Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS)

L’Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS) est un outil psychométrique de référence de 36 items évaluant six dimensions de la dysrégulation affective chez l’adulte.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (Difficulties in Emotion Regulation Scale, DERS), conçue par les chercheuses Kim L. Gratz et Lizabeth Roemer (2004), constitue l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus robustes, les plus traduits et les plus utilisés à l’échelle internationale pour cartographier les déficits affectifs et comportementaux liés à la régulation des émotions. Composée originellement de 36 items évalués sur une échelle de Likert en 5 points (allant de 1 = « Presque jamais » à 5 = « Presque toujours »), la DERS dépasse les conceptions traditionnelles réductrices qui assimilent la régulation émotionnelle à un simple contrôle ou à l’atténuation de l’intensité de l’affect négatif. Elle opérationnalise une conceptualisation intégrative, fonctionnelle et multidimensionnelle de la régulation émotionnelle articulée autour de six sous-échelles fondamentales : (1) la Non-acceptation des réponses émotionnelles (Nonacceptance), (2) les Difficultés à s’engager dans des comportements orientés vers des buts en période de détresse (Goals), (3) les Difficultés de contrôle des impulsions (Impulse), (4) le Manque de conscience émotionnelle (Awareness), (5) l’Accès limité aux stratégies de régulation émotionnelle perçues comme efficaces (Strategies), et (6) le Manque de clarté émotionnelle (Clarity).

Sur le plan psychométrique, la DERS présente d’excellentes qualités de mesure validées chez des populations cliniques et non cliniques. L’échelle démontre une cohérence interne globale remarquable, avec un coefficient alpha de Cronbach excédant fréquemment 0,93 pour le score total et oscillant généralement entre 0,80 et 0,91 pour les différentes sous-échelles. Sa fidélité test-retest sur des intervalles de 4 à 8 semaines témoigne d’une stabilité temporelle adéquate ($r = 0,88$). Les analyses factorielles confirmatoires appuient majoritairement la structure à six facteurs corrélés, tout en mettant en lumière certaines particularités méthodologiques associées à la sous-échelle de conscience émotionnelle (composée exclusivement d’items inversés). Les études menées en psychopathologie soulignent sa puissante validité convergente, discriminante et prédictive, faisant de la DERS un outil d’évaluation indispensable dans le cadre des approches transdiagnostiques, notamment dans l’investigation du trouble de la personnalité limite, des troubles anxieux, de la dépression majeure, des conduites addictives et des comportements autodommageables.

2. Mots-clés / Keywords

Régulation émotionnelle, dysrégulation affective, psychométrie, évaluation clinique, transdiagnostique, échelle DERS, thérapie cognitivo-comportementale, impulsivité, acceptation émotionnelle, clarté émotionnelle, validité de construit, cohérence interne.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu, opérationnalisé et validé par :

  • Kim L. Gratz, Ph.D. : Professeure et directrice du département de psychologie à l’Université de Toledo (Ohio, États-Unis), anciennement affiliée au Medical Center de l’Université du Mississippi. Spécialiste de renommée mondiale dans l’étude des mécanismes de régulation émotionnelle, du trouble de la personnalité limite et des comportements d’automutilation non suicidaires. Courriel académique institutionnel : [email protected].
  • Lizabeth Roemer, Ph.D. : Professeure de psychologie clinique à l’Université du Massachusetts à Boston (UMass Boston, États-Unis). Chercheuse pionnière dans l’intégration des approches basées sur la pleine conscience et l’acceptation (ACT) dans la compréhension et le traitement du trouble d’anxiété généralisée et des troubles affectifs. Courriel académique institutionnel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

Fondements et vocation générale

L’objectif fondamental de l’Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS) est de fournir une évaluation dimensionnelle, standardisée et exhaustive des déficits spécifiques entravant la capacité d’un individu à moduler, tolérer et utiliser ses expériences émotionnelles de manière adaptative. Historiquement, les modèles de la psychologie différentielle et de la clinique expérimentale appréhendaient souvent la régulation émotionnelle sous le prisme étroit de la régulation à la baisse (down-regulation) de la valence négative ou de l’inhibition motrice des manifestations affectives. Gratz et Roemer ont développé la DERS afin de dépasser ce paradigme restrictif. Elles postulent que l’émotion négative n’est pas dysfonctionnelle en soi : la dysrégulation survient lorsque l’individu est incapable d’accueillir l’affect, d’en décoder le sens fonctionnel, de maintenir des actions orientées vers ses valeurs personnelles malgré la souffrance ressentie, ou de freiner ses pulsions comportementales réactives.

