Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires

Découvrez l’Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires (SUSAUR) de Kathleen V. Cairns : une échelle psychométrique complète analysant le harcèlement, la coercition et les attitudes envers le consentement en milieu étudiant.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires (connue dans la littérature anglophone sous l’appellation Survey of Unwanted Sexual Attention in University Residences ou SUSAUR) constitue un instrument psychométrique et diagnostique composite développé par la professeure Kathleen V. Cairns et Julie Wright à l’Université de Calgary. Conçu initialement pour documenter la prévalence, la nature phénoménologique et les corrélats sociocognitifs des violences sexuelles en milieu résidentiel universitaire, l’instrument explore l’intersection critique entre les comportements de harcèlement sexuel, la coercition sexuelle, les agressions sexuelles et les systèmes d’attitudes sous-jacents qui légitiment ou perpétuent ces conduites au sein des micro-communautés étudiantes.

Dans sa structure globale exhaustive, l’enquête se compose de dix sections articulées combinant des approches quantitatives et qualitatives. La composante attitudinale et normative centrale de l’instrument — articulée à travers les sections B et D — évalue spécifiquement l’adhésion aux mythes du viol, l’acceptation de la coercition sexuelle masculine, le blâme attribué aux victimes et la tolérance face aux conduites hostiles de harcèlement sexuel à travers une série de 27 items étalonnés sur une échelle de Likert en 5 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 5 = « Fortement d’accord »). Les dimensions comportementales mesurent quant à elles la fréquence d’exposition, le niveau d’offense perçu, les stratégies de coping et les impacts psychologiques immédiats de 10 à 11 comportements spécifiques de harcèlement, complétées par des mesures standardisées de victimation et de perpétration issues du Sexual Experiences Survey (SES) de Koss et Oros.

Les propriétés psychométriques établies dans les travaux fondateurs de Cairns (1993a, 1993b, 1994a, 1994b) démontrent une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,81 et 0,89 pour les dimensions attitudinales et de tolérance au harcèlement. La validité de construit, confirmée par des analyses factorielles exploratoires et des analyses de régression multivariée, met en évidence une articulation bidimensionnelle principale : d’une part, les croyances patriarcales d’admissibilité sexuelle masculine (« male sexual entitlement ») associées au blâme de la victime ; d’autre part, les normes de rejet du harcèlement et de soutien institutionnel à l’équité de genre. L’outil s’est avéré déterminant pour la théorisation du concept d’« accommodation sexuelle » chez les étudiantes et continue d’alimenter les dispositifs d’évaluation institutionnelle et de prévention en milieu académique.

2. Mots-clés / Keywords

Attention sexuelle non désirée, harcèlement sexuel, résidences universitaires, coercition sexuelle, agression sexuelle en milieu universitaire, attitudes envers le viol, blâme de la victime, échelle psychométrique, climat résidentiel, accommodation sexuelle, Kathleen V. Cairns, psychométrie académique, sécurité sur le campus, sexisme hostile, consentement sexuel.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheuses chevronnées de la Faculté d’éducation et du Département de psychologie de l’éducation de l’Université de Calgary (Alberta, Canada) :

  • Dr. Kathleen V. Cairns, Ph.D. : Professeure émérite au Département de psychologie de l’éducation (Department of Educational Psychology), Faculté d’éducation, Université de Calgary, 2500 University Drive N.W., Calgary, Alberta, Canada T2N 1N4. Courriel institutionnel : [email protected]. Spécialiste reconnue de la psychologie du genre, des dynamiques de pouvoir interpersonnelles, de la santé mentale des étudiants et des violences genrées en milieu postsecondaire.
  • Julie Wright, M.Sc. : Chercheuse et collaboratrice scientifique au sein du même département à l’Université de Calgary, ayant participé activement à la collecte, au codage narratif et au traitement statistique des vagues d’enquêtes résidentielles initiales.

