Échelle du double standard

L’Échelle du double standard (Double Standard Scale – DSS), créée par Sandra L. Caron et al. (1993), mesure l’adhésion au double standard sexuel traditionnel via 10 items Likert en 5 points.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle du double standard (en anglais, Double Standard Scale ou DSS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement par Sandra L. Caron, Clive M. Davis, William A. Halteman et Marla Stickle en 1993. Développée dans le contexte de la recherche en sexologie sociale et en psychologie de la santé à l’Université du Maine et à l’Université de Syracuse, cette échelle a pour vocation principale de quantifier l’adhésion individuelle au double standard sexuel traditionnel. Ce phénomène psychosocial se caractérise par l’application de normes morales et comportementales asymétriques selon le genre, autorisant, valorisant ou excusant l’activité et l’expérimentation sexuelles chez les hommes, tout en réprouvant, stigmatisant ou contraignant ces mêmes conduites chez les femmes.

L’instrument se compose de 10 items présentés sous la forme d’affirmations déclaratives évaluant les rôles sexuels attendus, l’expérience sexuelle prémaritale, l’initiative du rapport et la possession de moyens de protection. Les participants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points, allant de 1 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree) à 5 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree). Le calcul du score global s’effectue par la sommation directe des items, après inversion de l’item 8 qui représente l’unique énoncé formulé de manière égalitaire ou non traditionnelle (« It is acceptable for a woman to carry condoms »). L’échelle produit un score total variant de 10 à 50 points, selon un étalonnage où un score numérique plus faible dénote une adhésion plus forte au double standard traditionnel, tandis qu’un score élevé reflète une perspective égalitaire favorable à l’autonomie sexuelle des femmes.

Sur le plan des propriétés psychométriques initiales, Caron et ses collaborateurs (1993) ont rapporté un coefficient de cohérence interne (alpha de Cronbach) de 0,72 auprès d’une cohorte de 330 étudiants de première année universitaire. Les analyses de validité de construit et de validité de critère ont mis en évidence des corrélations significatives entre l’adhésion au double standard et des comportements préventifs face au risque de transmission du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST), notamment la propension à transporter, négocier ou utiliser le préservatif masculin. L’échelle est reconnue pour sa brièveté, son applicabilité rapide (environ 5 minutes de passation) et son utilité continue dans l’évaluation des scripts sexuels contemporains, des préjugés genrés et de la santé sexuelle et reproductive.

2. Mots-clés

Double standard sexuel, Échelle du double standard, Psychométrie, Rôles de genre, Scripts sexuels, Comportement préventif, Utilisation du préservatif, Stigmatisation sexuelle, Attitudes sociosexuelles, Santé sexuelle

3. Auteurs

L’Échelle du double standard a été conçue par une équipe pluridisciplinaire d’universitaires spécialisés en développement humain, en sexologie et en biostatistique :

  • Sandra L. Caron, Ph.D. : Professeure émérite de développement familial et de sexualité humaine au sein du département Human Development and Family Studies de l’Université du Maine (Orono, Maine, États-Unis). Chercheuse pionnière dans l’analyse des violences interpersonnelles en milieu universitaire, de la prévention du VIH et de l’éducation à la sexualité. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Clive M. Davis, Ph.D. : Professeur émérite au département de psychologie de l’Université de Syracuse (Syracuse, New York, États-Unis), ancien éditeur en chef du Journal of Sex Research et figure majeure de la méthodologie de recherche en sexologie comportementale.
  • William A. Halteman, Ph.D. : Professeur de mathématiques et de statistique au département de mathématiques et statistique de l’Université du Maine (Orono, Maine, États-Unis), spécialiste de la modélisation statistique appliquée aux sciences comportementales et biomédicales.
  • Marla Stickle, M.S. : Chercheuse et collaboratrice scientifique à l’Université du Maine (Orono, Maine, États-Unis), investie dans les études relatives à l’adaptation universitaire et aux comportements de santé des jeunes adultes.

4. Objectif

L’objectif fondamental de la Double Standard Scale (DSS) est d’opérationnaliser et de quantifier l’ampleur avec laquelle un individu adhère ou souscrit aux croyances culturelles du double standard sexuel traditionnel. Historiquement documenté dans les sociétés patriarcales et occidentales, le double standard postule une dichotomie fondamentale dans l’évaluation morale de la sexualité : la liberté, l’expérimentation, l’assertivité et la multiplicité des partenaires sont perçues comme des attributs valorisants de la masculinité (« l’étalon » ou le séducteur), tandis que les mêmes comportements manifestés par une femme sont jugés déviants, moralement répréhensibles, révélateurs d’une perte de respectabilité (« la femme facile » ou la figure dépréciée) ou incompatibles avec le statut de partenaire conjugale désirable.

