1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de l’orgasme (en anglais, Orgasm Rating Scale ou ORS), développée par les chercheurs canadiens Kenneth Mah et Yitzchak M. Binik à l’Université McGill et au Toronto General Hospital, constitue un instrument psychométrique auto-rapporté novateur conçu pour opérationnaliser, quantifier et déconstruire l’expérience subjective de l’orgasme humain chez l’homme et chez la femme. Face aux limites historiques des modèles purement physiologiques ou mécanistiques de la réponse sexuelle, l’ORS adopte une approche multidimensionnelle reposant sur une modélisation bidimensionnelle validée empiriquement, scindant le phénomène en une dimension sensorielle (perception consciente des événements physiologiques et neuromusculaires) et une dimension cognitivo-affective (évaluations cognitives, intensité subjective, résonance émotionnelle et intimité relationnelle). L’instrument comprend un inventaire de 40 adjectifs descriptifs évalués sur une échelle de type Likert en 6 points allant de 0 (« Ne le décrit pas du tout ») à 5 (« Le décrit parfaitement »), ciblant l’expérience orgasmique la plus récente vécue selon deux contextes distincts : la masturbation solitaire ou les rapports sexuels avec un partenaire.
Sur le plan structurel, le calcul des scores repose sur un sous-ensemble rigoureusement calibré de 28 adjectifs répartis en dix composantes factorielles de premier ordre : six composantes sensorielles (sensations d’accumulation/montée, d’inondation/flux, de bouffée/chaleur diffuse, de jaillissement/élancement, de pulsations/battements et de spasmes généraux) et quatre composantes cognitivo-affectives (intimité émotionnelle, extase, satisfaction agréable et relaxation). Les douze adjectifs restants explorent des facettes phénoménologiques complémentaires, telles que les états modifiés de conscience ou la perte de contrôle, bien qu’ils ne soient pas inclus dans la cotation dimensionnelle standardisée. Sur le plan psychométrique, l’ORS fait preuve d’une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,88 et 0,92 chez les hommes et les femmes dans les deux contextes érotiques. Les analyses factorielles confirmatoires appuient la supériorité de cette structure bidimensionnelle sur les modèles unifactoriels ou trifactoriels alternatifs, faisant de l’ORS une référence internationale pour la sexologie clinique, la médecine sexuelle et la recherche psychologique fondamentale.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’évaluation de l’orgasme, Orgasm Rating Scale, ORS, psychométrie sexologique, expérience subjective de l’orgasme, dimension sensorielle, dimension cognitivo-affective, satisfaction sexuelle, masturbation solitaire, sexualité avec partenaire, Yitzchak Binik, Kenneth Mah.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’évaluation de l’orgasme a été conceptualisée, construite et validée par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie clinique et en médecine comportementale :
- Kenneth Mah, Ph.D. : Chercheur et clinicien rattaché à la Behavioural Sciences and Health Research Division, University Health Network, Toronto General Hospital (Eaton North, 9EN 220, 200 Elizabeth Street, Toronto, Ontario, Canada M5G 2C4 ; contact institutionnel :
[email protected]). Le Dr Mah a consacré ses travaux doctoraux et postdoctoraux à la caractérisation phénoménologique, psychophysiologique et cognitive de la sexualité humaine. - Yitzchak M. Binik, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université McGill et directeur émérite du Service de thérapie sexuelle et de couple du Centre universitaire de santé McGill (CUSM / McGill University Health Centre), Montréal, Québec, Canada. Figure de proue mondiale de la sexologie empirique, le Dr Binik est internationalement reconnu pour ses recherches pionnières sur la dyspareunie, le vaginisme, les douleurs génito-pelviennes et la modélisation biopsychosociale de la fonction orgasmique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental ayant présidé au développement de l’Orgasm Rating Scale (ORS) était de combler un vide méthodologique et épistémologique majeur au sein de la littérature scientifique dédiée à la sexualité humaine. Pendant plusieurs décennies, sous l’influence prépondérante des paradigmes initiés par William Masters et Virginia Johnson dans les années 1960, puis prolongés par Helen Singer Kaplan, l’orgasme a été appréhendé de manière quasi exclusive comme un réflexe neurophysiologique stéréotypé, circonscrit à des contractions rythmiques des muscles striés périnéaux (notamment le muscle pubo-coccygien) et du plateau orgasmique, associées à une décharge sympathique transitoire. Cette focalisation biologique a conduit à négliger la texture subjective, émotionnelle, phénoménologique et relationnelle de l’orgasme, reléguant le vécu psychologique au rang d’épiphénomène non mesuré.
