1. Résumé / Abstract
L’Échelle du Medical Research Council (couramment désignée sous l’acronyme MRC scale ou échelle MRC de force musculaire) représente le standard clinique et clinimétrique international pour l’évaluation manuelle de la force musculaire volontaire. Conçue initialement lors de la Seconde Guerre mondiale par le Nerve Injuries Committee britannique pour classifier la récupération motrice après lésions des nerfs périphériques, elle a fait l’objet d’une formalisation devenue universelle dans le Memorandum No. 45 (1976), puis d’adaptations cliniques de référence, notamment par la Société royale néerlandaise de physiothérapie (KNGF) en 2010. L’échelle opère selon un système de cotation ordinale en six points allant de 0 (absence totale de contraction musculaire) à 5 (force normale face à une résistance maximale de l’examinateur), intégrant les seuils biomécaniques physiologiques fondamentaux que constituent l’effacement de la pesanteur, la lutte active contre la pesanteur et l’opposition à une résistance manuelle externe.
Dans sa configuration sommative globale, le MRC Sum Score (MRC-SS) évalue de manière bilatérale six groupes musculaires clés représentatifs des membres supérieurs et inférieurs : l’abduction de l’épaule (deltoïde), la flexion du coude (biceps brachial), l’extension du poignet (radiaux et cubital postérieur), la flexion de la hanche (psoas-iliaque), l’extension du genou (quadriceps fémoral) et la dorsiflexion de la cheville (tibial antérieur). La sommation des scores individuels génère une échelle globale variant de 0 (tétraplégie flasque complète) à 60 (force musculaire normale bilatérale). Le MRC Sum Score s’est imposé comme l’instrument de référence diagnostique dans le syndrome de faiblesse acquise en réanimation (Intensive Care Unit-Acquired Weakness ou ICUAW, défini par un seuil inférieur à 48/60), le syndrome de Guillain-Barré, la sclérose latérale amyotrophique et diverses polyneuropathies et myopathies.
Sur le plan métrologique et psychométrique, l’échelle MRC présente une cohérence interne remarquable (coefficient alpha de Cronbach fréquemment supérieur à 0,90 dans les cohortes neuromusculaires), une excellente fidélité inter-évaluateurs (coefficients kappa pondérés variant de 0,70 à 0,96 selon les groupes musculaires) et une corrélation forte avec la dynamométrie isométrique portable (microFET, Jamar). Les analyses factorielles et les modélisations selon la théorie de réponse aux items (modèles de Rasch et analyses de Mokken) confirment l’unidimensionnalité robuste du score global, tout en révélant une non-linéarité métrique entre les grades 4 et 5 nécessitant des précautions d’interprétation chez les patients ambulatoires de haut niveau fonctionnel.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle du Medical Research Council, force musculaire manuelle, testing musculaire, MRC Sum Score, faiblesse acquise en réanimation, clinimétrie, fidélité inter-évaluateurs, validité de construit, modélisation de Rasch, polyneuropathie, rééducation motrice, biomécanique clinique.
3. Auteurs / Authors
Le développement initial de l’échelle revient au Medical Research Council (MRC) du Royaume-Uni, plus particulièrement à son Nerve Injuries Committee institué en 1940 sous l’impulsion de neurologues et neurochirurgiens de renom tels que Sir Herbert Seddon, George Riddoch et Henry Cohen. La mission fondamentale de ce comité consistait à harmoniser l’évaluation des traumatismes neurologiques périphériques subis par les combattants durant la Seconde Guerre mondiale. Le système initial de classification a été formalisé dans le rapport Medical Research Council: Aids to the Examination of the Peripheral Nervous System (War Memorandum No. 7, 1943), puis affiné et réédité de manière définitive dans le Memorandum No. 45 publié en 1976 (Open Government Licence / Crown Copyright, Medical Research Council, Londres, Royaume-Uni).
