1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown pour enfants (couramment désignée par l’acronyme anglophone CY-BOCS, pour Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale) constitue le standard de référence international (« gold standard ») pour l’évaluation clinique et psychométrique de la sévérité des symptômes du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) chez les enfants et adolescents âgés de 4 à 18 ans. Dérivée de la version pour adultes (Y-BOCS) développée initialement par Wayne K. Goodman et ses collaborateurs, la CY-BOCS a été adaptée sur les plans conceptuel, linguistique et développemental pour la population pédiatrique par une équipe dirigée notamment par Goodman, Riddle, Leckman et Scahill au début des années 1990. L’instrument est conçu sous la forme d’un entretien semi-structuré administré par un clinicien formé, combinant des entretiens conjoints et séparés avec l’enfant et ses parents ou tuteurs légaux.
La structure globale de l’évaluation repose sur une démarche en deux étapes méthodologiques distinctes : premièrement, une Checklist des symptômes (recensant plus de 70 manifestations cliniques historiques et actuelles réparties en obsessions et compulsions au sein de multiples thématiques telles que la contamination, l’agression, la symétrie, la répétition, le lavage et la vérification), permettant d’identifier précisément les obsessions et compulsions cibles ; deuxièmement, l’échelle de sévérité proprement dite, composée de 10 items fondamentaux. Ces 10 items sont divisés de façon symétrique en deux sous-échelles de 5 items : la sous-échelle de sévérité des obsessions (items 1 à 5) et la sous-échelle de sévérité des compulsions (items 6 à 10). Chaque dimension explore cinq paramètres cardinaux : le temps consacré (ou la fréquence), l’interférence fonctionnelle dans le quotidien, la détresse émotionnelle ressentie, le niveau de résistance active et le degré de contrôle exercé.
Chaque item est coté sur une échelle ordinale de type Likert à 5 points allant de 0 (« Aucun / Aucun symptôme ») à 4 (« Extrême / Invalidité totale »). Les scores composites s’échelonnent de 0 à 20 pour chaque sous-échelle, engendrant un score de sévérité globale total compris entre 0 et 40 points. Les propriétés psychométriques de la CY-BOCS démontrent une cohérence interne élevée (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,86 et 0,91 pour le score total), une fidélité inter-juges remarquable (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,90) et une excellente sensibilité au changement thérapeutique dans les essais d’interventions cognitivo-comportementales et pharmacologiques.
2. Mots-clés / Keywords
Trouble obsessionnel-compulsif, CY-BOCS, psychopathologie pédiatrique, psychométrie clinique, obsessions, compulsions, échelle de sévérité, entretien semi-structuré, pédopsychiatrie, thérapie cognitivo-comportementale.
3. Auteurs / Authors
La Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale est le fruit de la collaboration interdisciplinaire de plusieurs pionniers de la psychiatrie et de la psychologie clinique infanto-juvénile au sein de l’Université de Yale et d’institutions partenaires affiliées :
- Wayne K. Goodman, M.D. — Département de psychiatrie, College of Medicine, University of Florida (Gainesville, Floride) et anciennement Yale University School of Medicine (New Haven, Connecticut, États-Unis). Concepteur initial de la Y-BOCS et co-développeur de la version pédiatrique.
- Mark A. Riddle, M.D. — Division of Child and Adolescent Psychiatry, The Johns Hopkins University School of Medicine (Baltimore, Maryland, États-Unis). Spécialiste de la psychopharmacologie pédiatrique et des troubles anxieux infanto-juvéniles.
- James F. Leckman, M.D., Ph.D. — Child Study Center, Yale University School of Medicine (New Haven, Connecticut, États-Unis). Expert de renommée mondiale du syndrome de Gilles de la Tourette, des tics et des manifestations obsessionnelles compulsives chez l’enfant.
- Lawrence D. Scahill, MSN, Ph.D. — Yale Child Study Center et Emory University School of Medicine (Atlanta, Géorgie, États-Unis). Épidémiologiste clinique, biostatisticien et investigateur principal de nombreux essais cliniques de référence sur le TOC pédiatrique.
