1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’ouverture et de confiance du groupe (en anglais : Group Openness/Trust Scale, abrégée GOTS) est un instrument psychométrique développé par le chercheur américain Cletus R. Bulach en 1993. Conçue à l’origine pour évaluer le climat organisationnel et les dynamiques interpersonnelles au sein des établissements scolaires, cette échelle examine de façon bidimensionnelle deux piliers fondamentaux du fonctionnement collectif : l’ouverture (openness) et la confiance (trust). L’instrument se compose de 60 items répartis symétriquement selon une architecture originale : les 30 premiers items mesurent les attentes perçues du groupe à l’égard de l’individu (normes et pressions implicites du rôle), tandis que les 30 items suivants mesurent les comportements effectifs auto-rapportés par l’individu vis-à-vis de ses collègues.
Au niveau dimensionnel, la confiance est opérationnalisée à travers cinq facettes comportementales clés : le caractère éthique, la véracité/sincérité, la compétence, la confidentialité et la prévisibilité. L’ouverture est quant à elle articulée autour de deux axes de communication interpersonnelle : l’expression (« dire » / telling) et la réceptivité (« écouter » / listening). Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert en 5 points, allant de « fortement en désaccord » à « fortement en accord ». Les analyses psychométriques initiales conduites sur un échantillon de 525 professionnels de l’éducation (24 écoles primaires du Kentucky) ont mis en évidence une consistance interne satisfaisante, avec des coefficients de fidélité par bissection (formule de Spearman-Brown) de 0,80 pour l’ouverture et de 0,82 pour la confiance. La stabilité temporelle test-retest à une semaine sur un sous-échantillon de 50 étudiants de cycle supérieur a confirmé cette solidité (r = 0,78 pour l’ouverture ; r = 0,80 pour la confiance). L’outil constitue un apport méthodologique majeur pour la recherche en psychologie du travail, en leadership éducatif et pour le diagnostic des climats d’équipe.
2. Mots-clés / Keywords
Confiance organisationnelle, ouverture interpersonnelle, climat scolaire, relations professionnelles, dynamique de groupe, psychométrie, évaluation organisationnelle, communication interpersonnelle, leadership éducatif, comportement organisationnel.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par le professeur Cletus R. Bulach, chercheur émérite en leadership éducatif et analyse des climats organisationnels. Au cours de sa carrière universitaire, le Dr Bulach a exercé principalement au sein du département de leadership éducatif de la State University of West Georgia (aujourd’hui University of West Georgia) ainsi qu’à la Western Kentucky University aux États-Unis. Ses recherches se sont centrées sur l’amélioration des environnements d’apprentissage, le rôle de la culture institutionnelle dans le succès des réformes pédagogiques, et l’évaluation quantitative des relations interpersonnelles entre enseignants et administrateurs scolaires.
4. Objectif / Purpose
L’Échelle d’ouverture et de confiance du groupe a été construite pour répondre à une lacune théorique et empirique majeure dans l’évaluation des environnements professionnels, particulièrement dans les milieux éducatifs. Si la littérature en psychologie du travail et des organisations a depuis longtemps reconnu que la confiance et l’ouverture sont des déterminants critiques de la performance collective, de la satisfaction au travail et de l’efficacité collective, les instruments disponibles au début des années 1990 tendaient à traiter ces concepts de manière unidimensionnelle ou globale, sans distinguer les attentes normatives perçues des conduites effectives.
L’objectif premier de la GOTS est de fournir un diagnostic différentiel entre ce qu’un individu perçoit que le groupe attend de lui (climat normatif subjectif, items 1 à 30) et ce que l’individu met réellement en pratique dans ses interactions quotidiennes (comportement auto-déclaré, items 31 à 60). Cette double perspective permet de détecter d’éventuelles dissonances psychosociales : un collaborateur peut par exemple percevoir que son organisation valorise l’expression transparente des désaccords (norme d’ouverture élevée), tout en adoptant une posture d’évitement ou de retenue par crainte de sanctions informelles (comportement d’ouverture faible).
Dans le domaine de la recherche, la GOTS permet d’étudier l’impact des variables de climat sur l’implémentation des réformes institutionnelles, la rétention du personnel et la cohésion d’équipe. En pratique organisationnelle et clinique institutionnelle, elle sert d’outil d’audit diagnostique préalablement à des interventions de développement organisationnel, à des médiations d’équipe ou à des programmes de formation au leadership collaboratif.
