1. Résumé
Le questionnaire Childhood Mealtime Experiences and Early Childcare and Education Staff Classroom Feeding Practices—Model Survey (CME-ECE-CFP-M), développé par Dong Zhang, Taren Swindle, Janice Williams Fletcher, Madeleine Sigman-Grant et Susan L. Johnson en 2023, constitue un instrument psychométrique novateur conçu pour explorer et quantifier les liens empiriques entre les souvenirs d’enfance relatifs aux repas vécus par les éducateurs de la petite enfance et leurs pratiques effectives d’alimentation ainsi que leurs croyances pédagogiques au sein des classes de garde et d’éducation de la petite enfance (ECE, Early Care and Education). Composé d’un total de 38 items opérationnalisés à travers une échelle de fréquence ordinale à cinq points (« Always », « Often », « Sometimes », « Not often », « Never »), l’outil s’articule autour de deux volets temporels majeurs : les expériences rétrospectives vécues durant l’enfance (THEN) et les pratiques et croyances contemporaines en contexte éducatif (NOW).
Le volet rétrospectif évalue deux dimensions majeures au moyen d’analyses factorielles en axes principaux avec rotation oblique (oblimin) : le contrôle exercé par les adultes durant les repas d’enfance (Remembered Adult Control at Mealtimes, 4 items, α = 0,68) et le soutien à l’autonomie alimentaire de l’enfant (Remembered Child Autonomy Support at Mealtimes, 3 items, α = 0,66). Le volet actuel déploie une architecture factorielle tripartite confirmée par analyse factorielle exploratoire, analyse parallèle et modélisation en équations structurelles, comprenant : (1) les stratégies structurelles de repas (contrôle des aliments par l’adulte, corruption par les douceurs, et rôles soutenants de l’adulte ; coefficients Kuder-Richardson de 0,67, 0,64 et 0,55 respectivement) ; (2) les stratégies verbales actuelles (stratégies de soutien à l’autonomie, stratégies d’affaiblissement de l’autonomie, et comparaisons sociales ; KR-20 de 0,61, 0,43 et 0,59) ; et (3) les croyances actuelles relatives aux repas (croyances favorables à l’autonomie, croyances coercitives, et croyances de contrôle basées sur l’inquiétude ; coefficients alpha de Cronbach de 0,65, 0,77 et 0,60). Soutenu sur le plan de la validité de contenu par des entretiens cognitifs approfondis auprès de populations diversifiées, le CME-ECE-CFP-M offre un cadre diagnostique et réflexif fondamental pour guider l’ingénierie pédagogique et les interventions de formation continue ciblant l’environnement nutritionnel des jeunes enfants.
2. Mots-clés
Pratiques d’alimentation en classe, éducation de la petite enfance, expériences alimentaires infantiles, soutien à l’autonomie, alimentation coercitive, transmission intergénérationnelle, psychométrie nutritionnelle, régulation de la satiété, comparaison sociale, croyances éducatives.
3. Auteurs
L’instrument et le modèle théorique associé ont été conçus et validés par une équipe interdisciplinaire de chercheurs spécialistes du développement de l’enfant, des sciences de la nutrition et de la psychométrie appliquée :
- Dong Zhang, Ph.D. : Department of Family and Preventive Medicine, University of Arkansas for Medical Sciences (UAMS), Little Rock, Arkansas, États-Unis. Adresse électronique : [email protected].
- Taren Swindle, Ph.D. : Department of Family and Preventive Medicine, University of Arkansas for Medical Sciences, Little Rock, Arkansas, États-Unis. Adresse électronique : [email protected].
- Janice Williams Fletcher, Ed.D. : Professeure émérite, Child, Family, and Consumer Studies, University of Idaho, Moscow, Idaho, États-Unis. Adresse électronique : [email protected].
- Madeleine Sigman-Grant, Ph.D., RD (Auteure correspondante) : Spécialiste en santé maternelle et infantile, professeure émérite, University of Nevada, Reno. Adresse de correspondance : 2558 S Elizabeth Street, #5, Salt Lake City, Utah, 84106, États-Unis. Identifiant ORCID : 0000-0002-8233-4156. Adresse électronique : [email protected].
