Échelle de surveillance des menaces corporelles (BTMS)

Découvrez l’Échelle de surveillance des menaces corporelles (BTMS ; Heathcote et al., 2023), un instrument psychométrique mesurant l’hypervigilance somatosensorielle et l’évaluation de la menace somatique, particulièrement dans la peur de la récidive du cancer.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de surveillance des menaces corporelles (Bodily Threat Monitoring Scale [BTMS] ; Heathcote et al., 2023) est un instrument psychométrique novateur conçu pour évaluer la manière dont les individus surveillent de façon attentionnelle et interprètent les sensations somatiques ambiguës comme étant l’indice d’une anomalie physique grave ou d’un processus pathologique sous-jacent. Initialement développée dans le champ de la psycho-oncologie pour cerner l’un des mécanismes cognitifs et comportementaux centraux de la peur de la récidive du cancer (Fear of Cancer Recurrence [FCR]), la BTMS comble une lacune méthodologique majeure en dissociant la simple conscience intéroceptive de la focalisation anxieuse biaisée vers la menace somatique.

L’instrument est composé de 19 items auto-rapportés structurés autour de deux dimensions factorielles distinctes mais interdépendantes : la surveillance corporelle (Bodily monitoring) et l’évaluation de la menace corporelle (Bodily threat appraisals). Les réponses sont recueillies sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Pas du tout comme moi » / Not at all like me) à 4 (« Tout à fait comme moi » / Entirely like me). L’évaluation psychométrique de la BTMS a été réalisée auprès de cohortes diversifiées incluant des adultes survivants de cancers gynécologiques et du sein (âgés de 37 à 81 ans), ainsi que des enfants et jeunes adultes survivants de cancers pédiatriques (âgés de 10 à 25 ans) issus de plusieurs centres en Australie, au Canada et aux États-Unis.

Les propriétés psychométriques rapportées démontrent une cohérence interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,90 et 0,96 selon les sous-échelles et les échantillons cliniques. La stabilité temporelle test-retest à un intervalle de deux semaines s’est révélée robuste, sans variation significative des scores moyens. L’analyse factorielle exploratoire a corroboré une structure bi-factorielle expliquant 65,5 % de la variance totale, où chaque item présente une saturation factorielle supérieure à 0,50. Sur le plan de la validité de construit et de critère, la BTMS corrèle positivement avec la vigilance corporelle, la sensibilité à l’anxiété, l’intolérance à l’incertitude et les comportements de recours médical, tout en prédisant la peur de la récidive de manière incrémentielle au-delà des mesures existantes d’anxiété liée à la santé.

2. Mots-clés / Keywords

Surveillance corporelle, évaluation de la menace somatique, peur de la récidive du cancer, psycho-oncologie, anxiété pour la santé, intéroception, hypervigilance, sensibilité à l’anxiété, intolérance à l’incertitude, psychométrie, évaluation clinique, comportement de maladie.

3. Auteurs / Authors

La Bodily Threat Monitoring Scale a été développée et validée par une équipe multidisciplinaire internationale de chercheurs et cliniciens experts en psychologie de la santé, en douleur pédiatrique et en oncologie :

