1. Résumé / Abstract
L’Échelle de l’éthique de l’argent (en anglais, Money Ethic Scale ou MES), développée initialement par le professeur Thomas Li-Ping Tang en 1990, représente l’un des instruments psychométriques les plus influents dans le domaine de la psychologie économique et du comportement organisationnel. Conçue pour évaluer la signification subjective, les attitudes cognitives, affectives et comportementales que les individus attribuent à la monnaie, l’échelle opérationnalise l’argent non pas comme un simple instrument économique neutre d’échange, mais comme un système complexe de valeurs personnelles et culturelles.
Bien que la version originale exploratoire comportait 50 énoncés, la déclinaison canonique et la plus largement diffusée dans les recherches académiques en compte 30. Cette version structure les croyances monétaires autour de six facteurs distincts : le caractère bénéfique ou positif de l’argent (Good, 9 items), sa dimension maléfique ou corruptrice (Evil, 6 items), son association avec l’accomplissement personnel (Achievement, 4 items), le respect social et l’estime de soi (Respect/Self-esteem, 4 items), les pratiques prudentielles de gestion budgétaire (Budget, 3 items), et enfin l’autonomie et le pouvoir conférés (Freedom/Power, 4 items). L’évaluation s’effectue à l’aide d’une échelle de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / disagree strongly) à 7 (« Tout à fait d’accord » / agree strongly), le point 4 marquant la neutralité.
Sur le plan métrologique, l’analyse en composantes principales menée sur un échantillon inaugural d’employés et d’étudiants (N = 249) a permis d’extraire six facteurs expliquant 42,8 % de la variance totale. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach présente des indices satisfaisants selon les dimensions : 0,81 pour Good, 0,69 pour Evil, 0,70 pour Achievement, 0,68 pour Respect/Self-esteem, 0,72 pour Budget et 0,71 pour Freedom/Power. La fidélité test-retest à quatre semaines (N = 50) oscille quant à elle entre 0,56 et 0,83. Les versions abrégées subséquentes (à 15, 12 et 6 items) ont corroboré l’universalité transculturelle et la validité nomologique du construit dans de multiples secteurs industriels.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de l’éthique de l’argent, Money Ethic Scale, Thomas Li-Ping Tang, psychologie économique, attitudes envers l’argent, comportement organisationnel, compensation financière, motivation au travail, éthique protestante du travail, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu, conceptualisé et validé empiriquement par :
- Thomas Li-Ping Tang, Ph.D. : Professeur émérite de gestion et de comportement organisationnel au département de management du Jennings A. Jones College of Business à la Middle Tennessee State University (Murfreesboro, Tennessee, États-Unis). Chercheur prolifique, le Dr Tang a consacré plus de trois décennies à l’exploration de la psychologie de l’argent, de la rétribution, du côté obscur de l’éthique financière (love of money) et de l’intégrité académique et professionnelle. (Courriel institutionnel historique : [email protected]).
Des travaux d’extension, d’adaptation transculturelle et de raffinement psychométrique ont été ultérieurement menés en collaboration avec des chercheurs internationaux, notamment Roberto Luna-Arocas (Université de Valence, Espagne) et Pamela R. Gilbert (Middle Tennessee State University).
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation générale
L’objectif fondamental de l’Échelle de l’éthique de l’argent est de disséquer, quantifier et formaliser l’éventail des significations personnelles, affectives et normatives que les individus associent à la ressource monétaire. Dans la doctrine économique classique issue de la théorie du choix rationnel d’Adam Smith ou de la théorie monétariste, l’argent est appréhendé sous un prisme strictement fonctionnel, fongible, utilitaire et impersonnel, servant d’étalon de mesure, d’intermédiaire des échanges et de réserve de valeur. Cependant, les psychologues sociaux et les spécialistes du comportement organisationnel constatent de longue date que l’argent suscite des passions extrêmes, des distorsions cognitives, des tabous et des représentations fortement différenciées d’une personne à l’autre.
