1. Résumé / Abstract
Les Échelles de l’Image d’un Dieu Aimant et Contrôlant (Loving and Controlling God Scales), élaborées initialement par Peter L. Benson et Bernard Spilka en 1973, représentent l’un des instruments pionniers et fondamentaux de la psychologie de la religion et de la psychométrie appliquée aux représentations théistes. Conçu pour évaluer les aspects affectifs et relationnels de la représentation cognitive et émotionnelle de la divinité, cet outil psychométrique mesure deux dimensions primordiales distinctes : l’image d’un « Dieu aimant » (Loving God) et l’image d’un « Dieu contrôlant » (Controlling God). Contrairement aux échelles mesurant strictement les croyances dogmatiques, l’adhésion doctrinale ou les rituels ecclésiaux, cet instrument appréhende les représentations subjectives de Dieu à travers le prisme de la perception interpersonnelle et des projections psychodynamiques individuelles.
L’instrument est structuré sous la forme d’un différentiel sémantique comprenant dix paires d’adjectifs antithétiques (bipolaires), divisées équitablement en deux sous-échelles de cinq items chacune. La sous-échelle de l’image aimante utilise des polarités telles que rejetant-acceptant, aimant-haïssant, damnant-sauvant, rancunier-pardonnant et approbateur-désapprobateur. La sous-échelle de l’image contrôlante mobilise des descripteurs tels que exigeant-non exigeant, libérateur-restrictif, contrôlant-non contrôlant, strict-indulgent et permissif-rigide. Chaque item est évalué sur une échelle en sept points graduée de 0 à 6, générant des scores sommatifs continus variant de 0 à 30 pour chaque polarité dimensionnelle. Les protocoles d’administration sont de type papier-crayon ou informatisé, auto-administrés et hautement standardisés.
Sur le plan des propriétés psychométriques, les données inaugurales publiées par Benson et Spilka (1973) ont révélé une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients de fidélité de .72 pour l’échelle d’amour divin et de .60 pour celle de contrôle divin au sein d’échantillons confessionnels. La validité de construit a été rigoureusement démontrée par des associations théoriquement cohérentes : l’échelle du Dieu aimant est positivement corrélée à l’estime de soi, à la maturité des relations d’objet (évaluée par le Ego Function Assessment Questionnaire Revised ; Brokaw & Edwards, 1994) et à un style d’attachement sécurisant (Kirkpatrick & Shaver, 1992). À l’inverse, l’échelle du Dieu contrôlant s’associe à des défenses psychologiques plus rigides, à une anxiété existentielle accrue et à des niveaux moins différenciés de développement du moi, tout en maintenant une indépendance orthogonale vis-à-vis du lieu de contrôle (locus of control) généralisé. Cette échelle demeure un standard pour l’évaluation psychodynamique et cognitive des représentations divines.
2. Mots-clés / Keywords
Image de Dieu, Psychologie de la religion, Différentiel sémantique, Représentations théistes, Théorie des relations d’objet, Attachement à Dieu, Psychométrie religieuse, Estime de soi, Benson et Spilka, Coping religieux.
3. Auteurs / Authors
Les Loving and Controlling God Scales ont été développées et standardisées par deux figures majeures de la recherche en psychologie sociale et religieuse américaine :
- Peter L. Benson, Ph.D. : Éminent psychologue du développement social, co-fondateur et ancien président du Search Institute à Minneapolis (Minnesota, États-Unis). Ses travaux ont profondément influencé l’étude du développement positif des jeunes (Positive Youth Development), des atouts du développement et de la psychométrie des attitudes sociales et religieuses.
- Bernard Spilka, Ph.D. : Professeur émérite au Département de psychologie de l’Université de Denver (Colorado, États-Unis). Considéré comme l’un des pères fondateurs modernes de la psychologie empirique de la religion, il a publié de multiples ouvrages de référence, dont The Psychology of Religion: An Empirical Approach, et a consacré plus de quatre décennies à la recherche théorique et méthodologique sur les attitudes, la foi et l’adaptation psychologique.
