1. Résumé / Abstract
Les Échelles d’attitudes religieuses (Religious Attitudes Scales, RAS), développées par le psychosociologue George M. Maranell en 1974, constituent un instrument psychométrique multidimensionnel conçu pour évaluer la complexité des orientations, croyances et comportements liés à la religion. Historiquement, la psychologie de la religion traitait souvent la religiosité comme une variable unidimensionnelle, appréhendée par l’affiliation confessionnelle ou la fréquence de fréquentation des lieux de culte. L’approche de Maranell rompt avec ce réductionnisme en conceptualisant la religiosité selon huit dimensions distinctes mais interconnectées : l’orientation ecclésiale (church orientation), le ritualisme (ritualism), l’altruisme (altruism), le fondamentalisme (fundamentalism), le théisme (theism), l’idéalisme (idealism), la superstition (superstition) et le mysticisme (mysticism).
L’instrument se compose d’un total de 96 items, répartis rigoureusement en huit sous-échelles de 12 items chacune. Plusieurs énoncés ont été sélectionnés à partir d’outils historiques majeurs, notamment l’échelle d’attitude envers l’Église de Louis Leon Thurstone et E. J. Chave (1929), l’échelle de fascisme (Échelle F) de Theodor W. Adorno et ses collaborateurs (1950), ainsi que les travaux de Christie et Geis (1970) sur le machiavélisme. Les participants expriment leur degré d’accord sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« pas du tout d’accord ») à 4 (« tout à fait d’accord »), le point médian (2) représentant l’indécision. Vingt-trois items bénéficient d’une formulation inversée pour limiter le biais d’acquiescement. Le score de chaque sous-échelle oscille entre 0 et 48, et un score moyen global de religiosité peut être obtenu.
Sur le plan psychométrique, les RAS bénéficient d’une stabilité temporelle remarquable, attestée par des coefficients de fidélité test-retest moyens de 0,87 à des intervalles d’une semaine et d’une semaine et demie. La sélection des items a suivi la méthode d’analyse d’items d’Allen L. Edwards, retenant exclusivement des énoncés différenciant significativement les quartiles supérieur et inférieur avec des valeurs t supérieures au seuil de 1,75. Les études de validité de construit, conduites notamment auprès d’échantillons stratifiés de membres du clergé issus de onze confessions, révèlent des profils différentiels nets, tout en mettant en lumière des associations complexes entre certaines sous-échelles (notamment le ritualisme et l’altruisme) et des traits de personnalité tels que le conformisme, la rigidité cognitive et l’autoritarisme.
2. Mots-clés / Keywords
Psychométrie, attitudes religieuses, religiosité multidimensionnelle, orientation ecclésiale, fondamentalisme, théisme, ritualisme, mysticisme, George M. Maranell, psychologie sociale de la religion.
3. Auteurs / Authors
Les Échelles d’attitudes religieuses ont été créées et validées par le professeur George M. Maranell, alors affilié au Département de sociologie de l’Université du Kansas (Lawrence, Kansas, États-Unis). Spécialiste reconnu de la sociologie de la religion, de la psychologie sociale des croyances et des méthodes quantitatives appliquées aux sciences humaines, Maranell a synthétisé près d’une décennie de recherches empiriques dans son ouvrage de référence paru en 1974 aux presses universitaires du Kansas : Responses to religion: Studies in the social psychology of religious belief.
Ses travaux ont été soutenus par des comités de recherche institutionnels américains et s’inscrivent dans une démarche pionnière de formalisation statistique des phénomènes spirituels et idéologiques. Aucune adresse électronique universitaire n’était en vigueur à l’époque de la publication princeps, les correspondances scientifiques institutionnelles s’effectuant auprès du Department of Sociology, University of Kansas, Lawrence, Kansas 66045, USA.