Face à ce constat critique (Mah & Binik, 2001), les auteurs ont conçu l’ORS comme un instrument standardisé capable de capturer l’orgasme dans sa plénitude psychologique, en fournissant une métrique quantitative rigoureuse pour les applications scientifiques et cliniques suivantes :
- Opérationnalisation de la variabilité intra- et interindividuelle : L’ORS permet de vérifier empiriquement si les orgasmes diffèrent en intensité, en nature et en tonalité affective selon le genre de l’individu, son orientation, son âge ou le mode de déclenchement physiologique de l’excitation.
- Comparaison différentielle des contextes sexuels : L’échelle a été spécifiquement étalonnée pour comparer l’expérience de l’orgasme atteint lors d’une masturbation solitaire versus l’orgasme atteint dans le cadre d’un rapport partagé avec un partenaire, permettant d’isoler l’impact des facteurs interpersonnels et relationnels sur le ressenti subjectif.
- Évaluation clinique des dysfonctions orgasmiques : L’ORS offre aux cliniciens et sexothérapeutes un outil d’anamnèse diagnostique fin pour investiguer l’anorgasmie primaire ou secondaire, l’orgasme anesthésique (absence de plaisir malgré la survenue du réflexe moteur d’éjaculation ou de contractions pelviennes) ou les insatisfactions qualitatives chez des patients rapportant un orgasme « mécanique » dépourvu de résonance affective.
- Mesure des résultats thérapeutiques (Outcome Measure) : Dans le cadre d’essais cliniques pharmacologiques ou de protocoles psychothérapeutiques (thérapies cognitivo-comportementales, pleine conscience appliquée à la sexologie), l’ORS sert d’étalon pour mesurer l’amélioration qualitative de l’expérience orgasmique au-delà de la simple présence ou fréquence de l’orgasme.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique opérationnalisé par l’ORS postule que l’expérience psychologique de l’orgasme n’est ni un état unitaire indistinct, ni une juxtaposition aléatoire de sensations, mais une structure organisée de façon hiérarchique autour de deux dimensions orthogonales ou modérément corrélées, elles-mêmes subdivisées en dix composantes factorielles de premier ordre basées sur 28 adjectifs cotés.
5.1. La dimension sensorielle (Sensory Dimension)
La dimension sensorielle regroupe la conscience intéroceptive et extéroceptive des modifications somatosensorielles, myogènes, vasculaires et neurales associées à la phase d’acmé orgasmique. Elle quantifie la perception directe des décharges corporelles à travers six composantes distinctes :
- Sensations d’accumulation (Building Sensations) : Évaluée par les adjectifs building (montée/progression) et swelling (gonflement/tuméfaction). Elle reflète la phase d’engorgement vasculaire pelvien et la perception kinesthésique d’une tension neuromusculaire croissante qui culmine immédiatement avant le déclenchement du réflexe orgasmique.
- Sensations d’inondation (Flooding Sensations) : Mesurée par flooding (submersion/inondation) et flowing (écoulement/flux). Cette composante capture le sentiment phénoménologique d’une libération liquidienne ou d’une onde somatique continue qui déferle à travers le bassin et l’ensemble de l’organisme.
- Sensations de bouffée / chaleur diffuse (Flushing Sensations) : Composée de flushing (bouffée de chaleur/rougeur) et spreading (diffusion/irradiation). Elle renvoie à la rubéfaction cutanée orgasmique, à la vasodilatation périphérique et à la propagation centrifuge de la chaleur corporelle depuis les organes génitaux jusqu’aux extrémités.
- Sensations de jaillissement (Shooting Sensations) : Composée des adjectifs shooting (élancement/fulgurance) et spurting (jaillissement/jet). Cette facette est intimement liée aux phénomènes d’expulsion, aux contractions urétrales et bulbocaverneuses de l’éjaculation masculine, mais se retrouve également rapportée par des femmes lors de l’émission de fluide ou de sensations projectives intenses.
- Sensations de pulsations (Throbbing Sensations) : Identifiée par throbbing (pulsations sourdes) et pulsating (rythme saccadé). Elle opérationnalise la perception consciente directe des contractions rythmiques périodiques (environ toutes les 0,8 secondes) du sphincter anal, de la prostate, des vésicules séminales ou du vagin et de l’utérus.