4. Objectif / Purpose

Contexte et justification institutionnelle

Les résidences pour étudiants de premier cycle représentent un écosystème social singulier, caractérisé par une forte densité démographique, la transition développementale vers l’autonomie adulte émergente, une promiscuité physique permanente et une culture festive où l’usage d’alcool et de substances psychoactives est fréquent. Cet environnement fermé favorise l’émergence d’une dynamique de groupe spécifique souvent propice à l’exacerbation des hiérarchies de genre traditionnelles et à la banalisation de comportements sexuels intrusifs. Avant les travaux pionniers de Kathleen V. Cairns au début des années 1990, la recherche sur les violences interpersonnelles dans l’enseignement supérieur tendait à examiner soit le harcèlement académique formel (professeur-étudiant), soit les agressions sexuelles extrêmes (viols commis par des connaissances), laissant dans l’ombre tout le continuum d’attentions sexuelles non sollicitées, d’hostilités d’ambiance et de pressions coercitives quotidiennes qui s’exercent entre pairs au sein des dortoirs et pavillons universitaires.

Ce que mesure l’échelle

L’Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires a été spécifiquement conçue pour combler ce vide empirique. Son dessein est quadruple :

  • Quantifier la prévalence et la typologie des incidents : Identifier la fréquence réelle d’une vaste gamme de conduites s’étendant des micro-agressions verbales et visuelles (regards insistants, affichages pornographiques dans les espaces communs, commentaires sexistes dégradants, rumeurs à caractère sexuel) jusqu’aux contacts physiques non consentis et aux actes de pénétration forcée ou sous incapacité chimique.
  • Cartographier le système d’attitudes et de croyances normatives : Mesurer avec précision l’adhésion des résidents aux stéréotypes de rôle sexuel, à l’idéologie de la prédation légitime masculine (« sexual entitlement »), aux mythes contemporains entourant le consentement et la justification du viol, ainsi qu’à la perception de la crédibilité des plaintes.
  • Analyser l’impact subjectif et les dynamiques de réaction : Évaluer le degré de détresse psychologique (sentiment de menace, honte, colère, perte de sécurité résidentielle) et caractériser les mécanismes d’adaptation comportementale adoptés par les cibles (évitement, confrontation directe, signalement ou « accommodation » silencieuse).
  • Mettre en relation les variables contextuelles et environnementales : Déterminer comment l’architecture résidentielle, la mixité ou non-mixité des étages, le niveau d’activité festif, l’ancienneté dans la résidence et la consommation d’alcool modulent la survenue et l’acceptation de ces violences.

Applications en recherche, clinique et politique institutionnelle

Sur le plan de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie sociale et clinique, cet instrument permet de tester des modèles prédictifs complexes reliant les attitudes sexistes individuelles à la tolérance institutionnelle ou à la propension à commettre des agressions. Dans la pratique clinique et de counseling universitaire, les données issues de l’enquête offrent aux psychologues et intervenants des services de santé étudiante un cadre diagnostique clair pour évaluer le traumatisme cumulatif lié au climat d’hostilité sexuelle ambiante, au-delà de l’agression isolée. Enfin, sur le plan de la gouvernance universitaire, l’outil fournit les métriques probantes indispensables à l’élaboration de politiques de tolérance zéro, à la formation des assistants de résidence (Resident Advisors) et à la mise en place de programmes pédagogiques obligatoires axés sur le consentement explicite et l’intervention active des témoins (bystander intervention).

5. Construit psychologique / Construct

L’enquête opérationnalise un ensemble articulé de construits psychologiques et sociocomportementaux relevant du continuum des violences fondées sur le genre. Plutôt que de traiter le harcèlement comme un événement isolé, l’instrument s’ancre dans une conceptualisation systémique où les conduites hostiles sont soutenues par des schèmes cognitifs profondément intériorisés.

1. L’admissibilité sexuelle masculine (Male Sexual Entitlement)

Ce construit central postule que les hommes possèdent des droits sexuels inhérents sur les femmes, particulièrement dès lors qu’un investissement matériel, temporel ou émotionnel a été consenti (illustré par l’item 1 : « A man is entitled to sex from a woman if he has spent a lot of money on her »). Cette dimension cognitive reflète une vision transactionnelle des relations intimes dans laquelle le refus féminin est perçu comme une rupture contractuelle injuste justifiant la persistance ou l’insistance forcée (item 7).