4. Objectif / Purpose
La conception des Échelles d’attitudes religieuses répond à un besoin méthodologique et conceptuel crucial identifié au cours des années 1960 et 1970 : dépasser l’évaluation naïve et monolithique du fait religieux dans la recherche empirique. Trop souvent, la sociologie et la psychologie réduisaient l’engagement spirituel d’un individu à sa simple étiquette confessionnelle (protestant, catholique, juif, non-affilié) ou à une mesure de fréquence comportementale superficielle, telle que le nombre de visites mensuelles à l’église. Une telle simplification masquait la variance phénoménologique profonde existant entre deux individus appartenant à une même dénomination, dont l’un pouvait être guidé par une quête d’union mystique silencieuse tandis que l’autre recherchait l’approbation sociale institutionnelle ou l’observance rigide d’un ordre rituel immuable.
L’objectif fondamental des RAS est donc d’opérationnaliser la religiosité sous la forme d’un profil vectoriel à huit dimensions autonomes. Maranell a cherché à procurer aux chercheurs un instrument capable d’isoler les composantes doctrinales, affectives, institutionnelles, éthiques et cognitives de la foi religieuse, permettant de disséquer comment ces sous-dimensions s’articulent avec la personnalité sous-jacente, les orientations politiques, le bien-être psychologique et le fonctionnement social global.
Dans le domaine de la recherche, l’instrument a été conçu principalement pour des devis corrélationnels et expérimentaux en psychologie sociale, en sociologie et en anthropologie des religions. Il permet d’étudier comment différentes facettes religieuses modulent les attitudes sociopolitiques, les stéréotypes intergroupes, l’autoritarisme, l’ethnocentrisme et la conformité sociale. En milieu clinique ou en psychologie pastorale, les profils issus des RAS apportent un éclairage précieux sur la santé mentale du patient : la distinction établie entre l’idéalisme humaniste, le mysticisme contemplatif et le ritualisme rigide permet d’évaluer si l’investissement religieux d’un sujet relève d’une ressource d’adaptation positive (coping spirituel sain) ou d’une manifestation de rigidité névrotique, d’anxiété et de dépendance psychologique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par les RAS est la religiosité multidimensionnelle, définie comme l’ensemble des dispositions cognitives, affectives, institutionnelles et comportementales qu’un individu entretient à l’égard du sacré, du divin, des structures cléricales et des systèmes éthiques associés. Maranell postule que la religiosité ne constitue pas un bloc homogène, mais un faisceau d’attitudes distinctes structuré en huit sous-échelles étanches de 12 items chacune :
1. Orientation ecclésiale (Church Orientation)
Cette dimension mesure le degré d’attachement positif et d’implication active envers l’institution ecclésiale locale. L’église n’y est pas nécessairement envisagée sous un angle dogmatique, mais plutôt comme un pilier socioculturel indispensable, apportant un statut civique, favorisant l’approbation sociale et servant de cadre pour purger les sentiments de culpabilité ou restaurer l’estime de soi. Un individu obtenant un score élevé valorise la conformité communautaire et considère l’appartenance à une communauté croyante comme un gage d’honorabilité et d’utilité sociale.
2. Ritualisme (Ritualism)
Le ritualisme accorde une primauté absolue à la forme, à l’ordre, à l’esthétique et à la précision cérémonielle du culte public. L’expérience sacrée est subordonnée au respect rigoureux de la liturgie, à la disposition formelle des objets de culte, à l’emploi de prières standardisées (répons, litanies) et à la répétition de rites immuables partagés universellement. Les scores élevés indiquent une recherche de prévisibilité, de symétrie et de structure extérieure rassurante face au mystère religieux.
3. Altruisme (Altruism)
Dans l’optique opérationnelle de Maranell, cette dimension évalue la bienveillance et l’engagement d’aide envers autrui, intimement médiatisés par la doctrine morale de l’église. Contrairement à un altruisme laïque pur, cette sous-échelle mesure la conviction que l’institution religieuse est le vecteur impératif pour éradiquer l’égoïsme individuel, promouvoir la justice sociale et vivre la « règle d’or ». Un score élevé traduit une sensibilité à la réforme morale collective portée par le cadre ecclésial.