- Lawrence H. Price, M.D. et Steven A. Rasmussen, M.D. — Brown University / Butler Hospital (Providence, Rhode Island, États-Unis). Co-créateurs historiques de la structure de cotation originale de la Y-BOCS adulte.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale est de fournir une mesure standardisée, quantitative, robuste et exempte de biais de contenu, dédiée à l’évaluation de la sévérité globale du trouble obsessionnel-compulsif chez les enfants et adolescents. Contrairement à de multiples inventaires auto-rapportés qui confondent la typologie ou le nombre des symptômes avec l’intensité du trouble, la CY-BOCS a été spécifiquement conceptualisée pour dissocier la forme du symptôme de son retentissement fonctionnel et de sa sévérité. Ainsi, un jeune patient présentant un unique rituel envahissant peut obtenir un score de sévérité tout aussi élevé, voire plus élevé, qu’un patient manifestant une multiplicité d’obsessions légères et peu invalidantes.
Applications cliniques
En pratique clinique pédopsychiatrique et psychologique, la CY-BOCS remplit plusieurs rôles cruciaux :
- Établissement du profil symptomatique de base : Grâce à la grille d’inventaire préliminaire (Symptom Checklist), le praticien cartographie l’ensemble des obsessions (pensées agressives, contamination, scrupulosité, symétrie, somatique) et des compulsions (lavage, vérification, répétition, comptage, rangement, évitements ritualisés) passées et présentes. Cela permet d’identifier avec clarté les symptômes cibles prioritaires.
- Gradation de la sévérité et stratification diagnostique : En agrégeant les 10 items cardinaux, la CY-BOCS permet de classifier le trouble selon des seuils empiriques validés (subclinique, léger, modéré, sévère, extrême), orientant ainsi la décision thérapeutique (par exemple, initiation d’une thérapie d’exposition avec prévention de la réponse (EPR) en monothérapie versus combinaison avec un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine [ISRS]).
- Monitoring longitudinal et titration thérapeutique : Administrée de manière répétée au cours du suivi, l’échelle objective la trajectoire clinique, la réponse au traitement (définie usuellement dans la littérature par une réduction ≥ 25 % à 35 % du score total) et les critères stricts de rémission clinique (usuellement fixés à un score total ≤ 10 ou 12).
Applications en recherche scientifique
Dans le domaine de la recherche translationnelle, des neurosciences et des essais contrôlés randomisés (ECR) — tels que l’étude historique Pediatric OCD Treatment Study (POTS) —, la CY-BOCS constitue le critère de jugement principal (primary outcome measure) incontournable. Elle permet d’homogénéiser les critères d’inclusion des cohortes cliniques, de comparer l’efficacité relative des protocoles psychothérapeutiques et pharmacologiques, et d’analyser les corrélats neurobiologiques (via la neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle des circuits cortico-striato-thalamo-corticaux) en corrélation directe avec les fluctuations du score de sévérité.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la CY-BOCS est la sévérité dimensionnelle du trouble obsessionnel-compulsif pédiatrique, appréhendée à travers deux polarités sémiologiques distinctes mais étroitement interdépendantes : les obsessions et les compulsions. Chacune de ces sous-dimensions est décomposée de façon rigoureuse selon cinq paramètres psychométriques et phénoménologiques.
La dimension des obsessions (Items 1 à 5)
Les obsessions sont définies dans le modèle de la CY-BOCS comme des pensées, impulsions, représentations mentales ou sensations intrusives, récurrentes et involontaires, vécues par le jeune comme anxiogènes, inappropriées ou moralement dérangeantes. La sévérité obsessionnelle est opérationnalisée à travers cinq paramètres :
- Temps consacré / Fréquence (Item 1) : Mesure la proportion de la journée durant laquelle l’enfant est accaparé par ses obsessions intrusives, allant de pensées occasionnelles (moins d’une heure quotidienne cumulée) à une invasion cognitive quasi permanente et ininterrompue.
- Interférence fonctionnelle (Item 2) : Évalue à quel point ces intrusions cognitives entravent le fonctionnement adaptatif de l’enfant dans ses sphères de vie fondamentales : scolarité (incapacité à se concentrer, retards, devoirs interminables), interactions sociales (évitement des camarades) et vie familiale.
- Détresse subjective associée (Item 3) : Quantifie le niveau de souffrance psychique, d’angoisse panique, de culpabilité ou d’écœurement généré par la survenue des obsessions. L’évaluation prend en compte le ressenti subjectif de l’enfant ainsi que les manifestations neurovégétatives et comportementales observées par les parents.
