Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (CBMS)

Analyse psychométrique détaillée de l’Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (CBMS) : propriétés métrologiques, validité clinique, cadre théorique et protocole d’administration.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (souvent désignée sous son appellation anglophone originelle Community Balance and Mobility Scale ou CB&M / CBMS) est un instrument d’évaluation clinique et psychométrique de haute précision conçu pour quantifier les altérations posturales et motrices chez des individus ambulatoires présentant des séquelles neurologiques, particulièrement à la suite d’un traumatisme crânien cérébral (TCC). Développée initialement au Toronto Rehabilitation Institute par Jo-Anne Howe et ses collaborateurs (2006), cette échelle répond à une lacune majeure de la réadaptation neurologique : l’effet de plafond omniprésent des batteries d’équilibre traditionnelles, telles que l’échelle d’équilibre de Berg (Berg Balance Scale – BBS), lorsqu’elles sont administrées à des patients ayant recouvré la marche indépendante mais demeurant limités lors de transitions dynamiques complexes en milieu écologique.

La CBMS se compose de 13 items opérationnalisant les composantes multidimensionnelles de la locomotion avancée : le maintien unipodal, la marche en tandem, le demi-tour rapide, le pas chassé latéral (lateral foot scooting), les sauts unipodaux vers l’avant, la marche accroupie, les évitements latéraux (esquives), la marche combinée aux mouvements céphaliques horizontaux et verticaux, la course avec décélération brusque contrôlée, la transition de marche avant-arrière, les pivots dynamiques, la double tâche motrice continue (transport d’un plateau avec balle) et la descente d’escaliers. Six de ces épreuves sont évaluées bilatéralement (côtés droit et gauche), ce qui porte le nombre total de cotations indépendantes à 19 composantes. Chaque item est évalué selon une échelle ordinale de performance à 6 points (0 à 5), à l’exception de l’item 9 (course avec arrêt contrôlé / pas croisé) coté sur une échelle à 7 points (0 à 6) pour refléter fidèlement le respect de la trajectoire linéaire et l’absence de franchissement de repères au sol. Le score global oscille ainsi entre 0 et 96 points, où un score plus élevé reflète des capacités d’équilibre et de mobilité de haut niveau.

Les propriétés métrologiques de la CBMS sont exceptionnelles. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach atteint 0,96. La fidélité inter-évaluateurs et intra-évaluateur affiche un coefficient de corrélation intraclasse (ICC) de 0,977, tandis que la fidélité test-retest s’élève à 0,975 lors d’une réévaluation immédiate et à 0,898 à un intervalle de cinq jours. Sur le plan de la validité de construit, la CBMS est significativement corrélée aux paramètres spatiotemporels de la biomécanique de la marche (vitesses, variabilité du pas, cadences avec des coefficients r allant de 0,38 à 0,87) ainsi qu’aux auto-questionnaires d’efficacité personnelle et d’intégration communautaire (l’Activities-specific Balance Confidence Scale [ABC, r = 0,60] et le Community Integration Questionnaire [CIQ, r = 0,54]). La CBMS est aujourd’hui reconnue mondialement comme l’étalon-or pour la réinsertion physique et fonctionnelle en milieu communautaire.

2. Mots-clés

Équilibre dynamique, mobilité communautaire, traumatisme crânien, contrôle postural, psychométrie clinique, réadaptation neurologique, cinématique de la marche, double tâche motrice, effet de plafond, validité écologique, fidélité test-retest, instabilité posturale.

3. Auteurs

L’échelle a été conceptualisée, calibrée et validée par une équipe multidisciplinaire de cliniciens-chercheurs et de physiothérapeutes affiliés au Toronto Rehabilitation Institute (aujourd’hui intégré au sein du réseau University Health Network – UHN) et au Département de physiothérapie de la Faculté de médecine de l’Université de Toronto, Ontario, Canada :

  • Jo-Anne Howe, PT, MSc – Physiothérapeute clinicienne-chercheuse spécialisée en neurotraumatologie au Toronto Rehabilitation Institute. Courriel institutionnel : [email protected]
  • Elizabeth L. Inness, PT, PhD – Chercheuse senior, Toronto Rehabilitation Institute – UHN; Professeure adjointe, Département de physiothérapie, Université de Toronto. Courriel institutionnel : [email protected]
  • Adriana Venturini, MSc, PT – Physiothérapeute clinicienne et épidémiologiste, spécialiste des mesures de résultats fonctionnels en réadaptation physique.
  • J. Ivan Williams, PhD – Méthodologiste, biostatisticien et professeur émérite d’épidémiologie et de santé publique à l’Université de Toronto.
  • Molly C. Verrier, DipP&OT, MHSc – Chercheuse émérite, Département de physiothérapie et Institut des sciences médicales, Université de Toronto.