L’adaptation sommative structurée pour les pathologies neuromusculaires systémiques a été formalisée par l’équipe néerlandaise de Kleyweg, van der Meché et Schmitz (1991) au sein du département de neurologie de l’hôpital universitaire Dijkzigt / Erasmus MC de Rotterdam, Pays-Bas. Par la suite, l’intégration de l’échelle dans les recommandations standardisées de kinésithérapie pour les affections de l’appareil locomoteur et de la hanche/genou a été validée par la Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie (KNGF) en 2010, consolidant sa portée opérationnelle dans les domaines de la rééducation orthopédique et de la médecine physique.
4. Objectif / Purpose
L’Échelle du Medical Research Council a pour objectif premier de quantifier de façon standardisée, rapide et non invasive la force musculaire volontaire d’un patient sans recours initial à un appareillage lourd ou onéreux. En pratique clinique quotidienne, elle répond à plusieurs impératifs majeurs :
- Diagnostic clinique et topographique : L’outil permet de cartographier avec précision les déficits d’activation neuromusculaire, d’identifier une atteinte radiculaire (myotome spécifique), tronculaire (nerf périphérique ciblé) ou centrale (parésie spastique ou flasque). Il autorise la distinction sémiologique entre une atteinte symétrique généralisée (polyneuropathie aiguë de réanimation, myopathie inflammatoire) et un déficit asymétrique focalisé.
- Surveillance évolutive et titration thérapeutique : Dans les affections aiguës telles que le syndrome de Guillain-Barré ou la myasthénie auto-immune, l’évaluation séquentielle quotidienne au moyen du score MRC permet d’objectiver l’aggravation rapide imposant une intubation trachéale ou, à l’inverse, l’efficacité des thérapeutiques ciblées (immunoglobulines intraveineuses, échanges plasmatiques).
- Diagnostic de la faiblesse acquise en réanimation (ICUAW) : Les soins intensifs modernes utilisent universellement le MRC Sum Score (sur 60 points) pour définir l’existence d’une neuromyopathie de réanimation. Un seuil diagnostique validé inférieur à 48/60 signale une faiblesse cliniquement significative corrélée à une prolongation de la ventilation mécanique, une hospitalisation prolongée et un surcroît de mortalité hospitalière.
- Orientation et programmation kinésithérapique : L’évaluation guide directement les techniques de rééducation. Un muscle coté à 1 ou 2 requiert une mobilisation passive ou active assistée en décharge gravitationnelle, tandis qu’une cotation à 3 ou 4 autorise un renforcement dynamique analytique contre résistance élastique ou manuelle progressive.
La justification théorique de l’outil repose sur l’opérationnalisation des phénomènes biomécaniques et neurophysiologiques élémentaires. Plutôt que de prétendre mesurer une force pure exprimée en Newtons — laquelle varie considérablement en fonction de l’âge, du sexe, du bras de levier et de la masse corporelle —, l’échelle MRC évalue la capacité fonctionnelle du système moteur à surmonter les contraintes physiques environnementales universelles : la masse propre du membre soumis à l’accélération terrestre (gravité) et la contrainte additionnelle imposée par une force antagoniste externe.
5. Construit psychologique / Construct
Bien que classifiée comme un instrument de mesure physique et neuromusculaire, l’Échelle du Medical Research Council capture un construit multidimensionnel situé à l’interface de la neurophysiologie, de la psychologie motrice et de la clinimétrie comportementale. Dans la taxonomie de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) de l’OMS, l’échelle se situe au niveau des « Fonctions organiques » (b730, fonctions relatives à la force musculaire), mais son recueil est intrinsèquement dépendant de facteurs cognitifs et motivationnels.
1. La commande motrice volontaire centrale et l’effort perçu
L’administration de l’échelle MRC exige une coopération active du patient. Le score obtenu n’est pas un réflexe autonome ; il dépend de l’intégrité des structures cortico-spinales supérieures, de la planification motrice au sein du cortex préfrontal et prémoteur, de l’état de vigilance et de la motivation à produire un effort maximal. Chez le sujet en état d’épuisement psychique, souffrant de dépression sévère, en phase post-coma ou sous sédation résiduelle, une baisse du score MRC peut refléter une sous-activation de la commande centrale (« fatigue centrale » ou manque d’engagement volitionnel) autant qu’une interruption axonale périphérique. Pour standardiser ce construit, les protocoles cliniques imposent que le patient soit vigile et réponde à des consignes verbales simples (critères d’ouverture des yeux à la demande, de fixation visuelle et de serrement de main).
