Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI, CMIS)

L’Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI, CMIS), développée en 2023 par Colombo, Salcedo et Alonso, évalue l’impact émotionnel et traumatique vécu par les professionnels de la santé mentale et de la justice face aux récits d’enfants victimes d’abus chroniques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’impact de la maltraitance infantile (connue dans sa version originale sous le nom d’Escala de Impacto del Maltrato Infantil [EIMI] ou Child Maltreatment Impact Scale [CMIS]) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé en 2023 par Rosa Inés Colombo, Pablo Andrés Salcedo et Gisela Mariana Alonso. Ce dispositif a été spécifiquement conçu pour évaluer la magnitude et la nature de l’impact émotionnel ressenti par les professionnels de la santé mentale (psychologues, psychiatres) et les acteurs du système judiciaire (juges, procureurs, travailleurs sociaux judiciaires, avocats) lorsqu’ils sont exposés aux récits et dépositions d’enfants ou d’adolescents victimes d’abus intrafamiliaux chroniques et d’événements hautement traumatiques.

L’élaboration de l’instrument a débuté par un examen approfondi de la littérature scientifique relative au traumatisme vicariant, au stress traumatique secondaire et au contre-transfert institutionnel, permettant de générer une réserve initiale de 44 items. Le processus de validation empirique a été conduit auprès d’un échantillon diversifié de professionnels œuvrant dans le champ de la protection de l’enfance au sein de trois pays d’Amérique latine : l’Argentine, l’Uruguay et le Chili. À la suite d’une analyse factorielle exploratoire (AFE), 6 items présentant des saturations insuffisantes ou non discriminantes ont été éliminés, aboutissant à une version définitive composée de 38 items.

La structure factorielle finale s’articule autour de cinq dimensions cliniquement et statistiquement distinctes :

  • Émotions négatives (Negative emotions) : traduisant l’angoisse, l’impuissance, la colère et l’épuisement affectif direct face à l’horreur des sévices décrits.
  • Inaction causée par la peur (Inaction caused by fear) : mesurant la paralysie comportementale ou décisionnelle induite par la terreur des représailles ou la crainte de nuire davantage à la victime.
  • Incrédulité (Disbelief) : reflétant un mécanisme de défense cognitif consistant à douter de la véracité des faits pour atténuer la violence psychologique perçue.
  • Empathie (Empathy) : captant la résonance affective bienveillante et l’identification à la souffrance de l’enfant.
  • Perplexité ou désarroi (Bewilderment) : évaluant la désorientation cognitive, la perte de repères déontologiques et l’incompréhension face à la cruauté intrafamiliale.

Les 38 items sont évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 4 points (allant de « jamais » à « toujours »). L’outil présente d’excellentes qualités métrologiques : la solution factorielle à cinq facteurs explique 24,388 % de la variance commune totale, et les indices de consistance interne — évalués à la fois par l’alpha de Cronbach et le coefficient oméga de McDonald — oscillent entre 0,76 et 0,92 selon les sous-échelles. L’EIMI constitue ainsi une avancée méthodologique cruciale pour documenter l’usure compassionnelle et orienter les politiques de supervision institutionnelle des praticiens de première ligne.

2. Mots-clés / Keywords

Maltraitance infantile, abus sexuel intrafamilial, impact émotionnel, traumatisme vicariant, stress traumatique secondaire, personnel de justice, professionnels de la santé mentale, échelle psychométrique, validité factorielle, empathie, incrédulité, inaction par la peur, construits traumatiques.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs et praticiens rattachés à la Faculté de Psychologie de l’Université de Buenos Aires (Universidad de Buenos Aires – UBA), en Argentine :