- Résistance active (Item 4) : Explore les efforts cognitifs et comportementaux déployés par l’enfant pour stopper, repousser, ignorer ou neutraliser ses obsessions. Un score bas reflète une tentative constante et vigoureuse de lutte, tandis qu’un score élevé indique une capitulation complète face aux intrusions mentales.
- Degré de contrôle perçu (Item 5) : Évalue l’efficacité réelle des efforts de l’enfant lorsqu’il tente de se débarrasser de ses obsessions. Dans les cas graves, le jeune ne dispose d’aucun pouvoir d’interruption volontaire et demeure captif de l’automatisme idéatoire.
La dimension des compulsions (Items 6 à 10)
Les compulsions désignent des comportements manifestes et répétitifs (tels que le lavage des mains, les vérifications mécaniques, l’alignement d’objets) ou des actes mentaux ritualisés (prières intérieures, répétitions de formules silencieuses, comptages) que l’enfant se sent irrésistiblement contraint d’accomplir en réponse à une obsession ou selon des règles rigides, souvent sous-tendues par un sentiment d’incomplétude (phénomène de « just right »).
- Temps consacré à l’exécution rituelle (Item 6) : Quantifie le temps cumulé dépensé quotidiennement à accomplir les compulsions et rituels. Dans les tableaux cliniques sévères, ces rituels peuvent engloutir de 3 à plus de 8 heures par jour, paralysant le rythme quotidien.
- Interférence comportementale (Item 7) : Mesure les conséquences concrètes des rituels sur la trajectoire développementale, les activités quotidiennes, l’autonomie et les relations de l’enfant (par exemple, retards chroniques le matin dus aux rituels d’habillage ou de toilette).
- Détresse liée à l’empêchement (Item 8) : Évalue l’intensité de l’anxiété, de la crise de rage ou de la désorganisation affective qui surviendrait si les rituels compulsifs étaient brutalement interrompus ou empêchés par un tiers (parents, enseignants).
- Résistance comportementale (Item 9) : Mesure la volonté et les tentatives délibérées de l’enfant pour freiner, retarder ou inhiber l’exécution de ses compulsions motrices ou mentales.
- Contrôle sur les compulsions (Item 10) : Capture la capacité de l’enfant à interrompre un rituel en cours ou à renoncer à son exécution sans succomber à une pulsion d’achèvement irrépressible.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement et la structuration clinique de la CY-BOCS s’inscrivent au confluent de deux grands paradigmes scientifiques : les modèles neurocognitifs et neuropsychiatriques du TOC, et les modèles cognitivo-comportementaux contemporains de la genèse et du maintien des rituels pathologiques.
Le modèle cognitivo-comportemental classique
Sur le plan comportemental, la CY-BOCS repose historiquement sur le modèle bifactoriel de l’apprentissage développé par O. Hobart Mowrer, ultérieurement raffiné par Paul Salkovskis et David A. Clark dans le cadre cognitif. Selon cette conceptualisation :
- Les obsessions émergent sous forme de stimuli conditionnés internes déclenchant une anxiété ou une détresse aiguë, souvent amplifiées par des croyances dysfonctionnelles métacognitives (responsabilité hypertrophiée, fusion pensée-action, intolérance à l’incertitude).
- Les compulsions fonctionnent comme des conduites d’évitement actif ou de neutralisation maintenues par un puissant processus de renforcement négatif : l’accomplissement du rituel fait chuter de manière transitoire l’angoisse obsessionnelle, privant le jeune de l’opportunité d’expérimenter l’habituation naturelle de l’anxiété, ce qui verrouille le cercle vicieux psychopathologique.
Spécificités développementales et accommodation familiale
L’adaptation de la Y-BOCS aux jeunes patients a requis l’intégration des théories du développement cognitif de Jean Piaget et des systèmes familiaux. Chez l’enfant, l’insight (la conscience du caractère excessif, irrationnel ou pathologique des symptômes) est variable, immature, voire totalement absent chez les plus jeunes présentant une pensée magique naturelle ou un égocentrisme cognitif normal. Dès lors, la CY-BOCS s’affranchit du critère adulte de reconnaissance obligatoire du caractère absurde des idées par le sujet lui-même.
