1. Résumé / Abstract
L’Échelle de la relation de coparentalité (Coparenting Relationship Scale [CRS]), développée par Mark E. Feinberg, Lynn D. Brown et M. Lee Kan en 2012, constitue un instrument d’évaluation psychométrique de référence conçu pour mesurer de manière multidimensionnelle la qualité de la dynamique coparentale au sein des couples parentaux. Fondée sur le modèle théorique intégratif et écologique de la coparentalité formulé par Feinberg en 2003, la CRS opérationnalise la coordination et le soutien mutuel que se portent deux adultes dans l’éducation et la prise en charge partagée d’un ou plusieurs enfants. L’échelle complète comprend 35 items structurés autour de sept dimensions fondamentales : l’accord coparental (Coparenting Agreement), la proximité coparentale (Coparenting Closeness), l’exposition de l’enfant aux conflits (Exposure to Conflict), le soutien coparental (Coparenting Support), la sape ou le dénigrement coparental (Coparenting Undermining), l’approbation des compétences parentales du partenaire (Endorse Partner Parenting) et la division du travail familial (Division of Labor).
Les participants évaluent les énoncés principalement à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 7 points (allant de 0 = « Not true of us » à 6 = « Very true of us », à l’exception des items portant sur la satisfaction de la division des tâches). L’instrument se décline également sous une forme abrégée validée de 14 items (Brief Measure of Coparenting) destinée aux contextes de recherche épidémiologique et clinique exigeant une charge d’administration minimale. D’un point de vue psychométrique, la CRS présente des indices solides de fidélité de consistance interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,91 pour les différentes sous-échelles, et dépassant 0,90 pour le score global composite. La validité de construit est étayée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses confirmant une structure hiérarchique à sept facteurs de premier ordre subordonnés à un facteur général de coparentalité, tout en garantissant une invariance de mesure robuste entre les mères et les pères. La CRS démontre une validité convergente et prédictive substantielle vis-à-vis de l’ajustement conjugal, du stress parental, de la chaleur des interactions parent-enfant et du développement socio-émotionnel ultérieur des enfants.
2. Mots-clés / Keywords
Coparentalité, Échelle de la relation de coparentalité, Psychométrie, Feinberg, Dynamique familiale, Accord parental, Sape coparentale, Soutien mutuel, Relations conjugales, Analyse factorielle confirmatoire, Évaluation familiale, Ajustement de l’enfant.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de la relation de coparentalité a été formalisée, validée et publiée par une équipe de chercheurs spécialisés dans la psychologie du développement familial et les sciences de la prévention à l’Université d’État de Pennsylvanie (Pennsylvania State University) :
- Mark E. Feinberg, Ph.D. : Professeur de recherche émérite au Edna Bennett Pierce Prevention Research Center, Faculté du développement humain et des études familiales (Department of Human Development and Family Studies), The Pennsylvania State University, University Park, Pennsylvanie, États-Unis. Auteur principal du modèle théorique de la coparentalité de 2003 et concepteur du programme de prévention périnatale Family Foundations. Courriel institutionnel : [email protected].
- Lynn D. Brown, Ph.D. : Chercheuse et méthodologiste affiliée au Prevention Research Center, The Pennsylvania State University, spécialiste des modèles longitudinaux et de la psychométrie appliquée à la famille.
- M. Lee Kan, Ph.D. : Statisticien et chercheur associé, expert en analyse factorielle confirmatoire, modélisation par équations structurelles et modélisation dyadique au sein du Prevention Research Center, The Pennsylvania State University.
4. Objectif / Purpose
La création de la Coparenting Relationship Scale répond à un besoin critique, tant sur le plan épistémologique que clinique, de distinguer conceptuellement et empiriquement la relation coparentale de la relation conjugale globale (la dyade amoureuse) et de la relation parent-enfant individuelle. Historiquement, de nombreuses études évaluaient le fonctionnement parental à travers le prisme exclusif de la satisfaction maritale mesurée par des outils tels que le Dyadic Adjustment Scale (DAS). Or, comme l’ont démontré les recherches en systémique familiale, des conjoints peuvent traverser une détresse conjugale aiguë tout en maintenant une alliance coparentale coopérative et bienveillante autour de leurs enfants ; inversement, des partenaires satisfaits de leur vie de couple intime peuvent vivre de profondes divergences quant aux méthodes éducatives, aux limites comportementales ou à la répartition des charges de soins. La CRS a donc été conçue pour capturer la spécificité du sous-système coparental, défini comme la coordination d’adultes partageant conjointement la responsabilité d’un même enfant.