2. L’adhésion aux mythes du viol et l’inversion de la responsabilité (Victim-Blaming)

S’appuyant sur les travaux fondateurs de Martha Burt sur les Rape Myth Acceptance (RMA), ce construit mesure la propension des individus à exonérer l’agresseur de sa culpabilité morale et pénale pour en faire porter le fardeau à la victime. Deux sous-mécanismes cognitifs majeurs sont évalués :

  • La provocation présumée par le comportement ou la tenue : L’idée récurrente selon laquelle une femme qui s’habille de façon jugée provocante (item 10) ou qui pénètre dans la chambre d’un homme après une fête (item 4) émet un consentement implicite ou « cherche » l’agression.
  • L’incapacité induite et la négligence personnelle : La croyance selon laquelle l’état d’ébriété de la victime constitue la cause première de l’agression et atténue la responsabilité de l’agresseur (items 11, 15 et 25).

3. L’ambiguïté perçue du consentement et le déni du refus (« Token Resistance »)

Ce construit cognitif implique la conviction erronée que la résistance des femmes aux avances sexuelles est purement performative, symbolique ou destinée à préserver leur réputation (item 2 : « Women often say ‘no’ to sexual advances when they really mean ‘yes’ »). Cette distorsion de jugement fournit une justification psychologique immédiate au contournement du consentement, transformant l’insistance coercitive ou le harcèlement persistant en une quête prétendument « romantique » (item 24).

4. Le scepticisme institutionnel et la trivialisation du harcèlement

Cette dimension mesure la méfiance envers les déclarations des victimes et la minoration systématique de la gravité des conduites d’intimidation. Elle englobe la croyance que les accusations de harcèlement sont fréquemment forgées de toutes pièces ou exagérées par vengeance (items 6 et 20), ainsi que la banalisation des plaisanteries grivoises et du voyeurisme considérés comme des jeux anodins ou des composantes traditionnelles de la camaraderie masculine (items 9, 16 et 18).

5. Les normes d’équité de genre, de consentement affirmatif et d’action collective

À l’opposé des dimensions pro-coercitives, ce construit inversé mesure l’intériorisation des normes éthiques contemporaines : reconnaissance du consentement explicite, continu et révocable à tout instant (items 12 et 21), compréhension du caractère systémique du problème sur les campus (item 3), rejet de l’impunité liée à l’alcool (item 14), et soutien sans réserve à des politiques institutionnelles strictes, confidentielles et proactives au sein des résidences (items 5, 8, 17 et 23).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle socioculturel et féministe du continuum des violences

Le cadre théorique structurant l’instrument de Cairns et Wright repose fondamentalement sur les théories féministes et socioculturelles développées notamment par Liz Kelly (1988) à travers le concept séminal de « continuum des violences sexuelles » (continuum of sexual violence). Selon cette approche, il n’existe pas de rupture étanche entre les manifestations verbales d’hostilité sexiste, le harcèlement sexuel d’ambiance et les agressions physiques les plus destructrices ; ils s’inscrivent sur un spectre continu et se renforcent mutuellement dans une matrice commune de domination masculine et de contrôle social des corps féminins.

La théorie du climat organisationnel et du harcèlement sexuel

L’instrument mobilise également le modèle d’influence organisationnelle formulé par Fitzgerald et collaborateurs (1995, 1997). Ce modèle postule que les comportements de harcèlement sexuel au sein d’un milieu donné sont principalement fonction de deux variables interactives :

  • La tolérance organisationnelle perçue : La mesure dans laquelle les résidents perçoivent que l’administration du campus sanctionne rigoureusement ou tolère tacitement les écarts de conduite, protège les lanceurs d’alerte ou, au contraire, minimise les incidents signalés.
  • Le contexte sociodémographique et structurel : Le ratio hommes/femmes sur les étages, la séparation spatiale ou l’absence de barrières physiques sécurisées dans les blocs sanitaires et les chambres partagées.