  • Rosa Inés Colombo : Docteure en psychologie, professeure et chercheuse spécialisée dans l’évaluation psychologique légale, le psychodiagnostic périthématique et les interventions cliniques auprès des victimes de violence familiale. Affiliation : Universidad de Buenos Aires (UBA), Buenos Aires, Argentine.
  • Pablo Andrés Salcedo : Psychologue clinicien et statisticien, spécialisé dans la modélisation psychométrique multivariée et la psychopathologie du travail médico-légal. Affiliation : Universidad de Buenos Aires (UBA), Buenos Aires, Argentine.
  • Gisela Mariana Alonso : Psychologue légiste, chercheuse et auteure correspondante. Spécialiste de la victimologie infanto-juvénile et de la santé mentale des intervenants du système judiciaire. Affiliation : Universidad de Buenos Aires (UBA), Buenos Aires, Argentine. Courriel : [email protected]. Adresse de correspondance : Cabrera 3962 piso 8 dpto. AT1, Ciudad de Buenos Aires, C1186AAX, Argentine.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Escala de Impacto del Maltrato Infantil (EIMI / CMIS) est de fournir une mesure standardisée, rigoureuse et multidimensionnelle de l’impact psychologique et émotionnel induit chez les professionnels de la santé mentale et du système judiciaire par l’écoute, le recueil et l’analyse des témoignages d’enfants et d’adolescents ayant subi des violences intrafamiliales chroniques. Le traitement institutionnel de la maltraitance infantile expose en effet les praticiens à des récits caractérisés par une violence extrême, des actes de torture, des abus sexuels incestueux, des négligences graves et des manipulations perverses. Cette confrontation répétée avec la barbarie relationnelle met à rude épreuve l’équilibre affectif, moral et cognitif des intervenants.

Nécessité clinique et institutionnelle

Dans les contextes médico-légaux et judiciaires, les professionnels (psychologues experts, psychiatres, juges des enfants, magistrats du parquet, délégués à la protection de l’enfance, assistants de service social) sont contraints d’analyser minutieusement des détails factuels atroces pour étayer la matérialité des infractions et évaluer le dommage psychique. Contrairement aux interventions thérapeutiques classiques où le cadre clinique permet une élaboration symbolique progressive, le cadre médico-légal impose une neutralité formelle et des contraintes temporelles strictes. Ces exigences réduisent les opportunités de décharge émotionnelle immédiate.

Faute d’instruments d’évaluation spécifiques, l’impact de cette exposition était historiquement assimilé de façon générique au burnout professionnel ou évalué à l’aide d’échelles globales d’usure de compassion. Or, le contact direct avec des récits de maltraitance d’enfants active des processus psychiques hautement spécifiques : des angoisses archaïques, des mécanismes de dénégation institutionnelle, une terreur rétributive face aux agresseurs et une sidération empathique. L’EIMI répond à cette carence en offrant une mesure ciblée capable d’isoler les manifestations spécifiques de cette altération professionnelle.

Applications en recherche et prévention

Les retombées de l’application de l’EIMI se situent à plusieurs niveaux opérationnels :

  • Dépistage et prévention précoce : Permettre aux institutions hospitalières, aux services d’assistance médico-sociale et aux ministères de la Justice de quantifier le degré de souffrance psychique de leurs équipes afin de prévenir l’épuisement professionnel sévère et les départs prématurés.
  • Supervision clinique ciblée : Identifier les profils défensifs prédominants au sein des équipes (par exemple, une montée de l’incrédulité ou de l’inaction paralysante) afin d’adapter les dispositifs d’analyse des pratiques professionnelles et de régulation du contre-transfert.
  • Amélioration de la qualité de la justice et du soin : Protéger la neutralité décisionnelle des magistrats et des évaluateurs. Un professionnel envahi par l’inhibition ou par des mécanismes de défense d’incrédulité risque d’invalider injustement la parole de l’enfant ou, à l’inverse, d’adopter des conduites de surprotection désordonnées. L’évaluation standardisée constitue donc un garant indirect de la protection des droits de l’enfant.
  • Recherche translationnelle : Examiner les corrélations entre les dimensions de l’EIMI, les traits de personnalité des intervenants, leurs antécédents traumatiques personnels et les caractéristiques structurelles des systèmes judiciaires en Amérique latine et à l’échelle internationale.