L’échelle MES a donc été élaborée pour combler le gouffre entre les modélisations économiques quantitatives et les réalités subjectives vécues. Elle cherche à comprendre non pas combien d’argent possède ou gagne un travailleur, mais ce que l’argent signifie pour lui au plan identitaire, motivationnel et moral. Pour certains, l’argent est le miroir absolu du mérite, du succès et de la compétence ; pour d’autres, il incarne une tentation maléfique, corruptrice et destructrice des liens communautaires ; pour d’autres encore, il s’agit avant tout d’un instrument d’indépendance, de sécurité existentielle ou d’un capital à gérer avec une rigueur ascétique.
Applications dans la recherche organisationnelle
Dans le domaine organisationnel, la MES s’est imposée comme une variable charnière pour prédire et expliquer les réactions des salariés face aux systèmes de rémunération, aux politiques de bonus et aux pratiques de gestion des ressources humaines :
- Satisfaction salariale et satisfaction au travail : Les travaux de Tang ont démontré que l’insatisfaction salariale dépend moins du montant absolu perçu que du système de croyances sous-jacent. Des individus valorisant démesurément l’argent comme symbole ultime de succès expriment fréquemment une insatisfaction chronique à l’égard de leur rémunération.
- Comportements déviants et intégrité : L’approbation excessive des dimensions de pouvoir et de prestige monétaire corrèle positivement avec des propensions à la malhonnêteté professionnelle, à la fraude, à la tricherie académique et au contournement des règles éthiques.
- Comportements de citoyenneté organisationnelle (OCB) : L’alignement entre les valeurs individuelles de l’éthique de l’argent et la culture d’entreprise module l’engagement volontaire des collaborateurs dans des tâches extra-rôles.
- Stress au travail et épuisement professionnel : L’angoisse financière et l’obsession de la perte monétaire se manifestent par des vulnérabilités accrues au stress professionnel chronique et au burnout.
Pertinence clinique et psycho-économique
Sur le plan clinique et du conseil psycho-financier, l’instrument permet de diagnostiquer des profils de dysfonctionnement dans le rapport à l’argent. Il offre un éclairage précieux sur les conduites addictives (jeu compulsif, achats compulsifs), l’avarice pathologique, l’anxiété financière débilitante ou la tendance à l’évitement financier. En thérapie cognitive et comportementale (TCC), l’identification des croyances irrationnelles liées aux dimensions Evil ou Power constitue une étape préalable indispensable à la restructuration cognitive.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de l’« Éthique de l’argent » postule que l’attitude envers la monnaie est multidimensionnelle, intégrant des composantes cognitives (ce que l’argent représente), affectives (ce que l’argent fait ressentir) et comportementales (ce que l’individu fait avec son argent). Dans sa mouture à 30 items, l’échelle opérationnalise six sous-dimensions fondamentales :
1. La dimension positive / Bénéfique (Good – 9 items)
Cette sous-échelle évalue la mesure dans laquelle l’individu perçoit l’argent comme une force intrinsèquement positive, honorable, attrayante et indispensable dans la vie sociétale. Les personnes obtenant un score élevé sur ce facteur adhèrent à l’idée que l’argent est une réalité fondamentale qui embellit l’existence, permet d’acquérir le confort et constitue une condition préalable au bien-être général. Loin d’être perçu avec culpabilité, l’argent y est célébré comme une ressource noble et noblement valorisée (ex. item 2 : Money is good ; item 22 : Money is honorable).
2. La dimension maléfique / Destructrice (Evil – 6 items)
À l’opposé diamétral de la précédente, cette dimension capture la réprobation morale, la méfiance et la culpabilité associées à l’accumulation pécuniaire. Ancrée dans des récits culturels et théologiques traditionnels, elle pose que la recherche du gain corrompt la vertu humaine, engendre la honte et brise les équilibres sociaux. Les scores élevés indiquent une vision hautement suspicieuse où l’argent est tenu pour responsable des dérives de la société moderne (ex. item 4 : Money is evil ; item 12 : Money is the root of all evil ; item 23 : Money is shameful).
3. L’accomplissement personnel (Achievement – 4 items)
Ce facteur traduit la valeur instrumentale de l’argent en tant que thermomètre tangible du mérite individuel, de la compétence et de la réussite professionnelle. L’individu évalue sa valeur propre et celle d’autrui à l’aune du volume de richesse généré. L’argent devient la matérialisation de l’effort, du talent et de l’aboutissement des objectifs poursuivis dans le parcours de vie (ex. item 5 : Money represents one’s achievement ; item 7 : Money is a symbol of success).
