1. Résumé
L’Échelle d’orientation religieuse révisée (Religious Orientation Scale-Revised ou I/E-R), développée par Richard L. Gorsuch et Susan E. McPherson en 1989, constitue un instrument psychométrique de référence destiné à évaluer les motivations sous-jacentes à l’adhésion et aux comportements religieux. Issue de la tradition théorique initiée par Gordon W. Allport (1950) et formalisée par Allport et Ross (1967), cette échelle opérationnalise la distinction fondamentale entre religiosité intrinsèque (la religion vécue comme une fin en soi, intégrant l’ensemble de l’existence) et religiosité extrinsèque (la religion utilisée de manière utilitaire comme un moyen d’atteindre des fins profanes). L’I/E-R représente une optimisation méthodologique majeure de l’échelle « Age-Universal » de Gorsuch et Venable (1983), conçue pour pallier les biais de formulation et intégrer la découverte psychométrique déterminante de Lee A. Kirkpatrick (1988, 1989), qui a démontré que l’orientation extrinsèque se subdivise en deux composantes indépendantes : l’extrinsèque personnelle (Ep, orientée vers le réconfort et la sécurité psychologique) et l’extrinsèque sociale (Es, orientée vers l’affiliation et le statut social).
Le questionnaire est composé de 14 items formulés de manière accessible à des populations hétérogènes. Huit items évaluent l’orientation intrinsèque (dont trois sont inversés), trois items mesurent l’orientation extrinsèque personnelle et trois items capturent l’orientation extrinsèque sociale. Les réponses sont recueillies au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Je suis tout à fait en désaccord ») à 5 (« Je suis tout à fait d’accord »). Les auteurs ont également isolé trois items uniques hautement discriminants permettant une évaluation ultra-brève des trois construits dans les contextes de recherche où le temps de passation est contraint. Sur le plan psychométrique, l’outil présente une cohérence interne robuste pour la sous-échelle intrinsèque (coefficient alpha de Cronbach de .83), tandis que les sous-échelles extrinsèques affichent des coefficients plus modérés (.57 pour Ep, .58 pour Es et .65 pour le score combiné Ep/Es), une caractéristique courante inhérente à la brièveté des sous-échelles à trois items. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore l’architecture tridimensionnelle du modèle. Utilisé mondialement en psychologie de la religion, en psychologie sociale et en psychologie de la santé, l’I/E-R demeure une référence incontournable pour explorer les liens entre spiritualité, santé mentale, préjugés intergroupes et coping face à l’adversité.
2. Mots-clés
Orientation religieuse, Religiosité intrinsèque, Religiosité extrinsèque, Échelle I/E-R, Gordon Allport, Richard Gorsuch, Psychologie de la religion, Motivation religieuse, Extrinsèque personnelle, Extrinsèque sociale, Évaluation psychométrique, Allport et Ross.
3. Auteurs
L’Échelle d’orientation religieuse révisée a été conçue et validée par les chercheurs suivants :
- Richard L. Gorsuch, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à la Graduate School of Psychology du Fuller Theological Seminary (Pasadena, Californie, États-Unis). Psychométricien et statisticien de renommée internationale, il a été une figure de proue de la Division 36 de l’American Psychological Association (Society for the Psychology of Religion and Spirituality) et l’auteur d’ouvrages de référence sur l’analyse factorielle (Factor Analysis) et l’évaluation quantitative des phénomènes religieux.
- Susan E. McPherson, Ph.D. : Chercheuse et psychologue clinicienne associée au Fuller Theological Seminary au moment du développement de l’instrument, spécialisée dans l’évaluation psychologique et l’interface entre spiritualité et santé psychologique.
