Échelle d’opinions sur la maladie mentale

L’Échelle d’opinions sur la maladie mentale (OMI), développée par Cohen et Struening en 1962, mesure les attitudes et idéologies à l’égard des troubles psychiatriques à travers 51 items et 5 dimensions factorielles.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’Échelle d’opinions sur la maladie mentale (en anglais, Opinions About Mental Illness Scale ou OMI), conçue et standardisée par les psychologues et psychomètres américains Jacob Cohen et Elmer L. Struening en 1962, constitue un instrument psychométrique séminal destiné à mesurer de manière quantitative et multidimensionnelle les attitudes, représentations sociales et croyances relatives aux troubles psychiatriques sévères. Initialement développée pour évaluer le climat institutionnel et les dispositions idéologiques des professionnels de santé au sein des hôpitaux psychiatriques publics américains (notamment les hôpitaux de l’Administration des vétérans), l’échelle a été construite à partir d’un vaste corpus d’énoncés cliniques tirés de réunions de synthèse multidisciplinaires, d’observations ethnographiques et d’adaptations de mesures préexistantes d’idéologie sociale.

L’OMI est composée de 51 items auto-rapportés évaluant les opinions concernant l’étiologie, la symptomatologie, les modalités thérapeutiques et le pronostic des personnes vivant avec un trouble psychique. Le format de réponse repose sur une échelle de type Likert en six points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly disagree) à 6 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree), éliminant délibérément le point neutre central pour forcer une prise de position cognitive. L’analyse factorielle initiale a permis d’isoler cinq dimensions fondamentales : l’Autoritarisme (Authoritarianism), la Bienveillance (Benevolence), l’Idéologie d’hygiène mentale (Mental Hygiene Ideology), la Restrictivité sociale (Social Restrictiveness) et l’Étiologie interpersonnelle (Interpersonal Etiology).

Sur le plan des propriétés métrologiques, l’OMI a démontré une validité factorielle robuste confirmée à travers de multiples échantillons de soignants (psychiatres, psychologues, infirmiers, aides-soignants, personnel administratif), avec des coefficients de validité factorielle oscillant entre .43 et .89. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach varie substantiellement selon les sous-échelles et les corps professionnels investigués, affichant des valeurs comprises entre .21 (pour la dimension Restrictivité sociale dans certains contextes spécifiques) et .82 (pour la dimension Autoritarisme). Utilisée à l’échelle internationale durant plusieurs décennies, l’OMI demeure une référence fondamentale dans la sociologie de la psychiatrie et la psychométrie des attitudes envers la santé mentale.

2. Mots-clés

Opinions About Mental Illness Scale, OMI, Jacob Cohen, attitudes envers la maladie mentale, stigmatisation psychiatrique, personnel hospitalier, autoritarisme, bienveillance, hygiène mentale, restrictivité sociale, psychométrie, psychiatrie sociale, évaluation des attitudes.

3. Auteurs

L’Échelle d’opinions sur la maladie mentale a été élaborée conjointement par deux figures majeures de la psychométrie et de l’épidémiologie psychiatrique quantitative du XXe siècle :

  • Jacob Cohen, Ph.D. (1923–1998) : Psychologue statisticien américain de renommée mondiale, professeur au département de psychologie de l’Université de New York (New York University). Pionnier de l’analyse de puissance statistique, créateur du d de Cohen et du coefficient kappa, Jacob Cohen a exercé comme consultant méthodologique principal pour la Veterans Administration (VA Healthcare System), où il a dirigé d’ambitieux programmes d’évaluation de la qualité des soins et des climats institutionnels psychiatriques.
  • Elmer L. Struening, Ph.D. : Épidémiologiste psychiatrique et chercheur chevronné affilié à la Veterans Administration, à l’Université Columbia (Columbia University) et au New York State Psychiatric Institute. Elmer Struening a consacré une grande part de ses travaux à l’épidémiologie sociale, à la santé communautaire et à la mesure empirique des stéréotypes liés à la psychiatrie.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Échelle d’opinions sur la maladie mentale est d’opérationnaliser et de quantifier les systèmes de croyances, les attitudes normatives et les orientations idéologiques des individus face aux pathologies psychiatriques sévères et aux personnes institutionnalisées. Conçue au tournant des années 1960 — une période charnière marquée par l’émergence des premiers psychotropes (neuroleptiques), les prémices du mouvement de désinstitutionnalisation et les critiques sociologiques de l’asile psychiatrique —, l’échelle visait à combler un manque méthodologique majeur : l’absence d’outils standardisés capables de sonder finement les préjugés et les philosophies de soins prévalant chez les soignants et les employés des grands hôpitaux d’État.

