1. Résumé / Abstract
L’Échelle de développement de la foi (Faith Development Scale, FDS), conçue par Michael Barnes, Dennis Doyle et Byron Johnson en 1989, constitue une opérationnalisation psychométrique pionnière de la théorie du développement de la foi élaborée par le théologien et psychologue américain James W. Fowler. Inspirée des travaux fondamentaux de Jean Piaget sur le développement cognitif, d’Erik Erikson sur le développement psychosocial et de Lawrence Kohlberg sur le raisonnement moral, la théorie de Fowler postule que la foi ne se réduit pas à un contenu doctrinal ou à une adhésion confessionnelle, mais représente une modalité structurelle de création de sens et d’orientation existentielle évoluant à travers des stades séquentiels et hiérarchisés.
Face à la lourdeur méthodologique du protocole initial d’entretien semi-structuré de Fowler (Faith Development Interview), Barnes, Doyle et Johnson ont développé un instrument papier-crayon auto-administré composé de 9 paires d’items à choix forcé (soit 18 énoncés au total). Plutôt que de prétendre diagnostiquer de manière absolue l’appartenance exclusive à un stade développemental, l’échelle appréhende la foi sous l’angle de « styles » préférentiels, opposant principalement une religiosité littérale, conventionnelle et institutionnelle (styles 2 et 3 de Fowler) à une foi symbolique, réflexive et conjonctive (styles 4 et 5). Les propriétés psychométriques initiales de l’instrument reposent principalement sur une validation concourante et discriminante établie auprès d’un échantillon normatif de 576 adultes répartis en trois groupes socioculturels et religieux distincts : un groupe de prière charismatique, des fidèles d’une paroisse catholique standard et un corps professoral de théologie et d’études religieuses. Les analyses discriminantes ont mis en évidence des taux de reclassement empirique remarquables (94 % pour le groupe de prière, 61 % pour les paroissiens et 81 % pour les théologiens), attestant de la sensibilité de l’outil pour différencier les modes de fonctionnement cognitivo-religieux.
2. Mots-clés / Keywords
Développement de la foi, James Fowler, psychologie de la religion, évaluation psychométrique, stades de foi, styles de foi, choix forcé, raisonnement moral, épistémologie génétique, cognition religieuse, validité discriminante, orientation symbolique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de développement de la foi a été conçue et standardisée par trois chercheurs de l’Université de Dayton (Ohio, États-Unis) :
- Michael Barnes, Ph.D. : Professeur au Département d’études religieuses (Department of Religious Studies), Université de Dayton, spécialiste de la psychologie de la religion, des sciences cognitives de la religion et du dialogue interreligieux.
- Dennis Doyle, Ph.D. : Professeur d’ecclésiologie et de théologie systématique au Département d’études religieuses, Université de Dayton, axant ses recherches sur l’articulation entre herméneutique théologique et développement spirituel.
- Byron Johnson, Ph.D. : Sociologue et criminologue, anciennement affilié au Département de sociologie de l’Université de Dayton, actuellement Distinguished Professor of Social Sciences et directeur du Baylor Institute for Studies of Religion (ISR) à l’Université Baylor (Texas). Courriel institutionnel : [email protected].
Le cadre conceptuel sous-jacent repose intégralement sur les contributions théoriques de James W. Fowler (1940–2015), ancien professeur de théologie et de développement humain à la Candler School of Theology de l’Université Emory (Atlanta, Géorgie) et directeur du Center for Research in Faith and Moral Development.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de développement de la foi est de fournir une mesure standardisée, rapide, quantitative et objective des styles cognitifs par lesquels les individus structurent leur foi et leur quête de sens ultime. Dans la monographie princeps de James Fowler (1981), Stages of Faith: The Psychology of Human Development and the Quest for Meaning, l’évaluation du développement de la foi reposait exclusivement sur une méthodologie clinique et qualitative lourde : le Faith Development Interview (FDI). Ce protocole d’entretien comprenait 25 questions ouvertes approfondies, nécessitait entre deux et quatre heures d’enregistrement par sujet, et exigeait des dizaines d’heures d’analyse textuelle par des juges hautement entraînés appliquant un manuel de codage complexe comptant des centaines de pages.