4. Le respect et l’estime de soi (Respect / Self-Esteem – 4 items)
Cette composante explore le rôle de la richesse dans le positionnement social, le statut hiérarchique et la validation par les pairs. Elle reflète la croyance selon laquelle détenir des avoirs financiers confère un surcroît de considération publique, attire la bienveillance sociale, génère des opportunités relationnelles et renforce le sentiment subjectif de dignité personnelle au sein de la communauté (ex. item 15 : Money makes people respect you in the community ; item 18 : Money will help you express your competence and abilities).
5. La gestion budgétaire rigoureuse (Budget – 3 items)
Composante comportementale par excellence, cette dimension mesure la discipline, la planification, le contrôle des dépenses et la prévoyance financière. Fortement reliée au trait de personnalité de conscience (Conscientiousness), elle caractérise des profils gestionnaires attentifs qui évitent l’endettement passif, paient leurs dettes avec ponctualité et accordent une importance primordiale à l’épargne préventive (ex. item 26 : I pay my bills immediately in order to avoid interest or penalties ; item 30 : I budget my money very well).
6. La liberté et le pouvoir (Freedom / Power – 4 items)
Cette dernière sous-échelle appréhende l’argent comme un vecteur d’émancipation personnelle, d’autonomie décisionnelle et de contrôle sur son environnement. Avoir de l’argent signifie échapper aux contraintes arbitraires d’autrui, s’affranchir de la dépendance et posséder la capacité d’exercer un levier d’action puissant sur le monde extérieur, y compris sur les dynamiques interpersonnelles (ex. item 9 : Money gives you autonomy and freedom ; item 21 : Money means power).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’éthique protestante du travail et les racines sociologiques
L’élaboration de la Money Ethic Scale s’enracine directement dans l’héritage de la sociologie wébérienne. Dans son ouvrage séminal, Max Weber (1905) a décrit l’articulation fondamentale entre l’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Dans cette perspective, le travail assidu, l’austérité de vie et l’accumulation méthodique de capital ne sont pas de simples expédients mercantiles, mais des signes d’élection divine et des devoirs moraux. Tang a conçu la MES comme une extension et un affinement séculaire de l’échelle d’éthique protestante du travail de Mirels et Garrett (1971).
Toutefois, Tang s’est affranchi d’une vision strictement unilatérale du capitalisme en intégrant les dualismes moraux inhérents à l’histoire des civilisations. L’argent y est théorisé comme un signifiant polymorphe, capable d’absorber simultanément les impératifs calvinistes de responsabilité budgétaire, les idéaux libéraux de liberté individuelle et les préceptes moraux condamnant la cupidité.
La théorie de la signification de l’argent de Furnham
Au confluent de la psychologie différentielle, les travaux d’Adrian Furnham (1984, 1996) ont fortement nourri le substrat théorique de l’instrument. Furnham a démontré que l’attitude envers l’argent fonctionne comme une lentille projective à travers laquelle l’individu extériorise ses besoins psychologiques profonds : recherche de sécurité, soif d’amour, quête de pouvoir ou besoin d’affirmation de soi. Tang s’appuie sur ces postulats pour faire de la MES un système nomologique complet articulé à la théorie de la motivation humaine d’Abraham Maslow : l’argent répond aux besoins physiologiques et de sécurité (facteur Budget), aux besoins sociaux et d’appartenance (facteur Respect), aux besoins d’estime (facteur Achievement) et aux aspirations d’autonomie et d’accomplissement (facteur Freedom/Power).
Le modèle tripartite des attitudes
D’un point de vue psychologique structural, Tang adopte le modèle classique ABC des attitudes (Affective, Behavioral, Cognitive) :
- La composante affective : correspond aux réactions émotionnelles positives (l’attraction, le sentiment que l’argent est « bon ») ou négatives (le dégoût, l’angoisse, le sentiment que l’argent est « le mal »).
- La composante cognitive : englobe les croyances relatives à ce que l’argent permet d’obtenir (le succès, la compétence, le respect communautaire).
- La composante comportementale : matérialise les conduites effectives et les règles d’action (la budgétisation, le règlement immédiat des factures, la propension à épargner).