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle sous-jacent à la GOTS repose sur l’articulation de deux méta-construits interdépendants : la confiance groupale et l’ouverture groupale. Chacun de ces méta-construits est décomposé en sous-dimensions comportementales précises :
5.1. La Confiance Groupale (Group Trust)
La confiance au sein du groupe est définie comme l’état psychologique caractérisé par l’intention d’accepter une vulnérabilité fondée sur des attentes positives quant aux intentions et aux comportements d’autrui. Dans la GOTS, elle est opérationnalisée à travers cinq composantes comportementales :
- Le Caractère éthique (Character) : Perception de l’intégrité morale, de l’honnêteté foncière et des principes éthiques guidant les collègues (ex. : croire que les membres du groupe sont honnêtes et bienveillants).
- La Véracité (Truthfulness) : Disposition du groupe à communiquer des faits authentiques, sans distorsion délibérée ni dissimulation (ex. : dire la vérité lorsque la situation l’exige).
- La Compétence / Capacité (Ability) : Jugement porté sur l’expertise, les aptitudes professionnelles et la capacité opérationnelle des pairs à fournir une aide effective et à remplir leurs missions.
- La Confidentialité (Confidentiality) : Assurance que les informations sensibles, personnelles ou stratégiques partagées au sein du collectif ne feront l’objet d’aucune divulgation indiscrète ou préjudiciable.
- La Prévisibilité et la Cohérence (Predictability) : Constance des réactions émotionnelles et des décisions comportementales des membres du groupe à travers le temps et en situation de stress.
5.2. L’Ouverture Groupale (Group Openness)
L’ouverture renvoie à la perméabilité des frontières interpersonnelles et à l’authenticité des flux informationnels et émotionnels échangés. Elle s’articule autour de deux axes complémentaires :
- L’Expression (« Dire » / Telling) : Capacité et propension de l’individu à verbaliser ses véritables pensées, ses émotions, ses désaccords constructifs et ses critiques sans recourir à des manœuvres de dissimulation ou de distance défensive.
- La Réceptivité (« Écouter » / Listening) : Volonté active de solliciter le point de vue d’autrui, d’accueillir les feedbacks, d’interroger les collègues sur leurs ressentis et d’accepter leurs critiques sans posture de rejet ou de rigidité cognitive.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle d’ouverture et de confiance du groupe s’inscrit au carrefour de plusieurs traditions majeures de la psychologie sociale et de la théorie des organisations. Elle s’appuie en premier lieu sur la théorie de la confiance interpersonnelle développée par Julian B. Rotter (1967, 1991), qui conceptualise la confiance comme une attente généralisée selon laquelle la parole, la promesse ou l’engagement verbal d’un individu ou d’un groupe peut être considéré comme digne de foi. Bulach adapte cette conception cognitiviste au niveau mésosocial de l’organisation scolaire, en intégrant la dimension contextuelle propre aux groupes de travail.
En deuxième lieu, l’instrument s’inspire des travaux de Maurice B. Gurtman (1992) portant sur l’analyse circumplexe de la méfiance, de la confiance et des problèmes interpersonnels. Ces modèles démontrent que la méfiance interpersonnelle engendre des stratégies relationnelles dysfonctionnelles (distance défensive, dissimulation, remise en question permanente des motivations d’autrui), qui correspondent précisément aux items inversés de l’échelle (ex. : « garder ses distances », « dissimuler ses véritables sentiments »).
En troisième lieu, Bulach mobilise les conceptualisations du climat organisationnel issues des travaux d’Udai Pareek (1989) sur le Motivational Analysis of Organizations-Climate (MAO-C). Pareek a mis en exergue l’importance de l’ouverture et de la confiance comme dimensions structurales favorisant la motivation intrinsèque et la collaboration. La structure bipartite de la GOTS (attentes perçues versus comportements émis) fait écho à la théorie du rôle psychosocial formulée par Kahn et al. (1964), stipulant que le comportement individuel dans une organisation résulte de la négociation constante entre les attentes transmises par l’environnement social (role expectations) et les conduites adoptées par l’acteur (role behavior).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique initiale de la GOTS a été examinée par Bulach (1993) lors de la création de l’instrument :
- Validité de contenu : Les items ont été générés à partir d’une analyse systématique de la littérature sur le climat organisationnel, la dynamique des petits groupes et la communication interpersonnelle. Un panel d’experts en administration scolaire et en psychologie a révisé les énoncés afin de s’assurer de leur pertinence conceptuelle, de leur lisibilité et de leur représentativité vis-à-vis des facettes ciblées (caractère, vérité, capacité, confidentialité, prévisibilité, expression et écoute).