Cette barrière méthodologique a freiné l’expansion des recherches empiriques à grande échelle dans les départements de psychologie, de sociologie et de pastorale. Conscient de cet écueil, le trio de chercheurs Barnes, Doyle et Johnson (1989) s’est inspiré de la percée méthodologique réalisée par James Rest (1979, 1986) avec le Defining Issues Test (DIT). De la même façon que Rest a réussi à opérationnaliser la théorie du jugement moral de Lawrence Kohlberg au moyen d’un questionnaire standardisé à choix multiples sans recourir à l’entretien clinique moral de Kohlberg, Barnes et ses collaborateurs ont conçu un format court à choix forcé permettant d’inférer les structures de pensée religieuse des participants.
Sur le plan pratique et clinique, la FDS répond à plusieurs nécessités diagnostiques et exploratoires :
- Recherche fondamentale en psychologie de la religion : Étude des corrélats entre la complexité cognitive, l’ouverture d’esprit dogmatique, les préjugés sociaux et les modes d’appropriation religieuse.
- Accompagnement spirituel et counseling pastoral : Identification des crises de foi comme des transitions structurelles et développementales plutôt que comme des pathologies dépressives ou des pertes pures de croyance. L’échelle aide le praticien à comprendre si le consultant se situe dans une dynamique de rupture avec un système conventionnel (passage du stade 3 au stade 4) ou dans une intégration du paradoxe et de la métaphore (stade 5).
- Éducation religieuse et formation universitaire : Évaluation de l’impact des cursus théologiques, philosophiques et humanistes sur la maturation réflexive des étudiants et des séminaristes.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’échelle n’est ni l’orthodoxie religieuse (le fait de croire ou non à des dogmes spécifiques), ni la religiosité comportementale (fréquence de prière ou d’assistance au culte). Il s’agit de la structure de la foi, c’est-à-dire de la manière fondamentale dont une personne organise, interprète et donne sens à sa relation avec l’ultime, le monde social et elle-même. Fowler définit la foi comme une « activité relationnelle humaine universelle », transcendant les confessions institutionnelles et engageant l’imagination, la cognition et les valeurs prioritaires d’un individu.
Dans la formulation de Barnes, Doyle et Johnson (1989), le construit est opérationnalisé selon quatre styles dominants issus de la taxonomie à six stades de Fowler :
Style 2 : Foi mythique-littérale (Mythic-Literal Faith)
Correspondant sur le plan piagétien aux opérations concrètes, ce style est caractérisé par une compréhension narrative, linéaire et rigoureusement littérale des mythes et doctrines religieux. L’individu adhère à une vision anthropomorphique du divin. La réciprocité cosmique et morale est centrale : Dieu récompense mécaniquement les « bons » et punit les « méchants » selon une stricte justice rétributive. Les règles sont considérées comme extérieures, stables et non négociables. Dans l’échelle, ce style s’illustre par l’acceptation d’énoncés affirmant que la bénédiction divine dépend directement de l’obéissance ou que Dieu accorde des faveurs spécifiques à ceux qui se conforment à ses attentes.
Style 3 : Foi synthétique-conventionnelle (Synthetic-Conventional Faith)
Ce style émerge généralement à l’adolescence avec l’accès aux opérations formelles précoces. La foi joue ici un rôle d’ancrage identitaire dans un groupe d’appartenance signifiant (famille, paroisse, communauté). Les croyances et les valeurs sont intériorisées sous une forme tacite et non thématisée : la personne « baigne » dans la vision du monde de son groupe de référence sans avoir soumis ses présupposés à un examen critique rigoureux. L’autorité réside dans les figures institutionnelles légitimes ou dans le consensus communautaire. Toute remise en question de la doctrine est souvent vécue comme une trahison affective du lien groupal. Dans l’instrument, ce style est représenté par des propositions valorisant la loyauté inconditionnelle envers les dirigeants spirituels ou l’attachement affectif aux traditions reçues sans nécessité de cohérence rationnelle approfondie.
Style 4 : Foi individuative-réflexive (Individuative-Reflective Faith)
Ce style marque une rupture épistémologique majeure souvent provoquée par des conflits de valeurs ou des rencontres transculturelles à l’âge adulte. L’individu opère une dé-mythologisation de ses croyances d’origine : il assume la responsabilité personelle de son système de valeurs (« executive ego »). L’autorité est déplacée de l’extérieur (institution, pairs) vers l’intérieur (analyse logique, discernement rationnel personnel). La cohérence logique, l’absence de contradiction interne et la conformité aux exigences de l’argumentation rationnelle deviennent primordiales. Les énoncés correspondant à ce style dans la FDS mettent l’accent sur l’impératif de soumettre la foi à la logique, d’accepter l’examen critique des doctrines et de revendiquer l’autonomie du choix religieux individuel.