De surcroît, le cadre théorique de la CY-BOCS prend en considération le phénomène majeur de l’accommodation familiale (conceptualisé notamment par Scahill, Calvocoressi et Lebowitz). Les enfants contraignent fréquemment leurs parents, frères et sœurs à participer activement à leurs rituels (fournir des réassurances répétées, acheter des produits de nettoyage spécifiques, effectuer des vérifications par procuration). L’interférence et la détresse mesurées par l’échelle capturent donc souvent des transactions interpersonnelles complexes régissant l’écologie du foyer.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la CY-BOCS a fait l’objet de nombreuses validations empiriques indépendantes à travers le monde, confirmant la robustesse du construit dans des contextes cliniques et transculturels variés.
Validité convergente
La validité convergente de la CY-BOCS est établie par des corrélations statistiquement significatives et élevées avec les autres instruments standardisés d’évaluation du TOC pédiatrique :
- Une corrélation robuste (comprise entre r = 0,65 et r = 0,78, p < 0,001) est systématiquement documentée avec l’échelle d’impression clinique globale de sévérité (Clinical Global Impressions – Severity Scale [CGI-S]) appliquée au TOC.
- Des corrélations modérées à fortes (r = 0,55 à 0,72) sont retrouvées avec les auto-questionnaires pédiatriques de symptômes obsessionnels, tels que le Leyton Obsessional Inventory – Child Version (LOI-CV) et le Children’s Obsessional Compulsive Inventory (ChOCI).
- Les études de Scahill et al. (1997) et de Storch et al. (2004) ont montré que la sous-échelle d’obsessions corrèle spécifiquement avec les mesures d’anxiété cognitive, tandis que la sous-échelle de compulsions corrèle plus nettement avec les perturbations comportementales observables.
Validité discriminante
La validité discriminante ou divergente de l’instrument est attestée par des corrélations nettement plus faibles entre le score total de la CY-BOCS et les échelles mesurant la dépression pédiatrique (par exemple, le Children’s Depression Inventory [CDI], avec r oscillant typiquement entre 0,25 et 0,38) ou l’anxiété générale non liée au TOC (telle que la Multidimensional Anxiety Scale for Children [MASC], r ≈ 0,30 à 0,42). Ces résultats confirment que la CY-BOCS capture une variance psychopathologique propre aux mécanismes obsessionnels-compulsifs et ne constitue pas un simple baromètre de détresse affective indifférenciée.
Sensibilité au changement thérapeutique (Validité prédictive / clinique)
Dans l’essai princeps POTS (Pediatric OCD Treatment Study, 2004), la CY-BOCS a manifesté une sensibilité au changement (taille d’effet d de Cohen supérieure à 1,40 pour les groupes combinant TCC et sertraline). L’échelle détecte avec une remarquable granularité les diminutions progressives du fardeau symptomatique sous l’effet de l’exposition thérapeutique avec prévention de la réponse, faisant d’elle l’étalon diagnostique unanime pour quantifier les taux de réponse et de rémission clinique.
8. Fidélité / Reliability
Les investigations psychométriques portant sur la fidélité de la CY-BOCS attestent d’une précision de mesure remarquable sur l’ensemble de ses composantes.
Cohérence interne
Les estimations de la consistance interne, calculées via le coefficient alpha de Cronbach, démontrent une homogénéité élevée des items :
- Score total de sévérité (10 items) : α = 0,86 à 0,91 selon les larges cohortes cliniques de validation (Scahill et al., 1997 ; Storch et al., 2004, 2005).
- Sous-échelle Obsessions (Items 1 à 5) : α = 0,78 à 0,84.
- Sous-échelle Compulsions (Items 6 à 10) : α = 0,82 à 0,88.
Fidélité inter-juges
En raison de sa modalité d’administration sous forme d’entretien semi-structuré dirigé par le clinicien, la concordance entre évaluateurs indépendants représente une qualité métrologique fondamentale. Les études évaluant la fidélité inter-juges à partir d’entretiens enregistrés sur vidéo rapportent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) exceptionnels :
- CCI du score total : 0,91 à 0,97.
- CCI de la sous-échelle d’obsessions : 0,88 à 0,93.
- CCI de la sous-échelle de compulsions : 0,90 à 0,95.
Fidélité test-retest
Dans des intervalles de réévaluation courts (de 1 à 2 semaines chez des patients dont l’état clinique est stabilisé sans modification thérapeutique), le coefficient de fidélité test-retest s’élève généralement entre r = 0,79 et r = 0,90, indiquant une stabilité temporelle satisfaisante tout en préservant la réactivité de l’instrument aux fluctuations cliniques induites par les interventions.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle sous-jacente aux 10 items de sévérité de la CY-BOCS a fait l’objet de multiples travaux en analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).