Sur le plan de la recherche fondamentale et translationnelle, la CRS a pour objectif principal d’opérationnaliser les processus par lesquels le climat coparental agit en tant que prédicteur, médiateur et modérateur de la trajectoire développementale de l’enfant. Les données empiriques accumulées au cours des deux dernières décennies révèlent que la qualité de la coparentalité constitue l’un des mécanismes les plus puissants expliquant le phénomène de transmission indirecte (spillover effect) entre les tensions d’un couple et l’émergence de troubles intériorisés (anxiété, dépression, retrait social) ou extériorisés (agressivité, opposition, troubles des conduites) chez l’enfant. En isolant sept composantes distinctes, la CRS permet d’identifier précisément les leviers de vulnérabilité ou de résilience propres à chaque configuration parentale.
Sur le plan clinique et préventif, l’instrument fournit une cartographie détaillée du fonctionnement dyadique lors des transitions majeures de vie, notamment lors de l’accès à la parentalité (la période périnatale), des séparations et divorces, ou encore de la recomposition familiale. La CRS est devenue la mesure de référence pour l’évaluation de l’efficacité d’interventions préventives basées sur des données probantes, au premier rang desquelles figure le programme Family Foundations conçu par Feinberg et ses collaborateurs. Les thérapeutes de couple et de famille utilisent également les sous-échelles de la CRS pour repérer les cibles prioritaires d’intervention : désamorcer la sape coparentale toxique, restaurer le sentiment d’efficacité parentale par la valorisation du partenaire, ou atténuer l’exposition de l’enfant aux conflits interparentaux ouverts.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la CRS est la qualité de la relation coparentale, conceptualisée comme une entité dynamique, multidimensionnelle et interdépendante. La structure de l’instrument s’articule autour de sept sous-échelles mutuellement exclusives mais conceptuellement reliées, couvrant les dimensions cognitives, affectives, comportementales et organisationnelles du partenariat éducatif :
1. Accord coparental (Coparenting Agreement)
Cette dimension évalue le degré de consensus, d’harmonie et d’alignement philosophique entre les deux parents concernant les buts éducatifs, les pratiques de discipline, les valeurs fondamentales transmises à l’enfant ainsi que la gestion des routines quotidiennes (sommeil, nutrition, sécurité). Un score élevé reflète une vision partagée et cohérente de la parentalité, réduisant les risques d’incohérence éducative perçue par l’enfant. Par exemple, l’item 1 (« My partner and I have the same goals for our child ») et l’item 22 capturent cette concordance axiologique et pragmatique.
2. Proximité coparentale (Coparenting Closeness)
La proximité coparentale mesure le sentiment de cohésion affective, de solidarité et de renforcement du lien de partenariat généré par l’expérience commune d’élever un enfant. Elle capture la perception que la parentalité constitue un vecteur de maturation et de rapprochement mutuel plutôt qu’une source d’éloignement. Des énoncés comme l’item 2 (« Parenting has brought us closer together as a couple ») et l’item 23 (« Coparenting together makes us feel more connected as a team ») évaluent la présence d’un esprit d’équipe (we-ness) face aux défis parentaux.
3. Exposition aux conflits (Exposure to Conflict)
Cette sous-échelle négative quantifie la fréquence à laquelle les désaccords, les disputes verbales, les propos sarcastiques ou les altercations acerbes surviennent directement en présence de l’enfant ou à portée de voix de celui-ci. L’accent est mis sur la visibilité du conflit destructeur pour l’enfant, qu’il concerne des sujets d’éducation (item 10 : « We have loud arguments about childrearing in front of our child ») ou des conflits conjugaux hors-sujet (item 3 : « We argue about our relationship or marital issues in front of the child »). Cette dimension constitue le vecteur d’impact direct le plus puissant sur le système neurobiologique de gestion du stress de l’enfant.