4. Objectif

L’objectif fondamental de la Community Balance and Mobility Scale (CBMS) est de mesurer avec rigueur et sensibilité les compétences ambulatoires et l’équilibre dynamique avancé chez des individus en phase de réadaptation qui aspirent à réintégrer pleinement leur milieu de vie communautaire, professionnel et récréatif. Dans le domaine de la neurotraumatologie, les personnes ayant subi un traumatisme crânio-cérébral léger, modéré ou sévère parviennent fréquemment, au terme de leur séjour en réadaptation institutionnelle, à marcher de manière autonome sur des surfaces planes et dans des environnements hospitaliers stables et prévisibles. Cependant, cette indépendance élémentaire ne garantit aucunement la sécurité motrice lors de la confrontation aux défis physiques imprévisibles de la vie quotidienne.

L’environnement communautaire impose en effet des contraintes motrices et attentionnelles complexes : naviguer sur des trottoirs inégaux, esquiver un passant de façon impromptue, maintenir la trajectoire de marche tout en tournant rapidement la tête pour vérifier la circulation, accélérer la cadence pour traverser une chaussée avant le passage du feu piéton au rouge, franchir des bordures, transporter un objet instable ou monter et descendre des escaliers sans appui digital. Les échelles cliniques historiques telles que l’échelle d’équilibre de Berg (BBS) ou le Timed Up and Go (TUG) ont été élaborées prioritairement pour les populations gériatriques fragiles ou les patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux subaigus. Par conséquent, elles souffrent d’un effet de plafond (ceiling effect) dramatique lorsqu’elles sont administrées à des patients ambulatoires plus jeunes ou ayant un niveau fonctionnel supérieur : ces patients obtiennent couramment le score maximal sur la BBS tout en rapportant une instabilité subjective majeure, des chutes occasionnelles, une fatigue cognitive invalidante et une incapacité persistante à reprendre leurs activités sportives ou professionnelles.

Sur le plan clinique, la CBMS répond aux besoins impérieux suivants :

  • Détecter l’instabilité dynamique résiduelle et infraclinique : Elle identifie les déficits subtils de la coordination motrice, de la vitesse d’ajustement postural anticipatoire et des synergies musculaires réactives qui demeurent invisibles lors des évaluations de routine.
  • Guider la planification thérapeutique ciblée : En analysant les échecs item par item (par exemple, asymétrie droite/gauche lors des sauts unipodaux, incapacité à dissocier le regard du mouvement du tronc, ou détérioration motrice sous condition de double tâche), le clinicien peut structurer des interventions de physiothérapie axées sur l’entraînement vestibulaire, le renforcement plyométrique ou la réhabilitation de la double tâche.
  • Mesurer l’efficacité des protocoles de réadaptation avancée : Grâce à son continuum de cotation étendu (0 à 96 points) et à son excellente sensibilité au changement, la CBMS capture des progrès longitudinaux fins qui échappent aux autres instruments.
  • Sécuriser le pronostic de retour aux rôles sociaux : Les scores obtenus fournissent une base objective pour autoriser la reprise de la conduite automobile, le retour au travail en milieu industriel ou la reprise de la pratique sportive chez les athlètes commotionnés.

