1. Résumé
L’Échelle d’impact de l’événement – Révisée (Impact of Event Scale – Revised, ou IES-R) constitue l’un des auto-questionnaires psychométriques les plus rigoureusement validés et largement employés à l’échelle internationale pour évaluer la détresse psychologique subjective consécutive à l’exposition à un événement potentiellement traumatisant. Développée initialement par Daniel S. Weiss et Charles R. Marmar en 1997, l’IES-R représente une évolution majeure de l’instrument pionnier conçu par Mardi J. Horowitz et ses collaborateurs en 1979. Alors que l’échelle princeps d’Horowitz ne mesurait que deux composantes de la réaction au stress (l’intrusion et l’évitement), l’IES-R a été spécifiquement révisée pour s’aligner sur les critères diagnostiques du trouble de stress post-traumatique (TSPT) formalisés dans la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV).
L’instrument se compose de 22 items auto-administrés, cotés sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Not at all ») à 4 (« Extremely »). Il évalue la fréquence et l’intensité des symptômes ressentis au cours des sept derniers jours en relation directe avec un événement traumatique index spécifié. La structure factorielle de l’IES-R capture fidèlement trois dimensions symptomatiques centrales : l’intrusion (8 items explorant les reviviscences, cauchemars et pensées intrusives), l’évitement (8 items évaluant les efforts actifs d’évitement comportemental et l’émoussement affectif) et l’hyperéveil ou hyperactivité neurovégétative (6 items mesurant l’irritabilité, la colère, l’hypervigilance et les réactions de sursaut exagérées).
D’un point de vue psychométrique, l’IES-R présente d’excellentes qualités de mesure. Sa consistance interne est systématiquement élevée dans la littérature, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,87 et 0,94 pour l’échelle globale, et de 0,79 à 0,91 pour les trois sous-échelles. La fidélité test-retest s’est avérée robuste sur des intervalles allant de quelques jours à plusieurs mois. Bien que l’IES-R ne soit pas un outil diagnostique formel se substituant à un entretien clinique structuré tel que la CAPS (Clinician-Administered PTSD Scale), elle dispose d’une remarquable validité discriminante, convergente et prédictive, ce qui en fait un instrument de choix pour le dépistage clinique, le suivi longitudinal des trajectoires thérapeutiques et la recherche épidémiologique en traumatologie psychologique.
2. Mots-clés
Échelle d’impact de l’événement révisée, IES-R, trouble de stress post-traumatique, TSPT, psychométrie, intrusion psychique, évitement cognitif, hyperéveil neurovégétatif, évaluation clinique, traumatisme psychologique, validité factorielle, fidélité test-retest, détresse péri-traumatique.
3. Auteurs
L’Échelle d’impact de l’événement – Révisée a été conçue par deux figures de proue de la psychiatrie et de la traumatologie psychologique américaine :
- Daniel S. Weiss, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie médicale au Département de psychiatrie de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), affilié au San Francisco Veterans Affairs Medical Center. Spécialiste reconnu des méthodes d’évaluation psychométrique des séquelles traumatiques et des interventions d’urgence auprès des premiers intervenants. Courriel institutionnel : [email protected].
- Charles R. Marmar, M.D. : Professeur de psychiatrie et directeur du Département de psychiatrie (Lucius N. Littauer Chair) à la New York University Grossman School of Medicine (NYU Langone Health). Ancien vice-président du Département de psychiatrie de l’UCSF, le Dr Marmar est un chercheur éminent sur les bases neurobiologiques, physiologiques et cliniques du stress post-traumatique et de la dissociation péri-traumatique. Courriel institutionnel : [email protected].
L’instrument repose également sur les travaux fondamentaux de Mardi J. Horowitz, M.D., professeur à l’UCSF, qui a développé la version originale de l’Impact of Event Scale (IES) en 1979, posant les jalons conceptuels de l’évaluation standardisée des réactions de stress post-événementiel.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’IES-R est de quantifier avec précision la sévérité de la détresse subjective ressentie par un individu à la suite d’un événement traumatique ou particulièrement stressant précisément circonscrit dans le temps et l’espace. Contrairement aux inventaires généraux de psychopathologie tels que le SCL-90-R ou les échelles de dépression globale, l’IES-R ancre délibérément son évaluation autour d’un événement index concret (par exemple, un accident de la circulation, une agression interpersonnelle, une catastrophe naturelle, une expérience de combat militaire ou une annonce diagnostique médicale grave).