  • Lauren C. Heathcote (ORCID : 0000-0003-2515-3102) — Section de psychologie de la santé, Département de psychologie, Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience, King’s College London, Londres, Royaume-Uni. Courriel de correspondance : [email protected]. Adresse : Guy’s Hospital, 5th Floor Bermondsey Wing, Great Maze Pond, Londres, SE1 9RT, Royaume-Uni.
  • Sarah N. Webster — Département d’anesthésiologie, médecine périopératoire et médecine de la douleur, Stanford University School of Medicine, Stanford, Californie, États-Unis.
  • Nele Loecher — Département de psychologie et des sciences comportementales, St. Jude Children’s Research Hospital, Memphis, Tennessee, États-Unis.
  • Sheri L. Spunt — Département d’oncologie pédiatrique, Stanford University School of Medicine, Stanford, Californie, États-Unis.
  • Pamela Simon — Département d’oncologie pédiatrique, Stanford University School of Medicine, Stanford, Californie, États-Unis.
  • Poorva Pradhan — École de psychologie, University of Sydney, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie.
  • Daelin Coutts-Bain — École de psychologie, University of Sydney, Sydney, Australie.
  • Louise Sharpe (ORCID : 0000-0002-8790-6272) — École de psychologie, University of Sydney, Sydney, Australie.
  • Perri R. Tutelman — Département de psychologie et de neurosciences, Dalhousie University, Halifax, Nouvelle-Écosse, Canada.
  • Laura E. Simons — Département d’anesthésiologie, médecine périopératoire et médecine de la douleur, Stanford University School of Medicine, Stanford, Californie, États-Unis.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Bodily Threat Monitoring Scale (BTMS) est d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur le construit psychologique de la surveillance de la menace corporelle. Ce phénomène correspond à un état continu de scrutation attentionnelle des signaux physiologiques internes couplé à une propension cognitive automatique à interpréter toute sensation inhabituelle, bénigne ou ambiguë comme un indicateur direct d’un péril somatique imminent, en particulier une récidive néoplasique ou une progression tumorale.

Dans le contexte de l’oncologie médicale et pédiatrique, la peur de la récidive du cancer (FCR) représente l’une des plaintes psychologiques les plus prévalentes et les plus durables rapportées par les survivants, persistant souvent de nombreuses années après l’obtention d’une rémission complète ou l’arrêt des traitements curatifs. Les modèles conceptuels cognitifs de la FCR postulent que cette anxiété n’est pas uniquement déclenchée par des stresseurs externes (comme les examens d’imagerie médicale de routine, souvent appelés scanxiety), mais qu’elle est continuellement auto-alimentée de l’intérieur par des boucles de rétroaction sensori-cognitives. Les patients ayant vécu un diagnostic d’affection engageant le pronostic vital apprennent, souvent par conditionnement somatique aversif, que leur corps est vulnérable ou trompeur. En conséquence, les signaux sensoriels de base tels que la fatigue, des courbatures, des céphalées bénignes ou des sensations cutanées deviennent des amorces de danger hautement saillantes.

Sur le plan clinique, la BTMS répond à plusieurs finalités thérapeutiques et diagnostiques :

  • Identification précoce des trajectoires anxieuses dysfonctionnelles : Permettre aux cliniciens de repérer les survivants qui s’engagent dans des cycles d’hypervigilance somatosensorielle avant que ces comportements ne se cristallisent sous forme d’une anxiété généralisée liée à la santé ou d’un syndrome de stress post-traumatique lié au cancer.
  • Distinction entre conscience somatosensorielle adaptative et surveillance anxieuse : Contrairement aux outils traditionnels d’évaluation de la conscience corporelle qui peuvent mesurer une attention bienveillante ou régulatrice (comme dans la méditation de pleine conscience), la BTMS capture spécifiquement l’aspect aversif et menaçant de l’attention corporelle.
  • Guidage des interventions psychologiques ciblées : Servir de biomarqueur psychométrique pour évaluer l’efficacité de thérapies cognitivo-comportementales (TCC), de thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT) ou de programmes d’entraînement attentionnel visant à désamorcer l’attention sélective portée aux sensations corporelles et à restructurer les schémas d’interprétation catastrophiste.
  • Réduction de l’utilisation inappropriée des ressources médicales : L’hypervigilance corporelle engendre fréquemment des conduites répétées de réassurance médicale, des consultations d’urgence non planifiées et des examens radiologiques redondants. Mesurer précisément cette dimension offre des leviers pour diminuer la charge pesant sur les systèmes de santé.

