1. Résumé / Abstract
L’Enquête sur la santé sexuelle (en anglais, Sexual Health Survey [SHS]), développée initialement par Heather Eastman-Mueller, Deborah Carr et Steve Osterlind à l’Université du Missouri-Columbia en 2006, constitue un instrument d’évaluation psychométrique exhaustif conçu pour mesurer les connaissances, les attitudes et les comportements liés à la santé sexuelle chez les étudiants de l’enseignement supérieur. Face aux enjeux croissants de santé publique en milieu universitaire — incluant les risques d’infections sexuellement transmissibles (IST), les grossesses non planifiées, les violences sexuelles et les barrières psycho-relationnelles à la communication préventive —, la SHS propose une évaluation multidimensionnelle standardisée articulée autour de cinq thématiques fondamentales : la contraception, la prévention des grossesses, la communication sur la santé sexuelle, les comportements sexuels effectifs, ainsi que la connaissance des IST et les obstacles au dépistage.
Après une réduction rigoureuse d’un pool initial de 200 items à 127 items finaux suite à des analyses d’items (discrimination, difficulté, cohérence interne) sur un échantillon de 600 étudiants universitaires, l’instrument structure ses composantes en trois sections majeures : les Connaissances en santé sexuelle (Sexual Health Knowledge [SHK], 24 items cotés sur une échelle de Likert en 6 points), les Attitudes envers la santé sexuelle (Sexual Health Attitudes [SHA], 48 items sur échelle de Likert en 6 points) et les Comportements de santé sexuelle (Sexual Health Behaviors [SHB], combinant 17 items à choix multiples et 16 items dichotomiques), complétées par un module sociodémographique détaillé. Une analyse factorielle exploratoire (AFE) par factorisation sur l’axe principal avec rotation Varimax a dégagé une structure robuste en cinq facteurs clés sous-jacents aux attitudes et perceptions : (1) la préparation sexuelle perçue (Perceived Sexual Readiness), (2) le confort dans la communication sexuelle (Comfort Sexual Communication), (3) l’aisance avec les méthodes barrières (Comfort with Barrier Methods), (4) l’efficacité perçue des barrières en latex (Latex Barrier Effectiveness), et (5) l’adhésion aux mythes sur le viol (Belief in Rape Myths). Ces cinq facteurs cumulent 71,46 % de la variance totale expliquée. Les indices de consistance interne s’avèrent solides, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,74 et 0,91 pour les différentes sous-échelles factorielles, et atteignant 0,79 pour le modèle composite de 17 items factorisés. Cet article présente une revue académique exhaustive de la SHS, de son cadre théorique, de ses validations métrologiques et de ses implications appliquées en santé publique et en psychologie clinique.
2. Mots-clés / Keywords
santé sexuelle, psychométrie, enquête sur la santé sexuelle, comportements sexuels, préservatifs, prévention des IST, communication intime, mythes sur le viol, étudiants universitaires, fidélité test, validité factorielle
3. Auteurs / Authors
L’Enquête sur la santé sexuelle a été élaborée par une équipe multidisciplinaire de chercheurs et praticiens rattachés à l’Université du Missouri à Columbia (États-Unis) :
- Heather Eastman-Mueller, Ph.D., CHES : Département de promotion de la santé, Centre de santé étudiante (Student Health Center, Health Promotion Department), Université du Missouri, Columbia, MO, États-Unis. Adresse électronique institutionnelle : [email protected]. Spécialiste de la promotion de la santé sexuelle en milieu universitaire, de l’éducation par les pairs et de la prévention des violences sexuelles.
- Deborah Carr, Ph.D. : Chercheuse et méthodologiste, affiliée aux programmes de recherche en santé publique et comportementale de l’Université du Missouri, Columbia.
- Steve Osterlind, Ph.D. : Professeur émérite en psychométrie, statistiques éducatives et méthodologie de la mesure psychologique, Université du Missouri, Columbia. Reconnu internationalement pour ses travaux sur la théorie des tests, la validité des construits et la construction d’échelles d’évaluation.