- Susan L. Johnson, Ph.D. : Section of Nutrition, Department of Pediatrics, Children’s Eating Laboratory, University of Colorado Anschutz Medical Campus, Aurora, Colorado, États-Unis. Adresse électronique : [email protected].
4. Objectif
L’objectif fondamental du Childhood Mealtime Experiences and Early Childcare and Education Staff Classroom Feeding Practices—Model Survey (CME-ECE-CFP-M) réside dans l’élucidation des déterminants psychologiques implicites et historiques qui régissent les comportements d’alimentation adoptés par les éducateurs et le personnel encadrant au sein des structures de garde préscolaires. Alors que la littérature en santé publique et en psychologie du développement a amplement documenté l’impact déterminant de l’environnement alimentaire précoce sur la trajectoire pondérale, la régulation neurobiologique de l’appétit et le risque ultérieur d’obésité infantile, la majorité des recherches antérieures s’était focalisée presque exclusivement sur le rôle des parents au détriment des professionnels de la petite enfance.
Or, les enfants d’âge préscolaire passent une fraction substantielle de leurs heures d’éveil dans des centres de garde (garderies, écoles maternelles, centres Head Start), consommant fréquemment jusqu’à deux tiers de leurs apports énergétiques quotidiens au sein de ces institutions. Malgré l’existence de recommandations de santé publique préconisant le modèle de partage des responsabilités de Ellyn Satter — où l’adulte détermine ce qui est offert, quand et où, tandis que l’enfant conserve le contrôle exclusif de si et combien il mange —, les éducateurs recourent fréquemment à des pratiques contre-productives : incitation pressante à terminer l’assiette (règle du « clean plate »), chantage alimentaire par les desserts ou les sucreries (« bribe »), ou restrictions coercitives. Le CME-ECE-CFP-M a été spécifiquement conceptualisé pour vérifier l’hypothèse selon laquelle ces comportements professionnels ne résultent pas uniquement d’un déficit d’information nutritionnelle, mais constituent l’extériorisation de scripts relationnels intériorisés durant l’enfance même des éducateurs.
Sur le plan des applications cliniques et de la recherche en sciences de l’éducation, cette échelle remplit une triple fonction :
- Outil diagnostique pour la formation professionnelle : Le questionnaire permet d’identifier les croyances dysfonctionnelles (p. ex., la conviction que l’adulte sait mieux que l’enfant la quantité d’énergie nécessaire) et les comportements verbaux automatisés qui sapent les signaux internes de faim et de satiété de l’enfant.
- Dispositif de pratique réflexive : En forçant l’éducateur à confronter ses souvenirs d’enfance (p. ex., avoir été forcé de manger, avoir été moqué ou avoir reçu de la nourriture comme récompense affective) avec ses pratiques de classe actuelles, l’instrument amorce un processus métacognitif nécessaire pour briser la transmission intergénérationnelle de styles nourriciers autoritaires ou désengagés.
- Modélisation étiologique en recherche interventionnelle : En fournissant des métriques distinctes pour les souvenirs, les croyances cognitives et les stratégies effectives (structurales et verbales), l’échelle permet d’évaluer l’efficacité des programmes d’intervention visant à promouvoir un environnement nutritionnel réceptif (responsive feeding).
5. Construit psychologique
Le CME-ECE-CFP-M appréhende un système multidimensionnel complexe qui capture l’intersection entre la mémoire épisodique/rétroactive des interactions nourricières et les compétences comportementales actuelles en milieu pédagogique. Le modèle repose sur la distinction chronologique et fonctionnelle entre le domaine rétrospectif (THEN) et le domaine opérationnel contemporain (NOW).
Volet Rétrospectif : Expériences des repas d’enfance (THEN)
Ce domaine explore l’histoire développementale de l’éducateur à travers deux construits fondamentaux :
- Contrôle de l’adulte remémoré lors des repas (Remembered Adult Control at Mealtimes) : Ce facteur évalue le degré auquel le sujet se rappelle avoir subi des pratiques intrusives, des pressions normatives ou des exigences coercitives de la part de ses figures d’attachement. Il comprend l’obligation de terminer son assiette, les réprimandes et moqueries relatives à la prise alimentaire (« adults picked on me about my eating »), la perception d’avoir trop mangé selon les normes des adultes, l’expérience précoce de régimes restrictifs, ainsi que l’utilisation instrumentale de la nourriture comme renforçateur émotionnel (« adults gave me food when they were happy with me »).
