1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de la dépression de Hamilton (connue sous les acronymes HRSD ou HAM-D), conçue initialement par le psychiatre et statisticien Max Hamilton en 1960, constitue l’un des instruments hétéro-évaluatifs les plus emblématiques et les plus largement utilisés dans la recherche clinique psychiatrique et les essais pharmacologiques internationaux. Développée pour quantifier la sévérité des manifestations symptomatiques chez des patients adultes préalablement diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur, la version canonique comprend 17 items (HAM-D-17), bien que des versions exploratoires comportant 21, 24 ou 29 variables aient également été décrites dans la littérature scientifique.
L’instrument repose sur une méthodologie d’hétéro-évaluation semi-structurée menée par un clinicien expérimenté. Chaque item explore une dimension sémiologique précise : l’humeur dépressive, les sentiments de culpabilité, le potentiel suicidaire, les perturbations de l’architecture du sommeil (insomnies d’endormissement, de milieu de nuit et de réveil précoce), l’altération du travail et des activités, le ralentissement psychomoteur, l’agitation, l’anxiété sous ses composantes psychique et somatique, les symptômes gastro-intestinaux et généraux, les perturbations de la sphère génitale, l’hypocondrie, la perte pondérale, ainsi que le niveau de prise de conscience du trouble (insight). Le format de cotation combine des échelles d’appréciation en 3 points (0 à 2) pour les items où la quantification dimensionnelle est plus ardue, et en 5 points (0 à 4) pour les composantes où l’intensité et la fréquence peuvent être stratifiées avec finesse.
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre une fidélité inter-juges robuste (avec des coefficients de corrélation variant historiquement de 0,84 à 0,90 dans la cohorte princeps, et souvent supérieurs à 0,85 dans les protocoles standardisés modernes). Sa cohérence interne s’avère acceptable à bonne, bien que modulée par la relative hétérogénéité des composantes somatiques. La validité convergente avec d’autres échelles de dépression, telles que l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) ou l’échelle de Montgomery-Åsberg (MADRS), est solidement documentée. L’analyse factorielle met classiquement en lumière un facteur général de dépression sous-tendu par des sous-facteurs d’anxiété-somatisation, de ralentissement cognitivo-moteur et de perturbations végétatives.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’évaluation de la dépression de Hamilton, HAM-D, HRSD, psychométrie clinique, hétéro-évaluation, trouble dépressif majeur, sévérité de la dépression, fidélité inter-juges, validité factorielle, essais cliniques psychiatriques, sémiologie dépressive, ralentissement psychomoteur, anxiété somatique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conceptualisé et formalisé par :
- Max Hamilton, M.D., F.R.C.P., F.R.C.Psych., D.P.M. (1912–1988), clinicien et statisticien médical britannique d’origine allemande, titulaire de la chaire Nuffield de psychiatrie à l’Université de Leeds (Royaume-Uni). Pionnier de l’introduction des méthodes quantitatives et psychométriques rigoureuses en psychiatrie clinique, Max Hamilton a présidé la British Psychological Society et a laissé une empreinte indélébile sur l’évaluation pharmacodynamique des antidépresseurs de première et seconde générations.
Affiliation institutionnelle historique : Département de psychiatrie, Faculté de médecine, Université de Leeds, et Leeds General Infirmary, Leeds, West Yorkshire, Royaume-Uni. Coordonnées institutionnelles contemporaines gérées à titre archivistique et académique via les comités de documentation de l’Université de Leeds et les bibliothèques spécialisées en histoire de la médecine neuropsychiatrique.
4. Objectif / Purpose
La finalité première de l’Échelle de Hamilton n’est pas d’opérer un diagnostic différentiel catégoriel selon les critères nosographiques formalisés (tels que ceux qui ont été codifiés ultérieurement dans le DSM de l’American Psychiatric Association ou la CIM de l’Organisation Mondiale de la Santé). Son objectif primordial et explicite est la quantification de la sévérité d’un état dépressif chez des patients pour lesquels le diagnostic clinique d’état dépressif caractérisé a d’ores et déjà été posé par un praticien.