4. Fondamentalisme (Fundamentalism)
Le fondamentalisme se définit par l’adhésion inconditionnelle au littéralisme biblique et l’affirmation de l’inerrance des Saintes Écritures. La Bible y est considérée non pas comme un texte poétique ou une allégorie historique, mais comme la parole absolue, divine et intemporelle de Dieu, constituant un manuel d’action infaillible et direct pour chaque choix de la vie quotidienne. Les sujets qui obtiennent un score élevé rejettent fermement l’analyse critique moderniste ou la lecture métaphorique des Écritures.
5. Théisme (Theism)
Le théisme renvoie à l’affirmation intellectuelle et existentielle de l’existence d’un Dieu personnel, omnipotent, omniscient et bienveillant, agissant en tuteur, guide et juge suprême de l’existence individuelle. Cette dimension se distingue de l’orientation ecclésiale institutionnelle : elle mesure la certitude théologique interne relative à la présence active et protectrice d’une divinité anthropomorphe ou transcendantale dans la vie du croyant.
6. Idéalisme (Idealism)
L’idéalisme capte un dévouement intransigeant et désintéressé envers des principes moraux, la justice, la fraternité humaine et la vérité, indépendamment de toute présupposition théologique ou de tout système de rétribution surnaturelle. Il s’agit d’une dimension humaniste universelle évaluant le refus du compromis cynique et le rejet des stratégies machiavéliques d’opportunisme social.
7. Superstition (Superstition)
Cette sous-échelle évalue la réceptivité aux croyances magiques conventionnelles (présages, chats noirs, respect craintif des tombes), aux théories astrologiques régissant le destin humain, aux forces occultes et aux phénomènes paranormaux (télépathie, clairvoyance), ainsi qu’à la croyance en des sanctions immanentes (la maladie comme châtiment divin d’un péché). Elle capte la vulnérabilité cognitive aux mécanismes de causalité magique.
8. Mysticisme (Mysticism)
Le mysticisme désigne la valorisation d’expériences directes, ineffables et transrationnelles d’union avec Dieu ou une réalité ultime. Cette sous-échelle insiste sur les états de conscience supérieurs, l’illumination intérieure, le silence contemplatif, la prière de recueillement profond et l’insuffisance du langage articulé et de la spéculation intellectuelle pure pour appréhender le sacré.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration des Échelles d’attitudes religieuses s’ancre à la croisée de la psychométrie classique, de la psychologie de la personnalité d’orientation analytique et de la sociologie empirique de l’après-guerre. Historiquement, le cadre théorique s’articule autour des avancées majeures introduites par Gordon Allport dans les années 1950 et 1960. Allport avait initié la dissociation fondamentale entre « religiosité intrinsèque » (vécue comme une fin en soi, intégrant et unifiant la personnalité) et « religiosité extrinsèque » (utilisée de manière instrumentale pour obtenir sécurité, statut social ou réconfort émotionnel). Maranell affine et complexifie cette dichotomie en démontrant que l’approche bi-factorielle d’Allport est insuffisante pour saisir la variété des configurations spirituelles.
Sur le plan conceptuel, Maranell mobilise également la théorie de la personnalité autoritaire forgée par Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et R. Nevitt Sanford (1950). Les chercheurs de l’École de Francfort avaient démontré que certains modes de croyance religieuse fonctionnent comme des refuges pour des personnalités rigides, dominées par la pensée magique, la soumission à l’autorité établie et la projection de pulsions agressives. En intégrant des énoncés issus de l’Échelle F au sein de sa sous-échelle de superstition, Maranell inscrit délibérément son outil dans l’étude des liens entre religiosité, rigidité cognitive et susceptibilité autoritaire.
