1. Résumé / Abstract
L’Échelle multidimensionnelle du perfectionnisme de Frost (Frost Multidimensional Perfectionism Scale, FMPS), élaborée en 1990 par le psychologue Randy O. Frost et ses collaborateurs Patricia A. Marten, Cathleen Lahart et Robin Rosenblate, constitue l’un des instruments psychométriques fondamentaux et pionniers dans l’évaluation empirique du perfectionnisme. Historiquement appréhendé comme une entité unidimensionnelle souvent amalgamée à une exigence névrotique globale, le perfectionnisme a été redéfini par Frost et son équipe comme une structure multifacette complexe comprenant à la fois des aspects intra-individuels, interpersonnels et développementaux. L’instrument original comporte 35 items auto-rapportés évalués sur une échelle de Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 5 (« Tout à fait d’accord »).
Dans sa modélisation princeps, la FMPS articule le perfectionnisme autour de six dimensions distinctes : la Peur de l’erreur (Concern over Mistakes, CM, 9 items), les Standards personnels élevés (Personal Standards, PS, 7 items), les Attentes parentales (Parental Expectations, PE, 5 items), les Critiques parentales (Parental Criticism, PC, 4 items), le Doute sur la qualité des actions (Doubts about Actions, DA, 4 items) et l’Organisation (Organization, OR, 6 items). Par la suite, des réévaluations psychométriques majeures, notamment celles conduites par Joachim Stöber en 1998, ont mis en évidence l’intérêt d’une structure affinée à quatre dimensions regroupant la sensibilité aux erreurs et les doutes d’action d’une part, et les pressions parentales (attentes et critiques) d’autre part. Le score global de perfectionnisme total est classiquement calculé en sommant les sous-échelles à l’exclusion de l’Organisation, cette dernière représentant une dimension adaptative indépendante qui ne contribue pas directement à la variance pathologique.
Les propriétés psychométriques de la FMPS ont été rigoureusement établies à travers des décennies de recherche internationale. La cohérence interne est remarquable, affichant des coefficients alpha de Cronbach globaux oscillant généralement entre 0,86 et 0,91, et des alphas pour les sous-échelles s’échelonnant de 0,72 à 0,90 selon les populations étudiées. L’échelle démontre une excellente validité convergente et discriminante, se corrélant significativement avec la psychopathologie générale, notamment les troubles du comportement alimentaire (comme l’anorexie mentale), le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), les troubles anxieux, la phobie sociale, la dépression majeure, l’insomnie chronique et l’anxiété de performance. Elle demeure à ce jour une référence internationale incontournable tant en recherche fondamentale qu’en évaluation clinique et en psychothérapie cognitive et comportementale.
2. Mots-clés / Keywords
Perfectionnisme multidimensionnel, Échelle de Frost, FMPS, Évaluation psychométrique, Psychopathologie cognitive, Peur de l’erreur, Standards personnels, Attentes parentales, Trouble obsessionnel-compulsif, Anorexie mentale, Thérapie cognitive et comportementale, Joachim Stöber, Psychométrie clinique.
3. Auteurs / Authors
L’échelle multidimensionnelle du perfectionnisme a été conçue et validée par une équipe de chercheurs du Département de psychologie du Smith College (Northampton, Massachusetts, États-Unis) :
- Dr Randy O. Frost, Ph.D. : Professeur émérite en psychologie au Smith College (Harold Edward and Elsa Siipola Israel Professor Emeritus of Psychology). Reconnu mondialement pour ses travaux pionniers sur le perfectionnisme, la thésaurisation pathologique (syllogomanie / hoarding disorder) et les troubles obsessionnels-compulsifs. Contact académique :
[email protected]. - Patricia A. Marten : Chercheuse et collaboratrice au Smith College, ayant co-dirigé les travaux expérimentaux sur la vulnérabilité évaluative et le stress de performance liés au perfectionnisme.
- Cathleen Lahart : Co-auteure des études initiales de modélisation théorique du perfectionnisme au Smith College.