En recherche, l’échelle offre une mesure standardisée permettant d’étudier les liens longitudinaux entre le traitement des signaux intéroceptifs, les croyances métacognitives et l’adaptation à long terme après des maladies chroniques potentiellement mortelles, aussi bien chez les adultes que dans les populations pédiatriques et de jeunes adultes (AYA).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par la BTMS repose sur l’intégration dynamique de deux composantes cognitives et comportementales indissociables : l’allocation attentionnelle sélective orientée vers le corps et le biais d’évaluation cognitive de danger somatique. L’échelle déploie ainsi deux sous-échelles complémentaires :

1. La surveillance corporelle (Bodily Monitoring)

Cette sous-échelle évalue la propension comportementale et intentionnelle à scruter, scanner et traquer de manière continue ou répétée l’état physiologique du corps. Ce processus implique un contrôle actif des sensations internes dans le but explicite de ne pas omettre un symptôme qui pourrait signaler une défaillance organique. La personne se place dans une posture de sentinelle interne permanente. Ce contrôle attentionnel rigide réduit la flexibilité cognitive et absorbe des ressources exécutives considérables au détriment des activités quotidiennes valorisées.

Exemples de manifestations évaluées par cette dimension :

  • Le suivi délibéré des sensations corporelles afin de s’assurer qu’aucun signe clinique ne passe inaperçu (Item 1 : « I keep track of my bodily sensations to make sure I won’t miss if something is wrong »).
  • L’orientation immédiate et accrue de l’attention dès l’apparition d’une sensation inédite (Item 5 : « When I have a new bodily sensation, I pay close attention to it in case it means that something is wrong »).
  • La vérification continue du corps perçue comme un devoir de protection nécessaire (Item 17 : « I monitor my body for signs that something is wrong »).

2. L’évaluation de la menace corporelle (Bodily Threat Appraisals)

Cette seconde sous-échelle opérationnalise le biais d’interprétation cognitive selon lequel toute sensation physique inexplicable, même minime ou transitoire, est automatiquement attribuée à une maladie grave ou à une catastrophe somatique. Il s’agit d’une évaluation cognitive erronée caractérisée par la dramatisation (catastrophizing), l’impossibilité de désamorcer l’affect de détresse sans confirmation médicale, et l’impact émotionnel et fonctionnel direct de ces inquiétudes sur le bien-être subjectif.

Cette dimension capture également les difficultés de désengagement attentionnel et la résistance à la réassurance médicale :

  • L’attribution automatique d’une valeur de danger à l’inconnu sensoriel (Item 2 : « When I have a bodily sensation I can’t explain, I think it means that something is wrong with my body »).
  • La préoccupation persistante malgré des examens normaux ou des propos médicaux rassurants (Item 13 : « I worry about bodily sensations even when I’ve been reassured that there isn’t anything wrong »).
  • L’interférence invalidante de cette inquiétude somatique sur les activités gratifiantes et le fonctionnement cognitif (Item 11 : « Worrying about something being wrong with my body often stops me from enjoying myself » ; Item 15 : « Worrying about something being wrong with my body often distracts me from other important things »).

Bien que conceptuellement distinctes, ces deux dimensions s’articulent dans une dynamique circulaire : plus un individu surveille son corps, plus il détecte des bruits physiologiques normaux (borborygmes, variations du rythme cardiaque, tensions musculaires), lesquels sont immédiatement étiquetés comme menaçants, ce qui renforce en retour la nécessité subjective d’accroître la surveillance.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La BTMS s’inscrit au carrefour de plusieurs modèles théoriques fondamentaux de la psychologie cognitive, de la psychologie de la santé et des neurosciences computationnelles de l’intéroception :

1. Le modèle cognitivo-comportemental de l’anxiété liée à la santé (Salkovskis, Warwick, Clark)

Selon le modèle classique développé par Paul Salkovskis et David M. Clark, l’anxiété pour la santé résulte d’une tendance systématique à surestimer la probabilité et la gravité d’une affection médicale tout en sous-estimant ses propres capacités d’adaptation et l’efficacité des soins disponibles. Au cœur de ce paradigme réside la focalisation attentionnelle sélective : lorsqu’un individu perçoit une menace potentielle pour sa santé, son attention s’oriente préférentiellement vers les données confirmant cette menace. Cette focalisation amplifie mécaniquement l’intensité subjective des sensations physiques par un effet d’exacerbation perceptive. La BTMS modélise précisément ce mécanisme en capturant à la fois la scrutation active et l’évaluation catastrophique qui sous-tendent les comportements de vérification et de recherche de réassurance.

