Échelle d’orientation Parole-Esprit

L’Échelle d’orientation Parole-Esprit (WSOS) développée par Theodore T. Y. Hsieh évalue l’orientation théologique et cognitive des croyants chrétiens entre objectivité rationnelle (Parole) et subjectivité expérientielle (Esprit). Découvrez son cadre théorique, ses propriétés psychométriques et ses items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’orientation Parole-Esprit (en anglais, Word-Spirit Orientation Scale [WSOS]), développée initialement par le psychologue Theodore T. Y. Hsieh en 1981, constitue un instrument psychométrique conçu pour évaluer la manière dont les croyants chrétiens, particulièrement issus des traditions évangéliques et protestantes, articulent et priorisent les composantes rationnelles-doctrinales (« Parole ») par rapport aux composantes expérientielles-affectives (« Esprit ») au sein de leur foi personnelle et communautaire. Ancrée théoriquement dans les travaux de Herman A. Witkin sur les styles cognitifs (notamment la dichotomie entre indépendance et dépendance à l’égard du champ) et inspirée de la conceptualisation théologico-psychologique de V. Mary Stewart (1974), l’échelle postule l’existence d’un continuum bipolaire sous-jacent allant d’une religiosité hautement subjective, intuitive et relationnelle à une religiosité analytique, propositionnelle et intellectuelle.

Sur le plan structurel, la WSOS est composée de 16 items présentés sous un format à choix forcé dyadique (choix binaire entre deux affirmations concurrentes). Parmi ces 16 items, 13 sont directement assignés à l’évaluation du construit, tandis que 3 items (les items 1, 6 et 13) agissent comme des distracteurs non cotés (« fillers »). Le système de cotation consiste à attribuer un point pour chaque énoncé d’orientation « Parole » sélectionné, générant ainsi un score total théorique variant de 0 à 13. Un score bas caractérise une orientation « Esprit » (dominée par l’affectivité, le mysticisme, le témoignage personnel et la flexibilité relationnelle), tandis qu’un score élevé indique une orientation « Parole » (dominée par l’exégèse rigoureuse, la défense de l’orthodoxie doctrinale, l’institutionnalisation et la planification systématique).

Les propriétés psychométriques documentées révèlent une fidélité test-retest substantielle à deux semaines ($r = 0{,}88$, $n = 24$), démontrant une stabilité temporelle satisfaisante des choix opérés par les répondants. En termes de validité, l’échelle présente une validité de construit convergente soutenue par une corrélation empirique démontrée entre l’orientation Parole et l’indépendance à l’égard du champ perceptif mesurée par le test des figures enchevêtrées (Embedded Figures Test). Par ailleurs, la validité prédictive est confortée par des associations documentées avec les préférences d’affiliation confessionnelle et les styles de prédication pastorale. Néanmoins, l’instrument soulève plusieurs enjeux méthodologiques majeurs, notamment l’absence originelle d’indices de cohérence interne (comme le coefficient alpha de Cronbach), le postulat non vérifié de la bipolarité stricte du construit au détriment d’un modèle bidimensionnel orthogonal, ainsi qu’une confusion potentielle liée au genre, les hommes obtenant systématiquement des scores plus élevés en orientation Parole et les femmes en orientation Esprit.

2. Mots-clés / Keywords

psychométrie, échelle d’orientation parole-esprit, psychologie de la religion, styles cognitifs, dépendance à l’égard du champ, indépendance à l’égard du champ, théologie évangélique, orientation religieuse, rationalisme théologique, christianisme expérientiel, Theodore Hsieh, choix forcé

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’orientation Parole-Esprit a été conçue et formalisée par Theodore T. Y. Hsieh, Ph.D., alors professeur et chercheur au sein du Département de psychologie du Judson College (devenu aujourd’hui la Judson University), situé à Elgin dans l’Illinois, aux États-Unis. Ses recherches académiques, principalement publiées dans le Journal of Psychology and Theology, se sont articulées autour de l’intersection empirique entre la psychologie cognitive, la personnalité, l’éthique sociale et la foi chrétienne orthodoxe.