- Robin Rosenblate : Co-auteure des travaux initiaux sur la mesure multidimensionnelle du perfectionnisme au Smith College.
Des travaux de raffinement psychométrique et d’analyse factorielle confirmatoire ultérieurs ont été menés par le Dr Joachim Stöber (Professeur émérite de psychologie à l’Université du Kent, Royaume-Uni), qui a démontré la robustesse du modèle à quatre facteurs et documenté les profils normatifs en milieu universitaire.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle multidimensionnelle du perfectionnisme de Frost est de fournir une évaluation différentielle, opérationnelle et standardisée des différentes facettes qui composent le perfectionnisme. Avant la parution de l’étude princeps de Frost, Marten, Lahart et Rosenblate en 1990, le perfectionnisme était couramment appréhendé sous un prisme clinique monolithique, principalement caractérisé comme un besoin irrationnel et tyrannique d’atteindre l’impeccabilité (selon la conceptualisation d’auteurs pionniers comme Karen Horney, Albert Ellis ou David D. Burns). Cette approche unidimensionnelle présentait des limites méthodologiques sévères : elle échouait à distinguer les formes hautement délétères du perfectionnisme de ses composantes saines, proactives ou orientées vers l’accomplissement, et ignorait les mécanismes cognitifs sous-jacents tels que le doute perpétuel quant à l’achèvement d’une tâche ou l’intériorisation précoce des standards familiaux.
La FMPS a été conçue pour répondre à un double impératif académique et clinique :
- Déconstruire la phénoménologie du perfectionnisme : Isoler les standards élevés auto-imposés, l’intolérance aux imperfections, le doute cognitif d’incomplétude, l’organisation méticuleuse et l’influence des schémas d’attachement ou de socialisation parentale.
- Élucider l’étiologie des troubles psychopathologiques : Fournir aux cliniciens et aux chercheurs un outil empirique capable d’expliquer comment des croyances dysfonctionnelles spécifiques agissent comme des facteurs de vulnérabilité ou de maintien dans divers troubles psychiatriques majeurs.
Dans la pratique clinique, la FMPS permet d’établir une cartographie cognitive précise du patient. Par exemple, chez une personne souffrant de troubles des conduites alimentaires (tels que l’anorexie mentale), des scores massifs sur la Peur de l’erreur et les Attentes parentales permettent d’identifier un fonctionnement guidé par l’évitement de l’échec et la quête éperdue d’approbation extérieure. Dans le cadre du trouble obsessionnel-compulsif, des scores élevés sur le Doute sur la qualité des actions et l’Organisation éclairent les vérifications compulsives, le phénomène d’incomplétude (sentiment de « not just right experience ») et la lenteur d’exécution. En thérapie cognitive et comportementale (TCC), l’échelle sert d’outil de psychoéducation, de conceptualisation de cas et de mesure des résultats thérapeutiques (évaluation pré/post-intervention).
Dans le domaine de la recherche, la FMPS a révolutionné la psychologie de la personnalité, la psychologie de l’éducation, la psychologie du sport de haut niveau et la psychologie organisationnelle. Elle a permis de tester empiriquement les modèles différentiels opposant le « perfectionnisme adaptatif » (ou striving / recherche de l’excellence) au « perfectionnisme inadapté » (ou concerns / préoccupations évaluatives), fournissant un cadre standardisé à des centaines de publications internationales sur le burnout, le stress académique, la procrastination et la résilience.