Bien que les communications électroniques n’existaient pas lors de la parution originale de l’instrument en 1973, les correspondances académiques institutionnelles relatives aux archives de ces travaux sont gérées via le département de psychologie de l’Université de Denver (Denver, CO 80208, USA).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental des Loving and Controlling God Scales est de quantifier de façon objective et nuancée les représentations phénoménologiques et affectives que les individus entretiennent à l’égard de la divinité. Durant de nombreuses décennies, la recherche en sciences sociales s’est bornée à évaluer la religiosité sous l’angle de variables sociologiques superficielles ou comportementales, telles que la fréquence de fréquentation des lieux de culte, l’affiliation confessionnelle ou l’adhésion littérale aux credos théologiques. Or, comme l’ont souligné Benson et Spilka (1973), ces indices quantitatifs échouent à capturer la nature qualitative de l’expérience intérieure du croyant et la structure fonctionnelle de son schéma divin.
L’élaboration de cet outil répond à un double impératif, théorique et pragmatique :
Justification théorique
Sur le plan conceptuel, l’échelle a été conçue pour opérationnaliser le construit d’« image de Dieu » (God image), distinct du « concept théologique de Dieu » (God concept). Alors que le concept de Dieu renvoie à une connaissance intellectualisée, abstraite et dogmatique (ce qu’une personne affirme croire théologiquement), l’image de Dieu reflète une expérience émotionnelle viscérale, implicite et relationnelle (la manière dont la divinité est ressentie au quotidien dans les moments de vulnérabilité ou de détresse). L’outil a permis de tester directement l’hypothèse selon laquelle les représentations affectives de la transcendance fonctionnent comme un miroir des processus psychodynamiques intrapsychiques, notamment la perception de sa propre valeur personnelle et la structuration du contrôle environnemental.
Applications en recherche psychologique
Dans le domaine de la recherche fondamentale, les échelles permettent d’investiguer :
- Les mécanismes de médiation psychologique unissant les structures de personnalité (traits du modèle à cinq facteurs, narcissisme, dispositions affectives) et les conduites pro-sociales ou prosélytes.
- L’impact des styles éducatifs parentaux sur la genèse des archétypes divins, à travers le modèle de compensation ou le modèle de correspondance (théorie de l’attachement).
- L’analyse différentielle des réponses au deuil traumatique, aux pertes majeures et au stress existentiel dans les études de stratégies de coping (Park & Cohen, 1993).
Applications cliniques et psychothérapeutiques
Dans le contexte clinique, l’évaluation de l’image de Dieu s’avère un levier diagnostique et thérapeutique inestimable. Une image divine excessivement punitive et contrôlante est fréquemment corrélée à une culpabilité névrotique, des obsessions religieuses scrupuleuses, des tableaux dépressifs sévères et des structures surmoïques archaïques et intransigeantes. Les praticiens en psychothérapie intégrative ou d’orientation psychodynamique mobilisent l’échelle pour identifier les conflits d’attachement primaires projetés sur l’objet divin, faciliter le désamorçage de l’angoisse de damnation et encourager l’intériorisation d’une figure réparatrice sécurisante et bienveillante (Bowman et al., 1987 ; Hall et al., 1994).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au centre des Loving and Controlling God Scales s’articule autour de la distinction bidimensionnelle de l’affectivité théiste. Les auteurs postulent que la relation subjective à la divinité ne peut être condensée en un indice unitaire de « ferveur », mais se déploie selon deux axes indépendants qui qualifient la valence affective et le mode de régulation exercé par Dieu sur l’individu.
1. La dimension du Dieu Aimant (Loving God Dimension)
Cette première dimension reflète l’expérience de la divinité en tant qu’entité incarnant l’amour inconditionnel, la miséricorde, la sollicitude, l’acceptation bienveillante et le salut psychologique ou spirituel. Les sujets présentant un score élevé sur cette dimension perçoivent Dieu comme un havre de sécurité (safe haven) et une base solide d’apaisement face aux épreuves existentielles.
Les caractéristiques psychologiques sous-jacentes de cette polarité incluent :
- L’acceptation inconditionnelle : La croyance fondamentale que l’individu est digne d’affection, indépendamment de ses fautes ou de ses faiblesses humaines (adjectifs Rejecting – Accepting).
- Le pardon réparateur : L’attente que les erreurs morales ou spirituelles peuvent être pardonnées et surmontées sans crainte de rétorsion punitive irrémissible (adjectifs Unforgiving – Forgiving).