Modèle classique à deux facteurs corrélés
La conceptualisation originelle postulait une partition stricte en deux facteurs de premier ordre corrélés :
- Facteur 1 : Sévérité des obsessions (items 1 à 5), regroupant le temps, l’interférence, la détresse, la résistance et le contrôle associés aux intrusions idéatoires.
- Facteur 2 : Sévérité des compulsions (items 6 à 10), regroupant les cinq métriques équivalentes appliquées aux actes rituels moteurs et mentaux.
Cette structure à deux facteurs a été confirmée par Scahill et ses collaborateurs (1997). Les saturations factorielles (factor loadings) des items sur leurs facteurs respectifs s’avèrent solides, oscillant habituellement entre 0,58 et 0,85.
Débats méthodologiques autour des items de résistance
Des analyses factorielles confirmatoires conduites par Storch et al. (2005) ont révélé que les items évaluant la résistance active (Item 4 pour les obsessions et Item 9 pour les compulsions) présentent des propriétés métrologiques atypiques. Chez certains enfants et adolescents :
- Un manque de résistance peut signifier soit une forme d’épuisement face à une maladie d’intensité catastrophique (faible résistance = sévérité maximale), soit à l’inverse une absence de détresse parce que l’enfant ne perçoit aucun problème dans ses rituels (faible résistance = faible égodystonie ou déni).
- De ce fait, les saturations factorielles de ces deux items s’avèrent parfois plus faibles (inférieures à 0,40 dans certains échantillons pédiatriques). Certains auteurs ont modélisé avec succès des structures alternatives bi-factorielles ou des modèles à deux facteurs excluant ou isolant la composante de résistance (parfois regroupée avec le contrôle sous une dimension de « maîtrise cognitive/comportementale »). Néanmoins, pour des impératifs d’homogénéité avec la littérature internationale et les essais cliniques multicentriques, la cotation standardisée à 10 items demeure la règle unanime adoptée en pratique clinique.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’évaluation complète par la CY-BOCS combine une démarche méthodique en deux volets structurés :
- Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré hétéro-évalué par un clinicien expérimenté, intégrant les informations rapportées par l’enfant/adolescent, par les parents et par les observations directes du praticien.
- Population cible : Enfants et adolescents de 4 à 18 ans suspectés de souffrir de TOC ou ayant reçu ce diagnostic.
- Composante 1 : Checklist des symptômes (CY-BOCS Symptom Checklist) :
- Recense plus de 70 manifestations réparties en obsessions (contamination, agressivité, santé/somatique, religion/moralité, symétrie, ordre, pensées sexuelles, idées magiques) et compulsions (lavage, vérification, répétition, comptage, arrangement, accumulation, rituels superstitieux, rituels impliquant un tiers).
- Permet d’établir les symptômes « passés » et « actuels » (au cours de la dernière semaine) et de sélectionner formellement les obsessions cibles et compulsions cibles les plus perturbantes avant de procéder à la cotation de la sévérité.
- Composante 2 : Échelle de sévérité (Severity Scale) :
- Nombre d’items : 10 items d’évaluation clinique directe.
- Distribution : Items 1 à 5 dédiés aux obsessions cibles ; Items 6 à 10 dédiés aux compulsions cibles.
- Format et échelle de réponse : Échelle de cotation ordinale à 5 points (de 0 à 4) administrée par le clinicien :
- 0 = Aucun / Absente (None)
- 1 = Léger (Mild)
- 2 = Modéré (Moderate)
- 3 = Sévère (Severe)
- 4 = Extrême (Extreme)
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Sous-total Obsessions : Somme des items 1 à 5 (Étendue : 0 à 20 points).
- Sous-total Compulsions : Somme des items 6 à 10 (Étendue : 0 à 20 points).
- Score Total CY-BOCS : Somme cumulée des 10 items (Étendue globale : 0 à 40 points).
- Interprétation clinique des scores totaux :
- 0 à 7 : Manifestations subcliniques / Rémis.
- 8 à 15 : Atteinte légère (Mild OCD).
- 16 à 23 : Atteinte modérée (Moderate OCD) — seuil d’inclusion typique dans les essais thérapeutiques.
