Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine

L’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine (FSRS ; Humphreys & Kennett, 2008) évalue les stratégies cognitives et comportementales d’autocontrôle utilisées par les femmes face aux avances sexuelles non désirées. Découvrez sa validation, ses propriétés psychométriques et son questionnaire original.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine (en anglais, Female Sexual Resourcefulness Scale ou FSRS), développée par Terry P. Humphreys et Deborah J. Kennett (2008 ; Kennett, Humphreys & Patchell, 2009), est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer le répertoire de compétences d’autorégulation et les stratégies cognitives et comportementales d’autocontrôle que les femmes mobilisent lorsqu’elles sont confrontées à des avances ou des sollicitations sexuelles non désirées. S’inscrivant directement dans le prolongement du modèle théorique de l’ingéniosité acquise (learned resourcefulness) développé par Michael Rosenbaum (1990, 2000), la FSRS opérationnalise la capacité d’une femme à réguler ses états physiologiques d’excitation, à formuler des auto-instructions positives, à anticiper les situations à risque et à maintenir des limites interpersonnelles fermes face à la persuasion verbale ou non verbale masculine.

L’instrument se compose de 19 items évalués à l’aide d’une échelle de type Likert en six points, allant de 1 (« Très peu caractéristique de moi » / Very Uncharacteristic of Me) à 6 (« Très caractéristique de moi » / Very Characteristic of Me). La cotation globale génère un score continu compris entre 19 et 114, après inversion de huit items formulés négativement (items 2, 3, 5, 6, 7, 16, 17 et 18). Des scores élevés traduisent un niveau supérieur d’ingéniosité sexuelle, caractérisé par une autodétermination proactive et une capacité affirmée à refuser ou interrompre des contacts intimes non souhaités.

Sur le plan psychométrique, la FSRS démontre une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach de .91 observés de manière constante au sein de deux cohortes indépendantes d’étudiantes universitaires (Kennett et al., 2009 ; Humphreys & Kennett, 2008). La fidélité test-retest sur un intervalle de six semaines est de .78, confirmant la stabilité temporelle du construit. Les analyses de validité convergente et discriminante révèlent une corrélation modérée avec le répertoire général d’autocontrôle (Self-Control Schedule, r = .26), une forte corrélation positive avec l’auto-efficacité sexuelle (r = .59), et des corrélations négatives substantielles avec les motifs de consentement au sexe non désiré (r = -.67), la proportion réelle d’abandon ou de capitulation sexuelle (r = -.60) ainsi que la victimisation par coercition sexuelle mesurée par le Sexual Experiences Survey (r = -.41 à -.48). L’échelle s’impose comme un outil précieux en psychologie de la santé, en sexologie clinique et dans la conception de programmes de prévention des agressions sexuelles.

2. Mots-clés / Keywords

Ingéniosité sexuelle féminine, autorégulation, autocontrôle, consentement sexuel, avances sexuelles non désirées, coercition sexuelle, auto-efficacité sexuelle, psychométrie, évaluation psychologique, prévention des agressions sexuelles, FSRS, relations intimes.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine a été conçue et validée par deux chercheurs éminents du Département de psychologie de l’Université Trent (Trent University), située à Peterborough, en Ontario, au Canada :

  • Terry P. Humphreys, Ph.D. : Professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université Trent. Ses recherches portent sur la sexualité humaine, le consentement sexuel, la communication intime, la coercition sexuelle et les représentations des scripts sexuels chez les jeunes adultes. Courriel institutionnel : [email protected]
  • Deborah J. Kennett, Ph.D. : Professeure titulaire émérite au Département de psychologie de l’Université Trent. Spécialiste reconnue à l’échelle internationale du modèle de l’ingéniosité acquise (learned resourcefulness), elle a consacré ses travaux à l’application des stratégies d’autorégulation dans divers domaines de la santé comportementale, incluant la gestion de la douleur, l’abandon du tabac, les troubles des conduites alimentaires, le soutien parental et les interactions sexuelles. Courriel institutionnel : [email protected]

Adresse de correspondance institutionnelle : Psychology Department, Trent University, 1600 West Bank Drive, Peterborough, Ontario, Canada, K9J 7B8.