Justification théorique et clinique

L’un des postulats directeurs de Cohen et Struening réside dans l’idée que le rétablissement, la réadaptation psychosociale et le pronostic des patients en psychiatrie ne dépendent pas uniquement des protocoles pharmacologiques ou médicaux stricts, mais sont intimement tributaires du milieu thérapeutique et des interactions sociales quotidiennes au sein de l’établissement. Les attitudes des infirmiers, des gardiens, des thérapeutes et des médecins génèrent des attentes implicites (effets prophétiques de type Pygmalion) qui façonnent directement la trajectoire clinique du patient. Identifier si les soignants perçoivent les patients comme des citoyens malades méritant réhabilitation, comme des individus dangereux nécessitant un contrôle policier, ou comme des êtres moralement déficients constituait une nécessité empirique impérieuse.

Applications en recherche et en milieu organisationnel

L’échelle a été conçue pour répondre à plusieurs champs d’application concrets :

  • Diagnostic organisationnel et climat hospitalier : Comparer les profils attitudinaux de différents services, unités de soins ou établissements entiers, afin d’évaluer la perméabilité d’une institution aux approches réhabilitatives modernes par opposition aux cultures asilaires punitives ou répressives.
  • Différenciation socioprofessionnelle : Analyser comment le niveau d’éducation, la formation professionnelle spécifique (psychiatres versus aides-soignants non qualifiés), le genre, l’âge et le statut socioéconomique prédisposent à des visions divergentes de la maladie mentale.
  • Évaluation des programmes de formation : Mesurer l’efficacité pédagogique de stages cliniques, de modules d’humanisation des soins ou d’interventions de déstigmatisation dispensés aux étudiants en médecine, en psychologie ou en soins infirmiers.
  • Recherche interculturelle et sociologique : Étudier comment les représentations de la folie et de l’aliénation mentale évoluent au sein de la population générale à travers différentes nations, cultures et contextes historiques.

5. Construit psychologique

Le construit global ciblé par l’instrument est l’ensemble des attitudes sociales et idéologiques à l’égard de la maladie mentale sévère. Les analyses factorielles itératives menées par Cohen et Struening ont mis en évidence que ce construit n’est en aucun cas unilatéral ou unidimensionnel, mais qu’il s’organise autour de cinq dimensions factorielles distinctes, chacune incarnant un profil philosophique et affectif particulier.

Facteur A : Autoritarisme (Authoritarianism)

Ce facteur reflète une vision hiérarchique, rigide et moralisatrice de la maladie mentale, fortement apparentée au concept de personnalité autoritaire théorisé par Adorno et al. (1950). L’individu adhérant à cette dimension perçoit les patients psychiatriques comme une sous-catégorie d’êtres humains intrinsèquement distincts des personnes normales, caractérisés par un déficit de volonté morale ou une dégénérescence de la discipline personnelle. Cette perspective préconise une gestion institutionnelle coercitive, fondée sur une stricte obéissance, le recours à des mesures disciplinaires fermes, des règles rigoureuses et une barrière infranchissable entre le personnel soignant dépositaire de l’autorité et les patients soumis. L’item 17 (« L’une des causes principales de la maladie mentale est un manque de force morale ou de volonté ») et l’item 19 (« Tout hôpital psychiatrique devrait être entouré d’une haute clôture et surveillé par des gardes à l’entrée ») illustrent parfaitement cette orientation répressive et paternaliste régressive.