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés de validité de l’Échelle de l’éthique de l’argent a fait l’objet de multiples investigations empiriques menées tant dans le cadre de la publication princeps de 1990 que dans des recherches ultérieures longitudinales et transculturelles :
Validité de construit et structure interne
Dans l’échantillon initial de Tang (1990) constitué de 249 répondants, l’auteur a analysé le réseau nomologique de l’instrument. La validité de construit est appuyée par l’émergence empirique de patrons de corrélations cohérents avec plusieurs construits établis :
- L’éthique protestante du travail (PWE) : Les scores sur les sous-échelles Budget et Achievement corrèlent positivement et significativement avec l’échelle de PWE de Mirels et Garrett, confirmant que l’ardeur au travail et la rigueur d’épargne relèvent d’un même univers de valeurs normatives.
- L’éthique du loisir (Leisure Ethic) : Corrèle négativement avec les dimensions d’accomplissement financier, démontrant une dissociation nette entre la primauté du gain matériel et la priorité accordée au temps libre improductif.
- Variables de personnalité : La dimension Budget est positivement reliée au lieu de contrôle interne (Locus of Control de Rotter), les individus se sentant maîtres de leur destin rapportant une plus grande rigueur financière que les individus fatalistes à lieu de contrôle externe.
Validité prédictive et critères organisationnels
La validité prédictive de la MES a été éprouvée auprès de diverses populations professionnelles :
- Satisfaction au travail (JDI – Job Descriptive Index) : Tang et Gilbert (1995) ont mis en évidence que les sous-échelles de la MES modèrent puissamment la relation entre le niveau de rétribution réelle et la satisfaction au travail. Les sujets endossant fortement l’éthique selon laquelle l’argent équivaut à l’accomplissement manifestent une satisfaction intrinsèque et extrinsèque plus faible lorsqu’ils perçoivent un écart entre leurs attentes financières et leurs gains réels.
- Rotation du personnel (Turnover) : En s’appuyant sur les travaux de Campion (1991), les dimensions de liberté/pouvoir et d’accomplissement monétaire ont démontré une capacité à prédire les intentions de départ volontaire, les individus à forte éthique monétaire étant plus enclins à changer d’employeur pour de modestes incréments de salaire.
- Comportements de citoyenneté organisationnelle : Les recherches de Freshwater (2011) indiquent que l’adhésion à la dimension Good associée à un score élevé sur Budget prédit positivement les comportements de civisme orientés vers l’organisation, tandis que la primauté du pouvoir financier est corrélée négativement avec l’entraide interpersonnelle.
Validité discriminante
Bien que certains facteurs partagent une variance commune (notamment Good et Achievement), la matrice inter-facteurs confirme que les six dimensions capturent des facettes bien différenciées. Tang a souligné dans ses conclusions initiales que des recherches complémentaires demeuraient indispensables pour parfaire la validité discriminante vis-à-vis d’autres concepts connexes comme le matérialisme (échelle de Richins et Dawson) ou la cupidité (greed).
8. Fidélité / Reliability
Les paramètres de fidélité de l’Échelle de l’éthique de l’argent ont été établis par l’évaluation de la consistance interne et la stabilité temporelle par le paradigme test-retest :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude originale de Tang (1990) menée sur 249 participants (employés universitaires, enseignants, employés du secteur bancaire, structures ecclésiales et entreprises diverses du Tennessee), les indices de cohérence interne calculés pour les six facteurs sont les suivants :
- Facteur 1 – Positif / Bénéfique (Good, 9 items) : $\alpha = 0{,}81$ (Excellente consistance interne).
- Facteur 2 – Maléfique (Evil, 6 items) : $\alpha = 0{,}69$ (Fidélité acceptable pour une sous-échelle à 6 items).
- Facteur 3 – Accomplissement (Achievement, 4 items) : $\alpha = 0{,}70$ (Niveau standard satisfaisant).
- Facteur 4 – Respect / Estime de soi (Respect/Self-esteem, 4 items) : $\alpha = 0{,}68$ (Proche du seuil usuel d’acceptabilité de 0,70).
- Facteur 5 – Budget (Budget, 3 items) : $\alpha = 0{,}72$ (Bonne cohérence interne malgré la concision de l’échelle).