2. Le modèle de sens commun de l’autorégulation de la maladie (Leventhal et al.)

Le Common-Sense Model of Self-Regulation d’Howard Leventhal postule que les individus construisent des représentations cognitives et émotionnelles de la maladie à partir de stimuli internes et externes. Les symptômes somatiques constituent la première source d’information identitaire de la maladie. Chez les survivants du cancer, la représentation cognitive de la maladie a été associée à une menace existentielle majeure. Dans ce cadre, toute variation intéroceptive est traitée comme un signal potentiel de rupture du statut de rémission, activant des procédures de contrôle et des stratégies d’adaptation (coping) souvent inadaptées, telles que l’hypervigilance et les sollicitations médicales fréquentes.

3. Les modèles d’inférence active et de codage prédictif de l’intéroception

Dans la perspective des neurosciences cognitives modernes, le cerveau fonctionne comme une machine bayésienne de prédiction (codage prédictif). L’intéroception n’est pas une simple transmission passive des signaux afférents des viscères vers le cortex, mais une inférence reposant sur la confrontation entre des attentes a priori (priors) et les entrées sensorielles ascendantes. Après un épisode cancéreux traumatisant, le cerveau encode des priors hautement pondérés associés au risque vital somatique. Ainsi, l’incertitude sensorielle est résolue en favorisant les hypothèses de danger, et l’attention focalisée augmente la précision (precision-weighting) accordée au bruit de fond intéroceptif, rendant les sensations bénignes insupportablement saillantes.

4. Les formulations contemporaines de la peur de la récidive du cancer (FCR)

Les conceptualisations théoriques récentes de la FCR (notamment celles de Sharpe, Butow et Heathcote) soulignent que la surveillance corporelle constitue un facteur de maintien proximal essentiel du trouble. La BTMS a été explicitement forgée pour donner une assise opérationnelle à ces modèles, en permettant d’isoler l’impact spécifique de la surveillance de la menace corporelle par rapport à l’anxiété générale ou à la vigilance non menaçante.

7. Validité / Validity

Les qualités métrologiques relatives à la validité de la Bodily Threat Monitoring Scale ont fait l’objet d’analyses statistiques rigoureuses dans les études initiales de développement et de validation (Heathcote et al., 2023) menées auprès d’échantillons de survivants adultes de cancers du sein et gynécologiques ainsi que de survivants de cancers pédiatriques.

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit a été solidement établie par l’examen des corrélations bivariées entre la BTMS et des échelles validées mesurant des construits théoriquement connexes :

  • Vigilance corporelle : La BTMS présente une corrélation positive et statistiquement significative avec la Body Vigilance Scale (BVS), démontrant que l’échelle appréhende bien l’orientation attentionnelle accrue vers le soma.
  • Sensibilité à l’anxiété : Des associations positives significatives ont été observées avec l’Anxiety Sensitivity Index (ASI), confirmant que la croyance selon laquelle les sensations corporelles entraînent des conséquences négatives néfastes est étroitement intriquée au construit de la BTMS.
  • Intolérance à l’incertitude : La BTMS est corrélée de manière significative avec l’Intolerance of Uncertainty Scale (IUS), corroborant le postulat selon lequel l’ambiguïté des sensations corporelles est vécue comme intolérable par les personnes présentant un score élevé.