Dans sa monographie séminale de 1960, Max Hamilton soulignait le déficit méthodologique flagrant entourant l’évaluation des nouveaux agents pharmacologiques émergents, notamment les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) et les antidépresseurs tricycliques (à l’instar de l’imipramine). Les investigateurs manquaient cruellement d’outils sensibles au changement, capables de mesurer avec une granularité statistique suffisante les fluctuations symptomatiques hebdomadaires sous traitement actif versus placebo.
Sur le plan des applications cliniques et de recherche, la HRSD remplit trois fonctions fondamentales :
- Mesure de la réponse thérapeutique et de la rémission : Dans les essais cliniques randomisés contrôlés (ECR), un score total résiduel inférieur ou égal à 7 est traditionnellement considéré comme le critère opérationnel de rémission clinique complète, tandis qu’une décroissance d’au moins 50 % du score initial reflète une réponse thérapeutique significative.
- Caractérisation du profil symptomatique : Bien que le score global constitue l’indicateur synthétique primaire, l’analyse du profil des scores permet d’appréhender la prépondérance des composantes d’inhibition psychomotrice, de détresse anxieuse ou de manifestations somatiques et neurovégétatives.
- Standardisation de la recherche épidémiologique et neurobiologique : L’instrument fournit un étalon commun pour corréler la sévérité clinique à des biomarqueurs neuroendocriniens (test de suppression à la dexaméthasone), électrophysiologiques ou de neuro-imagerie fonctionnelle.
La justification théorique sous-tendant la HRSD réside dans la conviction qu’une hétéro-évaluation médicale, combinant l’interrogatoire ciblé du patient et l’observation clinique méticuleuse des signes objectifs (facies, débit verbal, posture, agitation motrice), surpasse les limites inhérentes aux auto-questionnaires. Chez les individus souffrant de dépression sévère, les biais cognitifs majeurs (pessimisme extrême, délire de culpabilité, anosognosie ou apathie prononcée) peuvent fausser l’auto-évaluation ; le jugement clinique externe compense ainsi ces écueils psychométriques.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit ciblé par l’instrument est la dépression clinique, envisagée comme un syndrome pluridimensionnel associant des anomalies de l’affectivité, des distorsions cognitives, des dérégulations comportementales et motrices, ainsi qu’un cortège exhaustif de dysfonctionnements physiologiques et neurovégétatifs. L’analyse détaillée des 17 items canoniques illustre l’amplitude de ce construit :
1. Humeur dépressive (Depressed Mood)
Évalue le noyau affectif du trouble : la tristesse éprouvée par le sujet, le désespoir quant à l’avenir, la morosité constante et la tendance aux pleurs spontanés ou provoqués. Le clinicien apprécie l’intensité de cette douleur morale allant du simple découragement verbalisé jusqu’au sentiment indicible de vide affectif complet.
2. Sentiments de culpabilité (Feelings of Guilt)
Mesure la dimension cognitive du reproche adressé à soi-même. Cela s’étend du sentiment mineur de décevoir autrui ou d’être un fardeau pour ses proches, jusqu’aux idées délirantes de culpabilité et d’indignité morale, voire aux hallucinations auditives où des voix accusatrices condamnent le patient pour des fautes imaginaires.
3. Suicidisme (Suicide)
Quantifie l’éventail du risque léthal : depuis l’impression diffuse que l’existence ne vaut plus la peine d’être vécue, en passant par le désir passif de mort (« ne plus se réveiller »), les idéations suicidaires explicites avec ou sans plan élaboré, jusqu’aux équivalents suicidaires, gestes préparatoires et tentatives effectives.
4, 5 et 6. Troubles du sommeil (Insomnia : Early, Middle, Late)
Ce triptyque décompose minutieusement l’architecture du sommeil :
- Insomnie d’endormissement (Early) : Latence d’endormissement excédant habituellement trente minutes.
- Insomnie de maintien ou de milieu de nuit (Middle) : Réveils multiples durant la nuit accompagnés d’agitation, sentiment de sommeil fragmenté et obligation de quitter le lit.
- Insomnie terminale (Late) : Réveil matinal précoce, typique de la mélancolie endogène, survenant au moins deux heures avant l’heure habituelle, avec impossibilité absolue de se rendormir et angoisse matinale paroxystique.