Applications en recherche

Dans le domaine de la recherche académique, l’échelle est mobilisée pour élucider les mécanismes psychosociaux par lesquels les normes culturelles de genre contraignent les conduites interpersonnelles. Elle sert d’instrument central dans plusieurs axes de recherche :

  • L’étude des scripts sexuels et de l’hétéronormativité : Analyser la façon dont les individus intériorisent des rôles prescrits dictant que l’homme doit être le séducteur actif et expérimenté tandis que la femme doit demeurer passive, réceptive ou ignorante des enjeux érotiques.
  • La recherche en santé publique et épidémiologie comportementale : Examiner les déterminants cognitifs de la prise de risque sexuel. Caron et al. (1993) ont démontré que les croyances associées au double standard constituent un frein direct à l’adoption de comportements préventifs chez les femmes, en particulier l’achat et le transport de préservatifs, car posséder un préservatif signale une anticipation du rapport sexuel incompatible avec l’injonction de passivité et de « pureté » féminine.
  • L’étude de la violence sexuelle et du consentement : Évaluer les liens étroits unissant le double standard à la culture du viol, au dénigrement des victimes (victim blaming) et à la tolérance envers les agressions sexuelles, les femmes sexuellement actives étant fréquemment perçues comme consentantes d’office ou responsables des agressions subies.
  • La comparaison transculturelle et générationnelle : Mesurer l’évolution longitudinale des mentalités et comparer l’érosion ou la persistance du double standard à travers différentes sous-cultures, cohortes d’âge, appartenances ethniques et orientations sexuelles.

Applications cliniques et socio-éducatives

En contexte clinique, de conseil conjugal ou d’intervention psycho-éducative, la DSS offre un support diagnostique et réflexif pertinent :

  • Thérapie sexuelle et thérapie de couple : Identifier les croyances implicites qui génèrent de la dysharmonie conjugale, des inhibitions sexuelles chez la femme (ex. anorgasmie secondaire liée à la culpabilité d’avoir du désir) ou des pressions de performance démesurées chez l’homme.
  • Programmes de prévention sur les campus universitaires : Évaluer l’efficacité d’ateliers pédagogiques visant à déconstruire les stéréotypes de genre, promouvoir l’égalité relationnelle et déstigmatiser l’assertivité préventive des jeunes femmes.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique appréhendé par la Double Standard Scale est l’adhésion au double standard sexuel traditionnel (Traditional Sexual Double Standard). Ce construit relève de la psychologie sociale, de la psychologie du genre et de la sexologie cognitive. Il renvoie à un ensemble structuré d’attitudes, de schémas cognitifs et de prescriptions normatives qui évaluent différemment un même comportement sexuel selon qu’il est adopté par un homme ou par une femme. Bien que Caron et al. (1993) aient conçu l’instrument comme une mesure unidimensionnelle globale de cette adhésion, une analyse conceptuelle détaillée des 10 items révèle plusieurs facettes interdépendantes articulant le construit :

1. L’asymétrie de l’expérience sexuelle requise

Cette dimension postule que l’homme doit posséder une antériorité et une pluralité d’expériences érotiques, tandis que la femme doit se caractériser par l’inexpérience ou la naïveté sexuelle. L’item 1 (« It is expected that a woman be less sexually experienced than her partner ») et l’item 4 (« It is important that the men be sexually experienced so as to teach the women ») traduisent l’obligation pour l’homme d’occuper une position magistrale de pédagogue érotique, reléguant la partenaire féminine au rang d’initiatrice passive ou d’élève docile. L’item 6 (« It is important for a man to have multiple sexual experiences in order to gain experience ») parachève ce volet en érigeant l’accumulation des conquêtes en un impératif normatif du développement masculin.

2. La désirabilité relationnelle et la stigmatisation de la sexualité récréative

Cette composante capture le jugement moral différentiel attaché à l’activité sexuelle hors engagement amoureux. Dans le cadre traditionnel, l’engagement sexuel occasionnel dégrade irrémédiablement la valeur sociale d’une femme. L’item 2 (« A woman who is sexually active is less likely to be considered a desirable partner ») et l’item 5 (« A “good” woman would never have a one-night stand, but it is expected of a man ») illustrent la dichotomie classique entre la « bonne femme » (matériel conjugal digne de respect) et la « femme disponible » (objet de plaisir passager dénué de respectabilité). L’item 9 (« It is worse for a woman to sleep around than it is for a man ») constitue la formulation la plus explicite de cette asymétrie de tolérance morale face au multipartenariat.