Validité de critère et validité incrémentielle

La validité liée à un critère a été attestée par des corrélations fortes et directes avec des variables cliniques d’intérêt majeur :

  • Peur de la récidive du cancer (FCR) : La BTMS a démontré une relation robuste avec les scores aux questionnaires standardisés de peur de la récidive (tels que le Fear of Cancer Recurrence Inventory [FCRI]).
  • Comportements de recours aux soins (Help-seeking behaviours) : Les scores élevés à la BTMS prédisent significativement une fréquence accrue de consultations médicales spontanées et de démarches de réassurance clinique.
  • Qualité de vie : Des corrélations inverses significatives ont été rapportées entre la BTMS et les échelles de qualité de vie liée à la santé (notamment le SF-36 ou l’EORTC QLQ-C30), confirmant le retentissement invalidant de la surveillance continue de la menace somatique sur le fonctionnement psychosocial.

Fait remarquable, les analyses de régression hiérarchique ont démontré la validité incrémentielle de la BTMS : l’échelle est restée significativement associée à la peur de la récidive du cancer même après avoir contrôlé statistiquement la vigilance corporelle générale et la sensibilité à l’anxiété. Ce résultat prouve formellement que la BTMS ne duplique pas les outils existants mais apporte une contribution explicative unique issue de son ancrage théorique précis.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de la BTMS a été documentée sous deux angles métrologiques primordiaux : la consistance interne et la stabilité temporelle par test-retest.

Consistance interne

Les analyses de consistance interne démontrent une homogénéité des items de niveau supérieur dans l’ensemble des populations examinées :

  • Score total de la BTMS : Le coefficient alpha de Cronbach (α) pour l’échelle globale s’élève entre 0,90 et 0,96 aussi bien chez les survivants adultes de cancers que dans les cohortes de survivants de cancers pédiatriques et de jeunes adultes.
  • Sous-échelles : Les deux dimensions (Surveillance corporelle et Évaluation de la menace corporelle) présentent individuellement des coefficients alpha excédant systématiquement le seuil d’excellence psychométrique de 0,85, attestant d’une redondance minimale et d’une forte cohésion thématique des énoncés.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon clinique réévalué à un intervalle standard de deux semaines (baseline vs. 14 jours) :

  • Les coefficients de corrélation intra-classe et de corrélation linéaire se sont avérés hautement significatifs pour le score total ainsi que pour les deux sous-échelles entre les deux temps de mesure.
  • L’analyse de variance pour mesures répétées et les tests t de Student pour échantillons appariés ont confirmé l’absence de dérive temporelle significative : score total (t(60) = −1,33, p = 0,19) ; sous-échelle de surveillance corporelle (t(58) = −1,17, p = 0,25) ; sous-échelle d’évaluation de la menace corporelle (t(60) = −1,21, p = 0,23).

Ces données établissent que la BTMS mesure un trait cognitivo-comportemental relativement stable dans le temps en l’absence d’intervention thérapeutique ciblée, tout en restant potentiellement sensible au changement clinique induit par une prise en charge.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de la BTMS a été examinée par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) conformément aux recommandations méthodologiques de validation d’instruments de mesure en psychologie clinique.

Procédure de réduction des items et émergence factorielle

Le pool initial d’items, généré à partir d’outils existants et enrichi par les avis d’un panel d’experts cliniciens et de patients partenaires, a été soumis à une première analyse factorielle :

  • L’extraction initiale sur la base du critère de Kaiser (valeurs propres / eigenvalues > 1,0) a initialement suggéré trois facteurs potentiels.
  • Néanmoins, l’examen détaillé des saturations a révélé que le troisième facteur ne comportait aucun item unique et présentait une consistance conceptuelle insuffisante, suggérant un phénomène de sur-extraction factorielle.
  • Après élimination des items redondants ou faiblement saturants, une solution contrainte à deux facteurs a été testée avec rotation oblique (Promax ou Oblimin, tenant compte de l’inter-corrélation attendue entre les dimensions).