Applications en recherche psychologique et psychopathologique

Dans le domaine de la recherche fondamentale et translationnelle, la DERS s’est imposée comme une mesure de référence dans les protocoles examinant le phénotype de la vulnérabilité affective. Elle permet :

  • D’étudier la régulation émotionnelle en tant que mécanisme transdiagnostique sous-jacent à un vaste ensemble d’entités nosologiques du DSM-5 (notamment les troubles de l’humeur, les troubles obsessionnels-compulsifs, les troubles de l’usage d’une substance et les troubles du comportement alimentaire).
  • D’analyser les interactions complexes entre la réactivité neurobiologique autonome (telle que la variabilité de la fréquence cardiaque) et les compétences métacognitives de régulation déclarées par le sujet.
  • De mesurer avec précision les médiateurs de changement thérapeutique dans le cadre des essais contrôlés randomisés évaluant la thérapie comportementale dialectique (TCD / DBT), la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et le protocole unifié pour le traitement transdiagnostique des troubles émotionnels (Barlow et al.).

Applications en pratique clinique et neuropsychiatrique

Sur le versant clinique, la DERS fournit aux psychologues, psychiatres et psychothérapeutes un profil diagnostique granulaire et individualisé. Au lieu de considérer la dysrégulation comme un phénomène monolithique, le praticien peut identifier les dimensions précises sur lesquelles l’alliance thérapeutique et les interventions ciblées doivent porter. Par exemple :

  • Un score particulièrement élevé sur la sous-échelle Clarity oriente vers un travail initial de psychoéducation et d’alphabétisation émotionnelle, visant à réduire l’alexithymie.
  • Une élévation prédominante sur Nonacceptance indique la nécessité impérieuse d’exercices d’exposition interoceptive, de défusion cognitive et de validation expérientielle pour contrecarrer les jugements secondaires culpabilisants (« méta-émotions » négatives).
  • Des scores critiques sur les dimensions Impulse et Goals constituent des indicateurs d’alerte clinique pour le passage à l’acte, nécessitant la mise en place prioritaire de plans de sécurité et de techniques de tolérance à la détresse face aux risques suicidaires ou d’automutilations non suicidaires (NSSI).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la DERS repose sur une définition intégrative où la régulation émotionnelle optimale implique quatre postulats centraux : (a) la conscience et la compréhension des émotions, (b) l’acceptation sans jugement des états affectifs, (c) la capacité à contrôler les comportements impulsifs et à agir en accord avec des buts désirés lors du vécu d’émotions négatives, et (d) la flexibilité dans l’utilisation de stratégies de régulation adaptées au contexte situationnel. Les 36 items se décomposent en six sous-échelles interdépendantes mais conceptuellement distinctes :

1. Non-acceptation des réponses émotionnelles (Nonacceptance – 6 items)

Cette dimension évalue la tendance de l’individu à développer des réactions secondaires négatives à l’égard de sa propre détresse ou à refuser d’admettre la présence de sentiments désagréables. L’individu réagit à sa tristesse, à sa colère ou à sa peur par des jugements métacognitifs dépréciatifs (culpabilité, honte, colère contre soi-même). Des items comme « Quand je suis contrarié(e), je me mets en colère contre moi-même d’éprouver cela » (Item 11) ou « Quand je suis contrarié(e), je me sens honteux(se) d’éprouver cela » (Item 21) reflètent cette intolérance expérientielle, constitutive de ce que Linehan qualifie de réponses invalidantes secondaires.