4. Objectif / Purpose

Fondements et justification

Dans les contextes relationnels contemporains, les rencontres sexuelles comportent fréquemment des situations où l’un des partenaires ressent une pression explicite ou implicite pour s’engager dans des activités intimes non désirées. Bien que la coercition sexuelle violente représente une forme extrême d’agression, la recherche empirique a mis en évidence une zone grise prévalente : celle où des femmes consentent à des rapports sexuels non désirés en réponse à une persuasion verbale persistante, à de la manipulation émotionnelle, à la peur de déplaire, ou à des attentes normatives intériorisées concernant les rôles de genre (Impett & Peplau, 2002 ; O’Sullivan & Allgeier, 1998 ; Shotland & Hunter, 1995). Face à cette réalité, l’objectif fondamental de la création de la Female Sexual Resourcefulness Scale (FSRS) est d’opérationnaliser et d’évaluer les compétences d’autorégulation spécifiques dont disposent les femmes pour résister à ces pressions, affirmer leurs limites personnelles et négocier ou quitter les situations sexuelles indésirables.

Applications en recherche

En recherche fondamentale et appliquée en psychologie sociale et sexologique, la FSRS remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Différenciation des processus d’autorégulation : L’échelle permet de distinguer l’autocontrôle général d’un individu de ses compétences spécifiques déployées dans le domaine intime et hautement émotif de la sexualité.
  • Modélisation du consentement et de la conformité sexuelle : Elle offre aux chercheurs un indicateur robuste pour explorer pourquoi certaines femmes se soumettent à des rapports non voulus tandis que d’autres parviennent à formuler un refus catégorique ou à se désengager d’une interaction devenue inconfortable.
  • Étude longitudinale des trajectoires d’émancipation : L’instrument sert à évaluer l’évolution des compétences d’agentivité au fil des transitions de vie, par exemple lors de l’entrée à l’université ou dans les différentes étapes d’une relation amoureuse.

Applications cliniques et préventives

Sur le plan clinique et éducatif, l’évaluation de l’ingéniosité sexuelle constitue un levier puissant :

  • Évaluation des besoins dans les programmes de prévention : Les universités et organisations communautaires peuvent utiliser la FSRS pour identifier les déficits en matière de stratégies comportementales de refus chez les jeunes femmes et calibrer les interventions psychoéducatives.
  • Ateliers de renforcement de l’agentivité sexuelle (empowerment) : Les scores de l’échelle mettent en lumière les dimensions spécifiques à renforcer (par exemple, la gestion de l’éveil physiologique, la restructuration cognitive face au sentiment de culpabilité, ou la formulation d’un plan d’urgence).
  • Intervention thérapeutique post-victimisation : En thérapie cognitivo-comportementale ou en sexothérapie, l’outil aide les patientes ayant des antécédents de coercition sexuelle à reconstruire leur sentiment de contrôle et leur efficacité personnelle dans les contextes relationnels futurs, sans jamais reporter la responsabilité de l’agression sur la victime.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par la FSRS est l’ingéniosité sexuelle féminine. Il s’agit d’une constellation intégrée d’habiletés cognitives, affectives et comportementales d’autorégulation dirigées spécifiquement vers la gestion des situations sexuelles non désirées. Bien que l’échelle fournisse un score global unidimensionnel pour la recherche globale, le construit s’articule autour de plusieurs composantes fonctionnelles distinctes mais interdépendantes :

1. La régulation cognitive et émotionnelle (Auto-instructions positives et réévaluation)

Cette dimension renvoie à la capacité de la femme à mobiliser un dialogue interne constructif lorsqu’elle ressent un malaise ou un doute lors d’une interaction sexuelle. Plutôt que de succomber à la passivité ou à la résignation, l’individu fait appel à des auto-instructions directes (ex. « se dire de s’arrêter et de réfléchir avant d’agir », comme mesuré par l’item 13) et se rappelle activement qu’elle détient le pouvoir d’agir sur la situation (item 12). Cette composante implique également la capacité à neutraliser les sentiments de culpabilité suscités par la crainte de blesser les sentiments du partenaire (item 10) et la valorisation de soi découlant de la résistance aux sollicitations indues (item 11).