Performances de la solution bi-factorielle finale

La solution finale à 19 items scindée en deux facteurs présente des caractéristiques structurales optimales :

  • Variance totale expliquée : Le modèle bi-factoriel explique 65,5 % de la variance globale des scores, ce qui représente un niveau d’explication particulièrement élevé en sciences psychosociales.
  • Saturations factorielles (Factor Loadings) : Tous les items conservés présentent des saturations factorielles robustes, systématiquement supérieures à 0,50 sur leur facteur primaire respectif, avec des saturations croisées (cross-loadings) négligeables.
  • Composition des facteurs : Le premier facteur regroupe les énoncés évaluant l’attention soutenue, le pistage et l’inspection sensorielle (Surveillance corporelle), tandis que le second facteur regroupe les cognitions d’interprétation négative, la détresse somatosensorielle et l’impossibilité de désengagement (Évaluation de la menace corporelle).

Cette structure s’est montrée invariante et parfaitement adéquate à travers les différents groupes d’âge testés (adultes et adolescents/jeunes adultes), confirmant la pertinence universelle de ces deux composantes dans le mécanisme de surveillance de la menace physique.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom officiel de l’instrument : Bodily Threat Monitoring Scale (BTMS).
  • Traduction de référence en français : Échelle de surveillance des menaces corporelles.
  • Type de test : Questionnaire auto-rapporté / Inventaire psychologique original.
  • Nombre total d’items : 19 items.
  • Dimensions / Sous-échelles :
    • Surveillance corporelle (Bodily monitoring) : items évaluant le comportement actif de contrôle et d’observation des signaux physiques.
    • Évaluation de la menace corporelle (Bodily threat appraisals) : items évaluant les interprétations catastrophiques et l’interférence émotionnelle des sensations.
  • Format de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points cotée de 0 à 4 :
    • 0 = Pas du tout comme moi (Not at all like me)
    • 1 = Un petit peu comme moi (A little bit like me)
    • 2 = Modérément comme moi (Moderately like me)
    • 3 = Beaucoup comme moi (Very like me)
    • 4 = Tout à fait comme moi (Entirely like me)
  • Langue d’origine : Anglais.
  • Populations évaluées : Hommes et femmes ; survivants adultes de cancers (sein, cancers gynécologiques, etc., tranche d’âge observée : 37 à 81 ans) et survivants de cancers pédiatriques/adolescents (tranche d’âge observée : 10 à 25 ans). Validé auprès de populations d’Australie, du Canada et des États-Unis.
  • Tranches d’âge applicables : Enfance (6-12 ans sous supervision), Adolescence (13-17 ans), Jeunes adultes (18-29 ans), Adultes d’âge moyen (30-64 ans), Personnes âgées (65 ans et plus).
  • Cotation et calcul des scores : Les scores peuvent être calculés par sommation simple des items pour chaque sous-échelle ou par l’addition des 19 items pour obtenir un score global de surveillance de la menace corporelle (fourchette de score total allant de 0 à 76). Un score élevé reflète un degré supérieur d’hypervigilance somatique et de catastrophisme centré sur le corps. Il n’y a pas d’items inversés dans la version originale.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication : 2023.
  • Statut des droits d’auteur et licence : L’article princeps et le matériel associé sont publiés sous licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0).
  • Conditions d’utilisation : L’instrument peut être utilisé librement sans frais (gratuit) pour des activités de recherche académique, d’évaluation clinique et d’enseignement, sous réserve de citer explicitement la publication originale de Heathcote et al. (2023).
  • Usage commercial : Toute exploitation commerciale directe nécessite l’accord explicite des détenteurs de droits et des auteurs.
  • Contact pour les correspondances scientifiques : Dr Lauren C. Heathcote, King’s College London, Guy’s Hospital, Londres ([email protected]).