2. Difficultés d’engagement dans des comportements orientés vers un but (Goals – 5 items)

La sous-échelle Goals mesure l’incapacité perçue à se concentrer, à raisonner et à exécuter des tâches dirigées vers un objectif lorsque des émotions négatives sont actives. Les affects intenses viennent saturer la mémoire de travail et les fonctions exécutives, conduisant l’individu à l’inertie cognitive ou comportementale. L’item 13 (« Quand je suis contrarié(e), j’ai du mal à accomplir mon travail ») et l’item 26 (« Quand je suis contrarié(e), j’ai du mal à me concentrer ») illustrent ce parasitage de l’autorégulation exécutive par l’état affectif.

3. Difficultés de contrôle des impulsions (Impulse – 6 items)

Cette composante quantifie la difficulté à moduler et freiner les comportements moteurs et verbaux lors de l’apparition d’un affect désagréable. Les scores élevés signalent une perception d’urgence émotionnelle négative et de perte de contrôle comportemental (par exemple : Item 14 « Quand je suis contrarié(e), je perds le contrôle de moi-même », Item 32 « Quand je suis contrarié(e), je perds le contrôle de mes comportements »). L’individu estime que l’affect prend le pas sur sa volonté motrice, favorisant les décharges impulsives dysfonctionnelles.

4. Manque de conscience émotionnelle (Awareness – 6 items)

Ce domaine explore la propension à porter attention à ses propres sensations internes, corporelles et psychiques, et à leur accorder une valeur informationnelle. Tous les items de cette échelle sont formulés de manière positive et inversés lors du calcul du score pour refléter un déficit d’attention (par exemple : Item 2 « Je prête attention à ce que je ressens », Item 6 « Je suis attentif(ve) à mes sentiments », Item 10 « Quand je suis contrarié(e), je reconnais mes émotions »). Un score élevé d’inconscience indique une tendance à l’évitement attentionnel ou à la déconnexion somatosensorielle.

5. Accès limité aux stratégies de régulation émotionnelle (Strategies – 8 items)

Cette sous-échelle reflète la croyance pessimiste selon laquelle rien ne peut être fait pour modifier, tempérer ou apaiser l’état de détresse une fois celui-ci enclenché. Le sujet ressent un sentiment d’impuissance acquise face à ses états internes (« Quand je suis contrarié(e), je crois qu’il n’y a rien que je puisse faire pour me sentir mieux », Item 28 ; « Quand je suis contrarié(e), je crois que je vais finir par me sentir très déprimé(e) », Item 16). L’individu ne dispose pas d’un répertoire diversifié de stratégies (réévaluation cognitive, auto-apaisement, distraction, acceptation) ou s’estime totalement incapable de les déployer avec succès.

6. Manque de clarté émotionnelle (Clarity – 5 items)

La clarté émotionnelle concerne le degré auquel l’individu identifie, nomme et différencie précisément ce qu’il ressent (la granularité émotionnelle). Un déficit de clarté se caractérise par une confusion diffuse, où l’individu sait qu’il souffre sans pouvoir déterminer s’il s’agit d’anxiété, de colère, de déception ou de honte (Item 4 « Je n’ai aucune idée de ce que je ressens », Item 9 « Je suis confus(e) quant à ce que je ressens »). Cette opacité affective fait obstacle à l’implémentation de réponses régulatrices ciblées.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’approche fonctionnaliste des émotions

Le socle épistémologique de la DERS s’enracine directement dans l’approche fonctionnaliste et développementale de l’émotion développée par des théoriciens tels que Campos, Barrett, et Frijda. Selon cette perspective, les émotions ne sont pas des perturbations irrationnelles qu’il conviendrait de neutraliser, mais des systèmes d’action biologiquement programmés et évolutivement adaptés. Elles fournissent des signaux ultrarapides sur l’environnement et l’état interne de l’organisme, orientant l’attention vers les menaces ou les opportunités et préparant des schémas d’action moteurs adaptatifs. Dès lors, une régulation saine ne vise pas la suppression de l’expérience émotionnelle, mais la modulation de sa durée, de son intensité et de son expression, afin qu’elle serve les objectifs de l’individu.