7. Travail et activités (Work and Activities)
Explore l’impact fonctionnel, l’anhédonie et l’avolition. Le spectre s’étend des sentiments subjectifs d’incapacité et de fatigue lors de l’exécution des tâches usuelles, à la perte radicale d’intérêt pour les loisirs, jusqu’à la réduction objective de la productivité et l’arrêt total des activités professionnelles ou domestiques imputable à la pathologie.
8. Ralentissement psychomoteur (Retardation)
Caractérise la viscosité mentale et corporelle : bradypsychie, lenteur de l’élocution, augmentation du temps de latence dans les réponses verbales, pauvreté du vocabulaire, affaiblissement de l’attention et de la concentration, jusqu’à la prostration motrice et la stupeur mélancolique.
9. Agitation psychomotrice (Agitation)
Reflète la décharge motrice de l’angoisse dépressive : incapacité physique à rester assis calmement, trépignements, déambulation incessante dans la pièce, torsion des doigts, manipulation anxieuse des vêtements ou des cheveux.
10 et 11. Anxiété psychique et somatique (Anxiety: Psychic and Somatic)
Distinction cruciale chez Hamilton entre le versant subjectif (irritabilité, appréhension diffuse, catastrophisme, rumination obsédante) et le cortège végétatif associé (tachycardie, palpitations, xérostomie, flatulences, céphalées de tension, hyperventilation, pollakiurie, hypersudation).
12, 13 et 14. Symptômes somatiques gastro-intestinaux, généraux et génitaux
Enregistre le ralentissement péristaltique et l’altération trophique (anorexie, constipation opiniâtre), l’épuisement physique corporel (lourdeur des membres, céphalées diffuses, courbatures musculaires inexpliquées) ainsi que la mise au repos de la sphère reproductive (diminution ou disparition complète de la libido, aménorrhée ou irrégularités du cycle menstruel).
15. Hypocondrie (Hypochondriasis)
Quantifie l’hyperfocalisation égocentrée sur le corps : des plaintes répétitives concernant des malaises physiques mineurs jusqu’aux convictions délirantes de pourrissement organique ou de pathologie terminale incurable (amorce du syndrome de Cotard).
16. Perte de poids (Loss of Weight)
Mesurée de manière objective via une pesée hebdomadaire sur balance étalonnée ou, à défaut, déduite anamnestiquement des variations vestimentaires et de l’amaigrissement rapporté.
17. Prise de conscience de la maladie (Insight)
Évalue la lucidité nosognosique : le patient reconnaît-il qu’il est atteint d’un trouble psychiatrique/dépressif, ou attribue-t-il l’ensemble de son tableau clinique à une maladie somatique occulte, au climat, à la surcharge de travail ou à une défaillance morale personnelle ?
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la HRSD par Max Hamilton s’inscrit au carrefour de la psychopathologie clinique descriptive d’inspiration britannique et de l’émergence des neurosciences pharmacologiques du milieu du XXe siècle. Ce cadre s’appuie principalement sur la tradition nosologique néo-kraepelinienne, qui appréhende la dépression (alors qualifiée de psychose maniaco-dépressive ou de dépression endogène) comme une affection biologique caractérisée par une altération somatique et physiologique prévalente.
Hamilton était profondément influencé par les travaux méthodologiques d’éminents psychiatres et statisticiens tels qu’Aubrey Lewis à l’Institut de Psychiatrie du Maudsley Hospital à Londres. Lewis avait minutieusement documenté la complexité sémiologique des états dépressifs et militait pour une quantification rigoureuse des états mentaux afin de dépasser les querelles idéologiques qui opposaient alors les tenants de la psychanalyse orthodoxe aux défenseurs de la psychiatrie organique.
Le modèle sous-jacent à la HAM-D accorde une importance prépondérante aux symptômes végétatifs et somatiques (troubles du sommeil, anorexie, perte de poids, dérèglements gastro-intestinaux et moteurs). Ce choix théorique s’explique par l’époque de sa conception (1960) : les patients hospitalisés constituaient la population d’étalonnage quasi exclusive, présentant des formes sévères et mélancoliformes. Hamilton postulait que les modifications physiologiques étaient les indicateurs les plus fiables et les plus stables pour objectiver l’efficacité des thérapeutiques somatiques naissantes (sismothérapie, premiers tricycliques).