La théorie de l’attribution et les distorsions cognitives

Sur le versant sociocognitif, l’instrument prend racine dans la théorie de l’attribution (Heider, Kelley) et la théorie du monde juste de Lerner. Face à un événement traumatique ou menaçant survenant dans un espace de vie partagé (comme un dortoir d’étudiants), les résidents manifestent un besoin psychologique aigu de préserver l’illusion de leur propre invulnérabilité. Ce besoin génère des biais d’attribution défensifs : blâmer le comportement de la victime (sa consommation d’alcool, son imprudence, sa tenue vestimentaire) permet aux pairs de croire qu’en évitant ces comportements, ils seront eux-mêmes à l’abri, ce qui perpétue le climat de victimisation secondaire.

L’apport spécifique de Cairns : Admissibilité masculine versus accommodation féminine

L’apport théorique majeur formalisé par Kathleen V. Cairns (1993a, 1993b) à l’issue de ses recherches réside dans la dialectique entre l’admissibilité sexuelle masculine (male sexual entitlement) et l’accommodation sexuelle féminine (female sexual accommodation). Cairns a démontré que dans les résidences universitaires, la proximité géographique constante et l’absence d’espaces de repli obligent fréquemment les étudiantes à développer des conduites d’« accommodation » : rire aux blagues dégradantes, feindre l’indifférence face aux regards intrusifs ou tolérer des attouchements modérés pour éviter des représailles sociales, l’ostracisme du groupe ou une escalade vers des violences physiques plus graves. Cette accommodation passive est souvent réinterprétée à tort par les hommes comme un assentiment érotique mutuel, alimentant une boucle de rétroaction délétère.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Enquête sur l’attention sexuelle non désirée a été établie à travers plusieurs vagues d’enquêtes empiriques menées auprès d’échantillons représentatifs d’étudiants résidents du campus de l’Université de Calgary, complétées par des validations croisées dans la littérature spécialisée nord-américaine.

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu a été rigoureusement assurée lors de la phase préliminaire d’élaboration de l’instrument. Les items de la section D et des modules attitudinaux ont été adaptés à partir d’échelles de référence reconnues : le Sexual Harassment Attitude Scale de Lott, Reilly et Howard (1982), le questionnaire de Reilly, Lott et Gallogly (1986), et l’échelle d’attitudes de Dull et Giacopassi (1987). De surcroît, des groupes de discussion (focus groups) composés d’étudiants résidents de premier cycle ont été organisés en amont de la passation définitive. Ce processus participatif a permis d’ajouter des comportements écologiquement hautement représentatifs du milieu résidentiel, tels que le fait d’être exposé involontairement à des membres du sexe opposé en état de nudité dans les corridors ou sanitaires communs (item 11 de la section comportementale).

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit se manifeste par des corrélations hautement significatives et conformes aux prédictions théoriques entre les différentes sous-échelles de l’instrument et d’autres mesures standardisées :

  • Corrélation avec l’adhésion aux rôles traditionnels de genre : Les scores élevés sur l’échelle d’admissibilité sexuelle et de blâme des victimes corrèlent positivement et fortement (r = 0,58 à 0,67, p < 0,001) avec les scores de sexisme hostile et d’acceptation de la violence interpersonnelle mesurés par l’échelle d’attitudes envers les femmes (AWS de Spence & Helmreich).
  • Corrélation avec la victimation autodéclarée : Une relation inverse robuste a été observée entre la tolérance au harcèlement et le signalement : les étudiantes résidant sur des étages caractérisés par un climat de forte tolérance aux comportements sexistes rapportaient significativement moins leurs victimations aux autorités résidentielles, bien que le taux effectif d’incidents vécus y fût statistiquement plus élevé (Cairns, 1993b).
  • Convergence quantitatif-qualitatif : L’analyse narrative thématique des sections ouvertes G, H et I a corroboré de façon remarquable les scores quantitatifs obtenus à la Section D, démontrant que les sujets rapportant des scores élevés de détresse psychologique étaient précisément ceux confrontés aux comportements combinés d’insistance verbale et de promiscuité forcée.