2. Le continuum d’activation neuromusculaire (Grades 0 à 5)
Le construit de force musculaire manuelle est hiérarchisé selon six états fonctionnels mutuellement exclusifs :
- Grade 0 (Absence totale de contraction) : Absence d’activation détectable des unités motrices. Ni mouvement articulaire ni déformation musculaire palpable. Ce stade traduit une dénervation complète ou une inhibition motrice centrale absolue.
- Grade 1 (Trame / contraction perceptible sans déplacement) : Recrutement minimal d’unités motrices permettant la palpation ou la visualisation d’un tressaillement tendineux ou fasciculaire, mais développant un couple de torsion mécanique insuffisant pour mobiliser le segment anatomique.
- Grade 2 (Mouvement actif en apesanteur / gravité éliminée) : Capacité des fibres musculaires recrutées à vaincre les forces de frottement internes et l’inertie segmentaire dans un plan horizontal où l’action de la gravité est neutralisée par le positionnement adéquat du patient ou le support de l’examinateur.
- Grade 3 (Mouvement actif contre la gravité) : Seuil biomécanique critique. Le groupe musculaire génère une tension suffisante pour vaincre le poids propre du membre sur toute l’amplitude articulaire disponible, sans résistance additionnelle.
- Grade 4 (Mouvement actif contre gravité et résistance modérée) : Capacité à mobiliser le segment contre le vecteur gravitationnel tout en s’opposant à une force manuelle externe exercée par le clinicien, sans toutefois atteindre le niveau maximal théorique attendu.
- Grade 5 (Force normale) : Capacité à mobiliser le segment contre une résistance maximale exercée par l’examinateur, adaptée à la morphologie, à l’âge et au sexe du patient, attestant d’une réserve de puissance motrice physiologique intègre.
3. La sommation bilatérale et l’asymétrie fonctionnelle
Dans sa version sommative à 6 paires de mouvements (MRC-SS), le construit appréhende la capacité motrice globale périphérique. En agrégeant trois mouvements proximaux/distaux aux membres supérieurs et trois aux membres inférieurs, le score intègre la dimension de réserve motrice systémique. L’analyse séparée des hémicorps gauche et droit permet de dissocier les atteintes unilatérales (hémiplégie post-accident vasculaire cérébral) des processus polyneuropathiques symétriques ou des tétraparésies.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’échelle MRC s’ancre dans la neurophysiologie moderne du contrôle moteur et dans les principes de psychophysique clinique développés au cours du XXe siècle.
1. Le principe de taille d’Henneman et le recrutement des unités motrices
Sur le plan neurobiologique, la gradation ordinale de 0 à 5 s’appuie sur le principe de taille d’Elwood Henneman (1957). Selon cette loi universelle, lors d’une contraction musculaire volontaire progressive, les unités motrices de petite taille (fibres de type I, lentes et résistantes à la fatigue, innervées par des motoneurones alpha de petit diamètre) sont recrutées les premières. Elles correspondent cliniquement aux grades 1 et 2 de la MRC. Lorsque la demande en force s’élève pour s’opposer à la gravité (Grade 3), puis à une résistance mécanique externe (Grades 4 et 5), le système nerveux central recrute séquentiellement les unités motrices de plus grand calibre (fibres de type IIa puis IIx, rapides, génératrices de force explosive mais hautement fatigables). L’échelle MRC cartographie de manière ordinale ce recrutement spatial et temporel d’unités motrices.
2. La biomécanique des seuils gravitationnels
L’introduction de la pesanteur comme séparateur clinique fondamental entre le grade 2 et le grade 3 constitue l’un des apports majeurs de la sémiologie motrice du MRC. La gravité représente une accélération constante ($g \approx 9{,}81 \text{m/s}^2$). En fixant le passage du plan sans pesanteur au plan vertical, l’échelle établit un étalonnage physique universel indépendant du clinicien. Contrairement à la résistance manuelle appliquée au grade 4 ou 5 (soumise à la subjectivité et à la morphologie de l’examinateur), le passage de 2 à 3 repose sur une constante physique invariante, conférant à ce point pivot de l’échelle une robustesse psychométrique maximale.