- Spasmes généraux (General Spasms) : Regroupant shuddering (frémissement/frisson convulsif), trembling (tremblement) et quivering (tressaillement). Elle mesure la généralisation motrice de la décharge paroxystique à la musculature squelettique axiale et périphérique (clonies, myoclonies, contractions involontaires des membres).
5.2. La dimension cognitivo-affective (Cognitive-Affective Dimension)
La dimension cognitivo-affective englobe l’évaluation mentale, l’interprétation subjective, l’état affectif et la valence relationnelle coïncidant avec l’orgasme. Elle est composée de quatre facteurs :
- Intimité émotionnelle (Emotional Intimacy) : Opérationnalisée par cinq adjectifs majeurs : close (proche), loving (aimant), passionate (passionné), tender (tendre) et unifying (unificateur). Cette composante traduit l’émergence d’un sentiment profond d’attachement, de fusion interpersonnelle, de vulnérabilité partagée et d’amour, hautement tributaire du lien partenarial.
- Extase (Ecstasy) : Composée de ecstatic (extatique), elated (euphorique/transporté), euphoric (euphorique) et rapturous (ravi/enchanté). Elle mesure l’acmé émotionnelle positive, le sentiment de transcendance hédonique et l’intensité du transport joyeux induit par la libération neurochimique (notamment dopaminergique et endorphinique).
- Satisfaction agréable (Pleasurable Satisfaction) : Mesurée par pleasurable (agréable/délicieux), satisfying (satisfaisant) et fulfilling (épanouissant/comblant). Elle constitue le cœur hédonique et évaluatif du phénomène, reflétant le jugement global porté par l’individu sur la complétude et l’accomplissement du désir et de la tension sexuelle.
- Relaxation (Relaxation) : Évaluée par relaxing (relaxant), peaceful (paisible) et soothing (apaisant). Elle caractérise la phase de résolution post-orgasmique, marquée par la sédation vagale, la diminution de l’éveil sympathique, le relâchement du tonus musculaire et une sensation générale de quiétude homéostatique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’ORS s’enracine à la croisée de la psychobiologie de la conscience, des théories de l’évaluation cognitive des émotions et des modèles biopsychosociaux de la sexualité humaine. Les auteurs se sont expressément appuyés sur les travaux pionniers de Julian M. Davidson (1980) portant sur la psychobiologie des états de conscience altérés et de l’expérience sexuelle, ainsi que sur l’analyse factorielle exploratoire des réponses physiques et affectives menée par Warner (1981).
Dans la perspective théorique de Davidson (1980), l’orgasme n’est pas réductible à une série de boucles réflexes spinales régies par le centre sacré de l’érection ou de l’éjaculation. L’orgasme représente un état de conscience altéré aigu, caractérisé par une focalisation attentionnelle sélective, une déconnexion transitoire des stimuli environnementaux non pertinents et une intégration cérébrale complexe de signaux somesthésiques et d’affects hédoniques au sein du cortex limbique et insulaire. Selon Mah et Binik (2001, 2002), tout comme la douleur est reconnue depuis les travaux de Melzack et Wall (théorie du Gate Control et questionnaire de McGill) comme une expérience multidimensionnelle possédant des composantes sensori-discriminatives et affectivo-motivationnelles distinctes, l’orgasme doit être conceptualisé selon un schéma structural analogue :
- Une voie de traitement sensori-phénoménologique qui décode la localisation, la dynamique temporelle, l’amplitude motrice et l’intensité somatique de la décharge orgasmique.
- Une voie d’évaluation cognitivo-affective qui attribue une signification symbolique, une valeur de renforcement, une valence affective et une coloration interpersonnelle au ressenti physique.
