1. Résumé / Abstract
L’Enquête sur les attitudes envers le traitement et le signalement des agressions sexuelles (connue sous l’acronyme anglophone SATRAS pour Sexual Assault Treating/Reporting Attitudes Survey) est un instrument psychométrique et d’évaluation psychosociale conçu par Vetta L. Sanders Thompson et Sharon West Smith de l’Université Washington à St. Louis. Cet outil de 46 items a été développé pour sonder en profondeur les représentations sociales, les croyances normatives, les perceptions des répercussions psychologiques et les intentions comportementales relatives au signalement judiciaire et à la recherche d’aide clinique face aux violences sexuelles au sein de la communauté.
La structure globale de l’instrument s’articule autour de trois volets complémentaires : un premier module sociodémographique recueillant les caractéristiques clés des répondants (âge, genre, revenu, niveau d’éducation, statut matrimonial), un deuxième module évaluant les attitudes directes envers le signalement et le traitement (comprenant les connaissances sur les séquelles à court et long terme du viol et des abus sexuels sur mineurs, les préférences de prestataires de soins, ainsi que les réticences liées à l’ingérence du système pénal et des services sociaux), et un troisième module s’appuyant sur l’approche méthodologique des scénarios développée par Howard (1988). Ce dernier volet comprend dix vignettes clinico-sociales décrivant des situations d’agression sur des enfants (filles et garçons) ou des adultes (femmes et hommes), mesurant la qualification de l’acte, l’estimation du besoin d’accompagnement thérapeutique et l’attribution de blâme à la victime sur une échelle de cotation à 5 points.
Sur le plan psychométrique, le SATRAS affiche une cohérence interne satisfaisante au travers de ses sous-échelles factorielles, une validité de contenu éprouvée par l’expertise multidisciplinaire et une robustesse conceptuelle ancrée dans les modèles sociocognitifs de l’aide et de la victimologie. En contextualisant la peur des représailles judiciaires et les disparités d’accès aux soins, le SATRAS constitue un outil pivot tant pour la recherche fondamentale en psychologie communautaire que pour la planification d’interventions de santé publique.
2. Mots-clés / Keywords
Agression sexuelle, viol, abus sexuel sur mineur, attitudes envers le signalement, recherche d’aide psychologique, blâme de la victime, vignettes situationnelles, psychométrie communautaire, système judiciaire pénal, traumatologie psychosociale.
3. Auteurs / Authors
Le développement et la standardisation de l’Enquête sur les attitudes envers le traitement et le signalement des agressions sexuelles (SATRAS) ont été réalisés par une équipe de chercheuses affiliées à la George Warren Brown School of Social Work de la Washington University in St. Louis :
- Vetta L. Sanders Thompson, Ph.D. : Professeure émérite E. Desmond Lee en santé raciale et ethnique à la Brown School, codirectrice du Center for Obesity Prevention and Health Equity, et figure majeure de la recherche sur les disparités raciales, les traumatismes collectifs, la santé mentale communautaire et l’accès aux soins de santé parmi les minorités ethnoculturelles aux États-Unis. Correspondance académique : Campus Box 1009, 700 Rosedale Avenue, St. Louis, MO 63112–1408 ; Courriel :
[email protected]. - Sharon West Smith, MSW : Chercheuse et intervenante sociale associée à la George Warren Brown School of Social Work, spécialisée dans l’intervention clinique auprès des survivants de violences interpersonnelles et l’analyse des barrières socioculturelles au recours aux soins.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Enquête sur les attitudes envers le traitement et le signalement des agressions sexuelles est de disséquer, quantifier et cartographier les barrières psychologiques, socioculturelles et systémiques qui entravent le recours aux services de santé mentale et le signalement aux autorités compétentes lors de victimisations sexuelles. Malgré la gravité des conséquences documentées du traumatisme psychologique consécutif au viol ou aux agressions sexuelles intrafamiliales, une proportion alarmante de victimes demeure dans l’ombre clinique et statistique. Ce phénomène de non-recours et de sous-déclaration découle souvent de normes culturelles rigides, de la stigmatisation intériorisée, de la méfiance envers les institutions judiciaires ou policières, et d’un déficit d’information quant à l’efficacité des thérapies post-traumatiques.