- Soutien à l’autonomie remémoré (Remembered Child Autonomy Support at Mealtimes) : Ce construit reflète le degré de liberté dont jouissait l’individu lorsqu’il était enfant pour sélectionner les aliments disponibles (« allowed to choose which foods I ate ») et pour autoréguler le volume énergétique absorbé (« allowed to decide how much I ate at meals »). Il correspond à un climat de confiance développementale où les sensations viscérales de l’enfant étaient respectées.
Volet Contemporain : Stratégies et croyances en classe (NOW)
Le volet contemporain mesure le répertoire comportemental et cognitif du professionnel lorsqu’il supervise les repas des enfants. Il se structure en trois composantes principales, elles-mêmes subdivisées en sous-échelles spécifiques :
A. Stratégies structurelles lors des repas (Structural Mealtime Strategies)
Ces stratégies concernent la gestion environnementale, spatiale et organisationnelle du repas :
- Contrôle des aliments par l’adulte (Adult Control of Foods) : Application rigide de règles limitant l’accès aux aliments familiers tant que les nouveautés ne sont pas goûtées (p. ex., interdiction de se resservir tant qu’une bouchée du nouvel aliment n’a pas été ingérée, règle absolue de la « bouchée obligatoire »).
- Corruption par les aliments sucrés (Bribing with Sweet Foods) : Instrumentalisation des desserts ou aliments sucrés comme monnaie d’échange comportementale pour contraindre l’enfant à goûter ou à terminer ses plats salés ou ses légumes, conférant ainsi une valeur affective et hédonique disproportionnée aux friandises.
- Rôles soutenants de l’adulte (Supportive Adult Roles at Mealtime) : Pratiques conformes aux modèles d’apprentissage vicariant positif, incluant le fait de s’asseoir à table avec les enfants, de consommer les mêmes mets qu’eux et d’encourager le service familial partagé où enfants et adultes se passent les plats.
B. Stratégies verbales lors des repas (Current Verbal Mealtime Strategies)
Cette dimension évalue la teneur des communications et rétroactions linguistiques adressées à l’enfant :
- Stratégies de soutien à l’autonomie (Autonomy Supporting Strategies) : Incitations verbales invitant l’enfant à sonder son intéroception et ses signaux somatiques (p. ex., questionner l’enfant sur la plénitude gastrique : « Est-ce que ton ventre est plein ? »), tant face au refus de manger que face à la poursuite compulsive de la consommation.
- Stratégies d’affaiblissement de l’autonomie (Autonomy Undermining Strategies) : Directives invalidant les signaux internes de l’enfant par un jugement externe de l’adulte (p. ex., décréter arbitrairement que l’enfant n’a pas assez mangé ou exiger impérativement qu’un enfant difficile commence par vider son assiette).
- Comparaisons sociales (Social Comparisons) : Recours à la pression du groupe de pairs et au mimétisme forcé (p. ex., mettre en exergue le comportement exemplaire d’un camarade qui consomme ses haricots verts afin de susciter de la culpabilité ou une émulation artificielle).
C. Croyances relatives aux repas (Current Beliefs about Mealtime)
Cette composante explore le système de postulats cognitifs sous-jacents qui légitiment les pratiques éducatives :
- Croyances soutenant l’autonomie (Autonomy Supporting Beliefs) : Conviction épistémique que l’apprentissage alimentaire procède par familiarisation sensorielle précoce, découverte progressive sans contrainte et modélisation sociale bienveillante par les éducateurs.
- Croyances coercitives (Coercive Beliefs) : Adhésion au principe selon lequel l’autorité de l’adulte doit prévaloir sur le refus de l’enfant (imposition de la règle d’une bouchée, privation de rab, chantage aux friandises).