Facteur B : Bienveillance (Benevolence)

La bienveillance correspond à une posture humaniste, empreinte de compassion, de charité chrétienne ou laïque, et d’un dévouement affectif envers les souffrants psychiques. Bien que diamétralement opposée à l’agressivité autoritaire, la bienveillance comporte une nuance paternaliste protectrice : le malade mental y est envisagé comme une victime malheureuse, vulnérable, souvent assimilable à un enfant (« Les personnes atteintes de maladie mentale sont en réalité de grands enfants », item 34), qui requiert amour, sollicitude désintéressée, pitié et gentillesse inconditionnelle (« Les patients en psychiatrie ont besoin de notre amour et de notre affection plus que de toute autre chose », item 47). Cette attitude valorise l’amélioration du bien-être matériel et émotionnel sans nécessairement adhérer à un modèle médical ou scientifique rigoureux de la pathologie.

Facteur C : Idéologie d’hygiène mentale (Mental Hygiene Ideology)

Cette dimension incarne l’adhésion aux doctrines de la psychiatrie moderne, de la santé publique et du mouvement de l’hygiène mentale impulsé par des réformateurs tels que Clifford Beers. Elle postule sans ambiguïté que « la maladie mentale est une maladie comme une autre » (item 2), susceptible d’être appréhendée par les méthodes diagnostiques et thérapeutiques de la science médicale contemporaine. Les individus affichant un score élevé sur cette dimension rejettent les explications métaphysiques, morales ou superstitieuses du trouble mental, défendent l’allocation de ressources financières publiques accrues pour la recherche et les soins hospitaliers (item 5), et croient fermement en l’efficacité des traitements psychiatriques et en la réintégration socioprofessionnelle des patients (item 22).

Facteur D : Restrictivité sociale (Social Restrictiveness)

Le facteur de restrictivité sociale exprime le désir de ségrégation, de protection sociale et de limitation légale drastique des droits civiques des personnes ayant souffert de troubles psychiatriques. Motivée par la peur de l’imprévisibilité et de la dangerosité perçue des patients, cette orientation considère que la société doit se prémunir activement contre tout risque en maintenant une distance sociale maximale, tant pendant l’hospitalisation qu’après la sortie de l’institution. Cette attitude se manifeste par le soutien à l’interdiction de voter (item 8), l’interdiction légale de contracter mariage (item 20), le refus de voir d’anciens patients occuper des fonctions publiques (item 33) ou garder des enfants (item 49). Elle traduit une croyance profonde en l’incurabilité définitive et en la trahison potentielle de tout individu étiqueté psychiatrique (item 45 : « Même si un patient psychiatrique semble guéri, on ne pourra plus jamais lui faire entièrement confiance »).

Facteur E : Étiologie interpersonnelle (Interpersonal Etiology)

Cette échelle capture une croyance étiologique spécifique, d’inspiration largement psychodynamique et psychanalytique prévalant dans les années 1950 et 1960. Elle attribue l’origine causale de la désorganisation psychotique et névrotique à des micro-traumatismes de la sphère relationnelle précoce, à des défaillances de la parentalité, au rejet affectif, à des ruptures conjugales ou au stress provoqué par l’entourage immédiat durant l’enfance. Elle est illustrée par l’item 11 (« La maladie mentale de nombreuses personnes est causée par la séparation ou le divorce de leurs parents durant l’enfance ») ou l’item 35 (« Si les enfants de parents atteints de maladie mentale sont élevés par des parents normaux, ils ne développeront pas de maladie mentale »). Cette dimension contraste avec les perspectives purement génético-biologiques ou avec les explications par le surmenage intellectuel (item 27).

6. Cadre théorique

L’architecture conceptuelle de l’Échelle d’opinions sur la maladie mentale s’inscrit au carrefour de trois courants théoriques majeurs de la psychologie sociale et de la psychiatrie de l’après-guerre : la théorie de la personnalité autoritaire, la sociologie de l’institution totale et le modèle de l’étiquetage social.

