magasins de proximité et les établissements de restauration rapide.
- Les environnements domestiques et scolaires exercent une influence prépondérante et directe sur l’accès aux aliments denses en énergie (boissons sucrées, collations ultra-transformées) et aux opportunités de comportements sédentaires (écrans dans la chambre à coucher, règles de temps d’écran).
Le projet Active Where? a donc été spécifiquement calibré pour conceptualiser, opérationnaliser et standardiser l’évaluation multidimensionnelle de ces environnements spécifiques aux jeunes. L’instrument vise à documenter non seulement les caractéristiques physiques objectives filtrées par la perception cognitive du sujet (ex. présence de trottoirs continus, distances pédestres), mais également les barrières psycho-environnementales (ex. perception d’insécurité dans un parc, relief vallonné, manque d’éclairage nocturne, traversées de rues dangereuses). En milieu de recherche, ces enquêtes permettent de tester des modèles de médiation et de modération expliquant pourquoi certains aménagements urbains favorisent ou inhibent l’activité physique mesurée par accélérométrie. Sur le plan de la santé publique et de l’urbanisme, les données issues de ces questionnaires fournissent des leviers d’action concrets pour orienter les politiques de réaménagement spatial (ex. programmes Safe Routes to School, réhabilitation des parcs de quartier, régulation de l’offre alimentaire aux abords des établissements scolaires).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique au cœur des Active Where? Surveys repose sur la cognition environnementale appliquée à la santé, c’est-à-dire l’évaluation subjective et la représentation mentale que les individus se font des opportunités, des contraintes et des risques inhérents à leur environnement de vie physique et social. L’outil aborde ce construit à travers une hiérarchie de sous-dimensions interconnectées réparties en 24 sections thématiques :
1. Le micro-environnement domestique (Sections A, P, S, T)
Cette dimension capture les caractéristiques physiques et normatives de l’espace familial intime. Elle quantifie d’une part la saturation technologique de l’habitat (nombre de téléviseurs, ordinateurs, consoles de jeux dans le foyer et directement dans la chambre de l’enfant), et d’autre part l’accès matériel aux facilitateurs de motricité (présence et fréquence d’utilisation d’équipements sportifs : vélos, ballons, cordes à sauter, paniers de basket). Elle évalue également les processus de régulation comportementale parentale (règles formelles quant aux sorties extérieures, limites imposées sur le temps d’écran) ainsi que la disponibilité domestique d’aliments sains (fruits frais, légumes) comparativement aux aliments denses en calories (sodas, confiseries, collations grasses).
2. L’accessibilité perçue et la connectivité spatiale (Sections B, C, D, H, I, J, K)
Cette dimension mesure l’estimation cognitive du temps de marche requis pour atteindre une variété exhaustive de destinations quotidiennes. Elle différencie les destinations commerciales et civiques (épiceries, bibliothèques, commerces de quartier) des destinations récréatives formelles et informelles (parcs municipaux, terrains vagues, piscines publiques, centres communautaires). Elle examine également la typologie du bâti résidentiel (maisons unifamiliales vs immeubles d’appartements collectifs), la connectivité des réseaux de rues (intersections, impasses), ainsi que la continuité et la qualité des infrastructures piétonnes (présence de trottoirs bien entretenus des deux côtés de la voie).
3. Les barrières environnementales spécifiques à la destination (Sections E, F, G, N, V)
Plutôt que de mesurer une marchabilité abstraite, l’instrument évalue les freins perçus spécifiques au déplacement actif vers des lieux cibles : le parc du quartier, les commerces locaux, ou l’établissement scolaire. Les barrières englobent des dimensions topographiques (dénivelé important, collines ardues), des contraintes physiques (absence de passages piétons, feux de signalisation trop courts, circulation automobile intense et rapide, absence de pistes cyclables protégées), des freins liés aux conditions climatiques défavorables (pluie, froid extrême, chaleur excessive), ainsi que des facteurs liés aux équipements d’accueil des parcs (toilettes publiques fermées, absence de fontaines d’eau potable, dégradations, éclairage nocturne défaillant).
