1. Résumé / Abstract
Les Échelles de perspectives sur la mort (Death Perspective Scales, DPS), élaborées initialement par le professeur Bernard Spilka et ses collaborateurs en 1977 à l’Université de Denver, constituent un instrument psychométrique pionnier conçu pour opérationnaliser la nature fondamentalement multidimensionnelle des attitudes, des émotions et des représentations cognitives des individus face à leur propre finitude. Historiquement, la recherche en thanatologie psychologique s’était focalisée presque exclusivement sur des construits unidimensionnels dominés par la peur ou l’anxiété liée à la mort (notamment mesurée par l’échelle de Templer). Les DPS ont rompu avec ce paradigme restrictif en postulant que la mort suscite un éventail complexe de tonalités affectives et de perspectives philosophiques et existentielles, allant de l’angoisse dévastatrice à la transcendance sereine, en passant par l’indifférence pragmatique.
L’inventaire comprend un total de 43 items répartis au sein de huit sous-échelles distinctes : (1) La mort comme douleur et solitude (6 items), (2) La mort comme vie après la mort récompensée (6 items), (3) L’indifférence envers la mort (5 items), (4) La mort comme inconnu (6 items), (5) La mort comme abandon des personnes à charge et culpabilité (5 items), (6) La mort comme courage (6 items), (7) La mort comme échec (5 items), et (8) La mort comme fin naturelle (4 items). Les participants expriment leur degré d’accord avec chaque proposition complétant le radical « La mort comme… » sur une échelle de Likert en 6 points, s’étendant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 6 (« Tout à fait d’accord »).
Sur le plan métrologique, les DPS présentent une consistance interne satisfaisante à excellente selon la formule Kuder-Richardson 20 (K-R 20), variant de .71 pour les dimensions Indifférence et Fin naturelle jusqu’à .92 pour la dimension Vie après la mort récompensée. La validité de construit a été appuyée par une analyse factorielle en composantes principales et confirmée par des corrélations différentielles robustes avec les orientations religieuses intrinsèques, extrinsèques, engagées et consensuelles, ainsi que par des paradigmes expérimentaux de saillance de la mortalité.
2. Mots-clés / Keywords
Échelles de perspectives sur la mort, Death Perspective Scales, thanatologie, Bernard Spilka, anxiété face à la mort, attitudes envers la mort, psychologie de la religion, finitude, psychométrie, analyse factorielle, saillance de la mortalité, croyance en une vie après la mort.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheurs du Département de psychologie de l’Université de Denver (Colorado, États-Unis) :
- Bernard Spilka, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Denver, figure de proue internationale de la psychologie de la religion empirique et de la thanatologie cognitive. Auteur de contributions séminales sur les mécanismes d’attribution religieuse et les styles de foi personnelle.
- Larry Stout, M.A. : Chercheur associé au laboratoire de recherche sur la personnalité et les attitudes religieuses, Université de Denver.
- Barbara Minton, Ph.D. : Chercheuse en psychologie du développement et en psychométrie, ayant co-développé les versions préliminaires des échelles de perspectives de mort (Minton & Spilka, 1976).
- Douglas Sizemore, M.A. : Statisticien et psychométricien associé aux travaux sur la modélisation factorielle des attitudes existentielles à l’Université de Denver.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental des Death Perspective Scales (DPS) est de fournir une évaluation quantitative standardisée, nuancée et empiriquement rigoureuse des représentations subjectives et des réponses affectives associées à la perspective de la mort personnelle. Avant les travaux pionniers de Bernard Spilka dans les années 1970, l’investigation empirique de la mort en psychologie clinique et sociale souffrait d’un réductionnisme marqué : la mort était presque exclusivement appréhendée sous le prisme univarié de la terreur, de l’effroi névrotique ou de l’anxiété phobique. Cette vision unilatérale négligeait le fait empiriquement observable que, pour de nombreux individus, la mort peut être investie d’une signification positive (accomplissement éthique, passage vers la béatitude, délivrance de la souffrance), neutre (processus biologique inévitable sans charge affective dramatique) ou encore interpersonnelle (préoccupation morale pour les survivants et sentiment de devoir inaccompli).