5. Construit psychologique / Construct
Frost et ses collègues ont défini le perfectionnisme comme l’association de standards personnels exceptionnellement élevés avec une tendance marquée à une auto-évaluation excessivement critique. Le construit psychologique sous-jacent à la FMPS n’est pas un simple trait de surface, mais un réseau complexe de schémas cognitifs, d’attentes conditionnelles et de comportements de contrôle. L’échelle déploie ce construit à travers six sous-échelles opérationnelles fondamentales :
1. Peur de l’erreur (Concern over Mistakes – CM, 9 items)
Cette composante est considérée comme le noyau central et le plus pathogène du perfectionnisme clinique. Elle reflète une tendance cognitive à interpréter l’erreur non pas comme un événement normal d’apprentissage, mais comme un désastre personnel équivalant à un échec global de soi. Les individus présentant un score élevé sur cette dimension souscrivent à des distorsions cognitives dichotomiques (« tout ou rien ») : si une performance n’est pas parfaite, elle est considérée comme nulle. De plus, ils anticipent que la moindre bévue entraînera inexorablement le rejet, le mépris ou la perte d’estime de la part d’autrui (ex. Item 9 : « Si j’échoue au travail/à l’école, je suis un raté en tant que personne » ; Item 21 : « Les gens auront probablement moins d’estime pour moi si je fais une erreur »).
2. Standards personnels élevés (Personal Standards – PS, 7 items)
Cette dimension évalue l’assignation de critères d’exigence et d’objectifs extrêmement élevés, souvent irréalistes, à ses propres performances. L’individu s’impose des barèmes d’évaluation bien supérieurs à ceux qu’il observe chez autrui. Bien que cette dimension soit corrélée positivement à la motivation intrinsèque et au sentiment d’auto-efficacité, elle bascule dans la morbidité lorsque l’estime de soi devient strictement contingente à l’atteinte sans faille de ces standards (ex. Item 4 : « Si je ne me fixe pas les normes les plus élevées, je risque de devenir une personne de second rang » ; Item 12 : « Je me fixe des objectifs plus élevés que la plupart des gens »).
3. Attentes parentales (Parental Expectations – PE, 5 items)
Cette dimension historique et développementale mesure la perception rétrospective ou actuelle selon laquelle les parents de l’individu ont exigé l’excellence absolue et placé la barre des attentes à un niveau démesuré. Le sujet a intégré la croyance que l’amour, la reconnaissance et la validation parentale ne sont accordés que sous condition d’une réussite exemplaire (ex. Item 1 : « Mes parents ont fixé des exigences très élevées pour moi » ; Item 15 : « Seule une performance exceptionnelle est considérée comme acceptable dans ma famille »).
4. Critiques parentales (Parental Criticism – PC, 4 items)
Complémentaire des attentes parentales, cette facette quantifie le sentiment d’avoir été soumis à une réprobation sévère, à un blâme punitif ou à une dévalorisation constante dès lors qu’un résultat était inférieur à la perfection. Elle mesure la présence intériorisée d’un regard parental censeur et disqualifiant face à l’imperfection (ex. Item 3 : « Enfant, j’étais puni(e) si je faisais les choses de façon moins que parfaite » ; Item 5 : « Mes parents n’ont jamais essayé de comprendre mes erreurs »).
5. Doute sur la qualité des actions (Doubts about Actions – DA, 4 items)
Cette dimension évalue l’incertitude chronique et perturbante quant à la bonne exécution ou à l’achèvement satisfaisant d’une tâche. Même après avoir accompli une action avec un soin minutieux, l’individu continue d’éprouver le sentiment diffus que quelque chose cloche ou n’a pas été réalisé convenablement. Ce doute lancinant engendre des ruminations, des répétitions compulsives, des vérifications chronophages et un retard significatif dans le travail quotidien (ex. Item 17 : « Même lorsque je fais quelque chose très soigneusement, j’ai souvent le sentiment que ce n’est pas tout à fait correct » ; Item 32 : « J’ai tendance à prendre du retard dans mon travail parce que je refais les choses encore et encore »).