3. Clinimétrie et psychophysique de l’examinateur
Au sens défini par Alvan Feinstein dans ses travaux pionniers sur la clinimétrie (1987), l’échelle MRC convertit le jugement perceptif sensoriel du clinicien (perception tactile et kinesthésique de la résistance de l’examiné) en un score numérique structuré. Ce processus fait intervenir la loi de Weber-Fechner relative à la perception différentielle des forces : la discrimination entre un grade 4 (résistance moyenne) et un grade 5 (résistance normale) dépend de la capacité de l’examinateur à percevoir un écart d’opposition, ce qui explique pourquoi cette zone supérieure de l’échelle concentre l’essentiel de la variance inter-juges.
7. Validité / Validity
L’Échelle du Medical Research Council et son dérivé sommatif, le MRC Sum Score, ont bénéficié d’une validation empirique extensive à travers de multiples populations pathologiques.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par de nombreuses études corrélant les scores MRC à des mesures quantitatives instrumentales :
- Corrélation avec la dynamométrie isométrique manuelle : Des travaux conduits auprès de patients de réanimation et de cohortes atteintes de neuropathies périphériques (par exemple, Hermans et al., 2012) démontrent une corrélation de Spearman robuste ($r_s$ compris entre 0,78 et 0,89, $p < 0{,}001$) entre le MRC Sum Score et la force de préhension mesurée par dynamomètre de Jamar, ainsi qu’avec les capteurs de pression microFET pour les quadriceps et les deltoïdes.
- Corrélation avec l’électrophysiologie : Les amplitudes des potentiels d’action moteurs composites (CMAP) mesurés par électroneuromyographie (ENMG) montrent une relation curvilinéaire significative avec les grades MRC. Les scores faibles (0-2) sont systématiquement associés à une chute majeure de l’amplitude motrice ou à un tracé de dénervation franc.
- Corrélation avec l’échographie musculaire : L’amincissement de l’épaisseur du quadriceps et la diminution de l’angle de pennation musculaire visualisés par échographie neuromusculaire présentent des corrélations modérées à fortes ($r = 0{,}62$ à $0{,}75$) avec le score MRC du membre inférieur en réanimation.
Validité prédictive et pronostique
Le MRC Sum Score possède une valeur prédictive majeure dans la littérature de soins critiques et de neurologie :
- Sevrage de la ventilation mécanique : Un MRC Sum Score < 48 points au réveil post-coma est un facteur prédictif indépendant d’échec du sevrage ventilatoire (odds ratio ajusté > 3{,}5), de durées d’intubation prolongées et d’un risque accru de réintubation (De Jonghe et al., 2002).
- Mortalité hospitalière et à long terme : Les méta-analyses confirment que les patients présentant un score MRC < 36/60 (faiblesse sévère) présentent une surmortalité hospitalière significative comparativement aux patients sans déficit moteur majeur.
- Indépendance fonctionnelle : Dans le syndrome de Guillain-Barré, le score MRC calculé à l’admission et à J14 prédit avec précision la probabilité de reprise autonome de la marche à 6 mois et à 1 an (mesurée par la Guillain-Barré Syndrome Disability Score).
Validité discriminante
L’échelle MRC discrimine parfaitement les sujets sains des patients souffrant de myopathies acquises, et permet de séparer les stades de sévérité clinique. Cependant, une limite métrologique reconnue concerne la validité discriminante entre les grades 4 et 5 : un muscle présentant une perte de 30 % à 40 % de sa force mesurée par dynamométrie isocinétique peut encore être coté 5 par un examinateur de force moyenne, révélant un effet plafond relatif dans la détection des faiblesses légères chez les sujets sportifs.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle MRC a été explorée sous les angles de la fidélité inter-juges, intra-juge (test-retest) et de la cohérence interne du score sommatif.