La théorie de la personnalité et des idéologies sociales

Cohen et Struening ont été profondément influencés par les travaux pionniers de Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et Nevitt Sanford sur la personnalité autoritaire (1950) et leur échelle F (Fascism Scale). Adorno et ses collaborateurs avaient démontré que les préjugés raciaux, l’antisémitisme et l’ethnocentrisme ne constituent pas des opinions isolées, mais l’expression d’une organisation caractérielle sous-jacente caractérisée par le conventionnalisme rigide, la soumission envers l’autorité établie et l’agressivité punitive envers les minorités ou les déviants. Cohen et Struening ont émis l’hypothèse — largement confirmée par leurs données empiriques — que les attitudes envers les malades mentaux constituent un prolongement direct de ces orientations idéologiques générales. L’individu autoritaire transpose sur le patient psychiatrique les mêmes jugements réprobateurs, la même obsession de la discipline et la même méfiance xénophobe que sur d’autres groupes marginalisés.

La sociologie asilaire et les institutions totales

Sur le versant sociologique, l’OMI trouve un écho direct dans les analyses d’Erving Goffman développées dans son ouvrage séminal Asylums (1961) sur les « institutions totales ». Goffman y met en lumière la scission binaire et imperméable qui caractérise le personnel hospitalier d’une part, et la masse des reclus d’autre part. Le personnel tend à élaborer des théories explicatives légitimant son contrôle omnipotent sur les détenus/patients, rationalisant l’infantilisation et justifiant la privation de liberté. Les dimensions d’Autoritarisme et de Restrictivité sociale identifiées par Cohen et Struening fournissent une transcription métrologique précise des dynamiques de pouvoir et d’aliénation institutionnelle décrites par Goffman.

L’hygiénisme mental et la médicalisation de la déviance

Enfin, l’échelle intègre les débats entourant la médicalisation de la folie et la théorie de la déviance de Talcott Parsons (notamment le concept de « rôle de malade » ou sick role). Le mouvement de l’hygiène mentale a cherché à substituer un modèle nosologique et compassionnel (« maladie comme une autre » dédouanant le sujet de sa responsabilité morale) au modèle pénitentiaire ou théologique ancien. L’OMI permet ainsi de cartographier la transition historique et intellectuelle entre une vision répressivo-ségrégative et une vision médico-réhabilitative de l’inadaptation psychique.

7. Validité

L’évaluation des qualités psychométriques de l’OMI par Cohen et Struening (1962), complétée par une abondante littérature ultérieure, a mobilisé de multiples stratégies d’établissement de la validité de construit, de la validité critériée et de la validité discriminante.

Validité factorielle et structurelle

La validité factorielle des cinq dimensions a été initialement établie sur deux grands hôpitaux psychiatriques de la Veterans Administration totalisant 1 194 employés représentatifs de tous les corps de métiers (psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, infirmiers, aides-soignants, administratifs et agents techniques). Les coefficients de validité factorielle rapportés dans l’étude princeps sont élevés, s’échelonnant entre .43 pour le facteur D (Restrictivité sociale dans le premier hôpital) et .89 pour le facteur A (Autoritarisme). La reproduction systématique de cette structure factorielle dans les deux institutions indépendantes a attesté de la robustesse dimensionnelle du modèle.

Validité discriminante et différentielle selon les groupes socioprofessionnels

La validité de construit a été brillamment démontrée par la capacité de l’OMI à discriminer des groupes professionnels aux statuts de formation et aux rôles cliniques nettement contrastés :

  • Personnel hautement diplômé (Psychiatres, Psychologues) : Ces professionnels obtiennent de manière hautement significative des scores très faibles sur les échelles d’Autoritarisme et de Restrictivité sociale, couplés à des scores très élevés en Idéologie d’hygiène mentale et en Étiologie interpersonnelle.
  • Personnel non médical et de soutien (Agents d’entretien, ouvriers, certains aides-soignants non qualifiés) : Ces groupes présentent des profils marqués par des scores significativement plus élevés en Autoritarisme et en Restrictivité sociale, ainsi qu’une moindre adhésion à l’idéologie médicale d’hygiène mentale.

Cohen et Struening ont mis en évidence que le niveau de scolarité formel est le prédicteur le plus puissant de la diminution des scores d’autoritarisme, confirmant les prédictions théoriques issues de la littérature sur les préjugés sociaux.