- Croyances de contrôle basées sur l’inquiétude (Concern-based Control Beliefs) : Attentes nourricières rigides motivées par l’anxiété nutritionnelle (p. ex., postulat que l’adulte sait mieux que l’enfant ce dont son corps a besoin, exigence morale que toute nourriture déposée sur l’assiette soit obligatoirement consommée, ou utilisation calmante de collations lors d’épisodes de détresse affective).
6. Cadre théorique
Le CME-ECE-CFP-M s’inscrit au carrefour de trois paradigmes théoriques majeurs de la psychologie et des sciences du comportement : la théorie de l’autodétermination, la théorie socio-cognitive de l’apprentissage vicariant, et le modèle développemental de la régulation intéroceptive de l’appétit.
La Théorie de l’Autodétermination (TAD)
Formulée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan, la TAD postule que le bien-être psychologique et le développement optimal dépendent de la satisfaction de trois besoins fondamentaux : l’autonomie, la compétence et la reliance sociale (ou affiliation). Appliquée au contexte alimentaire (Self-Determination Theory applied to eating behaviors), cette théorie établit que lorsque l’adulte soutient l’autonomie de l’enfant — en l’aidant à écouter ses sensations corporelles internes plutôt qu’en imposant un contrôle externe coercitif —, l’enfant développe une motivation intrinsèque et une régulation autonome de son comportement alimentaire. À l’inverse, l’usage de stratégies invalidantes (menaces, promesses de récompenses sucrées, surveillance excessive) favorise une motivation extrinsèque ou introjectée, altérant la capacité de l’enfant à distinguer la véritable faim métabolique de stimuli environnementaux ou émotionnels.
La Théorie Socio-Cognitive et l’Apprentissage Vicariant
Développée par Albert Bandura, cette théorie stipule que les comportements s’acquièrent en grande partie par observation et imitation de modèles sociaux pertinents. Au sein du CME-ECE-CFP-M, ce cadre théorique justifie l’exploration des rôles soutenants de l’adulte (modélisation directe de l’ingestion d’aliments sains et partage de la table) par opposition aux injonctions purement verbales ou aux comparaisons sociales. L’éducateur n’agit pas simplement comme un distributeur de nutriments, mais incarne un puissant régulateur social dont les propres attitudes face aux mets induisent par contagion comportementale l’acceptation de nouveaux aliments.
Le Modèle de Partage des Responsabilités et l’Attachement
L’instrument mobilise explicitement les travaux cliniques d’Ellyn Satter relatifs à la division de la responsabilité alimentaire (Division of Responsibility in Feeding, sDOR). Ce modèle postule qu’une alimentation saine repose sur une dyade de confiance : l’adulte structure le cadre spatio-temporel et qualitatif, tandis que l’enfant module la quantité. Lorsque les adultes violent cette frontière développementale en imposant un contrôle sur le volume (« vide ton assiette »), ils induisent une dérégulation de l’appétit associée à un risque accru de surpoids ou de néophobie alimentaire persistante. Par ailleurs, la transmission intergénérationnelle mise en lumière par Zhang et al. s’appuie sur la théorie des modèles internes opérants de l’attachement (Bowlby) : les adultes reproduisent de manière inconsciente et scriptée les schémas d’alimentation intrusifs ou réconfortants qu’ils ont eux-mêmes encodés au sein de leur propre écologie familiale précoce.
7. Validité
La validité psychométrique du CME-ECE-CFP-M a été documentée à travers plusieurs étapes rigoureuses de validation de construit et de contenu, s’étendant des travaux qualitatifs initiaux aux modélisations structurales multivariées contemporaines.
Validité de Contenu et d’Apparence
Le processus initial d’élaboration des items s’est appuyé sur les instruments de recherche précurseurs menés dans quatre États de l’ouest américain (Sigman-Grant et al., 2008 ; Swindle et al., 2018). Pour garantir que la formulation des énoncés résonnait de manière écologiquement valide avec le vocabulaire et les pratiques concrètes des éducateurs, les chercheurs ont mené des entretiens cognitifs approfondis auprès d’échantillons diversifiés de professionnels de la petite enfance. Ces entretiens cognitifs ont permis de vérifier l’adéquation conceptuelle des formulations, de prévenir les biais d’incompréhension sémantique (p. ex., la signification perçue du terme « tummy full ») et de soutenir la validité de contenu du modèle théorique émergent.
