1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation du trouble des conduites – version pour parents (Conduct Disorder Rating Scale – for Parents, CDRS-P), conçue par Daniel A. Waschbusch et Frank J. Elgar en 2007, constitue un instrument psychométrique standardisé élaboré pour combler une lacune méthodologique majeure dans l’évaluation clinique et épidémiologique des perturbations sévères du comportement chez les enfants et adolescents âgés de 4 à 16 ans. Alors que de nombreux questionnaires historiques évaluent les troubles externalisés de manière diffuse ou indirecte, la CDRS-P opérationnalise de façon stricte et exhaustive les 15 critères diagnostiques du trouble des conduites (TC) définis par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV et DSM-IV-TR, maintenus dans le DSM-5). L’instrument se compose de 19 items structurés en trois volets distincts : les 15 premiers items quantifient la fréquence des comportements antisociaux sur une échelle temporelle ordinale de 12 mois (de « Jamais » à « Quotidiennement ») ; les items 16 à 18 évaluent le retentissement fonctionnel et l’altération adaptative au domicile, en milieu scolaire et lors des activités parascolaires (sur une échelle ordinale en cinq points allant de « Aucun problème » à « Problèmes très sévères ») ; et l’item 19 documente l’âge d’apparition des manifestations comportementales afin de distinguer le sous-type à début dans l’enfance du sous-type à début à l’adolescence. Les études de validation psychométrique démontrent une consistance interne robuste (α de Cronbach oscillant entre 0,84 et 0,91 selon les sous-groupes cliniques), une fidélité test-retest satisfaisante sur plusieurs semaines, une structure factorielle congruente avec les modèles de délinquance manifeste/dissimulée et d’agression, ainsi qu’une excellente validité de critère et discriminante, différenciant nettement les jeunes atteints de trouble des conduites de ceux présentant un simple trouble oppositionnel avec provocation (TOP) ou un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
2. Mots-clés / Keywords
Trouble des conduites, CDRS-P, psychopathologie infantile, évaluation comportementale, hétéro-évaluation parentale, DSM-IV, DSM-5, agression, comportements antisociaux, retentissement fonctionnel, psychométrie clinique, délinquance juvénile.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conceptualisée, validée et publiée par deux chercheurs de premier plan en psychopathologie développementale et en épidémiologie sociale :
- Daniel A. Waschbusch, Ph.D. : Professeur au département de psychiatrie et de santé comportementale au Penn State College of Medicine (Hershey, Pennsylvanie, États-Unis) et membre affilié du Center for Children and Families. Spécialiste reconnu internationalement des troubles perturbateurs du comportement, du TDAH et des traits de callosité et d’insensibilité émotionnelle (callous-unemotional traits) chez l’enfant. Contact institutionnel : [email protected].
- Frank J. Elgar, Ph.D. : Professeur titulaire à l’Institut des politiques sociales et de santé (Université McGill, Montréal, Québec, Canada) et titulaire d’une chaire de recherche du Canada en inégalités sociales et de santé chez l’enfant. Expert en épidémiologie psychiatrique et en modélisation des comportements à risque à l’adolescence. Contact institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
Le trouble des conduites constitue une priorité majeure de santé publique à l’échelle planétaire en raison de sa prévalence estimée entre 2 % et 5 % chez les enfants et les adolescents, et de sa trajectoire développementale péjorative. Les personnes présentant un trouble des conduites non diagnostiqué ou précocement négligé encourent des risques disproportionnés d’incarcération, de violences interpersonnelles, de marginalisation scolaire, d’abus de substances toxiques, de victimisation sexuelle et d’évolution vers un trouble de la personnalité antisociale à l’âge adulte. En dépit de cette sévérité, l’évaluation clinique a longtemps pâti d’un écueil méthodologique récurrent : la plupart des questionnaires globaux d’hétéro-évaluation comportementale (tels que la Child Behavior Checklist [CBCL] ou l’Eyberg Child Behavior Inventory [ECBI]) mesurent une dimension générale d’externalisation qui amalgame des conduites d’opposition bénignes, de l’agitation motrice et des actes transgressifs graves, sans reproduire fidèlement l’ensemble des critères diagnostiques nosologiques stricts.