4. Soutien coparental (Coparenting Support)
Le soutien coparental reflète l’affirmation, l’assistance instrumentale et la validation émotionnelle accordées par un parent aux efforts et aux compétences éducatives de son partenaire. Cette sous-échelle intègre la consultation mutuelle (item 18 : « My partner asks my opinion on issues related to parenting »), l’aide fiable dans les moments de fatigue extrême (item 11 : « When I need help with our child, I can rely on my partner ») et le renforcement de la confiance parentale (item 25 : « My partner helps me feel confident in my parenting abilities »).
5. Sape ou dénigrement coparental (Coparenting Undermining)
Cette sous-échelle évalue les comportements d’obstruction, de discrédit actif, d’hostilité indirecte, de compétition ou de sabotage exercés à l’égard de l’autorité parentale de l’autre. La sape coparentale inclut la contradiction ouverte des consignes de l’autre parent (item 19 : « My partner contradicts what I tell our child »), la compétition affective pour l’attention de l’enfant (item 32 : « My partner competes with me for our child’s affection ») et les critiques dégradantes proférées devant l’enfant (item 26 : « My partner makes derogatory comments about me to our child »).
6. Approbation des compétences parentales du partenaire (Endorse Partner Parenting)
Distincte du simple soutien, cette dimension mesure le respect subjectif, la confiance et l’admiration qu’un parent éprouve envers les aptitudes, la patience, la sensibilité et l’engagement de son partenaire auprès de l’enfant. Elle apprécie la perception positive de la qualité parentale de l’autre (item 6 : « My partner is a good parent » ; item 13 : « My partner shows patience with our child » ; item 28 : « My partner is sensitive and responsive to our child’s feelings »).
7. Division du travail familial (Division of Labor)
Cette dernière sous-échelle se focalise sur l’équité perçue et la satisfaction subjective éprouvée à l’égard de la répartition concrète des responsabilités parentales directes et des corvées domestiques nécessaires au fonctionnement du foyer (items 34 et 35 : satisfaction relative au partage des soins de l’enfant et des tâches ménagères). Elle explore la dimension logistique et concrète indispensable à la préservation de l’harmonie coparentale.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de la relation de coparentalité prend racine au confluent de trois grands courants de pensée de la psychologie contemporaine : la théorie des systèmes familiaux, le modèle écologique du développement humain d’Urie Bronfenbrenner et les théories contemporaines du développement périnatal et de la parentalité.
Le socle théorique principal repose sur le modèle conceptuel de la coparentalité élaboré par Mark E. Feinberg (2003) dans son article séminal paru dans Parenting: Science and Practice. Feinberg a formulé une typologie écologique articulant la coparentalité autour de quatre composantes cardinales qui se chevauchent :
- L’accord sur l’éducation des enfants ;
- La balance entre soutien et sape réciproques ;
- La division du travail parental ;
- La gestion conjointe des frontières et des interactions familiales (notamment l’exposition aux conflits).
Ce modèle s’inspire directement des postulats structuraux de Salvador Minuchin (1974). Selon la théorie structurale, le fonctionnement équilibré d’une famille requiert une différenciation claire entre le sous-système conjugal (qui s’adresse aux besoins intimes, émotionnels et romantiques des adultes) et le sous-système parental ou coparental (qui a pour fonction d’assurer la sécurité, la socialisation et le développement des enfants). Minuchin insistait sur l’importance de frontières intergénérationnelles imperméables : lorsque les frontières s’érodent, l’enfant risque de se trouver entraîné dans des coalitions perverses, des dynamiques de triangulation ou des inversions de rôles (parentification). La CRS capture précisément ces défaillances de frontières à travers les sous-échelles de sape coparentale et d’exposition aux conflits, où les différends conjugaux contaminent l’espace éducatif de l’enfant.