4. La sécurité environnementale et la cohésion contextuelle (Sections L, M)
Cette facette évalue la charge d’anxiété et la perception du danger générées par l’environnement immédiat. Elle distingue méthodologiquement :
- La sécurité routière : perception de la vitesse des véhicules motorisés, visibilité aux intersections, comportements agressifs des conducteurs.
- La sécurité face à la criminalité : éclairage public nocturne, sentiment de vulnérabilité lors de la marche solitaire en journée ou en soirée, présence d’individus menaçants, de bandes, d’activités illégales visibles (trafic de stupéfiants, actes de vandalisme, graffitis).
- L’esthétique paysagère : propreté des espaces, présence d’arbres d’ombrage, de végétation attrayante et d’éléments architecturaux plaisants renforçant le sentiment de confort et de valorisation de l’espace public.
5. L’environnement institutionnel scolaire et périscolaire (Sections U, W)
L’instrument analyse les incitations matérielles et organisationnelles à la motricité au sein de l’école (qualité des cours de récréation, accès libre aux gymnases ou aux équipements sportifs en dehors des heures de cours, existence de supports pour verrouiller les vélos). Il documente simultanément le paysage nutritionnel scolaire (présence de distributeurs automatiques de boissons ou de friandises, cantines proposant des options diététiques, facilité d’accès aux restaurants de type « fast-food » situés dans un périmètre immédiat autour de l’établissement).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Les Active Where? Surveys s’ancrent rigoureusement dans le modèle socio-écologique appliqué à la promotion de la santé et à l’épidémiologie comportementale, formalisé notamment par Urie Bronfenbrenner et adapté spécifiquement à l’activité physique par James F. Sallis, Neville Owen et Brian Saelens. Selon cette perspective paradigmatique, le comportement d’un individu ne découle pas uniquement de prédispositions biologiques, cognitives ou motivationnelles isolées, mais résulte d’une dynamique d’interactions réciproques et continues s’exerçant à de multiples niveaux d’influence imbriqués : individuel, interpersonnel, environnemental (physique et bâti) et politique/institutionnel.
Dans ce cadre socio-écologique, les environnements ne se contentent pas d’agir comme de simples décors passifs ; ils exercent une fonction de « sollicitation écologique » (concept d’affordance introduit par James J. Gibson en psychologie écologique). Un quartier doté d’une forte densité résidentielle, d’une grande mixité de l’utilisation des sols (land-use mix) et d’un réseau viaire hautement interconnecté « afforde » ou sollicite naturellement la marche et le vélo pour les déplacements utilitaires. À l’inverse, les contextes caractérisés par un étalement urbain prononcé (urban sprawl), une ségrégation spatiale des fonctions urbaines et une configuration de rues en impasses (cul-de-sac) pénalisent les modes actifs et rendent obligatoire le recours systématique à la voiture, créant un environnement structurellement « obésogène ».
L’assise théorique emprunte également aux concepts de la théorie cognitive sociale d’Albert Bandura, particulièrement en ce qui concerne le rôle régulateur des barrières environnementales perçues et l’impact de l’environnement familial sur l’apprentissage par modelage social. L’autorisation accordée par les parents à leur enfant d’utiliser l’espace public (la parental license ou autonomie spatiale concédée) dépend d’un calcul subjectif d’évaluation du risque : si le parent perçoit un danger routier élevé ou une criminalité menaçante dans le quartier, il restreindra la liberté de déplacement de l’enfant, annulant l’effet potentiellement incitatif d’installations récréatives de proximité. L’architecture du projet Active Where? intègre cette dimension triadique en confrontant systématiquement les perceptions subjectives parentales, les perceptions de l’adolescent et les caractéristiques physiques objectives des quartiers.
7. Validité / Validity
Le développement et la vérification des qualités métrologiques des Active Where? Surveys ont fait l’objet d’un processus empirique en plusieurs phases pour garantir une validité optimale sur plusieurs plans :
1. Validité de contenu et validité d’apparence (Face & Content Validity)
La validité de contenu a été établie dès l’amorce du projet par une phase de recherche formative approfondie. Des entretiens qualitatifs individuels et des démarches d’observation directe in situ ont été réalisés auprès de cohortes d’enfants, d’adolescents et de parents au moment même où ils fréquentaient des parcs urbains et des rues de quartier. Cette immersion sur le terrain a permis aux chercheurs de relever le vocabulaire spontané utilisé par les jeunes pour qualifier les obstacles environnementaux et de s’assurer que chaque domaine d’investigation reflétait fidèlement leurs vécus réels. Les versions préliminaires ont ensuite été soumises à un comité international d’experts en santé environnementale et en psychométrie, avant d’être testées lors d’études pilotes sur chaque site pour ajuster le niveau de lisibilité, clarifier les formulations ambiguës et optimiser la durée de passation.
