Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS)

Découvrez l’Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS), l’instrument de référence mondiale pour l’évaluation clinique et psychométrique de la sévérité du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Analyse approfondie de sa validité, fidélité et cotation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (couramment désignée sous l’acronyme Y-BOCS, pour Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale) constitue la référence internationale absolue (« gold standard ») pour l’évaluation quantitative et clinique de la sévérité des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC). Développée initialement à la fin des années 1980 par Wayne K. Goodman et ses collaborateurs au sein des universités de Yale et de Brown, cette échelle a été conçue pour pallier les insuffisances majeures des instruments d’auto-évaluation antérieurs, lesquels confondaient fréquemment la sévérité clinique globale avec le contenu thématique hétérogène des obsessions et des compulsions (Goodman et al., 1989a, 1989b).

La Y-BOCS standard comprend une échelle centrale de sévérité composée de 10 items principaux, complétée en pratique clinique par une liste de contrôle des symptômes (Y-BOCS Symptom Checklist) répertoriant plus de 60 manifestations obsessionnelles et compulsives réparties selon diverses dimensions thématiques (contamination, vérification, symétrie, pensées interdites ou agressives, etc.). Les 10 items de sévérité sont divisés de manière symétrique en deux sous-échelles de 5 items chacune : la sous-échelle des obsessions et la sous-échelle des compulsions. Pour chacune de ces deux composantes sémiologiques, l’évaluateur quantifie cinq dimensions fondamentales ressenties au cours des sept derniers jours : le temps consacré ou la fréquence, l’interférence dans le fonctionnement psychosocial, la détresse émotionnelle induite, les efforts de résistance active déployés par le sujet, et le degré de contrôle perçu.

Chaque item est coté sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (absence de symptôme ou contrôle complet) à 4 (symptôme extrême, invalidant ou absence totale de contrôle). Le score total s’échelonne ainsi de 0 à 40 points, autorisant une stratification clinique rigoureuse de la pathologie en cinq strates : infra-clinique (0 à 7), léger (8 à 15), modéré (16 à 23), sévère (24 à 31) et extrême (32 à 40). Sur le plan psychométrique, la Y-BOCS démontre une consistance interne remarquable (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,87 et 0,91), une fidélité inter-juges exemplaire (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,90) et une sensibilité au changement hautement éprouvée, ce qui en fait le critère d’efficacité privilégié dans les essais thérapeutiques pharmacologiques et psychothérapeutiques à travers le monde.

2. Mots-clés

Trouble obsessionnel-compulsif, Y-BOCS, Yale-Brown, évaluation psychométrique, obsessions, compulsions, sévérité clinique, fidélité inter-juges, validité de construit, thérapie cognitivo-comportementale, psychiatrie quantitative, échelle d’évaluation clinique.

3. Auteurs

L’échelle Y-BOCS a été conçue et standardisée par un groupe pluridisciplinaire d’éminents psychiatres et chercheurs en psychopathologie cognitive et biologique affiliés aux départements de psychiatrie de la Yale University School of Medicine (New Haven, Connecticut) et de la Brown University (Providence, Rhode Island), ainsi qu’au National Institute of Mental Health (NIMH) aux États-Unis :

  • Wayne K. Goodman, M.D. — Professeur de psychiatrie et de sciences comportementales (actuellement au Baylor College of Medicine, Houston, Texas ; anciennement à Yale University School of Medicine). Concepteur principal de l’instrument et pionnier des neurosciences appliquées aux TOC.
  • Lawrence H. Price, M.D. — Professeur de psychiatrie et de comportement humain à la Brown University Medical School, Providence, Rhode Island.
  • Steven A. Rasmussen, M.D. — Professeur et directeur du département de psychiatrie et de comportement humain à la Brown University, expert reconnu dans l’épidémiologie et la neurobiologie du TOC.
  • Carolyn Mazure, Ph.D. — Professeure en psychiatrie et psychologie, directrice du programme Women’s Health Research à la Yale University School of Medicine.
  • R. L. Fleischmann, M.D. — Chercheur clinicien affilié à l’époque aux recherches cliniques menées à la Yale University.
  • C. L. Hill, B.S. — Statisticien et analyste de données cliniques au sein de la Yale University.
  • Pedro L. Delgado, M.D. — Psychiatre chercheur spécialisé dans les mécanismes sérotoninergiques des troubles anxieux et de l’humeur.
  • George R. Heninger, M.D. — Professeur émérite de psychiatrie à la Yale University School of Medicine.
  • Dennis S. Charney, M.D. — Doyen de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York ; ancien chef de section à Yale et au NIMH, autorité internationale en neurobiologie psychiatrique.