Ce positionnement contraste notablement avec les paradigmes cognitifs formulés plus tard par Aaron T. Beck à partir de la fin des années 1960. Là où Beck postule que la dépression découle d’une triade cognitive négative (vision péjorative de soi, du monde et de l’avenir) et privilégie les distorsions de la pensée, Hamilton adopte une vision biomédicale et syndromique où les cognitions dépressives (culpabilité, dévalorisation) ne représentent qu’une composante parmi d’autres au sein d’un dérèglement organismatique global.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la HRSD a fait l’objet de centaines de publications empiriques au cours des six dernières décennies. Bien que l’outil demeure le « gold standard » réglementaire exigé par des agences comme la FDA (Food and Drug Administration) et l’EMA (European Medicines Agency) pour l’approbation des antidépresseurs, ses propriétés métrologiques révèlent des forces et certaines vulnérabilités structurelles.
Validité de construit
La validité de construit de la HRSD repose sur sa capacité à discriminer de manière nette les populations déprimées des témoins sains ou des sujets souffrant de troubles anxieux purs. Diverses études utilisant l’analyse en composantes principales et la modélisation en équations structurelles indiquent qu’un noyau central d’items (humeur dépressive, culpabilité, travail/activités, ralentissement psychomoteur et idéation suicidaire) présente les plus fortes saturations sur la variable latente générale de dépression. Néanmoins, l’inclusion d’items très dépendants de pathologies physiques concomitantes (symptômes somatiques généraux, gastro-intestinaux, perte de poids) a été critiquée, car elle tend à gonfler artificiellement les scores chez les personnes âgées ou les patients atteints de comorbidités médicales chroniques.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de la HRSD avec d’autres instruments psychométriques validés de la dépression est élevée :
- Corrélations variant de 0,70 à 0,85 avec la MADRS (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale).
- Corrélations situées entre 0,65 et 0,80 avec l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI), les disparités s’expliquant par le fait que le BDI surpondère les cognitions dépressives tandis que la HAM-D pondère davantage les manifestations somato-végétatives.
- Corrélations substantielles avec l’Échelle d’auto-évaluation de la dépression de Zung (SDS), généralement supérieures à 0,60.
La validité discriminante est plus nuancée : en raison du poids important des items évaluant l’anxiété psychique et l’anxiété somatique (items 10 et 11), la HRSD partage une variance commune notable avec les échelles d’anxiété, telles que l’Échelle d’anxiété de Hamilton (HAM-A), avec des coefficients de corrélation croisée atteignant parfois 0,60 à 0,70, ce qui reflète la forte comorbidité clinique entre ces deux syndromes mais soulève des questions sur la pureté du construit dépressif isolé.
Validité prédictive
Dans l’article princeps de 1960, Hamilton a examiné la validité prédictive sur une cohorte de 64 patients, dont 49 ont été suivis après intervention thérapeutique. Le facteur 3 (associé aux aspects du sommeil et à certaines composantes végétatives) montrait la seule corrélation statistiquement significative avec l’issue clinique globale (r = 0,27), bien que sa pertinence physiopathologique directe fût difficile à caractériser. Dans les cohortes modernes, la diminution précoce des scores de la HRSD (dès la deuxième semaine de traitement) prédit avec une excellente sensibilité l’obtention d’une rémission clinique complète à la semaine 8 ou 12.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle d’évaluation de Hamilton a été rigoureusement démontrée dès sa publication originale et confirmée par des méta-analyses psychométriques ultérieures (notamment les revues exhaustives de Schwab et al., et de Bagby et al., 2004).
Fidélité inter-juges
Dans l’investigation inaugurale de 1960, Hamilton a mesuré l’accord entre deux examinateurs assistant simultanément au même entretien clinique non standardisé. Pour les 10 premiers patients examinés, le coefficient de corrélation linéaire entre les scores totaux s’élevait à 0,84. Au fur et à mesure que la standardisation de l’interrogatoire s’est accrue et que l’échantillon s’est élargi pour atteindre un ensemble cumulatif de 70 patients, la corrélation inter-juges s’est élevée à 0,90, témoignant d’une concordance métrologique remarquable.