Sur le plan de la recherche, la CBMS constitue un critère de jugement clinique robuste pour les essais contrôlés randomisés évaluant des thérapeutiques innovantes, qu’il s’agisse de technologies de rétroaction sensorielle, d’entraînements locomoteurs assistés par robotique ou d’approches de pharmacologie neuromotrice.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique et biomécanique sous-jacent à la CBMS est l’équilibre dynamique multidimensionnel en contexte d’interaction environnementale. Loin d’être un trait unitaire ou un simple réflexe stéréotypé, l’équilibre dynamique représente une capacité complexe émergeant de l’interaction continue entre les systèmes sensoriels afférents (somatosensoriel/proprioceptif, visuel et vestibulaire), les processus centraux d’intégration sensorimotrice et les effecteurs musculo-squelettiques sous contraintes cognitives. La CBMS décompose ce méta-construit en plusieurs dimensions opérationnelles :

1. Le contrôle unilatéral et l’atténuation d’impact (Appui monopodal et propulsion unipodale)

Les items tels que la posture unipodale statique prolongée (Item 1) et les sauts unipodaux vers l’avant (Item 5) mesurent la capacité du système neuromusculaire à stabiliser le centre de masse corporelle (CoM) au-dessus d’une base de sustentation unilatérale extrêmement réduite. Le saut unipodal évalue spécifiquement la puissance musculaire explosive de l’appareil extenseur de la cheville et du genou, le contrôle de la décélération lors de l’atterrissage, et l’efficacité des mécanismes d’anticipation posturale pour neutraliser les forces de réaction au sol sans perte d’alignement axial ni appui controlatéral compensatoire.

2. L’alignement postural sur base étroite et la dissociation segmentaire (Marche tandem et pivots)

Les items de marche en tandem (Item 2) et de demi-tour en tandem à 180° (Item 3) réduisent artificiellement la base de soutien dans le plan frontal. Pour exécuter ces tâches sans oscillation latérale, le patient doit faire preuve d’un contrôle précis des abducteurs de hanche et d’une modulation proprioceptive rigoureuse au niveau de la cheville (stratégie de cheville versus stratégie de hanche). Le pivotement à 180° exige une réorientation coordonnée des segments corporels (yeux, tête, tronc, bassin et membres inférieurs) selon une chronologie séquentielle « top-down » parfaitement synchronisée.

3. L’agilité latérale, l’accélération et le freinage dynamique (Esquives et déplacements multidirectionnels)

La locomotion humaine quotidienne ne se limite pas à la progression rectiligne vers l’avant. Les items de déplacement latéral du pied (Item 4), de course avec arrêt contrôlé (Item 9) et d’esquive latérale (Item 7) sollicitent la capacité à générer et à absorber des moments d’inertie dans les plans sagittal et frontal. La tâche d’arrêt brusque après une phase de course rapide sollicite une transition abrupte d’une dynamique propulsive à une contraction excentrique puissante et symétrique, mettant à rude épreuve l’inhibition motrice et la stabilité cinématique globale.

4. L’intégration vestibulo-oculaire en cours de locomotion (Marche avec mouvements de tête)

Les épreuves de marche combinée aux mouvements de fixation et de rotation de la tête (Item 8 et Item 11) ciblent directement l’intégrité du réflexe vestibulo-oculaire (RVO) et de la coordination cervico-oculaire. Chez les patients traumatisés crâniens, les conflits sensoriels entre les flux optiques dynamiques générés par la marche et les signaux vestibulaires induits par les rotations céphaliques déclenchent fréquemment des vertiges, une désorientation spatiale ou une déviation de trajectoire. La CBMS pénalise sévèrement les ralentissements de cadence, les oscillations tronculaires ou la déviation par rapport à la ligne axiale lors de ces manœuvres.

5. La flexibilité motrice sous contrainte géométrique et verticale (Accroupissement et franchissement d’escaliers)

La tâche d’abaissement du centre de gravité (Item 6, crouch and walk) impose une flexion soutenue des genoux et des hanches pendant la marche, modifiant drastiquement les bras de levier articulaires et augmentant la demande métabolique et biomécanique sur le quadriceps et les fléchisseurs plantaires. De même, la descente d’escaliers (Item 13) représente l’une des activités de la vie courante les plus accidentogènes : elle requiert un contrôle excentrique bilatéral continu sous charge corporelle complète, une appréciation visuelle précise de la profondeur et une régulation proprioceptive fine lors du transfert du poids sur la marche inférieure.