Le développement de l’outil a également bénéficié du concours critique d’un comité d’experts interdisciplinaire comprenant un psychologue conseiller (counseling psychologist), une infirmière diplômée d’État (registered nurse), un biostatisticien, un expert en sexualité humaine et un spécialiste des violences sexuelles et des problématiques propres aux minorités de genre et sexuelles (LGBTQ+).
4. Objectif / Purpose
Finalité générale de l’instrument
L’Enquête sur la santé sexuelle (SHS) a été créée dans le but premier d’opérationnaliser et de quantifier de manière standardisée les déterminants cognitifs, affectifs et comportementaux de la santé sexuelle auprès d’une population spécifique et hautement vulnérable : les étudiants inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur. La transition vers l’université coïncide fréquemment avec une autonomie décisionnelle accrue, une restructuration des réseaux sociaux et une exploration sexuelle intensifiée, souvent conjuguées à une consommation récréative d’alcool ou de substances psychoactives. Cette conjoncture expose particulièrement les jeunes adultes à des risques évitables : transmission d’infections transmissibles sexuellement (telles que le VIH, le chlamydia, la gonorrhée ou le virus du papillome humain [HPV]), grossesses non désirées, dysfonctions sexuelles induites par l’anxiété et expériences de rapports sexuels non consentis ou coercitifs.
Dans ce contexte, la SHS répond à une lacune empirique majeure. Historiquement, la recherche épidémiologique et psycho-éducationnelle utilisait des questionnaires fragmentaires : certaines échelles évaluaient isolément les connaissances biologiques sur la reproduction, d’autres mesuraient uniquement l’auto-efficacité relative au port du préservatif, tandis que d’autres s’intéressaient exclusivement aux antécédents d’agression sexuelle. La SHS réalise une intégration holistique en reliant simultanément les connaissances factuelles (SHK), les dispositions attitudinales (SHA) et les pratiques réelles (SHB) à travers cinq domaines thématiques prioritaires :
- La maîtrise des options contraceptives et de leur efficacité relative ;
- La prévention de la grossesse et les réponses aux accidents de contraception ;
- La dynamique de la communication interpersonnelle au sein du couple ou entre partenaires occasionnels (négociation des protections, divulgation du passé sexuel, statut sérologique) ;
- Le répertoire des conduites sexuelles (fréquence, types de pratiques, nombre de partenaires, temporalité des relations) ;
- La sensibilisation aux IST, la perception de leur impact épidémiologique et l’identification des barrières structurelles ou psychologiques entravant l’accès au dépistage médical régulier.
Applications en recherche, éducation et clinique
Sur le plan de la recherche scientifique, la SHS fournit un cadre métrologique standardisé permettant de mener des études corrélationnelles, longitudinales ou quasi-expérimentales. Elle permet notamment d’examiner comment les représentations erronées (comme la sous-estimation du risque d’IST lors de rapports oraux non protégés) influencent directement la propension à adopter des comportements sexuels à risque. De surcroît, elle constitue un instrument de premier ordre pour évaluer l’impact et l’efficience d’interventions préventives sur les campus, autorisant des protocoles pré-test / post-test rigoureux.
Au niveau clinique et dans les services de santé universitaire, l’utilisation de sous-échelles de la SHS facilite le repérage précoce d’étudiants présentant des déficits critiques d’information ou des blocages émotionnels profonds face à la négociation préventive. Elle offre un levier pour structurer des consultations de conseil en santé sexuelle personnalisées, fondées sur les principes de l’entretien motivationnel, en ciblant avec précision les leviers attitudinaux (par exemple, désamorcer l’adhésion aux mythes du viol ou normaliser l’achat de digues dentaires et de préservatifs).
5. Construit psychologique / Construct
La SHS opérationnalise la santé sexuelle non pas comme une simple absence de maladie ou d’infirmité, mais en conformité avec la définition de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), comme un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Ce macro-construit est décliné en composantes psychologiques et comportementales précises.