Pour toute correspondance historique relative aux travaux de recherche de Richard L. Gorsuch, les archives académiques et le département de psychologie du Fuller Theological Seminary (Pasadena, CA 91182, USA) constituent la principale référence institutionnelle.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle d’orientation religieuse révisée (I/E-R) est de fournir une mesure psychométrique standardisée, valide et épurée des motivations qui sous-tendent l’engagement religieux individuel. Depuis les travaux pionniers d’Allport, la communauté scientifique s’est heurtée au « paradoxe de la religion » : d’une part, les doctrines religieuses prônent quasi universellement l’amour du prochain, la compassion et l’altruisme ; d’autre part, les données empiriques en psychologie sociale montraient fréquemment une corrélation positive entre la fréquentation assidue des lieux de culte et des niveaux élevés de préjugés raciaux, d’ethnocentrisme et d’intolérance dogmatique. Allport et Ross (1967) ont proposé que cette contradiction ne réside pas dans la religion en tant qu’entité monolithique, mais dans la manière subjective dont les individus s’approprient leur foi. L’I/E-R vise précisément à mesurer cette distinction qualitative fondamentale : la motivation religieuse est-elle orientée vers des valeurs ultimes (intrinsèque) ou instrumentalisée au service de besoins égocentriques (extrinsèque) ?
Sur le plan de la justification méthodologique, l’I/E-R répondait à deux faiblesses majeures des instruments antérieurs. Premièrement, l’échelle originale d’Allport et Ross (1967) comportait des énoncés syntaxiquement complexes et un vocabulaire soutenu, la rendant inadaptée aux individus ayant un niveau d’éducation modeste ou aux jeunes répondants. Bien que Gorsuch et Venable (1983) aient développé l’échelle « Age-Universal » pour simplifier ce langage, celle-ci traitait toujours l’orientation extrinsèque comme une dimension unidimensionnelle. Deuxièmement, les réanalyses factorielles poussées menées par Kirkpatrick (1988, 1989) ont établi de façon irréfutable que la religiosité extrinsèque n’était pas homogène : elle se scinde distinctement en motivations de confort individuel et en motivations d’intégration collective. L’I/E-R a donc été spécifiquement conçue pour opérationnaliser cette structure trifactorielle tout en réduisant le nombre d’items de 20 à 14, maximisant ainsi l’efficience de passation.
Les applications de cet instrument s’étendent à de multiples domaines de la recherche et de la pratique psychologique :
- Recherche en psychologie sociale et politique : Analyse différentielle des attitudes intergroupes, du racisme, de l’homophobie et de l’autoritarisme. Les études démontrent de façon récurrente que l’orientation intrinsèque est associée à une moindre hostilité manifeste, tandis que l’orientation extrinsèque (notamment sociale) prédit des niveaux accrus de préjugés et de conformisme social (Kirkpatrick, 1993).
- Psychologie de la santé et médecine comportementale : Étude des mécanismes de coping religieux. La religiosité intrinsèque est régulièrement corrélée à une meilleure résilience face aux pathologies chroniques, à une réduction de la détresse psychologique et à des affects positifs, tandis que l’extrinsèque personnelle est souvent associée à des niveaux d’anxiété élevés, reflétant une quête de secours face à une vulnérabilité préexistante (Schaefer & Gorsuch, 1991).
- Psychologie clinique et conseil psychologique : Identification des schémas d’attachement et d’ajustement spirituel chez les patients pour lesquels les croyances religieuses constituent une composante centrale de l’identité ou une source de conflits existentiels.
5. Construit psychologique
L’Échelle d’orientation religieuse révisée conceptualise la religiosité non pas en termes de contenu théologique ou d’intensité de la croyance, mais sous l’angle de la dynamique motivationnelle. L’instrument mesure trois dimensions distinctes :
5.1. Religiosité intrinsèque (I – Intrinsic Orientation)
La religiosité intrinsèque caractérise les individus qui trouvent dans leur foi leur motif d’existence suprême et leur valeur directrice fondamentale. Selon la formule célèbre d’Allport, les personnes intrinsèques « vivent leur religion » (live their religion). Pour ces sujets, les croyances spirituelles ne sont pas subordonnées à d’autres impératifs de la vie quotidienne ; au contraire, chaque décision, chaque comportement éthique et chaque perspective existentielle sont filtrés à travers le prisme de leur engagement de foi. Le construit implique une intériorisation totale des valeurs religieuses, un sens profond de la présence divine et un dévouement personnel désintéressé.