Pour résoudre cette ambiguïté, Waschbusch et Elgar (2007) ont développé la CDRS-P afin de procurer aux cliniciens et aux chercheurs un instrument spécifiquement calibré sur la nosologie clinique. L’outil a pour objectif premier de cartographier de manière standardisée et systématique l’ensemble des 15 symptômes du trouble des conduites tels que définis par les critères A1 à A15 de la nomenclature nosographique psychiatrique de l’American Psychiatric Association. Contrairement à une simple anamnèse non structurée, la CDRS-P transforme l’observation parentale en données quantifiables précises tout en respectant la fenêtre temporelle critique de 12 mois requise pour le diagnostic formel.
Le second objectif fondamental de la CDRS-P est de mesurer l’altération globale du fonctionnement (critère B diagnostique) et de capturer la trajectoire d’apparition temporelle. Il est largement établi en psychopathologie développementale qu’un même symptôme comportemental (par exemple, une bagarre ou un vol isolé) ne possède pas la même valeur pronostique s’il ne génère aucun dysfonctionnement psychosocial ou s’il s’inscrit au contraire dans un schéma de perturbation majeure de l’écosystème familial et scolaire. En intégrant des questions directes sur le niveau d’entrave causé à la maison, à l’école et dans la communauté, ainsi que l’âge précis de début des troubles, la CDRS-P permet de distinguer le sous-type à début dans l’enfance (avant l’âge de 10 ans, généralement associé à une chronicité accrue, des déficits neurocognitifs et des traits de callosité) du sous-type à début à l’adolescence (plus transitoire et fortement sous-tendu par la socialisation par les pairs déviants).
Dans la pratique clinique, l’échelle intervient à plusieurs étapes charnières : lors de l’évaluation initiale pour appuyer ou réfuter l’hypothèse d’un trouble des conduites face à un tableau complexe de troubles du comportement ; dans le dépistage en population à risque ; et enfin comme instrument sensible au changement thérapeutique dans le cadre d’essais cliniques évaluant les interventions de guidance parentale (Parent Management Training), les thérapies multisystémiques ou les régulateurs pharmacologiques de l’agressivité explosive.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la CDRS-P est le trouble des conduites, défini comme un ensemble persistant et répétitif de comportements dans lesquels sont bafoués les droits fondamentaux d’autrui ou les normes sociales correspondant à l’âge du sujet. L’échelle déploie ce construit en intégrant les quatre regroupements symptomatiques traditionnels de la psychiatrie développementale, complétés par l’évaluation du retentissement fonctionnel et de la chronologie développementale.
1. Agression envers des personnes ou des animaux
Ce pôle symptomatique reflète les comportements manifestes d’intimidation physique, de domination interpersonnelle violente et de cruauté caractérisée. Au sein de la CDRS-P, cette dimension est explorée par les items évaluant les menaces verbales ou physiques (Item 12 : intimidations et brutalités), le déclenchement délibéré de rixes ou de bagarres physiques (Item 3), l’utilisation d’une arme létale ou susceptible de causer des lésions corporelles graves telle qu’un couteau, une batte, une bouteille cassée ou une arme à feu (Item 15), la cruauté physique directe infligée à des personnes (Item 4) ainsi que la cruauté exercée envers les animaux domestiques ou sauvages (Item 14). Cette dimension intègre également les agressions les plus dévastatrices sur le plan médico-légal, telles que le vol avec confrontation de la victime sous la menace, le racket ou l’extorsion (Item 9) et le fait de contraindre une personne à des actes de nature sexuelle (Item 11). Ce regroupement est particulièrement prédictif de trajectoires de violence criminelle persistante.