1. Connaissances en santé sexuelle (Sexual Health Knowledge – SHK)
Ce construit cognitif renvoie à l’exactitude des schémas mentaux et des informations factuelles détenus par l’individu concernant l’étiologie, les modes de transmission et les moyens prophylactiques des IST et de la conception humaine. Il intègre la compréhension de l’efficacité différentielle des méthodes barrières selon les pratiques (pénétration vaginale, anale, rapports bucco-génitaux). Un aspect saillant réside dans l’analyse de l’interaction entre substances psychoactives et comportement sexuel : l’échelle mesure si l’étudiant appréhende avec lucidité comment l’éthanol altère le jugement cognitif, atténue la perception du risque et inhibe la vigilance quant à l’usage continu des protections.
2. Attitudes envers la santé sexuelle (Sexual Health Attitudes – SHA)
Le domaine attitudinal englobe les prédispositions affectives, évaluatives et normatives des participants. Contrairement aux simples connaissances froides, les attitudes traduisent le positionnement psychologique de l’individu face à des situations interactives réelles ou projetées. L’analyse factorielle a mis en évidence cinq dimensions sous-jacentes distinctes :
- Facteur 1 : Préparation sexuelle perçue (Perceived Sexual Readiness) : Cette dimension explore les croyances normatives relatives au moment opportun pour initier des rapports sexuels au sein d’une relation amoureuse. Elle sonde les valeurs d’abstinence, le report des relations intimes au mariage ou à l’établissement d’un engagement durable, par opposition à la tolérance de la sexualité hâtive ou occasionnelle. Un score élevé reflète une disposition favorable à la temporisation et à l’abstinence raisonnée.
- Facteur 2 : Confort dans la communication sexuelle (Comfort Sexual Communication) : Il mesure l’aisance émotionnelle et communicative ressentie par l’individu au moment d’aborder des sujets délicats et hautement intimes avec son partenaire. Cela comprend le questionnement explicite sur les antécédents de partenaires multiples, l’investigation sur les tests de dépistage du VIH réalisés antérieurement, et la demande de bilans de dépistage pour les autres IST (chlamydia, herpès, syphilis, gonorrhée).
- Facteur 3 : Aisance avec les méthodes barrières (Comfort with Barrier Methods) : Cette sous-échelle appréhende l’auto-efficacité perçue et le niveau de sérénité comportementale lors des démarches pratiques d’accès et d’usage de la protection : acheter des préservatifs ou des digues dentaires dans un commerce public, transporter et fournir un dispositif si le partenaire n’en possède pas, et imposer ou négocier sans gêne son utilisation effective au cours des préliminaires.
- Facteur 4 : Efficacité perçue des barrières en latex (Latex Barrier Effectiveness) : Ce facteur cognitivo-attitudinal quantifie la confiance accordée aux dispositifs prophylactiques (préservatifs masculins classiques, préservatifs lubrifiés avec spermicide, digues dentaires lors du cunnilingus ou de l’anulingus) pour prévenir efficacement la dissémination des agents pathogènes. Une faible note reflète un scepticisme ou une méconnaissance quant à l’imperméabilité des barrières en latex face aux fluides biologiques.
- Facteur 5 : Adhésion aux mythes sur le viol (Belief in Rape Myths) : Ce construit psycho-social évalue le degré d’intériorisation des stéréotypes culpabilisateurs envers les victimes d’agression sexuelle (victim blaming). Il mesure des assertions pernicieuses postulant qu’une personne augmente sa probabilité d’être violée si elle a eu des partenaires multiples, si elle adopte une attitude passive ou soumise dans le couple, ou si elle se sent redevable envers son agresseur. L’inclusion de ce construit témoigne de la volonté d’Eastman-Mueller et de ses collègues d’aborder le consentement et les violences de genre comme des composantes indissociables de la santé sexuelle globale.
3. Comportements de santé sexuelle (Sexual Health Behaviors – SHB)
Ce domaine correspond aux conduites auto-rapportées effectives : l’âge au premier rapport consensuel, la trajectoire cumulée du nombre de partenaires au cours de la vie et des 30 derniers jours, les modalités pratiques (coït vaginal, sexe anal, sexe oral), ainsi que les motifs spécifiques de non-utilisation des préservatifs (perception erronée de sécurité, spontanéité de l’acte, altération de la conscience par l’alcool/drogues, indisponibilité matérielle, ou contexte de coercition sexuelle subie).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture de l’Enquête sur la santé sexuelle s’enracine dans la convergence de plusieurs modèles majeurs de la psychologie de la santé et des sciences socio-comportementales.