3. L’interdiction de la préparation et de l’anticipation sexuelle féminine

L’un des apports majeurs de l’équipe de Caron réside dans la modélisation de l’injonction d’impréparation sexuelle faite aux femmes. Selon le script traditionnel, une femme ne doit jamais planifier, anticiper ou verbaliser un désir d’interaction génitale : elle doit être « surprise » ou « emportée par la passion » pour préserver sa pureté symbolique. L’item 3 (« A woman should never appear to be prepared for a sexual encounter ») et l’item 8 inversé (« It is acceptable for a woman to carry condoms ») opérationnalisent ce mécanisme. La femme qui transporte un préservatif transgresse violemment la norme de réactivité passive, révélant une intentionnalité sexuelle qui déclenche un stigmate social de promiscuité.

4. La distribution des rôles d’initiation et de pouvoir

Enfin, le construit englobe la légitimation des rapports de domination érotique. L’item 7 (« In sex the man should take the dominant role and the woman should assume the passive role ») et l’item 10 (« It is up to the man to initiate sex ») évaluent la prescription selon laquelle le contrôle du timing, du passage à l’acte et de l’expression de la pulsion incombe exclusivement au pôle masculin, instaurant une hiérarchie érotique normalisée.

6. Cadre théorique

La genèse de la Double Standard Scale s’enracine principalement dans la théorie des scripts sexuels (Sexual Scripting Theory), élaborée à l’origine par les sociologues John Gagnon et William Simon (1973, 1986). Selon cette approche sociocognitive, la sexualité humaine n’est pas un simple déferlement d’instincts biologiques bruts, mais une conduite hautement codifiée, régie par des « scripts » appris au cours de la socialisation primaire et secondaire.

Les trois niveaux de scripts sexuels de Gagnon et Simon

La DSS permet d’opérationnaliser le passage et les frictions entre les trois paliers théoriques identifiés par Gagnon et Simon :

  • Les scénarios culturels (Cultural Scenarios) : Ce sont les normes collectives, mythes institutionnels et représentations médiatiques qui définissent qui peut avoir des rapports avec qui, à quel moment, selon quelles modalités et dans quel but. Le double standard traditionnel constitue l’un des piliers des scénarios culturels patriarcaux occidentaux, associant la sexualité masculine à la prédation ou à la prouesse physique et la sexualité féminine à la reproduction, à la passivité et au don affectif.
  • Les scripts interpersonnels (Interpersonal Scripts) : Il s’agit de la mise en acte concrète des scénarios lors des négociations interactives entre partenaires. L’item 10 (« l’homme doit initier ») et l’item 8 (porter des préservatifs) traduisent ces chorégraphies dyadiques. Lorsque le scénario culturel prescrit la réserve féminine, le script interpersonnel contraint la femme à refuser verbalement ou à hésiter pour paraître vertueuse, complexifiant la communication explicite du consentement.
  • Les scripts intrapsychiques (Intrapsychic Scripts) : Ce niveau correspond à l’intériorisation subjective des désirs, fantasmes et auto-évaluations morales. Une femme adhérant fortement au double standard ressentira de la culpabilité, de l’anxiété morale ou de la honte lorsqu’elle éprouve une pulsion sexuelle autonome ou lorsqu’elle prend l’initiative d’un acte protecteur.

Apports de la théorie de la dominance sociale et de la psychologie évolutionniste

Au-delà du constructionnisme social de Gagnon et Simon, d’autres cadres théoriques éclairent la persistance mesurée par la DSS :

  • La théorie de la dominance sociale et du sexisme ambivalent : Développée par Peter Glick et Susan Fiske (1996), la théorie du sexisme ambivalent postule l’existence d’un sexisme bienveillant qui protège la femme « pure » et chaste, couplé à un sexisme hostile qui punit la femme transgressant les prérogatives de genre. L’Échelle du double standard évalue précisément le mécanisme de surveillance régulant ces deux formes de préjugés.
  • La perspective évolutionniste de l’asymétrie de l’investissement parental : Proposée par Robert Trivers (1972) et David Buss (1989), cette grille d’analyse suggère que l’incertitude de la paternité a historiquement incité les hommes à valoriser la chasteté prémaritale et la fidélité chez leurs partenaires féminines afin d’éviter l’investissement de ressources dans la descendance d’autrui, favorisant l’émergence d’institutions et de normes punissant la pluralité sexuelle des femmes.