Validité convergente et prédictive

Des recherches corrélationnelles ultérieures ont montré que les scores d’Autoritarisme et de Restrictivité sociale de l’OMI corrèlent positivement avec l’Échelle F d’Adorno (mesurant le fascisme potentiel et la rigidité mentale) et avec les échelles d’anomie sociale de Srole. En milieu appliqué, les soignants obtenant des scores élevés en Restrictivité sociale et en Autoritarisme manifestaient des comportements plus distants, un recours plus fréquent aux contentions physiques ou à l’isolement cellulaire des patients, et s’opposaient plus activement aux projets de congés thérapeutiques ou de réinsertion professionnelle de leurs malades.

8. Fidélité

La fidélité de l’Échelle d’opinions sur la maladie mentale a été documentée principalement par l’analyse de la consistance interne et par des études de stabilité temporelle (test-retest).

Consistance interne

Dans l’étude fondatrice de 1962, les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) ont été calculés séparément pour chacun des deux hôpitaux psychiatriques investigués (Hôpital I et Hôpital II). Les valeurs observées reflètent une variabilité importante inhérente à la nature des sous-échelles :

  • Facteur A (Autoritarisme) : Affiche la fidélité la plus robuste, avec un coefficient alpha atteignant .80 à .82, témoignant d’une très forte homogénéité des items composant cette dimension.
  • Facteur B (Bienveillance) : Présente une cohérence interne modérée à bonne, avec des coefficients alpha oscillant autour de .70 à .74.
  • Facteur C (Idéologie d’hygiène mentale) : Révèle des alphas variant entre .58 et .67, reflétant la pluralité des concepts intégrés dans ce mouvement idéologique composite.
  • Facteur D (Restrictivité sociale) : A montré des niveaux de consistance interne plus fluctuants, descendant à .21 dans l’un des sous-échantillons de l’Hôpital I, pour remonter au-dessus de .60 dans d’autres cohortes plus homogènes. Cette variabilité s’explique en partie par le faible nombre d’items saturant purement sur cette dimension dans certaines configurations rotationnelles initiales.
  • Facteur E (Étiologie interpersonnelle) : Affiche une cohérence interne satisfaisante, avec des alphas généralement situés entre .65 et .72.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Les investigations menées auprès d’étudiants en soins infirmiers et de stagiaires en psychologie sur des intervalles allant de deux à huit semaines ont rapporté des coefficients de corrélation test-retest compris entre .68 et .85 pour l’Autoritarisme et la Bienveillance, attestant que les attitudes mesurées constituent des dispositions cognitives et axiologiques relativement stables, bien que sensibles à des interventions éducatives ciblées.

9. Analyse factorielle

Le processus de développement de l’OMI a reposé sur une démarche factorielle pionnière pour l’époque, orchestrée par Jacob Cohen grâce aux techniques informatiques naissantes de calcul matriciel.

Extraction factorielle et méthode de rotation

À partir d’un ensemble initial de plusieurs centaines d’énoncés cliniques recueillis au cours de réunions de cas psychiatriques, 51 items ont été sélectionnés pour constituer le protocole définitif. Une analyse factorielle en composantes principales a été conduite, suivie d’une rotation oblique puis d’une rotation orthogonale de type Varimax. L’examen des valeurs propres (critère de Kaiser) et la clarté théorique des regroupements ont conduit à la rétention sans équivoque de cinq facteurs orthogonaux primaires.

Structure et saturation des facteurs

L’analyse des saturations factorielles met en relief des patterns remarquables :

  • Facteur A (Autoritarisme) : Représente la plus grande part de variance expliquée. Les items présentant les saturations les plus massives sont l’item 17 (.68), l’item 19 (.64), l’item 21 (.59 : « Il y a quelque chose chez les patients psychiatriques qui permet de les distinguer facilement des personnes normales ») et l’item 51 (.55 : « Les hôpitaux psychiatriques devraient être gérés par un ensemble de règles strictes… »).
  • Facteur B (Bienveillance) : Saturé principalement par l’item 30 (.62 : « Nous devrions fournir les meilleurs soins possibles aux patients… car ce sont des êtres humains »), l’item 32 (.58 : « La plupart des patients s’amélioreraient si on leur donnait plus d’amour… ») et l’item 47 (.65).
  • Facteur C (Idéologie d’hygiène mentale) : Se caractérise par de fortes saturations positives pour l’item 2 (.61 : « La maladie mentale est une maladie comme une autre ») et l’item 22 (.57 : « Beaucoup de personnes peuvent être guéries si elles reçoivent un bon traitement »).
  • Facteur D (Restrictivité sociale) : Se distingue nettement par des charges factorielles élevées sur l’item 8 (-.54 pour le droit de vote), l’item 20 (.63 : interdiction du mariage), l’item 33 (.61 : interdiction des mandats publics) et l’item 49 (.58 : interdiction de garder des enfants).
  • Facteur E (Étiologie interpersonnelle) : Isole spécifiquement les propositions explicatives psychogénétiques familiales avec l’item 11 (.64) et l’item 35 (.59).