En second lieu, la CRS intègre le modèle des déterminants de la parentalité proposé par Jay Belsky (1984). Belsky postule que la parentalité est directement influencée par trois forces : les caractéristiques psychologiques individuelles du parent, les caractéristiques développementales propres à l’enfant, et le réseau de soutien social contextuel dans lequel la relation de couple constitue le contexte écologique le plus immédiat. La coparentalité y apparaît comme le médiateur proximal essentiel : les tensions maritales ne se traduisent pas mécaniquement par une parentalité défaillante si le couple parvient à préserver une coparentalité coopérative solidaire.
Enfin, Feinberg s’est appuyé sur les travaux observationnels de James P. McHale (1997) sur les triades père-mère-bébé. McHale avait démontré que dès les premiers mois de la vie de l’enfant, des configurations coparentales observables se cristallisent en sous-types distincts (coparentalité harmonieuse/coopérative, coparentalité hostile/compétitive, ou coparentalité disjointe/désengagée). La CRS constitue une transposition psychométrique rigoureuse en auto-questionnaire de ces dimensions interactionnelles observées en laboratoire, rendant possible l’investigation systématique à grande échelle de ces dynamiques triadiques complexes.
7. Validité / Validity
L’étude princeps menée par Feinberg, Brown et Kan (2012) a établi la validité psychométrique approfondie de la CRS sur un vaste échantillon dyadique de 169 couples suivis longitudinalement durant la transition vers la parentalité (avant la naissance, puis à 6 mois et 12 mois du post-partum). Les validations ultérieures à l’international ont confirmé l’excellence de ses qualités métrologiques :
Validité de construit et validité structurelle
La validité structurelle a été confirmée au moyen de modèles d’équations structurelles et d’analyses factorielles confirmatoires. Les indices d’adéquation ajustés aux données empiriques ont attesté qu’un modèle à sept dimensions interdépendantes de premier ordre offre un ajustement significativement supérieur à celui d’un modèle unidimensionnel ou à des modèles composites réduits. L’invariance de mesure factorielle stricte a été démontrée à travers le genre des parents : les saturations factorielles et les seuils d’items sont équivalents entre les pères et les mères, ce qui autorise des comparaisons dyadiques directes (comme les modèles APIM, Actor-Partner Interdependence Model) sans biais de mesure lié au sexe.
Validité convergente
La validité convergente de la CRS est attestée par des corrélations statistiquement significatives et congruentes avec des mesures établies du fonctionnement conjugal et de la santé mentale parentale :
- Corrélations positives modérées à fortes entre les dimensions adaptatives de la CRS (Soutien, Accord, Proximité, Approbation) et l’ajustement dyadique évalué par le Dyadic Adjustment Scale (DAS ; $r$ oscillant entre 0,45 et 0,70, $p < 0,001$) ;
- Corrélations négatives robustes entre la Sape coparentale / l’Exposition aux conflits et la satisfaction conjugale ($r$ compris entre -0,40 et -0,62, $p < 0,001$) ;
- Corrélations positives avec le sentiment d’efficacité parentale (Parenting Sense of Competence, PSOC) ;
- Corrélations négatives substantielles avec l’indice de stress parental (Parenting Stress Index, PSI ; $r$ oscillant entre -0,35 et -0,58).
Validité discriminante
Bien que la CRS soit corrélée à l’ajustement conjugal global, les analyses de régression multiple et de validité incrémentielle démontrent que la CRS capture une variance unique non expliquée par la satisfaction maritale. Même en contrôlant statistiquement la satisfaction du couple, les scores de la CRS prédisent significativement la qualité des conduites parentales et l’ajustement socio-affectif ultérieur des nourrissons et des tout-petits. De plus, la corrélation modérée observée entre les évaluations faites par la mère et celles faites par le père au sein de la même dyade ($r$ situé entre 0,30 et 0,55) confirme que l’instrument capture fidèlement la perception subjective individuelle tout en reflétant une réalité systémique commune.