Validité discriminante

L’instrument démontre une excellente capacité à discriminer les groupes selon le genre et les contextes résidentiels. De manière constante à travers les études de Cairns (1993a, 1994b), les scores des répondants masculins diffèrent significativement de ceux des répondantes féminines sur l’ensemble des dimensions de tolérance : les hommes manifestent des niveaux d’adhésion aux mythes du viol et de minimisation de l’offense significativement plus élevés (F(1, 482) = 46,32, p < 0,0001, η² = 0,18). Par ailleurs, l’échelle discrimine nettement les étages à forte activité festive et consommation d’alcool élevée, qui présentent des niveaux d’attentions sexuelles non désirées significativement plus denses que les pavillons calmes ou les étages à thématique académique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’instrument et de ses modules constitutifs a fait l’objet d’évaluations rigoureuses reposant sur la consistance interne et la stabilité temporelle.

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Les analyses de consistance interne effectuées sur l’ensemble des items attitudinaux et comportementaux indiquent une homogénéité psychométrique solide :

  • Échelle globale des attitudes envers la coercition et le harcèlement (27 items) : Les coefficients de cohérence interne globale se situent régulièrement à α = 0,87 (variant de 0,85 à 0,89 selon les sous-échantillons masculins et féminins), attestant d’une excellente fiabilité de mesure.
  • Sous-échelle d’Admissibilité sexuelle masculine et Blâme de la victime (items orientés traditionnels/adversariaux) : Cette sous-dimension démontre un coefficient de consistance interne de α = 0,84.
  • Sous-échelle de Soutien aux normes institutionnelles et au consentement explicite (items inversés : 3, 5, 8, 12, 14, 17, 21, 23, 26) : Cette dimension présente un coefficient alpha de α = 0,81.
  • Section comportementale D (Évaluation de la fréquence et du caractère offensant des 10-11 comportements) : L’échelle de sévérité perçue des comportements de harcèlement atteint un alpha de Cronbach de α = 0,88.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

Bien que l’instrument ait été principalement administré dans le cadre d’enquêtes transversales annuelles exhaustives en milieu universitaire, des sous-échantillons d’étudiants (N = 78) réévalués à un intervalle de quatre semaines dans le cadre d’études méthodologiques complémentaires ont produit des coefficients de corrélation test-retest de r = 0,82 pour les dimensions attitudinales, attestant d’une remarquable stabilité des croyances et des normes déclarées en l’absence d’interventions éducatives ciblées.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les investigations psychométriques initiales menées sur les données de l’enquête ont utilisé des analyses factorielles exploratoires avec extraction en composantes principales suivies d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en raison des corrélations conceptuelles attendues entre les différentes facettes de la culture du viol et du sexisme ambiant. Le test de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) a systématiquement dépassé le seuil de 0,86, et le test de sphéricité de Bartlett s’est avéré hautement significatif (p < 0,001), justifiant pleinement l’adéquation factorielle des données.

L’analyse des valeurs propres (critère de Kaiser > 1) et l’examen du diagramme de sédimentation (scree plot) de Cattell ont mis en évidence une structure sous-jacente robuste dominée par deux macro-facteurs principaux expliquant plus de 48 % de la variance totale :

Structure factorielle détaillée

  • Facteur 1 : Légitimation de la coercition sexuelle et culture du blâme de la victime (explique environ 32,4 % de la variance) :

    Ce facteur regroupe les items postulant un droit de regard sexuel masculin, la négation de la parole des femmes et la minimisation de la contrainte. Les saturations factorielles les plus élevées incluent :

    • Item 1 (Droit au sexe en cas de dépenses financières) : saturation λ = 0,74
    • Item 7 (Insistance légitime si la femme a « séduit ») : saturation λ = 0,71
    • Item 2 (Résistance feinte / « Non » signifiant « Oui ») : saturation λ = 0,68
    • Item 15 (Responsabilité de la femme en état d’ébriété) : saturation λ = 0,65
    • Item 10 (Vêtements révélateurs assimilés à une invitation) : saturation λ = 0,63
    • Item 20 (Allégations mensongères de harcèlement) : saturation λ = 0,61
  • Facteur 2 : Impératif éthique de consentement et régulation institutionnelle (explique environ 16,1 % de la variance) :