Justification théorique et clinique
Sur le plan théorique, Spilka et ses collaborateurs ont postulé que les perspectives face à la mort constituent des schémas cognitivo-affectifs structurés, façonnés par les visions du monde, l’histoire personnelle et, de façon prépondérante, les engagements religieux et philosophiques. L’échelle a été conçue pour capturer la résonance émotionnelle directe déclenchée par l’évocation de la finitude de soi, permettant d’étudier comment l’appareil psychique intègre la certitude de la mort au sein du sentiment continu d’identité.
Dans le domaine clinique et appliqué, les DPS répondent à des nécessités diagnostiques et thérapeutiques majeures, particulièrement dans les contextes suivants :
- Soins palliatifs et psycho-oncologie : Identification précoce des patients présentant des profils de détresse existentielle sévère caractérisés par des scores élevés sur les échelles d’Échec ou de Douleur et Solitude, afin de déployer des interventions ciblées de soutien psychologique et spirituel.
- Accompagnement pastoral et conseil spirituel : Exploration des congruences ou dissonances entre la foi professée et les vécus émotionnels réels face au trépas, aidant les ministres du culte et les aumôniers hospitaliers à soutenir les personnes endeuillées ou en fin de vie.
- Recherche expérimentale en psychologie sociale et de la personnalité : Analyse des réactions individuelles face à l’induction de la saillance de la mortalité (Mortality Salience) dans le cadre de la théorie de la gestion de la terreur (Terror Management Theory), en différenciant les sujets selon leurs profils de défense symbolique ou d’acceptation naturelle.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par les DPS est une conceptualisation octogonale des attitudes et des résonances émotionnelles suscitées par la perspective de la mort. Chaque sous-échelle représente une structure cognitive et affective cohérente :
1. La mort comme douleur et solitude (Death as Pain and Loneliness)
Cette dimension évalue l’anticipation angoissante de la phase terminale perçue comme un épisode d’agonie physique intolérable couplé à un isolement social et affectif absolu. Elle traduit la détresse somatique et le sentiment d’abandon relationnel suprême, l’individu appréhendant le mourir comme une misère finale et un délaissement tragique (ex. : « un ultime tourment et une angoisse extrême », « une expérience solitaire au moment de mourir »).
2. La mort comme vie après la mort récompensée (Death as an Afterlife of Reward)
Reflet des systèmes d’eschatologie religieuse théiste positive, cette sous-échelle capture la croyance en une survie spirituelle caractérisée par la rétribution divine, la béatitude éternelle et la sanctification. La mort n’y est pas vue comme une cessation, mais comme une porte d’entrée salvatrice, une régénération de l’être et une union plénière avec le divin (ex. : « l’union avec Dieu et la félicité éternelle », « l’entrée dans un lieu de satisfaction ultime »).
3. L’indifférence envers la mort (Indifference toward Death)
Ce construit mesure une neutralisation émotionnelle et cognitive explicite face à la finitude. La mort est désinvestie de toute charge affective dramatique ou exaltante ; elle est perçue comme un non-événement dépourvu d’impact pratique sur la conduite de la vie présente, méritant d’être balayé d’un revers de main (ex. : « sans importance dans l’ordre des choses », « quelque chose à hausser les épaules et à oublier »).
4. La mort comme inconnu (Death as Unknown)
Cette facette appréhende la mort sous l’angle de l’indécidabilité épistémologique absolue, du mystère insondable et de l’incertitude existentielle. L’individu se confronte à la frontière cognitive infranchissable séparant le monde de l’expérience sensorielle de ce qui échappe structurellement à la conscience humaine (ex. : « le plus grand mystère », « la plus grande de toutes les incertitudes »).