Par ailleurs, les travaux psychanalytiques et psychosociaux d’Erik Erikson (1977) sur les stades de développement et la dynamique des rituels constituent une référence théorique indispensable pour interpréter les résultats des RAS. Dans ses analyses des processus rituels (Toys and Reasons), Erikson établit une distinction limpide entre la « ritualisation » (processus ludique, créatif et vivant renforçant les liens communautaires et le sentiment d’appartenance) et le « ritualisme » (dérive pathologique et obsessionnelle caractérisée par le formalisme rigide, le besoin compulsif d’ordre, la standardisation et la répétition défensive). Les données empiriques obtenues par Maranell confirment pleinement l’hypothèse eriksonienne : la sous-échelle de ritualisme des RAS ne mesure pas une appréciation esthétique ou spirituelle mature du culte, mais s’associe à la rigidité perceptive, à l’anxiété, au fanatisme et à la suggestibilité.
Enfin, la modélisation de Maranell s’inspire directement des méthodes de psychophysique sociale de L. L. Thurstone, pionnier de la mesure des attitudes complexes. En empruntant des items calibrés de l’échelle d’attitude envers l’Église de Thurstone et Chave (1929), Maranell a ancré son outil dans une rigueur méthodologique cherchant à quantifier des attitudes supposées non métriques au moyen de dispositifs standardisés.
7. Validité / Validity
La validité des Échelles d’attitudes religieuses a fait l’objet d’investigations exhaustives menées par Maranell (1974), combinant des analyses de contenu, des vérifications de validité discriminante entre groupes de critères et l’étude des matrices corrélationnelles avec une vaste batterie d’indicateurs de personnalité et d’idéologie sociopolitique.
Validité de contenu et d’apparence (Face Validity)
Chaque énoncé composant les sous-échelles a été rédigé ou sélectionné pour refléter fidèlement la définition théorique du domaine cible. Maranell souligne que les énoncés présentent une validité d’apparence évidente, favorisant la coopération des répondants et la clarté d’interprétation. Cependant, l’auteur note lui-même qu’une telle transparence de façade peut induire des biais d’auto-présentation, justifiant la présence de formulations inversées au sein de chaque échelle.
Validité de construit par comparaison de groupes critériés
Pour établir la validité de construit, Maranell a administré l’instrument à un échantillon aléatoire stratifié d’ecclésiastiques appartenant à onze confessions religieuses distinctes aux États-Unis (prêtres catholiques romains, ministres épiscopaliens, luthériens, presbytériens, adventistes du septième jour, membres des Églises du Christ, unitariens-universalistes, etc.). Les résultats ont révélé des contrastes intergroupes majeurs, parfaitement cohérents avec les profils théologiques des traditions représentées :
- Score total de religiosité : Le clergé catholique présentait une moyenne globale significativement et nettement supérieure à l’ensemble des dix autres dénominations, tandis que les ministres unitariens-universalistes affichaient les moyennes les plus faibles, les neuf dénominations protestantes traditionnelles se situant à des niveaux intermédiaires étroits.
- Sous-échelle de ritualisme : Les prêtres catholiques et les membres du clergé épiscopalien ont obtenu des scores significativement plus élevés que les ministres des traditions réformées, évangéliques ou libérales, attestant de la validité critériée de l’échelle à capturer l’accentuation liturgique formelle.
- Sous-échelle d’altruisme : Des divergences notables ont émergé, les prêtres catholiques, les adventistes et les membres des Églises du Christ obtenant les scores les plus hauts, tandis que les épiscopaliens et les unitariens se situaient au plus bas. L’analyse détaillée des patterns corrélationnels montre toutefois que l’échelle d’altruisme de Maranell mesure moins une philanthropie désintéressée qu’un attachement à la mission de réforme morale institutionnelle portée par l’église.
Validité convergente, divergente et associations psychopathologiques
L’exploration des relations entre les sous-échelles des RAS et des mesures psychologiques standardisées a révélé des patterns d’une grande profondeur clinique :
- Ritualisme : Corrèle de manière positive et hautement significative avec le conservatisme politique autoritaire, la suggestibilité, la rigidité perceptive, l’anxiété généralisée, l’inadaptation psychologique globale, la dépendance et le fanatisme. À l’inverse, il présente des corrélations négatives avec les aptitudes intellectuelles scolaires, la force du moi (ego strength) et la désirabilité sociale.