2. Destruction de biens matériels et vandalisme
Ce domaine correspond aux conduites antisociales destructrices, n’impliquant pas nécessairement de confrontation physique directe avec autrui mais portant gravement atteinte au patrimoine matériel. La CDRS-P isole l’allumage intentionnel et prémédité d’incendies dans le dessein d’occasionner des destructions matérielles majeures (Item 8, pyromanie antisociale) et les actes de vandalisme délibéré ou de saccage de la propriété privée d’autrui par tout autre moyen (Item 13). Ce construit renvoie à des mécanismes de régulation émotionnelle défaillants, d’impulsivité explosive ou de vengeance indirecte.
3. Fraude, duperie ou vol
Cette dimension recouvre les comportements de délinquance dissimulée (covert delinquency) caractérisés par la transgression subversive des règles de loyauté sociale et d’appropriation légitime des biens. L’échelle évalue ici l’effraction dans des domiciles, des locaux commerciaux ou des véhicules motorisés (Item 7), le vol non violent sans confrontation directe de la victime (tel que le vol à l’étalage dissimulé, le recel, la falsification de chèques ou la signature de faux documents ; Item 5), et le recours systématique au mensonge utilitaire, à la manipulation d’autrui et à l’escroquerie pour obtenir des bénéfices immédiats, des privilèges indus ou pour échapper à des sanctions parentales ou scolaires (Item 2).
4. Violations graves des règles établies
Cette dernière dimension comportementale cible l’insubordination chronique et l’abandon des règles régissant la protection de l’enfant au sein de la famille et des institutions scolaires. Sont quantifiées l’absence illicite et récurrente du domicile familial la nuit tombée malgré l’interdiction parentale formelle avant l’âge de 13 ans (Item 10), la fugue nocturne prolongée du foyer familial à au moins deux reprises (ou une fois sans retour pendant une longue période ; Item 1), ainsi que l’absentéisme scolaire injustifié et l’école buissonnière récurrente débutant avant l’âge de 13 ans (Item 6).
5. Retentissement fonctionnel et âge d’apparition
Conformément au modèle tridimensionnel du diagnostic en psychiatrie de l’enfant, la simple présence de symptômes ne suffit pas à caractériser la psychopathologie sans la quantification de l’altération adaptative. La CDRS-P mesure le fardeau psychosocial global dans trois milieux de vie fondamentaux : la dynamique familiale à la maison (Item 16), l’apprentissage et la discipline à l’école (Item 17), et l’intégration dans les contextes parascolaires, sportifs et communautaires (Item 18). Enfin, l’âge d’émergence des premiers comportements problématiques (Item 19) constitue un paramètre pronostique fondamental permettant d’isoler la trajectoire à haut risque neurodéveloppemental.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la CDRS-P s’ancre dans les théories contemporaines de la psychopathologie développementale et les modèles structuraux de la délinquance juvénile. Trois cadres conceptuels majeurs sous-tendent l’architecture de cet instrument :
La taxonomie développementale de Terrie Moffitt
Le cadre théorique le plus influent mobilisé par Waschbusch et Elgar est la théorie taxonomique bipartite proposée par Terrie E. Moffitt (1993, 2003). Selon Moffitt, les comportements antisociaux se scindent en deux trajectoires étiologiques distinctes :
- La trajectoire persistante tout au long de la vie (life-course-persistent) : Elle trouve ses racines dès la petite enfance dans des vulnérabilités neurodéveloppementales précoces (déficits des fonctions exécutives, tempérament difficile, faible réactivité autonome) interagissant avec un environnement familial dysfonctionnel ou désorganisé. Ces enfants développent des comportements d’agression physique précoce, présentent des taux élevés de récidive et évoluent vers une criminalité adulte sévère. L’inclusion de l’âge d’apparition (Item 19) dans la CDRS-P permet précisément d’isoler ce sous-groupe débutant avant 10 ans.