Validité de Construit et Modélisation en Équations Structurelles
La validité de construit a été examinée par le biais d’analyses factorielles exploratoires rigoureuses, confirmées par des méthodes d’analyse parallèle permettant d’éviter l’extraction de facteurs parasites. L’indépendance et la convergence des dimensions théoriques ont été établies par l’analyse des patrons d’inter-corrélations factorielles. Le modèle a été soumis à une modélisation en équations structurelles (Structural Equation Modeling, SEM), attestant de l’existence de voies directes et indirectes robustes reliant les expériences rétrospectives d’enfance aux pratiques verbales et structurelles actuelles, médiées par le réseau des croyances relatives aux repas.
Validité Convergente et Discriminante
Les inter-corrélations obtenues entre les sous-échelles corroborent la cohérence théorique de l’instrument :
- Les croyances coercitives sont significativement et positivement corrélées avec les stratégies de contrôle de la nourriture par l’adulte et les stratégies d’affaiblissement de l’autonomie (validité convergente).
- Les croyances de soutien à l’autonomie présentent des corrélations négatives ou nulles avec les mesures de coercition verbale, confirmant une séparation nette entre les construits soutenants et intrusifs (validité discriminante).
- Bien que les auteurs notent que certaines sous-échelles courtes nécessitent des investigations psychométriques complémentaires en milieu écologique, l’adéquation structurelle globale appuie la pertinence du construit.
8. Fidélité
La consistance interne de l’ensemble des dimensions et sous-échelles du CME-ECE-CFP-M a été méticuleusement quantifiée à l’aide de coefficients alpha de Cronbach (pour les échelles continues et semi-continues) et de formules de Kuder-Richardson (KR-20, adaptées aux formats d’items spécifiques et sous-échelles structurelles courtes) :
Volet Rétrospectif (THEN)
- Contrôle de l’adulte remémoré (Remembered Adult Control at Mealtimes) : Le coefficient alpha de Cronbach est de 0,68, ce qui démontre une consistance interne satisfaisante pour une sous-échelle rétrospective brève de 4 items mesurant des souvenirs distaux complexes.
- Soutien à l’autonomie de l’enfant remémoré (Remembered Child Autonomy Support) : Le coefficient alpha de Cronbach s’élève à 0,66 pour cette dimension de 3 items.
Volet Contemporain : Stratégies Structurelles (NOW)
- Contrôle des aliments par l’adulte (Adult Control of Foods) : Indice Kuder-Richardson = 0,67.
- Corruption par les aliments sucrés (Bribing with Sweet Foods) : Indice Kuder-Richardson = 0,64.
- Rôles soutenants de l’adulte (Supportive Adult Roles at Mealtime) : Indice Kuder-Richardson = 0,55. Cette valeur plus modeste s’explique par la nature hétérogène des comportements écologiques mesurés au sein de cette facette organisationnelle.
Volet Contemporain : Stratégies Verbales (NOW)
- Stratégies de soutien à l’autonomie (Autonomy Supporting Strategies) : Indice Kuder-Richardson = 0,61.
- Stratégies d’affaiblissement de l’autonomie (Autonomy Undermining Strategies) : Indice Kuder-Richardson = 0,43. Cette valeur modérée reflète la brièveté de la sous-échelle (2 items) et suggère que ces comportements se manifestent de manière intermittente chez les éducateurs.
- Comparaisons sociales (Social Comparisons) : Indice Kuder-Richardson = 0,59.
Volet Contemporain : Croyances relatives aux repas (NOW)
- Croyances de soutien à l’autonomie (Autonomy Promoting Beliefs) : Alpha de Cronbach = 0,65.
- Croyances coercitives (Coercive Beliefs) : Alpha de Cronbach = 0,77, illustrant une excellente homogénéité psychométrique pour ce construit normatif.