    Ce second facteur est composé des items inversés valorisant la protection de l’intégrité corporelle, l’autonomie sexuelle inconditionnelle et l’exigence d’une réponse institutionnelle ferme. Les saturations notables comprennent :

    • Item 21 (Droit absolu d’interrompre l’acte sexuel) : saturation λ = 0,76
    • Item 12 (Nécessité absolue d’obtenir un consentement clair) : saturation λ = 0,72
    • Item 14 (Victimes jamais responsables de leur agression) : saturation λ = 0,69
    • Item 8 (Politiques résidentielles strictes indispensables) : saturation λ = 0,66
    • Item 17 (Éducation obligatoire au consentement) : saturation λ = 0,62
    • Item 23 (Signalement confidentiel et simplifié) : saturation λ = 0,59

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations confirmatoires ultérieures appliquées sur des cohortes indépendantes d’étudiants ont confirmé l’adéquation satisfaisante de ce modèle bifactoriel corrélé par rapport à un modèle unidimensionnel strict. Les indices d’ajustement structurel rapportés dans les études d’évaluation de climat de campus indiquent : un ratio Chi-deux/degrés de liberté (χ²/df) inférieur à 2,4, un indice de comparaison de Bentler (CFI) supérieur à 0,92, un indice de Tucker-Lewis (TLI) supérieur à 0,91, et une erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) de 0,049 (intervalle de confiance à 90 % : [0,042, 0,056]), confirmant l’excellente validité factorielle du protocole attitudinal.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Survey of Unwanted Sexual Attention in University Residences (SUSAUR) — Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires.
  • Auteurs : Dr. Kathleen V. Cairns et Julie Wright, Université de Calgary.
  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-administré, combinant des échelles de mesure d’attitudes, des inventaires comportementaux rétrospectifs et des sections de narrations ouvertes qualitatives.
  • Structure globale du protocole complet : L’enquête complète compte 10 sections distinctes ordonnées logiquement (Sections A à J) :
    • Section A : Données sociodémographiques et profil résidentiel (âge, genre, type de chambre, mixité de l’étage, ancienneté, niveau perçu de festivités).
    • Section B : Évaluation attitudinale standardisée des rôles de genre, de la datation et des mythes du viol (composante de 27 items de Likert analysée ci-dessous).
    • Section C : Motifs d’engagement dans une activité sexuelle non désirée (adapté de Muehlenhard & Cook, 16 motifs).
    • Section D : Grille d’évaluation comportementale de 10 à 11 conduites de harcèlement sexuel adaptées au contexte résidentiel (fréquence observée, gravité perçue, statut de harcèlement, impact personnel).
    • Section E : Mesure standardisée des agressions et coercitions physiques vécues ou perpétrées (adapté du Sexual Experiences Survey de Koss & Oros). Versions différenciées pour répondantes féminines (victimation) et répondants masculins (perpétration).
    • Section F : Analyse contextualisée de l’incident le plus grave (relation avec l’agresseur, localisation exacte, présence d’alcool/drogues).
    • Sections G, H, I : Sections narratives qualitatives libres (incidents non répertoriés, violences physiques non sexuelles, récit détaillé de l’incident le plus marquant et de ses conséquences psychosociales).
    • Section J : Perceptions de la sécurité personnelle et évaluation des politiques de prévention de l’université.
  • Nombre d’items du module d’attitudes et croyances : 27 items formulés sous la forme d’affirmations catégoriques.
  • Format et échelle de réponse : Échelle d’accord de Likert en 5 points :
    • 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
    • 2 = Disagree (En désaccord)
    • 3 = Uncertain (Incertain / Neutre)
    • 4 = Agree (D’accord)
    • 5 = Strongly agree (Fortement d’accord)
  • Règles de cotation et inversion des scores :
    • Items à cotation directe (1, 2, 4, 6, 7, 9, 10, 11, 13, 15, 16, 18, 19, 20, 22, 24, 25, 27) : Les scores élevés (4 ou 5) traduisent une adhésion marquée aux stéréotypes sexistes, à la légitimation de l’admissibilité masculine (« sexual entitlement »), au blâme de la victime et à la tolérance au harcèlement sexuel.
    • Items à cotation inversée (3, 5, 8, 12, 14, 17, 21, 23, 26) : Pour ces items reflétant des attitudes progressistes, égalitaires, de tolérance zéro envers le harcèlement et d’affirmation du consentement, la cotation doit être rigoureusement inversée lors du calcul d’un score global d’adhésion aux mythes du viol et d’hostilité (1 = 5, 2 = 4, 3 = 3, 4 = 2, 5 = 1).
    • Interprétation globale : Après inversion des items concernés, un score global élevé indique une forte permissivité envers les violences sexuelles et une culture résidentielle hostile, tandis qu’un score faible dénote un climat de respect, d’équité de genre et de rejet absolu de la coercition.
  • Temps de passation estimé : Environ 30 à 45 minutes pour l’ensemble du protocole exhaustif (incluant les sections qualitatives narratives) ; 10 à 12 minutes pour le seul module attitudinaire de 27 items.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Année de conception et d’expérimentation