5. La mort comme abandon des personnes à charge et culpabilité (Death as Forsaking Dependents Plus Guilt)
Cette dimension met en lumière les répercussions éthiques et relationnelles de la disparition personnelle sur la cellule familiale et les proches dépendants. Elle mesure l’anxiété morale et le remords générés par l’incapacité de continuer à protéger, nourrir et soutenir matériellement et émotionnellement les siens (ex. : « laisser les personnes à sa charge vulnérables aux épreuves de la vie », « un motif de culpabilité »).
6. La mort comme courage (Death as Courage)
Ancrée dans une tradition stoïcienne et héroïque, cette dimension conceptualise la mort comme l’épreuve initiatique ultime, une opportunité magistrale pour l’individu d’attester de son intégrité éthique, de manifester sa bravoure et d’affirmer publiquement la fidélité absolue à ses valeurs fondamentales (ex. : « l’occasion de montrer comment affronter cette dernière épreuve de la vie », « un grand moment de vérité pour soi-même »).
7. La mort comme échec (Death as Failure)
Ce construit quantifie le vécu de la mortalité comme une défaite radicale, une interruption brutale réduisant à néant les projets, les espérances et la trajectoire de réalisation personnelle. La mort y est appréhendée comme l’anéantissement de la quête de sens et la capitulation définitive des aspirations individuelles (ex. : « un événement qui empêche la réalisation de son potentiel », « l’échec final de sa recherche du sens de la vie »).
8. La mort comme fin naturelle (Death as a Natural End)
Cette perspective incarne une acceptation sereine, organique et naturaliste de la condition mortelle. L’individu intègre sa propre finitude comme l’aboutissement harmonieux du passage du temps et une composante biologique indispensable de l’écologie de l’existence universelle (ex. : « un aspect naturel de la vie », « l’acte final en harmonie avec l’existence »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle des Death Perspective Scales s’inscrit au carrefour de la thanatologie psychologique, de la psychologie différentielle de la personnalité et des théories multidimensionnelles de la religiosité développées dans les années 1960 et 1970. Spilka et ses collaborateurs ont réagi directement contre le postulat implicite, hérité d’une certaine lecture psychanalytique et comportementaliste de l’époque, qui considérait que toute évocation de la mort réactive invariablement une angoisse de castration, un traumatisme d’oblitération ou une panique archaïque universelle.
L’analogie structurelle entre religion et mort
Le pivot théorique majeur de Spilka repose sur l’hypothèse de l’isomorphisme structurel entre les sphères de la religion et de la mort : toutes deux constituent des domaines phénoménologiques éminemment multidimensionnels. S’appuyant sur les travaux séminaux de Gordon Allport et J.M. Ross (1967) distinguant la religiosité intrinsèque (orientée vers la quête sincère de sens et intériorisée comme fin ultime) de la religiosité extrinsèque (utilitaire, instrumentalisée pour obtenir statut, sécurité ou approbation sociale), ainsi que sur la typologie d’Allen et Spilka (1967) séparant la religion engagée (ouverte, complexe, réflexive) de la religion consensuelle (conformiste, rigide et dogmatique), Spilka a soutenu que différents modes de fonctionnement religieux génèrent des cartographies émotionnelles distinctes face au trépas.
Selon ce modèle, la foi n’agit pas comme un bouclier monolithique uniforme réduisant l’anxiété de mort. Au contraire, une foi intériorisée, mature et engagée tend à nourrir des perspectives orientées vers l’accomplissement spirituel, le courage moral et l’acceptation pacifiée de l’ordre cosmique. À l’inverse, des formes d’adhésion religieuse conventionnelles, extrinsèques ou défensives s’associent statistiquement à des représentations anxiogènes de punition, d’échec existentiel ou d’indifférence superficielle destinée à réprimer une angoisse latente.
Connexions avec la théorie cognitive du stress et la gestion de la terreur
Sur le plan cognitif, les perspectives face à la mort peuvent être assimilées à des processus d’évaluation cognitive primaire (primary appraisal) au sens de Richard Lazarus : la confrontation à la mort peut être interprétée comme une menace irrémédiable (solitude, douleur, échec), un défi stimulant (courage), un gain transcendant (récompense céleste) ou une condition neutre bénigne (fin naturelle). Par ailleurs, les DPS ont anticipé de façon remarquable les propositions de la théorie de la gestion de la terreur (Terror Management Theory) de Greenberg, Pyszczynski et Solomon, en fournissant des indicateurs empiriques précis sur la manière dont les édifices culturels et symboliques modulent l’affect thanatique.