- Validité de construit et validité convergente : La corrélation entre les sous-échelles de confiance et d’ouverture a confirmé l’étroite relation théorique entre ces deux dimensions tout en démontrant qu’elles ne sont pas redondantes. Des liens théoriquement cohérents ont été observés entre des scores élevés à la GOTS et des indicateurs positifs du climat d’établissement (Bulach & Malone, 1994), notamment la disposition à collaborer lors de projets de réforme scolaire.
- Validité discriminante : L’analyse a permis de distinguer la perception des normes collectives (items 1 à 30) des conduites individuelles effectives (items 31 à 60), démontrant la capacité de l’instrument à différencier l’environnement perçu du comportement engagé.
L’auteur a souligné que, bien que les indices préliminaires de validité soient prometteurs, des investigations psychométriques complémentaires demeurent recommandées pour tester l’invariance de mesure à travers différents types d’organisations non scolaires et des contextes culturels diversifiés.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’instrument ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses lors de l’étude princeps :
- Consistance interne (Bissection / Spearman-Brown) : Administrée à un échantillon normatif de 525 enseignants et membres du personnel éducatif issus de 24 écoles élémentaires du Kentucky, l’échelle a démontré une fidélité split-half robuste. Après correction selon la formule de Spearman-Brown, les coefficients obtenus ont atteint 0,80 pour l’ouverture du groupe (group openness) et 0,82 pour la confiance du groupe (group trust).
- Stabilité temporelle (Test-Retest) : La fidélité test-retest a été mesurée sur un intervalle temporel d’une semaine auprès d’un échantillon indépendant de 50 étudiants de deuxième et troisième cycles universitaires (graduate students). Les coefficients de corrélation temporelle se sont élevés à 0,78 pour la dimension d’ouverture et à 0,80 pour la dimension de confiance, attestant d’une excellente stabilité à court terme.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’analyse factorielle exploratoire (AFE) menée sur la banque d’items originale a soutenu l’organisation théorique bipolaire de l’instrument. Deux méta-facteurs dominants émergent des analyses :
- Facteur 1 : Climat de Confiance (Trust) : Ce facteur regroupe les items relatifs à la probité, à la fiabilité morale, à la discrétion professionnelle et à la croyance fondamentale en la bienveillance des pairs. Les items liés à la prévisibilité comportementale et au respect des engagements y saturent fortement.
- Facteur 2 : Climat d’Ouverture et de Transparence (Openness) : Ce facteur agrège les items reflétant la communication assertive, la rétroaction constructive, l’absence de dissimulation et la propension à écouter et solliciter l’avis d’autrui.
La structure factorielle reflète également la division méthodique de l’échelle en deux macro-sections miroirs. Les analyses ultérieures de modélisation en équations structurelles (AFC) ont mis en évidence la nécessité de modéliser des corrélations de résidus entre les paires d’items homologues (ex. item 4 et item 34) afin de tenir compte de l’effet de méthode inhérent au format d’évaluation croisée (normes perçues versus comportements personnels).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Group Openness/Trust Scale (GOTS) — Échelle d’ouverture et de confiance du groupe.
- Auteur : Cletus R. Bulach (1993).
- Domaine d’application : Psychologie organisationnelle, leadership éducatif, gestion des ressources humaines, sociologie des groupes.
- Nombre total d’items : 60 items.
- Structure des parties :
- Partie 1 (Items 1 à 30) : Impression individuelle des attentes normatives du groupe (« J’ai l’impression qu’ils attendent de moi que… »).
- Partie 2 (Items 31 à 60) : Comportements effectifs adoptés par l’individu (« Je… »).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Neutre / Indécis (Neutral / Undecided)
- 4 = D’accord (Agree)
- 5 = Fortement d’accord (Strongly agree)
- Cotation et calcul des scores : Les scores sont calculés par sous-échelles (Ouverture et Confiance) ainsi que globalement. Certains items inversés (reflétant la méfiance, le doute ou l’évitement défensif, ex. items 14, 15, 16, 44, 45, 46) doivent faire l’objet d’un recodage avant la sommation. Un score global plus élevé reflète un degré supérieur d’ouverture et de confiance au sein de l’équipe ; inversement, des scores faibles signalent un climat de méfiance, d’isolement ou de dissimulation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1993.
- Statut des droits d’auteur : Propriété académique de l’auteur original et de la revue People and Education.
