1. Résumé
L’Échelle de machiavélisme IV (communément désignée sous l’acronyme Mach-IV), conçue initialement par les psychologues sociaux Richard Christie et Florence L. Geis en 1970 au sein de leur ouvrage séminal Studies in Machiavellianism, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et largement exploités pour opérationnaliser et quantifier les orientations machiavéliques dans la personnalité humaine et la dynamique des relations interpersonnelles. L’échelle évalue précisément la propension d’un individu à manipuler autrui, sa vision cynique de la nature humaine ainsi que son adhésion pragmatique à une moralité utilitariste et désincarnée (« la fin justifie les moyens »). Fondé à l’origine sur un corpus exhaustif de 71 propositions dérivées des écrits politiques et philosophiques de Nicolas Machiavel (notamment Le Prince et les Discours sur la première décade de Tite-Live), le test final comprend 20 items auto-rapportés, équilibrés de manière rigoureuse entre 10 énoncés formulés dans le sens machiavélique et 10 énoncés inversés pour neutraliser les biais d’acquiescement.
Sur le plan structural, les analyses factorielles révèlent généralement trois dimensions fondamentales sous-tendant la mesure : la duplicité tactique (l’usage délibéré de la manipulation, du mensonge et de la flatterie), le négativisme ou cynisme anthropologique (la conviction inébranlable que l’être humain est fondamentalement égoïste, paresseux et vicieux) et la méfiance envers autrui (le rejet de la confiance interpersonnelle perçue comme une naïveté dangereuse). L’instrument emploie une échelle de réponse de type Likert en 6 ou 7 points (allant de « Tout à fait d’accord » à « Pas du tout d’accord »), convertie selon un algorithme précis de cotation allant de 40 à 160 points, où un score de 100 représente le point de neutralité absolue. Les propriétés psychométriques historiques et contemporaines démontrent une cohérence interne satisfaisante, avec une fidélité par la méthode du partage (split-half reliability) moyenne de 0,79, une corrélation item-total moyenne de 0,38, ainsi qu’une validité convergente et prédictive robuste établie tant dans les contextes expérimentaux de négociation et de tromperie que dans les recherches contemporaines portant sur la Triade sombre (aux côtés du narcissisme et de la psychopathie subclinique).
2. Mots-clés
Machiavélisme, Mach-IV, manipulation interpersonnelle, personnalité machiavélique, Triade sombre, cynisme social, psychométrie, duplicité, Richard Christie, évaluation de la personnalité.
3. Auteurs
L’échelle Mach-IV et les versions sœurs de la série des échelles Mach (incluant l’échelle Mach V et la version pour enfants Kiddie Mach) ont été élaborées et validées par :
- Richard Christie, Ph.D. (1918–1992) : Professeur émérite de psychologie à l’Université Columbia (New York, États-Unis), pionnier des recherches expérimentales sur la personnalité autoritaire, la dynamique des petits groupes et le comportement manipulateur en milieu contrôlé.
- Florence L. Geis, Ph.D. (morte en 1993) : Professeure de psychologie à l’Université du Delaware, spécialiste de la psychologie sociale expérimentale, des rôles de genre, de la communication non verbale et des processus de pouvoir au sein des interactions dyadiques.
Les affiliations institutionnelles historiques principales lors de la standardisation des échelles comprenaient l’Université Columbia, l’Université d’État de New York (SUNY) et l’Université du Dakota du Nord. Les demandes institutionnelles concernant les archives historiques de ces travaux sont gérées via les départements de psychologie de l’Université Columbia et les bibliothèques universitaires dépositaires des fonds de recherche de l’American Psychological Association.
4. Objectif
L’objectif primaire de l’échelle Mach-IV est d’opérationnaliser et de quantifier le degré auquel un individu adhère à une vision stratégique, calculatrice et amorale des rapports sociaux, tout en évaluant sa propension comportementale à manipuler ses semblables à des fins personnelles. Contrairement aux approches psychopathologiques qui appréhendent la manipulation sous le prisme exclusif de la déviance psychiatrique (comme dans le trouble de la personnalité antisociale), Christie et Geis ont conçu l’échelle pour capturer une variation dimensionnelle normale au sein de la population générale, identifiant ce qu’ils ont qualifié de syndrome du « Machiavel froid » (Cool Machiavellian).