Au sein de l’I/E-R, cette dimension est évaluée par huit items. Elle englobe des manifestations privées de la spiritualité (« It is important to me to spend time in private thought and prayer ») et un engagement global dans la vie quotidienne (« My whole approach to life is based on my religion »). Elle intègre également des énoncés inversés évaluant l’absence de compartimentation de la foi (« Although I am religious, I don’t let it affect my daily life »). L’individu intrinsèque adhère à son système religieux de manière autonome et intégrée, sans chercher de gratification externe immédiate.
5.2. Religiosité extrinsèque personnelle (Ep – Extrinsic-Personal Orientation)
La religiosité extrinsèque personnelle représente l’utilisation instrumentale de la foi et de la pratique religieuse pour satisfaire des besoins individuels de sécurité psychologique, de réconfort affectif et de bien-être personnel. Les personnes adoptant cette orientation « utilisent leur religion » (use their religion) comme un mécanisme de défense ou un régulateur émotionnel face au stress, à la souffrance, à la perte ou à l’angoisse existentielle. La foi remplit ici une fonction essentiellement thérapeutique, apaisante et protectrice pour le moi.
Dans l’I/E-R, la sous-échelle Ep comprend trois items ciblant explicitement cette finalité réconfortante : le recours à la prière en période de détresse (« What religion offers me most is comfort in times of trouble and sorrow »), la recherche de soulagement et d’immunité face aux aléas de l’existence (« I pray mainly to gain relief and protection ») et la quête de tranquillité d’esprit (« Prayer is for peace and happiness »). Contrairement à l’orientation intrinsèque où Dieu ou la transcendance est la fin ultime, l’orientation Ep place le bien-être personnel de l’individu comme finalité première, la religion n’étant qu’un moyen efficace d’y parvenir.
5.3. Religiosité extrinsèque sociale (Es – Extrinsic-Social Orientation)
La religiosité extrinsèque sociale reflète l’instrumentalisation de la participation religieuse à des fins d’affiliation, de socialisation, de prestige ou d’intégration communautaire. Dans cette configuration, les institutions religieuses (l’église, le temple, la mosquée) sont perçues et fréquentées comme des clubs sociaux favorisant la mise en réseau, l’entretien des amitiés et la validation du statut au sein du groupe de référence. L’individu participe aux activités religieuses non pas par conviction dogmatique intime, mais parce que l’environnement religieux fournit un cadre structuré et valorisé de contacts interpersonnels.
Cette sous-échelle est mesurée par trois items spécifiques centrés sur la fréquentation des lieux de culte en tant que prétexte relationnel : l’opportunité de nouer des liens (« I go to church because it helps me to make friends »), le plaisir de retrouver son cercle amical (« I go to church mostly to spend time with my friends ») et la fréquentation guidée par la présence de connaissances (« I go to church mainly because I enjoy seeing people I know there »). L’orientation Es est souvent étroitement corrélée au besoin d’approbation sociale et à la conformité aux normes conventionnelles de la communauté.
6. Cadre théorique
Le socle théorique de l’I/E-R s’inscrit au carrefour de la théorie humaniste de la personnalité de Gordon Allport, de la psychologie cognitive des motivations et des modèles d’ajustement psychologique développés à la fin du XXe siècle.
En 1950, dans son ouvrage The Individual and His Religion, Allport introduit initialement le concept de « sentiment religieux mature » opposé au « sentiment religieux immature ». Le sentiment religieux mature est caractérisé par sa flexibilité, sa réflexivité critique, son intégration dynamique dans la personnalité et son caractère non utilitaire. À l’inverse, le sentiment religieux immature est rigide, impulsif, autocentré et asservi à la gratification magique des désirs infantiles de protection. Plus tard, Allport et Ross (1967) ont reformulé cette typologie en termes de motivations intrinsèque et extrinsèque, empruntant ces concepts à la psychologie de la motivation naissante. Ils postulaient que ces deux orientations représentaient les pôles opposés d’un continuum unique, bien que leurs analyses ultérieures aient révélé qu’elles fonctionnaient plutôt comme deux axes orthogonaux distincts.