- La trajectoire limitée à l’adolescence (adolescence-limited) : Elle émerge de manière abrupte à la puberté sous l’effet du « fossé de maturité » (le décalage entre la maturité biologique et l’autonomie sociale accordée). Ces jeunes s’engagent dans des comportements transgressifs mimétiques et affiliatifs (fraudes, absentéisme, sorties nocturnes) sous la pression des pairs, mais abandonnent généralement ces conduites à l’entrée dans les rôles adultes stables.
Le modèle structural bidimensionnel de Loeber et Frick
Les travaux de Rolf Loeber et Paul J. Frick ont amplement démontré que les conduites antisociales infantiles ne forment pas une entité homogène, mais se distribuent selon deux axes orthogonaux majeurs : l’axe Manifeste / Dissimulé (Overt vs. Covert) et l’axe Destructeur / Non destructeur. L’agression physique, l’intimidation et les bagarres relèvent du pôle manifeste, tandis que le vol sans confrontation, l’école buissonnière, la fugue et le mensonge pathologique relèvent du pôle dissimulé. La CDRS-P respecte cette organisation conceptuelle en fournissant une distribution équilibrée d’items couvrant les quatre quadrants théoriques qui en découlent (par exemple, agression manifeste-destructrice vs. vol dissimulé-destructeur).
Le modèle de coercition relationnelle de Patterson
La théorie des processus coercitifs développée par Gerald Patterson au Oregon Social Learning Center postule que les comportements externalisés sévères s’enracinent et se pérennisent à travers des cycles d’échanges coercitifs répétés entre l’enfant et ses figures d’attachement. Lorsque les parents capitulent face aux crises ou aux comportements agressifs de l’enfant pour restaurer le calme à court terme, ils renforcent négativement les conduites perturbatrices. En mesurant spécifiquement le retentissement familial (Item 16) et les manquements délibérés à l’autorité parentale (Item 10), la CDRS-P s’aligne sur ce courant d’apprentissage social.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés de validité de la CDRS-P a fait l’objet de protocoles empiriques rigoureux dans l’étude princeps de Waschbusch et Elgar (2007), portant sur des échantillons cliniques d’enfants référés pour troubles du comportement ainsi que des échantillons scolaires en population générale.
Validité de construit
La validité de contenu et de construit repose initialement sur l’opérationnalisation directe et exhaustive, mot à mot, de l’ensemble des critères diagnostiques du DSM-IV. Cette correspondance stricte garantit une validité d’apparence et de contenu absolue vis-à-vis des nomenclatures psychiatriques officielles, évitant l’écueil des échelles concurrentes qui omettent fréquemment les symptômes à basse fréquence mais de gravité critique (tels que la contrainte sexuelle ou l’usage d’armes).
Validité convergente
La CDRS-P démontre une validité convergente robuste lorsqu’elle est mise en corrélation avec d’autres échelles de psychopathologie comportementale largement validées. Les scores totaux de la CDRS-P présentent des corrélations positives statistiquement significatives et élevées avec :
- La sous-échelle Rule-Breaking Behavior (Comportements de transgression des règles) du système ASEBA / CBCL d’Achenbach (coefficients r compris entre 0,68 et 0,78, p < 0,001).
- La sous-échelle Aggressive Behavior (Comportement agressif) de la CBCL (r oscillant entre 0,65 et 0,74).
- L’Impairment Rating Scale (IRS ; Fabiano et al., 2006), confirmant une association linéaire directe (r > 0,60) entre la fréquence des symptômes mesurés par la CDRS-P et l’étendue des déficits adaptatifs mesurés indépendamment par les enseignants et les cliniciens.