6. L’attention partagée et la double tâche motrice (Marche avec transport de balle)

L’Item 12 évalue l’interférence cognitive et motrice en exigeant du patient qu’il marche tout en maintenant une balle en équilibre sur un plateau tenu à deux mains. Cette épreuve sollicite les fonctions exécutives et le cortex préfrontal : l’attention doit être divisée entre le maintien de la stabilité de la charge manuelle et la surveillance de l’environnement locomoteur. Une détérioration de la vitesse, une instabilité de la trajectoire ou la chute de la balle traduit une saturation des ressources attentionnelles centrales, marqueur clinique classique du traumatisme crânien.

6. Cadre théorique

Le soubassement conceptuel de la CBMS s’ancre résolument dans l’approche des systèmes dynamiques du contrôle moteur (Dynamical Systems Theory of Motor Control), initiée par le physiologiste russe Nikolaï Bernstein (1896-1966) et enrichie ultérieurement par les travaux contemporains d’Anne Shumway-Cook, Marjorie Woollacott et Fay Horak. Selon ce paradigme, le mouvement humain et la posture ne résultent pas de simples commandes descendantes linéaires émanant d’un programme moteur centralisé rigide, mais émergent spontanément de l’interaction synergique et auto-organisée entre trois composantes fondamentales : l’individu (capacités neuromusculaires, sensorielles et cognitives), la tâche (contraintes biomécaniques, objectifs cinématiques) et l’environnement (surfaces, perturbations externes, distractions visuelles).

Bernstein a formulé le célèbre concept de l’élimination des « degrés de liberté » (degrees of freedom problem). Face à la multiplicité infinie des configurations articulaires et musculaires possibles, le système nerveux central doit apprendre à coordonner des synergies fonctionnelles flexibles. À la suite d’un traumatisme crânien, les lésions axonales diffuses, les contusions corticales focales et les perturbations des noyaux gris centraux ou du cervelet désorganisent ces synergies. Pour éviter la chute, le patient traumatisé « fige » ou raidit ses degrés de liberté articulaires (par exemple en verrouillant le tronc, le bassin ou les chevilles). Si cette stratégie de raidissement s’avère suffisante pour maintenir l’équilibre statique lors d’un test comme l’échelle de Berg, elle échoue catastrophiquement dès lors que la tâche impose une adaptation rapide à une perturbation imprévisible ou un changement brusque de direction, situations systématiquement modélisées par la CBMS.

Le second ancrage théorique majeur repose sur le modèle de l’intégration multisensorielle et de la réattribution des poids sensoriels (sensory reweighting hypothesis), théorisé notamment par Robert Peterka et Fay Horak. Pour maintenir la stabilité posturale, le cerveau fusionne en temps réel les afférences visuelles, vestibulaires et somatosensorielles, en attribuant un « poids » relatif à chaque modalité en fonction de sa fiabilité contextuelle. Par exemple, lors de la marche dans l’obscurité ou sur un sol mou, le système nerveux réduit le poids sensoriel visuel ou cutané pour augmenter la dépendance aux signaux vestibulaires. Les items de la CBMS qui dissocient la vision (mouvements céphaliques rapides) ou réduisent le support proprioceptif (marche tandem, appui unipodal) forcent le système nerveux à effectuer une réattribution sensorielle instantanée. L’incapacité à réadapter dynamiquement ces pondérations sensorielles se traduit par des pertes d’équilibre visibles lors de la passation de l’échelle.

Enfin, le troisième pilier théorique réside dans le modèle des capacités attentionnelles partagées issu de la psychologie cognitive (Kahneman, 1973). Le contrôle postural, longtemps perçu comme un processus sous-cortical hautement automatisé, requiert en réalité une part substantielle de ressources attentionnelles corticales, en particulier chez les individus ayant subi une atteinte cérébrale. Lorsque la demande attentionnelle de la tâche locomotrice dépasse la capacité résiduelle globale de l’individu — ce qui est simulé par l’item de double tâche de la CBMS —, une compétition s’installe pour l’allocation des ressources exécutives (cognitive-motor interference), conduisant soit à une dégradation de la performance cognitive, soit à une rupture dramatique de la stabilité motrice.

7. Validité

La validité psychométrique de la CBMS a été établie par de multiples études observationnelles et expérimentales rigoureuses menées auprès de populations adultes et pédiatriques présentant des atteintes cérébrales ou neurologiques variées.