4. Objectif

L’objectif fondamental ayant présidé au développement de la Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale était de résoudre une aporie méthodologique majeure observée dans la recherche psychiatrique des années 1970 et 1980. Avant l’avènement de cet instrument, l’évaluation de la sévérité du trouble obsessionnel-compulsif reposait quasi exclusivement sur des échelles globales non spécifiques telles que la Clinical Global Impressions (CGI) ou sur des inventaires auto-rapportés comme le Maudsley Obsessional-Compulsive Inventory (MOCI) et la sous-échelle obsessionnelle du Comprehensive Psychopathological Rating Scale (CPRS-OC). Ces instruments souffraient d’un biais structural récurrent : ils établissaient une corrélation artificielle entre le nombre de thèmes symptomatiques présentés par le patient et la sévérité réelle de sa pathologie. Ainsi, un individu affligé d’une compulsion unique de lavage de mains occupant 14 heures par jour était coté comme moins sévère qu’un patient présentant quatre rituels mineurs ne lui prenant que 30 minutes au total.

La Y-BOCS a été expressément formulée pour désintriquer le contenu sémiologique des obsessions et des compulsions de leur impact fonctionnel et quantitatif. Son but est d’offrir une appréciation standardisée, graduelle et indépendante du profil phénoménologique spécifique de chaque patient. En dissociant la typologie des obsessions (contamination, thèmes religieux, symétrie, agressivité) de paramètres universels d’évaluation tels que la durée temporelle, la gêne psychosociale, la souffrance psychique, la résistance volontaire et le contrôle effectif, la Y-BOCS fournit une mesure clinique purement dimensionnelle de la gravité du trouble.

Dans le domaine de la recherche clinique, la Y-BOCS sert d’étalon-or pour qualifier l’efficacité des thérapeutiques pharmacologiques de référence — telles que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et la clomipramine — et des interventions psychothérapeutiques empiriquement fondées, tout particulièrement la thérapie d’exposition avec prévention de la réponse (EPR). Les critères internationaux définissent de façon consensuelle la réponse thérapeutique par une réduction d’au moins 25 % à 35 % du score total à la Y-BOCS, tandis que la rémission clinique est généralement opérationnalisée par un score final inférieur ou égal à 12, voire 8 ou 7 selon les critères les plus stricts.

En pratique clinique ambulatoire ou hospitalière, l’outil permet au praticien d’établir un état des lieux exhaustif lors du bilan initial (baseline), de hiérarchiser les cibles comportementales à traiter, d’objectiver l’évolution sous traitement au fil des consultations et de détecter précocement les phénomènes de rechute ou de recrudescence symptomatique.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par la Y-BOCS s’enracine dans la définition sémiologique et diagnostique formelle du trouble obsessionnel-compulsif, telle que conceptualisée dans le DSM-III-R, consolidée dans le DSM-5 et la CIM-11 de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce construit repose sur une architecture bi-dimensionnelle canonique dissociant nettement les phénomènes cognitifs intrusifs (les obsessions) des réponses comportementales ou cognitives manifestes (les compulsions).