Le modèle modal de James Gross versus le modèle intégratif de Gratz et Roemer

Dans la littérature scientifique, le modèle du processus de régulation émotionnelle proposé par James Gross (1998) formalise la régulation selon une chronologie d’étapes : sélection de la situation, modification de la situation, déploiement de l’attention, réévaluation cognitive et modulation de la réponse. Si ce modèle s’avère précieux pour l’analyse cognitive expérimentale, Gratz et Roemer ont estimé qu’il laissait de côté des dimensions phénoménologiques et cliniques cruciales pour comprendre la détresse psychiatrique.

Gratz et Roemer (2004) ont donc proposé un modèle intégratif de la dysrégulation centré sur la flexibilité adaptative. Dans ce cadre, la dysrégulation survient lorsque l’individu :

  1. Échoue à reconnaître ou décoder ses émotions (déficit de conscience et de clarté).
  2. Évalue négativement ses propres affects, ce qui génère un évitement expérientiel toxique (non-acceptation).
  3. Éprouve une perte d’agentivité comportementale sous tension (perte de contrôle des impulsions et incapacité à maintenir une conduite téléologique).
  4. Manque d’auto-efficacité perçue quant à ses capacités de soulagement (accès limité aux stratégies).

Influences de la théorie biosociale et des thérapies de troisième vague

Le cadre conceptuel de la DERS emprunte massivement à la théorie biosociale de Marsha Linehan (1993), selon laquelle les troubles sévères de l’humeur et de la personnalité résultent de la transaction chronique entre une vulnérabilité biologique innée (haute sensibilité, forte réactivité affective, retour lent à la ligne de base) et un environnement social invalidant. Cet environnement invalide les émotions de l’enfant, l’empêchant d’apprendre à tolérer la détresse, à nommer ses ressentis et à accepter ses expériences intérieures. De même, la DERS s’accorde intimement avec le modèle de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) développé par Steven C. Hayes, qui postule que l’inflexibilité psychologique et la psychopathologie sont maintenues par l’évitement expérientiel — soit la tentative constante de modifier la forme, la fréquence ou la sensibilité des expériences privées indésirables, au détriment d’une vie signifiante et alignée sur des valeurs choisies.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la DERS a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques rigoureuses à travers des contextes culturels, cliniques et linguistiques variés, consolidant son statut d’outil de référence.

Validité de construit et convergente

Dans l’étude princeps de Gratz et Roemer (2004), menée auprès d’un échantillon de 357 étudiants universitaires, les sous-échelles de la DERS ont montré des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec des instruments établis mesurant l’affectivité négative et les déficits autorégulateurs :

  • La sous-échelle Clarity et la sous-échelle Awareness corrèlent négativement avec l’échelle de clarté et d’attention du Trait Meta-Mood Scale (TMMS ; Mayer & Salovey), confirmant que ces dimensions capturent des construits métacognitifs stables.
  • Le score total de la DERS présente une forte corrélation positive avec l’Acceptance and Action Questionnaire (AAQ ; Hayes et al.), confirmant que l’évitement expérientiel constitue un invariant central de la dysrégulation globale ($r = 0,65$ à $0,70$).
  • Des associations positives substantielles ont été constamment répliquées avec les indices de dépression (BDI-II), d’anxiété-trait (STAI-T) et l’affectivité négative générale mesurée par la PANAS ($r = 0,55$ à $0,68$).

Validité discriminante

La DERS démontre une capacité satisfaisante à se distinguer de la simple présence d’un affect négatif transitoire. Des études expérimentales en laboratoire (ex. Gratz et al., 2006) ont démontré que les scores à la DERS prédisent la détresse et l’abandon lors de tâches de provocation émotionnelle (comme l’inhalation d’air enrichi en dioxyde de carbone ou la tâche de persévérance au stress Paced Auditory Serial Addition Test – PASAT), et ce même après contrôle statistique rigoureux de l’anxiété-trait et du niveau de dépression de base. Cela atteste que la DERS n’évalue pas un simple biais d’humeur négative (névrosisme généralisé), mais bien des compétences spécifiques de régulation métacognitive et comportementale.