- L’approbation ontologique : Un sentiment diffus de validation de son identité propre par une puissance transcendante qui soutient la croissance de la personne (adjectifs Approving – Disapproving).
- La grâce rédemptrice : Une conception salvatrice du monde, où la divinité protège contre l’effondrement psychique ou l’anéantissement (adjectifs Damning – Saving).
Cette dimension est intimement connectée à une solide estime de soi, à des représentations intériorisées positives de soi et d’autrui, ainsi qu’à une capacité résiliente d’autorégulation émotionnelle.
2. La dimension du Dieu Contrôlant (Controlling God Dimension)
La seconde dimension appréhende le degré auquel la divinité est expérimentée comme une force autoritaire, coercitive, restrictive, exigeante et scrupuleusement rigide. Un score élevé sur cette sous-échelle reflète la perception d’un univers spirituel placé sous le sceau de la surveillance, de l’injonction et de la limitation sévère de l’autonomie personnelle.
Cette dimension incorpore des composantes phénoménologiques spécifiques :
- L’exigence normative élevée : Le sentiment que des standards moraux et comportementaux inflexibles sont imposés de manière continue (adjectifs Demanding – Not Demanding).
- La restriction de l’agentivité : La perception que la divinité restreint la liberté individuelle, enfermant l’existence dans des interdits rigides (adjectifs Freeing – Restricting).
- La régulation déterministe : L’impression que la destinée et les choix quotidiens de l’individu sont entièrement régis et dictés sans marge de négociation par un être souverain absolu (adjectifs Controlling – Uncontrolling).
- La sévérité et la rigidité dogmatique : Une relation caractérisée par l’inflexibilité et l’intolérance aux écarts de conduite (adjectifs Strict – Lenient et Permissive – Rigid).
Contrairement aux idées reçues, la dimension contrôlante ne signifie pas nécessairement le rejet de Dieu, mais qualifie une dynamique relationnelle teintée de crainte révérencielle, d’anxiété de conformité et, dans les cas extrêmes, d’inhibition névrotique du développement de l’autonomie de l’ego.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle des échelles de Benson et Spilka s’enracine au confluent de trois courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie des relations d’objet, la théorie de l’attachement et les théories socio-cognitives de la personnalité.
1. La théorie des relations d’objet et la projection psychodynamique
Selon la tradition psychanalytique et psychodynamique initiée par Sigmund Freud, poursuivie par Donald Winnicott et systématisée dans le champ religieux par Ana-Maria Rizzuto (1979), l’image de Dieu ne constitue pas une entité intellectuelle autonome, mais un objet transitionnel complexe résultant de la projection et de l’intériorisation des figures parentales primaires. Selon Rizzuto, tout individu élabore au cours de sa prime enfance une représentation divine à partir des résidus mnésiques de ses interactions avec les figures d’attachement (le père et la mère réels ou fantasmés).
Dans ce cadre, l’échelle du Dieu aimant traduit l’intériorisation réussie d’objets bienveillants (good objects) capables de dispenser du réconfort narcissique et de soutenir la cohésion de l’ego. À l’opposé, l’échelle du Dieu contrôlant dérive de l’incorporation de composantes parentales intrusives, punitives ou omnipotentes, générant une instance surmoïque persécutrice. Les recherches de Brokaw et Edwards (1994) confirment empiriquement cette articulation : les individus situés à des stades élevés de maturité des relations d’objet (caractérisés par la tolérance à l’ambivalence et l’intégration identitaire) manifestent des scores significativement élevés sur l’échelle aimante et bas sur l’échelle contrôlante.
2. La théorie de l’attachement appliquée au divin
Bien que formalisée plus tardivement dans les travaux de Lee A. Kirkpatrick et Phillip R. Shaver (1992), la grille de lecture de l’attachement de John Bowlby offre un éclairage direct sur les échelles de Benson et Spilka. Dieu y est conceptualisé comme une figure d’attachement archétypale. La sous-échelle de l’amour divin opérationnalise le modèle interne opérant (internal working model) d’un soi digne d’amour interagissant avec une figure d’attachement accessible, responsive et chaleureuse (attachement sécurisant). La sous-échelle de contrôle renvoie aux dynamiques anxieuses et évitantes, dans lesquelles la proximité avec la figure transcendante est subordonnée à une soumission absolue ou marquée par la crainte constante d’un abandon ou d’une punition arbitraire.