Applications cliniques
Dans la pratique clinique quotidienne, l’IES-R remplit plusieurs fonctions majeures :
- Dépistage rapide et systématique : L’IES-R permet d’identifier précocement les sujets présentant des niveaux de détresse psychologique cliniquement significatifs, nécessitant une évaluation diagnostique approfondie ou une orientation vers une prise en charge spécialisée en psychotraumatologie.
- Évaluation du profil dimensionnel : L’examen des scores aux trois sous-échelles (intrusion, évitement, hyperéveil) fournit au clinicien une cartographie détaillée du tableau symptomatique du patient, permettant de guider les priorités d’intervention (par exemple, cibler l’hyperactivation neurovégétative par des techniques de régulation somatosensorielle avant d’aborder le travail de confrontation cognitive ou d’exposition).
- Suivi thérapeutique longitudinal : En raison de sa sensibilité démontrée au changement, de sa brièveté (passation en moins de 10 minutes) et de sa fenêtre temporelle standardisée (les 7 derniers jours), l’IES-R est particulièrement indiquée pour mesurer l’efficacité des protocoles thérapeutiques fondés sur des preuves, tels que la thérapie cognitivo-comportementale axée sur le trauma (TCC-T) ou l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR).
Applications en recherche
Dans le domaine de la recherche empirique, l’IES-R constitue un standard méthodologique. Elle est fréquemment déployée dans les essais cliniques randomisés comme critère de jugement principal ou secondaire de la réduction symptomatique. Elle est également très utilisée dans les études de cohorte épidémiologiques post-catastrophe pour estimer la prévalence des réactions de stress aiguës et chroniques, analyser les facteurs de vulnérabilité ou de résilience psychologique, et caractériser l’impact des expositions professionnelles répétées chez les secouristes, le personnel soignant d’urgence ou les militaires.
5. Construit psychologique
L’IES-R opérationnalise la réponse psychologique post-traumatique à travers trois dimensions syndromiques distinctes mais corrélées, reflétant fidèlement l’organisation nosographique du TSPT établie par l’Association américaine de psychiatrie (APA) dans le DSM-IV.
1. L’Intrusion (8 items)
La dimension d’intrusion correspond à l’irruption involontaire, récurrente et incontrôlable d’éléments mnésiques, sensoriels ou émotionnels liés au traumatisme dans le champ de la conscience vigile ou pendant le sommeil. Ce construit mesure l’échec des mécanismes normaux d’intégration cognitive de l’expérience vécue.
Au sein de l’IES-R, cette dimension est explorée à travers :
- Des images visuelles spontanées ou flashs mentaux de l’événement (Item 9 : « Pictures about it popped into my mind »).
- Des pensées intrusives non sollicitées surgissant en dehors de tout stimulus évident (Item 6 : « I thought about it when I didn’t mean to ») ou déclenchées par des stimuli environnementaux contextuels (Item 3 : « Other things kept making me think about it »).
- Des cauchemars et rêves angoissants thématiquement liés à l’événement (Item 20 : « I had dreams about it »).
- Des états dissociatifs de reviviscence où le sujet a le sentiment subjectif ou se comporte comme si l’événement traumatique se déroulait à nouveau dans l’ici et maintenant (Item 14 : « I found myself acting or feeling like I was back at that time »).
- Des vagues émotionnelles intenses et soudaines à l’évocation de l’événement (Item 16 : « I had waves of strong feelings about it ») et la réactivation affective immédiate par les rappels indiciels (Item 1 : « Any reminder brought back feelings about it »).
- Les perturbations spécifiques du maintien du sommeil liées aux angoisses nocturnes (Item 2 : « I had trouble staying asleep »).
2. L’Évitement (8 items)
La dimension d’évitement conceptualise l’ensemble des stratégies défensives, tant comportementales que cognitives et affectives, déployées par l’individu pour échapper aux stimuli (internes ou externes) susceptibles de raviver la mémoire traumatique et la détresse associée. Elle comprend également les manifestations d’émoussement affectif (emotional numbing).