5.1. La dimension des Obsessions

Les obsessions sont définies comme des pensées, des représentations visuelles, des images ou des impulsions récurrentes, persistantes et intrusives qui surgissent contre la volonté du sujet dans son champ de conscience. Le sujet les perçoit généralement comme dénuées de sens, égodystoniques, moralement inacceptables ou exagérées, et elles engendrent une détresse, une anxiété ou une dysphorie intense. Les 5 items composant cette première sous-échelle explorent :

  • Le temps consacré aux pensées obsessionnelles (Item 1) : Quantification de la charge horaire cumulative quotidienne durant laquelle les intrusions accaparent l’esprit du patient. Cette mesure permet d’évaluer l’intensité de la pression idéique morbide au cours de la journée.
  • L’interférence due aux obsessions (Item 2) : Évaluation du retentissement délétère de ces pensées sur la concentration, le rendement professionnel ou académique, ainsi que sur la vie sociale et familiale. Ce paramètre mesure le dysfonctionnement cognitif et occupationnel induit.
  • La détresse liée aux obsessions (Item 3) : Niveau d’angoisse subjective, d’effroi, de dégoût ou de tension psychique provoqué par la survenue de ces intrusions mentales.
  • La résistance active contre les obsessions (Item 4) : Capacité et volonté du sujet de tenter de neutraliser, d’ignorer, de rejeter ou de chasser ces pensées au moment où elles émergent. Une absence de résistance peut dénoter soit un épuisement psychique majeur (« capitulation »), soit une faible conscience du trouble (insight diminué).
  • Le degré de contrôle exercé sur les obsessions (Item 5) : Efficacité perçue des tentatives de neutralisation. Ce paramètre quantifie l’emprise réelle du sujet sur son flux mental lorsqu’il cherche activement à interrompre la fixation obsessionnelle.

5.2. La dimension des Compulsions

Les compulsions (ou rituels) sont des actes moteurs observables (lavages, vérifications répétées, rangements méticuleux, alignements) ou des actes mentaux dissimulés (prières stéréotypées, répétitions de mots en silence, comptages arithmétiques mentaux) que l’individu se sent contraint d’accomplir en réponse rigide à une obsession, ou conformément à des règles inflexibles conçues pour conjurer un danger imaginaire ou atténuer un sentiment interne de malaise (« not just right experience »). La sous-échelle des compulsions évalue cinq paramètres homologues :

  • Le temps consacré aux compulsions (Item 6) : Durée cumulée journalière consacrée à l’exécution motrice ou cognitive des rituels, incluant les ralentissements obsessionnels lors des activités quotidiennes courantes.
  • L’interférence générée par les compulsions (Item 7) : Perturbation objective de l’organisation quotidienne, retards répétés, impossibilité de respecter des engagements et détérioration du fonctionnement social ou interpersonnel causés par l’exécution des rituels.
  • La détresse liée aux compulsions (Item 8) : Anxiété éprouvée si l’exécution du rituel est prématurément interrompue, différée ou empêchée par autrui ou par les circonstances de l’environnement, reflétant le sentiment de contrainte tyrannique associé à la pulsion compulsive.
  • La résistance aux compulsions (Item 9) : Degré d’effort fourni par le patient pour retenir son comportement compulsif avant son déclenchement, mesurant la lutte active contre l’urgence motrice ou mentale.
  • Le contrôle exercé sur les compulsions (Item 10) : Capacité du patient à suspendre, abréger ou stopper définitivement un rituel une fois celui-ci amorcé, témoignant de l’autonomie volitionnelle résiduelle face au passage à l’acte ritualisé.

6. Cadre théorique

L’assise conceptuelle de la Y-BOCS s’articule à la croisée du modèle comportemental néo-hullien et des théories cognitives du traitement de l’information formulées au cours des quatre dernières décennies. Sur le versant comportemental classique, l’instrument s’inspire du modèle de la double factorisation de Mowrer appliqué aux névroses obsessionnelles : une angoisse conditionnée est attachée à un stimulus neutre (pensée ou perception), et le comportement compulsif se trouve puissamment renforcé par le processus de renforcement négatif (l’exécution du rituel provoquant une baisse immédiate mais transitoire de la tension anxieuse). La Y-BOCS modélise cette dynamique en intégrant explicitement le couplage fonctionnel entre la détresse de l’obsession et le soulagement compulsif.