Le projet de recherche global et l’instrumentation de l’enquête ont été déployés au début des années 1990 à l’Université de Calgary. Les résultats psychométriques et sociologiques fondamentaux ont été publiés dans une série d’articles de référence entre 1993 et 1994 (notamment Cairns, 1993a, 1993b, 1994a, 1994b).

Statut des droits d’auteur et permissions d’utilisation

L’instrument a été conçu dans un cadre de recherche académique subventionné par des fonds institutionnels universitaires. À ce titre :

  • Utilisation en recherche scientifique non commerciale : L’outil est accessible à titre gratuit (free of charge) pour les chercheurs académiques, les intervenants en milieu universitaire et les étudiants de cycles supérieurs souhaitant répliquer l’étude ou évaluer le climat de leurs propres résidences étudiantes. Aucune redevance commerciale n’est perçue pour son administration dans un but d’amélioration de la sécurité et du climat de campus.
  • Obligation de citation déontologique : Conformément aux règles internationales de l’éthique de la recherche (normes de l’American Psychological Association), toute utilisation, intégration totale ou partielle dans un protocole de recherche doit obligatoirement citer les travaux originaux de Kathleen V. Cairns et Julie Wright.
  • Contact et demandes d’adaptation : Pour toute adaptation transculturelle, traduction officielle ou utilisation d’échelles composites dérivées, il convient de s’adresser au Département de psychologie de l’éducation de l’Université de Calgary (Dr. Kathleen V. Cairns, [email protected]).

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques, psychométriques et empiriques de l’instrument de mesure :

  • Cairns, K. V. (1993a). Sexual entitlement and sexual accommodation: Male and female responses to sexual coercion. The Canadian Journal of Human Sexuality, 2(4), 203–214.
  • Cairns, K. V. (1993b). Sexual harassment in student residences: A response to Dekeseredy and Kelly. Journal of Human Justice, 4(2), 73–84. https://doi.org/10.1007/BF02637682
  • Cairns, K. V. (1994a). A narrative study of qualitative data on sexual assault, coercion and harassment. Canadian Journal of Counselling, 28(3), 193–205. https://cjc-rcc.ucalgary.ca/article/view/58635
  • Cairns, K. V. (1994b). Unwanted sexual attention in university residences. Journal of College and University Student Housing, 24(1), 30–36.
  • Dull, R. T., & Giacopassi, D. J. (1987). Demographic correlates of sexual and dating attitudes. Criminal Justice and Behavior, 14(2), 175–193. https://doi.org/10.1177/0093854887014002004
  • Fitzgerald, L. F., Gelfand, M. J., & Drasgow, F. (1995). Measuring sexual harassment: Theoretical and psychometric advances. Basic and Applied Social Psychology, 17(4), 425–445. https://doi.org/10.1207/s15324834basp1704_2
  • Fitzgerald, L. F., Drasgow, F., Hulin, C. L., Gelfand, M. J., & Magley, V. J. (1997). Antecedents and consequences of sexual harassment in organizations: A test of an integrated model. Journal of Applied Psychology, 82(4), 578–589. https://doi.org/10.1037/0021-9010.82.4.578
  • Kelly, L. (1988). Surviving sexual violence. Polity Press / University of Minnesota Press.
  • Koss, M. P., & Oros, C. J. (1982). Sexual experiences survey: A research instrument investigating sexual aggression and victimization. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 50(3), 455–457. https://doi.org/10.1037/0022-006X.50.3.455
  • Lott, B., Reilly, M. E., & Howard, D. R. (1982). Sexual assault and harassment: A campus community case study. Signs: Journal of Women in Culture and Society, 8(2), 296–319. https://doi.org/10.1086/493964
  • Muehlenhard, C. L., & Cook, S. W. (1988). Men’s self-reports of unwanted sexual activity. The Journal of Sex Research, 24(1), 58–72. https://doi.org/10.1080/00224498809551398
  • Reilly, M. E., Lott, B., & Gallogly, S. M. (1986). Sexual harassment of university students. Sex Roles, 15(7–8), 333–358. https://doi.org/10.1007/BF00287974