Cette dimension englobe dans l’IES-R :
- L’évitement comportemental actif des rappels physiques, des lieux, des personnes ou des situations associées à l’événement (Item 8 : « I stayed away from reminders of it »).
- L’inhibition verbale volontaire et le refus d’échanger au sujet de l’événement (Item 22 : « I tried not to talk about it »).
- Les efforts cognitifs délibérés pour supprimer les pensées traumatiques de l’esprit (Item 11 : « I tried not to think about it ») ou pour effacer littéralement l’événement de la mémoire autobiographique (Item 17 : « I tried to remove it from my memory »).
- L’évitement de l’affectivité négative et la tentative de neutraliser toute réaction émotionnelle face aux indices de rappel (Item 5 : « I avoided letting myself get upset when I thought about it or was reminded of it »).
- L’anesthésie émotionnelle, le détachement affectif et le sentiment d’engourdissement psychologique (Item 13 : « My feelings about it were kind of numb »).
- Le déni psychologique ou le sentiment d’irréalité protectrice (Item 7 : « I felt as if it hadn’t happened or wasn’t real »).
- L’évitement du traitement émotionnel approfondi, où le sujet reconnaît la présence de charges affectives intenses mais refuse activement de s’y confronter (Item 12 : « I was aware that I still had a lot of feelings about it, but I didn’t deal with them »).
3. L’Hyperéveil (6 items)
L’introduction de la sous-échelle d’hyperéveil constitue l’innovation majeure de Weiss et Marmar (1997). Cette dimension opérationnalise l’état permanent d’activation neurovégétative et d’alerte physiologique déclenché par une dérégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et du système nerveux autonome sympathique.
Les manifestations évaluées comprennent :
- L’irritabilité chronique, les accès de colère inexpliqués et la labilité émotionnelle (Item 4 : « I felt irritable and angry »).
- L’hypervigilance pathologique, le sentiment constant d’insécurité et la surveillance active de l’environnement perçu comme hostile (Item 21 : « I felt watchful and on-guard »).
- La suractivité du réflexe d’orientation et les réactions de sursaut disproportionnées face à des bruits ou stimuli anodins (Item 10 : « I was jumpy and easily startled »).
- Les troubles de l’endormissement résultant de l’hyperactivité psychomotrice et neurovégétative (Item 15 : « I had trouble falling asleep »).
- L’altération des capacités attentionnelles et les difficultés de concentration mentale (Item 18 : « I had trouble concentrating »).
- La réactivité somatique directe et la décharge neurovégétative autonome face aux rappels de l’événement, incluant sueurs, dyspnée, nausées ou tachycardie (Item 19 : « Reminders of it caused me to have physical reactions, such as sweating, trouble breathing, nausea, or a pounding heart »).
6. Cadre théorique
Le fondement théorique sous-jacent à l’IES-R s’enracine au confluent de la psychologie cognitive du traitement de l’information, de la théorie psychodynamique révisée du stress et de la neurobiologie du traumatisme psychologique.
Le modèle du traitement de l’information de Mardi Horowitz
La genèse conceptuelle de l’outil repose primordialement sur le modèle biphasique d’assimilation des traumatismes développé par Mardi Horowitz à la fin des années 1970. Selon Horowitz, l’exposition à un choc traumatique surcharge brutalement les capacités d’intégration du système psychique en raison de l’incompatibilité radicale entre les informations perceptives et émotionnelles brutes de l’événement et les schémas cognitifs préexistants de l’individu (croyances fondamentales en un monde bienveillant, prévisible et signifiant, telles que théorisées par Ronnie Janoff-Bulman).
Pour expliquer la dynamique temporelle des symptômes, Horowitz postule l’existence d’une tendance à l’achèvement (completion tendency) : le psychisme humain possède une pulsion fondamentale intrinsèque visant à intégrer les données mnésiques nouvelles non résolues jusqu’à ce que les schémas internes soient modifiés ou que la mémoire de l’événement soit assimilée. Cette mémoire non intégrée est stockée dans un tampon actif sous forme de représentations vives, générant des poussées récurrentes d’intrusions.