3. Les modèles socio-cognitifs et le lieu de contrôle
Benson et Spilka (1973) ont également formulé leur modélisation à partir des théories de l’apprentissage social et du contrôle perçu de Julian Rotter. Les auteurs cherchaient à vérifier dans quelle mesure l’image d’un Dieu contrôlant reflétait un lieu de contrôle externe (croyance que la vie est gouvernée par des forces échappant au pouvoir d’action du sujet). Les hypothèses initiales postulaient un lien fonctionnel entre le sentiment d’efficacité personnelle et l’attribution de souveraineté à Dieu, posant les jalons de l’analyse cognitive des attributions causales religieuses explicitée ultérieurement par Spilka, Shaver et Kirkpatrick (1985).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique des Loving and Controlling God Scales a fait l’objet de multiples validations empiriques transversales et longitudinales depuis sa publication originale.
Validité de construit et convergente
Dans l’étude inaugurale de Benson et Spilka (1973), menée auprès d’adolescents catholiques, la validité convergente a été établie par l’examen des liens entre l’image de Dieu et des construits de personnalité cardinaux :
- Estime de soi : Conformément aux prédictions théoriques, l’estime de soi s’est révélée positivement et significativement corrélée avec l’échelle du Dieu aimant ($r = .35$, $p < .01$). Les participants s'auto-évaluant de manière valorisante projetaient cette sécurité interne dans leur perception de l'acceptation divine.
- Relations d’objet : Brokaw et Edwards (1994) ont administré l’échelle en conjonction avec le Ego Function Assessment Questionnaire Revised (EFAQ-R). Leurs analyses de corrélation ont mis en évidence que l’échelle du Dieu aimant était fortement et positivement corrélée au niveau global de développement des relations d’objet ($r = .42$, $p < .001$), tandis que l’échelle du Dieu contrôlant manifestait une corrélation négative statistiquement significative ($r = -.28$,$p < .01$). Cela confirme que la capacité à expérimenter Dieu comme aimant découle d'un fonctionnement psychologique caractérisé par la différenciation de soi et l'intégration affective mature.
- Attachement romantique et styles relationnels : Kirkpatrick et Shaver (1992) ont mis en évidence que les individus présentant un style d’attachement adulte sécurisant rapportaient des niveaux significativement plus élevés sur l’échelle de l’amour divin et plus faibles sur l’échelle de contrôle, attestant de la validité congruente de l’instrument avec les construits relationnels modernes.
Validité discriminante
L’un des résultats les plus cruciaux obtenus par Benson et Spilka (1973) concerne la validité discriminante de l’échelle du Dieu contrôlant :
- Indépendance vis-à-vis du locus de contrôle : Contrairement à l’hypothèse de sens commun voulant que la croyance en un Dieu contrôlant ne soit qu’un avatar du lieu de contrôle externe de Rotter, les auteurs ont découvert que l’échelle du Dieu contrôlant n’était pas corrélée de manière significative avec les mesures classiques d’internalité/externalité générale ($r = .08$, non significatif). Cette dissociation a été corroborée par Gabbard, Howard et Tageson (1986), prouvant que la dimension de contrôle divin capture une attribution spirituelle spécifique et ne se réduit pas à une simple passivité comportementale ou à un fatalisme laïque.
- Orthogonalité des dimensions : Bien que corrélées faiblement de manière inverse selon les échantillons ($r$ oscillant généralement entre $-.15$ et $-.30$), les deux échelles constituent des construits factoriellement distincts, confirmant qu’une perception de Dieu comme aimant n’exclut pas nécessairement la perception d’un ordre régulateur et strict, selon les contextes éducatifs et doctrinaux.
Validité prédictive et clinique
Dans le domaine du coping face aux traumatismes de la vie, Park et Cohen (1993) ont démontré la validité prédictive de l’instrument auprès d’étudiants confrontés au décès inattendu d’un ami proche. Les scores sur l’échelle du Dieu aimant prédisaient une croissance post-traumatique positive, un meilleur recours au soutien social et une réduction de la détresse émotionnelle à long terme. Inversement, l’échelle du Dieu contrôlant était prédictive d’un sentiment accru de colère envers la vie et d’un deuil compliqué. Dans des contextes de psychopathologie lourde, Bowman et al. (1987) ont utilisé l’échelle auprès de patientes présentant un trouble dissociatif de l’identité, constatant des polarisations extrêmes sur l’échelle contrôlante en lien avec des traumatismes religieux infantiles.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des qualités métrologiques d’une échelle psychométrique requiert l’examen rigoureux de sa cohérence interne et de sa stabilité temporelle.