- Croyances de contrôle basées sur l’inquiétude (Concern-based Control Beliefs) : Alpha de Cronbach = 0,60.
9. Analyse factorielle
La configuration factorielle de l’instrument a été rigoureusement modélisée à l’aide d’une approche factorielle exploratoire en axes principaux (Principal Axis Factoring, PAF) couplée à une procédure d’extraction par le maximum de vraisemblance itérée et d’une rotation oblique de type Oblimin, autorisant la corrélation naturelle entre les dimensions psychologiques sous-jacentes.
Structure Factorielle des Expériences d’Enfance (THEN)
L’extraction factorielle sur les items rétrospectifs a mis en évidence une structure bidimensionnelle nette, corroborée par le test d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) et l’analyse parallèle :
- Facteur 1 : Contrôle de l’adulte remémoré (4 questions) : Saturations factorielles substantielles sur les items relatifs à l’obligation de terminer son assiette, aux moqueries subies, à l’obligation de suivre des régimes et à la perception de consommation excessive.
- Facteur 2 : Soutien à l’autonomie remémoré (3 questions) : Saturations élevées sur les items portant sur la permission de choisir ses aliments et de réguler les volumes consommés.
Structure Factorielle des Pratiques et Croyances en Classe (NOW)
Pour le volet contemporain, l’analyse en composantes principales et l’extraction par axes principaux avec rotation Oblimin ont dégagé trois grands domaines de second ordre, confirmés par la convergence des inter-corrélations factorielles :
- Domaine des Stratégies Structurelles : Décomposition en 3 facteurs distincts séparant nettement les pratiques coercitives relatives aux friandises, le contrôle systématique par la règle de la première bouchée, et l’attitude prosociale de partage des repas.
- Domaine des Stratégies Verbales : Identification claire de 3 facteurs distinguant les encouragements intéroceptifs orientés vers l’autonomie, les directives contraignantes et l’utilisation de la dynamique de comparaison interpersonnelle.
- Domaine des Croyances Éducatives : Organisation en 3 facteurs opposant les représentations pédagogiques développementales positives (apprentissage vicariant, respect du rythme) aux postulats directifs intrusifs et aux réactions anxieuses de contrôle alimentaire.
10. Instrument de mesure
Le CME-ECE-CFP-M se présente sous la forme d’un inventaire auto-administré standardisé conçu pour être rempli de manière autonome par le personnel éducatif :
- Type d’instrument : Questionnaire d’enquête standardisé / Échelle de mesure psychométrique d’attitudes, croyances et comportements déclarés.
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou formulaire numérique en ligne.
- Nombre total d’items : 38 items distincts structurés en sous-échelles thématiques chronologiques.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à cinq points standardisée : Always (Toujours), Often (Souvent), Sometimes (Parfois), Not often (Rarement), Never (Jamais).
- Population cible : Adultes (18 ans et plus), éducateurs de jeunes enfants, enseignants d’écoles maternelles, auxiliaires de puériculture et professionnels des services de garde de la petite enfance.
- Cotation et calcul des scores :
- Chaque modalité de réponse est codée numériquement (p. ex., de 1 = « Never » à 5 = « Always » ou conversion binaire selon les nécessités de standardisation KR-20).
- Les items formulés de manière inversée sont recodés avant agrégation.
- Les scores de sous-échelles sont obtenus en calculant la moyenne ou la somme arithmétique des items composants, générant des profils distincts pour le volet rétrospectif (contrôle vs autonomie vécue) et pour le volet actuel (degré d’autonomie vs coercition dans les pratiques structurelles, verbales et cognitives).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 2023.
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’instrument a été publié dans le cadre de la recherche scientifique fondamentale dans la revue à comité de lecture Appetite (Elsevier). Les auteurs autorisent l’utilisation libre du questionnaire à des fins exclusives de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement pédagogique (Permissions: May use for Research/Teaching).
- Usage commercial : Strictement non commercial (Commercial: No). Toute application lucrative ou intégration dans des progiciels payants requiert l’autorisation préalable expresse des titulaires des droits d’auteur.
- Tarifs / Frais : Aucun frais d’utilisation (Fee: No). L’échelle est disponible gracieusement pour la communauté scientifique et éducative.