2. Le contrôle physiologique et la modulation de l’éveil sexuel

L’une des caractéristiques les plus novatrices du modèle de Humphreys et Kennett réside dans la reconnaissance explicite de l’excitation sexuelle comme facteur biologique pouvant interférer avec le jugement rationnel. L’ingéniosité sexuelle suppose que la femme est capable de réguler ses propres réactions physiques lorsqu’elle ne désire pas que l’activité intime aille plus loin. Cela se traduit par l’aptitude à modifier volontairement ses sensations d’excitation (item 1) ou à contrecarrer la pulsion du moment en se remémorant les raisons rationnelles d’interrompre l’interaction (item 9), par opposition à une prise de décision impulsive dictée exclusivement par l’éveil corporel immédiat (item 17 inversé).

3. Les stratégies comportementales de résolution de problèmes et de retrait

Cette facette correspond aux actions manifestes entreprises pour désamorcer l’avancée sexuelle. Elle comprend la communication assertive verbale (dire explicitement à l’homme de s’arrêter, item 8), l’absence de difficulté à quitter physiquement les lieux (item 4), ainsi que la formulation proactive de plans de secours (item 15 : « avoir un plan de rechange lorsque la situation dérape ») et l’établissement préalable de limites comportementales précises (item 19 : planifier à l’avance jusqu’où aller).

4. La résistance aux réponses d’évitement dysfonctionnelles et à la capitulation

À l’inverse des stratégies actives, le pôle négatif de l’ingéniosité sexuelle se caractérise par des mécanismes de déconnexion psychologique ou d’impuissance acquise. L’échelle identifie la tendance à « capituler » devant l’insistance du partenaire (items 2 et 6), le fait de se sentir désemparée et incapable d’intervenir bien que consciente de commettre une erreur (item 5), et les stratégies d’évitement cognitif passif (essayer de ne pas penser à la situation inconfortable et laisser l’acte se poursuivre, items 3, 7 et 18). Ces items, cotés à l’envers, pénalisent les attitudes de soumission passive dans le score global.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle de l’ingéniosité acquise de Michael Rosenbaum

La FSRS prend directement racine dans les formulations théoriques du psychologue cognitiviste Michael Rosenbaum (1990, 2000) sur l’ingéniosité acquise (learned resourcefulness). Selon Rosenbaum, l’ingéniosité acquise n’est pas un trait de personnalité immuable, mais un ensemble complexe de compétences comportementales et cognitives acquises par apprentissage social et conditionnement opérant, qui permettent à un individu de réguler avec succès ses réponses internes (telles que la douleur, l’anxiété, la fatigue ou la tentation) interférant avec l’atteinte d’un comportement dirigé vers un but.

Dans le schéma conceptuel de Rosenbaum, le répertoire général d’autocontrôle comprend quatre grands piliers :

  1. L’utilisation d’auto-instructions positives et de la restructuration cognitive face aux affects négatifs.
  2. L’application de compétences analytiques de résolution de problèmes (évaluation du problème, génération d’alternatives, prise de décision).
  3. La capacité à différer la gratification immédiate en faveur de bénéfices à long terme.
  4. La croyance fondamentale en sa propre capacité d’autorégulation (sentiment d’auto-efficacité spécifique au contrôle de soi).

L’intégration des cognitions de régulation des processus (PRCs)

Bien que le répertoire général d’autocontrôle mesuré par le Self-Control Schedule (SCS ; Rosenbaum, 1980) fournisse les fondations de l’adaptation face aux défis quotidiens (adhésion thérapeutique, gestion des dépendances, études universitaires), Humphreys et Kennett (2008) soulignent que ce répertoire général ne prédit que modestement les conduites dans des contextes interpersonnels intenses et hautement sexualisés. Pour comprendre l’actualisation de ces compétences dans la sphère sexuelle, il est nécessaire d’intégrer ce que Rosenbaum nomme les cognitions de régulation des processus (Process Regulating Cognitions ou PRCs), concept étroitement lié à la théorie de l’auto-efficacité d’Albert Bandura.

Les PRCs dans le domaine sexuel renvoient spécifiquement à la conviction inébranlable d’une femme qu’elle possède les habiletés requises pour mettre fin à une avance sexuelle non désirée. Ces croyances d’auto-efficacité ne sont pas abstraites : elles sont façonnées au fil du temps par les rétroactions issues des expériences sexuelles passées, l’histoire relationnelle et le sentiment de compétence personnelle. Lorsque les PRCs sont élevées, la femme est capable de puiser efficacement dans son répertoire d’ingéniosité ; lorsque les PRCs sont érodées (par exemple, en raison d’antécédents de victimisation sexuelle où la résistance s’est révélée inefficace ou punie), l’accès à ces stratégies comportementales se trouve bloqué.