7. Validité

La validité psychométrique de l’Échelle du double standard a été documentée lors de son étude princeps par Caron, Davis, Halteman et Stickle (1993), puis corroborée par des recherches indépendantes subséquentes portant sur la sexualité des adolescents et des étudiants émergents.

Validité de contenu et validité faciale

Les 10 items ont été formulés à partir d’une analyse systématique des représentations courantes de la sexualité hétérosexuelle collégiale des années 1990. L’instrument bénéficie d’une validité faciale élevée : les énoncés ciblent directement et sans ambiguïté les comportements concrets (initiatives, multipartenariat, port du préservatif, aventures d’un soir). La clarté des énoncés minimise les biais d’interprétation sémantique parmi les populations interrogées.

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente de la DSS est attestée par ses intercorrélations théoriquement cohérentes avec d’autres échelles mesurant les attitudes de genre et la sexualité :

  • Attitudes envers les rôles de genre : Les scores à la DSS corrèlent significativement avec l’Attitudes Toward Women Scale (AWS) de Spence et Helmreich. Les individus adhérant au double standard (scores faibles à la DSS) manifestent des scores plus conservateurs sur l’AWS, indiquant une vision stéréotypée et hiérarchisée des fonctions sociales masculines et féminines.
  • Sociosexualité : Les corrélations avec le Sociosexual Orientation Inventory (SOI) de Simpson et Gangestad indiquent que les hommes conservant un double standard approuvent leur propre liberté sociosexuelle tout en exprimant une désapprobation marquée de l’orientation sociosexuelle ouverte chez les femmes partenaires potentielles.

Validité prédictive et validité de critère

L’étude fondatrice de Caron et al. (1993), menée auprès de 330 étudiants de première année (163 hommes, 167 femmes), a établi la validité prédictive de l’instrument à l’égard des conduites de santé sexuelle :

  • Transport de préservatifs (Condom Carrying) : Les scores d’adhésion au double standard se sont révélés des prédicteurs majeurs du fait de porter un préservatif sur soi. Chez les femmes, une forte adhésion au double standard (score faible) était inversement corrélée au port de préservatif (p < 0,01), confirmant l’hypothèse selon laquelle la crainte d’être étiquetée comme une femme « préparée au sexe » paralyse l’adoption de la précaution médicale.
  • Communication et négociation préventive : Les étudiants masculins maintenant un fort double standard rapportaient une probabilité accrue de considérer que l’initiative du préservatif incombait à leur propre volonté plutôt qu’à un dialogue partagé, limitant les prises de décision collaboratives.

Validité discriminante

La DSS parvient à discriminer nettement les croyances relatives à la sexualité générale de celles spécifiquement articulées autour du genre. Les corrélations entre la DSS et des mesures d’anxiété généralisée ou d’estime de soi globale demeurent faibles et non significatives (généralement |r| < 0,15), démontrant que l’échelle ne capte pas une détresse psychologique diffuse, mais bien un construit idéologique et attitudinal spécifique.

8. Fidélité

La fidélité de l’Échelle du double standard a fait l’objet d’évaluations rigoureuses centrées sur la cohérence interne et la stabilité temporelle.

Cohérence interne

Dans l’échantillon normatif initial de Caron, Davis, Halteman et Stickle (1993), constitué de 330 étudiants universitaires de première année, le coefficient alpha de Cronbach global s’élevait à 0,72. Pour une échelle brève de 10 items explorant un construit sociocognitif complexe et soumis à l’évolution rapide des représentations sociales, cette valeur excède le seuil conventionnel de recevabilité scientifique fixé à 0,70 par Nunnally (1978).