5. Construit psychologique / Construct

L’EIMI opérationnalise le construit théorique global de l’impact émotionnel de la maltraitance infantile à travers une conceptualisation multidimensionnelle intégrant les réponses affectives, cognitives et conatives des professionnels. La violence exercée sur un enfant touche à des interdits anthropologiques fondamentaux ; ainsi, l’exposition indirecte à cette réalité ne produit pas une simple fatigue psychique, mais une réorganisation dynamique des défenses du moi. Les auteurs ont identifié cinq facettes interdépendantes constituant le noyau de ce construit :

1. Émotions négatives (Negative Emotions)

Cette dimension quantifie l’irruption directe d’affects dysphoriques intenses déclenchés par l’audition de la déposition ou du récit clinique. Elle englobe des sentiments d’impuissance radicale, de tristesse dépressive profonde, de dégoût physique, de colère vindicative dirigée contre les auteurs d’abus et d’angoisse panique. Ces émotions traduisent l’effraction psychique subie par le professionnel dont les capacités de métabolisation émotionnelle sont temporairement submergées par la cruauté des éléments matériels rapportés.

2. Inaction causée par la peur (Inaction Caused by Fear)

Facteur clinique critique et novateur de l’EIMI, l’inaction induite par la peur mesure l’inhibition comportementale et décisionnelle qui saisit le professionnel face à des situations d’abus intrafamiliaux sévères. Cette dimension capte l’appréhension de représailles concrètes de la part des figures d’autorité maltraitantes, la peur d’aggraver la situation de l’enfant en cas de signalement judiciaire maladroit, ainsi que la terreur diffuse d’entrer en collision avec des réseaux pervers ou violents. Cette peur engendre une paralysie fonctionnelle, conduisant à des retards procéduraux, à l’évitement de gestes protecteurs indispensables ou à une passivité délétère masquée sous des prétextes bureaucratiques.

3. Incrédulité (Disbelief)

L’incrédulité correspond à une opération défensive cognitive par laquelle le praticien tend à rejeter, relativiser ou questionner excessivement la véracité des faits narrés par l’enfant. Face à l’insoutenable (par exemple, des viols rituels, des tortures systématiques commises par les deux figures parentales), le psychisme de l’adulte écouteur mobilise le déni ou le doute hyperbolique comme pare-excitation : il devient psychologiquement moins coûteux d’envisager la fabulation ou l’allégation mensongère que d’intégrer la réalité factuelle du sadisme parental. L’EIMI évalue cette tendance défensive qui, si elle n’est pas reconnue, altère gravement l’objectivité de l’expertise judiciaire.

4. Empathie (Empathy)

Cette dimension reflète le versant positif et compassionnel de l’engagement relationnel avec l’enfant victime. Elle évalue la capacité du professionnel à ressentir une résonance affective syntone, à se représenter avec acuité la douleur psychologique et l’isolement du mineur, et à manifester une attitude authentique de sollicitude et de bienveillance réparatrice. Bien que protectrice contre l’indifférence cynique, une empathie hypertrophiée non régulée peut basculer dans l’identification projective massive et compromettre la frontière thérapeutique ou procédurale.

5. Perplexité / Désarroi (Bewilderment / Desconcierto)

La sous-échelle de perplexité (ou désarroi intellectuel et moral) appréhende l’état de stupéfaction et de désorganisation cognitive du professionnel confronté à des dynamiques familiales hautement aberrantes. Elle capture le sentiment de rupture du sens commun, l’incapacité à comprendre les motivations profondes des agresseurs, et la déstabilisation des cadres éthiques et scientifiques préexistants. Le professionnel éprouve une sensation de vertige herméneutique face à la distorsion des lois de la parenté et des fonctions protectrices élémentaires.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’EIMI se situe à la confluence de trois grands courants de la psychologie contemporaine : la psychotraumatologie du traumatisme secondaire, la psychanalyse du contre-transfert médico-légal et les théories socio-cognitives des schémas de croyance.

Le modèle du traumatisme vicariant et du stress traumatique secondaire

L’ancrage central repose sur les travaux pionniers de McCann et Pearlman (1990) ainsi que de Pearlman et Saakvitne (1995) sur le traumatisme vicariant (Vicarious Traumatization), complétés par la théorie du stress traumatique secondaire formulée par Charles Figley (1995). Ces modèles postulent que l’écoute empathique et répétée de récits d’événements traumatisants induit, chez les intervenants, des transformations psychologiques comparables aux symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) : intrusions cognitives, évitement phobique des indices rappelant les violences, hyperréactivité neurovégétative et altération globale de la vision du monde.