L’interaction entre variables physiologiques et contextuelles

Le cadre théorique de la FSRS postule une dynamique interactionniste constante entre trois dimensions fondamentales lors d’une interaction sexuelle :

  • Les déterminants physiologiques : L’état d’éveil somatosensoriel et hormonal peut créer un conflit motivationnel entre la pulsion physique et le refus conscient d’aller plus loin.
  • Les déterminants situationnels et relationnels : La nature de la relation (partenaire régulier, relation naissante, rencontre occasionnelle), la présence d’alcool ou de substances, l’isolement physique et l’intensité des pressions psychologiques ou physiques exercées par l’homme.
  • Les déterminants cognitifs d’autocontrôle : La mobilisation de l’ingéniosité sexuelle qui vient modérer l’impact de la pression contextuelle et de l’éveil physiologique afin de préserver l’intégrité et la liberté de choix de la femme.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine a été rigoureusement démontrée à travers une série d’investigations empiriques menées auprès d’échantillons universitaires féminins (Humphreys & Kennett, 2008 ; Kennett, Humphreys & Patchell, 2009).

Validité convergente

Conformément aux prédictions théoriques, la FSRS présente des corrélations empiriques substantielles avec les instruments mesurant des concepts apparentés :

  • Répertoire général d’autocontrôle : Une corrélation positive statistiquement significative a été observée avec le Self-Control Schedule (SCS ; Rosenbaum, 1980), r(152) = .26, p = .001. Cette corrélation modérée confirme que l’ingéniosité sexuelle partage un socle commun avec l’autocontrôle général tout en constituant un domaine fonctionnel distinct, non réductible à l’autorégulation générale.
  • Auto-efficacité sexuelle : La corrélation avec l’échelle d’auto-efficacité sexuelle (Sexual Self-Efficacy Scale, Kennett et al., 2009), mesurant la croyance des femmes en leur capacité à refuser des avances indésirables, atteint r(152) = .59, p < .001. Ce résultat valide l’hypothèse selon laquelle un sentiment d’efficacité élevé constitue le moteur cognitif direct de l’ingéniosité sexuelle effective.

Validité de critère et prédictive

L’efficacité protectrice du construit mesuré par la FSRS se reflète dans ses relations inverses hautement significatives avec les mesures d’expériences sexuelles non désirées et de victimisation :

  • Victimisation sexuelle (Sexual Experiences Survey – SES ; Koss & Oros, 1982) : Les scores à la FSRS sont corrélés négativement avec les épisodes de jeux sexuels forcés par contrainte (items 1 à 3 du SES), r(152) = -.48, p < .001, ainsi qu’avec les tentatives ou actes consommés de rapports sexuels forcés (items 4 à 10 du SES), r(152) = -.41, p < .001. De surcroît, une corrélation négative a été relevée avec la fréquence globale perçue des avances sexuelles non désirées de la part des hommes, r(152) = -.21, p = .008.
  • Motifs de consentement au sexe non désiré (RCUSS) : L’échelle Reasons for Consenting to Unwanted Sex Scale (RCUSS ; Humphreys & Kennett, 2008 ; Kennett et al., 2009) évalue l’adhésion aux motifs menant à céder à une activité non souhaitée (plaire au partenaire, préserver l’intimité, éviter les conflits, obligation de rôle). La FSRS présente une forte corrélation inverse avec le score du RCUSS, r(152) = -.67, p < .001.
  • Comportement effectif d’abandon (Sexual Giving-In) : La FSRS présente une corrélation négative majeure avec le pourcentage effectif déclaré de situations où les participantes ont finalement « cédé » face aux demandes sexuelles de leur partenaire, r(152) = -.60, p < .001.

Validité discriminante et indépendance démographique

Les analyses corrélationnelles révèlent que les scores à la FSRS ne sont associés ni à l’âge des participantes, ni au stade de la relation amoureuse (nouvelle relation, relation établie), ni à la durée de la relation. Cette invariance concorde parfaitement avec la théorie de l’ingéniosité acquise de Rosenbaum, selon laquelle le niveau de compétences d’autocontrôle se stabilise à l’orée de l’âge adulte et ne fluctue pas au gré des simples changements de partenaires sans une intervention ciblée d’apprentissage.