7. Validité / Validity
La validité des Death Perspective Scales a fait l’objet de multiples vérifications psychométriques, incluant l’analyse de la structure interne, la validité convergente et discriminante, ainsi que la validité de critère à travers des protocoles expérimentaux et corrélationnels.
Validité discriminante et intercorrélations des échelles
Dans l’échantillon princeps de Spilka et al. (1977) composé de 328 adultes d’obédience chrétienne (étudiants universitaires et fidèles méthodistes de Boise, Idaho), les auteurs ont examiné la matrice des 28 intercorrélations bivariées entre les huit échelles. Les résultats ont confirmé une indépendance empirique substantielle entre les dimensions :
- 13 coefficients d’intercorrélation sur 28 se situaient en dessous de .20, démontrant une divergence nette entre les facettes théoriques.
- Seulement 7 corrélations dépassaient le seuil de .40, reliant principalement des dimensions affectivement congruentes (par exemple, des associations modérées entre Douleur et Solitude et Échec).
Validité convergente et corrélationnelle avec les orientations religieuses
Pour établir la validité de construit convergente, Spilka et ses collaborateurs ont administré conjointement les DPS, les échelles d’orientation intrinsèque-extrinsèque d’Allport et Ross (1967) et les échelles de religion consensuelle-engagée d’Allen et Spilka (1967) à des participants investis dans une pratique religieuse régulière :
- Les scores d’orientation intrinsèque et engagée ont montré des corrélations positives statistiquement significatives avec les perspectives dites favorables ou constructives : Vie après la mort récompensée et Mort comme courage.
- En revanche, les orientations extrinsèques et consensuelles se sont avérées significativement corrélées avec les perspectives négatives ou défensives, telles que Douleur et Solitude, Échec et Indifférence.
Validité de critère et expérimentale (Schoenrade, 1989)
L’étude expérimentale conduite par P. A. Schoenrade (1989) a apporté une confirmation éclatante de la validité différentielle de l’instrument en examinant l’impact de la confrontation à sa propre mortalité chez des sujets contrastés selon leur niveau de croyance en une vie après la mort (haut vs bas). Les participants écoutaient un enregistrement audio immersif décrivant les circonstances dramatiques de leur propre mort prématurée accidentelle. Une analyse en axes principaux sur les scores aux DPS a mis en évidence une structure de second ordre à trois composantes :
- Facteur Négatif : agrégeant Douleur et Solitude, Inconnu, Abandon des proches et Échec.
- Facteur Positif : combinant Vie après la mort récompensée et Courage.
- Facteur Neutre : saturé exclusivement par la Fin naturelle (l’échelle d’Indifférence n’atteignant pas le seuil de saturation significatif sur ces composantes).
L’analyse des scores factoriels de régression a révélé que les scores de perspective positive étaient maximaux chez les sujets à forte croyance en une vie après la mort ayant été préalablement confrontés à leur propre finitude. Réciproquement, les perspectives négatives atteignaient leur niveau le plus élevé chez les sujets à faible croyance en une survie spirituelle n’ayant pas subi la confrontation auditive. Les scores de perspective neutre ne différaient pas entre les groupes, attestant de la sensibilité discriminative fine de l’outil.