Applications en recherche fondamentale et sociale
En psychologie sociale et de la personnalité, l’échelle permet de discriminer les individus « High Mach » (hautement machiavéliques) des individus « Low Mach » (faiblement machiavéliques). Les chercheurs utilisent cet instrument pour analyser comment les traits de personnalité modulent la prise de décision éthique, les dynamiques de négociation, la formation d’alliances, le mensonge stratégique et la sensibilité aux renforcements contextuels. Dans le cadre de la théorie des jeux et des dilemmes sociaux (tels que le dilemme du prisonnier ou les jeux de biens publics), l’échelle fournit un pouvoir prédictif substantiel pour anticiper les taux de défection, la trahison opportuniste et la maximisation des gains individuels au détriment de la coopération collective.
Applications organisationnelles et managériales
Dans la psychologie du travail et des organisations, le Mach-IV est largement utilisé pour étudier les comportements de citoyenneté organisationnelle, le leadership destructeur, les tactiques d’influence politique ascendante et descendante, ainsi que la propension aux comportements contre-productifs au travail (CWB). L’échelle aide à comprendre comment certains gestionnaires naviguent au sein des hiérarchies d’entreprise, mobilisent l’intimidation ou la flagornerie et gèrent les conflits interpersonnels. Les recherches ont également relié les scores de Mach-IV à des variables telles que la satisfaction professionnelle, le stress des subordonnés et la tolérance face aux pratiques commerciales contestables.
Pertinence clinique et médico-légale
Bien que non conçue comme un outil diagnostique médical à part entière, l’échelle Mach-IV est fréquemment intégrée dans des batteries d’évaluation médico-légales et criminologiques afin de cerner le fonctionnement cognitivo-émotionnel d’auteurs de délits financiers, de fraudes complexes ou de violences relationnelles instrumentales. Au niveau clinique, la mesure éclaire les mécanismes de défense fondés sur l’intellectualisation, le détachement émotionnel et l’absence d’empathie affective chez les patients présentant des difficultés chroniques d’attachement ou des traits de personnalité du cluster B.
5. Construit psychologique
Le machiavélisme, tel qu’il est formalisé dans l’échelle Mach-IV, n’est pas réductible à une simple méchanceté gratuite ou à une pulsion agressive aveugle. Il s’agit plutôt d’un style cognitif et comportemental hautement adaptatif sur le plan évolutif, caractérisé par un pragmatisme détaché, une régulation émotionnelle froide et une orientation instrumentale systématique envers autrui. Le construit s’articule autour de trois composantes fondamentales :
1. La duplicité et les tactiques interpersonnelles
Cette dimension opérationnalise la volonté manifeste d’adopter des comportements de manipulation, de tromperie et de séduction superficielle dès lors qu’ils s’avèrent fonctionnels pour atteindre un but. Les individus à haut niveau de duplicité soutiennent que la transparence et l’honnêteté sont des faiblesses stratégiques lorsqu’elles entravent l’efficacité personnelle. Par exemple, l’item 2 (« The best way to handle people is to tell them what they want to hear ») illustre la propension à utiliser la conformité apparente et la flatterie pour désarmer les interlocuteurs. De même, l’item 1 explicite l’obligation de dissimulation : ne jamais révéler les véritables motifs de ses actes à moins qu’il n’y ait un avantage clair à le faire. Cette facette reflète une maîtrise sophistiquée de la théorie de l’esprit, mise au service de l’exploitation interpersonnelle plutôt que de la communion empathique.
2. Le négativisme et le cynisme anthropologique
La deuxième composante est constituée d’une vision du monde désillusionnée, pessimiste et profondément méprisante à l’égard de la moralité humaine. L’individu machiavélique postule que l’être humain n’agit jamais par altruisme véritable, mais uniquement sous la contrainte, par lâcheté ou par pur égoïsme. Cette croyance sert souvent de justification morale interne : manipuler les autres n’est pas perçu comme un mal intrinsèque, mais comme une nécessité défensive face à une humanité vicieuse. L’item 5 (« It is safest to assume that all people have a vicious streak and it will come out when they are given a chance ») et l’item 8 (« Generally speaking, men won’t work hard unless they’re forced to do so ») incarnent parfaitement cette posture anthropologique dogmatique.