6. Organisation (Organization – OR, 6 items)
La dimension d’organisation évalue la valorisation systématique de l’ordre, de la netteté, de la méthode, de la précision et de la propreté. Contrairement aux cinq autres dimensions, l’Organisation n’est pas corrélée aux indices de détresse psychologique générale ou de psychopathologie lorsqu’elle est isolée. C’est pourquoi Frost et la majorité des chercheurs excluent les scores d’Organisation du calcul du « Perfectionnisme Total ». Néanmoins, lorsqu’elle coexiste avec une forte sensibilité aux erreurs et des doutes d’action, elle peut exacerber la rigidité comportementale et le perfectionnisme dysfonctionnel (ex. Item 2 : « L’organisation est très importante pour moi » ; Item 7 : « Je suis une personne soignée et ordonnée »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la FMPS s’enracine au croisement de la théorie cognitive, de la psychologie du développement et des modèles contemporains de la personnalité. Frost et ses collaborateurs ont bâti leur cadre conceptuel en s’appuyant sur les travaux séminales de théoriciens cliniques majeurs :
Le modèle cognitif d’Aaron T. Beck et d’Albert Ellis
Dans la perspective de la thérapie rationnelle-émotive d’Albert Ellis (1962), le perfectionnisme découle de « croyances irrationnelles » absolutistes formulées sous forme d’exigences tyranniques (« Je dois réussir parfaitement tout ce que j’entreprends, sinon je ne vaux rien »). Dans la théorie cognitive d’Aaron T. Beck (1976), le perfectionnisme correspond à un schéma cognitif nucléaire rigide (schéma conditionnel : « Si je ne fais aucune erreur, je serai accepté ; si j’échoue, je serai rejeté »). Frost a opérationnalisé ces postulats en intégrant directement la vulnérabilité cognitive liée à l’erreur et au jugement d’autrui dans la sous-échelle Concern over Mistakes.
Les théories psychodynamiques et de l’apprentissage social
Frost et al. (1990) ont souligné le rôle central de l’environnement éducatif et des interactions précoces parent-enfant dans la genèse du perfectionnisme, rejoignant les observations psychodynamiques de Karen Horney (1950) sur la « tyrannie des devoirs » et l’idéalisation compensatoire du Moi. Selon Horney, l’enfant soumis à un environnement affectif insécure cherche à s’assurer l’amour et la sécurité en devenant irréprochable. L’incorporation des sous-échelles Parental Expectations et Parental Criticism traduit empiriquement l’hypothèse que le perfectionnisme pathologique trouve fréquemment sa source dans un style parental autoritaire, surcritique ou conditionnant son approbation à l’excellence des réalisations de l’enfant.
La dialectique adaptatif versus inadapté (Stöber, Slade & Owens)
À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le débat théorique a évolué vers la distinction fondamentale entre perfectionnisme normal/sain/adaptatif et perfectionnisme névrotique/inadapté (termes introduits initialement par Hamachek en 1978, puis formalisés psychométriquement par Slade & Owens en 1998, ainsi que Stöber & Otto en 2006). Dans ce cadre théorique bipolaire :
- Les préoccupations perfectionnistes évaluatives (Evaluative Concerns) : Regroupent la Peur de l’erreur, le Doute sur les actions, les Attentes et les Critiques parentales. Elles représentent le pôle psychopathologique, associé à la honte, à la culpabilité, à la dysrégulation émotionnelle et aux stratégies de coping évitantes.
- Les aspirations perfectionnistes personnelles (Personal Standards Strivings) : Représentées par les Standards personnels et l’Organisation. Elles peuvent refléter une saine recherche d’excellence, une conscienciosité élevée et un fort engagement vers le but, tant qu’elles ne sont pas parasitées par la peur de l’échec.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la FMPS a été établie par de nombreuses études quantitatives menées auprès d’échantillons communautaires, étudiants et cliniques à travers le monde :
Validité de construit et convergente
Dès l’étude princeps de Frost et Marten (1990), la FMPS a manifesté une convergence étroite avec les échelles de perfectionnisme préexistantes telles que l’échelle de Burns (1980), corrélant positivement avec celle-ci à un niveau élevé ($r = 0,85$). De plus, la FMPS démontre des corrélations fortes avec l’autre instrument phare du domaine, l’Échelle multidimensionnelle du perfectionnisme de Hewitt et Flett (HF-MPS, 1991) : la sous-échelle Concern over Mistakes de Frost corrèle fortement avec le perfectionnisme socialement prescrit ($r = 0,60$ à $0,70$) et avec le perfectionnisme orienté vers soi ($r = 0,45$ à $0,55$).