Face à la détresse intolérable provoquée par ces intrusions, le système psychique met en place des opérations de défense et des contrôles inhibiteurs, se traduisant par des phases d’évitement, de déni et d’engourdissement affectif. La trajectoire d’adaptation normale implique une alternance progressive entre vagues d’intrusion et périodes d’évitement, permettant une assimilation par doses homéopathiques de l’événement jusqu’à sa résolution. Le traumatisme chronique ou pathologique survient lorsque cette alternance se fige : le sujet oscille alors indéfiniment entre une submersion intrusive chaotique et un évitement défensif rigide et invalidant.
L’intégration de l’hyperactivation neurobiologique
Bien que le modèle d’Horowitz ait brillamment théorisé la dialectique intrusion-évitement, l’accumulation des données neuroscientifiques dans les années 1980 et 1990 (notamment les travaux de Bessel van der Kolk, Dennis Charney et John Krystal) a mis en évidence le rôle cardinal d’une dérégulation neurophysiologique durable chez les personnes traumatisées. Cette altération implique une hyper-réactivité de l’amygdale, une désinhibition du système noradrénergique central (via le locus coeruleus) et un dysfonctionnement de la régulation préfrontale ventromédiane.
Constatant que le modèle à deux facteurs d’Horowitz omettait cette composante somatique et physiologique essentielle désormais codifiée dans le critère D du DSM-IV, Daniel Weiss et Charles Marmar ont développé l’IES-R. Leur cadre théorique postule que l’hyperéveil n’est pas un simple épiphénomène secondaire de l’intrusion, mais une dimension constitutive et autonome du syndrome post-traumatique, qui entretient une relation bidirectionnelle continue avec les intrusions et les comportements d’évitement.
7. Validité
La validité psychométrique de l’IES-R a été rigoureusement démontrée au sein d’une multitude d’échantillons cliniques et non cliniques à travers le monde, englobant des survivants de catastrophes, des vétérans de guerre, des victimes d’agressions, des soignants confrontés à des crises sanitaires et des patients atteints de maladies potentiellement mortelles.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit de l’IES-R a été corroborée par des analyses factorielles confirmatoires menées dans de nombreuses cultures. Les études indiquent que l’instrument discrimine parfaitement les populations ayant vécu un événement traumatique majeur de celles issues de la population générale n’ayant pas été exposées à des stresseurs sévères. Les coefficients de corrélation inter-échelles confirment que, bien que les trois dimensions soient modérément à fortement corrélées entre elles (les coefficients $r$ oscillant typiquement entre 0,55 et 0,75), elles mesurent des facettes distinctes et cliniquement dissociables de la réaction de stress.
Validité convergente
L’IES-R affiche une validité convergente de premier ordre avec les autres instruments d’évaluation de la symptomatologie traumatique et de la psychopathologie générale :
- Des corrélations très élevées ($r = 0,70$ à $0,86$) sont systématiquement rapportées entre le score total de l’IES-R et les scores obtenus à la Posttraumatic Stress Diagnostic Scale (PDS), à la PTSD Checklist (PCL-C, PCL-M, PCL-5) et à l’entretien diagnostique standardisé Clinician-Administered PTSD Scale (CAPS).
- Les sous-échelles respectives de l’IES-R présentent de fortes corrélations directes avec les critères homologues de la CAPS (Intrusion avec Critère B, Évitement avec Critère C, Hyperéveil avec Critère D).
- L’IES-R présente des corrélations modérées à élevées avec des mesures d’anxiété générale (comme le STAI, $r = 0,50$ à $0,65$) et des mesures de détresse dépressive (comme l’inventaire de dépression de Beck, BDI-II, $r = 0,45$ à $0,60$), ce qui reflète la comorbidité affective inhérente aux états post-traumatiques.
Validité discriminante
La validité discriminante de l’IES-R est confirmée par sa capacité à différencier la détresse post-traumatique spécifique liée à un événement précis des états d’anxiété ou d’angoisse diffuse non rattachés à un événement index. Des recherches comparatives ont montré que l’IES-R présente des corrélations nettement plus modestes avec des traits de personnalité généraux (tels que le névrosisme de l’inventaire NEO-PI-R) qu’avec des mesures d’impact d’événements concrets.