3. La méfiance et le rejet de la moralité abstraite
La troisième composante implique le scepticisme absolu quant à la fiabilité morale d’autrui et le rejet des absolus éthiques universalistes. Les individus fortement machiavéliques considèrent la confiance mutuelle comme un danger critique ouvrant la voie à la victimisation (item 12 : « Anyone who completely trusts anyone else is asking for trouble »). Ils considèrent également que la droiture morale absolue est illusoire ou réservée aux personnes inefficaces (item 18 : « It is hard to get ahead without cutting corners here and there »). La morale devient alors une variable d’ajustement contextuelle, subordonnée au succès pragmatique et à l’acquisition d’objectifs concrets.
6. Cadre théorique
Le fondement théorique du Mach-IV prend racine dans la convergence entre la philosophie politique de la Renaissance et les théories contemporaines de la cognition sociale et de la personnalité.
La conceptualisation machiavélienne originelle
Richard Christie et Florence Geis sont partis du constat que les préceptes formulés par Nicolas Machiavel au début du XVIe siècle dans Il Principe ne constituaient pas seulement un traité de gouvernance politique, mais également une théorie psychologique implicite de la motivation humaine. Machiavel y décrivait les gouvernants efficaces comme des individus capables de dissocier les impératifs de la vertu morale privée des nécessités pragmatiques du pouvoir, en usant tour à tour de la force du lion et de la ruse du renard. Les auteurs ont postulé que cette orientation cognitive n’avait pas disparu avec les cités-États de la Renaissance italienne, mais persistait en tant que trait dispositionnel stable au sein des sociétés modernes.
Le modèle du « Machiavel froid » (The Cool Machiavellian)
La théorie de Christie et Geis repose sur l’hypothèse centrale du détachement affectif. Selon ce cadre, ce qui distingue le machiavélique efficace, ce n’est pas une agressivité supérieure, mais une capacité singulière à demeurer émotionnellement neutre dans des situations hautement chargées d’affect. Tandis que la plupart des individus sont troublés par les signaux de détresse d’autrui, par la peur de la désapprobation sociale ou par des remords moraux, les sujets « High Mach » se concentrent exclusivement sur la structure cognitive et tactique de la tâche. Ils manipulent « froidement », sans animosité personnelle envers la cible. Cette absence d’implication émotionnelle leur confère un avantage cognitif majeur dans les interactions en face-à-face où la pression sociale déstabilise les sujets non machiavéliques.
Intégration dans les modèles contemporains de la personnalité
Dans la psychologie moderne de la personnalité, le modèle du Mach-IV a été solidement arrimé aux cinq grands facteurs de la personnalité (Big Five / modèle OCEAN). Le machiavélisme présente une corrélation négative robuste et constante avec l’Agréabilité (particulièrement avec les facettes de confiance, de franchise, d’altruisme et de moralité), ainsi que des relations modérées ou complexes avec la Conscienciosité et la Stabilité émotionnelle (Névrosisme). Par la suite, les travaux de Delroy L. Paulhus et Kevin M. Williams (2002) ont formalisé la Dark Triad (Triade sombre), positionnant le machiavélisme comme un pilier distinct aux côtés du narcissisme (quête d’attention, grandeur égoïste) et de la psychopathie (impulsivité motrice, recherche de sensations, déficit d’empathie primaire), le machiavélisme incarnant la manipulation calculée à long terme et l’orientation stratégique par excellence.
7. Validité
La validité de l’échelle Mach-IV a fait l’objet d’un examen empirique approfondi depuis sa publication inaugurale en 1970, mobilisant des méthodologies quantitatives diversifiées.
Validité de construit et convergente
La validité convergente de l’instrument est attestée par des corrélations substantielles avec d’autres échelles mesurant des construits théoriquement apparentés :
- Corrélation avec l’échelle Mach V : L’échelle Mach V a été conçue par Christie et Geis comme une variante sous format de choix forcé (forced-choice) pour éliminer la variance liée à la désirabilité sociale. Les études de validation convergente montrent des corrélations moyennes modérées à fortes entre le Mach-IV et le Mach V (généralement comprises entre r = 0,40 et r = 0,65), confirmant que les deux instruments mesurent le même noyau dispositionnel en dépit de leurs formats de réponse distincts (Shea & Beatty, 1983).