Sur le plan psychopathologique, la validité convergente se traduit par des associations hautement significatives :
- Trouble obsessionnel-compulsif (TOC) : Les recherches menées par Rhéaume, Freeston, Dugas, Letarte et Ladouceur (1995) ont démontré que les sous-échelles Doubts about Actions et Concern over Mistakes sont des prédicteurs majeurs de la responsabilité excessive et des rituels de vérification compulsive chez les patients souffrant de TOC.
- Troubles des conduites alimentaires : Dans une étude de référence menée par Bastiani, Rao, Weltzin et Kaye (1995), les patientes hospitalisées pour anorexie mentale présentaient des scores de perfectionnisme total, de Peur de l’erreur et de Standards personnels significativement plus élevés que les témoins sains, ces anomalies persistant même après la restauration pondérale, attestant du statut de trait de vulnérabilité prémorbide du perfectionnisme.
- Phobie sociale et anxiété d’évaluation : Juster, Heimberg, Frost, Holt, Mattia et Faccenda (1996) ont documenté que les patients souffrant de trouble d’anxiété sociale obtiennent des scores particulièrement élevés sur la Peur de l’erreur, traduisant une anticipation catastrophiste du regard d’autrui.
- Insomnie et ruminations nocturnes : Lundh, Broman, Hetta et Saboonchi (1994) ont établi une corrélation robuste entre la dimension Doubts about Actions et l’insomnie chronique, le doute inhibant l’extinction cognitive nécessaire à l’endormissement.
Validité discriminante
La validité discriminante est particulièrement illustrée par la sous-échelle Organisation. Celle-ci montre des corrélations proches de zéro ou non significatives avec les échelles de dépression (BDI), d’anxiété (STAI) ou d’affect négatif (PANAS), alors qu’elle corrèle positivement avec le facteur Conscienciosité du modèle à cinq facteurs (Big Five / NEO-PI-R). De surcroît, les sous-échelles de pressions parentales (PE et PC) se distinguent empiriquement des mesures d’aptitude intellectuelle réelle, démontrant qu’elles mesurent une perception affective d’exigence et non le potentiel cognitif objectif de l’individu.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la FMPS a été amplement confirmée par des indicateurs statistiques de consistance interne et de stabilité temporelle :
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon initial de Frost et al. (1990) composé de 359 participantes universitaires, l’échelle globale (35 items) a montré un coefficient alpha de Cronbach de $\alpha = 0,90$. Le score de Perfectionnisme Total (obtenu en excluant la sous-échelle Organisation) a affiché une cohérence identique de $\alpha = 0,90$.
Les coefficients de cohérence interne des six sous-échelles individuelles rapportés dans la littérature sont remarquablement solides :
- Concern over Mistakes (CM) : $\alpha = 0,87$ à $0,91$
- Personal Standards (PS) : $\alpha = 0,78$ à $0,84$
- Parental Expectations (PE) : $\alpha = 0,81$ à $0,86$
- Parental Criticism (PC) : $\alpha = 0,77$ à $0,84$
- Doubts about Actions (DA) : $\alpha = 0,72$ à $0,77$
- Organization (OR) : $\alpha = 0,89$ à $0,93$
Dans l’étude de validation approfondie menée par Joachim Stöber (1998) auprès de 243 étudiants (âge moyen de 26,3 ans), des coefficients similaires ont été répliqués, confirmant que le regroupement factoriel produit des mesures homogènes et psychométriquement fiables.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les études examinant la stabilité temporelle de la FMPS sur des intervalles allant de 4 semaines à 6 mois rapportent des coefficients de corrélation test-retest élevés, compris entre $r = 0,75$ et $r = 0,88$ pour le score global et les sous-échelles. Cette remarquable invariance temporelle confirme que le perfectionnisme évalué par la FMPS opère comme un trait de personnalité stable plutôt que comme un état émotionnel transitoire, bien qu’il demeure sensible aux interventions psychothérapeutiques ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la FMPS a fait l’objet d’intenses investigations méthodologiques, alternant entre le modèle original à 6 facteurs et des modèles concurrents plus parcimonieux.