Validité discriminante
La CDRS-P démontre une excellente capacité à discriminer le trouble des conduites des autres troubles neurodéveloppementaux et émotionnels comorbides. Dans les analyses comparatives de groupes cliniques, la CDRS-P affiche des corrélations modérées à faibles avec les mesures d’anxiété et de dépression (r < 0,25), ainsi qu’avec les échelles d’inattention pure du TDAH (r < 0,35). De plus, les analyses par courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) indiquent des aires sous la courbe (AUC) supérieures à 0,88 pour discriminer les enfants ayant reçu un diagnostic psychiatrique formel de trouble des conduites via des entretiens diagnostiques structurés (tels que le DISC ou le DICA) de ceux présentant un trouble oppositionnel avec provocation isolé ou un TDAH sans comorbidité de conduite.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la CDRS-P a été examinée sous l’angle de la consistance interne, de la stabilité temporelle et de la concordance inter-évaluateurs.
Consistance interne
Bien que les 15 symptômes du trouble des conduites couvrent des manifestations phénotypiques hétérogènes (allant de l’école buissonnière aux agressions armées), la consistance interne globale de la CDRS-P demeure exceptionnellement robuste. Dans les échantillons de validation de Waschbusch et Elgar (2007) :
- Le coefficient alpha de Cronbach (α) pour l’ensemble des 15 items symptomatiques s’élève à 0,88 dans l’échantillon clinique total.
- Dans les sous-échantillons d’enfants référés en psychiatrie infanto-juvénile, l’alpha atteint 0,91.
- Dans les cohortes scolaires normatives en population générale, l’alpha s’établit à 0,84, un chiffre particulièrement élevé compte tenu de la relative rareté de ces comportements chez les enfants tout-venant.
- Les corrélations item-total corrigées oscillent pour la majorité des items entre 0,42 et 0,71. Seuls les items à très faible taux de prévalence dans les cohortes prépubères (tels que l’item 11 sur la contrainte sexuelle) présentent des corrélations item-total plus modestes, sans altérer la cohérence globale de l’instrument.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité temporelle évaluée à un intervalle moyen de deux à quatre semaines auprès d’un sous-groupe de parents stables sur le plan thérapeutique présente un coefficient de corrélation intraclasse (CCI) de 0,82 (p < 0,001) pour le score total symptomatique, et de 0,79 pour l’indice de retentissement fonctionnel. Cette stabilité indique que l’échelle ne fluctue pas au gré de l’humeur parentale transitoire mais capture des patterns comportementaux durables.
Fidélité inter-évaluateurs
Bien que la CDRS-P soit principalement administrée au parent principal (la mère dans la majorité des protocoles), la concordance observée entre les deux parents lorsqu’ils complètent l’échelle de façon indépendante affiche une corrélation de Pearson de r = 0,71, démontrant une vision partagée satisfaisante des perturbations comportementales de l’enfant.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’exploration et la confirmation de la structure factorielle sous-jacente de la CDRS-P ont fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies, révélant une organisation dimensionnelle cohérente avec la littérature psychopathologique.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des premières analyses en composantes principales suivies d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin), la distribution des 15 items symptomatiques converge vers un modèle à deux ou trois facteurs principaux expliquant plus de 58 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Agressivité ouverte / Comportements manifestes (Overt Aggression) : Ce facteur regroupe les items de brutalité, d’intimidation, de bagarres, de cruauté physique envers autrui ou envers les animaux et d’usage d’armes (items 3, 4, 12, 14, 15). Les saturations factorielles sur cette dimension sont particulièrement fortes, variant entre 0,62 et 0,84.
- Facteur 2 : Délinquance dissimulée et infractions (Covert Delinquency / Rule Violations) : Ce facteur agrège le mensonge utilitaire, les vols sans confrontation, l’école buissonnière, les sorties nocturnes interdites et les fugues (items 1, 2, 5, 6, 10), avec des saturations factorielles s’étalant de 0,55 à 0,79.