Le modèle Information-Motivation-Compétences comportementales (IMB)
Le cadre prédominant sous-jacent à la SHS est sans conteste le modèle IMB (Information-Motivation-Behavioral Skills Model), formulé par Jeffrey D. Fisher et William A. Fisher (1992) dans le champ de la prévention de la transmission du VIH. Selon ce modèle, l’adoption durable de comportements préventifs (comme l’usage systématique du préservatif ou le dépistage sérologique) est la résultante directe de trois déterminants synchrones :
- L’Information : Des connaissances biomédicales précises, pertinentes et immédiatement applicables concernant les risques et les moyens de protection (opérationnalisées par la section SHK de la SHS).
- La Motivation : Des attitudes favorables envers la pratique préventive, combinées aux perceptions normatives de l’entourage (mesurées par les sections attitudinales de la SHS et le regard porté sur les pairs).
- Les Compétences comportementales : L’aisance technique et interpersonnelle à se procurer des dispositifs, à négocier verbalement avec le partenaire intime et à appliquer les protections dans le feu de l’action (captées par les facteurs d’aisance communicative et d’usage des barrières).
La SHS applique rigoureusement cette trilogie en démontrant que l’information brute ne suffit pas : sans aisance communicative (compétence) et sans croyance positive en l’utilité des barrières (motivation), l’individu demeure exposé aux conduites à risque.
La Théorie du Comportement Planifié (TCP)
Élaborée par Icek Ajzen (1991), la Théorie du Comportement Planifié postule que l’intention comportementale est le prédicteur immédiat de l’action. Cette intention dépend des attitudes personnelles envers le comportement, des normes subjectives (ce que les pairs valorisent ou désapprouvent) et du contrôle comportemental perçu (l’équivalent de l’auto-efficacité de Bandura). Dans la SHS, l’évaluation du confort à demander un test de dépistage à son partenaire ou à exiger le préservatif traduit exactement ce contrôle perçu. De même, les questions relatives à la perception des conduites des pairs sur le campus mesurent l’influence des normes subjectives sur les choix individuels.
La Théorie Sociale Cognitive et le Modèle des Croyances relatives à la Santé
La SHS intègre également les principes de l’auto-efficacité d’Albert Bandura (1997). La capacité ressentie à surmonter les barrières psychologiques (comme la peur du rejet, la honte ou l’embarras lors de l’achat en pharmacie) est déterminante pour la santé sexuelle. Parallèlement, le Health Belief Model (Rosenstock, 1974) sous-tend l’analyse de la balance bénéfices/risques : les items évaluant si le sexe non protégé « vaut la peine ou non de risquer une IST » incarnent cette balance entre la sévérité perçue de la menace et les coûts perçus de la protection.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique de la SHS a été établie à travers un processus rigoureux combinant approches qualitatives et quantitatives.
Validité de contenu et d’apparence
La génération initiale des items s’est appuyée sur une revue approfondie de la littérature scientifique en santé reproductive et sur des groupes de discussion (focus groups) dédiés à l’explication des construits dans les domaines prioritaires. La validité de contenu a ensuite été formellement auditée par un comité d’experts multidisciplinaire composé de cinq spécialistes : un psychologue conseiller, une infirmière diplômée, un statisticien psychomètre, un expert en sexualité humaine et un universitaire spécialisé dans les violences sexuelles et les questions LGBTQ+. Ce comité a évalué la pertinence, la clarté linguistique, la rigueur conceptuelle ainsi que la sensibilité socioculturelle et de genre de chaque formulation, garantissant que l’outil ne véhiculait aucun biais hétéronormatif stigmatisant.
Validité de construit et réduction d’items
Une étude pilote administrée en ligne auprès d’un échantillon aléatoire de 600 étudiants universitaires a servi de base à l’épuration psychométrique. L’analyse des items (indices de discrimination, fréquences de distribution des réponses, indices de difficulté/adhésion et corrélations item-total) a permis de réduire le corpus préliminaire de 200 items à 127 items finaux. Les items présentant des effets de plancher/plafond marqués ou une corrélation item-total insuffisante ont été éliminés.