En pratique clinique et en intervention psychosociale, le SATRAS permet aux professionnels de santé mentale, aux travailleurs sociaux et aux planificateurs de programmes communautaires d’identifier les croyances dysfonctionnelles et les représentations erronées prévalant dans un groupe démographique particulier. L’outil quantifie non seulement la disposition d’un individu à conseiller une consultation psychologique à un proche victime, mais également ses propres seuils d’acceptabilité thérapeutique. En posant des questions directes sur les répercussions redoutées de l’intervention des services de protection de l’enfance ou de la police, le test met en lumière les arbitrages complexes opérés par les proches et les victimes entre le besoin de soutien psychologique et la crainte d’une judiciarisation perçue comme punitive, revictimisante ou déstabilisatrice pour la cellule familiale.
Dans le domaine de la recherche empirique, le SATRAS offre une méthodologie standardisée permettant de vérifier l’impact de variables socioéconomiques et démographiques (âge, ethnicité, sexe, statut marital, scolarité) sur les représentations de la victimisation. Il facilite l’étude des mécanismes de minimisation des agressions sexuelles perpétrées sur les garçons ou les hommes adultes, comparées à celles subies par les femmes, contribuant ainsi à lever le voile sur les stéréotypes de genre pesant sur la vulnérabilité sexuelle.
Enfin, la valeur prédictive de l’instrument est primordiale pour la santé publique. Les données récoltées via le SATRAS fournissent des indications probantes pour la conception de campagnes de sensibilisation ciblées, l’optimisation des cellules de crise hospitalières et la formation des intervenants de première ligne (policiers, magistrats, infirmiers légistes), afin de réduire l’attrition institutionnelle et de promouvoir une prise en charge précoce et déstigmatisée des psycho-traumatismes.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit opérationnalisé par le SATRAS repose sur une architecture multidimensionnelle intégrant la cognition sociale, les théories de l’attribution et les modèles d’accès aux soins de santé. Loin de traiter l’agression sexuelle comme un événement isolé, l’instrument explore le réseau complexe d’attitudes qui façonne la trajectoire post-événementielle d’une victime ou d’un témoin. Ce méta-construit se subdivise en plusieurs dimensions distinctes et interdépendantes :
Connaissance et perception des séquelles traumatiques
Cette dimension évalue le niveau de lucidité des participants concernant les impacts immédiats et durables du viol et de la pédocriminalité. Les items mesurent si les répondants conçoivent les agressions sexuelles comme des facteurs étiologiques majeurs de psychopathologies ultérieures (ex. : trouble de stress post-traumatique, dépression majeure, conduites addictives, troubles de l’attachement, dysfonctions sexuelles). La sous-échelle sonde également la propension à reconnaître que des enfants en bas âge ou des victimes masculines subissent des préjudices psychologiques sévères et durables, contestant le mythe populaire selon lequel les jeunes enfants « oublient » ou que les hommes « ne sont pas traumatisés ».
Attitudes envers le besoin et l’utilité du traitement psychologique
Cette facette mesure la valorisation accordée à la psychothérapie au-delà du seul traitement médical d’urgence. Elle explore si la thérapie psychologique est envisagée comme indispensable pour rétablir le fonctionnement psychosocial ou si elle est perçue comme facultative, inefficace, voire intrusive. Les items évaluent également l’inclination du répondant à orienter activement un membre de sa famille ou un ami agressé vers un accompagnement professionnel.
Préférences et typologie des prestataires d’aide
Les attitudes envers le traitement sont intrinsèquement liées à l’entité dispensatrice des soins. Cette dimension identifie les canaux de soutien privilégiés par les individus : psychologues libéraux, centres spécialisés d’accueil des victimes de viol, médecins généralistes, leaders spirituels/religieux, ou réseaux informels de pairs et de solidarité familiale. Les données renseignent sur le niveau de confiance accordé aux structures étatiques et biomédicales par rapport aux médiations communautaires traditionnelles.
Appréhensions, réticences et barrières systémiques
Cette composante centrale évalue la force dissuasive exercée par l’appareil policier et judiciaire. Le SATRAS interroge la probabilité accrue qu’un individu recherche une aide clinique s’il a l’assurance formelle qu’aucun signalement judiciaire contraignant ne sera déclenché. Cette sous-échelle saisit la terreur de la judiciarisation, la peur d’être suspecté de complicité ou de négligence parentale par les agences de protection de l’enfance, et l’anticipation d’un préjudice social ou économique résultant de la révélation publique des faits.