Ce modèle théorique a fait l’objet de vives critiques et de révisions conceptuelles majeures tout au long des années 1970 et 1980 :
- L’hypothèse de l’unidimensionalité versus l’orthogonalité : Les premiers chercheurs supposaient qu’un score élevé sur l’échelle intrinsèque impliquait nécessairement un score faible sur l’échelle extrinsèque. Les données empiriques ont rapidement infirmé cette supposition, démontrant que certains individus pouvaient être « pro-religieux indifférenciés » (scores élevés sur les deux échelles) ou « non-religieux indifférenciés » (scores faibles sur les deux échelles).
- La redécouverte de la bidimensionnalité de l’extrinsèque : Dans sa réanalyse fondamentale des matrices de corrélation d’Allport-Ross et de Feagin, Lee A. Kirkpatrick (1989) a démontré par analyse factorielle que les items extrinsèques ne saturaient pas sur un facteur unitaire commun. Au lieu de cela, deux composantes empiriquement et théoriquement distinctes émergeaient de façon systématique : l’une orientée vers le soi (Ep) et l’autre orientée vers les pairs et la communauté (Es).
- La reformulation théorique par Gorsuch : Richard L. Gorsuch (en collaboration avec Schaefer en 1991 et 1992) a intégré ces dimensions au sein de la « théorie motivation-croyance multivariée » (multivariate belief-motivation theory). Dans ce cadre, les croyances religieuses fournissent la structure cognitive ou le cadre interprétatif du monde, tandis que les orientations intrinsèque, extrinsèque personnelle et extrinsèque sociale fournissent les dynamiques motivationnelles distinctes qui dirigent les comportements concrets.
Ainsi, l’I/E-R de Gorsuch et McPherson (1989) formalise l’abandon définitif de la vision bipolaire naïve au profit d’un modèle structurel trifactoriel hierarchisé, ancrant l’évaluation de la religiosité dans les théories modernes de la motivation autodéterminée et du coping fonctionnel.
7. Validité
La validité psychométrique de l’Échelle d’orientation religieuse révisée a été examinée à travers plusieurs approches méthodologiques, incluant la validité de construit, la validité convergente et la validité discriminante.
7.1. Validité de construit
La validité de construit de l’I/E-R repose en premier lieu sur la confirmation des prédictions théoriques de Kirkpatrick (1988, 1989). Lors de l’étude de validation princeps menée par Gorsuch et McPherson (1989) auprès d’un échantillon de 771 étudiants universitaires en Californie du Sud, l’analyse a confirmé que les items révisés répliquaient fidèlement l’organisation en trois facteurs indépendants. La corrélation inter-facteurs entre la sous-échelle Intrinsèque (I) et les sous-échelles Extrinsèques est restée très faible, prouvant l’orthogonalité des construits. Plus précisément, la religiosité intrinsèque fonctionne comme un domaine motivationnel largement autonome par rapport aux dimensions instrumentales Ep et Es.
7.2. Validité convergente et prédictive
La validité convergente et prédictive de l’instrument est étayée par de nombreuses investigations empiriques ultérieures :
- Préjugés et attitudes discriminatoires : Kirkpatrick (1993) a employé l’I/E-R conjointement à des mesures de fondamentalisme et d’orthodoxie chrétienne pour prédire les attitudes discriminatoires envers les minorités raciales et les homosexuels. Alors que l’orthodoxie n’était pas prédictive des préjugés, les orientations extrinsèques (en particulier Es) montraient de fortes associations positives avec les attitudes intolérantes, tandis que l’orientation intrinsèque modulait ces relations en prédisant une plus faible discrimination manifeste lorsqu’elle était dissociée du fondamentalisme dogmatique.
- Ajustement psychologique et bien-être : Dans une série d’études examinant l’adaptation psychologique, Schaefer et Gorsuch (1991, 1992) ont mis en évidence que l’orientation intrinsèque était associée positivement à l’estime de soi, au sentiment de sens de la vie et à de faibles scores d’anxiété générale. En revanche, l’orientation extrinsèque personnelle (Ep) présentait des corrélations positives significatives avec l’anxiété-état et l’anxiété-trait, validant l’hypothèse selon laquelle les individus ayant un niveau élevé d’Ep recourent à la foi en réaction à des états affectifs négatifs ou à un sentiment d’insécurité psychologique.