Application en population pastorale (Spilka et al., 1981)
Spilka, Spangler, Rea et Nelson (1981) ont évalué 273 membres du clergé issus de 11 confessions chrétiennes distinctes à l’aide de quatre des sous-échelles des DPS (Douleur et Solitude, Abandon des proches, Inconnu, Vie après la mort récompensée) dans le cadre de leurs pratiques pastorales auprès de malades en phase terminale. Bien que le clergé privilégie la perspective de rétribution céleste comparativement aux cohortes laïques, les résultats ont révélé que cette adhésion n’était pas uniforme et que la dimension d’interrogation face à l’inconnu demeurait présente, confirmant la capacité de l’échelle à capter des nuances ecclésiales subtiles.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité des Death Perspective Scales a été réalisée principalement sous l’angle de la cohérence interne des sous-échelles lors de l’étude d’étalonnage initiale de Spilka et al. (1977), en appliquant le coefficient Kuder-Richardson formule 20 (adapté aux métriques additives des items) :
Coefficients de consistance interne (K-R 20)
- Échelle 1 : Mort comme douleur et solitude (6 items) : $K\text{-}R;20 = .79$ — Démontre une bonne homogénéité des énoncés décrivant l’angoisse de l’isolement terminal et de la détresse somatique.
- Échelle 2 : Mort comme vie après la mort récompensée (6 items) : $K\text{-}R;20 = .92$ — Témoigne d’une cohérence interne exceptionnelle, reflétant un construit théologique hautement cristallisé chez les répondants.
- Échelle 3 : Indifférence envers la mort (5 items) : $K\text{-}R;20 = .71$ — Indice acceptable, considérant la difficulté psychométrique inhérente à la mesure de l’absence d’affect ou de la neutralité active.
- Échelle 4 : Mort comme inconnu (6 items) : $K\text{-}R;20 = .87$ — Excellente fidélité pour capturer l’ambiguïté cognitive et le mystère de l’inconnaissable.
- Échelle 5 : Mort comme abandon des personnes à charge et culpabilité (5 items) : $K\text{-}R;20 = .78$ — Homogénéité très satisfaisante quant à la culpabilité éthique et au sentiment de vulnérabilité imposé à autrui.
- Échelle 6 : Mort comme courage (6 items) : $K\text{-}R;20 = .72$ — Niveau de cohérence adéquat pour un construit multidimensionnel associant héroïsme personnel et fidélité aux valeurs.
- Échelle 7 : Mort comme échec (5 items) : $K\text{-}R;20 = .77$ — Bonne stabilité interne reflétant l’interruption des projets existentiels.
- Échelle 8 : Mort comme fin naturelle (4 items) : $K\text{-}R;20 = .71$ — Consistance tout à fait convenable compte tenu du format très court de la sous-échelle (seulement 4 items).
Bien que des données systématiques de fidélité test-retest à long terme n’aient pas été publiées dans l’article séminal de 1977, les réplications expérimentales ultérieures (notamment Schoenrade, 1989) ont confirmé la robustesse structurelle des scores factoriels et leur variance prévisible face aux stimulations environnementales ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement psychométrique des DPS repose sur un processus rigoureux de dérivation empirique et de réduction de données à partir de versions antérieures plus lourdes (Hooper & Spilka, 1970 ; Minton & Spilka, 1976), lesquelles avaient démontré une bonne validité conceptuelle mais souffraient d’une lourdeur d’administration et de saturations factorielles instables.
Genèse du réservoir d’items et réduction factorielle
À partir d’un ensemble matriciel initial de 180 items colligés par Hooper et Spilka (1970), Spilka et al. (1977) ont synthétisé un pool préliminaire standardisé de 60 items, comprenant exactement 6 propositions assignées a priori à chacune des dix perspectives théoriques d’origine : fin naturelle, douleur, solitude, inconnu, punition, abandon des personnes à charge, échec, rétribution divine dans l’au-delà, courage et indifférence.
Ce protocole de 60 items a été soumis à 328 répondants. Les réponses ont fait l’objet d’une analyse en composantes principales (ACP) suivie de rotations orthogonales (Varimax) pour identifier la structure latente sous-jacente :
- Émergence de huit facteurs empiriques : Contrairement aux dix dimensions postulées au départ, l’analyse mathématique a fait émerger une solution stable à huit facteurs.
- Élimination du facteur « Punition » : Les six items conçus à l’origine pour mesurer la « Mort comme punition » n’ont pas réussi à former un facteur indépendant cohérent ; leurs saturations étaient disséminées et instables, conduisant les auteurs à supprimer ce construit du modèle final.