8. Fidélité / Reliability

Les paramètres de fidélité de l’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine attestent d’une très haute précision de mesure et d’une grande stabilité temporelle.

Consistance interne

La cohérence interne globale de l’instrument a été évaluée à partir du coefficient alpha de Cronbach dans deux cohortes indépendantes d’étudiantes de premier cycle universitaire au Canada :

  • Cohorte 1 (Kennett, Humphreys & Patchell, 2009) : Dans un échantillon de N = 150 participantes, le coefficient alpha de Cronbach pour les 19 items était de α = .91. Le score moyen observé s’élevait à M = 80.5 avec un écart-type de SD = 18.4.
  • Cohorte 2 (Humphreys & Kennett, 2008) : Dans un échantillon de N = 152 participantes, le coefficient alpha de Cronbach a répliqué exactement la même valeur, soit α = .91. La moyenne de l’échantillon était de M = 85.9 avec un écart-type de SD = 16.1.

Ces coefficients dépassent largement le seuil standard de .80 recommandé pour les outils de recherche et atteignent le niveau de .90 exigé pour une utilisation en diagnostic individuel ou en contexte clinique.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité temporelle a été documentée par Humphreys et Kennett (2008) auprès d’un sous-échantillon de N = 63 étudiantes ayant complété l’échelle à deux reprises sur un intervalle temporel de 6 semaines. Le coefficient de corrélation test-retest s’est élevé à r = .78 (p < .001). Ce niveau de fidélité démontre que l’ingéniosité sexuelle constitue une disposition d’autorégulation temporelle stable chez les jeunes adultes en l’absence d’événements traumatiques ou d’interventions thérapeutiques majeures.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Structure factorielle et dimensionnalité

Lors des phases initiales de développement métrologique de la FSRS par Terry Humphreys et Deborah Kennett, la structure latente des 19 items a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) menées selon la méthode des composantes principales avec rotation oblique (Promax/Oblimin), compte tenu de l’interrelation théorique attendue entre les différentes facettes de l’autorégulation.

Les critères d’extraction traditionnels (règle de Kaiser des valeurs propres supérieures à 1.0 et inspection visuelle du diagramme d’éboulis de Cattell) ont mis en exergue l’existence d’un facteur général dominant d’ingéniosité sexuelle qui rend compte de la majeure partie de la variance commune expliquée. Les saturations factorielles (factor loadings) de l’ensemble des 19 items sur ce facteur principal sont toutes satisfaisantes, se situant de manière constante au-dessus du seuil de .40, avec des valeurs oscillant entre .44 et .76.

Organisation sous-jacente des items

Bien que les auteurs recommandent l’utilisation d’un score unique totalisant l’ingéniosité sexuelle, l’analyse détaillée des charges factorielles et des regroupements sémantiques révèle une articulation en sous-dimensions cohérentes :

  • Sous-dimension « Affirmation active et planification » : Regroupe les items liés à la prise de recul réflexive, à la mise en œuvre de limites et à l’action affirmée (ex. items 4, 8, 10, 13, 14, 15, 19), affichant de fortes saturations positives (.55 à .76).
  • Sous-dimension « Capitulation et évitement cognitif » : Rassemble les items inversés caractérisés par la soumission à la pression du partenaire et la tentative d’occulter le malaise psychologique (ex. items 2, 3, 5, 6, 7, 18), avec des saturations substantielles (.50 à .71) sur l’axe opposé.
  • Sous-dimension « Autorégulation de l’éveil corporel » : Comprend les items mesurant l’aptitude à tempérer l’excitation physiologique par des pensées rationnelles (items 1 et 9 positivement, item 17 négativement).

La forte corrélation inter-facteurs observée dans les solutions multi-factorielles justifie pleinement le postulat opérationnel des auteurs : la FSRS fonctionne comme une échelle psychométrique essentiellement unifiée où l’ensemble des items converge vers la mesure globale de l’agentivité d’autorégulation sexuelle face aux situations non désirées.

10. Instrument de mesure / Instrument

Caractéristiques formelles de l’instrument

  • Nom complet de l’outil : Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine (Female Sexual Resourcefulness Scale – FSRS).
  • Auteurs : Terry P. Humphreys & Deborah J. Kennett (Trent University).
  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
  • Population cible : Femmes adultes et jeunes adultes (validé initialement auprès d’étudiantes universitaires).
  • Nombre d’items : 19 items déclaratifs univoques.
  • Modes d’administration : Version papier-crayon traditionnelle ou passation informatisée en ligne via des plateformes d’enquêtes sécurisées.
  • Temps de passation : Environ 10 minutes.