Validité de contenu (Content Validity)

Le processus de développement initial documenté par Howe et ses collaborateurs (2006) a scrupuleusement respecté les standards méthodologiques les plus élevés. Une approche collaborative a associé étroitement des cliniciens experts en physiothérapie neurologique (n = 17) et des patients ambulatoires ayant subi un traumatisme crânio-cérébral (n = 7). Les items ont été dérivés d’analyses minutieuses des réclamations formulées par les patients lors de leur réinsertion communautaire (difficultés dans les transports publics, incapacité à traverser les intersections achalandées, déséquilibres lors de l’évitement d’obstacles) et d’observations cliniques écologiques. Cette démarche a garanti que chaque tâche sélectionnée possède une pertinence clinique directe et reflète fidèlement les contraintes réelles de l’environnement physique quotidien.

Validité de construit et convergente (Construct & Convergent Validity)

La validité de construit de la CBMS a été confirmée par l’étude fondatrice d’Inness et al. (2011), qui a confronté les scores de l’échelle à des mesures quantitatives instrumentales en laboratoire de biomécanique ainsi qu’à des questionnaires standardisés :

  • Corrélations avec la biomécanique instrumentale du mouvement : Des associations statistiquement significatives ont été démontrées entre le score total de la CBMS et les variables spatiotemporelles de la marche mesurées par tapis de marche baropodométrique et caméras optoélectroniques. Les corrélations de Pearson (r) oscillent entre 0,38 et 0,87 pour des paramètres clés tels que la vitesse de marche spontanée et rapide, la longueur du pas, la largeur du polygone de sustentation et le temps de demi-pas.
  • Corrélation avec les marqueurs de stabilité dynamique : La variabilité de la longueur et du temps de pas — considérée comme l’indicateur par excellence de l’instabilité motrice dynamique et du risque de chute — est corrélée de manière hautement significative avec les scores de la CBMS (valeurs de r comprises entre 0,46 et 0,70).
  • Corrélations avec les auto-évaluations psychologiques et fonctionnelles : La validité convergente est étayée par une corrélation forte et positive avec l’échelle de confiance en l’équilibre dans des activités spécifiques (Activities-specific Balance Confidence [ABC] scale, r = 0,60, p < 0,001) et avec le questionnaire d’intégration communautaire (Community Integration Questionnaire [CIQ], r = 0,54, p < 0,01).

Validité discriminante et absence d’effet de plafond

Un apport majeur de la CBMS réside dans sa supériorité métrologique démontrée face à la Berg Balance Scale (BBS). Dans les cohortes de patients traumatisés crâniens ambulatoires, la distribution des scores de la BBS présente un écrasement marqué vers le haut, avec plus de 45 % des individus atteignant le score parfait de 56/56. En revanche, la CBMS affiche une distribution gaussienne étendue sur l’ensemble de son échelle de 0 à 96 points, sans effet de plafond notable. L’instrument est capable de discriminer avec précision différents sous-groupes de patients selon la gravité de leur atteinte motrice initiale et leur niveau de reprise d’activité.

Sensibilité au vieillissement sain et normes de référence

Dans une vaste étude transversale (Zbarsky et al., 2010), la CBMS a été administrée à des cohortes d’individus sains répartis par tranches d’âge de 20 à 79 ans. Les données ont mis en évidence un déclin linéaire statistiquement significatif des scores en fonction des décennies de vie, démontrant la sensibilité remarquable de l’outil aux modifications physiologiques subtiles de la sénescence neuromotrice et vestibulaire. L’existence de ces valeurs de référence normatives par tranche d’âge permet aux rééducateurs d’estimer l’écart standardisé d’un patient par rapport à ses pairs du même âge chronologique.

8. Fidélité

Les indices de reproductibilité et de cohérence de la CBMS ont été méticuleusement quantifiés à travers de multiples protocoles méthodologiques, démontrant une stabilité métrologique de premier ordre.