2. Validité de construit et validité convergente
La validité de construit a été documentée en examinant la cohérence des réponses au regard d’un plan d’échantillonnage stratifié en quatre quadrants environnementaux. Les quartiers des trois villes étudiées (San Diego, Boston, Cincinnati) ont été classés préalablement selon des critères objectifs issus du recensement et de systèmes d’information géographique (SIG) croisant deux dimensions binaires : niveau de revenu (faible vs élevé) et indice de marchabilité (faible vs élevée). Les analyses statistiques ont mis en évidence que les participants résidant dans les quadrants classés objectivement comme « haute marchabilité » rapportaient des temps de marche perçus vers les commodités (Sections B et C) significativement plus courts, une plus grande connectivité des rues (Section J) et une meilleure accessibilité des services locaux (Section I) que les résidents des quadrants à faible marchabilité, démontrant ainsi une remarquable validité discriminante et convergente.
3. Validité de critère et validité concourante
Dans les publications clés associées au projet (notamment Forman et al., 2008 ; Grow et al., 2008 ; Durant et al., 2009), les associations entre les scores des enquêtes et des critères physiologiques et comportementaux mesurés de manière indépendante ont été analysées :
- Comportements de transport actif : Les scores composites de barrières vers les parcs (Section E) et vers les commerces (Section F) ont prédit de manière statistiquement significative la fréquence réelle de marche ou de déplacement à vélo rapportée par les adolescents et enregistrée par carnets d’activités.
- Activité physique globale : Les items évaluant les aménagements et équipements récréatifs domestiques (Section P) et la proximité temporelle des parcs (Section C) présentaient des corrélations positives significatives (p < 0,01) avec le temps passé en activité physique modérée à vigoureuse mesuré par accélérométrie chez les jeunes.
- Critères de santé et nutrition : Les indicateurs de disponibilité des aliments à domicile (Section T) et au sein des établissements scolaires (Section W) corrélaient de manière robuste avec la consommation effective de portions quotidiennes de fruits et légumes et, inversement, avec la consommation de boissons sucrées. De surcroît, des modèles de régression ont révélé des associations significatives entre certaines dimensions de barrières perçues et le risque de surpoids opérationnalisé par l’indice de masse corporelle (IMC ajusté pour l’âge et le sexe, percentiles CDC).
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la reproductibilité temporelle des Active Where? Surveys a constitué un des axes méthodologiques centraux du consortium de recherche. Le protocole a été déployé de manière standardisée auprès d’adolescents (âgés de 12 à 19 ans) et de leurs parents respectifs sur les trois sites métropolitains (San Diego, Cincinnati, Boston), à travers une procédure de test-retest administrée à un intervalle d’environ deux semaines (14 jours).
Indices statistiques de reproductibilité
Selon la nature des variables mesurées, deux indicateurs principaux ont été calculés pour chaque item individuel et pour l’ensemble des scores composites :
- Pour les échelles continues ou quasi-continues (temps de marche estimé, scores composites d’échelles de Likert), le coefficient de corrélation intraclasse (CCI à effets mixtes) a été appliqué.
- Pour les items nominaux, ordinaux ou dichotomiques (disponibilité d’un équipement, présence/absence d’une règle, choix binaire de transport actif), le coefficient kappa de Cohen non pondéré ou pondéré et le pourcentage de concordance absolue (percent agreement) ont été rapportés.
Résultats empiriques de fidélité test-retest
Les analyses de fidélité publiées dans les rapports techniques du projet (Joe, Carlson & Sallis) et les revues à comité de lecture indiquent globalement des performances psychométriques très solides :
- Micro-environnement domestique : La section A relative aux appareils électroniques au foyer a démontré une excellente reproductibilité, avec des coefficients CCI et kappa supérieurs à 0,80 pour la quasi-totalité des items. La déclaration de la présence de téléviseurs ou d’ordinateurs dans la chambre de l’enfant a atteint une concordance proche de 95 %.