- Socialisation et engagement familial : Giesbrecht (1995) a utilisé l’I/E-R pour analyser les relations entre les styles parentaux et l’engagement religieux des adolescents. Les résultats ont révélé que les styles parentaux démocratiques et chaleureux prédisaient une orientation intrinsèque chez les jeunes, alors que les styles autoritaires étaient plus fréquemment associés à des orientations extrinsèques sociales.
7.3. Validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité à discriminer entre les motivations authentiquement spirituelles et la simple désirabilité sociale. Les items intrinsèques de l’I/E-R, bien qu’ayant une résonance morale positive, n’affichent pas de corrélation excessive avec les échelles de mensonge ou de conformisme social de type Marlowe-Crowne. De surcroît, la différenciation nette entre Ep et Es a permis de résoudre les ambiguïtés des études antérieures où les scores extrinsèques composites masquaient des relations divergentes avec la santé mentale.
8. Fidélité
Les propriétés métrologiques de l’I/E-R en termes de fidélité et de cohérence interne ont été documentées en détail par Gorsuch et McPherson (1989) au sein de leur cohorte d’étalonnage initiale (N = 771).
8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les indices de cohérence interne obtenus lors de l’étude normative sont les suivants :
- Échelle Intrinsèque révisée (I) : Le coefficient alpha de Cronbach est de .83 pour les 8 items. Cette valeur démontre une excellente consistance interne, pleinement comparable à celle de l’échelle « Age-Universal » originale de 1983 (qui comptait davantage d’items) et suffisante pour une utilisation en recherche fondamentale comme en évaluation individuelle.
- Échelle Extrinsèque personnelle (Ep) : Le coefficient alpha s’établit à .57 (3 items).
- Échelle Extrinsèque sociale (Es) : Le coefficient alpha s’établit à .58 (3 items).
- Échelle Extrinsèque globale combinée (Ep/Es) : Lorsque les 6 items extrinsèques sont fusionnés en un indice composite unique, l’alpha de Cronbach atteint .65.
8.2. Analyse psychométrique des coefficients extrinsèques modérés
Les auteurs ont explicitement abordé la question des coefficients alpha modérés observés pour les sous-échelles Ep et Es. Selon les postulats de la théorie classique des tests, la valeur de l’alpha de Cronbach est directement fonction du nombre d’items inclus dans l’échelle (formule de prophétie de Spearman-Brown). Avec seulement 3 items par dimension, des coefficients oscillant entre .57 et .58 reflètent en réalité des corrélations inter-items moyennes satisfaisantes (de l’ordre de .30 à .35). Gorsuch et McPherson ont souligné que cette brièveté représentait un compromis méthodologique délibéré : elle permet d’inclure la mesure dans de vastes enquêtes sociologiques ou médicales sans surcharger les participants, préservant ainsi la puissance statistique globale de l’échantillon. Les auteurs ont néanmoins encouragé l’adjonction de futurs items pour les chercheurs nécessitant une fidélité plus élevée pour le diagnostic clinique individuel.
8.3. Données normatives de l’échantillon de référence
Sur l’échantillon normatif initial issu d’universités laïques et confessionnelles de Californie du Sud (N = 771), les paramètres statistiques descriptifs étaient les suivants :
- Score I (Révisé, 8 items, étendue théorique 8-40) : Moyenne = 37.2 ; Écart-type = 5.8.
- Score E (Révisé composite, 6 items, étendue théorique 6-30) : Moyenne = 25.6 ; Écart-type = 5.7.
9. Analyse factorielle
L’analyse factorielle a constitué l’élément central du développement de l’I/E-R, dictant directement la sélection et l’élagage des énoncés à partir de la version antérieure « Age-Universal » de 20 items.
9.1. Procédure et modèle factoriel
Gorsuch et McPherson ont soumis la matrice de données des 771 participants à des procédures d’analyse factorielle exploratoire (AFE) avec rotation oblique, complétées par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) pour tester l’adéquation du modèle trifactoriel proposé par Kirkpatrick par rapport au modèle biconceptuel classique (Intrinsèque vs Extrinsèque).