12. Références / References

Les références ci-dessous constituent le socle académique de l’instrument et des modèles théoriques associés :

  • Heathcote, L. C., Webster, S. N., Loecher, N., Spunt, S. L., Simon, P., Pradhan, P., Coutts-Bain, D., Sharpe, L., Tutelman, P. R., & Simons, L. E. (2023). The Bodily Threat Monitoring Scale: Development and preliminary validation in adult and childhood cancer survivors. Psycho-Oncology, 32(12), 1885–1894. https://doi.org/10.1002/pon.6236
  • Leventhal, H., Phillips, L. A., & Burns, E. (2016). The Common-Sense Model of Self-Regulation (CSM): a dynamic framework for understanding illness self-management. Journal of Behavioral Medicine, 39(6), 935–946. https://doi.org/10.1007/s10865-016-9782-x
  • Salkovskis, P. M., & Warwick, H. M. (1986). Morbid sensations, bodily awareness and health anxiety. Behaviour Research and Therapy, 24(5), 497–502. https://doi.org/10.1016/0005-7967(86)90040-0
  • Sharpe, L., & Curran, L. (2006). Understanding the process of adjustment to illness. Social Science & Medicine, 62(5), 1153–1166. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2005.07.010
  • Simard, S., & Savard, J. (2009). Fear of Cancer Recurrence Inventory: development and initial validation of a multidimensional measure of fear of cancer recurrence. Supportive Care in Cancer, 17(3), 241–251. https://doi.org/10.1007/s00520-008-0444-y

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Les consignes d’administration et les énoncés officiels de l’instrument sont reproduits ci-dessous dans leur version textuelle intégrale anglaise (Heathcote et al., 2023) :

Bodily Threat Monitoring Scale (BTMS)

Instructions to participants:

We are interested in how you think and feel about your body and the sensations inside your body. Bodily sensations include things like aches and pains, discomfort, feeling sick, feeling itchy, feeling tired, feeling hot, and feeling dizzy. These are just some examples; there are many others.

When you answer the questions below, think about the bodily sensations that are most relevant for you. For each question, choose the number that shows how much each statement is like you.

Response Scale:
0 = Not at all like me
1 = A little bit like me
2 = Moderately like me
3 = Very like me
4 = Entirely like me


  1. I keep track of my bodily sensations to make sure I won’t miss if something is wrong.
  2. When I have a bodily sensation I can’t explain, I think it means that something is wrong with my body.
  3. I find it hard to distract myself from thinking about bodily sensations that suggest something is wrong with my body.
  4. Even bodily sensations that aren’t very intense make me worry that something is wrong.
  5. When I have a new bodily sensation, I pay close attention to it in case it means that something is wrong.
  6. My body often seems to send me signals that something is wrong.
  7. I take all new bodily sensations seriously.
  8. When I have a bodily sensation that wasn’t there before, I immediately think that something is wrong with my body.
  9. I worry about a lot of different bodily sensations.
  10. I find it hard to distract myself from looking for signs that something is wrong with my body.
  11. Worrying about something being wrong with my body often stops me from enjoying myself.
  12. I think about what my bodily sensations might mean.
  13. I worry about bodily sensations even when I’ve been reassured that there isn’t anything wrong.
  14. I pay attention to my body to check if something is wrong.
  15. Worrying about something being wrong with my body often distracts me from other important things.
  16. When I have a new bodily sensation, I will keep worrying about it until I get it checked out.
  17. I monitor my body for signs that something is wrong.
  18. I find it hard to stay calm when I have a bodily sensation that could mean something is wrong.
  19. Worrying about something being wrong with my body often makes me unhappy.
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Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle de surveillance des menaces corporelles (BTMS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-surveillance-menaces-corporelles-btms
Looti, Mohammed. “Échelle de surveillance des menaces corporelles (BTMS).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-surveillance-menaces-corporelles-btms.
Looti, Mohammed. “Échelle de surveillance des menaces corporelles (BTMS).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-surveillance-menaces-corporelles-btms.