- Distances pédestres et destinations (Sections B et C) : Les estimations du temps de marche vers les destinations commerciales et récréatives ont montré des CCI oscillant majoritairement entre 0,65 et 0,82 chez les adolescents, et entre 0,70 et 0,88 chez les parents, témoignant d’une bonne stabilité de la représentation cognitive des distances de proximité.
- Barrières environnementales et de sécurité (Sections E, F, G, M) : Les échelles de barrières spécifiques à la destination ont présenté une fidélité modérée à substantielle, avec des CCI moyens situés entre 0,55 et 0,74 chez les adolescents et entre 0,62 et 0,78 chez les parents. Durant et al. (2009) ont spécifiquement souligné que les scores évaluant la sécurité liée à la circulation et à la criminalité affichaient une consistance temporelle remarquable (CCI > 0,70).
- Règles parentales et environnement nutritionnel (Sections S, T, W) : La stabilité temporelle des règles familiales rapportées variait de 0,50 à 0,72 selon le degré de formalisme de la règle. La disponibilité des aliments à domicile a présenté des indices de cohérence élevés (CCI > 0,68).
Les comparaisons directes entre les réponses des adolescents et celles de leurs parents ont montré que les parents ont tendance à présenter des indices de fidélité test-retest légèrement plus élevés que les adolescents sur les dimensions matérielles formelles du quartier et du logement, mais que les adolescents s’avèrent des informateurs tout aussi fiables — et souvent plus précis — pour décrire leurs propres trajets actifs, leurs barrières vécues dans les parcs et les micro-contextes de leur école.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration et la confirmation de la structure interne des différentes sous-échelles des Active Where? Surveys ont été réalisées à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) utilisant l’extraction par factorisation en axes principaux ou en maximum de vraisemblance, assortie de rotations obliques (Promax ou Oblimin direct), en raison des corrélations naturelles attendues entre des facettes environnementales interdépendantes. Ces procédures ont ensuite été validées par des modèles d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) pour tester l’ajustement structurel des données empiriques.
Structure factorielle des barrières au transport actif et à l’usage des parcs
Dans l’étude consacrée aux barrières spécifiques aux destinations (Forman et al., 2008), l’analyse factorielle des 18 items des Sections E et F a dégagé une structure multidimensionnelle stable et parcimonieuse, expliquant une part substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 : Sécurité liée à la criminalité et incivilités (ex. rues désertes, peur des agressions, présence de personnes inquiétantes, mauvaise réputation des lieux) ; saturations factorielles comprises entre 0,58 et 0,82.
- Facteur 2 : Dangers liés au trafic routier et intersections (vitesse excessive des automobilistes, conducteurs inattentifs, passages piétons dangereux) ; saturations comprises entre 0,52 et 0,76.
- Facteur 3 : Contraintes physiques et topographiques (dénivelé, trop grande distance perçue, fatigue physique, obligation de porter des sacs lourds) ; saturations comprises entre 0,48 et 0,71.
De façon analogue, l’analyse menée par Durant et al. (2009) sur les barrières environnementales au sein des parcs et des rues résidentielles (Section G, 21 items) a confirmé la présence de facteurs distincts sous-jacents : un facteur « Déficit d’aménagements et de maintenance » (manque d’éclairage, toilettes sales ou verrouillées, équipements détériorés), un facteur « Présence de comportements déviants » (consommation visible de drogues, bandes rivales) et un facteur « Risques environnementaux physiques » (chiens errants, circulation périphérique dense).
Invariance de mesure et cohérence interne
Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) calculés pour les facteurs dérivés des différentes sections se sont révélés très satisfaisants, s’échelonnant majoritairement entre 0,72 et 0,89, confirmant l’homogénéité des construits extraits. Des analyses d’invariance de mesure ont également été conduites pour vérifier la robustesse structurelle à travers les trois sites géographiques (San Diego, Cincinnati, Boston). Les indices d’ajustement des modèles confirmatoires (RMSEA < 0,06, CFI > 0,92, TLI > 0,90) ont confirmé que les participants des différentes métropoles conceptualisent les dimensions environnementales, la marchabilité et la sécurité selon une architecture factorielle rigoureusement équivalente, validant ainsi la généralisabilité de l’instrument.