Cohérence interne (Homogénéité)
Dans l’investigation méthodologique initiale conduite par Benson et Spilka (1973), la cohérence interne des deux échelles a été évaluée auprès d’un échantillon indépendant composé de 50 sujets affiliés à l’Église luthérienne :
- Échelle du Dieu Aimant (Loving God Scale) : Le coefficient de cohérence interne (alpha de Cronbach / corrélation d’homogénéité) s’est élevé à .72. Pour une échelle concise constituée de seulement cinq items, ce niveau dépasse le seuil conventionnel acceptable de .70, attestant d’une robustesse unitaire de la polarité d’amour et de bienveillance divine.
- Échelle du Dieu Contrôlant (Controlling God Scale) : Le coefficient obtenu s’est établi à .60. Bien que ce score se situe dans une fourchette modérée, il demeure recevable pour un instrument pionnier d’exploration théorique doté d’un faible nombre d’items. Les auteurs et les chercheurs subséquents ont noté que la notion de « contrôle » divin recouvre des nuances sémantiques plus hétérogènes (allant de l’autorité morale bienveillante à l’oppression coercitive), ce qui explique une variabilité inter-items légèrement plus prononcée.
Dans les réplications ultérieures menées au cours des années 1980 et 1990 (notamment Brokaw & Edwards, 1994 ; Hertel & Donahue, 1995), les coefficients de consistance interne ont fréquemment oscillé entre .74 et .81 pour la sous-échelle du Dieu aimant, et entre .62 et .71 pour la sous-échelle du Dieu contrôlant au sein d’échantillons adultes plus vastes et diversifiés.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Bien que l’article princeps de 1973 ne fournisse pas de coefficient test-retest longitudinal formel, les études d’intervention psychothérapeutique et de suivi développemental (e.g., Hall et al., 1994) ont mis en exergue une stabilité temporelle substantielle des scores sur des intervalles de 4 à 8 semaines chez des populations non cliniques (coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à .75). L’image de Dieu agit ainsi comme un trait cognitivo-affectif relativement stable dans le temps, tout en demeurant perméable aux restructurations thérapeutiques profondes ou aux crises existentielles majeures.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle des Loving and Controlling God Scales découle historiquement de l’application de la technique du différentiel sémantique théorisée par Charles E. Osgood, George Suci et Percy Tannenbaum (1957). Osgood et ses collègues avaient mis en évidence que l’espace sémantique humain s’organise universellement autour de trois facteurs primaires : l’Évaluation (bon-mauvais), la Puissance (fort-faible) et l’Activité (actif-passif).
Structure factorielle originale
Dans les travaux préliminaires de Benson et Spilka, les paires d’adjectifs ont été soumises à des analyses factorielles exploratoires (AFE) avec rotation orthogonale (Varimax). Les résultats ont confirmé l’émergence claire de deux facteurs indépendants expliquant la majeure partie de la variance commune des réponses relatives à la représentation de Dieu :
- Facteur I : Valence affective / Évaluation bienveillante (Dieu Aimant) : Ce facteur regroupe les paires d’adjectifs liées à la warmth affective, au réconfort et au salut. Les saturations factorielles (factor loadings) des cinq items constitutifs se sont révélées robustes, oscillant entre .55 et .78 sur leur axe respectif. Les items Loving – Hating et Rejecting – Accepting ont manifesté les saturations primaires les plus élevées, confirmant leur rôle d’indicateurs cardinaux de la dimension.
- Facteur II : Régulation impérative / Puissance contraignante (Dieu Contrôlant) : Ce facteur regroupe les descripteurs de contrainte comportementale, de discipline et d’exigence. Les saturations des items s’échelonnent de .48 à .70. Les items Controlling – Uncontrolling et Strict – Lenient constituent les ancrages factoriels les plus denses.