La structure dimensionnelle des échelles d’attitudes a été soumise à une analyse factorielle par factorisation sur l’axe principal (Principal Axis Factoring [PAF]). L’adéquation de l’échantillonnage a été attestée par un indice de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) de 0,784, indiquant une très bonne factorisabilité des données. Le test de sphéricité de Bartlett a atteint un seuil de signification hautement probant ($p < 0,001$), réfutant l’hypothèse d’une matrice d’identité.
Une rotation orthogonale Varimax a été retenue en raison de la faible intercorrélation globale entre les facteurs théoriques (corrélations généralement inférieures à 0,32, conformément aux recommandations de Tabachnick & Fidell, 2001). L’application du critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0), validée concomitamment par l’analyse du diagramme d’éboulis (scree plot ; Heck, 2000), a confirmé une solution à 5 facteurs distincts. Cette solution factorielle explique 71,46 % de la variance totale, ce qui représente un niveau d’explication de variance exceptionnellement élevé pour une échelle attitudinale en sciences sociales. L’ensemble des saturations factorielles des items retenus dans le modèle final dépassait le seuil conventionnel de 0,30, oscillant en réalité entre 0,60 et 0,96 (voir Tableau 1 dans la section 9).
Validité convergente, discriminante et critérielle
La validité discriminante est étayée par la séparation nette entre les croyances normatives sur l’abstinence (Facteur 1) et les compétences de communication interpersonnelle (Facteur 2). De plus, les corrélations positives significatives observées entre un niveau d’aisance élevé (Facteurs 2 et 3) et l’utilisation systématique déclarée du préservatif au cours des 30 derniers jours (section SHB) fournissent une solide preuve de validité de critère concourante et prédictive.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne de la SHS a fait l’objet d’analyses approfondies, tant au niveau des sous-échelles individuelles qu’au niveau du modèle factoriel agrégé.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Les estimations de la fidélité, calculées sur l’échantillon de validation de 600 participants, révèlent des niveaux élevés d’homogénéité interne pour l’ensemble des dimensions dégagées :
- Facteur 1 : Préparation sexuelle perçue ($k = 5$ items) : $\alpha = 0,88$. Toutes les corrélations item-total corrigées se sont révélées strictement supérieures ou égales à 0,63.
- Facteur 2 : Confort dans la communication sexuelle ($k = 3$ items) : $\alpha = 0,91$. Les corrélations item-total corrigées sont remarquablement élevées, toutes supérieures ou égales à 0,71.
- Facteur 3 : Aisance avec les méthodes barrières ($k = 3$ items) : $\alpha = 0,79$. Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent 0,58.
- Facteur 4 : Efficacité perçue des barrières en latex ($k = 3$ items) : $\alpha = 0,79$. Les corrélations item-total corrigées sont supérieures ou égales à 0,56.
- Facteur 5 : Adhésion aux mythes sur le viol ($k = 3$ items) : $\alpha = 0,74$. Les corrélations item-total corrigées affichent des valeurs satisfaisantes supérieures aux seuils minimaux psychométriques.
Pour le modèle composite regroupant les 17 items factorisés ($k = 17$), le coefficient alpha de Cronbach global s’élève à 0,79, avec des corrélations item-total corrigées s’échelonnant de 0,23 à 0,54. Ces résultats confirment que les échelles possèdent une cohérence interne robuste, bien supérieure au seuil usuel d’acceptabilité de 0,70 préconisé par Nunnaly et Bernstein dans le développement de questionnaires de recherche.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure interne de la composante attitudinale de la SHS a été explorée au moyen d’une analyse factorielle sur axe principal avec rotation Varimax. Le tableau ci-dessous reproduit fidèlement les saturations factorielles après rotation, les communautés ($h^2$), ainsi que les moyennes ($M$) et écarts-types ($SD$) obtenus lors de l’étude princeps.