Cohérence interne

L’homogénéité des items constituant l’échelle est remarquable. Les études initiales de Howe et al. (2006) rapportent un coefficient alpha de Cronbach de 0,96 pour l’ensemble de la batterie chez les personnes avec traumatisme crânien cérébral. Ce niveau élevé de cohérence interne confirme que l’ensemble des 13 items converge vers la mesure d’un construit fonctionnel unifié (l’équilibre dynamique complexe), tout en conservant une redondance minimale entre les items individuels.

Fidélité inter-évaluateurs et intra-évaluateur

L’objectivité de la cotation a été rigoureusement démontrée :

  • Fidélité inter-juges : L’administration simultanée ou le visionnage vidéo indépendant par différents physiothérapeutes a produit un coefficient de corrélation intraclasse (ICC, modèle à effets mixtes à deux facteurs) de 0,977 (intervalle de confiance à 95 % : 0,95 – 0,99), indiquant une concordance quasi parfaite entre évaluateurs indépendants.
  • Fidélité intra-évaluateur : Lorsqu’un même praticien recote les performances d’un patient à partir d’enregistrements vidéo à des moments distincts, l’ICC obtenu est également de 0,977.

Fidélité test-retest

La reproductibilité temporelle a été analysée selon deux fenêtres temporelles distinctes :

  • Test-retest immédiat (même journée) : Un coefficient ICC de 0,975 a été mesuré, attestant de la stabilité intrinsèque de l’instrument en l’absence de toute modification clinique.
  • Test-retest à moyen terme (intervalle de 5 jours) : Pour des patients neurologiquement stables réévalués à 5 jours d’intervalle afin de minimiser les effets de fatigue et de réapprentissage, l’ICC demeure exceptionnel à 0,898.

Erreur standard de mesure (SEM) et Changement minimal détectable (MDC)

Dans la littérature clinique ultérieure (Knorr et al., 2010 ; Wright et al., 2010), l’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement – SEM) de la CBMS a été établie entre 2,1 et 3,3 points. Le changement minimal détectable au seuil de confiance de 90 % (MDC90) se situe entre 5 et 7 points, tandis que le MDC95 se chiffre à environ 7,5 à 8,0 points sur 96. Cela signifie sur le plan clinique qu’un gain ou une perte d’au moins 8 points après une intervention rééducative représente une véritable modification des capacités posturales du patient, excédant toute fluctuation aléatoire ou erreur de mesure inhérente à l’observateur.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de la CBMS a fait l’objet d’investigations approfondies à l’aide de l’analyse en composantes principales (ACP), de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et, de manière encore plus déterminante, de l’analyse de Rasch (modèle de réponse à l’item fondé sur la théorie des réponses aux items – TRI).

Unidimensionnalité du construit

Les analyses factorielles exploratoires initiales conduites par Howe et al. ont extrait un facteur dominant principal expliquant plus de 65 % de la variance totale des scores, ce qui fournit une justification empirique solide en faveur de l’unidimensionnalité du score global de 96 points. Bien que les tâches motrices sollicitent divers effecteurs et modalités d’ajustement (vision, réactivité vestibulaire, force unipodale, coordination segmentaire), elles convergent toutes vers une dimension latente sous-jacente unique : la régulation posturo-cinétique sous contraintes dynamiques.

Modélisation de Rasch et continuum de difficulté des items

Les études ayant appliqué le modèle de Rasch (Wright et al., 2010 ; Inness et al., 2011) ont permis de positionner chaque item de la CBMS le long d’un continuum de difficulté calibré en log-odds (logits) :

  • Items de faible difficulté (base du continuum) : Les items tels que l’appui unipodal statique (Item 1) et la marche en tandem (Item 2) représentent les paliers initiaux, facilement réussis par les patients présentant un niveau ambulatoire modéré.
  • Items de difficulté intermédiaire : La marche accroupie (Item 6), la marche avec rotation de la tête (Item 8) et les pas chassés latéraux (Item 4) se situent dans la zone médiane du continuum, capturant les instabilités dynamiques courantes.
  • Items de haute difficulté (sommet du continuum) : Les sauts unipodaux vers l’avant (Item 5), la course avec arrêt contrôlé et pas croisé (Item 9), ainsi que la marche avec pivot et dissociation du regard (Item 11) constituent les items les plus exigeants de l’échelle. Ces tâches se révèlent hautement sélectives pour identifier les sportifs de haut niveau ou les travailleurs manuels aptes à reprendre des activités physiquement exigeantes.