Les racines théoriques de l’instrument s’appuient substantiellement sur les réflexions séminales de V. Mary Stewart (1974), alors affiliée à l’Université York (Toronto, Canada), qui a la première formulé le rapprochement entre la différenciation psychologique de Witkin et la structure ecclésiale des communautés chrétiennes nord-américaines. La validation opérationnelle et le développement psychométrique subséquent demeurent toutefois l’œuvre exclusive de Hsieh, qui a poursuivi ses explorations longitudinales dans des études ultérieures portant sur le style éthique, l’intérêt social adlérien et la vie spirituelle (Hsieh, 1987).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Word-Spirit Orientation Scale réside dans la quantification et la catégorisation des penchants cognitifs, théologiques et comportementaux à travers lesquels les croyants chrétiens appréhendent, interprètent et actualisent leur foi religieuse. Au sein du christianisme historique, et de manière particulièrement aiguë au sein du protestantisme évangélique, il existe une tension dialectique perpétuelle entre deux sources fondamentales d’autorité et de dynamisme spirituel : d’une part, l’autorité objective, verbale et rationnelle des Écritures (le « Verbe » ou la « Parole »), et d’autre part, l’action immédiate, subjective et inspiratrice de l’Esprit Saint (l’« Esprit »). L’instrument cherche à déterminer comment les individus arbitrent cette dialectique dans leurs décisions quotidiennes, leurs pratiques herméneutiques et leurs conceptions ecclésiologiques.

Sur le plan de la recherche fondamentale en psychologie de la religion, la WSOS a été conçue pour opérationnaliser la manière dont les différences individuelles en matière de traitement de l’information influencent les attitudes religieuses. Plutôt que de mesurer le degré absolu de religiosité (comme le font les échelles d’implication religieuse ou d’orthodoxie croyante), la WSOS s’intéresse à la modalité stylistique de la foi. Elle permet aux chercheurs de vérifier si les orientations théologiques sont de simples sous-produits de l’endoctrinement sociologique ou si elles sont profondément ancrées dans l’organisation neurocognitive et perceptive des individus, notamment leur propension à l’analyse analytique décontextualisée par opposition à un traitement holistique et relationnel.

Dans le domaine des applications pratiques, cliniques et pastorales, l’échelle présente une utilité multidimensionnelle :

  • Conseil pastoral et psychothérapie d’intégration chrétienne : L’outil aide les praticiens de la santé mentale travaillant auprès d’une patientèle croyante à comprendre les schémas cognitifs à travers lesquels les clients conçoivent la détresse, la guidance divine et la résolution de conflits. Un individu à forte orientation Parole répondra plus favorablement à une restructuration cognitive fondée sur des passages bibliques précis et des raisonnements logiques, tandis qu’un individu à forte orientation Esprit bénéficiera davantage d’interventions expérientielles, de prière imaginative, de soutien émotionnel et d’exploration des résonances affectives.
  • Dynamique organisationnelle et ecclésiale : Dans le cadre de la gestion des communautés religieuses, des séminaires théologiques et des équipes missionnaires, la WSOS permet de diagnostiquer les sources de frictions interpersonnelles. Les conflits ecclésiaux proviennent fréquemment d’incompréhensions mutuelles entre des leaders axés sur les structures administratives et la pureté doctrinale (orientation Parole) et des fidèles recherchant la communion fraternelle, l’écoute spontanée et la créativité liturgique (orientation Esprit).
  • Pédagogie religieuse et formation supérieure : L’échelle permet aux éducateurs en théologie d’adapter leurs méthodes d’enseignement aux profils d’apprentissage de leurs étudiants, en équilibrant la rigueur exégétique et l’application expérientielle de la spiritualité.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la WSOS est conceptualisé comme une polarité stylistique unifiée régissant le fonctionnement psychologique, théologique et interpersonnel de l’individu croyant. Bien que l’instrument postule une structure unidimensionnelle bipolaire opposant la « Parole » à l’« Esprit », chaque pôle englobe une constellation complexe de traits cognitifs, motivationnels et comportementaux.