Tableau 1 : Solution à cinq facteurs pour l’Enquête sur la santé sexuelle (Rotated Factor Matrix)
| Facteur / Item | Saturation factorielle | Communauté ($h^2$) | Moyenne ($M$) | Écart-type ($SD$) |
|---|---|---|---|---|
| Facteur 1 : Préparation sexuelle perçue (5 items) | ||||
| Sex should be reserved for a long-term relationship. | 0,68 | 0,43 | 1,38 | 1,52 |
| People should wait until they are married to have sex. | 0,73 | 0,56 | 2,84 | 1,73 |
| Sexual intercourse is acceptable in a relationship no matter how long the couple has been dating. | 0,80 | 0,63 | 2,06 | 1,67 |
| Engaging in sexual activity immediately after beginning a relationship is ok. | 0,83 | 0,70 | 1,77 | 1,62 |
| More students on this campus should practice being sexually abstinent. | 0,69 | 0,53 | 2,39 | 1,62 |
| Facteur 2 : Confort dans la communication sexuelle (3 items) | ||||
| Comfort level of asking a partner about their past sexual history. | 0,71 | 0,52 | 3,56 | 1,46 |
| Comfort level asking a partner if she/he has had an HIV test. | 0,94 | 0,86 | 3,12 | 1,66 |
| Comfort level asking a partner if he/she has been tested for an STD (excluding HIV). | 0,92 | 0,85 | 3,17 | 1,62 |
| Facteur 3 : Aisance avec les méthodes barrières (3 items) | ||||
| Comfort level buying a condom or a dental dam. | 0,60 | 0,42 | 3,48 | 1,58 |
| Comfort level providing a condom/dental dam if a partner did not have one available. | 0,96 | 0,58 | 4,15 | 1,32 |
| Comfort level of using/asking partner to use a condom or dental dam. | 0,60 | 0,46 | 4,30 | 1,18 |
| Facteur 4 : Efficacité perçue des barrières en latex (3 items) | ||||
| Effectiveness in preventing STDs . . . wearing (or having a partner wear) a condom. | 0,83 | 0,49 | 3,92 | 1,08 |
| Effectiveness in preventing STDs . . . wearing a condom containing spermicidal cream. | 0,77 | 0,46 | 3,76 | 1,27 |
| Effectiveness in preventing STDs . . . using a dental dam during oral sex. | 0,62 | 0,34 | 3,80 | 1,14 |
| Facteur 5 : Adhésion aux mythes sur le viol (3 items) | ||||
| A person is more likely to be raped if he/she . . . feels that he/she owes the person something. | 0,68 | 0,47 | 1,88 | 1,43 |
| A person is more likely to be raped if he/she . . . has sex with multiple partners. | 0,65 | 0,46 | 2,33 | 1,57 |
| A person is more likely to be raped if he/she . . . is in a passive role in a relationship. | 0,71 | 0,52 | 1,94 | 1,39 |
Comme l’indiquent les données, les saturations factorielles sont particulièrement robustes, culminant à 0,94 et 0,92 pour les questions interrogeant le confort à aborder les dépistages VIH/IST au sein du Facteur 2, et à 0,96 pour la capacité de fournir un préservatif dans le Facteur 3. Ces saturations élevées témoignent d’une excellente représentativité des items au regard de leurs construits respectifs.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report survey), administré sur support papier ou par voie informatique en ligne.
- Nombre total d’items de l’enquête globale : 127 items finaux (issus d’un pool initial de 200 items), subdivisés en modules thématiques.
- Architecture structurelle :
- Connaissances en santé sexuelle (SHK) : 24 items évaluant les savoirs factuels sur les IST, les mécanismes de fécondation, l’impact de l’alcool sur le discernement et l’épidémiologie chez les étudiants.
- Attitudes envers la santé sexuelle (SHA) : 48 items mesurant le confort communicatif, la négociation préventive, les mythes sur le viol, les perceptions des pairs et les attitudes envers l’abstinence/protection.
- Comportements de santé sexuelle (SHB) : 33 items (17 à choix multiples et 16 dichotomiques) retraçant les pratiques au cours de la vie et des 30 derniers jours (types de rapports, fréquence, antécédents de grossesses non prévues, agressions subies, motifs d’absence de protection).
- Module sociodémographique : Âge, année d’études universitaires, orientation sexuelle, statut relationnel, appartenance ethnique, type de logement (résidence universitaire, confrérie/sororité, colocation, logement individuel, domicile parental).