- Convergence au sein de la Triade Sombre : Les données méta-analytiques démontrent que le Mach-IV corrèle positivement avec les échelles de psychopathie subclinique (ex. le SRP-III ou le LSRP, avec des valeurs de r oscillant entre 0,40 et 0,55) et modérément avec le narcissisme grandiose évalué par le NPI (r variant de 0,20 à 0,35).
- Corrélations avec les Big Five : L’instrument affiche de manière reproductible une forte corrélation inverse avec le facteur Agréabilité du NEO-PI-R ou du BFI (souvent r < -0,45), spécifiquement avec les sous-échelles de probité et d’empathie.
Validité discriminante
La validité discriminante du Mach-IV s’illustre par son indépendance vis-à-vis des mesures de quotient intellectuel (QI) et d’intelligence générale fluide ou cristallisée. Les scores au Mach-IV ne corrèlent pas de façon significative avec les aptitudes cognitives globales (généralement r < 0,10), démontrant que la manipulation machiavélique n’est pas une fonction directe du niveau d’intelligence générale, mais bien un trait de caractère motivationnel. De même, le Mach-IV se distingue des échelles de psychopathologie sévère, telles que celles mesurant l’anxiété clinique ou la dépression majeure, en n’affichant pas de saturation sur les composantes de souffrance subjective ou de détresse émotionnelle intériorisée.
Validité prédictive et écologique
Les études comportementales menées par Christie et Geis (1970) ont apporté les preuves prédictives les plus spectaculaires de l’échelle :
- Négociation en face-à-face : Dans des contextes de marchandage non structuré à trois participants (« Ten Dollar Game »), les sujets identifiés comme High Mach obtiennent systématiquement des gains financiers supérieurs à ceux des Low Mach en formant des coalitions opportunistes et en trahissant leurs partenaires sans hésitation.
- Comportement de tricherie : Dans l’expérience célèbre de manipulation expérimentale où un complice incite un participant à tricher lors d’un test académique, les sujets High Mach accusés formellement par l’expérimentateur soutiennent le regard de l’examinateur de façon prolongée et mentent avec un aplomb parfait, manifestant un niveau de perturbation physiologique et comportementale drastiquement inférieur à celui des sujets Low Mach.
- Agressivité sociale : Des recherches ultérieures (ex. Griesemer, 2008) ont validé la capacité de l’échelle à prédire l’agressivité relationnelle, l’ostracisme indirect et les conduites de cyberharcèlement stratégique en milieu universitaire.
8. Fidélité
La fidélité de l’échelle Mach-IV a été documentée sur divers échantillons normatifs, incluant la cohorte originelle de 1 196 étudiants universitaires répartis dans plusieurs universités américaines (Iowa, New York, Caroline du Nord).
Cohérence interne et fidélité de bissection
- Fidélité par bissection (Split-Half) : Dans les travaux initiaux de Christie et Geis, le coefficient moyen de fidélité par la méthode du partage (split-half reliability), corrigé par la formule de Spearman-Brown, atteignait une moyenne de 0,79 à travers les différents sous-échantillons d’étudiants.
- Alpha de Cronbach : Dans la littérature psychométrique contemporaine, le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 20 items varie généralement entre 0,70 et 0,82. Bien que satisfaisant pour une échelle hétérogène mesurant des attitudes complexes et des croyances générales sur la vie en société, certains auteurs notent que la présence d’items inversés et la nature multidimensionnelle de l’outil ont tendance à abaisser légèrement l’indice de consistance interne univarié comparativement à des échelles strictement unidimensionnelles.
- Corrélations item-test : La corrélation item-total moyenne rapportée dans la normalisation princeps est de 0,38, ce qui démontre une contribution positive et substantielle de chaque énoncé à la variance globale du score, aucun item ne tirant la cohérence vers le bas.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les investigations portant sur la stabilité test-retest indiquent une fidélité temporelle adéquate sur des intervalles allant de quelques semaines à plusieurs mois. Les coefficients de corrélation intraclasse ou de Pearson se situent couramment entre 0,72 et 0,80 sur un intervalle de quatre à huit semaines, attestant que le machiavélisme appréhendé par le Mach-IV se comporte bien comme une disposition durable de la personnalité adulte et non comme un état d’humeur fluctuant.