Bien que certains items présentent des saturations secondaires croisées — témoignant de la complexité intrinsèque du jugement moral —, la structure à 5 facteurs a fait preuve d’une invariance configurationnelle substantielle lors de réplications conduites dans divers pays européens, asiatiques et latino-américains.

10. Instrument de mesure

  • Nom de l’instrument : Opinions About Mental Illness Scale (OMI) — Échelle d’opinions sur la maladie mentale.
  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapporté sur format papier-crayon ou numérique).
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus), initialement standardisé sur le personnel des institutions psychiatriques (médical, paramédical, soignant, administratif, technique), adaptable à la population générale et aux étudiants.
  • Nombre d’items : 51 énoncés formulés sous forme d’opinions assertives.
  • Format de réponse : Échelle de Likert à 6 points d’accord unilatérale sans point neutre :
    • 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
    • 2 = Pas d’accord (Disagree)
    • 3 = Pas sûr, mais probablement pas d’accord (Not sure, but probably disagree)
    • 4 = Pas sûr, mais probablement d’accord (Not sure, but probably agree)
    • 5 = D’accord (Agree)
    • 6 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
  • Sous-échelles / Dimensions cotées :
    • Facteur A : Autoritarisme (Authoritarianism)
    • Facteur B : Bienveillance (Benevolence)
    • Facteur C : Idéologie d’hygiène mentale (Mental Hygiene Ideology)
    • Facteur D : Restrictivité sociale (Social Restrictiveness)
    • Facteur E : Étiologie interpersonnelle (Interpersonal Etiology)
  • Modalités de calcul des scores : Chaque item est affecté à sa dimension factorielle respective. Les scores des sous-échelles sont obtenus par sommation arithmétique simple des items constitutifs de chaque facteur (en inversant au préalable le codage des items négatifs ou protecteurs si stipulé dans la matrice de cotation spécifique). Les scores peuvent être convertis en notes standardisées (notes T ou percentiles) pour permettre l’établissement de profils comparatifs individuels ou de groupes.
  • Durée approximative de passation : Entre 15 et 25 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1962 (publication princeps dans The Journal of Abnormal and Social Psychology).
  • Statut des droits d’auteur et licence : L’article fondateur et les items ont été publiés sous l’égide de l’American Psychological Association (APA). Conformément aux usages académiques régissant les instruments de recherche publiés au début des années 1960, l’échelle est tombée dans le domaine de la recherche publique non commerciale. Les items sont librement consultables et utilisables à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement ou d’évaluation clinique non lucrative, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de Cohen et Struening (1962).
  • Tarification : L’accès au questionnaire et à son utilisation en recherche clinique ou académique est entièrement gratuit. Aucun coût de redevance ou de licence commerciale n’est exigé pour l’administration de la version standard.

12. Références

Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Row.

Cohen, J., & Struening, E. L. (1962). Opinions about mental illness in the personnel of two large mental hospitals. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 64(5), 349–360. https://doi.org/10.1037/h0045526

Cohen, J., & Struening, E. L. (1963). Opinions about mental illness: Mental hospital occupational profiles and profile clusters. Psychological Reports, 12(1), 111–124. https://doi.org/10.2466/pr0.1963.12.1.111

Cohen, J., & Struening, E. L. (1964). Opinions about mental illness: Hospital social atmosphere profiles and their substance. Journal of Consulting Psychology, 28(4), 291–298. https://doi.org/10.1037/h0044549

Goffman, E. (1961). Asylums: Essays on the social situation of mental patients and other inmates. Doubleday Anchor Books.