Fidélité inter-évaluateurs
La reproductibilité inter-observateurs est globalement élevée, à condition que les consignes de positionnement et de stabilisation articulaire soient rigoureusement standardisées :
- Dans l’étude princeps de Kleyweg et al. (1991) portant sur le syndrome de Guillain-Barré, le coefficient kappa pondéré ($\kappa_w$) pour les scores musculaires individuels variait de 0,72 à 0,94 selon les groupes musculaires, témoignant d’un accord substantiel à presque parfait.
- Dans les unités de soins intensifs (Hermans et al., 2012 ; Hough et al., 2011), le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le MRC Sum Score global dépasse régulièrement 0,90 (intervalle de confiance à 95 % : [0,86 – 0,96]), confirmant l’excellente homogénéité des scores attribués par différents physiothérapeutes ou réanimateurs entraînés.
- La plus forte fidélité est documentée pour les scores extrêmes (0 et 5) et pour le grade 3. En revanche, le grade 4 montre la variabilité inter-évaluateur la plus prononcée en raison de l’arbitrage subjectif inhérent à l’intensité de la résistance imposée par l’évaluateur.
Fidélité intra-évaluateur (test-retest)
Lors d’évaluations répétées par le même praticien à court intervalle (sans changement thérapeutique intermédiaire), le CCI test-retest varie de 0,92 à 0,98. L’erreur standard de mesure (SEM) pour le MRC-SS de 60 points est évaluée entre 1,5 et 2,8 points. Le changement minimal détectable (MDC au seuil de confiance de 95 %) est approximativement de 4 à 5 points, ce qui indique qu’une variation d’au moins 5 points sur l’ensemble du score global est requise pour attester d’une réelle modification clinique au-delà du bruit de mesure.
Cohérence interne
Le MRC Sum Score démontre une consistance interne exceptionnelle : le coefficient alpha de Cronbach se situe constamment au-dessus de 0,90 (généralement $\alpha = 0{,}92$ à $0{,}97$), indiquant que les 12 mesures motrices (6 mouvements bilatéraux) convergent étroitement vers la capture d’un facteur sous-jacent commun de force neuromusculaire globale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La nature ordinale des items de l’échelle MRC a conduit les chercheurs en psychométrie et clinimétrie à utiliser tant des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires ordinales que des modèles issus de la théorie de réponse aux items (TRI).
Unidimensionnalité factorielle
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées sur les matrices de corrélations polychoriques des 12 items du MRC Sum Score révèlent sans ambiguïté une structure unifactorielle dominante :
- La première valeur propre (eigenvalue) explique généralement entre 65 % et 78 % de la variance totale de la force motrice, avec un coude de Cattell très net dès le second facteur (dont la valeur propre est fréquemment inférieure à 1,0).
- Les saturations factorielles (factor loadings) de l’ensemble des 12 mouvements musculaires sur ce facteur unique de « force globale périphérique » sont toutes largement supérieures à 0,75, s’élevant souvent au-delà de 0,85 pour des groupes charnières comme le deltoïde, le quadriceps et les fléchisseurs de la hanche.
- Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) testant un modèle à un facteur général rapportent d’excellents indices d’ajustement global dans les populations de réanimation et de médecine physique : le Comparative Fit Index (CFI) excède 0,96, le Tucker-Lewis Index (TLI) est supérieur à 0,95 et le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) demeure inférieur au seuil de 0,08.
Analyses selon la théorie de réponse aux items (Rasch et Mokken)
Pour dépasser les limites de l’échelle purement ordinale, des psychométriciens ont appliqué le modèle polytomique de Rasch (Partial Credit Model) et l’analyse non paramétrique de Mokken au MRC Sum Score (notamment Kleyweg et al., 1991 ; Vanhorebeek et al., 2017) :
- Ordre hiérarchique de difficulté : L’analyse de Rasch confirme que les items musculaires s’ordonnent le long d’un continuum latent de capacité motrice. La dorsiflexion de la cheville et l’extension du poignet constituent fréquemment les items les plus « difficiles » (les derniers à récupérer une cotation à 5), tandis que la flexion du coude et l’extension du genou représentent des items d’une difficulté intermédiaire.