Ce cadre théorique postule que la satisfaction orgasmique globale n’est pas une simple fonction linéaire du nombre de contractions musculaires pelviennes ou du volume éjaculatoire, mais le produit d’une interaction dynamique où les médiateurs cognitifs (satisfaction de la relation de couple, attachement sécure, absence d’anxiété de performance) modulent en retour le traitement central des afférences sensorielles génitales.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’ORS a été établie à travers une série de démarches rigoureuses documentées dans les publications fondatrices de Mah et Binik (2002, 2005) :
7.1. Validité de contenu et de construction de l’outil
Le pool initial comprenait 141 adjectifs extraits d’une recension exhaustive des écrits auto-rapportés en sexologie et en psychologie de la conscience. Des études pilotes de pertinence et de clarté ont d’abord réduit cette liste à 60 descripteurs, soumis ensuite à des cohortes universitaires diversifiées. Une analyse factorielle exploratoire a permis d’isoler 28 adjectifs cœurs présentant des saturations primaires élevées (> 0,40) et un niveau de bruit minimal, formant les dix composantes canoniques de l’échelle.
7.2. Validité de construit et analyse confirmatoire
Dans les études de validation initiale et de validation croisée menées auprès d’échantillons d’étudiants de premier et deuxième cycles universitaires (hommes et femmes), la modélisation en équations structurelles et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont démontré une adéquation statistique satisfaisante pour le modèle théorique bidimensionnel à dix composantes. Ce modèle s’est révélé significativement supérieur à un modèle unifactoriel global concurrent où tous les adjectifs se chargeraient sur un facteur unique d’« orgasme général » (p < 0,001). Il s’est également montré plus parcimonieux et statistiquement équivalent ou supérieur à un modèle trifactoriel isolant artificiellement une dimension cognitive d’une dimension affective distincte.
7.3. Validité différentielle : genre et contexte sexuel
L’évaluation des effets de genre a mis en évidence une invariance structurelle remarquable du modèle bidimensionnel : hommes et femmes partagent la même organisation sous-jacente de l’expérience orgasmique. Sur le plan des scores moyens, les femmes ont rapporté des scores légèrement plus élevés sur la plupart des composantes sensorielles globales. Cependant, la seule divergence inter-genres d’ampleur majeure et consistante concernait la composante Shooting Sensations (jaillissement/élancement), où les hommes présentaient des scores nettement supérieurs à ceux des femmes. Les auteurs ont interprété ce résultat comme le reflet somatosensoriel direct de la phase d’émission et d’expulsion éjaculatoire masculine.
Concernant le contexte sexuel, la comparaison intra- et interindividuelle entre masturbation solitaire et rapports avec partenaire a démontré que les composantes sensorielles demeuraient globalement stables d’un contexte à l’autre. En revanche, la composante Intimité émotionnelle (Emotional Intimacy) affichait un écart massif et statistiquement très significatif, avec des niveaux considérablement plus élevés dans le contexte avec partenaire, confirmant la sensibilité de l’ORS aux dimensions relationnelles intrinsèques de l’acte sexuel partagé.
7.4. Validité prédictive et déterminants du plaisir
Dans leur étude approfondie sur les prédicteurs du plaisir, Mah et Binik (2005) ont utilisé la composante Pleasurable Satisfaction comme variable dépendante régressée sur l’ensemble des autres composantes sensorielles et cognitivo-affectives. Les régressions multiples ont révélé que les composantes cognitivo-affectives (notamment l’extase et l’intimité) prédisaient une variance bien plus importante de la satisfaction orgasmique que les composantes purement sensorielles, et ce dans les deux contextes érotiques. De surcroît, bien que la localisation anatomique perçue de l’orgasme (clitoridienne vs vaginale chez la femme) ait initialement semblé prédire les scores de satisfaction, cette association s’est totalement évanouie dès lors que l’intensité psychologique globale était contrôlée, corroborant le primat des déterminants psychosociaux et cognitifs sur les seuls déclencheurs périphériques.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’ORS ont été vérifiées avec une rigueur statistique exemplaire dans les deux études princeps de Mah et Binik (2002) :
- Consistance interne (Cohérence interne) : Calculée par l’indice alpha de Cronbach, la consistance interne globale de l’échelle (28 items) s’est avérée excellente, avec des valeurs oscillant de manière homogène entre 0,88 et 0,92 selon le sous-groupe considéré (hommes évaluant la masturbation : α = 0,89 ; femmes évaluant la masturbation : α = 0,91 ; hommes évaluant les rapports de couple : α = 0,90 ; femmes évaluant les rapports de couple : α = 0,92).
- Homogénéité des sous-échelles : Les deux dimensions primaires démontrent des indices de fiabilité très élevés : la dimension sensorielle présente des alphas de Cronbach se maintenant généralement entre 0,84 et 0,89, tandis que la dimension cognitivo-affective présente des indices compris entre 0,86 et 0,91. Les intercorrélations item-total au sein des dix composantes factorielles sont toutes positives, significatives et supérieures aux critères conventionnels (r > 0,45).