Modélisations factorielles confirmatoires ultérieures
Les investigations psychométriques ultérieures (notamment celles conduites par Hertel & Donahue, 1995) ont appliqué des analyses factorielles confirmatoires (AFC) pour comparer le modèle bidimensionnel à un modèle unidimensionnel orthogonal ou bipolaire. Les indices d’ajustement ont systématiquement validé la supériorité du modèle à deux facteurs corrélés ou orthogonaux (avec un $chi^2/ddl < 2.5$, un Root Mean Square Error of Approximation [RMSEA] $le .06$ et un Comparative Fit Index [CFI] $ge .92$). Ces analyses démontrent que « l’amour » et le « contrôle » ne constituent pas les extrémités opposées d’un continuum unique (un individu pouvant concevoir Dieu comme simultanément très aimant et extrêmement rigide, ce qui caractérise souvent des sous-cultures religieuses fondamentalistes ou traditionalistes).
10. Instrument de mesure / Instrument
La passation, la structure et la méthode de cotation de l’instrument se caractérisent par une grande simplicité d’utilisation :
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation (self-administered questionnaire), basé sur la technique du différentiel sémantique.
- Format de passation : Administration individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou interface numérique standard. Aucune consigne orale complexe n’est requise. Le sujet est invité à cocher la case qui correspond le mieux à son ressenti personnel vis-à-vis de Dieu sur une série de continuums bornés par des adjectifs antithétiques.
- Nombre total d’items : 10 items (cinq paires pour la dimension du Dieu aimant, cinq paires pour la dimension du Dieu contrôlant).
- Échelle de réponse : Échelle en 7 points graduée de 0 à 6, positionnée entre chaque paire d’adjectifs opposés.
- Durée de passation : Approximativement 3 à 5 minutes, ce qui en fait un outil particulièrement économique pour les batteries de tests volumineuses.
- Composition des sous-échelles :
- Sous-échelle « Dieu Aimant » (Loving God – L) : Items 1, 2, 4, 6 et 8.
- Sous-échelle « Dieu Contrôlant » (Controlling God – C) : Items 3, 5, 7, 9 et 10.
- Procédure de cotation et inversion (Reverse-scoring) :
- Afin d’obtenir un score direct où un résultat élevé correspond à un niveau élevé du construit (amour élevé ou contrôle élevé), certains items dont les pôles sont inversés sur la feuille de passation doivent faire l’objet d’un recodage avant la sommation.
- Pour l’échelle de 0 à 6, la formule de recodage pour les items inversés est : $\text{Nouveau score} = 6 – \text{Score brut}$.
- Items inversés : L’item 3 (C*), l’item 4 (L*), l’item 7 (C*), l’item 8 (L*) et l’item 9 (C*) sont marqués d’un astérisque de recodage.
- Calcul des scores totaux :
- Score « Dieu Aimant » : Somme des items 1, 2, 4 (inversé), 6 et 8 (inversé). Score total allant de 0 à 30.
- Score « Dieu Contrôlant » : Somme des items 3 (inversé), 5, 7 (inversé), 9 (inversé) et 10. Score total allant de 0 à 30.
- Échantillon normatif initial : 128 adolescents masculins fréquentant un établissement secondaire catholique (âge moyen de 15,4 ans), rigoureusement sélectionnés au sein d’une cohorte initiale de 205 sujets selon des critères stricts d’appartenance paroissiale continue depuis au moins dix ans. La répartition scolaire comprenait 44 élèves de neuvième année (freshmen), 31 de dixième (sophomores), 19 de onzième (juniors) et 34 de douzième année (seniors).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Les Loving and Controlling God Scales ont été publiées pour la première fois en 1973 dans la revue scientifique officielle de la Society for the Scientific Study of Religion (Benson & Spilka, 1973).
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les items de l’échelle ont été diffusés publiquement dans le cadre de l’article de recherche original. Conformément aux pratiques académiques habituelles régissant les instruments de recherche publiés dans le Journal for the Scientific Study of Religion, l’outil est accessible à des fins de recherche académique et clinique non commerciale sans redevance financière préalable (free of charge for non-commercial research).
- Conditions d’utilisation : Les chercheurs et praticiens souhaitant administrer cette échelle sont tenus de citer explicitement la publication princeps de Benson et Spilka (1973) dans leurs travaux, mémoires, thèses et publications scientifiques.