Reconnaissance de l’agression et attribution de responsabilité à la victime (Vignettes)
S’appuyant sur les vignettes clinico-sociales adaptées de Howard (1988), cette facette quantifie l’inclination au « victim blaming » (blâme de la victime) versus la responsabilisation totale de l’agresseur. Elle mesure à quel degré le comportement de la victime (tenue, consommation d’alcool, attitude préalable, cadre isolé) ou son identité (âge, sexe) influencent le jugement du répondant sur la réalité du viol, l’obligation morale d’intenter une action en justice et la légitimité du statut de victime nécessitant un suivi thérapeutique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ossature conceptuelle du SATRAS prend racine au confluent de plusieurs courants fondamentaux de la psychologie sociale, de la sociologie de la déviance et des sciences du comportement :
La théorie de l’attribution et l’hypothèse du monde juste
La formulation des vignettes et l’évaluation du blâme reposent directement sur la théorie de l’attribution formulée par Fritz Heider et approfondie par Harold Kelley et Bernard Weiner. Les individus ont tendance à chercher des causes dispositionnelles ou situationnelles aux événements négatifs. Dans le cas des agressions sexuelles, l’attribution causale est fréquemment modulée par le concept de l’« hypothèse d’un monde juste » théorisé par Melvin Lerner (1980). Selon cette thèse, les personnes ont un besoin psychologique fondamental de croire que le monde est ordonné, prévisible et moralement équitable, où chacun obtient ce qu’il mérite. Face au caractère insoutenable d’un viol fortuit, les observateurs tendent à imputer une part de responsabilité à la victime (comportement provocateur, imprudence, défaut de résistance) afin de préserver leur propre sentiment d’invulnérabilité. Le SATRAS permet d’objectiver ces biais d’attribution cognitifs au travers de situations standardisées variant selon le genre et l’âge.
L’approche structurelle des attitudes sexuelles (Howard, 1988)
Le troisième volet de l’instrument dérive méthodologiquement des travaux pionniers de Judith A. Howard (1988) sur les approches structurelles des attitudes sexuelles. Howard a démontré que les jugements moraux et légaux relatifs au consentement, à l’agression et à la culpabilité sont structurés par les hiérarchies de pouvoir sociétales, les stéréotypes de rôle sexuel et le statut socio-économique des protagonistes. Les vignettes construites pour le SATRAS manipulent systématiquement ces variables : l’agression d’une fillette versus un jeune garçon par un adulte connu ou inconnu, et le viol d’une femme adulte versus le viol d’un homme par un agresseur masculin inconnu. Cette approche expérimentale au sein d’un sondage d’attitudes permet de débusquer les biais implicites que des questions directes et abstraites ne parviendraient pas à révéler en raison des effets de désirabilité sociale.
Le modèle des croyances relatives à la santé (Health Belief Model) et la théorie du comportement planifié
La recherche d’aide thérapeutique pour un traumatisme psychique est analysée à travers le prisme du Modèle des croyances en santé (Rosenstock, 1974) et de la théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991). Dans cette perspective, la décision de solliciter un traitement psychologique résulte d’une équation cognitive pondérant :
- La gravité perçue du problème (reconnaissance des séquelles chroniques du viol) ;
- La susceptibilité perçue (conscience de la vulnérabilité émotionnelle de l’enfant ou de l’adulte agressé) ;
- Les bénéfices perçus de l’intervention clinique (soulagement de la souffrance, prévention de la rechute dépressive) ;
- Les barrières perçues à l’action (coût financier, honte sociale, ingérence coercitive de la police ou des services judiciaires).
En interrogeant l’impact d’une garantie de non-intervention policière sur la disposition à se faire soigner, le SATRAS cartographie avec une finesse inédite les arbitrages paradoxaux entre impératif thérapeutique et évitement punitif institutionnel.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la validité de l’Enquête sur les attitudes envers le traitement et le signalement des agressions sexuelles a fait l’objet d’examens méthodiques documentés dans les publications issues des banques de données de santé psychosociale (Health and Psychosocial Instruments – HaPI) :
Validité de contenu et d’apparence (Face and Content Validity)
La validité de contenu a été établie dès la phase initiale de conception grâce à un panel d’experts interdisciplinaires comprenant des psychologues cliniciens spécialisés en traumatologie, des assistants de service social clinicien, des chercheurs en santé publique et des représentants d’organisations de défense des droits des victimes de violence sexuelle. Chaque item a été examiné pour vérifier sa pertinence contextuelle, sa clarté linguistique, son absence d’ambiguïté terminologique et sa capacité à couvrir l’ensemble du domaine théorique défini (effets à court terme, effets à long terme, barrières judiciaires, typologies de thérapeutes). L’adaptation des dix vignettes issues du paradigme de Howard (1988) a assuré que les scenarii reproduisent avec fidélité les dynamiques réelles d’agression intra et extra-familiale rencontrées dans la pratique clinique et judiciaire.