Les résultats ont démontré la supériorité structurelle indiscutable du modèle tridimensionnel :
- Facteur 1 : Orientation intrinsèque (I). Ce facteur a extrait la plus grande part de variance commune. Les huit items retenus présentaient tous des saturations factorielles primaires élevées (> .45), tandis que leurs saturations croisées sur les composantes extrinsèques demeuraient négligeables (< .20). Les trois items inversés (items 3, 10 et 14) ont présenté des saturations satisfaisantes, attestant que le facteur ne constituait pas un simple artefact de réponse acquiesçante.
- Facteur 2 : Extrinsèque personnelle (Ep). Les trois items dédiés (items 6, 8 et 9) ont saturé fortement sur ce facteur distinct (saturations comprises entre .55 et .70), reflétant la recherche de paix, de réconfort et de protection divine sans contamination par les aspects de sociabilité.
- Facteur 3 : Extrinsèque sociale (Es). Les trois items sociaux (items 2, 11 et 13) se sont regroupés exclusivement sur cette dimension (saturations factorielles supérieures à .60), confirmant la séparation statistique nette entre les motifs relationnels et les motifs d’apaisement personnel.
9.2. Identification des mesures à item unique (Single-Item Scales)
Une innovation méthodologique majeure introduite par Gorsuch et McPherson dans cette analyse factorielle a été l’identification formelle de « single-item measures » pour chaque construit. Conscients que les enquêtes épidémiologiques et démographiques à large échelle ne disposent souvent que d’un espace minime pour les modules religieux, les auteurs ont sélectionné les items présentant la saturation factorielle la plus élevée sur leur propre construit tout en exhibant une corrélation quasi-nulle avec les autres facteurs :
- Mesure à item unique pour l’Intrinsèque (I) : Item 12 (« My whole approach to life is based on my religion »).
- Mesure à item unique pour l’Extrinsèque personnelle (Ep) : Item 8 (« What religion offers me most is comfort in times of trouble and sorrow »).
- Mesure à item unique pour l’Extrinsèque sociale (Es) : Item 13 (« I go to church mainly because I enjoy seeing people I know there »).
Ces trois items capturent le noyau sémantique le plus pur de chaque dimension et offrent une alternative validée empiriquement lorsque la passation des 14 items est impossible.
10. Instrument de mesure
L’Échelle d’orientation religieuse révisée (I/E-R) se présente sous un format structuré auto-administré :
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (papier-crayon ou informatisé).
- Format d’administration : Individuel ou collectif ; ne requiert aucune qualification clinique spécifique pour la passation.
- Nombre d’items : 14 énoncés au total.
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points avec les ancrages standards suivants :
- 1 = I strongly disagree (Je suis tout à fait en désaccord)
- 2 = I tend to disagree (J’ai tendance à être en désaccord)
- 3 = I’m not sure (Je ne suis pas sûr / Neutre)
- 4 = I tend to agree (J’ai tendance à être d’accord)
- 5 = I strongly agree (Je suis tout à fait d’accord)
Note des auteurs : Un format de réponse élargi à 6 points ou plus (par exemple en 7 points) peut être utilisé auprès d’étudiants universitaires ou d’autres cohortes de répondants habitués aux questionnaires nuancés pour augmenter la variance des scores.
- Calcul des scores et cotation :
- Sous-échelle Intrinsèque (I) : 8 items (items 1, 3, 4, 5, 7, 10, 12, 14). Les 3 items inversés (marqués par **) doivent être recotés avant sommation : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2 et 5 devient 1. L’étendue du score total varie de 8 à 40.
- Sous-échelle Extrinsèque personnelle (Ep) : 3 items (items 6, 8, 9). Cotation directe (1 à 5). L’étendue du score total varie de 3 à 15.
- Sous-échelle Extrinsèque sociale (Es) : 3 items (items 2, 11, 13). Cotation directe (1 à 5). L’étendue du score total varie de 3 à 15.
- Indice Extrinsèque global (Ep + Es) : Somme des 6 items extrinsèques, avec une étendue théorique de 6 à 30.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 1989.