- Facteur 3 : Destruction de biens et atteintes graves (Property Destruction / Severe Offending) : Dans certaines modélisations à trois facteurs, les items relatifs aux incendies volontaires (item 8), au vandalisme (item 13) et aux effractions (item 7) s’isolent pour former une dimension distincte d’atteinte matérielle destructive.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles menées par Waschbusch et ses collaborateurs ont testé l’ajustement de modèles concurrents : un modèle unifactoriel global (supposant une propension antisociale indifférenciée), un modèle bifactoriel orthogonal et un modèle hiérarchique de second ordre où un facteur général de « Trouble des conduites » sous-tend les composantes manifeste et dissimulée. Les indices d’ajustement du modèle hiérarchique et du modèle à facteurs corrélés se sont révélés très satisfaisants :
- Indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) ≥ 0,93 ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) ≥ 0,91 ;
- Racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA) ≤ 0,058 (intervalle de confiance à 90 % : [0,042, 0,071]) ;
- Résidu standardisé quadratique moyen (SRMR) ≤ 0,051.
Ces résultats confirment que si le trouble des conduites peut être quantifié par un score global unique dans le cadre d’un dépistage clinique, il possède une différenciation interne robuste entre manifestations agressives directes et délinquance non violente ou dissimulée.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Conduct Disorder Rating Scale – for parents (CDRS-P).
- Traduction française usuelle : Échelle d’évaluation du trouble des conduites – version pour parents.
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’hétéro-évaluation comportementale standardisée rempli par les parents ou les tuteurs légaux de l’enfant.
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 4 à 16 ans (applicable jusqu’à 17-18 ans dans le cadre d’études sur l’adolescence).
- Structure générale du test : 19 items au total, répartis en trois sections complémentaires :
- Section symptomatique (Items 1 à 15) : Évaluation des 15 comportements spécifiques issus des critères du DSM-IV/DSM-5.
- Section de retentissement fonctionnel (Items 16 à 18) : Évaluation de l’impact psychosocial au domicile, à l’école et dans les activités de loisirs/communautaires.
- Section chronologique (Item 19) : Relevé de l’âge d’émergence en années pour déterminer le sous-type nosologique.
- Cadre temporel de référence : Les 12 derniers mois précédant l’évaluation (conforme aux critères diagnostiques de durée).
- Options de réponse pour les items 1 à 15 : Échelle ordinale de fréquence à 5 modalités :
- Never (Jamais)
- Once (Une fois)
- Monthly (Chaque mois)
- Weekly (Chaque semaine)
- Daily (Quotidiennement)
- Option additionnelle : DK (Don’t Know / Ne sait pas).
- Options de réponse pour les items 16 à 18 (Retentissement) : Échelle ordinale d’intensité en 5 points :
- No Problems (Aucun problème)
- Mild Problems (Problèmes légers)
- Moderate Problems (Problèmes modérés)
- Severe Problems (Problèmes sévères)
- Very Severe Problems (Problèmes très sévères)
- Méthodes de cotation :
- Cotation dimensionnelle de sévérité : Les items 1 à 15 peuvent être cotés de 0 (Never) à 4 (Daily), générant un score total continu d’intensité des conduites allant de 0 à 60. Les items 16 à 18 sont cotés de 0 (No Problems) à 4 (Very Severe Problems), générant un score d’altération fonctionnelle de 0 à 12.
- Cotation catégorielle diagnostique DSM : Un symptôme est considéré comme cliniquement présent s’il est coté au moins « Once » (ou selon les seuils spécifiques de récurrence du DSM, tels que les fugues nocturnes répétées). Le seuil diagnostique catégoriel nécessite la présence d’au moins 3 des 15 critères symptomatiques au cours des 12 derniers mois (dont au moins un au cours des 6 derniers mois), combiné à la présence d’un retentissement fonctionnel significatif (score ≥ 2 sur au moins un des items 16 à 18).
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes pour le parent.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2007 (publié dans la revue scientifique internationale Assessment).
- Statut des droits d’auteur : Les droits de publication initiaux appartiennent à SAGE Publications et aux auteurs (Waschbusch & Elgar).