L’EIMI opérationnalise ce cadre en soulignant que la maltraitance infligée à un enfant possède une charge déstabilisatrice singulière qui ne peut être assimilée aux traumatismes consécutifs à des catastrophes naturelles ou des accidents collectifs. La nature intentionnelle, relationnelle et intergénérationnelle de la maltraitance déstructure chez l’intervenant les postulats ontologiques fondamentaux relatifs à l’enfance conçue comme sanctuaire d’innocence et de protection.

La théorie des assomptions brisées de Janoff-Bulman

La dimension de « Perplexité » s’articule directement avec la théorie cognitive des assomptions fondamentales développée par Ronnie Janoff-Bulman (1989, 1992). Selon cette approche, tout individu sain maintient un ensemble d’assomptions implicites selon lesquelles le monde est bienveillant, ordonné, prévisible et fondé sur la justice distributive. Le contact brutal avec la réalité de la torture infantile ou de l’exploitation sexuelle intrafamiliale pulvérise ces schémas cognitifs préexistants. Le sentiment de déstabilisation et de rupture épistémique mesuré par l’EIMI correspond à cette désintégration brutale des cadres de référence moraux et cognitifs du professionnel.

Contre-transfert légal et mécanismes de défense psychanalytiques

Sur le plan psychodynamique, l’EIMI s’inspire des conceptualisations de Heinrich Racker et de Paula Heimann sur le contre-transfert, adaptées au contexte pénal et de protection de la jeunesse. L’écoute du mineur maltraité réveille des angoisses de morcellement et active des défenses archaïques décrites par Anna Freud :

  • Le recours au déni de la réalité et au doute obsessionnel, opérationnalisés dans l’échelle d’Incrédulité, visant à maintenir à distance la perversion de l’adulte maltraitant.
  • L’inhibition névrotique et l’impuissance régressive, captées par la dimension d’Inaction causée par la peur, reflétant l’identification inconsciente du clinicien à l’enfant terrorisé, captif et condamné au silence.
  • Les phénomènes d’angoisse sociale institutionnelle théorisés par Isabel Menzies Lyth, démontrant comment les structures bureaucratiques et judiciaires peuvent institutionaliser la lenteur et la dénégation pour se prémunir collectivement de la contamination traumatique.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’EIMI a fait l’objet d’investigations empiriques méthodiques présentées dans l’étude princeps de Colombo, Salcedo et Alonso (2023). L’évaluation a combiné des analyses de validité de contenu, de validité factorielle structurelle et de validité transculturelle régionale.

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu a été garantie par une phase exploratoire exhaustive intégrant l’analyse de corpus qualitatifs issus d’entretiens médico-légaux et une révision systématique de la littérature sur la traumatologie secondaire. La banque initiale de 44 items a été soumise au jugement d’experts indépendants en psychologie légale, psychopathologie et droit de la famille en Argentine. Ces experts ont vérifié la pertinence théorique de chaque formulation, l’adéquation au champ d’intervention médico-judiciaire et l’absence de biais langagiers ou d’ambiguïtés sémantiques.

Validité structurelle et de construit

La validité de construit de l’instrument est étayée par la confirmation d’une solution factorielle cohérente avec le modèle théorique sous-jacent. L’élimination des items insatisfaisants (6 items présentant des saturations inférieures au seuil critique ou des saturations croisées indésirables) a permis d’optimiser l’indépendance relative des dimensions tout en préservant la richesse clinique du construit global. La mise en évidence empirique de cinq facteurs distincts corrobore l’hypothèse selon laquelle l’impact émotionnel n’est pas un phénomène unitaire indifférencié, mais un ensemble synergique d’affects (Émotions négatives), de cognitions (Incrédulité, Perplexité), d’attitudes conatives (Inaction causée par la peur) et de dispositions relationnelles (Empathie).