Sur le versant cognitif, l’instrument reflète fidèlement les conceptions novatrices de Jack Rachman (1997) et de Paul Salkovskis (1985, 1999). Ces chercheurs ont démontré que les pensées intrusives ne constituent pas en elles-mêmes un phénomène psychopathologique rare ; plus de 80 à 90 % de la population générale saine fait l’expérience de pensées bizarres, blasphématoires ou agressives similaires à celles des patients souffrant de TOC. Ce qui engendre le trouble clinique selon le modèle cognitif de Salkovskis n’est pas l’émergence de la pensée intrusive, mais l’évaluation catastrophique que l’individu porte sur celle-ci, notamment à travers un sentiment de responsabilité personnelle démesurée (inflated responsibility), la confusion entre pensée et action (thought-action fusion) et l’intolérance à l’incertitude.

Dans cette perspective théorique, les items de résistance et de contrôle de la Y-BOCS traduisent les stratégies métacognitives et d’évitement cognitif mises en œuvre par l’individu. Paradoxalement, comme l’a mis en lumière la théorie de la suppression de pensée formulée par Daniel Wegner (l’effet rebond de l’« ours blanc »), les efforts acharnés de résistance mentale déployés pour chasser une obsession augmentent l’accessibilité cognitive de cette même pensée, exacerbant en retour la fréquence perçue et la détresse émotionnelle.

Enfin, sur le plan des neurosciences cognitives modernes, la Y-BOCS interroge indirectement les dysfonctions au sein de la boucle cortico-striato-thalamo-corticale (CSTC). Les dimensions de temps, d’interférence et de perte de contrôle reflètent fidèlement les déficits de l’inhibition comportementale et l’altération des processus de flexibilité cognitive et de commutation attentionnelle, imputables aux anomalies d’interaction entre le cortex orbitofrontal, le cortex cingulaire antérieur et le striatum (noyau caudé). La Y-BOCS matérialise ainsi une mesure clinique rigoureuse des dysfonctionnements des systèmes de guidage de l’action orientée vers un but et de la prédominance pathologique des systèmes d’habitudes motrices automatisées.

7. Validité

Les qualités métrologiques et la validité de l’échelle de Yale-Brown ont fait l’objet d’investigations cliniques systématiques dès sa parution initiale (Goodman et al., 1989b) et ont été répliquées au sein de nombreuses cohortes internationales transculturelles.

7.1. Validité convergente

La validité convergente de la Y-BOCS est corroborée par des corrélations statistiquement significatives et élevées avec d’autres échelles d’évaluation du trouble obsessionnel-compulsif administrées par des cliniciens indépendants ou auto-rapportées :

  • Les études princeps de Goodman et al. (1989b) ont mis en évidence des corrélations très fortes entre le score total de la Y-BOCS et l’évaluation globale de la sévérité du TOC mesurée par la sous-échelle d’impression clinique globale (CGI-OCD, r = 0,65 à 0,74, p < 0,001).
  • Une corrélation modérée à forte est systématiquement documentée avec la sous-échelle obsessionnelle-compulsive de la CPRS (Comprehensive Psychopathological Rating Scale) (r = 0,55 à 0,68).
  • Des associations significatives sont également observées avec l’inventaire obsessionnel de Maudsley (MOCI, r = 0,45 à 0,60) et l’inventaire de Padoue (Padua Inventory, r = 0,52 à 0,70), validant le fait que l’échelle appréhende avec acuité le même univers sémantique et clinique de la pathologie.

7.2. Validité discriminante

Un des accomplissements majeurs de la Y-BOCS réside dans sa remarquable validité discriminante vis-à-vis des troubles comorbides hautement fréquents en psychiatrie, en particulier la dépression caractérisée et l’anxiété généralisée :

  • Les scores à la Y-BOCS ne présentent que des corrélations faibles à modérées avec l’Échelle d’évaluation de la dépression de Hamilton (HDRS / HAM-D, r = 0,25 à 0,38) et l’Inventaire de dépression de Beck (BDI, r = 0,20 à 0,35).
  • De même, la corrélation avec l’Échelle d’évaluation de l’anxiété de Hamilton (HAMA, r = 0,28 à 0,41) confirme que l’instrument ne mesure pas un état de détresse affective non spécifique ou un facteur général de névrosisme (facteur « p » de psychopathologie générale), mais bien le cœur sémiologique propre au processus obsessionnel-compulsif.