9. Analyse factorielle
L’architecture factorielle de l’échelle Mach-IV a suscité un corpus de recherches considérable. À l’origine, Richard Christie et Florence Geis avaient développé 71 propositions réparties selon trois catégories conceptuelles déduites de Machiavel : la nature des tactiques interpersonnelles (32 items), les conceptions de la nature humaine (28 items) et la moralité abstraite ou généralisée (11 items). Après épuration statistique (sélection des items corrélant significativement à p < 0,05 avec le score composite total), 20 items ont été conservés.
Structure trifactorielle empirique
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) conduites par Christie et al., corroborées par des travaux psychométriques indépendants, ont identifié une solution tripartite stable regroupant 18 des 20 items dans des facteurs hautement identifiables :
- Facteur 1 : Duplicité tactique (7 items)
Ce facteur regroupe les items 2, 3, 6, 7, 9, 10 et 15. Il capture l’inclination à tromper délibérément, à flatter de manière instrumentale et à rejeter la sincérité absolue comme règle de conduite obligatoire. Les saturations factorielles de ces items dépassent régulièrement 0,45 sur l’axe tactique. - Facteur 2 : Négativisme cynique (7 items)
Composé des items 1, 5, 8, 12, 13, 18 et 20, ce facteur reflète une croyance dogmatique en l’égoïsme, la paresse et la vénalité d’autrui. Les saturations factorielles y sont particulièrement robustes, traduisant un schéma cognitif fermement ancré où la réussite exige d’enfreindre les règles et où l’humanité ne travaille que sous l’effet de la contrainte. - Facteur 3 : Méfiance interpersonnelle (4 items)
Ce facteur réunit les items 4, 11, 14 et 16. Il est structuré autour du déni de la bonté humaine et du refus de faire confiance. Fait notable, ces quatre items sont tous formulés de manière inversée (pro-sociale/moralisante), et leur score inversé indique une absence prononcée d’angélisme ou d’idéalisme moral.
Les deux items restants de l’échelle (l’item 17 sur le dicton de Barnum et l’item 19 relatif à l’euthanasie) présentent des saturations factorielles transversales plus instables ou plus faibles selon les échantillons, mais ont été maintenus historiquement dans le protocole standard afin de préserver l’intégrité de la balance scoring/items inversés et l’indice global du test.
Modélisations contemporaines en analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les recherches modernes utilisant l’analyse factorielle confirmatoire indiquent qu’un modèle hiérarchique à trois facteurs de premier ordre subordonnés à un facteur général de machiavélisme de second ordre (ou un modèle bi-factoriel) offre un ajustement statistique supérieur aux indices d’adéquation standards (tels que le CFI > 0,90, le TLI > 0,88 et le RMSEA < 0,06) comparé au modèle univarié strict. Néanmoins, l’usage clinique et empirique dominant privilégie l’utilisation du score total agrégé, qui capture la variance partagée de ces trois facettes interactives.
10. Instrument de mesure
- Nom complet de l’instrument : Échelle de machiavélisme IV (Mach-IV Scale / Machiavellianism Scale IV).
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation de la personnalité (auto-rapporté).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée/en ligne ; passation individuelle ou collective.
- Nombre total d’items : 20 propositions déclaratives.
- Durée approximative de passation : 5 à 10 minutes.
- Échelle de cotation originale et modalités de réponse : Échelle de type Likert en 6 points (sans point milieu neutre lors du recueil standard, ou avec inclusion facultative d’un point neutre codé 4) :
- Agree Strongly (Tout à fait d’accord) = +3
- Agree Somewhat (Assez d’accord) = +2
- Agree Slightly (Légèrement d’accord) = +1
- Disagree Slightly (Légèrement en désaccord) = –1
- Disagree Somewhat (Assez en désaccord) = –2
- Disagree Strongly (Tout à fait en désaccord) = –3
- Algorithme de transformation et de cotation (Scoring) :
- Pour uniformiser le traitement des données, les réponses sont converties sur une métrique positive allant de 1 à 7 : « Agree Strongly » reçoit un score de 7 ; les non-réponses ou réponses neutres reçoivent un score de 4 ; et « Disagree Strongly » reçoit un score de 1.
- Items inversés : La cotation est inversée pour exactement 10 items formulés dans le sens non-machiavélique : 3, 4, 6, 7, 9, 10, 11, 14, 16 et 17 (ex. un score de 7 devient 1, un score de 6 devient 2, etc.).