Style 5 : Foi conjonctive (Conjunctive Faith)
Atteint plus rarement, ce style correspond à la maturité de l’adulte d’âge mûr qui prend conscience des limites inhérentes à la rationalité formelle et à la catégorisation conceptuelle stricte. La foi conjonctive réintègre le mystère, le symbole, le paradoxe et l’ambiguïté. La vérité religieuse n’est plus envisagée comme une proposition logique exclusive, mais comme une réalité multidimensionnelle que nul système conceptuel ne peut épuiser. L’individu devient capable d’accueillir des perspectives théologiques différentes sans sentiment de menace pour sa propre identité. Dans l’échelle de Barnes et ses collègues, ce style est mesuré par le rejet de l’exclusivisme doctrinal, l’affirmation qu’aucun système religieux ne détient la totalité de la vérité finale et la valorisation de l’ouverture aux idées d’autrui au nom même de l’amour du prochain.
Les stades 1 (foi intuitive-projective, propre à la petite enfance) et 6 (foi universalisante, incarnée par des figures prophétiques telles que Gandhi, Martin Luther King ou Mère Teresa manifestant un décentrement total du soi au profit d’un engagement inconditionnel pour la justice cosmique) n’ont pas été inclus dans l’instrument en raison de leur inadéquation intrinsèque à un format d’auto-évaluation standardisé pour adultes.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de développement de la foi s’enracine à la croisée de la psychologie du développement cognitif-structural et de la théologie philosophique contemporaine. Le modèle fowlerien s’articule directement sur une triple filiation théorique :
1. L’épistémologie génétique de Jean Piaget
De Jean Piaget, Fowler emprunte l’idée centrale que le développement humain procède par restructurations successives des schèmes cognitifs au moyen des processus d’assimilation et d’accommodation. Chaque stade représente une structure d’ensemble (structure-of-the-whole) caractérisée par un équilibre particulier entre le sujet connaissant et son environnement. Le passage d’une compréhension littérale à une compréhension symbolique reflète la transition piagétienne des opérations concrètes vers les opérations formelles et post-formelles.
2. Le développement moral de Lawrence Kohlberg
L’influence de Lawrence Kohlberg est prépondérante dans l’architecture même de la théorie de Fowler. Fowler postule que la foi traverse des paliers analogues aux niveaux pré-conventionnel, conventionnel et post-conventionnel de Kohlberg. Le style 2 (mythique-littéral) correspond au stade pré-conventionnel orienté vers la rétribution ; le style 3 (synthétique-conventionnel) est parallèle au niveau conventionnel fondé sur l’approbation sociale et la conformité au groupe ; les styles 4 (individuatif-réflexif) et 5 (conjonctif) reflètent l’émergence d’une pensée post-conventionnelle guidée par des principes universels et critiques.
3. Le développement psychosocial d’Erik Erikson
D’Erik Erikson, Fowler tire la dimension existentielle et affective de la foi, comprise comme confiance fondamentale (basic trust). La succession des stades de la foi épouse le calendrier épigénétique eriksonien : la crise d’identité de l’adolescence fournit le carburant de la transition vers la foi synthétique-conventionnelle, tandis que les crises de l’intimité et de la générativité à l’âge adulte favorisent l’éclosion des stades individuatif-réflexif et conjonctif.
4. La théologie existentielle de Tillich et Niebuhr
Sur le versant théologique, Fowler s’appuie sur la définition de la foi avancée par Paul Tillich comme « état de préoccupation ultime » (ultimate concern) et sur l’analyse de H. Richard Niebuhr concernant la nature triadique de la confiance et de la fidélité humaines. La foi n’est pas comprise comme une adhésion intellectuelle passive à des credos, mais comme une manière dynamique d’habiter le monde, d’orienter ses désirs et de composer avec l’angoisse de la finitude.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle de développement de la foi ont fait l’objet de plusieurs investigations empiriques menées entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 :
Validité de construit et validité discriminante (Barnes, Doyle, & Johnson, 1989)
Dans l’étude fondatrice, les auteurs ont administré la FDS à un échantillon de 576 sujets issus de trois contextes religieux théoriquement supposés abriter des niveaux distincts de développement cognitivo-théologique :
- Groupe 1 (N = 81) : Membres d’un groupe de prière charismatique catholique, caractérisés par une spiritualité émotionnelle, dévotionnelle et une forte cohésion communautaire (attente théorique : prédominance des styles 2 et 3).