Des travaux subséquents, ayant recours à des entretiens filmés ou à l’utilisation du guide d’entretien standardisé SIGH-D (Structured Interview Guide for the Hamilton Depression Rating Scale), ont mis en évidence des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et des coefficients kappa de Cohen fréquemment compris entre 0,85 et 0,95 pour le score total. Les items présentant la meilleure fidélité inter-juges sont généralement le ralentissement psychomoteur, l’humeur dépressive et la perte pondérale mesurée, tandis que l’anxiété psychique et l’insight accusent des coefficients d’accord plus variables lorsque l’interrogatoire n’est pas strictement standardisé.
Cohérence interne
Le coefficient alpha de Cronbach de la HRSD-17 oscille généralement entre 0,70 et 0,85 selon les cohortes étudiées. Les valeurs se situent fréquemment dans la borne moyenne (autour de 0,72 à 0,78), ce qui est typique d’une échelle composite agrégeant des composantes cliniques hétérogènes (sommeil, motricité, sphère affective, symptômes digestifs). Lorsque les sous-échelles réduites de Bech (HAM-D-6) sont isolées, le coefficient alpha de Cronbach augmente significativement pour atteindre des valeurs comprises entre 0,80 et 0,88, reflétant l’unidimensionnalité accrue du noyau dépressif mélancolique.
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest à très court terme (intervalle de 24 à 48 heures) chez des patients stables non traités pharmacologiquement rapporte des coefficients de corrélation compris entre 0,80 et 0,90. Cependant, sur des fenêtres temporelles plus longues (1 à 2 semaines), le test-retest capture inévitablement les fluctuations réelles de la maladie et l’effet de régression vers la moyenne, ce qui fait chuter les corrélations mais illustre en retour son excellente sensibilité au changement thérapeutique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle interne de la HRSD a suscité d’abondants débats dans la littérature psychométrique mondiale. Dès l’étude originelle de 1960, Max Hamilton a soumis les données de ses patients à une analyse factorielle exploratoire (AFE), identifiant jusqu’à six facteurs distincts expliquant la variance totale de la sémiologie dépressive.
Structure originale d’Hamilton
- Facteur 1 (Dépression générale ou noyau mélancolique) : Caractérisé par des saturations très élevées sur l’humeur dépressive (item 1), les sentiments de culpabilité (item 2), la baisse du travail et des activités (item 7) et le ralentissement psychomoteur (item 8).
- Facteur 2 (Anxiété et somatisation) : Regroupant l’anxiété psychique (item 10), l’anxiété somatique (item 11), les symptômes gastro-intestinaux (item 12) et l’hypocondrie (item 15).
- Facteur 3 (Troubles du sommeil ou insomnie) : Saturé principalement par les items d’insomnie précoce, moyenne et tardive (items 4, 5 et 6).
- Facteur 4, 5 et 6 : Composantes secondaires isolant l’agitation, les variations nycthémérales de l’humeur ou la perte pondérale.
Modélisations factorielles contemporaines (Cleary & Guy, Maier, Bech)
Au fil des décennies, plusieurs équipes ont cherché à clarifier cette structure par des analyses factorielles confirmatoires (AFC). La décomposition en six facteurs proposée par Cleary et Guy (1977) demeure l’une des plus citées :
- Anxiété / Somatisation (Items 10, 11, 12, 13, 15)
- Poids (Item 16)
- Troubles cognitifs / Culpabilité (Items 2, 3, 9, 17)
- Variations nycthémérales / Sommeil (Items 4, 5, 6)
- Ralentissement psychomoteur (Items 1, 7, 8, 14)
- Sommeil de fin de nuit
Face à cette dispersion factorielle et à la violation relative du principe de parcimonie, Per Bech et ses collaborateurs (1975, 1981) ont appliqué les modèles probabilistes de la théorie de la réponse aux items (modèle de Rasch). Leurs investigations ont démontré que seuls six items répondent aux critères stricts de transitivité et de mesurabilité unidimensionnelle : l’humeur dépressive, la culpabilité, le travail/activités, le ralentissement psychomoteur, l’anxiété psychique et les symptômes somatiques généraux. Cette sous-échelle, désignée sous le nom de HAM-D-6 (ou échelle de mélancolie de Bech), est aujourd’hui reconnue pour isoler le pur continuum de sévérité de l’épisode dépressif, affranchi du bruit de fond généré par les perturbations neurovégétatives périphériques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Échelle d’évaluation hétéro-administrée par un professionnel de santé mentale (psychiatre, psychologue clinicien, infirmier de recherche clinique préalablement formé).