- Format des échelles de réponse :
- Items SHK (Connaissances générales K1–K11) : Échelle de Likert en 6 points : Fortement en désaccord (0) à Fortement d’accord (5).
- Items SHK (Efficacité préventive K12–K24) : Échelle de Likert en 6 points : Très efficace (0) à Fortement inefficace (5) [ou inversée selon les versions de cotation standardisées].
- Items SHA (Aisance interpersonnelle A1–A10) : Échelle de Likert en 6 points : Très à l’aise (0) à Fortement mal à l’aise (5) [ou codée de 0 = Très mal à l’aise / Très peu préoccupé à 5 = Très à l’aise / Très préoccupé selon le sens des construits].
- Items SHA (Préoccupations et croyances A11–A48) : Échelles d’accord ou de préoccupation en 6 points.
- Items SHB (Comportements B1–B33) : Formats catégoriels, dichotomiques (Oui / Non) et sélections multiples à cocher (« Cochez tout ce qui s’applique »).
- Durée approximative de passation : Environ 20 minutes pour l’ensemble du protocole complet.
- Modalités de cotation et de calcul des scores (Scoring) :
- Score global de connaissances (SHK) : Somme directe des items 1 à 24, avec un score maximal possible de 120 points. Un score élevé reflète un haut degré de maîtrise factuelle.
- Score composite d’attitudes (SHA) : Somme des items 1 à 10, 17 à 19, 21, 25 et 27, pour un score maximal théorique de 80 points.
- Cotation par facteur indépendant (modèle à 5 facteurs) : Des scores plus élevés dénotent une attitude plus favorable envers les pratiques de sécurisation sexuelle et/ou l’abstinence raisonnée, un degré accru de confort communicationnel et pratique avec les méthodes barrières, ainsi qu’une adhésion plus forte aux mythes sur le viol. Pour le Facteur 4 (Efficacité des barrières en latex), une note plus faible indique une méconnaissance ou un scepticisme prononcé quant à l’imperméabilité protectrice du latex.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’enregistrement et de diffusion princeps : Février 2006 (Copyright officiel © 2006).
- Statut légal et propriété intellectuelle : L’instrument est protégé par le droit d’auteur. Tous droits réservés par Heather Eastman-Mueller et les co-auteurs.
- Conditions d’accès et d’utilisation : L’utilisation de l’Enquête sur la santé sexuelle est subordonnée à l’obtention préalable d’une autorisation formelle accordée par l’auteure principale (Heather Eastman-Mueller). Les demandes d’usage pour des projets de recherche académique à but non lucratif, des thèses universitaires ou des programmes institutionnels d’évaluation de la santé étudiante sont généralement accordées gracieusement sur présentation d’un protocole méthodologique.
- Tarifs : L’accès est typiquement gratuit pour les chercheurs universitaires et institutions académiques, sous réserve d’un accord écrit d’autorisation d’utilisation. Aucune redevance commerciale n’est prélevée pour les travaux de recherche fondamentale.
- Contact institutionnel pour l’obtention des droits : Heather Eastman-Mueller, Ph.D., Student Health Center, 1101 Hospital Drive, Health Promotion Department, University of Missouri, Columbia, MO 65212, États-Unis. Courriel : [email protected].
12. Références / References
- Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 50(2), 179–211. https://doi.org/10.1016/0749-5978(91)90020-T
- Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
- Eastman-Mueller, H., Carr, D., & Osterlind, S. (2006). Sexual Health Survey (SHS). Student Health Center, University of Missouri, Columbia, MO.
- Fisher, J. D., & Fisher, W. A. (1992). Changing AIDS-risk behavior. Psychological Bulletin, 111(3), 455–474. https://doi.org/10.1037/0033-2909.111.3.455
- Heck, R. H. (2000). Factor analysis: Exploratory and confirmatory approaches. Lawrence Erlbaum Associates.
- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
- Rosenstock, I. M. (1974). Historical origins of the Health Belief Model. Health Education Monographs, 2(4), 328–335. https://doi.org/10.1177/109019817400200403
- Tabachnick, B. G., & Fidell, L. S. (2001). Using multivariate statistics (4th ed.). Allyn & Bacon.