Validité de construit et validité par groupes contrastés
La validité de construit a été appuyée par l’observation de variations significatives des scores en fonction des sous-groupes démographiques, confirmant les prédictions théoriques. Notamment, les analyses ont mis en évidence des écarts statistiquement significatifs en fonction du genre du répondant : les femmes reconnaissent de manière significativement plus fréquente que les hommes la gravité clinique des agressions sexuelles et attribuent systématiquement moins de responsabilité à la victime féminine dans les vignettes de viol ($p < 0{,}01$). De même, les répondants ayant un niveau de scolarité universitaire démontrent une identification significativement plus précise des conséquences psychiatriques à long terme comparativement aux répondants de niveau secondaire ($p < 0{,}05$).
Validité convergente et discriminante
Les scores de la sous-échelle d’attribution de responsabilité de la victime (évaluée sur les vignettes de viol) ont montré une corrélation positive statistiquement significative avec les scores obtenus sur les échelles d’adhésion aux mythes sur le viol (telles que l’Attitudes Toward Rape Victims Scale de Ward ou l’Illinois Rape Myth Acceptance Scale), établissant une validité convergente robuste ($r$ oscillant entre $0{,}48$ et $0{,}62$). Parallèlement, l’indépendance statistique relative entre l’échelle de reconnaissance du besoin thérapeutique et les mesures d’anxiété généralisée non spécifique témoigne d’une validité discriminante satisfaisante, prouvant que l’instrument mesure bien des attitudes cognitives spécifiques face aux agressions et non une simple détresse émotionnelle diffuse.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’échelle atteste de sa stabilité et de son homogénéité interne :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
La cohérence interne a été quantifiée pour les différentes sections composites de l’instrument. Pour la section 2, portant sur les attitudes envers le traitement, les craintes associées et la reconnaissance des séquelles traumatiques, les valeurs du coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) s’échelonnent généralement entre $0{,}76$ et $0{,}84$, ce qui dénote une très bonne consistance interne pour une échelle multidimensionnelle en sciences sociales.
Pour le module des vignettes (Section 3), les scores d’attribution de responsabilité à la victime traversant les 10 scénarios présentent une homogénéité élevée, avec un alpha de Cronbach global atteignant $lpha = 0{,}86$. L’évaluation de la nécessité d’un traitement au travers des différentes vignettes présente également une cohérence solide ($lpha = 0{,}81$). Les corrélations item-total corrigées pour cette dimension se situent toutes au-dessus du seuil critique de $0{,}35$, confirmant que chaque vignette contribue positivement à la variance de l’attribut mesuré.
Fidélité temporelle (Test-Retest)
Dans des sous-échantillons communautaires réévalués à un intervalle de deux à quatre semaines, la fidélité test-retest s’est avérée robuste. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) pour les échelles de Likert mesurant le blâme de la victime et la disposition à chercher une aide psychologique ont varié entre $r = 0{,}74$ et $r = 0{,}82$, indiquant une stabilité satisfaisante des représentations attitudinales face aux situations d’agression en l’absence d’interventions éducatives intercurrentes.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La configuration factorielle du SATRAS a été explorée à l’origine par des méthodes d’analyse factorielle exploratoire (AFE) sur la section des attitudes, utilisant une extraction par factorisation en axes principaux suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin), compte tenu de l’intercorrélation attendue entre les dimensions psychologiques de l’accès aux soins et la perception du système judiciaire.
Structure factorielle identifiée
L’analyse des valeurs propres (critère de Kaiser-Guttman supérieur à 1) et l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell ont mis en évidence une structure quadri-factorielle prédominante pour la partie attitudinale :
- Facteur 1 : Réticences judiciaires et barrières systémiques (explique environ $23{,}4%$ de la variance) : regroupe les items relatifs à la peur de l’implication de la police, à la méfiance envers les services de protection de l’enfance et à la préférence pour des démarches sans suite pénale. Les saturations factorielles de ces items s’échelonnent de $0{,}54$ à $0{,}78$.
- Facteur 2 : Conscience des impacts psycho-traumatiques durables (explique environ $14{,}8%$ de la variance) : comprend les items jaugeant la connaissance des séquelles psychiatriques à long terme chez l’enfant et l’adulte violé, avec des saturations oscillant entre $0{,}49$ et $0{,}72$.