- Format d’administration : Entretien clinique semi-structuré d’une durée moyenne de 20 à 35 minutes, combinant le questionnement anamnestique ciblé et l’observation systématique du comportement du patient. L’utilisation d’un guide standardisé (ex. SIGH-D) est fortement recommandée en contexte d’essais cliniques.
- Nombre d’items : 17 items dans la version de référence (la version princeps incluait également des variables additionnelles comme les variations nycthémérales, la déréalisation, les symptômes paranoïaques et obsessionnels, qui n’étaient pas intégrées au score total de gravité).
- Échelle de réponse (Authentic Response Scale) : Items are rated on either a 3-point scale (0 = Absent, 1 = Mild/Doubtful, 2 = Clearly present) or a 5-point scale (0 = Absent, 1 = Mild, 2 = Moderate, 3 = Severe, 4 = Incapacitating/Extreme) based on clinical interview observation and patient report.
- Modalités de cotation différentielle :
- Items cotés de 0 à 4 (5 points) : Items 1 (Humeur dépressive), 2 (Sentiments de culpabilité), 3 (Suicide), 7 (Travail et activités), 8 (Ralentissement), 9 (Agitation), 10 (Anxiété psychique), 11 (Anxiété somatique) et 15 (Hypocondrie).
- Items cotés de 0 à 2 (3 points) : Items 4 (Insomnie précoce), 5 (Insomnie médiane), 6 (Insomnie tardive), 12 (Symptômes gastro-intestinaux), 13 (Symptômes somatiques généraux), 14 (Symptômes génitaux), 16 (Perte de poids) et 17 (Insight).
- Calcul du score total et seuils cliniques :
- Le score global s’obtient par la sommation arithmétique simple des 17 items. L’intervalle de score théorique s’étend de 0 à 52 points.
- 0 à 7 : Absence de dépression / État d’euthymie / Rémission clinique complète.
- 8 à 13 : Dépression légère (intensité mineure ou subsyndromique).
- 14 à 18 : Dépression modérée (justifiant généralement une prise en charge thérapeutique formelle).
- 19 à 22 : Dépression sévère (caractérisée par un dysfonctionnement marqué).
- ≥ 23 : Dépression très sévère (situation clinique critique avec risque suicidaire ou mélancolique majeur).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 1960 (avec des compléments descriptifs publiés en 1967).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : La version originale de l’Échelle de Hamilton développée en 1960 est tombée dans le domaine public dans de nombreuses juridictions ou est considérée comme un instrument scientifique ouvert pour l’usage académique, clinique et la recherche médicale non lucrative. L’article séminal a été publié dans le Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry (groupe BMJ).
- Tarification : L’accès au questionnaire original de 17 items et son utilisation clinique courante sont entièrement gratuits (aucun paiement de royalties n’est exigé pour la passation de base du HAM-D-17).
- Variantes commerciales et guides d’entretien protégés : Certaines déclinaisons informatisées, adaptations de formation vidéo ou guides structurés protégés sous copyright (comme le SIGH-D édité ou distribué par des consortiums privés de recherche clinique) peuvent être assujettis à des frais d’acquisition de licences ou à des coûts d’accréditation professionnelle pour les évaluateurs intervenant dans les essais pharmacologiques de phase II-IV.