Les indices d’ajustement du modèle de Rasch (Infit et Outfit mean squares) pour l’ensemble des items se situent rigoureusement à l’intérieur de l’intervalle cliniquement acceptable de 0,7 à 1,3, attestant de l’absence d’items aberrants ou déviants qui viendraient contaminer la mesure du construit.

10. Instrument de mesure

La Community Balance and Mobility Scale est un instrument de mesure d’observation standardisé administré par un professionnel de santé qualifié (physiothérapeute, ergothérapeute ou kinésithérapeute). Le protocole détaillé est structuré comme suit :

  • Type d’évaluation : Test de performance motrice et d’équilibre dynamique observée en milieu clinique ou de laboratoire.
  • Population cible : Enfants, adolescents et adultes ambulatoires (capables de marcher de manière autonome sans aide technique sur au moins 10 mètres) présentant des troubles de l’équilibre consécutifs à un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral, une lésion médullaire incomplète, une paralysie cérébrale ou d’autres affections neurologiques.
  • Durée d’administration : Environ 20 à 30 minutes, selon le niveau d’endurance et de mobilité du participant.
  • Matériel requis standardisé :
    • Un couloir ou une pièce libre de tout obstacle d’au moins 8 à 10 mètres de longueur, délimitée par une piste de marche rectiligne marquée au sol (ruban adhésif de 2,5 à 5 cm de largeur).
    • Un chronomètre précis au dixième de seconde.
    • Une cible visuelle standardisée (affiche ou cercle coloré d’environ 15 cm de diamètre) fixée au mur à hauteur des yeux.
    • Un escalier comportant au moins une volée standardisée (minimum 8 à 10 marches avec rampe de sécurité).
    • Un panier de basket-ball ou une boîte de rangement avec une balle légère (type balle de mousse de 20 cm) et un plateau rigide de transport pour l’épreuve de double tâche.
    • Une fiche de cotation officielle et un crayon.
  • Nombre d’items et cotation :
    • L’échelle comprend 13 items principaux.
    • Six items (Item 4, 7, 8, 9, 11 et 12) sont testés et cotés de façon bilatérale et indépendante pour le membre/côté droit et le membre/côté gauche.
    • Le nombre total de scores élémentaires enregistrés est de 19.
    • Format de l’échelle de cotation : Chaque épreuve est notée sur une échelle ordinale de 6 points allant de 0 à 5, à l’exception de l’Item 9 (« Course avec arrêt contrôlé / Pas croisé ») qui est coté sur une échelle ordinale de 7 points allant de 0 à 6 pour prendre en compte le maintien strict du contrôle sans contact sur la ligne d’arrêt.
    • Signification des scores d’items : Le score 0 représente l’incapacité totale à tenter ou à accomplir la tâche motrice requise ou une perte totale de contrôle nécessitant l’intervention physique de l’évaluateur pour éviter la chute ; le score 5 (ou 6 pour l’item 9) représente une exécution motrice parfaite, conforme aux critères de fluidité, de vitesse et de symétrie d’un individu sain.
    • Score total : Tous les items sont sommés de manière arithmétique. Le score global est compris entre 0 et 96 points. Un score plus élevé reflète un niveau supérieur d’équilibre dynamique et d’agilité locomotrice.
  • Règles de sécurité et aides techniques : Toutes les tâches doivent être exécutées sans aide technique à la marche (cannes, déambulateur) et idéalement avec des chaussures de sport adaptées. Si le patient utilise une orthèse de cheville-pied (AFO), cela doit être systématiquement consigné sur le formulaire de test et maintenu constant lors des évaluations comparatives.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 2006 (première publication princeps de standardisation clinique par Howe et ses collaborateurs dans la revue Clinical Rehabilitation).
  • Droits d’auteur (Copyright) : Détenu par le Toronto Rehabilitation Institute – University Health Network (UHN), Toronto, Ontario, Canada.
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’échelle CBMS est mise à disposition gratuitement pour la pratique clinique courante, l’enseignement universitaire et la recherche académique non commerciale. Les cliniciens et chercheurs peuvent télécharger la fiche de cotation et le manuel d’instructions officiel en contactant directement les auteurs principaux ou via les ressources documentaires institutionnelles de réadaptation du Toronto Rehab.
  • Tarifs d’accès : Aucun droit d’usage (licence à coût nul) n’est exigé pour l’usage clinique individuel ou académique. L’intégration de l’échelle au sein de logiciels propriétaires, de dossiers médicaux électroniques commerciaux ou d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique nécessite l’accord explicite préalable du bureau de transfert technologique de l’UHN.
  • Coordonnées des auteurs pour informations et correspondances :