Validité prédictive et seuils diagnostiques
L’IES-R possède une excellente validité prédictive. Dans une étude devenue classique de Creamer, Bell et Failla (2003) menée auprès de vétérans de guerre et d’échantillons civils, un score total seuil de 33 sur 88 a été identifié comme offrant le meilleur équilibre entre sensibilité (0,91) et spécificité (0,82) pour prédire un diagnostic formel de TSPT selon les critères du DSM-IV. D’autres auteurs (Briere, 1997 ; Beck et al., 2008) ont souligné que des scores compris entre 24 et 32 signalent des symptômes de stress post-traumatique cliniquement significatifs méritant une surveillance accrue, tandis qu’un score de 37 ou plus indique un retentissement sévère susceptible d’entraîner une défaillance notable du fonctionnement psychosocial et immunitaire.
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité de l’IES-R ont été documentées de façon exhaustive dans la littérature psychométrique, démontrant une stabilité de mesure et une précision remarquables.
Consistance interne
La consistance interne de l’IES-R, évaluée principalement par le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$), est uniformément excellente à travers la littérature académique internationale :
- Score total IES-R : Les valeurs d’alpha varient généralement entre 0,92 et 0,96, attestant d’une très forte homogénéité des 22 items pour quantifier la sévérité globale de la détresse post-traumatique.
- Sous-échelle Intrusion : Les coefficients $lpha$ se situent de façon constante entre 0,87 et 0,94 dans les travaux originaux de Weiss et Marmar (1997) ainsi que dans les réplications ultérieures.
- Sous-échelle Évitement : Les coefficients $lpha$ oscillent entre 0,84 et 0,87.
- Sous-échelle Hyperéveil : Cette sous-échelle ajoutée présente des coefficients $lpha$ compris entre 0,79 et 0,91, démontrant sa cohérence statistique malgré un nombre d’items légèrement plus réduit (6 items).
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest de l’IES-R a été examinée sur divers intervalles temporels. Dans l’étude princeps de Weiss et Marmar (1997) menée auprès de deux cohortes d’intervenants d’urgence (secouristes autoroutiers exposés à un séisme dévastateur), les coefficients de corrélation test-retest variaient de 0,51 à 0,94 selon les sous-échelles et l’intervalle temporel considéré. Une corrélation test-retest satisfaisante à court terme (par exemple sur 7 à 14 jours, où $r > 0,80$) démontre que l’instrument mesure un phénomène stable dans le temps, tandis que sa sensibilité aux variations cliniques à moyen et long terme permet de capturer fidèlement la résolution naturelle ou thérapeutique des symptômes de stress.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle de l’IES-R a fait l’objet d’intenses investigations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Le modèle original à trois facteurs de Weiss et Marmar
Initialement, Weiss et Marmar (1997) ont postulé un modèle tridimensionnel répliquant les trois groupes diagnostiques du DSM-IV : Intrusion, Évitement et Hyperéveil. Dans de nombreuses études d’AFC, ce modèle à trois facteurs interdépendants a présenté des indices d’adéquation très satisfaisants :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) $> 0,90$ (atteignant souvent $> 0,93$ dans les échantillons homogènes).
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) $> 0,90$.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) généralement comprise entre $0,05$ et $0,08$.
- Résidu standardisé quadratique moyen (SRMR) $< 0,06$.
Les saturations factorielles ($lambda$) des items sur leurs facteurs respectifs sont substantiellement élevées, excédant presque toutes le seuil conventionnel de $0,50$, la plupart se situant entre $0,65$ et $0,85$.
Modèles alternatifs et débats taxonomiques
Bien que le modèle à 3 facteurs soit le plus couramment utilisé en clinique, la modélisation statistique avancée (notamment les travaux de Creamer et al., 2003, et de Sundin & Horowitz, 2002) a mis en évidence des discussions psychométriques notables :
- Forte inter-corrélation factorielle : Les facteurs d’intrusion et d’hyperéveil présentent souvent une corrélation latente très élevée ($r > 0,80$), incitant certains chercheurs à tester des modèles bifactoriels ou hiérarchiques intégrant un facteur général de détresse traumatique sous-jacent.