Échelle de réponse (Format Likert en 6 points)

Les répondantes indiquent dans quelle mesure chaque énoncé correspond à leur manière habituelle de penser ou de se comporter face aux activités et sollicitations sexuelles non souhaitées, selon les ancrages numériques suivants :

  • 1 = Très peu caractéristique de moi (Very Uncharacteristic of Me)
  • 2 = Plutôt peu caractéristique de moi (Rather Uncharacteristic of Me)
  • 3 = Assez peu caractéristique de moi (Somewhat Uncharacteristic of Me)
  • 4 = Assez caractéristique de moi (Somewhat Characteristic of Me)
  • 5 = Plutôt caractéristique de moi (Rather Characteristic of Me)
  • 6 = Très caractéristique de moi (Very Characteristic of Me)

Procédure de cotation et de calcul du score

  • Items à cotation directe : Items 1, 4, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 19. Pour ces énoncés, le score attribué est directement la valeur du choix de réponse (de 1 à 6).
  • Items à cotation inversée (Reverse-scored items) : Items 2, 3, 5, 6, 7, 16, 17 et 18. Pour ces 8 items, la note est recalculée selon la formule : Score Inversé = 7 - Réponse brute (ainsi, 1 devient 6, 2 devient 5, 3 devient 4, 4 devient 3, 5 devient 2, et 6 devient 1).
  • Score total global : Somme arithmétique de l’ensemble des 19 items après inversion. L’étendue théorique des scores possibles est de 19 à 114.
  • Repères normatifs : Dans les travaux princeps, les moyennes obtenues étaient de 80.5 (SD = 18.4 ; Kennett et al., 2009) et 85.9 (SD = 16.1 ; Humphreys & Kennett, 2008). Un score élevé traduit une solide capacité d’autocontrôle et d’action face aux pressions sexuelles, tandis qu’un score faible suggère une vulnérabilité à la capitulation non désirée et à l’impuissance comportementale.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception et publication de référence : 2008 (Humphreys & Kennett) ; 2009 (Kennett, Humphreys & Patchell).
  • Statut des droits d’auteur : Les droits d’auteur appartiennent aux créateurs originaux de l’instrument, Terry P. Humphreys et Deborah J. Kennett, ainsi qu’aux revues scientifiques éditrices des études associées.
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’utilisation de la FSRS est autorisée à des fins de recherche scientifique non commerciale, de formation académique et d’évaluation clinique. L’autorisation formelle d’utilisation peut être sollicitée directement auprès des auteurs par courrier électronique aux adresses : [email protected] ou [email protected].
  • Tarification : L’accès au questionnaire et son utilisation dans le cadre de recherches universitaires ou d’études académiques sont libres de droits et gratuits (aucun coût par passation n’est exigé sous réserve de citation rigoureuse des publications sources).

12. Références / References

Les travaux académiques suivants constituent les fondements théoriques, empiriques et psychométriques de l’Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine :

  • Chislett, G., & Kennett, D. J. (2007). The effects of the Nobody’s Perfect Program on parenting resourcefulness and competency. Journal of Child and Family Studies, 16(4), 473–482. https://doi.org/10.1007/s10826-006-9099-1
  • Humphreys, T. P., & Kennett, D. J. (2008). The reliability and validity of the Sexual Resourcefulness and Reasons for Consenting to Unwanted Sex Scales [Données brutes non publiées]. Trent University, Peterborough, Ontario, Canada.
  • Impett, E. A., & Peplau, L. A. (2002). Why some women consent to unwanted sex with a dating partner: Insights from attachment theory. Psychology of Women Quarterly, 26(4), 360–370. https://doi.org/10.1111/1471-6402.t01-1-00075
  • Kennett, D. J., Humphreys, T. P., & Patchell, M. (2009). The role of learned resourcefulness in helping female undergraduates deal with unwanted sexual activity. Sex Education, 9(4), 341–353. https://doi.org/10.1080/14681810903265293
  • Kennett, D. J., Morris, E., & Bangs, A. (2006). Learned resourcefulness and smoking cessation revisited. Patient Education and Counseling, 60(2), 206–211. https://doi.org/10.1016/j.pec.2005.01.006
  • Kennett, D. J., & Nisbet, C. (1998). The influence of body mass index and learned resourcefulness skills on body image and lifestyle practices. Patient Education and Counseling, 33(1), 1–12. https://doi.org/10.1016/S0738-3991(97)00037-3
  • Koss, M. P., & Oros, C. J. (1982). Sexual experiences survey: A research instrument investigating sexual aggression and victimization. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 50(3), 455–457. https://doi.org/10.1037/0022-006X.50.3.455
  • O’Sullivan, L. F., & Allgeier, E. R. (1998). Feigning sexual desire: Consenting to unwanted sexual activity in heterosexual dating relationships. The Journal of Sex Research, 35(3), 234–243. https://doi.org/10.1080/00224499809551938
  • Rosenbaum, M. (1980). A schedule for assessing self-control behaviors: Preliminary findings. Behavior Therapy, 11(1), 109–121. https://doi.org/10.1016/S0005-7894(80)80040-2
  • Rosenbaum, M. (1990). The role of learned resourcefulness in the self-control of health behavior. Dans M. Rosenbaum (Éd.), Learned resourcefulness: On coping skills, self-control and adaptive behavior (pp. 4–25). Springer.
  • Rosenbaum, M. (2000). The self-regulation of experience: Openness and construction. Dans P. Dewe, M. Leiter, & T. Cox (Éds.), Coping, health and organizations (pp. 51–67). Taylor & Francis.
  • Rosenbaum, M., & Cohen, E. (1999). Equalitarian marriages, spousal support, resourcefulness and psychological distress among Israeli working women. Journal of Vocational Behavior, 54(1), 102–113. https://doi.org/10.1006/jvbe.1998.1644
  • Shotland, R. L., & Hunter, B. A. (1995). Women’s « token resistant » and compliant sexual behaviors are related to uncertain sexual intentions and rape. Personality and Social Psychology Bulletin, 21(3), 226–236. https://doi.org/10.1177/0146167295213004
  • Zauszniewski, J. A., & Chung, C. W. (2001). Resourcefulness and health practices of diabetic women. Research in Nursing & Health, 24(2), 113–121. https://doi.org/10.1002/nur.1013

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: This questionnaire is designed to find out how different people view their thinking and their behavior about unwanted sexual activities/advances.
1

When I am in the middle of sexual play and am aroused, but do not want the activity to progress any further, I am often able to change my aroused feelings so that I am able to prevent the activity from progressing.
2

I often give in to unwanted sexual activity.
3

When I feel upset while engaged in unwanted sexual activity, I try not to think about it.
4

When I am faced with unwanted sexual activity/advances, I have no difficulty leaving the situation.
5

While engaged in unwanted sexual activity, I think I’m making a mistake, but I’m at a loss to do anything about it.
6

I usually consent to unwanted sexual activity when my partner is pressuring me.
7

When I am experiencing unwanted sexual activity/advances, I prefer to not think about it and go along with the activity instead.
8

If I was in the middle of sexual play which I no longer wanted to continue, I could tell him to stop.
9

When I have become aroused from sexual play, but do not want to continue any further, I am able to resist engaging in the sexual activity by thinking about the good reasons for stopping.
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Although I feel bad about hurting my partner’s feelings, I am able to let him know when I am uncomfortable with a sexual situation.‌
11

I feel good about myself when I resist unwanted sexual advances.
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When experiencing unwanted sexual activity/advances, I often tell myself that I can do something about it.
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When I am about to engage in unwanted sexual activity, I tell myself to stop and think before I do anything.
14

I consider my actions very carefully when deciding whether or not to participate in unwanted sexual activity.
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I always have a back-up plan for when I am faced with unwanted sexual advances/activity that get out of control.
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It takes a lot of effort on my part to bring unwanted sexual advances/activity to a halt.
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When presented with unwanted sexual advances/activity, I base my decision on my arousal and how I feel in the moment, even if I know I will regret it later.
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When engaging in unwanted sexual activity, I try to divert my thoughts from how uncomfortable I feel.
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I plan in advance how far I want to go with any sexual activity, and am able to stop the activity before it goes too far.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-ingeniosite-sexuelle-feminine
Looti, Mohammed. “Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-ingeniosite-sexuelle-feminine.
Looti, Mohammed. “Échelle d’ingéniosité sexuelle féminine.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-ingeniosite-sexuelle-feminine.