Validité prédictive et écologique
Sur le plan prédictif, les scores initiaux de sape coparentale et d’exposition aux conflits mesurés lors de la première année postnatale prédisent significativement l’émergence de problèmes intériorisés et extériorisés chez l’enfant à 3 ans et 7 ans (évalués via le Child Behavior Checklist [CBCL]). À l’inverse, des scores élevés de soutien et d’accord coparental prédisent une sécurité d’attachement accrue, de meilleures compétences de régulation émotionnelle chez l’enfant et une plus grande réactivité maternelle et paternelle lors de séquences de jeu filmées.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de la Coparenting Relationship Scale ont été documentées de façon approfondie par Feinberg et ses collègues (2012), ainsi que dans de multiples adaptations transculturelles (notamment en portugais, espagnol, italien, chinois et français) :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
L’instrument démontre une excellente homogénéité interne sur l’ensemble de ses sous-échelles. Les coefficients alpha de Cronbach ($lpha$) rapportés dans l’échantillon normatif initial pour les mères et les pères s’établissent comme suit :
- Accord coparental (4 items) : $lpha = 0,76$ (mères) et $lpha = 0,72$ (pères) ;
- Proximité coparentale (5 items) : $lpha = 0,84$ (mères) et $lpha = 0,82$ (pères) ;
- Exposition aux conflits (5 items) : $lpha = 0,89$ (mères) et $lpha = 0,88$ (pères) ;
- Soutien coparental (6 items) : $lpha = 0,87$ (mères) et $lpha = 0,86$ (pères) ;
- Sape / dénigrement coparental (5 items) : $lpha = 0,82$ (mères) et $lpha = 0,81$ (pères) ;
- Approbation du rôle parental du partenaire (8 items) : $lpha = 0,91$ (mères) et $lpha = 0,89$ (pères) ;
- Division du travail (2 items) : coefficients de corrélation inter-items $r = 0,62$ à $0,68$ ($p < 0,001$) et$lpha pprox 0,74$ ;
- Score total composite (calculé en inversant les sous-échelles négatives) : $lpha = 0,94$ pour les deux sexes.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Les études longitudinales suivant les couples à des intervalles de 6 à 18 mois au cours de la petite enfance révèlent une stabilité temporelle modérée à forte ($r$ variant de 0,55 à 0,74 pour les sous-échelles, et $r > 0,70$ pour l’échelle globale). Cette corrélation test-retest indique que la CRS mesure un patron relationnel relativement stable au fil du développement de l’enfant, tout en demeurant suffisamment sensible aux changements contextuels et aux effets thérapeutiques induits par des programmes psychoéducatifs ou d’intervention familiale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validation empirique menée par Feinberg et al. (2012) a reposé sur une démarche combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) sur un sous-échantillon d’étalonnage et analyse factorielle confirmatoire (AFC) sur des cohortes indépendantes :
Modèle factoriel et saturation des items
Lors de l’analyse factorielle confirmatoire, la structure théorique à sept facteurs corrélés a présenté d’excellents indices d’ajustement :
- $\chi^2 / dl$ : inférieur à 2,0, témoignant d’une bonne parcimonie ;
- CFI (Comparative Fit Index) : $ge 0,92$ (démontrant un ajustement adéquat à excellent selon les critères conventionnels de Hu et Bentler) ;
- TLI (Tucker-Lewis Index) : $ge 0,91$ ;
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : $0,048$ (intervalle de confiance à 90 % : $[0,042 – 0,054]$), très nettement inférieur au seuil critique de 0,06 ;
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : $0,053$.
Toutes les saturations factorielles standardisées ($lambda$) des 35 items sur leurs dimensions respectives se sont avérées significatives au seuil $p < 0,001$, a\vec une grande majorité d’items présentant des saturations robustes comprises entre$0,60$ et $0,88$. Les items décrivant la sape coparentale ouverte et l’exposition directe aux conflits présentaient les saturations les plus élevées ($lambda > 0,75$), confirmant leur rôle d’indicateurs privilégiés de la détresse du système parental.