- Le modèle à quatre facteurs de King et al. (1998) : Appliqué à l’IES-R, ce modèle divise le spectre post-traumatique en : Intrusion, Évitement, Hyperéveil neurovégétatif pur (sursaut, hypervigilance) et Dysphorie générale (troubles du sommeil, concentration altérée, irritabilité, anesthésie affective). Plusieurs analyses factorielles confirmatoires ont montré que ce modèle à 4 facteurs offre parfois une adéquation statistique supérieure au modèle à 3 facteurs.
- Le modèle de dysphorie de Simms et al. (2002) : Ce modèle propose de regrouper les symptômes non spécifiques de dépression et d’anxiété dans un facteur commun de dysphorie.
Néanmoins, les cliniciens et la grande majorité des chercheurs continuent de privilégier la structure à trois facteurs d’origine de Weiss et Marmar en raison de sa parfaite parsimonie conceptuelle, de son interprétabilité clinique immédiate et de son utilité éprouvée sur le terrain.
10. Instrument de mesure
L’Échelle d’impact de l’événement – Révisée est un instrument psychométrique auto-administré conçu pour une évaluation standardisée, reproductible et rapide. Les caractéristiques structurelles et les consignes de cotation sont résumées ci-dessous :
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report inventory).
- Nombre total d’items : 22 items rédigés sous la forme d’énoncés à la première personne décrivant des difficultés psychologiques, affectives et physiologiques spécifiques.
- Cadre temporel de référence : Les sept derniers jours précédant l’évaluation (« DURING THE PAST SEVEN DAYS »), en relation directe avec un événement traumatique index préalablement explicité.
- Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points cotée de 0 à 4 :
0= Not at all (Pas du tout)1= A little bit (Un petit peu)2= Moderately (Modérément)3= Quite a bit (Beaucoup / Nettement)4= Extremely (Extrêmement)
- Règles d’inversion des items (Reverse Scoring) : Aucun item n’est inversé. Tous les énoncés sont formulés dans le sens de la pathologie ; un score élevé reflète directement une détresse plus sévère.
- Structure des sous-échelles :
- Sous-échelle Intrusion (8 items) : Items 1, 2, 3, 6, 9, 14, 16 et 20 (Score brut : 0 à 32).
- Sous-échelle Évitement (8 items) : Items 5, 7, 8, 11, 12, 13, 17 et 22 (Score brut : 0 à 32).
- Sous-échelle Hyperéveil (6 items) : Items 4, 10, 15, 18, 19 et 21 (Score brut : 0 à 24).
- Calcul des scores et cotation :
- Score total brut : Somme arithmétique de l’ensemble des 22 items, s’échelonnant de 0 à 88.
- Scores moyens (recommandés pour comparer les sous-échelles) : Calculés en divisant la somme brute de la sous-échelle (ou du test complet) par le nombre d’items correspondants. Les scores moyens s’échelonnent ainsi de 0 à 4 :
- 0,0 à 0,9 : Symptomatologie absente à minimale (No/few symptoms).
- 1,0 à 1,9 : Symptomatologie légère à modérée (Moderate symptoms).
- 2,0 à 2,9 : Niveau élevé de symptômes (High level of symptoms).
- 3,0 à 4,0 : Niveau extrêmement sévère de symptômes (Extremely high level of symptoms).
- Repères de coupure clinique (Cut-off scores) :
Score total < 24 :Détresse post-traumatique subclinique ou faible.Score total entre 24 et 32 :Présence de symptômes cliniquement significatifs ; vigilance requise.Score total ≥ 33 :Seuil standard optimisant la sensibilité et la spécificité pour la détection d’un TSPT probable.Score total ≥ 37 :Niveau de détresse hautement sévère associé à des altérations majeures du fonctionnement psychosocial.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 1997 (publication princeps du chapitre de Daniel S. Weiss et Charles R. Marmar dans l’ouvrage édité par J.P. Wilson et T.M. Keane).