5.1 Le Pôle « Parole » (Word Orientation) : L’Objectivité Rationnelle et Analytique

L’orientation « Parole » incarne une modalité d’engagement religieux dominée par la recherche d’objectivité, l’analyse intellectuelle, la clarté propositionnelle et la structuration institutionnelle. Sur le plan cognitif, les individus ancrés dans ce pôle privilégient les sources externes d’autorité faisant autorité doctrinale, l’argumentation apologétique et la cohérence logique des croyances. Leurs manifestations caractéristiques incluent :

  • Herméneutique et étude biblique : L’effort d’interprétation scripturaire est conçu comme un travail intellectuel rigoureux. L’individu s’appuie sur des commentaires académiques, des analyses linguistiques et historiques, et cherche la signification « correcte » et objective du texte (Item 12a), plutôt qu’une simple inspiration dévotionnelle immédiate.
  • Témoignage et apologétique : Lors de l’évangélisation ou de la défense de la foi, la personne privilégie les affirmations historiques et théologiques concernant la vie, la mort et la résurrection du Christ ainsi que les formulations dogmatiques formelles (Item 4b et Item 7a), considérant les arguments logiques et bibliques comme supérieurs aux ressentis personnels.
  • Gouvernance et ecclésiologie : La gestion ecclésiale doit être hautement structurée, planifiée à long terme et pilotée par des programmes clairs (Item 14b). Les rôles d’enseignement, d’administration et de leadership doctrinal sont valorisés par rapport aux ministères purement compassionnels (Item 16b).
  • Prise de décision : Face aux carrefours existentiels, l’individu fait confiance à ses propres capacités analytiques et intellectuelles données par Dieu (Item 9b), plutôt que d’attendre un sentiment mystique diffus quant à la volonté divine.

5.2 Le Pôle « Esprit » (Spirit Orientation) : La Subjectivité Expérientielle et Relationnelle

À l’inverse, l’orientation « Esprit » reflète une foi chrétienne médiatisée par l’affectivité, l’intuition intérieure, la relation interpersonnelle et la spontanéité dynamique. L’autorité spirituelle découle principalement de la rencontre vivante avec le divin et de la transformation personnelle ressentie. Ce pôle se manifeste par :

  • Herméneutique dévotionnelle : La lecture des textes sacrés vise avant tout l’obtention de force intérieure, de réconfort existentiel et d’inspiration pour surmonter les épreuves immédiates (Item 12b), s’appuyant souvent sur des intuitions intérieures directes (Item 2a).
  • Apologétique expérientielle : La légitimité de la foi repose sur le pouvoir transformateur de la grâce, manifesté à travers la bienveillance du Christ et les témoignages existentiels subjectifs (Item 4a et Item 7b). La preuve de Dieu se trouve dans l’expérience vécue plutôt que dans les syllogismes dogmatiques.
  • Ecclésiologie relationnelle : La communauté chrétienne idéale est perçue comme un lieu de communion chaleureuse (« fellowship »), de guérison émotionnelle et de partage mutuel des luttes spirituelles (Item 5b et Item 11b). L’accent est mis sur la flexibilité, l’écoute quotidienne de la direction divine (Item 14a) et les ministères de compassion envers les personnes isolées ou souffrantes (Item 16a).
  • Prise de décision pneumatologique : Les choix de vie majeurs sont guidés par le ressenti intuitif de la volonté de Dieu (Item 9a), recherché à travers la prière contemplative et la paix intérieure.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le soubassement théorique de l’Échelle d’orientation Parole-Esprit repose sur l’intégration interdisciplinaire de la psychologie cognitive différentielle et de la théologie chrétienne contemporaine. L’assise conceptuelle centrale dérive directement des théories de la différenciation psychologique développées par Herman A. Witkin et ses collègues (Witkin et al., 1962). Witkin a mis en évidence une dimension cognitive stable caractérisant la manière dont les individus perçoivent et organisent l’information de leur environnement :

  • L’indépendance à l’égard du champ (Field Independence) : Capacité à percevoir des éléments de façon analytique, en les dissociant de leur contexte global ou environnant. Les sujets indépendants du champ ont tendance à imposer une structure propre aux situations ambiguës, manifestent une orientation impersonnelle et cognitive, et résistent aux influences suggestives du groupe social.
  • La dépendance à l’égard du champ (Field Dependence) : Mode de traitement global et holistique où la perception d’un élément est fortement influencée par la configuration globale de l’environnement. Ces individus sont caractérisés par une grande sensibilité relationnelle, un intérêt marqué pour les personnes, une orientation sociale chaleureuse et une réceptivité accrue aux signaux affectifs d’autrui.