- Contact pour autorisations : Dr. Madeleine Sigman-Grant, University of Nevada, Reno, courriel : [email protected].
12. Références
Les sources bibliographiques suivantes constituent le fondement méthodologique et théorique du CME-ECE-CFP-M :
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Satter, E. (1990). The feeding relationship: Problems and interventions. The Journal of Pediatrics, 117(2), S181–S189. https://doi.org/10.1016/S0022-3476(05)80017-4
- Sigman-Grant, M., Christiansen, E., Branen, L., Fletcher, J., & Johnson, S. L. (2008). About feeding children: Development of a survey to examine child care providers’ feeding practices. Journal of Nutrition Education and Behavior, 40(4), S44–S45. https://doi.org/10.1016/j.jneb.2008.03.072
- Swindle, T., Sigman-Grant, M., Branen, L. J., Fletcher, J., & Johnson, S. L. (2018). The About Feeding Children survey: Psychometric evaluation of mealtime practices in early care and education. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 15(1), Article 86. https://doi.org/10.1186/s12966-018-0718-4
- Zhang, D., Swindle, T., Fletcher, J. W., Sigman-Grant, M., & Johnson, S. L. (2023). Remembered childhood mealtime experiences influence on early childcare and education staff. Appetite, 190, Article 107003. https://doi.org/10.1016/j.appet.2023.107003
13. Questions et items du questionnaire
Les items originaux ci-dessous reproduisent exactement les questions soumises aux répondants dans le cadre de l’évaluation du modèle théorique de Zhang et al. (2023). L’échelle de réponse utilisée pour l’ensemble des questions est la suivante :
Response range: Always-often-sometimes-not often-never.
THEN (remembered childhood mealtimes)
Response range: Always-often-sometimes-not often-never
Remembered Childhood Adult Control Mealtime Experiences (AS A CHILD …)
- adults gave me food when they were happy with me
- adults picked on me about my eating
- I ate more than adults thought I should
- I thought about or tried dieting
- I was allowed to choose which foods I ate at meals
- I was required to eat all the food on my plate
- I was allowed to decide how much I ate at meals
Supportive Adult Roles at Mealtime
- I wait to serve them sweet foods if they do not eat something from their plate.
- I serve sweet food after they eat the rest of the food on their plates.
- I eat the same food as children at mealtime.
- I sit with the children at mealtime.
- Both children and staff pass the food.
NOW (current ECE strategies and beliefs)
Response range: Always-often-sometimes-not often-never
Structural Mealtime Strategies
Adult Control of Foods
- I don’t let them have seconds of other foods until they try the new food.
- The children have to take at least one bite.
- I have the children eat one bite of each food.
Bribing with Sweet Foods
- I have the children try the food before they can have sweet foods.
- I have the children finish their meal before eating sweet foods.
Current Verbal Mealtime Strategies
Autonomy Supporting Strategies
- I ask the children if their stomachs are full.
- If children do not want to stop eating, I ask if their tummy is full.
- If picky children don’t want to eat, I ask if their tummy is full.
Autonomy Undermining Strategies
- I tell the children if they have not eaten enough.
- If picky children don’t want to eat, I suggest that they start eating what is on their plate.
Social Comparisons
- If picky children don’t want to eat, I let them know they don’t have to eat.
- To help children eat, I suggest that they need to eat more.
- I say something like “Pat is eating green beans. Why don’t you eat some?”
- I point out other children who are eating more.
Current Beliefs about Mealtime
Coercive Beliefs
- Having the new food on the table at mealtime and letting children decide when to try it
- Having a “one bite” rule
- Keeping them from having sweet foods until they try the new food
- Not having seconds of other foods unless they try the new food
Autonomy Supporting Beliefs
- Teaching children about new foods before offering the foods at mealtime
- Trying the new food with them
- Children are more likely to try a new food after they see me eat it
Concern-based Control Beliefs
- Suggesting they try a bite
- Adults know better than children how much children need to eat
- If children put food on their plates, they should eat it
- When a child is feeling sad, it’s okay to offer a cracker to help the child feel better