7.3. Sensibilité au changement et validité prédictive

La Y-BOCS possède une sensibilité au changement (« responsiveness ») exceptionnellement élevée, ce qui explique son adoption incontournable par la Food and Drug Administration (FDA) et l’Agence européenne des médicaments (EMA) comme critère d’efficacité primaire dans les essais cliniques randomisés en double aveugle. Une méta-analyse des essais pharmacologiques montre des tailles d’effet (d de Cohen) fréquemment supérieures à 1,20 entre le groupe traité par un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine et le groupe placebo. Par ailleurs, les études longitudinales indiquent que les scores résiduels de la Y-BOCS en fin de traitement constituent le meilleur facteur prédictif de rechute symptomatique à 12 et 24 mois.

8. Fidélité

La robustesse métrologique de la Y-BOCS se caractérise par des indices de fidélité particulièrement robustes, documentés tant dans la version princeps anglophone que dans ses multiples adaptations linguistiques validées, notamment la version française (Mollard et al., 1989 ; Bouvard et al., 1992).

8.1. Consistance interne

Les analyses de consistance interne ont révélé des coefficients alpha de Cronbach élevés et homogènes :

  • Pour le score total (10 items) : le coefficient alpha varie de 0,87 à 0,91 selon les échantillons cliniques adultes (Goodman et al., 1989a ; Storch et al., 2005).
  • Pour la sous-échelle des Obsessions (items 1 à 5) : le coefficient alpha oscille entre 0,77 et 0,86.
  • Pour la sous-échelle des Compulsions (items 6 à 10) : le coefficient alpha s’établit entre 0,82 et 0,89.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent confortablement entre 0,43 et 0,79, démontrant que chaque item contribue positivement et de manière substantielle à la mesure du construit global sans redondance excessive.

8.2. Fidélité inter-juges et test-retest

Dans la mesure où la Y-BOCS est administrée sous forme d’entretien semi-structuré par un professionnel de santé mentale, la concordance entre différents évaluateurs constitue un enjeu psychométrique crucial :

  • Fidélité inter-juges : Dans les cohortes de standardisation initiales de Goodman et al. (1989a), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total variaient entre 0,86 et 0,98. Lorsque les évaluateurs reçoivent une formation standardisée préalable (vidéos de consensus, manuels de cotation), le coefficient de corrélation inter-juges dépasse régulièrement 0,95 pour le score total et demeure supérieur à 0,90 pour chaque item individuel.
  • Fidélité test-retest : Chez des patients cliniquement stables évalués à un intervalle de 7 à 14 jours sans modification thérapeutique, le coefficient de fidélité test-retest atteint des valeurs comprises entre 0,81 et 0,90, témoignant d’une stabilité temporelle remarquable de l’instrument en l’absence de toute intervention clinique.

9. Analyse factorielle

Bien que la conception théorique initiale de la Y-BOCS ait postulé une organisation bidimensionnelle stricte (Obsessions d’un côté, Compulsions de l’autre), les études statistiques empiriques basées sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont mis en lumière une réalité psychométrique plus nuancée et ont suscité un débat académique fécond.

9.1. Modèle classique à deux facteurs

Le modèle canonique présuppose deux facteurs orthogonaux ou faiblement corrélés correspondant aux sous-échelles manifestes :

  • Facteur 1 (Obsessions) : regroupant les items 1 à 5, avec des saturations factorielles généralement comprises entre 0,55 et 0,82.
  • Facteur 2 (Compulsions) : regroupant les items 6 à 10, avec des saturations factorielles s’échelonnant de 0,61 à 0,87.

Toutefois, de nombreux auteurs ont souligné que ce modèle présentait des indices d’adéquation imparfaits dans les analyses confirmatoires (CFI < 0,90 ; RMSEA > 0,08), en grande partie en raison du comportement psychométrique atypique des items évaluant la « résistance » (Item 4 et Item 9).