- Fondamentalisme : Présente de fortes corrélations positives avec le théisme, l’orientation ecclésiale et l’autoritarisme sociopolitique, tout en manifestant une résistance systématique à toute réinterprétation critique des croyances.
- Idéalisme : Se distingue radicalement des sept autres dimensions. Alors que les échelles traditionnelles corrèlent positivement avec des attitudes super-patriotiques, autoritaires et hostiles aux libertés civiles, l’idéalisme s’oppose nettement aux préjugés raciaux, antisémites et xénophobes. De surcroît, l’idéalisme est fortement corrélé négativement avec l’inadaptation psychologique générale (r = -0,78), tandis que la sous-échelle d’altruisme présente une corrélation positive inattendue de r = +0,37 avec cette même mesure d’inadaptation.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité des Échelles d’attitudes religieuses a reposé sur une méthode de test-retest rigoureuse, permettant de vérifier la stabilité temporelle des scores sur de courts intervalles. Deux protocoles distincts ont été exécutés lors des études de validation princeps :
- Premier protocole (intervalle d’une semaine) : Administré à une cohorte d’étudiants, le coefficient moyen de stabilité temporelle calculé sur les huit échelles s’est élevé à 0,87. Les coefficients individuels des sous-échelles se sont échelonnés entre 0,68 et 0,99. Sept des huit échelles ont enregistré un coefficient supérieur ou égal à 0,80.
- Second protocole (intervalle de dix jours / 1,5 semaine) : Conduit auprès d’un échantillon indépendant de répondants, ce test a répliqué avec une précision remarquable les résultats antérieurs, obtenant de nouveau un coefficient moyen global de 0,87, confirmant l’excellente invariance temporelle de l’outil.
Concernant la cohérence interne, bien que l’alpha de Cronbach n’ait pas été formellement rapporté pour l’ensemble des sous-groupes dans les publications originales de 1974, l’homogénéité des échelles découle directement du processus d’analyse d’items appliqué lors de leur construction. La sélection systématique d’items affichant des indices de discrimination hautement significatifs (valeurs t > 1,75 selon les standards d’Edwards) garantit une forte corrélation item-total et une variance commune substantielle au sein de chaque dimension de 12 items.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Au moment de la construction de l’instrument à la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’extraction et l’épuration des items ont été guidées par la technique formalisée par le psychomètre Allen L. Edwards (1957) plutôt que par une analyse factorielle exploratoire (AFE) multivariée contemporaine par maximum de vraisemblance.
La procédure d’Edwards consistait à sélectionner, pour chaque sous-échelle candidate, deux groupes de critères extrêmes au sein de la distribution globale des scores : le quartile supérieur (les 25 % d’individus ayant les scores les plus élevés) et le quartile inférieur (les 25 % ayant les scores les plus bas). Pour chaque item potentiel, la moyenne des réponses du groupe supérieur a été comparée à celle du groupe inférieur au moyen du test statistique t de Student. Edwards préconisait une valeur critique minimale de t = 1,75 (au seuil p < 0,05) pour attester qu’un énoncé discrimine valablement les individus à haute et basse intensité de trait. Les 96 énoncés retenus par Maranell ont tous dépassé ce seuil normatif, avec des valeurs t s’élevant pour certains items au-delà de 5,00 (par exemple, t = 5,96 pour l’item 5 de l’échelle d’altruisme et t = 5,23 pour l’item 6).
Dans ses monographies ultérieures, Maranell a analysé la structure latente de l’instrument en examinant les intercorrélations entre les huit sous-échelles. Cette analyse a révélé que les dimensions ne sont pas totalement orthogonales, mais s’organisent selon deux macro-facteurs d’ordre supérieur :
- Un facteur de religiosité institutionnelle et dogmatique : Regroupant de fortes saturations croisées entre l’orientation ecclésiale, le fondamentalisme, le théisme, le ritualisme et l’altruisme clérical.