- Fusion empirique « Douleur » et « Solitude » : Les énoncés destinés à mesurer distinctement la souffrance physique (douleur) et l’isolement affectif (solitude) ont saturé massivement et conjointement sur un même facteur unifié. Spilka et al. ont donc théoriquement et statistiquement regroupé ces deux domaines en une entité composite intitulée La mort comme douleur et solitude.
- Sélection finale des items : Sur la base des charges factorielles primaires (requérant des saturations substantielles généralement supérieures à .45 ou .50 et un minimum de saturations croisées sur les autres axes), 43 items sur 60 ont été conservés pour composer la forme définitive de l’instrument.
Structure de second ordre
Comme mentionné dans les travaux de Schoenrade (1989), une extraction en axes principaux (Principal Axis Factoring) sur les huit scores d’échelles a ultérieurement révélé une organisation hiérarchique tripartite, distinguant :
- Une macro-dimension Négative/Détresse (englobant la douleur, la solitude, la culpabilité liée aux dépendants, l’échec et l’inconnu).
- Une macro-dimension Positive/Approbatrice (unissant la transcendance spirituelle de la récompense céleste et l’affirmation de soi par le courage).
- Une macro-dimension Neutre/Naturaliste (portée par l’acceptation du cycle temporel et biologique).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet : Échelles de perspectives sur la mort (Death Perspective Scales — DPS).
- Concepteurs : Bernard Spilka, Larry Stout, Barbara Minton et Douglas Sizemore (1977).
- Format d’évaluation : Auto-questionnaire standardisé sur support papier-crayon ou informatisé.
- Nombre total d’items : 43 items.
- Structure des items : Chaque proposition commence par la formule d’amorce « La mort comme… » (Death as…) suivie d’un syntagme qualificatif.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 6 points ordonnés :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
- 2 = Modérément en désaccord (Moderately disagree)
- 3 = Légèrement en désaccord (Slightly disagree)
- 4 = Légèrement d’accord (Slightly agree)
- 5 = Modérément d’accord (Moderately agree)
- 6 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
- Répartition des sous-échelles :
- Échelle 1 : La mort comme douleur et solitude — 6 items
- Échelle 2 : La mort comme vie après la mort récompensée — 6 items
- Échelle 3 : L’indifférence envers la mort — 5 items
- Échelle 4 : La mort comme inconnu — 6 items
- Échelle 5 : La mort comme abandon des personnes à charge et culpabilité — 5 items
- Échelle 6 : La mort comme courage — 6 items
- Échelle 7 : La mort comme échec — 5 items
- Échelle 8 : La mort comme fin naturelle — 4 items
- Procédure de cotation (Scoring) : Calcul d’un score moyen ou d’un score sommatif brut pour chacune des 8 sous-échelles séparément. Aucun score composite global unique n’est calculé, car l’instrument postule l’indépendance conceptuelle des perspectives. Plus le score à une sous-échelle est élevé, plus l’individu adhère intensément à la perspective affective et cognitive correspondante.
- Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Public cible : Adultes et étudiants de l’enseignement supérieur. Le vocabulaire employé nécessite une maîtrise adéquate de la langue et un niveau de scolarisation secondaire ou post-secondaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1977.
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits originaux de publication sont détenus par la Society for the Scientific Study of Religion (éditrice du Journal for the Scientific Study of Religion) et les auteurs originaux.
- Conditions d’accès et tarif : L’instrument a été intégralement publié à des fins scientifiques et pédagogiques dans la littérature académique en libre consultation universitaire. Son utilisation est gratuite pour la recherche académique non commerciale, la formation universitaire et les études cliniques indépendantes, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de l’article source de Spilka et al. (1977).
- Utilisation commerciale : Toute incorporation dans une batterie diagnostique propriétaire commerciale ou un logiciel à but lucratif requiert l’autorisation explicite des détenteurs des droits.