10. Instrument de mesure / Instrument
La batterie Active Where? constitue un dispositif d’évaluation par auto-questionnaire standardisé (self-report paper-and-pencil or digital survey) conçu pour un usage individuel ou conjoint au sein de dyades familiales. Elle se compose des éléments suivants :
- Versions disponibles :
- Adolescent Survey : complété de façon autonome par des adolescents âgés de 12 à 19 ans.
- Parent-Adolescent Survey : questionnaire miroir rempli par l’un des parents de l’adolescent.
- Parent-Child Survey : complété conjointement par le parent et son enfant d’âge scolaire primaire (généralement 6 à 11 ans).
- Temps de passation : Environ 30 à 45 minutes pour compléter l’ensemble de la batterie exhaustive. Les modules peuvent toutefois être administrés séparément sous forme d’échelles autonomes en fonction des objectifs de recherche.
- Nombre total d’items : Plus de 280 items structurés selon 24 sections modulaires (A à X).
- Structure des modules et formats de réponse :
- Section A (13 items) : Présence d’appareils électroniques et d’écrans au domicile et dans la chambre de l’enfant (comptage numérique direct : 0, 1, 2, 3+).
- Section B (20 items) : Temps de marche estimé vers diverses destinations commerciales et publiques (Échelle en 5 points : 1-5 min, 6-10 min, 11-20 min, 21-30 min, 30+ min ou ne sait pas).
- Section C (14 items) : Temps de marche estimé vers des lieux récréatifs et parcs (Échelle en 5 points : 1-5 min à 30+ min).
- Section D (17 items doubles) : a) Fréquence de fréquentation des lieux récréatifs (Échelle en 4 points : Jamais, 1-3 fois/mois, 1 fois/semaine, 2+ fois/semaine) ; b) Mode de transport habituel (Dichotomique : Marche/vélo vs Autre moyen motorisé).
- Sections E et F (18 items chacune) : Barrières à la marche ou au vélo vers le parc local (E) et vers les magasins/restaurants (F) (Échelle de Likert en 4 points : 1 = Fortement en désaccord à 4 = Fortement d’accord).
- Section G (21 items) : Barrières à l’activité physique dans les parcs et le quartier résidentiel (Échelle de Likert en 4 points : Fortement en désaccord à Fortement d’accord).
- Section H (4 items) : Types de logements prédominants dans le quartier (Échelle en 5 points : Aucun, Quelques-uns, Environ la moitié, La plupart, Tous).
- Section I (6 items) : Facilité d’accès aux services de proximité (Échelle de Likert en 4 points).
- Section J (3 items) : Caractéristiques du réseau viaire et intersections (Échelle de Likert en 4 points).
- Section K (3 items) : Présence et continuité des infrastructures pour la marche (Échelle de Likert en 4 points).
- Section L (4 items) : Attributs esthétiques et propreté du quartier (Échelle de Likert en 4 points).
- Section M (13 items) : Sécurité perçue dans le quartier face au trafic et à la criminalité (Échelle de Likert en 4 points).
- Section N (2 items) : Impact des conditions météorologiques défavorables sur la motricité (Échelle de Likert en 4 points).
- Section O (5 items) : Fréquence d’activité physique réalisée spécifiquement dans le quartier résidentiel (Échelle en 4 points : Jamais à 1+ fois par semaine).
- Section P (14 items) : Présence et fréquence d’utilisation d’objets favorisant l’activité physique à domicile (Échelle en 5 points : Non disponible, Jamais utilisé, 1-3 fois/mois, 1 fois/semaine, 2+ fois/semaine).
- Section Q (9 items) : Temps passé en activité physique modérée à vigoureuse au cours des 7 derniers jours (jours/semaine et minutes/jour).
- Section R (23 items) : Temps alloué aux activités sédentaires lors des jours d’école et des fins de semaine (Échelle en 7 points : Aucun temps à 4 heures ou plus par jour).