Validité prédictive et sensibilité au changement clinique

L’étude menée par Hallion et al. (2018) auprès de 427 adultes consultant en clinique externe pour des troubles émotionnels (troubles anxieux et dépressifs selon le DSM-5) a fourni des données normatives cliniques majeures :

  • Moyennes et écarts-types cliniques de référence : Score Total ($M = 89,33$ ; $ET = 22,64$) ; Non-acceptation ($M = 14,67$ ; $ET = 5,92$) ; Buts ($M = 15,42$ ; $ET = 4,21$) ; Impulsions ($M = 12,58$ ; $ET = 4,97$) ; Conscience ($M = 15,55$ ; $ET = 4,92$) ; Stratégies ($M = 19,67$ ; $ET = 7,31$) ; Clarté ($M = 12,01$ ; $ET = 4,04$).
  • L’étude de Hallion et al. a également établi que la sévérité initiale sur la DERS prédit de manière prospective l’amplitude des gains thérapeutiques en thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : les patients présentant des déficits plus marqués à l’inclusion obtiennent des réductions symptomatiques relatives plus importantes lorsque les interventions ciblent directement l’acquisition d’aptitudes de tolérance affective.

8. Fidélité / Reliability

Cohérence interne

La cohérence interne de la DERS s’avère uniformément excellente à travers la littérature scientifique mondiale. Dans l’échantillon de dérivation original de Gratz et Roemer (2004), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 36 items atteignait $\alpha = 0,93$. Les sous-échelles individuelles présentaient toutes une consistance très satisfaisante :

  • Nonacceptance : $\alpha = 0,85$
  • Goals : $\alpha = 0,89$
  • Impulse : $\alpha = 0,86$
  • Awareness : $\alpha = 0,80$
  • Strategies : $\alpha = 0,88$
  • Clarity : $\alpha = 0,84$

Dans les cohortes cliniques subséquentes, ces valeurs ont été largement reproduites. Notamment, Hallion et al. (2018) ont rapporté un alpha global de $0,94$ chez 427 patients adultes. Cependant, plusieurs auteurs ont souligné que la cohérence interne globale augmente légèrement lorsque la sous-échelle Awareness est exclue de l’analyse, en raison de corrélations item-total plus faibles pour cette dimension particulière.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La stabilité temporelle a été documentée dès la création de l’instrument. Sur un sous-échantillon d’étudiants réévalués sur un intervalle de 4 à 8 semaines sans intervention thérapeutique intermédiaire, Gratz et Roemer (2004) ont obtenu un coefficient de corrélation intraclasse test-retest de $r = 0,88$ ($p < 0,001$) pour le score total. Les corrélations test-retest des sous-échelles s’échelonnaient de$r = 0,69$ (pour Clarity) à $r = 0,89$ (pour Nonacceptance), démontrant que la DERS mesure des dispositions cognitives et comportementales relativement stables dans le temps en l’absence de traitement ciblé.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales

Lors du développement initial de l’instrument, Gratz et Roemer ont généré un ensemble préliminaire de 41 items dérivés d’une revue exhaustive de la littérature clinique. Une analyse factorielle exploratoire (extraction par factorisation de l’axe principal avec rotation oblique Promax, tenant compte de l’interdépendance théorique des dimensions émotionnelles) a été conduite sur les données de 357 participants. L’examen du graphique d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser ont soutenu une solution à six facteurs distincts, expliquant cumulativement $53,2%$ de la variance totale. Cinq items ont été supprimés en raison d’une saturation croisée excessive ou de saturations factorielles primaires inférieures au seuil de $0,40$, fixant la version finale de l’instrument à 36 items.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et modèles concurrents