Des réplications ultérieures dans la littérature en sexologie ont rapporté des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,81 selon les caractéristiques sociodémographiques des échantillons :

  • Dans des cohortes de jeunes adultes universitaires nord-américains, la cohérence interne se maintient de façon stable (alpha = 0,73 à 0,78).
  • Dans des sous-échantillons masculins, l’alpha a parfois atteint 0,76, tandis que chez les participantes féminines, il s’établit en moyenne à 0,71.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Bien que l’étude initiale de 1993 se soit focalisée sur la coupe transversale pour prédire les comportements liés au préservatif, des études complémentaires employant des délais de deux à quatre semaines ont révélé des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) test-retest compris entre 0,75 et 0,83. Ces coefficients démontrent une robustesse temporelle satisfaisante, confirmant que le double standard constitue une attitude intériorisée relativement stable à court et moyen terme chez les jeunes adultes, plutôt qu’un état fluctuant au gré de l’humeur circonstancielle.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de la Double Standard Scale a été examinée à travers des démarches d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC) au fil de son utilisation dans la littérature psychométrique.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Dans l’analyse factorielle originale menée par Caron et al. (1993) à l’aide d’une extraction en composantes principales (avec rotation Varimax), la majorité de la variance commune était capturée par un facteur dominant unitaire d’adhésion au double standard traditionnel, justifiant l’utilisation d’un score unique composite sommé. Les 10 items présentaient des saturations factorielles significatives (généralement comprises entre 0,42 et 0,78 sur le premier facteur non tourné) :

  • Les saturations les plus fortes étaient observées sur l’item 9 (« It is worse for a woman to sleep around than it is for a man », saturation > 0,70), l’item 5 (« A “good” woman would never have a one-night stand… », saturation ~0,68) et l’item 1 (« It is expected that a woman be less sexually experienced… », saturation ~0,65).
  • L’item 8 inversé (« It is acceptable for a woman to carry condoms ») affichait une saturation plus modeste (approximativement 0,42 à 0,48 selon les extractions), reflétant sa formulation positive/égalitaire qui introduit une légère variance de méthode liée au renversement du sens de réponse.

Modélisation bifactorielle ou multidimensionnelle (AFC)

Certains auteurs ayant réexaminé l’échelle dans des études ultérieures ont proposé une modélisation alternative scindant l’instrument en deux sous-dimensions corrélées (généralement r > 0,50) :

  • Facteur 1 : Prescription d’expérimentation et d’initiation masculine (items 1, 4, 6, 7, 10), centré sur l’hégémonie active de l’homme.
  • Facteur 2 : Contrôle et réprobation de la sexualité féminine (items 2, 3, 5, 8, 9), centré sur les sanctions normatives et l’exigence de passivité réservée aux femmes.

Cependant, les indices d’ajustement comparatifs (CFI, TLI > 0,90 ; RMSEA ≤ 0,06) dans les échantillons de jeunes adultes confirment que le modèle unifactoriel d’origine offre une parcimonie statistique et une interprétabilité conceptuelle optimales pour la plupart des finalités de recherche appliquée.

10. Instrument de mesure

L’Échelle du double standard se caractérise par une administration simple et standardisée :

  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory) évaluant des attitudes sociosexuelles et des croyances normatives relatives au genre.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée en ligne (compatible avec les logiciels de sondage tels que Qualtrics, REDCap ou LimeSurvey).
  • Nombre d’items : 10 items unilingues sous forme d’affirmations déclaratives brèves.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points avec les ancres lexicales précises suivantes :
    • 1 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
    • 2 = D’accord (Agree)
    • 3 = Indécis / Neutre (Undecided)
    • 4 = Pas d’accord (Disagree)
    • 5 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes en moyenne.
  • Population cible : Conçu prioritairement pour les jeunes adultes, les étudiants universitaires et les populations adolescentes tardives ; adaptable aux cohortes d’adultes plus âgés sous réserve d’évaluation transculturelle.
  • Cotation et calcul des scores :
    • Inversion de l’item 8 : Avant d’effectuer la sommation, le score de l’item 8 (« It is acceptable for a woman to carry condoms ») doit obligatoirement être inversé selon la règle : Nouveau score = 6 - Ancien score (c’est-à-dire 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, et 5 devient 1).
    • Sommation globale : Les points obtenus aux items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 (inversé), 9 et 10 sont ensuite additionnés.
    • Étendue théorique des scores : De 10 à 50 points.
    • Interprétation directionnelle des scores :
      • Scores faibles (proches de 10) : Indiquent une forte adhésion au double standard sexuel traditionnel (l’individu approuve fermement les privilèges d’initiation masculine et condamne l’autonomie érotique féminine).
      • Scores élevés (proches de 50) : Révèlent un rejet du double standard et une posture égalitaire (l’individu réfute l’asymétrie morale et approuve la liberté sexuelle et préventive équivalente entre les genres).
      • Scores intermédiaires (autour de 30) : Témoignent d’une position ambivalente, partagée ou indécise face aux prescriptions normatives traditionnelles.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1993, au sein de l’article de référence publié dans la revue scientifique à comité de lecture The Journal of Sex Research.
  • Statut du droit d’auteur et permissions : L’instrument a été mis à la disposition de la communauté académique internationale par les auteurs dans leur publication originale. L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche non commerciale, d’enseignement universitaire ou d’évaluation clinique est généralement libre de droits, sous réserve de citer scrupuleusement la référence bibliographique de Caron et al. (1993).
  • Tarifs d’accès : L’accès au questionnaire lui-même est gratuit (aucun coût de licence ni redevance commerciale n’est prélevé). L’article scientifique source peut être consulté via les abonnements institutionnels universitaires ou les portails éditoriaux de Taylor & Francis.
  • Correspondance scientifique : Les demandes institutionnelles spécifiques peuvent être adressées à Sandra L. Caron, Human Development, University of Maine, 5749 Merrill Hall, Orono, ME 04469, États-Unis (courriel : [email protected]).