- Fonctionnement différentiel des catégories : Les analyses révèlent que les seuils de transition entre catégories (seuils de Rasch) sont ordonnés pour les niveaux 0, 1, 2, 3 et 4, mais présentent parfois un chevauchement entre les grades 4 et 5. De nombreux cliniciens ajoutent intuitivement des subdivisions intermédiaires (telles que 4-, 4, 4+), mais les études métrologiques montrent que ces sous-grades n’améliorent pas la fidélité globale et compliquent la calibration sans avantage psychométrique démontré.
- Coefficient d’homogénéité de Loevinger : Dans les analyses de Mokken, le coefficient global $H$ de Loevinger dépasse le seuil critique de 0,50 (se situant typiquement entre 0,60 et 0,75), ce qui certifie que l’échelle est « forte » et ordonnée de façon stochastique, validant pleinement l’utilisation de la sommation simple des items bruts en pratique courante.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom officiel de l’instrument : Échelle du Medical Research Council (MRC Scale for Muscle Strength) / MRC Sum Score (MRC-SS).
- Domaine d’application : Neurologie, médecine physique et de réadaptation, soins intensifs/réanimation, kinésithérapie, rhumatologie, gériatrie.
- Type d’instrument : Échelle ordinale d’observation clinique directe basée sur le testing musculaire manuel (TMM).
- Population cible : Enfants, adultes et personnes âgées coopérants, capables d’exécuter une commande motrice volontaire simple.
- Nombre d’items examinés (MRC Sum Score standardisé) : 6 groupes musculaires représentatifs, testés de façon bilatérale (soit 12 mesures élémentaires distinctes) :
- Membre supérieur (bilatéral) : Abduction de l’épaule, Flexion du coude, Extension du poignet.
- Membre inférieur (bilatéral) : Flexion de la hanche, Extension du genou, Dorsiflexion de la cheville.
- Format et échelle de réponse (Cotation standard en 6 points) :
- 0 : Absence totale de mouvement / aucune contraction perceptible.
- 1 : Trame ou ébauche de contraction visible ou palpable, sans déplacement du segment articulaire.
- 2 : Mouvement actif sur toute l’amplitude articulaire, possible uniquement avec la pesanteur éliminée (plan horizontal).
- 3 : Mouvement actif sur toute l’amplitude articulaire, capable de vaincre la pesanteur, sans aucune résistance externe additionnelle.
- 4 : Mouvement actif capable de vaincre la pesanteur et de s’opposer à une résistance modérée de l’évaluateur.
- 5 : Force musculaire normale face à une résistance manuelle maximale de l’évaluateur.
- Calcul du score total et cotation :
- Chaque groupe musculaire reçoit une note comprise entre 0 et 5 pour chaque côté (score par groupe musculaire bilatéral variant de 0 à 10).
- MRC Sum Score total : Somme arithmétique directe des 12 mesures individuelles. Le score s’étend de 0 (paralysie flasque complète de l’ensemble des 4 membres) à 60 (force motrice rigoureusement normale sur tous les groupes explorés).
- Seuils décisionnels cliniques reconnus :
- MRC-SS < 48 / 60 : Diagnostic de faiblesse acquise en réanimation (ICU-Acquired Weakness) ou parésie périphérique globale cliniquement significative.
- MRC-SS < 36 / 60 : Faiblesse musculaire sévère associée à une morbidité et mortalité accrues.
- Moyenne par muscle < 4 : Équivalent au seuil de 48/60, signifiant une incapacité globale à mobiliser les segments contre une résistance manuelle satisfaisante.
- Conditions d’administration : Le patient doit être préalablement informé de l’action motrice attendue. L’examinateur stabilise fermement le segment proximal pour éviter toute compensation ou mouvement de substitution parasitaire. L’évaluation débute habituellement en position de lutte contre la pesanteur ; si l’amplitude n’est pas complète, le sujet est repositionné dans un plan horizontal en décharge gravitationnelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction princeps : 1943 (War Memorandum No. 7 du MRC, Royaume-Uni).
- Année de révision définitive et de référence : 1976 (Medical Research Council Memorandum No. 45 : Aids to the Examination of the Peripheral Nervous System).