La structure factorielle de la DERS a suscité d’intenses débats psychométriques au cours des deux dernières décennies. Si le modèle à six facteurs corrélés de premier ordre présente généralement des indices d’ajustement acceptables ($CFI > 0,90$ ; $TLI > 0,90$ ; $RMSEA < 0,06$), les études psychométriques avancées (notamment Bardeen et al., 2012 ; Fowler et al., 2014) ont exploré des modélisations alternatives :

  • Modèle bifactoriel (Bifactor Model) : De nombreuses études suggèrent qu’un modèle bifactoriel — comprenant un facteur général de « dysrégulation émotionnelle globale » et six facteurs spécifiques orthogonaux — s’ajuste significativement mieux aux données que le modèle hiérarchique classique du second ordre.
  • La controverse de la dimension « Awareness » : Plusieurs analyses psychométriques (p. ex., Bardeen et al., 2012 ; Hallion et al., 2018) ont démontré que les items de la sous-échelle Awareness ne saturent que faiblement sur le facteur général de dysrégulation. Cette divergence est attribuée soit à un effet de méthode (tous les items de cette sous-échelle sont formulés positivement et inversés), soit au fait que l’attention portée aux émotions constitue un prérequis cognitif distinct plutôt qu’un mécanisme de dysrégulation à proprement parler. En effet, chez certains patients (notamment dans les troubles somatoformes ou les troubles paniques), une attention émotionnelle accrue peut être synonyme d’hypervigilance plutôt que de régulation adaptative.

Formes abrégées dérivées (DERS-18, DERS-16, DERS-SF)

En réponse aux contraintes temporelles des protocoles de recherche clinique et des suivis écologiques instantanés (Ecological Momentary Assessment), plusieurs formes abrégées ont été validées :

  • La DERS-16 (Bjureberg et al., 2016), qui a éliminé les items à faible saturation et exclu la sous-échelle Awareness, démontrant d’excellentes propriétés d’invariance de mesure.
  • La DERS-18 (Victor & Klonsky, 2016) et la DERS-SF (Kaufman et al., 2016), qui préservent chacune 3 items pour chacune des 6 dimensions d’origine, maintenant une corrélation presque parfaite ($r > 0,97$) avec l’échelle intégrale de 36 items.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de passation : Auto-questionnaire individuel (papier-crayon ou informatisé).
  • Nombre total d’items : 36 items formulés sous la forme d’affirmations à la première personne du singulier.
  • Format et ancrage de réponse : Échelle de fréquence de type Likert en 5 points avec pourcentages associés :
    • 1 = Presque jamais (0-10%) [Almost never]
    • 2 = Parfois (11-35%) [Sometimes]
    • 3 = Environ la moitié du temps (36-65%) [About half the time]
    • 4 = La plupart du temps (66-90%) [Most of the time]
    • 5 = Presque toujours (91-100%) [Almost always]
  • Procédure de cotation et inversion :
    • 11 items sont formulés de manière positive et doivent faire l’objet d’une inversion complète de leur score ($1 \rightarrow 5$, $2 \rightarrow 4$, $3 \rightarrow 3$, $4 \rightarrow 2$, $5 \rightarrow 1$) avant toute analyse. Les items inversés sont : 1, 2, 6, 7, 8, 10, 17, 20, 22, 24, et 34.
    • Les 25 autres items sont cotés de façon directe (de 1 à 5).
  • Calcul des sous-échelles :
    • Non-acceptation (Nonacceptance) : Somme des items 11, 12, 21, 23, 25, 29 (Étendue : 6 à 30).
    • Buts (Goals) : Somme des items 13, 18, 20R, 26, 33 (Étendue : 5 à 25).
    • Impulsions (Impulse) : Somme des items 3, 14, 19, 24R, 27, 32 (Étendue : 6 à 30).
    • Conscience (Awareness) : Somme des items 2R, 6R, 8R, 10R, 17R, 34R (Étendue : 6 à 30).
    • Stratégies (Strategies) : Somme des items 15, 16, 22R, 28, 30, 31, 35, 36 (Étendue : 8 à 40).
    • Clarté (Clarity) : Somme des items 1R, 4, 5, 7R, 9 (Étendue : 5 à 25).
  • Score Total DERS : Somme de l’ensemble des 36 items (après inversion des 11 items indiqués). L’étendue possible du score total va de 36 à 180 points. Des scores plus élevés reflètent des difficultés de régulation émotionnelle plus massives et invalidantes.
  • Interprétation normative : Selon l’étalonnage de Hallion et al. (2018), un score total autour de 89 correspond au 50e percentile d’une population adulte consultant en ambulatoire pour des troubles émotionnels. Un score total supérieur à 110-115 points indique une dysrégulation émotionnelle sévère, commune dans les états de crise borderline ou les décompensations de stress post-traumatique complexe.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2004 (premières présentations préliminaires en congrès en 2003).
  • Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle des docteures Kim L. Gratz et Lizabeth Roemer. L’article original a été publié dans le Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment (Springer Science+Business Media).
  • Politique d’utilisation et gratuité : L’échelle DERS a été mise à la disposition libre de la communauté scientifique internationale par ses auteures. Son utilisation est entièrement gratuite à des fins de recherche académique, de travaux universitaires non commerciaux et pour la pratique clinique diagnostique usuelle. Aucune redevance financière n’est exigée des praticiens indépendants.
  • Conditions de licence et d’adaptation : Toute reproduction commerciale à grande échelle, intégration dans des progiciels informatiques propriétaires payants ou modification des items originaux requiert l’accord écrit exprès des détentrices des droits et de l’éditeur de la revue source. La citation formelle de l’article princeps de 2004 est obligatoire dans tout rapport ou publication utilisant l’outil.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques aux normes APA (7e édition) fondant les bases scientifiques de l’instrument :