12. Références

Les publications fondatrices et les contributions scientifiques majeures relatives au double standard sexuel et à la validation de l’échelle sont répertoriées ci-dessous au format APA (7e édition) :

  • Buss, D. M. (1989). Sex differences in human mate preferences: Evolutionary hypotheses tested in 37 cultures. Behavioral and Brain Sciences, 12(1), 1–14. https://doi.org/10.1017/S0140525X00023992
  • Caron, S. L., Davis, C. M., Halteman, W. A., & Stickle, M. (1993). Predictors of condom related behaviors among first-year college students. The Journal of Sex Research, 30(3), 252–259. https://doi.org/10.1080/00224499309551709
  • Crawford, M., & Popp, D. (2003). Sexual double standards: A review and methodological critique of two decades of research. The Journal of Sex Research, 40(1), 13–26. https://doi.org/10.1080/00224490309552163
  • Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
  • Glick, P., & Fiske, S. T. (1996). The Ambivalent Sexism Inventory: Differentiating hostile and benevolent sexism. Journal of Personality and Social Psychology, 70(3), 491–512. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.3.491
  • Marks, M. J., & Fraley, R. C. (2005). The sexual double standard: Fact or fiction? Sex Roles, 52(3–4), 175–186. https://doi.org/10.1007/s11199-005-1293-5
  • Milhausen, R. R., & Herold, E. S. (1999). Does the sexual double standard still exist? Perceptions of university women. The Journal of Sex Research, 36(4), 361–367. https://doi.org/10.1080/00224499909552008
  • Nunnally, J. C. (1978). Psychometric theory (2e éd.). McGraw-Hill.
  • Simon, W., & Gagnon, J. H. (1986). Sexual scripts: Permanence and change. Archives of Sexual Behavior, 15(2), 97–120. https://doi.org/10.1007/BF01542219
  • Spence, J. T., & Helmreich, R. (1972). The Attitudes toward Women Scale: An objective instrument to measure attitudes toward the rights and roles of women in contemporary society. JSAS Catalog of Selected Documents in Psychology, 2, 66–67.
  • Trivers, R. (1972). Parental investment and sexual selection. In B. Campbell (Ed.), Sexual selection and the descent of man 1871–1971 (pp. 136–179). Aldine-Atherton.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Please circle your response to the following questions regarding your attitudes about the sex roles of men and women. Please keep in mind that there are no right or wrong answers. Please answer honestly.
1

1 2 3 4 5 1. It is expected that a woman be less sexually experienced than her partner.
2

1 2 3 4 5 2. A woman who is sexually active is less likely to be considered a desirable partner.
3

1 2 3 4 5 3. A woman should never appear to be prepared for a sexual encounter.
4

1 2 3 4 5 4. It is important that the men be sexually experienced so as to teach the women.
5

1 2 3 4 5 5. A “good” woman would never have a one-night stand, but it is expected of a man.
6

1 2 3 4 5 6. It is important for a man to have multiple sexual experiences in order to gain experience.
7

1 2 3 4 5 7. In sex the man should take the dominant role and the woman should assume the passive role.
8

1 2 3 4 5 8. It is acceptable for a woman to carry condoms.
9

1 2 3 4 5 9. It is worse for a woman to sleep around than it is for a man.
10

1 2 3 4 5 10. It is up to the man to initiate sex.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle du double standard. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-du-double-standard
Looti, Mohammed. “Échelle du double standard.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-du-double-standard.
Looti, Mohammed. “Échelle du double standard.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-du-double-standard.