Dans un article théorique fondateur paru en 1974, la psychologue V. Mary Stewart a postulé que la diversité des expressions religieuses au sein du « Corps du Christ » reflétait ces mêmes styles cognitifs universels. Selon Stewart, les chrétiens indépendants du champ gravitent naturellement vers des théologies formalisées, exégétiques et orientées vers l’étude de la doctrine (« Parole »), tandis que les chrétiens dépendants du champ s’épanouissent au sein de communautés relationnelles, charismatiques ou mystiques valorisant l’effusion de l’Esprit et la vie affective (« Esprit »). Stewart a vigoureusement soutenu qu’aucun de ces styles n’était spirituellement supérieur à l’autre, mais que leur incompréhension mutuelle engénérait des conflits ecclésiastiques chroniques.

Theodore T. Y. Hsieh (1981) s’est emparé des propositions théoriques de Stewart pour les soumettre à l’épreuve de la méthode psychométrique empirique. En s’appuyant sur l’histoire de la théologie protestante, Hsieh a rappelé la tension récurrente entre la scolastique protestante (accentuation intellectualiste de la Parole écrite) et les mouvements de renouveau piétistes, méthodistes et pentecôtistes (accentuation pneumatologique de l’Esprit agissant). Le cadre théorique de la WSOS postule donc qu’au sein d’un même univers confessionnel évangélique partageant les mêmes dogmes fondamentaux (l’inerrance biblique, la divinité du Christ), les orientations de foi divergent selon des gradients cognitivo-affectifs profonds, faisant de la WSOS une mesure de la cognition théologique incarnée.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la validité de la WSOS, bien que pionnière lors de sa publication dans les années 1980, révèle des résultats empiriques mixtes et certaines limitations méthodologiques substantielles.

7.1 Validité de Contenu et d’Apparence (Face Validity)

Lors de la création de l’instrument, Hsieh (1981) a développé un pool d’items reflétant les contrastes théologiques et comportementaux décrits par Stewart (1974). La sélection finale des 13 items cotés et des 3 fillers a reposé principalement sur la validité apparente jugée par des spécialistes de la théologie évangélique et de la psychologie. Les énoncés capturent adéquatement les tensions typiques de la sous-culture chrétienne évangélique (prière partagée vs exégèse technique ; activisme social compassionnel vs structuration institutionnelle). Néanmoins, cette validité de contenu dépend strictement de la familiarité culturelle avec le vocabulaire évangélique nord-américain (termes tels que « witnessing », « Sunday School », « fellowship »), ce qui limite considérablement sa validité transculturelle et son applicabilité hors des cercles théologiques conservateurs.

7.2 Validité de Construit et Liens avec le Style Cognitif

Le pilier central de la validité de construit de la WSOS repose sur la vérification de son ancrage dans la théorie de Witkin. Hsieh (1981) a administré la WSOS ainsi que le test des figures enchevêtrées (Group Embedded Figures Test [GEFT]) à un échantillon de 82 étudiants de premier cycle inscrits dans une université chrétienne conservatrice du Midwest américain. Conformément aux hypothèses théoriques, les résultats ont démontré que les participants classés dans le tiers supérieur de la WSOS (orientation Parole) affichaient des scores significativement plus élevés au GEFT (démontrant une indépendance à l’égard du champ supérieure) comparativement aux participants du tiers inférieur (orientation Esprit). Cette convergence empirique apporte une preuve solide que l’orientation théologique « Parole » est associée à une organisation cognitive analytique et décontextualisante.

7.3 Validité Prédictive et Différentielle

Dans des recherches subséquentes, Hsieh (1987) a examiné les corrélations de la WSOS avec d’autres dimensions psychologiques et comportementales auprès de 127 étudiants :

  • Préférences ecclésiales et homilétiques : Des manuscrits non publiés cités par Hsieh (1987) ont révélé une validité prédictive notable : les sujets orientés Parole privilégient les dénominations chrétiennes traditionnellement réformées, presbytériennes ou baptistes fondamentalistes, et expriment une nette préférence pour les prédications d’enseignement thématique ou textuel systématique. En revanche, les sujets orientés Esprit marquent une préférence pour les Églises charismatiques, méthodistes ou néo-pentecôtistes et pour des sermons narratifs et expérientiels.
  • Intérêt social et style éthique : Hsieh (1987) a démontré que l’orientation Parole était associée à des styles éthiques formalistes et déontologiques, tandis que l’orientation Esprit montrait une plus grande souplesse éthique situationnelle et une corrélation positive avec l’intérêt social au sens adlérien, confirmant la sensibilité interpersonnelle du pôle Esprit.