  • Bardeen, J. R., Fergus, T. A., & Orcutt, H. K. (2012). An examination of the latent structure of the Difficulties in Emotion Regulation Scale. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 34(3), 382–392. https://doi.org/10.1007/s10862-012-9280-y
  • Bjureberg, J., Ljótsson, B., Tull, M. T., Hedman, E., Sahlin, H., Lundh, L.-G., Bjärehed, J., Di Schiena, M., Quirico, E., & Gratz, K. L. (2016). Development and validation of a brief version of the Difficulties in Emotion Regulation Scale: The DERS-16. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 38(2), 284–296. https://doi.org/10.1007/s10862-015-9514-x
  • Dan-Glauser, E. S., & Scherer, K. R. (2013). The Difficulties in Emotion Regulation Scale (DERS): Factorizability and additional validation in a French-speaking sample. Swiss Journal of Psychology, 72(1), 5–15. https://doi.org/10.1024/1421-0185/a000096
  • Fowler, J. C., Charak, R., Elhai, J. D., Allen, J. G., Frueh, B. C., & Oldham, J. M. (2014). Construct validity and factor structure of the Difficulties in Emotion Regulation Scale among adults with severe mental illness. Journal of Psychiatric Research, 58, 175–180. https://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2014.07.029
  • Gratz, K. L., & Roemer, L. (2004). Multidimensional assessment of emotion regulation and dysregulation: Development, factor structure, and initial validation of the Difficulties in Emotion Regulation Scale. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 26(1), 41–54. https://doi.org/10.1023/B:JOBA.0000007455.08539.94
  • Gratz, K. L., Rosenthal, M. Z., Tull, M. T., Lejuez, C. W., & Gunderson, J. G. (2006). An experimental investigation of emotion dysregulation in borderline personality disorder. Journal of Abnormal Psychology, 115(4), 850–855. https://doi.org/10.1037/0021-843X.115.4.850
  • Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299. https://doi.org/10.1037/1089-2680.2.3.271
  • Hallion, L. S., Steinman, S. A., Tolin, D. F., & Diefenbach, G. J. (2018). Psychometric properties of the Difficulties in Emotion Regulation Scale (DERS) and its short forms in adults with emotional disorders. Frontiers in Psychology, 9, 539. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.00539
  • Kaufman, E. A., Xia, M., Fosco, G., Yaptangco, M., Skidmore, C. R., & Crowell, S. E. (2016). The Difficulties in Emotion Regulation Scale Short Form (DERS-SF): Validation and replication in adolescent and adult samples. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 38(3), 443–455. https://doi.org/10.1007/s10862-015-9529-3
  • Linehan, M. M. (1993). Cognitive-behavioral treatment of borderline personality disorder. Guilford Press.
  • Victor, S. E., & Klonsky, E. D. (2016). Validation of a brief version of the Difficulties in Emotion Regulation Scale (DERS-18) in five samples. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 38(4), 582–589. https://doi.org/10.1007/s10862-016-9547-9