Le modèle princeps à 6 facteurs (Frost et al., 1990)
L’analyse factorielle exploratoire initiale (avec rotation oblique Promax) a extrait six facteurs distincts expliquant une part prépondérante de la variance totale des scores. Tous les items présentaient des saturations factorielles primaires substantielles (généralement supérieures à 0,45 sur leur facteur cible), avec des inter-corrélations modérées à fortes entre la Peur de l’erreur, le Doute sur les actions et les Critiques parentales.
Le modèle à 4 facteurs de Joachim Stöber (1998)
Une étape charnière dans l’histoire psychométrique de l’échelle a été franchie par les travaux de Joachim Stöber. Utilisant une analyse en composantes principales suivie de rotations orthogonales et obliques, Stöber a constaté que certains facteurs originaux présentaient une collinéarité élevée et des saturations croisées notables. Plus précisément :
- Les items de Concern over Mistakes (CM) et de Doubts about Actions (DA) s’agrègent de manière très compacte pour former un facteur unique et élargi de « Sensibilité aux erreurs et doutes d’action » (items 9, 10, 13, 14, 17, 18, 21, 23, 25, 28, 32, 33, 34).
- Les items de Parental Expectations (PE) et de Parental Criticism (PC) convergent massivement pour constituer une seule dimension homogène de « Pressions et critiques parentales » (items 1, 3, 5, 11, 15, 20, 22, 26, 35).
- Les dimensions Personal Standards (7 items) et Organization (6 items) conservent quant à elles leur intégrité factorielle propre.
Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) modernes corroborent la supériorité des indices d’ajustement du modèle à 4 facteurs dans de nombreuses cohortes cliniques et non cliniques (comparative fit index [CFI] > 0,90 ; root mean square error of approximation [RMSEA] < 0,06), tout en validant la possibilité d’utiliser les six sous-échelles de Frost lorsque le clinicien souhaite disposer d’un niveau de granularité diagnostique plus fin.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle multidimensionnelle du perfectionnisme de Frost est un auto-questionnaire standardisé facile et rapide à administrer.
- Nom de l’instrument : Frost Multidimensional Perfectionism Scale (FMPS).
- Type de mesure : Auto-questionnaire psychométrique (auto-évaluation psychologique).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée/numérique individuelle ou groupée.
- Nombre total d’items : 35 propositions formulées à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 5 points :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
- 2 = Pas d’accord (Disagree)
- 3 = Neutre / Indécis (Neutral)
- 4 = D’accord (Agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
- Temps moyen de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Population cible : Adolescents et adultes à partir de 15 ans. Particulièrement préconisé chez les personnes présentant des traits obsessionnels-compulsifs, une vulnérabilité aux troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie), un trouble d’anxiété généralisée, une phobie sociale ou des antécédents d’éducation parentale perçue comme hypercritique.
- Calcul des scores (Modèle original de Frost à 6 sous-échelles) :
- Peur de l’erreur (Concern over Mistakes – CM) : Somme des items 9, 14, 18, 21, 23, 25, 34 (Score de 7 à 35 ; certains auteurs y adjoignent les items 10 et 13).
- Standards personnels élevés (Personal Standards – PS) : Somme des items 4, 6, 12, 16, 19, 24, 30 (Score de 7 à 35).
- Attentes parentales (Parental Expectations – PE) : Somme des items 1, 11, 15, 20, 26 (Score de 5 à 25).
- Critiques parentales (Parental Criticism – PC) : Somme des items 3, 5, 22, 35 (Score de 4 à 20).
- Doute sur la qualité des actions (Doubts about Actions – DA) : Somme des items 17, 28, 32, 33 (Score de 4 à 20).