- Constante additive : Conformément à la formule établie par Christie et Geis (1970), une constante de 20 points est ajoutée à la somme globale des 20 items.
- Étendue des scores : Les scores totaux finaux s’échelonnent d’un minimum de 40 (orientation anti-machiavélique absolue) à un maximum de 160 (orientation machiavélique maximale).
- Point de neutralité : Un score total de 100 représente le point théorique de neutralité parfaite (équivalent à une moyenne de 4 par item plus la constante de 20). Les scores supérieurs à 100 dénotent un profil « High Mach », tandis que les scores inférieurs à 100 correspondent à un profil « Low Mach ».
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : 1970 (formalisation définitive au sein de l’ouvrage Studies in Machiavellianism, Academic Press).
- Droits d’auteur et permissions : Les items de l’échelle Mach-IV relèvent du domaine académique et de la recherche scientifique. Ils ont été publiés dans leur intégralité à des fins d’investigation psychologique ouverte par Christie et Geis (1970). L’utilisation de l’instrument dans le cadre de recherches universitaires, de thèses doctorales ou d’études académiques non commerciales ne requiert généralement pas le paiement de redevances, sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse de l’ouvrage source.
- Utilisation commerciale et en entreprise : Toute utilisation commerciale intégrée à des progiciels d’évaluation des ressources humaines, du coaching ou des cabinets de conseil privé est soumise aux législations standards régissant la propriété intellectuelle des publications dérivées des éditions originales d’Academic Press (Elsevier).
- Tarifs : Gratuit pour les chercheurs académiques et les étudiants dans le cadre de leurs protocoles de recherche fondamentale.
12. Références
Les références suivantes documentent les fondements psychométriques, les développements théoriques et les applications empiriques majeures de l’échelle Mach-IV :
- Christie, R., & Geis, F. L. (1970). Studies in Machiavellianism. Academic Press. https://doi.org/10.1016/C2013-0-10497-2
- Griesemer, S. R. (2008). The relationship between Machiavellianism, social goals, and social aggression (Thèse de doctorat inédite). The University of Texas at Austin.
- Paulhus, D. L., & Williams, K. M. (2002). The Dark Triad of personality: Narcissism, Machiavellianism, and psychopathy. Journal of Research in Personality, 36(6), 556–563. https://doi.org/10.1016/S0092-6566(02)00505-6
- Rauthmann, J. F. (2012). The Dark Triad and interpersonal perception: Similarities and differences in the eye of the beholder. Journal of Individual Differences, 33(2), 73–82. https://doi.org/10.1027/1614-0001/a000077
- Richford, M. L., & Fortune, J. C. (1984). The secondary principal’s job satisfaction in relation to two personality constructs. Education, 105(1), 17–20.
- Shea, M. T., & Beatty, J. R. (1983). Measuring Machiavellianism with Mach V: A psychometric investigation. Journal of Personality Assessment, 47(5), 509–513. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4705_10
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
Agree Somewhat = 2
Agree Slightly = 1
Disagree Slightly = –1
Disagree Somewhat = –2
Disagree Strongly = –3
- Never tell anyone the real reason you did something unless it is useful to do so.
- The best way to handle people is to tell them what they want to hear.
- One should take action only when sure it is morally right.
- Most people are basically good and kind.
- It is safest to assume that all people have a vicious streak and it will come out when they are given a chance.
- Honesty is the best policy in all cases.
- There is no excuse for lying to someone else.
- Generally speaking, men won’t work hard unless they’re forced to do so.
- All in all, it is better to be humble and honest than to be important and dishonest.
- When you ask someone to do something for you, it is best to give the real reasons for wanting it rather than giving reasons which carry more weight.
- Most people who get ahead in the world lead clean, moral lives.
- Anyone who completely trusts anyone else is asking for trouble.
- The biggest difference between most criminals and other people is that the criminals are stupid enough to get caught.
- Most men are brave.
- It is wise to flatter important people.
- It is possible to be good in all respects.
- Barnum was wrong when he said that there’s a sucker born every minute.
- It is hard to get ahead without cutting corners here and there.
- People suffering from incurable diseases should have the choice of being put painlessly to death.
- Most men forget more easily the death of their father than the loss of their property.