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Please indicate how often the following statements apply to you by writing the appropriate number from the scale below on the line beside each item.
Response Scale: 5-point Likert scale: 1 = Almost never (0-10%), 2 = Sometimes (11-35%), 3 = About half the time (36-65%), 4 = Most of the time (66-90%), 5 = Almost always (91-100%)
Scoring / Reverse Items: Reverse-scored items: 1, 2, 6, 7, 8, 10, 17, 20, 22, 24, and 34. Total score is the sum of all items (higher scores indicate greater emotion regulation difficulties). Subscales include: Nonacceptance of emotional responses (Nonacceptance: items 11, 12, 21, 23, 25, 29), Difficulty engaging in goal-directed behavior (Goals: items 13, 18, 20R, 26, 33), Impulse control difficulties (Impulse: items 3, 14, 19, 24R, 27, 32), Lack of emotional awareness (Awareness: items 2R, 6R, 8R, 10R, 17R, 34R), Limited access to emotion regulation strategies (Strategies: items 15, 16, 22R, 28, 30, 31, 35, 36), and Lack of emotional clarity (Clarity: items 1R, 4, 5, 7R, 9).
1

I am clear about my feelings.
2

I pay attention to how I feel.
3

I experience my emotions as overwhelming and out of control.
4

I have no idea how I am feeling.
5

I have difficulty making sense out of my feelings.
6

I am attentive to my feelings.
7

I know exactly how I am feeling.
8

I care about what I am feeling.
9

I am confused about how I feel.
10

When I'm upset, I acknowledge my emotions.
11

When I'm upset, I become angry with myself for feeling that way.
12

When I'm upset, I become embarrassed for feeling that way.
13

When I'm upset, I have difficulty getting work done.
14

When I'm upset, I become out of control.
15

When I'm upset, I believe that I will remain that way for a long time.
16

When I'm upset, I believe that I'll end up feeling very depressed.
17

When I'm upset, I believe that my feelings are valid and important.
18

When I'm upset, I have difficulty focusing on other things.
19

When I'm upset, I feel out of control.
20

When I'm upset, I can still get things done.
21

When I'm upset, I feel ashamed with myself for feeling that way.
22

When I'm upset, I know that I can find a way to eventually feel better.
23

When I'm upset, I feel like I am weak.
24

When I'm upset, I feel like I can remain in control of my behaviors.
25

When I'm upset, I feel guilty for feeling that way.
26

When I'm upset, I have difficulty concentrating.
27

When I'm upset, I have difficulty controlling my behaviors.
28

When I'm upset, I believe there is nothing I can do to make myself feel better.
29

When I'm upset, I become irritated with myself for feeling that way.
30

When I'm upset, I start to feel very bad about myself.
31

When I'm upset, I believe that wallowing in it is all I can do.
32

When I'm upset, I lose control over my behaviors.
33

When I'm upset, I have difficulty thinking about anything else.
34

When I'm upset, I take time to figure out what I'm really feeling.
35

When I'm upset, it takes me a long time to feel better.
36

When I'm upset, my emotions feel overwhelming.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 16). Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-difficultes-regulation-emotionnelle-ders-2
Looti, Mohammed. “Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-difficultes-regulation-emotionnelle-ders-2.
Looti, Mohammed. “Échelle des Difficultés de Régulation Émotionnelle (DERS).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-difficultes-regulation-emotionnelle-ders-2.