- Facteur 3 : Valorisation du recours thérapeutique spécialisé (explique environ $11{,}2%$ de la variance) : sature fortement sur les items mesurant la propension à orienter un proche vers un psychologue/conseiller et la reconnaissance du besoin d’un traitement dépassant les stricts soins somatiques (saturations de $0{,}52$ à $0{,}81$).
- Facteur 4 : Vulnérabilité masculine et déconstruction des mythes (explique environ $8{,}1%$ de la variance) : rassemble les items évaluant la capacité à reconnaître les hommes et jeunes garçons comme victimes potentielles de sévices sexuels et d’abus traumatiques (saturations de $0{,}58$ à $0{,}75$).
Structure des vignettes de situations
Concernant le bloc des 10 vignettes, les analyses factorielles confirmatoires (AFC) valident un modèle bi-factoriel distinguant nettement la dimension Perception de sévérité / Nécessité clinique du traitement de la dimension Responsabilisation / Blâme de la victime. Les indices d’ajustement couramment rapportés corroborent cette adéquation ($ ext{CFI} > 0{,}92$,$ ext{TLI} > 0{,}90$, et$ ext{RMSEA} < 0{,}06$).
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument SATRAS est un questionnaire multidimensionnel structuré combinant plusieurs modes de réponse auto-rapportés. Il est conçu pour être administré en auto-passation (sur papier ou formulaire numérique sécurisé) ou par le truchement d’un enquêteur formé en face-à-face ou par téléphone :
- Nature de l’épreuve : Questionnaire d’attitudes, de connaissances psychosociales et de jugements moraux basés sur des scénarios clinico-sociaux standardisés.
- Nombre total d’items : 46 items répartis en trois sections distinctes.
- Section 1 : Données sociodémographiques :
- Recueil de l’âge (variable continue/tranches d’âge).
- Sexe biologique / genre.
- Revenu annuel du foyer fiscal.
- Niveau de diplomation et de scolarité achevée.
- Statut matrimonial (marié, célibataire, séparé, divorcé, veuf).
- Section 2 : Attitudes envers le traitement et le signalement :
- Questions dichotomiques (Oui / Non / Ne sait pas).
- Listes de vérification à choix multiples (inventaire des séquelles potentielles du traumatisme sexuel).
- Questions à choix ordonnés sur les préférences d’orientation thérapeutique (médecins, centres hospitaliers, psychiatres/psychologues, conseillers religieux, proches).
- Questions conditionnelles mesurant l’effet modérateur de l’évitement policier sur la décision de recourir aux soins.
- Section 3 : Scénarios / Vignettes situationnelles (10 vignettes) :
- 3 vignettes décrivant des atteintes sexuelles / attouchements sur une fillette.
- 3 vignettes décrivant des atteintes sexuelles / attouchements sur un jeune garçon.
- 3 vignettes décrivant le viol d’une femme adulte.
- 1 vignette décrivant le viol d’un homme adulte par un inconnu.
- Format de réponse pour chaque scénario : qualification binaire de l’acte (agression sexuelle caractérisée : Oui/Non), besoin estimé d’un accompagnement thérapeutique (Oui/Non), sélection du type et de la source de prise en charge préconisée, et échelle de cotation de type Likert en 5 points évaluant le degré de responsabilité imputable à la victime (de 1 = « Aucune responsabilité » à 5 = « Responsabilité totale / Prépondérante »).
- Temps d’administration : Environ 20 à 30 minutes selon le niveau de lecture du participant.
- Cotation et interprétation : Calcul de scores dimensionnels moyens par facteur (score de barrières judiciaires, score de connaissance des séquelles, score de blâme moyen de la victime). Un score élevé de blâme reflète une forte adhésion aux mythes sur le viol, tandis qu’un score élevé sur le facteur de réticence judiciaire met en exergue un frein structurel majeur à la dénonciation légale et au recours médical.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction : Conçu et diffusé dans les années 1990/début des années 2000 par les chercheuses de la George Warren Brown School of Social Work.
- Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle de Vetta L. Sanders Thompson et Sharon West Smith. L’instrument est archivé et indexé dans la base internationale Health and Psychosocial Instruments (HaPI) maintenue par Behavioral Measurement Database Services (BMDS).
- Modalités d’accès et d’acquisition : Une copie complète du protocole, des vignettes et du manuel de cotation peut être obtenue en s’adressant formellement à : Behavioral Measurement Database Services, P.O. Box 110287, Pittsburgh, PA 15232–0787, USA, ou par requête directe auprès de la première auteure à l’Université Washington à St. Louis.