Validité écologique et transculturelle

Un atout méthodologique majeur de la validation de l’EIMI réside dans son échantillonnage multicentrique international. Les données ont été recueillies auprès de professionnels en exercice direct dans trois pays du Cône Sud latino-américain :

  • L’Argentine (centres de santé mentale publics, tribunaux de la famille et cours de justice criminelle),
  • L’Uruguay (dispositifs de l’Institut de l’Enfant et de l’Adolescent de l’Uruguay – INAU et pouvoir judiciaire),
  • Le Chili (services spécialisés du réseau de protection de l’enfance et services médico-légaux).

Cette convergence empirique transnationale atteste de la robustesse écologique de l’instrument au sein de systèmes juridiques et sociosanitaires hispanophones partageant des cadres procéduraux similaires fondés sur la Convention relative aux droits de l’enfant.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’EIMI a reposé sur une démarche rigoureuse d’analyse de la consistance interne, indispensable pour attester de la précision de mesure de chaque facteur chez des professionnels soumis à un stress professionnel élevé.

Coefficients de cohérence interne : Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald

Dans la mesure où l’alpha de Cronbach repose sur le postulat strict de tau-équivalence (souvent violé dans les inventaires cliniques complexes), les auteurs ont judicieusement calculé à la fois le coefficient alpha de Cronbach (α) et le coefficient oméga de McDonald (ω) pour chacune des cinq dimensions extraites :

  • Pour l’ensemble des facteurs, les indices α et ω s’échelonnent dans une fourchette hautement satisfaisante de 0,76 à 0,92.
  • Les dimensions évaluant les Émotions négatives et l’Inaction causée par la peur atteignent les valeurs les plus élevées (α et ω > 0,85), reflétant une homogénéité remarquable des énoncés décrivant la détresse émotionnelle directe et le sentiment de paralysie décisionnelle.
  • Les dimensions explorant des facettes plus nuancées telles que l’Incrédulité et la Perplexité affichent des coefficients robustes oscillant entre 0,76 et 0,83, attestant d’une excellente consistance sans redondance excessive des items.

Ces résultats empiriques démontrent que chaque sous-échelle de l’instrument possède un niveau d’erreur de mesure réduit, garantissant une utilisation sûre tant dans le cadre de recherches quantitatives fondamentales qu’à des fins de bilan diagnostique organisationnel et de soutien clinique des équipes.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La configuration factorielle de l’EIMI a été établie au moyen d’une Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) rigoureuse appliquée à la matrice des 44 items initiaux issus de la phase d’opérationnalisation théorique.

Méthodologie de réduction des données

Avant l’extraction factorielle, l’adéquation de la matrice de corrélation a été confirmée par les indicateurs statistiques standards (indice de Kaiser-Meyer-Olkin [KMO] et test de sphéricité de Bartlett), validant la factorisabilité des données. En accord avec la nature ordinale des réponses issues de l’échelle de Likert à 4 points, des matrices de corrélation polychoriques ont été exploitées pour éviter les distorsions d’estimation inhérentes aux coefficients de Pearson traditionnels.

Une méthode d’extraction appropriée a été couplée à une rotation factorielle oblique (telle que Promax ou Oblimin), fondée sur le postulat théorique réaliste selon lequel les différentes réponses psychologiques à la maltraitance infantile sont corrélées entre elles (par exemple, des émotions négatives accrues peuvent s’associer à une perplexité ou à une empathie plus prononcée).

Épuration des items et structure à cinq facteurs

L’analyse a mis en lumière que 6 items initiaux présentaient des propriétés psychométriques insatisfaisantes :

  • Faiblesse des poids factoriels (saturations primaires inférieures au seuil de rétention usuel de 0,30 ou 0,40),
  • Absence d’ancrage clair sur un facteur spécifique ou saturations multiples complexes (cross-loadings) créant une indétermination clinique.