Modèle de second ordre
Les chercheurs ont également testé un modèle factoriel hiérarchique de second ordre, postulant l’existence d’un facteur global de « Qualité de la relation coparentale » coiffant les sous-échelles de premier ordre. Ce modèle a révélé que les dimensions Soutien, Approbation, Proximité et Accord saturent positivement et fortement sur ce facteur général ($lambda$ de $0,70$ à $0,89$), tandis que la Sape coparentale et l’Exposition aux conflits présentent des saturations négatives très fortes ($lambda$ de $-0,68$ à $-0,82$). Ces résultats confirment la légitimité psychométrique d’utiliser à la fois des scores de sous-échelles profilés et un score global d’ajustement coparental.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (hétéro-évaluation du partenaire et auto-évaluation dyadique).
- Nombre total d’items : 35 items pour la version intégrale ; 14 items pour la version courte (Brief Measure of Coparenting).
- Population cible : Parents en couple vivant ensemble ou séparés, partageant la charge d’au moins un enfant (applicable des nourrissons aux adolescents).
- Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes pour la version intégrale de 35 items ; environ 3 à 5 minutes pour la version courte.
- Format des réponses :
- Items 1 à 33 : Échelle de Likert ordinale en 7 points : 0 = « Not true of us », 1 = « Mostly not true of us », 2 = « Somewhat not true of us », 3 = « Neutral », 4 = « Somewhat true of us », 5 = « Mostly true of us », 6 = « Very true of us ».
- Items 34 et 35 : Échelle ordinale en 7 points évaluant la satisfaction relative au partage des tâches (de 0 = Très insatisfait à 6 = Très satisfait).
- Sous-échelles et répartition des items :
- Accord coparental (Coparenting Agreement) : Items 1, 8, 15, 22.
- Proximité coparentale (Coparenting Closeness) : Items 2, 9, 16, 23, 29.
- Exposition aux conflits (Exposure to Conflict) : Items 3, 10, 17, 24, 30.
- Soutien coparental (Coparenting Support) : Items 4, 11, 18, 25, 31, 33.
- Sape coparentale (Coparenting Undermining) : Items 5, 12, 19, 26, 32.
- Approbation des compétences du partenaire (Endorse Partner Parenting) : Items 6, 7, 13, 14, 20, 21, 27, 28.
- Division du travail (Division of Labor) : Items 34, 35.
- Version courte (Brief Measure of Coparenting – 14 items) : Items 1, 2, 4, 5, 6, 9, 16, 20, 22, 24, 25, 27, 33, 34.
- Directives de cotation et calcul des scores :
- Calculer la moyenne ou la somme des scores bruts pour chacune des 7 sous-échelles.
- Pour obtenir le score composite global de qualité coparentale, inverser la cotation des sous-échelles négatives (Exposure to Conflict et Coparenting Undermining) selon la formule : $\text{Score Inversé} = 6 – \text{Score Brut}$. Sommer ensuite les scores des 7 dimensions. Un score total élevé traduit une coparentalité harmonieuse, solidaire et coopérative.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2012 (formalisation empirique dans la revue Parenting) ; modèle conceptuel princeps publié en 2003.
- Droits d’auteur et statut juridique : Copyright © 2012 par Mark E. Feinberg, Lynn D. Brown, M. Lee Kan et Taylor & Francis Group, LLC.
- Tarifs et conditions d’accès : L’utilisation de l’échelle est gratuite à des fins de recherche académique, scientifique et institutionnelle non commerciale. Les cliniciens et chercheurs universitaires sont invités à citer formellement les publications de référence. L’inclusion dans des protocoles d’essais cliniques ou d’interventions préventives à large échelle requiert une notification ou un accord écrit de l’auteur principal (Mark E. Feinberg).
- Traductions disponibles : L’échelle a fait l’objet d’adaptations et de validations transculturelles publiées en de nombreuses langues, notamment en portugais brésilien, espagnol, italien, turc et français.
12. Références / References
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- Feinberg, M. E., Brown, L. D., & Kan, M. L. (2012). A multi-domain self-report measure of coparenting. Parenting, 12(1), 1-21. https://doi.org/10.1080/15295192.2012.638870
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