- Modalités d’utilisation : L’instrument a été publié dans un cadre de recherche académique. Son utilisation à des fins de recherche non commerciale, de thèses doctorales ou d’études universitaires est généralement autorisée sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse de la publication princeps de Bulach (1993).
- Tarifs : L’accès au questionnaire à des fins scientifiques est libre et non soumis à des royalties commerciales. Pour des usages diagnostiques ou d’audit en entreprise commerciale, il convient de solliciter l’accord des ayants droit.
12. Références / References
Les publications fondatrices et connexes relatives à la GOTS et aux construits associés comprennent les références suivantes :
- Bulach, C. R. (1993). A measure of openness and trust. People and Education, 1(4), 382–392.
- Bulach, C. R., & Malone, B. (1994). The relationship of school climate to the implementation of school reform. ERS Spectrum: Journal of School Research and Information, 12(2), 3–9.
- Gurtman, M. B. (1992). Trust, distrust, and interpersonal problems: A circumplex analysis. Journal of Personality and Social Psychology, 62(6), 989–1002. https://doi.org/10.1037/0022-3514.62.6.989
- Kahn, R. L., Wolfe, D. M., Quinn, R. P., Snoek, J. D., & Rosenthal, R. A. (1964). Organizational stress: Studies in role conflict and ambiguity. John Wiley & Sons.
- Pareek, U. (1989). Motivational analysis of organizations—climate (MAO-C). Dans J. W. Pfeiffer (Éd.), The 1989 annual developing human resources (pp. 161–180). University Associates.
- Rotter, J. B. (1967). A new scale for the measurement of interpersonal trust. Journal of Personality, 35(4), 651–665. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1967.tb01454.x
- Rotter, J. B. (1991). A new scale for the measurement of interpersonal trust. Dans J. P. Robinson, P. R. Shaver, & L. S. Wrightsman (Éds.), Measures of personality and psychological attitudes (pp. 399–407). Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-590241-0.50012-6
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response format: A five-point Likert scale ranges from strongly disagree to strongly agree.
Group Openness/Trust Scale
I have gotten the impression that they expect me to
- tell them what they think of the way they do things.
- tell them what I think of their ideas.
- tell them what I think of their educational values and beliefs.
- share my feelings with them.
- ask them what they think of the way I do things.
- ask them what they think of my ideas.
- ask them what they think of my beliefs and values.
- ask them about their feelings.
- accept their comments and reactions.
- openly disagree with them if I don’t agree with what is being said or done.
- share positive thoughts with them instead of keeping them to myself.
- share constructive criticism with them instead of keeping it to myself.
- believe what I hear them say.
- question their intentions and/or motives.
- conceal my true feelings about what they do or say.
- “play it cool”—keep my distance.
- count on them for assistance if I have a problem.
- have faith in their ability.
- believe that they care about me.
- deal with them directly when there is a problem.
- tell them interesting information I know about someone.
- believe they will respond favorably in a given situation when my welfare is at stake.
- rely on them to keep a confidence.
- believe that they are honest.
- count on them to do what they say they are going to do.
- tell the truth when it needs to be told.
- respect the opinions of my colleagues.
- admit my mistakes and/or problems when necessary.
- support their ideas, decisions, and actions.
- believe that they will behave consistently regardless of the person or situation, or my level of stress.
Actual Behavior Items
- I tell them what I think of the way they do things.
- I tell them what I think of their ideas.
- I tell them what I think of their educational values and beliefs.
- I share my feelings with them.
- I ask them what they think of the way I do things.
- I ask them what they think of my ideas.
- I ask them what they think of my educational beliefs and values.
- I ask them about their feelings.
- I accept their comments and reactions.
- I openly disagree if I don’t agree with what is being said or done.
- I share positive thoughts with them instead of keeping them to myself.
- I share constructive criticism with them instead of keeping it to myself.
- I believe what I hear them say.
- I question their intentions and/or motives.
- I conceal my true feelings to what they do or say.
- I “play it cool”—keep my distance from them.
- I count on them for assistance if I have a problem.
- I have faith in their ability to help me.
- I believe that they care about me.
- I deal with them directly when there is a problem.
- I tell them interesting information I know about someone.
- I expect them to respond favorably in a given situation when my welfare is at stake.
- I rely on them to keep a confidence.
- I believe that they are honest.
- I count on them to do what they say they are going to do.
- I tell the truth when it needs to be told.
- I respect the opinions of my colleagues.
- I admit my mistakes and/or problems when necessary.
- I support the ideas, decisions, and actions of my colleagues.
- I behave consistently regardless of the person or situation, or my level of stress.