- Stabilité temporelle (Fidélité test-retest) : Étant donné que l’ORS évalue un épisode orgasmique spécifique contextualisé (« l’orgasme le plus récent »), la fidélité test-retest classique doit être interprétée à la lumière de la variabilité naturelle des épisodes sexuels individuels. Dans des sous-échantillons stables rapportant des expériences de masturbation solitaire à court intervalle sans changement relationnel notable, les coefficients de corrélation intraclasse ont révélé une reproductibilité substantielle des profils dimensionnels (r = 0,76 à 0,83).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structuration factorielle de l’ORS a franchi les deux étapes canoniques de l’analyse multivariée : l’analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale suivie de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) de validation croisée.
9.1. Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Au cours des travaux préliminaires, les cotations de 60 adjectifs descriptifs recueillies auprès d’étudiants ont été soumises à une extraction en composantes principales assortie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin), justifiée par l’interdépendance théorique des dimensions de l’expérience orgasmique. L’examen du diagramme d’éboulis de Cattell (scree plot) et les critères de Kaiser (valeurs propres > 1,0) ont mis en lumière une organisation hiérarchique claire comprenant :
- Un premier niveau composé de dix micro-facteurs cohérents saturant spécifiquement sur des paires ou des triplets d’adjectifs sémantiquement proches (saturations factorielles primaires oscillant entre 0,55 et 0,88, avec de faibles charges croisées secondaires, < 0,25).
- Un second niveau d’ordre supérieur regroupant nettement ces dix facteurs en deux macro-dimensions orthogonales ou modérément corrélées (r inter-facteurs d’ordre supérieur ≈ 0,35 à 0,48) : la dimension sensorielle (6 facteurs) et la dimension cognitivo-affective (4 facteurs).
9.2. Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’AFC conduite sur un échantillon indépendant de validation croisée (Mah & Binik, 2002) a testé formellement l’ajustement du modèle bidimensionnel à 28 items. Les indices d’ajustement statistiques ont confirmé la validité de cette structure à travers les indices usuels :
- Le ratio khi-deux sur degrés de liberté (χ²/ddl) est demeuré inférieur aux seuils acceptables usuels (inférieur à 2,5).
- L’indice de comparaison de Bentler (CFI – Comparative Fit Index) et l’indice de Tucker-Lewis (TLI) ont affiché des valeurs comprises entre 0,91 et 0,94.
- L’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA – Root Mean Square Error of Approximation) s’est établie autour de 0,052 à 0,061, confirmant un ajustement empirique étroit du modèle théorique aux données observées.
La comparaison formelle des indices de parcimonie a rejeté catégoriquement l’hypothèse d’une dimension unique de l’orgasme, attestant de manière péremptoire de la dualité phénoménologique sensorielle et cognitivo-affective du vécu orgasmique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Orgasm Rating Scale (ORS) / Échelle d’évaluation de l’orgasme.
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation standardisée).
- Population cible : Adultes (hommes et femmes), initialement étalonné auprès de populations universitaires francophones et anglophones, applicable en population générale ou clinique.
- Cadre contextuel : Évaluation rétrospective ciblée sur l’orgasme le plus récent survenu soit au cours de la masturbation solitaire, soit lors d’une activité sexuelle partagée avec un partenaire.
- Durée moyenne de passation : 5 à 10 minutes.
- Nombre total d’items : 40 adjectifs descriptifs (dont 28 adjectifs intégrés au calcul des scores standardisés et 12 adjectifs descriptifs exploratoires).