7.4 Critiques Méthodologiques et Validité Discriminante

Deux réserves scientifiques majeures pèsent sur la validité de la WSOS :

  1. Le postulat non étayé de la bipolarité : L’instrument oblige le répondant à choisir entre la Parole et l’Esprit. Or, la théologie chrétienne classique affirme souvent que la maturité spirituelle réside dans l’intégration harmonieuse des deux pôles (être à la fois profondément enraciné dans l’Écriture et intensément animé par l’Esprit). La structure à choix forcé de la WSOS empêche l’identification d’individus qui seraient « bivalents » (hauts sur les deux dimensions) ou « aliénés » (bas sur les deux dimensions). L’exclusion du tiers médian dans l’étude initiale de Hsieh (1981) élude la question de la nature psychologique des individus modérés.
  2. Le biais de confusion lié au genre : Hsieh (1981) a rapporté une asymétrie sexuelle marquée : les hommes étaient massivement surreprésentés dans le groupe orientation Parole, alors que les femmes étaient surreprésentées dans le groupe orientation Esprit. L’échelle ne permet pas de déterminer si ce résultat reflète une véritable différence de style cognitif ou s’il résulte de la socialisation différentielle de genre dans les milieux chrétiens conservateurs (valorisant l’érudition et l’autorité chez les hommes et l’empathie chez les femmes), ce qui pose un problème de validité discriminante vis-à-vis des rôles de genre traditionnels.

8. Fidélité / Reliability

Les données empiriques relatives à la fidélité de la Word-Spirit Orientation Scale demeurent limitées, bien que le paramètre de stabilité temporelle ait été documenté avec rigueur lors de la validation initiale.

Dans son étude de 1981, Theodore Hsieh a évalué la fidélité test-retest de l’instrument sur un sous-échantillon de 24 étudiants évangéliques réévalués après un intervalle précis de deux semaines. Le coefficient de corrélation test-retest obtenu était de :

$$r_{tt} = 0{,}88 \quad (p < 0{,}001)$$

Cette valeur élevée dénote une excellente stabilité à court terme des préférences déclarées par les répondants, suggérant que l’orientation Parole-Esprit opère comme une disposition stylistique relativement stable (trait) plutôt que comme un état émotionnel transitoire (état).

Cependant, aucune analyse de cohérence interne (mesurée par le coefficient alpha de Cronbach ou la formule 20 de Kuder-Richardson [KR-20]) n’a été publiée dans les études princeps de Hsieh (1981, 1987). Cette omission s’explique en partie par la nature ipsative et à choix forcé des items : l’interdépendance forcée des alternatives viole les postulats de l’indépendance statistique locale nécessaires au calcul classique de la cohérence interne. L’absence d’estimations publiées de l’homogénéité des items constitue néanmoins une faiblesse psychométrique importante au regard des standards modernes de l’American Psychological Association (APA).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Dans les publications fondatrices de 1981 et 1987, aucune analyse factorielle formelle — qu’elle soit exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) — n’a été menée par l’auteur pour étayer la dimensionalité de l’instrument. La structure de l’échelle a été déduite exclusivement sur des bases logico-théoriques.

D’un point de vue psychométrique contemporain, l’application de l’analyse factorielle à la WSOS pose des défis méthodologiques considérables :