- Groupe 2 (N = 398) : Paroissiens réguliers d’une paroisse catholique urbaine de Dayton, Ohio, représentant une religiosité moyenne (attente théorique : mélange des styles 3 et 4).
- Groupe 3 (N = 97) : Enseignants et professeurs de théologie et de sciences religieuses d’universités et de séminaires catholiques, dotés d’une formation intellectuelle avancée (attente théorique : nette prédominance des styles 4 et 5).
Une analyse discriminante pas à pas a démontré la capacité exceptionnelle de l’échelle à différencier ces groupes selon le continuum littéral-symbolique : le modèle d’analyse discriminante a permis de reclasser correctement 94 % des membres du groupe de prière, 61 % des fidèles paroissiaux et 81 % des théologiens et professeurs universitaires. Le taux global de reclassement confirme une forte validité discriminante conforme aux hypothèses de complexification cognitive croissante prédites par la théorie.
Validité concourante avec l’Enquête des croyances religieuses
Afin de consolider la validité concourante de l’outil, Barnes, Doyle et Johnson (1989) ont parallèlement élaboré une « Enquête de croyances religieuses » composée de 20 paires d’énoncés portant sur les doctrines catholiques cardinales (création, résurrection, rédemption, autorité de l’Église). Dans chaque paire, une formulation était rigoureusement littérale et factuelle, tandis que l’autre adoptait un langage symbolique, métaphorique et existentiel. Les résultats ont révélé une congruence statistique quasi parfaite : les participants catégorisés par la FDS dans les styles 2 et 3 choisissaient de façon constante les énoncés doctrinaux littéraux, tandis que ceux catégorisés dans les styles 4 et 5 marquaient une préférence massive et statistiquement significative pour les formulations symboliques.
Validité convergente et divergences théoriques (Goldsmith et al., 1991, 1992)
W. Mack Goldsmith et ses collaborateurs ont élargi l’examen de la validité de l’échelle :
- Corrélation avec le jugement moral (DIT) : Goldsmith et Bayless (1991) ont mis en évidence une corrélation positive modérée entre le score de la FDS et l’indice P (score de raisonnement moral post-conventionnel) issu du Defining Issues Test de Rest. Ce résultat apporte une preuve empirique directe de l’hypothèse de Fowler selon laquelle le développement de la foi évolue de concert avec le développement moral kohlbergien sans s’y réduire totalement.
- Orientation religieuse intrinsèque vs extrinsèque : Les individus atteignant des scores élevés à la FDS (styles 4 et 5) manifestaient une orientation religieuse intrinsèque prépondérante (mesurée par l’échelle d’Allport et Ross), témoignant d’une internalisation authentique du sens spirituel, découplée du besoin de reconnaissance sociale ou de conformisme grégaire.
- Dogmatisme : Les études ultérieures de Goldsmith, Bayless et Hynes (1992) ont établi une corrélation inverse significative entre le niveau de style de foi et l’échelle de dogmatisme de Rokeach : les individus situés aux stades 4 et 5 présentaient des niveaux d’autoritarisme cognitif et de rigidité mentale notablement plus faibles que les individus des styles 2 et 3.
8. Fidélité / Reliability
La question de la fidélité psychométrique de l’Échelle de développement de la foi constitue historiquement le point le plus vulnérable de son dossier méthodologique. Dans la publication princeps de Barnes, Doyle et Johnson (1989), aucune donnée numérique relative à la consistance interne (tel que le coefficient alpha de Cronbach) ou à la stabilité temporelle (fidélité test-retest) n’a été communiquée par les concepteurs.
Cette carence découle en grande partie de la structure mathématique particulière de l’instrument :
- Nature ipsative du format à choix forcé : L’échelle confronte les sujets à 9 paires d’énoncés alternatifs. Ce format induit une dépendance statistique mécanique entre les options choisies (le choix d’une modalité entraîne automatiquement l’exclusion de l’autre), violant le postulat d’indépendance locale des items requis par le modèle classique des tests pour le calcul standard de l’alpha de Cronbach. L’application directe de l’alpha à des données purement ipsatives tend à biaiser substantiellement les estimations de fidélité, générant souvent des coefficients artificiellement tronqués ou erronés.