- Droits d’auteur et permissions : L’IES-R est considérée dans la communauté scientifique et médicale internationale comme un instrument relevant du domaine public académique (« open access » pour la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale). Les auteurs n’ont pas déposé de marque commerciale restrictive ni imposé de redevance pour l’utilisation papier standard de l’échelle.
- Conditions d’utilisation : Les cliniciens et chercheurs sont pleinement autorisés à reproduire et administrer l’IES-R sous réserve de citer scrupuleusement la publication de référence originale (Weiss & Marmar, 1997). Toute adaptation commerciale, intégration dans des logiciels payants ou réédition au sein d’anthologies protégées nécessite l’accord explicite préalable des éditeurs (The Guilford Press) et des ayants droit.
- Tarifs : Aucun coût d’utilisation ou redevance de passation (gratuit pour les praticiens et les équipes de recherche académique).
12. Références
- Beck, J. G., Grant, D. M., Read, J. P., Clapp, J. D., Coffey, S. F., Miller, L. M., & Palyo, S. A. (2008). The Cleaners vs. The Contaminators: The Impact of Event Scale-Revised: Psychometric properties in a sample of motor vehicle accident survivors. Journal of Anxiety Disorders, 22(2), 187–198. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2007.02.007
- Briere, J. (1997). Psychological assessment of adult posttraumatic states: Phenomenology, diagnosis, and measurement. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10252-000
- Creamer, M., Bell, R., & Failla, S. (2003). Psychometric properties of the Impact of Event Scale – Revised. Behaviour Research and Therapy, 41(12), 1489–1496. https://doi.org/10.1016/j.brat.2003.07.010
- Horowitz, M. J., Wilner, N., & Alvarez, W. (1979). Impact of Event Scale: A measure of subjective stress. Psychosomatic Medicine, 41(3), 209–218. https://doi.org/10.1097/00006842-197905000-00004
- King, D. W., Leskin, G. A., King, L. A., & Weathers, F. W. (1998). Confirmatory factor analysis of the Clinician-Administered PTSD Scale: Evidence for the dimensionality of posttraumatic stress disorder. Psychological Assessment, 10(2), 90–96. https://doi.org/10.1037/1040-3590.10.2.90
- Simms, L. J., Watson, D., & Doebbeling, B. N. (2002). Confirmatory factor analyses of posttraumatic stress symptoms in deployed and nondeployed veterans of the Gulf War. Journal of Abnormal Psychology, 111(4), 637–647. https://doi.org/10.1037/0021-843X.111.4.637
- Sundin, E. C., & Horowitz, M. J. (2002). Impact of Event Scale: Psychometric properties. The British Journal of Psychiatry, 180(3), 205–209. https://doi.org/10.1192/bjp.180.3.205
- Weiss, D. S., & Marmar, C. R. (1997). The Impact of Event Scale – Revised. In J. P. Wilson & T. M. Keane (Eds.), Assessing Psychological Trauma and PTSD: A Practitioner’s Handbook (pp. 399–411). Guilford Press.
13. Questions et items du questionnaire
Instructions: Below is a list of difficulties people sometimes have after stressful life events. Please read each item, and then indicate how distressing each difficulty has been for you DURING THE PAST SEVEN DAYS with respect to (the event). How much were you distressed or bothered by these difficulties?
Response Scale: 5-point Likert scale:
0 = Not at all
1 = A little bit
2 = Moderately
3 = Quite a bit
4 = Extremely
- Any reminder brought back feelings about it
- I had trouble staying asleep
- Other things kept making me think about it
- I felt irritable and angry
- I avoided letting myself get upset when I thought about it or was reminded of it
- I thought about it when I didn’t mean to
- I felt as if it hadn’t happened or wasn’t real
- I stayed away from reminders of it
- Pictures about it popped into my mind
- I was jumpy and easily startled
- I tried not to think about it
- I was aware that I still had a lot of feelings about it, but I didn’t deal with them
- My feelings about it were kind of numb
- I found myself acting or feeling like I was back at that time
- I had trouble falling asleep
- I had waves of strong feelings about it
- I tried to remove it from my memory
- I had trouble concentrating
- Reminders of it caused me to have physical reactions, such as sweating, trouble breathing, nausea, or a pounding heart
- I had dreams about it
- I felt watchful and on-guard
- I tried not to talk about it