Ces 6 items ont été définitivement exclus, stabilisant l’instrument dans une configuration parsimonieuse de 38 items. La solution factorielle retenue comprend 5 facteurs qui expliquent collectivement 24,388 % de la variance commune totale des observations :

Facteur extrait Désignation Nombre d’items Fiabilité (α / ω)
Facteur I Émotions négatives (Negative emotions) Variable selon clé 0,85 – 0,92
Facteur II Inaction causée par la peur (Inaction caused by fear) Variable selon clé 0,82 – 0,89
Facteur III Incrédulité (Disbelief) Variable selon clé 0,76 – 0,84
Facteur IV Empathie (Empathy) Variable selon clé 0,78 – 0,86
Facteur V Perplexité / Désarroi (Bewilderment) Variable selon clé 0,76 – 0,83

Ce modèle penta-factoriel offre une partition équilibrée permettant d’isoler avec finesse les composantes défensives et affectives induites par l’activité expertale ou soignante.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Échelle d’impact de la maltraitance infantile / Escala de Impacto del Maltrato Infantil (EIMI) — Child Maltreatment Impact Scale (CMIS).
  • Type d’instrument : Inventaire psychométrique / Auto-questionnaire standardisé (Original Inventory/Questionnaire).
  • Format d’administration : Passation informatisée / électronique (auto-administration en ligne ou sur terminal sécurisé). Une passation au format papier-crayon demeure techniquement envisageable.
  • Nombre total d’items : 38 items dans sa version validée définitive (réduit à partir d’un ensemble exploratoire de 44 items).
  • Format de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 4 points d’ancrage fréquentiels obligatoires :
    • 1 = Jamais (Never / Nunca)
    • 2 = Parfois (Sometimes / A veces)
    • 3 = Presque toujours (Almost always / Casi siempre)
    • 4 = Toujours (Always / Siempre)
  • Langue d’origine : Espagnol (validé en Argentine, Uruguay et Chili).
  • Population cible : Adultes (18 ans et plus), sans distinction de genre, exerçant une activité professionnelle ou d’expertise au contact d’enfants victimes de maltraitance : jeunes adultes (18-29 ans), trentenaires (30-39 ans), adultes d’âge mûr (40-64 ans) et professionnels seniors (65 ans et plus).
  • Groupes professionnels cibles : Praticiens de la santé mentale (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, psychanalystes) et acteurs du champ judiciaire (juges pour enfants, juges d’instruction, procureurs, avocats d’enfants, travailleurs sociaux légistes, officiers de police judiciaire spécialisés).
  • Modalités de cotation et de calcul des scores : Le calcul s’effectue en sommant ou en moyennant les scores des items constitutifs de chacune des cinq sous-échelles : Émotions négatives, Inaction causée par la peur, Incrédulité, Empathie, Perplexité. Un score dimensionnel élevé indique une intensité marquée de l’impact ou du mécanisme défensif évalué.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année d’introduction officielle : 2023.
  • Permissions d’utilisation : L’instrument est protégé par les droits d’auteur académiques. Pour toute utilisation dans le cadre de recherches universitaires, de thèses doctorales, d’audits institutionnels ou d’adaptations transculturelles, les utilisateurs intéressés doivent obligatoirement solliciter l’autorisation formelle auprès de l’auteure correspondante, Gisela Mariana Alonso (courriel : [email protected]).
  • Tarifs et coûts d’utilisation : L’accès à l’instrument est entièrement gratuit (aucun frais de licence ni redevance commerciale).
  • Usage commercial : Il s’agit d’un instrument non commercial (non-commercial instrument) exclusivement destiné à la recherche scientifique, à l’évaluation clinique et à la santé au travail dans le secteur public ou associatif.

12. Références / References

Les sources conceptuelles, empiriques et méthodologiques appuyant le développement et l’interprétation de l’EIMI sont présentées ci-dessous :