- Longueur réduite du questionnaire : Avec seulement 9 paires d’items couvrant potentiellement quatre stades de développement qualitatifs distincts, chaque stade n’est échantillonné que par un nombre très restreint d’occurrences. La théorie classique des tests enseigne que la consistance interne est directement corrélée à la longueur de l’échelle (loi de Spearman-Brown).
- Recherches ultérieures : Bien que des utilisateurs ultérieurs de l’échelle (notamment Goldsmith & Bayless, 1991) aient rapporté une stabilité satisfaisante des profils globaux dans des contextes universitaires et confessionnels, la communauté psychométrique s’accorde à considérer que la FDS ne dispose pas des indices de fiabilité classiques conventionnellement exigés pour un test diagnostique individuel. Elle doit être envisagée comme un outil d’exploration de groupe et de recherche fondamentale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dans l’article original de 1989, aucune analyse factorielle confirmatoire (AFC) ni analyse factorielle exploratoire (AFE) multivariée n’a été menée par Barnes, Doyle et Johnson, les auteurs ayant concentré leur dispositif de modélisation mathématique sur des analyses discriminantes multivariées (DA) destinées à maximiser la séparation entre leurs groupes critères.
Cependant, les implications factorielles du dispositif de mesure méritent une analyse psychométrique rigoureuse :
- Unidimensionalité apparente vs multidimensionnalité théorique : Sur le plan théorique, les stades de Fowler sont conçus comme des configurations qualitatives émergentes successives (modèle multidimensionnel séquentiel). Or, la confrontation de choix forcé imposée par la FDS polarise mécaniquement la variance le long d’un axe factoriel bipolaire unique. Cet axe latent oppose diamétralement l’orientation « littérale / conventionnelle / hétéronome » (pôles des stades 2 et 3) à l’orientation « symbolique / réflexive / autonome » (pôles des stades 4 et 5).
- Contraintes liées aux matrices de choix forcé : Les matrices de covariance issues de comparaisons par paires génèrent des valeurs propres particulières en analyse factorielle, car la corrélation moyenne entre les items ipsatifs est obligatoirement négative. Des réanalyses méthodologiques inspirées de la modélisation de Thurston pour les choix forcés (Maydeu-Olivares & Böckenholt) suggèrent que si l’on modélisait les items de la FDS sous forme d’équations structurelles modernes, on isolerait deux facteurs principaux latents : un facteur d’Autorité Institutionnelle et Rétribution (Styles 2-3) et un facteur de Complexité Symbolique et Autonomie Critique (Styles 4-5).
- Saturations théoriques des items : Dans les configurations observées, les items valorisant l’obéissance dogmatique (« Il est important de suivre les dirigeants auxquels Dieu a confié son église ») présentent des saturations fortement négatives sur l’axe de la pensée réflexive, tandis que les énoncés reconnaissant la relativité des credos humains (« Aucun ensemble de croyances religieuses ne représente la vérité totale et définitive pour tout le monde ») saturent massivement sur le pôle de la foi conjonctive.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique papier-crayon d’auto-évaluation (administrable également sous forme d’entretien oral guidé).
- Format des réponses : Technique des choix forcés par paires (forced-choice paired-comparison format). Le répondant doit obligatoirement choisir l’une des deux affirmations présentées, celle qui correspond le mieux à son propre mode de pensée.
- Nombre total d’items : 9 items doubles, totalisant 18 énoncés déclaratifs distincts.
- Temps moyen de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Population cible : Adultes et jeunes adultes issus de traditions religieuses chrétiennes (initialement catholiques, mais applicable aux dénominations protestantes historiques). L’instrument est inadapté aux jeunes enfants, aux personnes ayant une déficience intellectuelle ou à des personnes agnostiques/athées n’ayant jamais formulé de réflexion théologique personnelle.
- Protocole de cotation (Scoring) : Chaque proposition au sein des paires correspond à un « style » spécifique (style 2, 3, 4 ou 5) calqué sur les stades de Fowler. Le dépouillement consiste à dénombrer la fréquence des choix associés à chaque style :
- Un score majoritaire d’items orientés vers les styles 2 et 3 catégorise le sujet dans une orientation religieuse littérale-conventionnelle.
- Un score majoritaire d’items orientés vers les styles 4 et 5 le classe dans une orientation réflexive-symbolique.