- Facteur 6 – Liberté / Pouvoir (Freedom/Power, 4 items) : $\alpha = 0{,}71$ (Fidélité satisfaisante).
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de 50 employés soumis à une double passation espacée d’un intervalle de quatre semaines. Les coefficients de corrélation test-retest obtenus sont :
- Good : $r = 0{,}67$ ($p < 0{,}001$)
- Evil : $r = 0{,}56$ ($p < 0{,}01$)
- Achievement : $r = 0{,}61$ ($p < 0{,}001$)
- Respect/Self-esteem : $r = 0{,}63$ ($p < 0{,}001$)
- Budget : $r = 0{,}65$ ($p < 0{,}001$)
- Freedom/Power : $r = 0{,}83$ ($p < 0{,}001$)
Ces données attestent d’une bonne stabilité longitudinale des attitudes envers l’argent. La dimension Evil présente une stabilité plus modeste ($r = 0{,}56$), suggérant que le rejet moral de l’argent peut fluctuer sous l’influence des événements économiques contingents ou de pressions contextuelles à court terme.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Méthodologie et extraction factorielle
La structure dimensionnelle de la MES à 30 items a été dégagée au moyen d’une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation orthogonale de type Varimax. La matrice de corrélation initiale a satisfait aux critères minimaux d’adéquation de l’échantillonnage.
Au terme de l’extraction, la règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) conjuguée à l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell a validé une solution parcimonieuse à six facteurs. Ensemble, ces six dimensions rendent compte de 42,8 % de la variance totale des réponses, ce qui représente un taux explicatif robuste pour un instrument évaluant des attitudes sociales complexes et diffuses.
Répartition des items et saturations factorielles
Les 30 énoncés se distribuent entre les facteurs comme suit :
- Facteur 1 : Dimension positive (Good) — 9 items : Regroupe les items 1, 2, 3, 6, 8, 10, 11, 17 et 22. Les saturations factorielles dominantes concernent l’attractivité générale et la valeur intrinsèque de l’argent (ex. item 2 : Money is good ; item 17 : Money is valuable).
- Facteur 2 : Dimension maléfique (Evil) — 6 items : Intègre les items 4, 12, 14, 16, 23 et 24. Ce pôle cristallise l’idée que l’argent est néfaste, inutile ou honteux (ex. item 12 : Money is the root of all evil ; item 23 : Money is shameful).
- Facteur 3 : Accomplissement personnel (Achievement) — 4 items : Rassemble les items 5, 7, 13 et 28. Les poids factoriels les plus élevés s’articulent autour du succès et de la valorisation de l’argent comme indice d’efficience (ex. item 5 : Money represents one’s achievement ; item 7 : Money is a symbol of success).
- Facteur 4 : Respect et estime de soi (Respect/Self-esteem) — 4 items : Comprend les items 15, 18, 19 et 20. Ce facteur lie le gain monétaire à la reconnaissance publique et à l’expression de ses potentialités (ex. item 15 : Money makes people respect you in the community ; item 20 : Money can give you the opportunity to be what you want to be).
- Facteur 5 : Gestion budgétaire (Budget) — 3 items : Composé des items 26, 29 et 30. Ces items possèdent des saturations très pures et univoques relatives aux comportements d’organisation comptable et de paiement diligent (ex. item 26 : I pay my bills immediately in order to avoid interest or penalties ; item 30 : I budget my money very well).
- Facteur 6 : Liberté et pouvoir (Freedom/Power) — 4 items : Regroupe les items 9, 21, 25 et 27. Ce regroupement combine le pouvoir d’action, l’indépendance conférée par l’argent et l’impératif de constitution d’une réserve garantissant cette souveraineté (ex. item 9 : Money gives you autonomy and freedom ; item 21 : Money means power).
Évolutions ultérieures : AFC et versions abrégées
Dans ses publications de 1995 et 1997 (Tang & Gilbert, 1995 ; Tang & Luna-Arocas, 1997), Tang a soumis ces modèles à des analyses factorielles confirmatoires (AFC). Constatant la présence d’items présentant des saturations croisées secondaires dans la mouture originale à 30 items, Tang a développé des versions abrégées à 15, 12 et 6 items. Ces versions courtes isolent de manière particulièrement nette les facteurs cardinaux (Facteur Affectif : Bien/Mal ; Facteur Cognitif : Succès/Respect ; Facteur Comportemental : Budget), démontrant d’excellents indices d’ajustement global (RMSEA < 0,05, CFI > 0,95) à travers des cohortes nord-américaines et européennes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle de l’éthique de l’argent (Money Ethic Scale – MES).