- Disponibilité et tarifs : L’échelle a été publiée dans le cadre d’un article de recherche scientifique universitaire à des fins d’utilité publique et clinique. Elle est disponible sans frais d’acquisition commerciaux pour la recherche académique non lucrative, l’enseignement et la pratique clinique institutionnelle.
- Procédure d’autorisation : Les cliniciens et chercheurs désirant administrer la version officielle ou réaliser une adaptation transculturelle sont invités à contacter directement le Dr Daniel A. Waschbusch (Penn State College of Medicine) afin d’obtenir l’autorisation formelle d’utilisation et les consignes de standardisation actualisées.
12. Références / References
- American Psychiatric Association. (1994). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890423349
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
- Fabiano, G. A., Pelham, W. E., Waschbusch, D. A., Gnagy, E. M., Lahey, B. B., Chronis, A. M., Onyango, A. N., Kipp, H., Lopez-Williams, A., & Burrows-MacLean, L. (2006). A practical measure of impairment: Psychometric properties of the Impairment Rating Scale in samples of children with attention deficit hyperactivity disorder and two school-based samples. Journal of Clinical Child and Adolescent Psychology, 35(3), 369–385. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp3503_3
- Frick, P. J., & Moffitt, T. E. (2010). A proposal for the subtyping of conduct disorder for DSM-V. American Psychiatric Association, 1–19.
- Loeber, R., Burke, J. D., Lahey, B. B., Winters, A., & Zera, M. (2000). Oppositional defiant and conduct disorder: A review of the past 10 years, part I. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 39(12), 1468–1484. https://doi.org/10.1097/00004583-200012000-00007
- Moffitt, T. E. (1993). Adolescence-limited and life-course-persistent antisocial behavior: A developmental taxonomy. Psychological Review, 100(4), 674–701. https://doi.org/10.1037/0033-295X.100.4.674
- Patterson, G. R. (1982). Coercive family process. Castalia Publishing Company.
- Waschbusch, D. A., & Elgar, F. J. (2007). Development and validation of the Conduct Disorder Rating Scale. Assessment, 14(1), 65–74. https://doi.org/10.1177/1073191106295427
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Conduct Disorder Rating Scale – Parent Version
Child Name: ___________________________________
Age: _________ Grade: _________ Sex (circle one): Boy Girl
Today’s Date: _____________________
Your Name: ___________________________________
Relationship to child: ___________________________________
INSTRUCTIONS: Listed below are items that describe children’s behaviour. Read each item carefully and check the box that best describes this child’s behavior for the past 12 months. You may put DK next to any item that you do not know or do not wish to answer.
• Never
• Once
• Monthly
• Weekly
• Daily
(or DK = Don’t Know)
In the past 12 months, your child…
- Has run away from home overnight at least twice while living in parent’s or guardian’s home (or one time without returning for a long period)
- Lies to get things he/she wants, or to get favours from others, or to avoid obligations (i.e., ‘cons’ others)
- Starts physical fights
- Has been physically cruel to people
- Has stolen things of value without confronting a victim (e.g., shoplifting; forgery)
- Skips school
- Has broken into someone else’s house, building, or car
- Has deliberately set fires to try and cause serious damage
- Has stolen while confronting a victim (e.g., mugging, purse snatching, extortion, armed robbery)
- Stays out at night despite parental rules
- Has forced someone into sexual activity
- Bullies, threatens, or intimidates others
- Has deliberately destroyed others’ property (other than by fire setting)
- Has been physically cruel to animals
- Has used a weapon that can cause serious physical harm to others (e.g., a bat, brick, broken bottle, knife, gun)
How much of a problem do any of the above behaviors cause your child at…
• No Problems
• Mild Problems
• Moderate Problems
• Severe Problems
• Very Severe Problems
- Home?
- School?
- Other (e.g., team sports, playgrounds, etc.)?
- How old was this child when he/she started behaving this way?
AGE IN YEARS: _________