  • Problème des scores ipsatifs et de l’interdépendance : Les formats à choix forcé dyadiques génèrent des données dites ipsatives ou partiellement ipsatives. Dans ce format, choisir l’énoncé Parole implique nécessairement le rejet de l’énoncé Esprit. Cela crée des corrélations négatives artificielles entre les construits et rend les matrices de covariance conventionnelles singulières ou biaisées, faussant les saturations factorielles issues d’une analyse factorielle en composantes principales classique.
  • Unidimensionnalité versus Bidimensionnalité : L’hypothèse fondatrice selon laquelle l’orientation Parole et l’orientation Esprit constituent les deux extrémités d’une seule et même variable latente continue n’a jamais reçu de confirmation factorielle empirique. De nombreux modèles modernes en psychologie de la religion suggèrent qu’un modèle à deux facteurs orthogonaux (Facteur 1 : Intérêt pour la Parole / Théologie doctrinale ; Facteur 2 : Intérêt pour l’Esprit / Spiritualité expérientielle) représenterait beaucoup plus fidèlement la structure de la psyché croyante. Une telle structure permettrait de modéliser l’intégration des deux dimensions via des modèles d’équations structurelles (SEM).
  • Modélisation moderne par la Théorie de la Réponse aux Items (TRI) : Pour évaluer rigoureusement la WSOS aujourd’hui, le recours aux modèles de Thurstonian IRT (Brown & Maydeu-Olivares, 2011) serait requis afin d’estimer correctement les paramètres de difficulté et de discrimination des items sans souffrir des artefacts de l’ipsativité.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Échelle d’orientation Parole-Esprit (Word-Spirit Orientation Scale [WSOS])
  • Concepteur : Theodore T. Y. Hsieh, Ph.D. (1981, 1987)
  • Nature de l’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique mesurant le style cognitif-religieux.
  • Format des items : Format dyadique à choix forcé (forced-choice paired statements). Pour chaque item, le répondant doit choisir entre l’option (a) et l’option (b) celle qui le décrit le plus précisément.
  • Nombre total d’items : 16 questions au total :
    • 13 items cibles cotés : Items 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 14, 15 et 16.
    • 3 items distracteurs (« fillers » non cotés) : Items 1, 6 et 13 (destinés à masquer l’intention directe du test et à réduire le biais d’acquiescement).
  • Procédure de cotation (Scoring) :
    • Seuls les 13 items cibles sont pris en compte dans le calcul du score final.
    • On attribue un score de 1 point chaque fois que le répondant sélectionne l’énoncé orienté « Parole » (identifié par un astérisque dans la clé de correction originale).
    • Les énoncés orientés « Esprit » sont cotés 0 point.
    • Les items distracteurs (1, 6, 13) ne reçoivent aucun point et ne sont pas comptabilisés.
    • Étendue du score total possible : De 0 à 13 points.
  • Interprétation des résultats et seuils de coupure :
    • Score faible (0 à 5 points) : Dominance de l’orientation « Esprit » (mode subjectif, expérientiel, relationnel, dépendant du champ).
    • Score élevé (6 à 13 points) : Dominance de l’orientation « Parole » (mode objectif, doctrinal, analytique, indépendant du champ).
    • Classification d’origine (Hsieh, 1981) : Division en tertiles (le tiers supérieur classé « Parole », le tiers inférieur classé « Esprit », le tiers médian exclu des analyses primaires).
    • Classification révisée (Hsieh, 1987) : Séparation médiane avec une moyenne d’échantillon constatée de $5{,}09$ ($ET = 2{,}04$) ; seuil $ge 6$ pour le pôle Parole et $le 5$ pour le pôle Esprit.
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1981 (première publication empirique par Theodore T. Y. Hsieh).
  • Statut des droits d’auteur : Les droits initiaux de publication appartiennent au Journal of Psychology and Theology (SAGE Publications / Biola University).
  • Conditions d’utilisation et tarifs : L’échelle a été publiée intégralement dans le domaine académique à des fins de recherche scientifique. Son utilisation dans le cadre de recherches universitaires non commerciales ou d’enseignements est traditionnellement libre de redevance financière, à condition de citer formellement les publications de référence de Hsieh (1981, 1987). Aucune trousse commerciale payante n’est éditée par un éditeur privé de tests psychologiques.