- Format des réponses : Échelle de type Likert en 6 points graduée de 0 à 5 :
- 0 = Does Not Describe It At All (Ne le décrit pas du tout)
- 1 = Description très faible / marginale
- 2 = Description modérée
- 3 = Description notable
- 4 = Description forte
- 5 = Describes It Perfectly (Le décrit parfaitement)
- Procédure de cotation et de calcul des scores :
- Scores des 10 composantes : Obtenus en effectuant la somme arithmétique simple des notes attribuées aux adjectifs constitutifs de chaque composante :
- Sensations d’accumulation (Building Sensations) :
building+swelling(Score de 0 à 10). - Sensations d’inondation (Flooding Sensations) :
flooding+flowing(Score de 0 à 10). - Sensations de bouffée (Flushing Sensations) :
flushing+spreading(Score de 0 à 10). - Sensations de jaillissement (Shooting Sensations) :
shooting+spurting(Score de 0 à 10). - Sensations de pulsations (Throbbing Sensations) :
throbbing+pulsating(Score de 0 à 10). - Spasmes généraux (General Spasms) :
shuddering+trembling+quivering(Score de 0 à 15). - Intimité émotionnelle (Emotional Intimacy) :
close+loving+passionate+tender+unifying(Score de 0 à 25). - Extase (Ecstasy) :
ecstatic+elated+euphoric+rapturous(Score de 0 à 20). - Satisfaction agréable (Pleasurable Satisfaction) :
pleasurable+satisfying+fulfilling(Score de 0 à 15). - Relaxation (Relaxation) :
relaxing+peaceful+soothing(Score de 0 à 15).
- Sensations d’accumulation (Building Sensations) :
- Scores des 2 macro-dimensions :
- Score total de la dimension sensorielle = Somme des 6 composantes sensorielles (13 adjectifs, score possible de 0 à 65).
- Score total de la dimension cognitivo-affective = Somme des 4 composantes cognitivo-affectives (15 adjectifs, score possible de 0 à 75).
- Adjectifs exploratoires non cotés :
absorbed,blissful,engulfing,exciting,exploding,hot,immersing,rising,uncontrolled,unreal,warm,wild. Ces 12 adjectifs font l’objet d’analyses descriptives qualitatives ou thématiques sans intégrer les totaux d’échelles.
- Scores des 10 composantes : Obtenus en effectuant la somme arithmétique simple des notes attribuées aux adjectifs constitutifs de chaque composante :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et publication de référence : 2002 (articles de validation initiale et de réplication dans The Journal of Sex Research) ; complétée par les études de 2005 dans le Journal of Sex & Marital Therapy.
- Détenteurs des droits d’auteur : Kenneth Mah et Yitzchak M. Binik.
- Conditions d’utilisation et politique de gratuité : L’ORS est considéré comme un instrument ouvert à des fins de recherche académique non commerciale et d’enseignement universitaire. Les praticiens et chercheurs sont autorisés à reproduire et employer l’échelle pour des travaux scientifiques en citant explicitement les publications méthodologiques princeps (Mah & Binik, 2002, 2005).
- Usage commercial et protocoles cliniques industriels : Toute intégration dans des plateformes commerciales propriétaires ou dans des essais thérapeutiques financés par l’industrie pharmaceutique nécessite une demande d’autorisation formelle auprès du premier auteur (Dr Kenneth Mah, Toronto General Hospital, University Health Network, Toronto, Ontario, Canada).
- Tarifs : L’accès à des fins de recherche fondamentale est libre de droits d’enregistrement sous réserve de citation adéquate.
12. Références / References
Les publications fondatrices et cadres théoriques associés à l’Échelle d’évaluation de l’orgasme comprennent :
- Davidson, J. M. (1980). The psychobiology of sexual experience. Dans J. M. Davidson & R. J. Davidson (Dir.), The psychobiology of consciousness (pp. 271–332). Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4684-3665-5_10
- Kaplan, H. S. (1979). Disorders of sexual desire and other new concepts and techniques in sex therapy. Brunner/Mazel. NLM Record
- Mah, K., & Binik, Y. M. (2001). The nature of human orgasm: A critical review of major trends. Clinical Psychology Review, 21(6), 823–856. https://doi.org/10.1016/S0272-7358(00)00069-6
- Mah, K., & Binik, Y. M. (2002). Do all orgasms feel alike? Evaluating a two-dimensional model of the orgasm experience across gender and sexual context. The Journal of Sex Research, 39(2), 104–113. https://doi.org/10.1080/00224490209552129
- Mah, K., & Binik, Y. M. (2005). Are orgasms in the mind or the body? Psychosocial versus physiological correlates of orgasmic pleasure and satisfaction. Journal of Sex & Marital Therapy, 31(3), 187–200. https://doi.org/10.1080/00926230590925182
- Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1966). Human sexual response. Little, Brown and Company.
- Warner, J. E. (1981). A factor analytic study of the physical and affective dimensions of peak of female sexual response in partner-related sexual activity (Thèse de doctorat inédite). Teachers College, Columbia University, New York.