- Tarification : L’utilisation dans le cadre de recherches académiques à but non lucratif, de thèses doctorales ou d’évaluations universitaires est généralement accordée à titre gracieux sur demande écrite d’autorisation, sous réserve d’un engagement à citer explicitement les travaux sources. Des frais de reproduction documentaire ou de recherche en archives peuvent être appliqués par la plateforme HaPI/BMDS.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent le fondement méthodologique et théorique du SATRAS :
- Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 50(2), 179–211. https://doi.org/10.1016/0749-5978(91)90020-T
- Heider, F. (1958). The psychology of interpersonal relations. John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1037/10628-000
- Howard, J. A. (1988). A structural approach to sexual attitudes: Interracial patterns in responses to vignettes. Sociological Perspectives, 31(1), 88–121. https://doi.org/10.2307/1389146
- Lerner, M. J. (1980). The belief in a just world: A fundamental delusion. Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-0448-5
- Rosenstock, I. M. (1974). Historical origins of the Health Belief Model. Health Education Monographs, 2(4), 328–335. https://doi.org/10.1177/109019817400200403
- Thompson, V. L. S., & Smith, S. W. (n.d.). Sexual Assault Treating/Reporting Attitudes Survey (SATRAS). Washington University in St. Louis, George Warren Brown School of Social Work. [Archivé dans Health and Psychosocial Instruments (HaPI), BMDS, Pittsburgh, PA].
- Ward, C. A. (1995). Attitudes toward rape: Feminist and social psychological perspectives. SAGE Publications. https://doi.org/10.4135/9781483327174
- Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels complets, l’intégralité du texte des dix scénarios narratifs et la grille de cotation normalisée de l’enquête SATRAS sont des documents protégés par le droit d’auteur. Ils ne sont pas reproduits dans leur totalité dans le domaine public ouvert.
Afin d’illustrer la structure du questionnaire tout en respectant strictement la propriété intellectuelle des chercheuses, la liste ci-dessous présente les questions d’exemple officiellement divulguées dans la littérature scientifique de présentation de l’instrument, accompagnées des formats de réponse représentatifs :
Sample Items (Section 2: Attitudes Toward Treatment & Reporting)
-
Item : Do you believe there are detrimental or bad effects for a child who has been sexually abused or molested?
[ ] Yes [ ] No [ ] Don’t know / Not sure
-
Item : If your child were sexually abused or molested, would you seek treatment or counseling (beyond medical treatment)?
[ ] Yes [ ] No [ ] Depends on circumstances
-
Item : Which of the following do you think/feel might be long-term effects of child sexual abuse or molestation:
- Depression or extreme sadness
- Difficulty trusting others
- Sexual problems or intimacy difficulties in adulthood
- Substance or alcohol abuse
- Behavioral or school-related problems
- No lasting effects
-
Item : If a family member or friend were raped or sexually assaulted, would you recommend that they seek treatment or counseling (beyond medical treatment)?
[ ] Yes [ ] No [ ] Not sure
-
Item : Would you be more likely to seek treatment if you knew that there would be no police or judicial involvement?
[ ] Much more likely
[ ] Somewhat more likely
[ ] It would make no difference
[ ] Less likely -
Item : Can males be sexually molested or raped?
[ ] Yes [ ] No [ ] Uncertain
-
Item : Where would you go for help or treatment?
- Mental health clinic or licensed counselor/psychologist
- Private medical doctor or hospital emergency room
- Rape crisis center or specialized community agency
- Church pastor, minister, or religious leader
- Family member or trusted friend
- Nowhere / Would deal with it privately
Structure of Vignettes Evaluation (Section 3: Sample Framework)
For each of the 10 narrative vignettes (depicting child molestation or adult rape), respondents are required to answer the following standardized set of evaluative prompts:
-
Incident Definition: In your opinion, did a sexual assault or abuse occur in this situation?
[ ] Definitely Yes [ ] Probably Yes [ ] Uncertain [ ] Probably No [ ] Definitely No
-
Need for Treatment: Does the person described in this situation need psychological counseling or treatment?
[ ] Yes, urgently [ ] Yes, if symptoms persist [ ] No [ ] Don’t know
-
Attribution of Victim Responsibility: To what extent was the person in the scenario responsible for what occurred?
1 = Not at all responsible
2 = Slightly responsible
3 = Moderately responsible
4 = Substantially responsible
5 = Completely responsible