- Concepteur : Thomas Li-Ping Tang (1990).
- Nature de l’épreuve : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-rapporté).
- Nombre total d’items : 30 items dans la version de référence (des variantes courtes de 15, 12 et 6 items existent dans la littérature).
- Format des réponses : Échelle ordinale de type Likert en 7 points :
- 1 = Pas du tout d’accord (disagree strongly)
- 2 = Pas d’accord (disagree)
- 3 = Plutôt pas d’accord (disagree somewhat)
- 4 = Neutre (neutral)
- 5 = Plutôt d’accord (agree somewhat)
- 6 = D’accord (agree)
- 7 = Tout à fait d’accord (agree strongly)
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes pour l’ensemble du questionnaire.
- Procédure de cotation (Scoring) :
- L’instrument n’utilise généralement pas de score global sommatif indifférencié, l’éthique de l’argent étant un construit multidimensionnel non réductible à un continuum bipolaire unique.
- Chaque facteur fait l’objet d’un calcul de score moyen (somme des items du facteur divisée par le nombre d’items de ce facteur) ou d’un total brut :
- Score « Good » (items 1, 2, 3, 6, 8, 10, 11, 17, 22) : étendue brute de 9 à 63.
- Score « Evil » (items 4, 12, 14, 16, 23, 24) : étendue brute de 6 à 42.
- Score « Achievement » (items 5, 7, 13, 28) : étendue brute de 4 à 28.
- Score « Respect/Self-esteem » (items 15, 18, 19, 20) : étendue brute de 4 à 28.
- Score « Budget » (items 26, 29, 30) : étendue brute de 3 à 21.
- Score « Freedom/Power » (items 9, 21, 25, 27) : étendue brute de 4 à 28.
- Un profil individuel est dressé en comparant les moyennes obtenues par rapport aux normes échantillonnales établies dans l’organisation ou le groupe cible.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1990 (présentation inaugurale et dépôt ERIC ED 318 984). Formalisation dans des revues internationales à comité de lecture en 1992, 1993 et 1995.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les items de l’échelle ont été diffusés dans le domaine de la recherche académique fondamentale. Selon les dispositions établies par Thomas Li-Ping Tang et les conventions de l’American Psychological Association (APA), l’utilisation de l’échelle à des fins exclusives de recherche scientifique non commerciale, d’enseignement ou de thèses universitaires est libre et autorisée sans versement de redevances, sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse des sources matricielles de Tang.
- Usage commercial et organisationnel : Toute intégration de l’échelle dans des progiciels payants, des audits de rémunération d’entreprise, des systèmes d’évaluation RH commerciaux ou des plateformes de coaching à but lucratif requiert l’autorisation explicite de l’auteur et des éditeurs dépositaires des revues scientifiques détenant les droits de publication (notamment Elsevier pour Personality and Individual Differences).
- Tarification : Gratuit pour les chercheurs académiques et les étudiants universitaires.
12. Références / References
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- Freshwater, E. K. (2011). Individual predictors of service organizational citizenship behaviors (Doctoral dissertation, Walden University). ProQuest Dissertations Publishing.
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- Tang, T. L. P. (1990). The meaning of money revisited: Workers’ view. Paper presented at the 36th Annual Meeting of the Southwestern Psychological Association, Dallas, TX. (ERIC Document Reproduction Service No. ED 318 984). https://files.eric.ed.gov/fulltext/ED318984.pdf
- Tang, T. L. P. (1992). The meaning of money: An extension of the Money Ethic Scale. Journal of Organizational Behavior, 13(2), 197–202. https://doi.org/10.1002/job.4030130209
- Tang, T. L. P. (1993). The meaning of money to sheep and goats: The endorsement of the Protestant work ethic and the Money Ethic Scale. Journal of Social Psychology, 133(4), 519–530. https://doi.org/10.1080/00224545.1993.9712177
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