- Certaines recherches ultérieures ont agrégé ces choix pour attribuer un indice pondéré global de développement cognitivo-religieux.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1989.
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’Échelle de développement de la foi a été publiée dans son intégralité au sein d’une revue scientifique universitaire à comité de lecture : la Review of Religious Research (organe de la Religious Research Association). L’article source relève du domaine des publications académiques régies par les éditions Springer / Religious Research Association.
- Tarification : L’utilisation de l’instrument dans le cadre exclusif de la recherche scientifique non commerciale et des travaux universitaires (mémoires, thèses) est libre de droits d’achat sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse de l’article source de Barnes, Doyle et Johnson (1989). Il n’existe aucun kit commercial payant ni droits de distribution privée à acquérir auprès d’un éditeur de tests commercial.
- Contact et autorisations : Pour toute réutilisation éditoriale intégrale ou adaptation à visée commerciale, l’autorisation formelle doit être sollicitée auprès des détenteurs de copyright de la Review of Religious Research.
12. Références / References
- Barnes, M., Doyle, D., & Johnson, B. (1989). The formulation of a Fowler Scale: An empirical assessment among Catholics. Review of Religious Research, 30(4), 412–420. https://doi.org/10.2307/3511475
- Fowler, J. W. (1981). Stages of faith: The psychology of human development and the quest for meaning. Harper & Row.
- Fowler, J. W. (1991a). The vocation of faith development theory. In J. W. Fowler, K. E. Nipkow, & F. Schweitzer (Eds.), Stages of faith and religious development: Implications for church, education, and society (pp. 19–36). Crossroad Publishing Company.
- Fowler, J. W. (1991b). Weaving the new creation: Stages of faith and the public church. Harper & Row.
- Goldsmith, W. M., & Bayless, S. L. (1991, August). Male and female seminarians’ personality and moral reasoning: Protestants, Catholics and Jews [Paper presentation]. 99th Annual Convention of the American Psychological Association, San Francisco, CA, United States.
- Goldsmith, W. M., Bayless, S. L., & Hynes, V. J. (1992, August). Faith development, moral development and values [Paper presentation]. 100th Annual Convention of the American Psychological Association, Washington, DC, United States.
- Kohlberg, L. (1976). Moral stages and moralization: The cognitive-developmental approach. In T. Lickona (Ed.), Moral development and behavior: Theory, research, and social issues (pp. 31–53). Holt, Rinehart & Winston.
- Rest, J. R. (1979). Development in judging moral issues. University of Minnesota Press.
- Rest, J. R. (1986). Manual for the Defining Issues Test: An objective test of moral development (3rd ed.). University of Minnesota Press.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les participants sont invités à lire attentivement chaque paire d’énoncés et à indiquer pour chacune des neuf situations l’affirmation (A ou B) qui correspond le plus fidèlement à leur propre sensibilité et manière de concevoir la foi et la vie spirituelle.
Item 1
A. Those who do what God wants are given special rewards. [Style 2]
B. God grants comfort and strength to those who are loyal and faithful. [Style 3]
Item 2
A. God can do whatever God wants without any particular reason. [Style 2]
B. It is important to try to make sense out of how God acts and why. [Style 4]
Item 3
A. A good way to relate to God is to do what God wants, so that God will help you in return. [Style 2]
B. It is best to think of God as utterly and freely giving. [Style 5]
Item 4
A. Following Christ with loving devotion is more important than having a thorough and correct understanding of true doctrine. [Style 3]
B. It is important to reflect on one’s beliefs to make them reasonable and logically coherent. [Style 4]
Item 5
A. True followers of Christ will often find themselves rejected by the world. [Style 3]
B. Most people in the world are doing their best to live decent lives. [Style 5]
Item 6
A. God’s revealed truth is meant for all people everywhere. [Style 3]
B. No set of religious beliefs is the whole and final truth for everyone. [Style 5]
Item 7
A. It is important to follow the leaders to whom God has entrusted his church. [Style 3]
B. Religious leaders must respect the need for reasonableness, consistency, and coherence in their interpretation of doctrines. [Style 4]
Item 8
A. It is often hard to understand why people are disloyal to their family and religion. [Style 3]
B. People have to make their own best choices about religion, even if it means following new ways. [Style 4]
Item 9
A. The moral teachings of the church are objectively valid for all people, even though many do not realize this. [Style 3]
B. Love of neighbor requires being open to new ideas and values. [Style 5]