12. Références / References

Brown, A., & Maydeu-Olivares, A. (2011). Item response modeling of forced-choice questionnaires. Educational and Psychological Measurement, 71(3), 460–502. https://doi.org/10.1177/0013164410373322

Hsieh, T. T. Y. (1981). Cognitive styles and word versus spirit orientations among Christians. Journal of Psychology and Theology, 9(2), 175–182. https://doi.org/10.1177/009164718100900207

Hsieh, T. T. Y. (1987). Heavenly-minded and earthly good: A study of social interest, ethical style, and word-spirit orientation among Christians. Journal of Psychology and Theology, 15(2), 141–147. https://doi.org/10.1177/009164718701500206

Stewart, V. M. (1974). Cognitive style, North American values, and the body of Christ. Journal of Psychology and Theology, 2(2), 77–88. https://doi.org/10.1177/009164717400200201

Witkin, H. A., Dyk, R. B., Faterson, H. F., Goodenough, D. R., & Karp, S. A. (1962). Psychological differentiation: Studies of development. John Wiley & Sons.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: There are two statements in each of the following questions. Please choose the one that you believe describes you accurately or is more true. There are no right or wrong answers. However, it is important that each statement you choose applies to you more than the other. Try to answer each item independently when making your choice; do not be influenced by your previous choices.

  1. a. I feel regular church attendance is an integral part of the Christian faith.
    b. I feel that one can maintain Christian growth without regular church attendance.
  2. a. When reading the Bible for the purpose of understanding and interpretation, I tend to rely more often upon my own resources to shed light upon the subject.
    *b. When reading the Bible for the purpose of understanding and interpretation, I tend to seek help from other people’s writings to shed light upon the subject.
  3. *a. When I am with a group of new people, I am more often concerned with just being myself.
    b. When I am with a group of new people, I am more often concerned with making a good impression.
  4. a. When witnessing to others, I tend to present the lovingkindness of Christ.
    *b. When witnessing to others, I tend to present claims of Christ’s life, death, and resurrection.
  5. *a. I feel that a church should be more concerned with a vision for worldwide evangelization.
    b. I feel that a church should be more concerned with the fellowship and growth of its own members.
  6. a. I feel the biblical concept of the nature of man places him in a position of being basically good.
    b. I feel the biblical concept of the nature of man places him in a position of being basically evil.
  7. *a. I feel the scriptural teachings and doctrines are better defenses of Christian faith.
    b. I feel personal testimonies and experiences are better defenses of Christian faith.
  8. a. I feel the main emphasis of Sunday School should be to teach children application of faith, such as acceptance of others and themselves.
    *b. I feel the main emphasis of Sunday School should be to give children solid biblical teaching, such as the doctrine of salvation.
  9. a. When making life decisions, I tend to rely mostly upon what I feel to be God’s will.
    *b. When making life decisions, I tend to rely mostly upon my own intellectual capacities.
  10. a. If I were to hold some leadership position in my church, I would feel more comfortable allowing members to help me in the decisions and delegating responsibilities to those members.
    *b. If I were to hold some leadership position in my church, I would feel more comfortable making decisions and being responsible for following them through myself.
  11. *a. When getting together with a few of my close friends for reasons of Christian growth, I prefer to spend time in Bible study, group discussion, and interpretation of the passages read.
    b. When getting together with a few of my close friends for reasons of Christian growth, I prefer to spend time in sharing personal experiences we have had with God and praying together.
  12. *a. In my own personal Bible study times, I spend more time concentrating on finding the correct interpretation of Bible passages, even going to commentaries once in a while for further insight.
    b. In my own personal Bible study times, I spend more of my time reading for inspiration and strength to meet present problems.
  13. a. I feel that it is an important part of my faith to give 10 percent or more of my income to the local church.
    b. I feel that my spiritual growth will not suffer by giving less than 10 percent of my income to the local church.
  14. a. I feel that God wants a church to listen for a call to outreach on a day-to-day basis.
    *b. I feel that God wants a church to have a well-structured, long-range, ongoing program of outreach.
  15. *a. Most of my reading materials are theological and doctrinal in nature.
    b. Most of my reading materials are devotional and inspirational in nature.
  16. a. I see my ministry as a Christian as dealing with those who are lonely, suffering, and overcome by temptations (even as a layperson).
    *b. I see my ministry as a Christian in the area of teaching, pastoring, and administration (even as a layperson).

Note: * Indicates « Word-oriented » statements. Items 1, 6, and 13 are fillers.

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Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’orientation Parole-Esprit. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-orientation-parole-esprit-wsos
Looti, Mohammed. “Échelle d’orientation Parole-Esprit.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-orientation-parole-esprit-wsos.
Looti, Mohammed. “Échelle d’orientation Parole-Esprit.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-orientation-parole-esprit-wsos.