- Tarification : Aucun coût de licence n’est requis pour les utilisations universitaires ou institutionnelles régulières. Pour toute exploitation commerciale ou intégration dans des plateformes logicielles propriétaires payantes, les droits de reproduction relèvent des détenteurs légaux des archives de la revue et de l’éditeur académique original (Wiley-Blackwell / Society for the Scientific Study of Religion).
12. Références / References
Les travaux académiques suivants documentent l’élaboration théorique, les propriétés psychométriques et les utilisations empiriques des échelles :
- Benson, P. L., & Spilka, B. (1973). God image as a function of self-esteem and locus of control. Journal for the Scientific Study of Religion, 12(3), 297–310. https://doi.org/10.2307/1384430
- Bowman, E. S., Coons, P. M., Jones, R. S., & Oldstrom, M. (1987). Religious psychodynamics in multiple personalities: Suggestions for treatment. American Journal of Psychotherapy, 41(4), 542–554. https://doi.org/10.1176/appi.psychotherapy.1987.41.4.542
- Brokaw, B. F., & Edwards, K. J. (1994). The relationship of God image to level of object relations development. Journal of Psychology and Theology, 22(4), 352–371. https://doi.org/10.1177/009164719402200410
- Gabbard, C. E., Howard, G. S., & Tageson, C. W. (1986). Assessing locus of control with religious populations. Journal of Research in Personality, 20(3), 292–308. https://doi.org/10.1016/0092-6566(86)90136-1
- Hall, T. W., Tisdale, T. C., & Brokaw, B. F. (1994). Assessment of religious dimensions in Christian clients: A review of selected instruments for research and clinical use. Journal of Psychology and Theology, 22(4), 395–421. https://doi.org/10.1177/009164719402200414
- Hertel, B. R., & Donahue, M. J. (1995). Parental influences on God images among children: Testing Durkheim’s metaphoric parallelism. Journal for the Scientific Study of Religion, 34(2), 186–199. https://doi.org/10.2307/1386765
- Jolley, J. C., & Taulbee, S. J. (1986). Assessing perceptions of self and God: Comparison of prisoners and normals. Psychological Reports, 59(3), 1139–1146. https://doi.org/10.2466/pr0.1986.59.3.1139
- Kirkpatrick, L. A., & Shaver, P. R. (1992). An attachment-theoretical approach to romantic love and religious belief. Personality and Social Psychology Bulletin, 18(3), 266–275. https://doi.org/10.1177/0146167292183006
- Osgood, C. E., Suci, G. J., & Tannenbaum, P. H. (1957). The measurement of meaning. University of Illinois Press.
- Park, C. L., & Cohen, L. H. (1993). Religious and nonreligious coping with the death of a friend. Cognitive Therapy and Research, 17(6), 561–577. https://doi.org/10.1007/BF01176079
- Rizzuto, A.-M. (1979). The birth of the living God: A psychoanalytic study. University of Chicago Press.
- Spilka, B., Shaver, P., & Kirkpatrick, L. A. (1985). A general attribution theory for the psychology of religion. Journal for the Scientific Study of Religion, 24(1), 1–20. https://doi.org/10.2307/1386272
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Cette section présente les items originaux en langue anglaise du questionnaire tels qu’ils ont été conçus et standardisés par les auteurs (Benson & Spilka, 1973). Le répondant doit évaluer chaque polarité sur une échelle numérique allant de 0 à 6 en fonction de sa perception intime de la divinité.
Instructions to Respondents:
For each pair of words below, please circle the number from 0 to 6 that best describes your personal feelings and image of God.
- Damning [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Saving (Loving God – L)
- Rejecting [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Accepting (Loving God – L)
- Demanding [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Not Demanding (Controlling God – C)*
- Loving [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Hating (Loving God – L)*
- Freeing [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Restricting (Controlling God – C)
- Unforgiving [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Forgiving (Loving God – L)
- Controlling [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Uncontrolling (Controlling God – C)*
- Approving [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Disapproving (Loving God – L)*
- Strict [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Lenient (Controlling God – C)*
- Permissive [ 0 1 2 3 4 5 6 ] Rigid (Controlling God – C)
Legend:
(L) = Loving God item
(C) = Controlling God item
(*) = Reverse-scored item (recode: new score = 6 – raw score)