- Section S (38 items) : Règles familiales et régulation parentale : jeu extérieur, temps d’écran, alimentation (Échelle ordinale en 3 points : Oui, Parfois, Non).
- Section T (18 items) : Disponibilité d’aliments spécifiques au foyer (fruits, légumes, sodas, chips) (Échelle en 5 points : Jamais à Toujours).
- Section U (23 items) : Environnement physique favorisant l’activité au sein de l’école (Échelle de Likert en 4 points).
- Section V (18 items) : Barrières au transport actif (marche/vélo) pour se rendre à l’école (Échelle de Likert en 4 points).
- Section W (20 items) : Offre alimentaire dans l’enceinte scolaire et ses abords immédiats (Présence Oui/Non, suivie du nombre de jours de consommation de 0 à 5 jours/semaine).
- Section X (13 items) : Caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, niveau de scolarité parental, ethnicité, taille et poids auto-rapportés pour le calcul de l’IMC).
- Cotation et calcul des scores : La cotation s’effectue par section thématique en calculant des scores moyens ou des scores additifs après inversion des items rédigés dans un sens opposé. Des scores composites de « barrières globales », de « marchabilité perçue », de « sécurité globale » et d’« environnement alimentaire sain » sont dérivés conformément aux syntaxes SPSS et SAS établies par l’équipe des auteurs.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et de publication initiale : Les enquêtes ont été développées et validées entre 2006 et 2009 dans le cadre de l’initiative nationale de recherche américaine Active Living Research.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le contenu de l’instrument a été élaboré sous l’égide de la San Diego State University et des institutions partenaires, financé par une subvention de la Robert Wood Johnson Foundation.
- Politique d’accès et tarifs : Les Active Where? Surveys sont des instruments mis à la disposition de la communauté académique internationale en accès libre et gratuit (Open Access) pour toute utilisation à des fins de recherche non commerciale, de veille épidémiologique ou de santé publique. Les protocoles d’administration, les questionnaires complets au format PDF et les rapports détaillés de fidélité sont accessibles publiquement via le portail de recherche du Pr James F. Sallis.
- Conditions d’utilisation : Aucune redevance financière n’est requise. Les utilisateurs sont néanmoins tenus de citer explicitement les publications méthodologiques de référence (Durant et al., 2009 ; Forman et al., 2008 ; Grow et al., 2008) lors de toute diffusion, publication scientifique ou communication de données obtenues au moyen de cet outil. Les adaptations transculturelles ou traductions dans d’autres langues doivent idéalement être signalées aux auteurs d’origine.
12. Références / References
Les publications fondatrices suivantes documentent l’élaboration, la méthodologie d’échantillonnage, la validité et la fidélité des enquêtes Active Where? :
- Durant, N., Kerr, J., Harris, S. K., Saelens, B. E., Norman, G. J., & Sallis, J. F. (2009). Environmental and safety barriers to youth physical activity in parks and streets: Reliability and validity. Pediatric Exercise Science, 21(1), 86–99. https://doi.org/10.1123/pes.21.1.86
- Forman, H., Kerr, J., Norman, G. J., Saelens, B. E., Durant, N. H., Harris, S. K., & Sallis, J. F. (2008). Reliability and validity of destination-specific barriers to walking and cycling for parents and adolescents. Preventive Medicine, 46(4), 311–316. https://doi.org/10.1016/j.ypmed.2007.12.006
- Grow, H. M., Saelens, B. E., Kerr, J., Durant, N. H., Norman, G. J., & Sallis, J. F. (2008). Where are youth active? Roles of proximity, active transport, and built environment. Medicine and Science in Sports and Exercise, 40(12), 2071–2079. https://doi.org/10.1249/MSS.0b013e3181817baa
- Joe, L., Carlson, J. A., & Sallis, J. F. (2008). Active Where? Individual item reliability statistics parent/child survey. San Diego State University Research Foundation. http://www.drjamessallis.sdsu.edu/measures.html
- Sallis, J. F., Cervero, R. B., Ascher, W., Henderson, K. A., Kraft, M. K., & Kerr, J. (2006). An ecological approach to creating active living communities. Annual Review of Public Health, 27, 297–322. https://doi.org/10.1146/annurev.publhealth.27.021405.102100