- Organisation (Organization – OR) : Somme des items 2, 7, 8, 27, 29, 31 (Score de 6 à 30).
- Score de Perfectionnisme Total : Somme de tous les items des cinq premières sous-échelles (CM + PS + PE + PC + DA), en excluant rigoureusement la sous-échelle Organisation. Le score total s’échelonne de 29 à 145 points.
- Règles d’inversion des items : Aucun item n’est inversé (tous les items sont cotés positivement dans le sens de la formulation).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1990 (article fondateur publié dans Cognitive Therapy and Research).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : La FMPS est un instrument psychométrique du domaine académique, tombé dans le domaine de l’usage public pour la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale (avec mention obligatoire de la paternité intellectuelle des auteurs).
- Tarification : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite pour les chercheurs, les universitaires, les psychologues et les psychiatres dans le cadre de projets de recherche à but non lucratif et d’évaluations cliniques courantes.
- Conditions d’utilisation commerciale : Toute intégration de l’échelle au sein d’une plateforme numérique payante, d’un logiciel commercial d’évaluation des ressources humaines ou d’un programme d’intervention marchand nécessite l’accord explicite préalable des ayants droit et de l’éditeur scientifique originel (Springer / Kluwer Academic Publishers).
12. Références / References
Les publications ci-dessous constituent le corpus théorique et empirique fondamental encadrant l’échelle FMPS :
- Bastiani, A. M., Rao, R., Weltzin, T., & Kaye, W. H. (1995). Perfectionism in anorexia nervosa. International Journal of Eating Disorders, 17(2), 147–152. https://doi.org/10.1007/BF01173364
- Frost, R. O., Marten, P. A., Lahart, C., & Rosenblate, R. (1990). The dimensions of perfectionism. Cognitive Therapy and Research, 14(5), 449–468. https://doi.org/10.1007/BF01172967
- Hawkins, C. C., Watt, H. M. G., & Sinclair, K. E. (2006). Psychometric properties of the Frost Multidimensional Perfectionism Scale with Australian adolescent girls. Educational and Psychological Measurement, 66(6), 1001–1022. https://doi.org/10.1177/0013164405285909
- Hewitt, P. L., & Flett, G. L. (1991). Perfectionism in deficits in self-worth and psychosocial functioning: Factor structure and validation of the Multidimensional Perfectionism Scale. Journal of Personality Assessment, 56(3), 512–526. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa5603_14
- Horney, K. (1950). Neurosis and human growth: The struggle toward self-realization. W. W. Norton & Company.
- Juster, H. R., Heimberg, R. G., Frost, R. O., Holt, C. S., Mattia, J. I., & Faccenda, K. (1996). Social phobia and perfectionism. Personality and Individual Differences, 21(3), 403–410. https://doi.org/10.1016/0191-8869(96)00074-1
- Lundh, L.-G., Broman, J.-E., Hetta, J., & Saboonchi, F. (1994). Perfectionism and insomnia. Scandinavian Journal of Behaviour Therapy, 23(1), 3–18. https://doi.org/10.1080/16506079409455948
- Rhéaume, J., Freeston, M. H., Dugas, M. J., Letarte, H., & Ladouceur, R. (1995). Perfectionism, responsibility, and obsessive-compulsive symptoms. Behaviour Research and Therapy, 33(7), 785–794. https://doi.org/10.1016/0005-7967(95)00017-H
- Slade, P. D., & Owens, R. G. (1998). A dual process model of perfectionism based on reinforcement theory. Behavior Modification, 22(3), 372–390. https://doi.org/10.1177/01454455980223010
- Stöber, J. (1998). The Frost Multidimensional Perfectionism Scale: More perfect with four (instead of six) dimensions. Personality and Individual Differences, 24(4), 481–491. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(97)00207-9
- Stöber, J., & Otto, K. (2006). Positive conceptions of perfectionism: Approaches, evidence, challenges. Personality and Social Psychology Review, 10(4), 295–319. https://doi.org/10.1207/s15327957pspr1004_2