Struening, E. L., & Cohen, J. (1963). Factorial invariance and stability of Opinions About Mental Illness scale. American Psychologist, 18(7), 456–467.

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 6-point Likert scale: 1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Not sure, but probably disagree, 4 = Not sure, but probably agree, 5 = Agree, 6 = Strongly agree

  1. Nervous breakdowns usually result when people work too hard.
  2. Mental illness is an illness like any other.
  3. Most patients in mental hospitals are not dangerous.
  4. Although patients seem to improve under treatment, they remain sick on the inside.
  5. More tax money should be spent on the care and treatment of people with severe mental illness.
  6. Although some women become neurotic, men do not.
  7. A heart attack is no more of an illness than is a nervous breakdown.
  8. Mental patients should be allowed to vote in elections.
  9. The best way to handle patients in mental hospitals is to keep them busy.
  10. To become a patient in a mental hospital is to become a failure in life.
  11. The mental illness of many people is caused by the separation or divorce of their parents during childhood.
  12. Even though patients in mental hospitals may act strangely, they can usually be trusted.
  13. If our hospital were not overcrowded, patients would get well faster.
  14. Patients who are about to be discharged from mental hospitals should be told what to do and where to go.
  15. Most of the people in mental hospitals are completely normal except for one or two strange ideas.
  16. People who are mentally ill need the same kind of sympathy as people who have a physical disease.
  17. One of the main causes of mental illness is a lack of moral strength or will power.
  18. The small number of patients who recover from mental illness usually don’t stay well very long.
  19. Every mental hospital should be surrounded by a high fence and have guards at the gates.
  20. The law should not allow former mental patients to marry.
  21. There is something about mental patients that makes it easy to tell them from normal people.
  22. Many people who have mental illness can be cured if they receive good treatment.
  23. A mental patient should not be blamed for his illness any more than a person who gets a cold.
  24. College students are more likely to have a mental breakdown than people who work with their hands.
  25. It is best not to visit mental patients because it makes them too excited.
  26. As soon as a person shows signs of mental disturbance, he should be hospitalized.
  27. Mental illness is caused by too much brainwork.
  28. Patients in mental hospitals have no right to complain about the way they are treated.
  29. The main reason that people are in mental hospitals is that they have done things they are ashamed of.
  30. We should provide the best possible care for mental patients because they are human beings.
  31. Even though mental patients are sick, they should be made to pay for their room and board in the hospital if they have any money.
  32. Most patients in mental hospitals would improve if they were given more love and attention.
  33. Anyone who has ever been in a mental hospital should not be allowed to hold public office.
  34. People who are mentally ill are really just children at heart.
  35. If the children of mentally ill parents are raised by normal parents, they will not become mentally ill.
  36. Mental patients are usually too dangerous to be allowed in the community without a guard.
  37. We should be more sympathetic with mental patients than with people who are physically sick.
  38. People who have mental illness often have a superior intelligence.
  39. A woman would be foolish to marry a man who has had a mental breakdown, even though he seems fully recovered.
  40. Mental illness is an incurable disease.
  41. Our mental hospitals should be organized so that patients feel that they are in a real community.
  42. As a rule, people who are mentally ill do not know what is going on around them.
  43. People who have had a mental illness can never be completely trusted.
  44. Most patients in mental hospitals are not able to make any useful contribution to society.
  45. Even if a mental patient seems to be well, he can never really be trusted again.
  46. When a person shows signs of mental illness, he should be encouraged to overcome his problem by working harder.
  47. Mental patients need our love and affection more than anything else.
  48. If a mental patient becomes angry or upset, he should be placed in a room by himself.
  49. A person would be foolish to hire a former mental patient to take care of his children.
  50. Only people with little education get mental illness.
  51. Mental hospitals should be managed by a strict set of rules so that patients know what is expected of them.
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Looti, M. (2026, octobre 15). Échelle d’opinions sur la maladie mentale. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-opinions-sur-la-maladie-mentale-omi
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinions sur la maladie mentale.” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-opinions-sur-la-maladie-mentale-omi.
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinions sur la maladie mentale.” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-opinions-sur-la-maladie-mentale-omi.