- Un facteur d’idéalisme humaniste et de transcendance non conventionnelle : Isolant l’idéalisme moral séculier, le mysticisme contemplatif et les croyances magico-superstitieuses, ces dimensions présentant des patterns d’orthogonalité ou de corrélation inverse avec le bloc dogmatique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et sociologique (auto-rapport standardisé).
- Nombre total d’items : 96 items répartis de manière uniforme en 8 sous-échelles de 12 items chacune.
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou informatisé. Les 96 items peuvent être administrés en bloc de sous-échelles ou, de façon fortement recommandée, mélangés de manière aléatoire afin de limiter les biais de réponse stéréotypés. Maranell préconise expressément de ne pas commencer le questionnaire par des énoncés négatifs afin de préserver l’alliance et la réceptivité du sujet.
- Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points cotée de 0 à 4 :
- 0 : Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 1 : Plutôt en désaccord (Somewhat disagree)
- 2 : Indécis(e) (Undecided)
- 3 : Plutôt d’accord (Somewhat agree)
- 4 : Fortement d’accord (Strongly agree)
- Cotation et inversion : Vingt-trois items présentent une formulation inversée (marqués d’un « R » dans la clé de correction). Pour ces items, la cotation doit être transformée selon la formule : Score inversé = 4 – Réponse brute (ex. : 0 devient 4, 1 devient 3, 2 reste 2, 3 devient 1, 4 devient 0).
- Calcul des scores :
- Scores des sous-échelles : Somme des 12 items de chaque échelle (après inversion le cas échéant). L’étendue des scores pour chaque dimension varie de 0 à 48 points.
- Score de religiosité totale : Moyenne arithmétique des huit scores d’échelles individuelles, utilisé principalement par l’auteur pour classifier des cohortes confessionnelles.
- Durée moyenne de passation : Environ 20 à 35 minutes pour la version intégrale des 96 items.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de publication princeps : 1974 (dans l’ouvrage de synthèse universitaire publié par la University Press of Kansas).
Statut des droits d’auteur et permissions : Les Échelles d’attitudes religieuses relèvent du domaine de la recherche scientifique universitaire. Selon les usages établis dans l’ouvrage de Maranell (1974), l’instrument a été mis à la disposition de la communauté académique internationale pour une utilisation non commerciale à des fins d’enseignement, d’études cliniques et de recherche fondamentale. Les chercheurs souhaitant administrer l’instrument ont la liberté de composer leur propre livret de test en respectant la formulation exacte des items et les clés d’inversion.
Tarif d’utilisation : Gratuit dans le cadre de projets de recherche académique et d’investigations cliniques indépendantes. Aucune redevance commerciale n’est requise par un éditeur commercial de tests psychométriques.
12. Références / References
- Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Brothers. https://doi.org/10.1037/10006-000
- Christie, R., & Geis, F. A. (1970). Studies in Machiavellianism. Academic Press. https://doi.org/10.1016/C2013-0-10874-7
- Edwards, A. L. (1957). Techniques of attitude scale construction. Appleton-Century-Crofts.
- Erikson, E. H. (1977). Toys and reasons: Stages in the ritualization of experience. W. W. Norton & Company.
- Goldman-Eisler, F. (1953). Breastfeeding and character-formation. In C. Kluckhohn & H. A. Murray (Eds.), Personality in nature, society, and culture (2nd ed., pp. 146-184). Alfred A. Knopf.
- Maranell, G. M. (1974). Responses to religion: Studies in the social psychology of religious belief. University Press of Kansas.
- Thurstone, L. L., & Chave, E. J. (1929). The measurement of attitude: A psychophysical method and some experiments with a scale for measuring attitude toward the church. University of Chicago Press.