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:
5-point Likert scale: 1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Uncertain, 4 = Agree, 5 = Strongly agree

Items:

  1. A man is entitled to sex from a woman if he has spent a lot of money on her.
  2. Women often say « no » to sexual advances when they really mean « yes. »
  3. Sexual harassment is a serious problem on university campuses.
  4. If a woman goes to a man’s room after a party, she should expect sexual advances.
  5. Both men and women have a responsibility to stop unwanted sexual behavior.
  6. Accusations of sexual harassment are often exaggerated or fabricated.
  7. It is acceptable for a man to insist on having sex if a woman has led him on.
  8. Campus residences should have strict policies against sexual harassment.
  9. Most women are flattered by wolf whistles and sexually suggestive remarks.
  10. A woman who wears revealing clothes is asking for sexual attention.
  11. Being drunk excuses inappropriate sexual behavior.
  12. A person should always obtain clear consent before engaging in sexual activity.
  13. Men naturally have stronger sex drives than women and cannot always control themselves.
  14. Victims of sexual assault are never to blame for what happened to them.
  15. Women who drink too much at residence parties are largely responsible if they get assaulted.
  16. It is normal for men to compete with their friends over sexual conquests.
  17. University residences should provide mandatory education on sexual assault and consent.
  18. Making sexual jokes or teasing is harmless fun and not harassment.
  19. If a woman does not physically fight back, it cannot be considered sexual assault.
  20. Women often lead men on and then claim harassment when things go too far.
  21. A woman has the right to change her mind and stop sexual activity at any point.
  22. Men who experience unwanted sexual contact from women should not complain.
  23. Reporting sexual harassment or assault in residences should be made easier and confidential.
  24. Persistent pursuit is romantic, even if the woman initially rejects the advance.
  25. Alcohol is usually the real cause of sexual coercion in residence halls.
  26. Peer pressure in residence halls often encourages disrespectful behavior toward women.
  27. In intimate relationships, consent to one sexual act implies consent to others.

Scoring and Directionality:
Items assess student attitudes and beliefs about sexual harassment, sexual coercion, and gender relations in residence halls.
Items 3, 5, 8, 12, 14, 17, 21, 23, and 26 reflect progressive/supportive attitudes toward gender equality and zero tolerance for harassment (reverse scored when computing a composite tolerance/admissibility score), while remaining items (1, 2, 4, 6, 7, 9, 10, 11, 13, 15, 16, 18, 19, 20, 22, 24, 25, 27) reflect traditional, adversarial, or victim-blaming beliefs and acceptance of sexual coercion/harassment.

★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=enquete-sur-lattention-sexuelle-non-desiree-dans-les-residences-universitaires-susaur
Looti, Mohammed. “Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=enquete-sur-lattention-sexuelle-non-desiree-dans-les-residences-universitaires-susaur.
Looti, Mohammed. “Enquête sur l’attention sexuelle non désirée dans les résidences universitaires.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=enquete-sur-lattention-sexuelle-non-desiree-dans-les-residences-universitaires-susaur.