9.2. Modèle à trois facteurs (Storch et al., 2005 ; McKay et al., 2003)

Une vaste série de recherches factorielles menées auprès de grands échantillons cliniques de patients souffrant de TOC a démontré la supériorité statistique d’une structure à trois facteurs :

  • Facteur 1 : Sévérité des Obsessions (Obsession Severity) — Items 1 (Temps), 2 (Interférence), 3 (Détresse) et 5 (Contrôle des obsessions). Ce facteur regroupe la charge phénoménologique directe et le dysfonctionnement cognitif induit par les intrusions.
  • Facteur 2 : Sévérité des Compulsions (Compulsion Severity) — Items 6 (Temps), 7 (Interférence), 8 (Détresse) et 10 (Contrôle des compulsions). Ce facteur capte la magnitude comportementale du comportement ritualisé.
  • Facteur 3 : Résistance symptomatique (Resistance) — Items 4 (Résistance aux obsessions) et 9 (Résistance aux compulsions). Ce troisième facteur isole l’effort volitionnel.

Les investigations ont fréquemment mis en évidence que les items de résistance n’étaient pas corrélés de manière univoque avec la sévérité globale. En effet, un patient extrêmement sévère et chronicisé peut ne plus résister du tout (cotation 4), mais un patient très peu sévère dont les symptômes ne suscitent pas d’anxiété intolérable peut également décider de ne pas y résister (cotation élevée alors que l’impact est faible). Cette constatation empirique a conduit les chercheurs à formuler ultérieurement la version révisée Y-BOCS-II, dans laquelle l’item de résistance a été remplacé par une mesure du « dévouement mental » ou du « temps sans symptôme ».

9.3. Modèle bifactoriel

Les analyses factorielles confirmatoires les plus récentes privilégient un modèle bifactoriel (bifactor model) : il intègre un facteur général « G » de sévérité globale du TOC absorbant la majeure partie de la variance commune (expliquant plus de 65 % à 75 % de la variance extraite), complété par deux facteurs résiduels spécifiques (Obsessions et Compulsions). Ces données statistiques soutiennent puissamment l’usage préconisé par les auteurs d’utiliser le score total Y-BOCS (0-40) comme critère métrologique principal dans les prises de décision cliniques et les études interventionnelles.

10. Instrument de mesure

L’instrument Y-BOCS se déploie selon un format d’administration rigoureusement formalisé :

  • Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré administré par un clinicien formé (psychiatre, psychologue, interne ou chercheur clinicien). Une variante auto-questionnaire existe (Y-BOCS Self-Report), mais l’hétéro-évaluation clinique demeure la méthode de référence privilégiée.
  • Période temporelle évaluée : Les sept derniers jours précédant immédiatement l’entretien (« durant la semaine écoulée, y compris le jour de l’évaluation »).
  • Nombre d’items : 10 items cardinaux constituant l’échelle de sévérité (divisés en 5 items d’obsessions et 5 items de compulsions). L’instrument complet comporte également les items 11 à 16 (non inclus dans le score standard de 0-40, évaluant l’insight, l’évitement, la lenteur, le doute, etc.) ainsi que la Checklist diagnostique exhaustive.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points pour chaque item, cotée rigoureusement de 0 à 4. Des ancres descriptives spécifiques et précises sont fournies pour chaque niveau de chaque item :
    • 0 = Aucun / Jamais / Contrôle complet / Résistance constante
    • 1 = Léger / Rarement / Contrôle important / Grande résistance
    • 2 = Modéré / Gérable / Contrôle partiel / Résistance modérée
    • 3 = Sévère / Altération substantielle / Contrôle faible / Cède fréquemment
    • 4 = Extrême / Incapacitant / Contrôle nul / Capitule complètement
  • Calcul des scores :
    • Score de la sous-échelle Obsessions (items 1 à 5) : Somme des items 1 à 5 (plage de 0 à 20 points).
    • Score de la sous-échelle Compulsions (items 6 à 10) : Somme des items 6 à 10 (plage de 0 à 20 points).
    • Score total Y-BOCS : Somme des 10 items (plage globale de 0 à 40 points).
  • Interprétation clinique des scores seuils :
    • 0 à 7 points : Symptomatologie infra-clinique (non significative ou rémission clinique complète).
    • 8 à 15 points : Trouble obsessionnel-compulsif d’intensité légère.
    • 16 à 23 points : Trouble obsessionnel-compulsif d’intensité modérée (seuil usuel d’inclusion dans les essais thérapeutiques).
    • 24 à 31 points : Trouble obsessionnel-compulsif d’intensité sévère.
    • 32 à 40 points : Trouble obsessionnel-compulsif d’intensité extrême / incapacitante.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication princeps : 1989 (articles fondateurs parus dans Archives of General Psychiatry).
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : La Y-BOCS originale a été développée dans le cadre de recherches subventionnées par des fonds publics fédéraux américains (National Institutes of Health / NIMH). À ce titre, la version originale de l’instrument est traditionnellement considérée comme relevant du domaine public académique ou disponible sans redevance commerciale pour une utilisation clinique non marchande et la recherche académique indépendante.
  • Tarifs d’utilisation : L’accès au questionnaire et à la feuille de cotation standard est entièrement gratuit pour les praticiens libéraux, les institutions hospitalières universitaires et les chercheurs académiques. Aucune redevance (« royalty ») n’est exigée pour la reproduction du format papier-crayon original. En revanche, son inclusion dans des plateformes logicielles commerciales de télésanté, des batteries électroniques privées d’e-santé ou des essais cliniques parrainés par l’industrie pharmaceutique peut nécessiter des accords de licence formels auprès des détenteurs de propriété intellectuelle ou d’instituts spécialisés.

12. Références

Bouvard, M., Mollard, E., Cottraux, J., & Guérin, J. (1992). Échelle d’obsessions-compulsions de Yale-Brown (Y-BOCS) : Traduction et adaptation française. L’Encéphale, 18(3), 259–264.

Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Fleischmann, R. L., Hill, C. L., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989a). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: I. Development, use, and reliability. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1006–1011. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110048007

Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Delgado, P., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989b). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: II. Validity. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1012–1016. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110054008

McKay, D., Danyko, S. J., Neziroglu, F., & Yaryura-Tobias, J. A. (2003). Factor structure of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale: A examination in an outpatient clinical sample. Journal of Anxiety Disorders, 17(1), 87–95. https://doi.org/10.1016/s0887-6185(02)00179-8

Mollard, E., Cottraux, J., & Bouvard, M. (1989). Évaluation des obsessions et des compulsions par l’échelle de Yale-Brown : Étude de validation en langue française. Psychiatrie & Psychobiologie, 4(6), 367–372.

Rachman, S. (1997). A cognitive theory of obsessions. Behaviour Research and Therapy, 35(9), 793–802. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(97)00040-5

Salkovskis, P. M. (1985). Obsessional-compulsive problems: A cognitive-behavioural analysis. Behaviour Research and Therapy, 23(5), 571–583. https://doi.org/10.1016/0005-7967(85)90105-6

Salkovskis, P. M. (1999). Understanding and treating obsessive—compulsive disorder. Behaviour Research and Therapy, 37(Suppl 1), S29–S52. https://doi.org/10.1016/s0005-7967(99)00049-2

Storch, E. A., Shapira, N. A., Dimaggio, C., Geffken, G. R., Murphy, T. K., & Goodman, W. K. (2005). The item-level psychometrics of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale. Journal of Psychiatric Research, 39(5), 499–508. https://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2004.12.001

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

0 hours per day
2

0-1 hour per day
3

1-3 hours per day
4

3-8 hours per day
5

More than 8 hours per day
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Looti, M. (2026, octobre 16). Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-obsession-compulsion-yale-brown-y-bocs-2
Looti, Mohammed. “Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-obsession-compulsion-yale-brown-y-bocs-2.
Looti, Mohammed. “Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-obsession-compulsion-yale-brown-y-bocs-2.