- 24 à 31 : Atteinte sévère (Severe OCD).
- 32 à 40 : Atteinte extrême / Invalidité majeure (Extreme OCD).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : Adaptée à partir de la version adulte de Goodman et al. (1989), la version pédiatrique CY-BOCS a été formalisée au cours des années 1990, avec publication de référence de ses propriétés psychométriques majeures par Scahill et al. en 1997.
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits moraux et de conception appartiennent aux auteurs originaux (W.K. Goodman, M.A. Riddle, J.F. Leckman, L.D. Scahill et leurs collaborateurs institutionnels de Yale University).
- Conditions d’accès et frais d’utilisation : L’échelle et sa grille de symptômes sont traditionnellement mises à disposition à titre gratuit pour la pratique clinique courante, la formation médicale et la recherche académique non lucrative. Elles sont largement téléchargeables via des consortiums hospitaliers universitaires et des organismes de soutien comme l’International OCD Foundation (IOCDF).
- Utilisation commerciale et essais industriels : Toute utilisation dans le cadre d’essais cliniques promus par l’industrie pharmaceutique ou intégrée au sein de plateformes logicielles propriétaires nécessite l’autorisation formelle expresse des auteurs détenteurs ou des bureaux de transfert technologique affiliés.
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations métrologiques ci-dessous constituent la documentation scientifique de référence concernant la CY-BOCS :
- Goodman, W. K., Price, L. H., Rasmussen, S. A., Mazure, C., Fleischmann, R. L., Hill, C. L., Heninger, G. R., & Charney, D. S. (1989). The Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: I. Development, use, and reliability. Archives of General Psychiatry, 46(11), 1006–1011. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1989.01810110048007
- Pediatric OCD Treatment Study (POTS) Team. (2004). Cognitive-behavior therapy, sertraline, and their combination for children and adolescents with obsessive-compulsive disorder: The Pediatric OCD Treatment Study (POTS) randomized controlled trial. JAMA, 292(16), 1969–1976. https://doi.org/10.1001/jama.292.16.1969
- Scahill, L., Riddle, M. A., McSwiggin-Hardin, M., Ort, S. I., King, R. A., Goodman, W. K., Cicchetti, D., & Leckman, J. F. (1997). Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale: Reliability and validity for medians and adolescents. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 36(6), 844–852. https://doi.org/10.1097/00004583-199706000-00023
- Storch, E. A., Murphy, T. K., Geffken, G. R., Soto, O., Sajid, M., Allen, P., Roberti, J. W., Killiany, E. M., & Goodman, W. K. (2004). Psychometric evaluation of the Children’s Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale. Psychiatry Research, 129(1), 91–98. https://doi.org/10.1016/j.psychres.2004.06.009
- Storch, E. A., Shapira, N. A., Dimaggio, C., Geffken, G. R., Murphy, T. K., & Goodman, W. K. (2005). Reliability and validity of the Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale: A meta-analysis. Depression and Anxiety, 22(2), 88–96. https://doi.org/10.1002/da.20088
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :Response Scale: 5-point clinician-rated scale from 0 to 4 (e.g., 0 = None, 1 = Mild, 2 = Moderate, 3 = Severe, 4 = Extreme)
Obsession Severity Items (Items 1 to 5)
-
Time occupied by obsessive thoughts
(How much time do you spend thinking about these things? How frequently do these thoughts occur?) -
Interference due to obsessive thoughts
(How much do these thoughts get in the way of school or doing things with friends?) -
Distress associated with obsessive thoughts
(How much do these thoughts bother or upset you?) -
Resistance against obsessions
(How hard do you try to stop the thoughts or ignore them?) -
Degree of control over obsessive thoughts
(When you try to fight the thoughts, how much control do you have over them? Can you make them stop?)
Compulsion Severity Items (Items 6 to 10)
-
Time spent performing compulsive behaviors
(How much time do you spend doing these things? How frequently do you perform these rituals?) -
Interference due to compulsive behaviors
(How much do these habits get in the way of school or doing things with friends?) -
Distress associated with compulsive behavior
(How would you feel if someone or something stopped you from carrying out these behaviors? How anxious or upset would you get?) -
Resistance against compulsions
(How hard do you try to resist or stop doing these habits/rituals?) -
Degree of control over compulsive behavior
(How much control do you have over these habits? Can you stop them from happening or stop doing them once you start?)