12. Références / References
- Allen, R. O., & Spilka, B. (1967). Committed and consensual religion: A specification of religion-prejudice relationships. Journal for the Scientific Study of Religion, 6(2), 191–206. https://doi.org/10.2307/1384046
- Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212
- Hooper, T., & Spilka, B. (1970). Some meanings and attachment of future time and death among college students. Omega: Journal of Death and Dying, 1(1), 49–56. https://doi.org/10.2190/7U8D-06V3-L1R8-0XVE
- Minton, B., & Spilka, B. (1976). Perspectives on death in relation to powerlessness and form of personal religion. Omega: Journal of Death and Dying, 7(3), 261–268. https://doi.org/10.2190/T576-C6L0-G251-5H18
- Schoenrade, P. A. (1989). When I die… : Belief in afterlife as a response to mortality. Personality and Social Psychology Bulletin, 15(1), 91–100. https://doi.org/10.1177/0146167289151009
- Spilka, B., Spangler, J. D., Rea, M. P., & Nelson, C. (1981). Religion and death: The clerical perspective. Journal of Religion and Health, 20(4), 299–306. https://doi.org/10.1007/BF01533290
- Spilka, B., Stout, L., Minton, B., & Sizemore, D. (1977). Death and personal faith: A psychometric investigation. Journal for the Scientific Study of Religion, 16(2), 169–178. https://doi.org/10.2307/1385747
- Templer, D. I. (1970). The construction and validation of a Death Anxiety Scale. The Journal of General Psychology, 82(2), 165–177. https://doi.org/10.1080/00221309.1970.9920634
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les consignes d’administration stipulent que le répondant doit indiquer son degré d’accord avec chacune des affirmations complétant l’amorce commune « La mort comme… » (Death as…), selon une échelle en 6 points :
- 1 = Strongly disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 = Moderately disagree (Modérément en désaccord)
- 3 = Slightly disagree (Légèrement en désaccord)
- 4 = Slightly agree (Légèrement d’accord)
- 5 = Moderately agree (Modérément d’accord)
- 6 = Strongly agree (Tout à fait d’accord)
Scale 1: Death as Pain and Loneliness
Death as …
- a last agonizing moment
- the conclusion to a time of isolation
- the final misery
- the fate of falling by the wayside
- the ultimate anguish and torment
- a lonely experience at the time of dying
Scale 2: Death as an Afterlife of Reward
Death as …
- entrance to a place of ultimate satisfaction
- leading to a cleansing and rebirth of oneself
- leading to one’s resurrection and reward
- union with God and eternal bliss
- opportunity to give up this life in favor of a better one
- the doorway to heaven and ultimate happiness
Scale 3: Indifference toward Death
Death as …
- unimportant in the scheme of things
- of little consequence
- something to be shrugged off and forgotten
- neither feared nor welcomed
- making no difference one way or the other
Scale 4: Death as Unknown
Death as …
- the biggest uncertainty of all
- the greatest mystery
- the end of the known and the beginning of the unknown
- something about which one must say « I don’t know »
- a question mark
- the most ambiguous of life’s complexities
Scale 5: Death as Forsaking Dependents Plus Guilt
Death as …
- leaving one’s dependents vulnerable to life’s trials
- a forsaking of loved others when one dies
- reason to feel guilty that one may not be adequately providing for future family necessities
- a reason for feeling guilty
- leaving the family to fend for itself
Scale 6: Death as Courage
Death as …
- a chance to show that one has stood for something during life
- an occasion to show how one can meet this last test of life
- a great moment of truth for oneself
- an opportunity for great accomplishment
- a time to refuse humiliation or defeat
- a test of commitment to one’s life values
Scale 7: Death as Failure
Death as …
- an event that prevents the realization of one’s potential
- the end to one’s hopes
- the final failure of one’s search for the meaning of life
- the destruction of any chance to realize oneself to the fullest
- defeat in the struggle to succeed and achieve
Scale 8: Death as a Natural End
Death as …
- an experience which comes to each of us because of the normal passage of time
- the final act in harmony with existence
- a natural aspect of life
- part of the cycle of life