12. Références

Les publications scientifiques de référence étayant les données métrologiques, les études de validation et les normes cliniques présentées ci-dessus sont répertoriées ci-après selon les normes APA 7e édition :

  • Howe, J. A., Inness, E. L., Venturini, A., Williams, J. I., & Verrier, M. C. (2006). The Community Balance and Mobility Scale–a balance measure for individuals with traumatic brain injury. Clinical Rehabilitation, 20(10), 885–895. https://doi.org/10.1177/0269215506070694
  • Inness, E. L., Howe, J. A., Niechwiej-Szwedo, E., Jaglal, S. B., McIlroy, W. E., & Verrier, M. C. (2011). Measuring balance and mobility after traumatic brain injury: Validation of the Community Balance & Mobility Scale (CB&M). Physiotherapy Canada, 63(2), 199–208. https://doi.org/10.3138/ptc.2009-39
  • Knorr, S., Brouwer, B., & Garland, S. J. (2010). Validity of the Community Balance and Mobility Scale in individuals with chronic stroke. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 91(4), 627–634. https://doi.org/10.1016/j.apmr.2009.12.010
  • Wright, F. V., Ryan, J., & Maltby, H. (2010). Test-retest reliability and minimum detectable change of the Community Balance and Mobility Scale in young people with acquired brain injury. Developmental Medicine & Child Neurology, 52(12), 1094–1099. https://doi.org/10.1111/j.1469-8749.2010.03714.x
  • Zbarsky, K., Parsley, D., Clegg, H., Welch, T., Fernandes, C., Jaglal, S., Inness, E., Williams, J., McIlroy, W. E., & Howe, J. (2010). Community Balance & Mobility Scale (CB&M): Age-related reference values. Physiotherapy Canada, 62(Suppl), 46.

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Each task is scored on a 6-point scale ranging from 0 to 5 (with Item 9 ‘Cross over’ scored on a 7-point scale ranging from 0 to 6 to account for successful performance with contact on a line). Total score ranges from 0 to 96, where 0 indicates complete inability to perform the task and 5 (or 6) indicates normal/criterion performance.

  1. Unilateral stance
  2. Tandem walking
  3. 180° tandem pivot turn
  4. Lateral foot scooting (tested on both Right and Left sides)

    • 4a. Lateral foot scooting – Right
    • 4b. Lateral foot scooting – Left
  5. Hopping forward
  6. Crouch and walk
  7. Lateral dodging (tested on both Right and Left sides)

    • 7a. Lateral dodging – Right
    • 7b. Lateral dodging – Left
  8. Walking & looking (tested on both Right and Left sides)

    • 8a. Walking & looking – Right
    • 8b. Walking & looking – Left
  9. Running with controlled stop (tested on both Right and Left sides / Cross over)

    • 9a. Running with controlled stop – Right
    • 9b. Running with controlled stop – Left
  10. Forward to backward walking
  11. Walk, look & pivot turn (tested on both Right and Left sides)

    • 11a. Walk, look & pivot turn – Right
    • 11b. Walk, look & pivot turn – Left
  12. Dual-task: Walk with ball carry (tested on both Right and Left sides)

    • 12a. Dual-task: Walk with ball carry – Right
    • 12b. Dual-task: Walk with ball carry – Left
  13. Descending stairs
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (CBMS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-equilibre-mobilite-communautaire-cbms
Looti, Mohammed. “Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (CBMS).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-equilibre-mobilite-communautaire-cbms.
Looti, Mohammed. “Échelle d’équilibre et de mobilité communautaire (CBMS).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-equilibre-mobilite-communautaire-cbms.