- Article source princeps : Gorsuch, R. L., & McPherson, S. E. (1989). Intrinsic/extrinsic measurement: I/E-revised and single-item scales. Journal for the Scientific Study of Religion, 28(3), 348-354.
- Statut des droits et autorisations : L’instrument a été publié dans le domaine universitaire au sein du Journal for the Scientific Study of Religion. Dans la tradition de la recherche psychologique, l’échelle est disponible pour une utilisation académique, clinique et de recherche sans frais de redevance (free of charge), sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de Gorsuch et McPherson (1989).
- Droits commerciaux : Toute reproduction commerciale à grande échelle ou intégration dans des batteries de tests commerciales propriétaires est soumise aux droits d’auteur détenus par la Society for the Scientific Study of Religion et l’éditeur de la revue.
12. Références
Les références ci-dessous regroupent l’article original de l’I/E-R, les fondements théoriques et les principales validations empiriques :
- Allport, G. W. (1950). The individual and his religion: A psychological interpretation. New York: MacMillan.
- Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212
- Giesbrecht, N. (1995). Parenting style and adolescent religious commitment. Journal of Psychology and Christianity, 14(3), 228–238.
- Gorsuch, R. L., & McPherson, S. E. (1989). Intrinsic/extrinsic measurement: I/E-revised and single-item scales. Journal for the Scientific Study of Religion, 28(3), 348–354. https://doi.org/10.2307/1386745
- Gorsuch, R. L., & Venable, G. D. (1983). Development of an « Age Universal » I-E scale. Journal for the Scientific Study of Religion, 22(2), 181–187. https://doi.org/10.2307/1385677
- Kirkpatrick, L. A. (1988). A psychometric analysis of the Allport-Ross and Feagin measures of intrinsic-extrinsic religious orientation. Paper presented at the annual meeting of the Society for the Scientific Study of Religion, Chicago, IL.
- Kirkpatrick, L. A. (1989). A psychometric analysis of the Allport-Ross and Feagin measures of intrinsic-extrinsic religious orientation. In D. O. Moberg & M. L. Lynn (Eds.), Research in the Social Scientific Study of Religion (Vol. 1, pp. 1–31). Greenwich, CT: JAI Press.
- Kirkpatrick, L. A. (1993). Fundamentalism, Christian orthodoxy, and intrinsic religious orientation as predictors of discriminatory attitudes. Journal for the Scientific Study of Religion, 32(3), 256–268. https://doi.org/10.2307/1386664
- Schaefer, C. A., & Gorsuch, R. L. (1991). Psychological adjustment and religiousness: The multivariate belief-motivation theory of religiousness. Journal for the Scientific Study of Religion, 30(4), 448–461. https://doi.org/10.2307/1387279
- Schaefer, C. A., & Gorsuch, R. L. (1992). Dimensionality of religion: Belief and motivation as predictors of behavior. Journal of Psychology and Christianity, 11(3), 244–254.
13. Questions et items du questionnaire
Response scale:
1 = I strongly disagree
2 = I tend to disagree
3 = I’m not sure
4 = I tend to agree
5 = I strongly agree
Scale Items:
- (I) I enjoy reading about my religion.
- (Es) I go to church because it helps me to make friends.
- (I)** It doesn’t much matter what I believe so long as I am good.
- (I) It is important to me to spend time in private thought and prayer.
- (I) I have often had a strong sense of God’s presence.
- (Ep) I pray mainly to gain relief and protection.
- (I) I try hard to live all my life according to my religious beliefs.
- (Ep)* What religion offers me most is comfort in times of trouble and sorrow.
- (Ep) Prayer is for peace and happiness.
- (I)** Although I am religious, I don’t let it affect my daily life.
- (Es) I go to church mostly to spend time with my friends.
- (I) My whole approach to life is based on my religion.
- (Es)* I go to church mainly because I enjoy seeing people I know there.
- (I)** Although I believe in my religion, many other things are more important in life.
* Single-item measures for that factor
** Reversed-scored items (1=5, 2=4, 3=3, 4=2, 5=1)
Legend: (I) = Intrinsic; (Ep) = Extrinsic-Personal; (Es) = Extrinsic-Social