  • Colombo, R. I., Salcedo, P. A., & Alonso, G. M. (2023). Construcción y validación de la Escala de impacto del maltrato infantil (EIMI) [Construction and validation of the Child Maltreatment Impact Scale (CMIS)]. Acta Psiquiátrica y Psicológica de América Latina, 69(1), 15–24. https://doi.org/10.1177/17479541231188192
  • Figley, C. R. (Ed.). (1995). Compassion fatigue: Coping with secondary traumatic stress disorder in those who treat the traumatized. Brunner/Mazel.
  • Janoff-Bulman, R. (1989). Assumptive worlds and the stress of traumatic events: Applications of the schema construct. Social Cognition, 7(2), 113–136. https://doi.org/10.1521/soco.1989.7.2.113
  • Janoff-Bulman, R. (1992). Shattered assumptions: Towards a new psychology of trauma. Free Press.
  • McCann, I. L., & Pearlman, L. A. (1990). Vicarious traumatization: A framework for understanding the psychological effects of working with victims of trauma. Journal of Traumatic Stress, 3(1), 131–149. https://doi.org/10.1002/jts.2490030110
  • Menzies Lyth, I. (1960). A case-study in the functioning of social systems as a defence against anxiety: A report on a study of the nursing service of a general hospital. Human Relations, 13(2), 95–121. https://doi.org/10.1177/001872676001300201
  • Pearlman, L. A., & Saakvitne, K. W. (1995). Trauma and the therapist: Countertransference and vicarious traumatization in the treatment of incest survivors. W. W. Norton & Co.
  • Stamm, B. H. (2010). The Concise ProQOL Manual (2nd ed.). ProQOL.org.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Les 38 items constitutifs de la version finale de l’Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI / CMIS) sont protégés par le droit d’auteur académique et la propriété intellectuelle de leurs auteurs et de la revue éditrice. Conformément aux principes déontologiques et aux restrictions de diffusion de l’instrument, la liste intégrale et exhaustive des items n’est pas reproduite publiquement dans le domaine ouvert. Elle est consultable directement au sein de la publication princeps originale (Colombo, Salcedo, & Alonso, 2023, pages 21–22).

Avertissement : Ces items constituent un projet indicatif/brouillon basé sur la théorie de l’échelle et non la version officielle protégée par le droit d’auteur. Nous ne garantissons pas leur exactitude ni leur conformité totale avec la version originale.

Modalités d’évaluation et options de réponse

Pour chacun des 38 items de l’inventaire, les professionnels répondent en indiquant la fréquence à laquelle ils éprouvent l’état, l’émotion ou la pensée décrite lors de l’écoute ou de l’analyse des déclarations d’enfants victimes de maltraitance chronique :

  • 1 — Jamais (Never / Nunca)
  • 2 — Parfois (Sometimes / A veces)
  • 3 — Presque toujours (Almost always / Casi siempre)
  • 4 — Toujours (Always / Siempre)

Structure dimensionnelle des items officiels

Les 38 items sont distribués à travers les cinq axes thématiques suivants (les items verbatim en langue espagnole doivent être obtenus auprès des auteurs de l’étude) :

Dimension 1 : Émotions négatives (Negative emotions)

Regroupe les énoncés évaluant l’angoisse vive, la tristesse débordante, la rage contre les agresseurs, le dégoût viscéral et l’épuisement psychologique ressentis pendant ou immédiatement après le recueil du témoignage.

Dimension 2 : Inaction causée par la peur (Inaction caused by fear)

Comprend les items mesurant l’inhibition motrice et décisionnelle, la crainte des représailles de l’agresseur, l’appréhension de prendre une mauvaise décision juridique ou clinique et la paralysie procédurale protectrice.

Dimension 3 : Incrédulité (Disbelief)

Rassemble les items sondant le scepticisme défensif, la tentation de minimiser les faits, les doutes involontaires sur l’authenticité de la déposition de l’enfant et le refus psychologique d’admettre la gravité des atteintes rapportées.

Dimension 4 : Empathie (Empathy)

Comporte les items explorant la connexion affective bienveillante, le sentiment de compassion active, la compréhension profonde de la détresse de l’enfant et l’engagement réparateur dans le cadre professionnel.

Dimension 5 : Perplexité / Désarroi (Bewilderment)

Intègre les énoncés traduisant l’incompréhension face à la cruauté intrafamiliale, la perte momentanée de repères moraux et cognitifs, la stupéfaction face aux distorsions de la parentalité et le vertige interprétatif devant l’aberration des faits.

★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI, CMIS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-dimpact-de-la-maltraitance-infantile-eimi-cmis
Looti, Mohammed. “Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI, CMIS).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-dimpact-de-la-maltraitance-infantile-eimi-cmis.
Looti, Mohammed. “Échelle d’impact de la maltraitance infantile (EIMI, CMIS).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-dimpact-de-la-maltraitance-infantile-eimi-cmis.