- Adaptation et guidelines professionnelles : Formalisation sommative pour les soins intensifs par Kleyweg et al. en 1991 ; adoption dans les recommandations cliniques de la Société royale néerlandaise de physiothérapie (KNGF-richtlijn) en 2010.
- Statut juridique et droits d’auteur : L’échelle relève originellement du domaine public clinique / Crown Copyright sous licence gouvernementale ouverte (Open Government Licence). L’algorithme des 6 points de cotation et son format sommatif ne sont soumis à aucune redevance commerciale.
- Coût et tarification : L’utilisation de l’Échelle du Medical Research Council est entièrement gratuite pour l’exercice clinique quotidien, la formation universitaire médicale et paramédicale, ainsi que pour la recherche scientifique biomédicale.
- Conditions de reproduction : La citation systématique des publications sources du Medical Research Council (1976) et des adaptations méthodologiques pertinentes (Kleyweg et al., 1991 ; Stevens et al., 2009) est requise lors de son exploitation dans des publications scientifiques ou des protocoles d’essais cliniques.
12. Références / References
Les publications de référence ci-dessous fournissent le cadre théorique, les études de fidélité, de validité métrologique et les protocoles d’application clinique du MRC Sum Score :
- Connolly, B., O’Neill, B., Salisbury, L., & Blackwood, B. (2015). Physical rehabilitation interventions for adult patients during and after an admission to intensive care: An overview of Cochrane systematic reviews. Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD011246. https://doi.org/10.1002/14651858.CD011246
- De Jonghe, B., Sharshar, T., Lefaucheur, J. P., Authier, F. J., Durand-Zaleski, I., Boussarsar, M., Cerf, C., Renauld, E., Mesrati, F., Carlet, J., Raphaël, J. C., Outin, H., Bastuji-Garin, S., & Groupe de Réflexion et d’Etude des Neuromyopathies en Réanimation. (2002). Paresis acquired in the intensive care unit: A prospective multicenter study. JAMA, 288(22), 2859-2867. https://doi.org/10.1001/jama.288.22.2859
- Hermans, G., Clerckx, B., Bauduin, T., Blomme, S., Couck, L., Robbeets, C., Vanpee, G., & Van den Berghe, G. (2012). Interobserver agreement of Medical Research Council sum-score and handgrip strength in critically ill patients. Critical Care, 16(5), R164. https://doi.org/10.1186/cc11489
- Hough, C. L., Lieu, B. K., & Caldwell, E. S. (2011). Manual muscle strength testing in critically ill patients: An assessment of reliability. Physical Therapy, 91(10), 1493-1501. https://doi.org/10.2522/ptj.20100344
- Kleyweg, R. P., van der Meché, F. G., & Schmitz, P. I. (1991). Interobserver agreement in the assessment of muscle strength and functional abilities in Guillain-Barré syndrome. Muscle & Nerve, 14(11), 1103-1109. https://doi.org/10.1002/mus.880141111
- Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie (KNGF). (2010). KNGF-richtlijn Artrose heup-knie: Meetinstrumenten toelichting. KNGF, Amersfoort, Pays-Bas. https://www.kngf.nl
- Medical Research Council. (1976). Aids to the examination of the peripheral nervous system (Memorandum No. 45). Her Majesty’s Stationery Office (HMSO). Londres, Royaume-Uni.
- Seddon, H. J. (1943). Three types of nerve injury. Brain, 66(4), 237-288. https://doi.org/10.1093/brain/66.4.237
- Stevens, R. D., Marshall, S. A., Cornblath, D. R., Hoke, A., Needham, D. M., de Jonghe, B., Sharshar, T., & Ebersoldt, M. C. (2009). A framework for diagnosing and classifying intensive care unit-acquired weakness, critical illness polyneuropathy, and critical illness myopathy. Critical Care Medicine, 37(10 Suppl), S299-S308. https://doi.org/10.1097/CCM.0b013e3181b6ef67
- Vanhorebeek, I., Latronico, N., & Van den Berghe, G. (2017). ICU-acquired weakness: Mechanisms and clinical implications. The Lancet Respiratory Medicine, 8(8), 637-652. https://doi.org/10.1016/S2213-2600(20)30177-8