12. Références / References
Les publications académiques fondatrices relatives à la conception, la validation et la standardisation de la HRSD sont répertoriées ci-dessous en conformité avec les normes APA (7e édition) :
- Bagby, R. M., Ryder, A. G., Schuller, D. R., & Marshall, M. B. (2004). The Hamilton Depression Rating Scale: Has the gold standard become a lead weight? American Journal of Psychiatry, 161(12), 2163–2177. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.161.12.2163
- Bech, P., Gram, L. F., Dein, E., Jacobsen, O., Vitger, J., & Bolwig, T. G. (1975). Quantitative rating of depressive states: Correlation between clinical assessment, Beck’s Self-Rating Scale and Hamilton’s Rating Scale for Depression. Acta Psychiatrica Scandinavica, 51(3), 161–170. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1975.tb00002.x
- Bech, P., Allerup, P., Gram, L. F., Reisby, N., Rosenberg, R., Jacobsen, O., & Nagy, A. (1981). The Hamilton Depression Scale: Evaluation of objectivity using logistic models. Acta Psychiatrica Scandinavica, 63(3), 290–299. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1981.tb00676.x
- Cleary, P., & Guy, W. (1977). Factor analysis of the Hamilton Depression Scale. Drugs Under Experimental and Clinical Research, 1(1–2), 115–120.
- Hamilton, M. (1960). A rating scale for depression. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, 23(1), 56–62. https://doi.org/10.1136/jnnp.23.1.56
- Hamilton, M. (1967). Development of a rating scale for primary depressive illness. British Journal of Social and Clinical Psychology, 6(4), 278–296. https://doi.org/10.1111/j.2044-8260.1967.tb00530.x
- Williams, J. B. (1988). A structured interview guide for the Hamilton Depression Rating Scale. Archives of General Psychiatry, 45(8), 742–747. https://doi.org/10.1001/archpsyc.1988.01800320058007
- Zimmerman, M., Martinez, J. H., Young, D., Chelminski, I., & Dalrymple, K. (2013). Severity classification on the Hamilton Depression Rating Scale. Journal of Affective Disorders, 150(2), 384–388. https://doi.org/10.1016/j.jad.2013.04.028
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale : Items are rated on either a 3-point scale (0 = Absent, 1 = Mild/Doubtful, 2 = Clearly present) or a 5-point scale (0 = Absent, 1 = Mild, 2 = Moderate, 3 = Severe, 4 = Incapacitating/Extreme) based on clinical interview observation and patient report.
-
Depressed Mood (Gloomy attitude, pessimism about the future, feeling of sadness, tendency to weep)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Feelings of Guilt (Self-reproach, feeling of being a burden, delusions of guilt, hallucinations of accusatory voices)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Suicide (Feeling life is not worth living, wishes he were dead, suicidal ideas or gestures, suicide attempts)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Insomnia – Early (Difficulty falling asleep; e.g., takes more than half-hour to fall asleep)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Insomnia – Middle (Patient complains of being restless and waking up during the night; out of bed)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Insomnia – Late (Waking in early hours of the morning and unable to fall asleep again)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Work and Activities (Thoughts and feelings of incapacity, fatigue or weakness related to activities, loss of interest in activity/hobbies/work, decrease in actual time spent or productivity, stopped working due to present illness)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Retardation: Psychomotor (Slowness of thought and speech, impaired ability to concentrate, decreased motor activity)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Agitation (Restlessness, fidgetiness, playing with hands/hair, pacing, unable to sit still)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Anxiety – Psychic (Subjective tension and irritability, worrying about minor matters, apprehension, fears expressed without being asked)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Anxiety – Somatic (Physiological concomitants of anxiety: gastrointestinal dry mouth, flatulence, indigestion; cardiovascular palpitations, headaches; respiratory hyperventilation, sighing; urinary frequency; sweating)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Somatic Symptoms – Gastrointestinal (Loss of appetite, heavy feeling in abdomen, constipation)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Somatic Symptoms – General (Heaviness in limbs, back or head; backaches, headache, muscle aches; loss of energy and fatigability)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Genital Symptoms (Loss of libido, menstrual disturbances)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Hypochondriasis (Bodily self-absorption, excessive concern with physical health, complaints of bodily ailments, hypochondriacal delusions)
0 = Absent
1 = Mild
2 = Moderate
3 = Severe
4 = Incapacitating/Extreme -
Loss of Weight (Rated either by patient’s history of weight loss or by measured weekly weight changes)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present -
Insight (Acknowledges being depressed and ill; acknowledges illness but attributes cause to bad food, climate, overwork, virus, need for rest; denies being ill at all)
0 = Absent
1 = Mild/Doubtful
2 = Clearly present