1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’évaluation de la pensée future chez les adolescents (en anglais, Adolescent Future Thinking Rating Scale ou AFTRS ; Tang et al., 2024) constitue un instrument psychométrique novateur et multidimensionnel conçu pour évaluer la manière dont les adolescents et les jeunes adultes conceptualisent, anticipent et ressentent subjectivement leur avenir personnel. Alors que l’adolescence représente une étape charnière du développement psychologique caractérisée par des remaniements cognitifs et affectifs majeurs, la capacité d’élaborer une perspective prospective est intrinsèquement liée à la trajectoire de santé mentale, notamment en ce qui concerne l’émergence des troubles internalisés tels que la dépression majeure et les troubles anxieux.
L’AFTRS a été rigoureusement développée à partir d’entretiens qualitatifs initiaux menés auprès de la population cible, permettant de dégager sept thématiques centrales condensées en une architecture factorielle tripartite. L’instrument est disponible sous deux formats complémentaires : une version complète à 18 items (AFTRS-18) et une forme abrégée à 12 items (AFTRS-12), toutes deux validées auprès d’un échantillon communautaire d’adolescents et de jeunes adultes britanniques âgés de 16 à 25 ans. Les trois sous-échelles validées capturent des dimensions phénoménologiques distinctes : (1) les Inquiétudes relatives à la pensée future inadaptée (Concerns about Maladaptive Future Thinking), (2) la Positivité à l’égard de l’avenir (Future Positivity), et (3) la Capacité à visualiser l’avenir (Ability to Visualize the Future).
Sur le plan métrologique, l’AFTRS présente d’excellentes qualités psychométriques. La cohérence interne, évaluée par l’alpha de Cronbach, s’établit pour la version à 18 items à 0,90 (Inquiétudes), 0,92 (Positivité) et 0,79 (Visualisation), et pour la version à 12 items à 0,86, 0,87 et 0,79 respectivement. La fidélité test-retest à une semaine démontre une stabilité temporelle remarquable (coefficients compris entre 0,84 et 0,89, tous p < 0,001). L’analyse factorielle confirmatoire démontre un ajustement modéré à excellent du modèle à trois facteurs (expliquant 65,5 % de la variance pour l’AFTRS-18 et 69,8 % pour l’AFTRS-12). En outre, la validité convergente, discriminante et prédictive — particulièrement à l’égard des symptômes dépressifs et anxieux — en fait un outil de premier choix pour la recherche clinique, épidémiologique et le dépistage précoce.
2. Mots-clés / Keywords
Pensée future, adolescence, santé mentale des jeunes, prospection épisodique, projection dans l’avenir, validité psychométrique, fidélité test-retest, dépression, anxiété, visualisation cognitive, analyse factorielle, évaluation développementale.
3. Auteurs / Authors
L’AFTRS a été élaborée et validée par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en psychiatrie du développement, en psychologie clinique et en neurodéveloppement, principalement affiliés au King’s College London (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience – IoPPN) :
- Peiyao Tang : Département de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, King’s College London, Londres, Royaume-Uni. Identifiant ORCID : disponible dans les registres académiques officiels.
- Edmund Sonuga-Barke : Professeur de psychologie du développement, de psychiatrie et de neurosciences, Département de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, King’s College London, Londres, Royaume-Uni ; également affilié au Department of Child and Adolescent Psychiatry, Aarhus University, Danemark. Chercheur mondialement reconnu dans les troubles neurodéveloppementaux (TDAH) et la psychopathologie développementale. Identifiant ORCID : répertorié.
- Katarzyna Kostyrka-Allchorne : Chercheuse postdoctorale et psychologue, Department of Child and Adolescent Psychiatry, King’s College London, Royaume-Uni. Spécialiste de la régulation émotionnelle, de la cognition sociale et de la santé mentale chez les jeunes. Identifiant ORCID : répertorié.
- Jacqueline Phillips-Owen : Psychiatre pour enfants et adolescents, consultante clinique et chercheuse universitaire, King’s College London et Maudsley NHS Foundation Trust, Londres, Royaume-Uni.
4. Objectif / Purpose
La capacité de se projeter dans l’avenir, souvent qualifiée de pensée future épisodique (Episodic Future Thinking – EFT) ou de prospection, représente l’un des accomplissements cognitifs les plus sophistiqués de l’être humain. Durant la période de transition que constitue l’adolescence (approximativement de 10 à 25 ans), le cerveau subit une maturation structurelle et fonctionnelle intense, marquée par le remodelage du réseau du mode par défaut, le renforcement de la connectivité fronto-striatale et la myélinisation accrue des voies préfrontales. Ces remaniements biologiques s’accompagnent de défis psychosociaux critiques : choix d’orientation scolaire et professionnelle, émancipation vis-à-vis des figures parentales, négociation des relations interpersonnelles complexes et construction identitaire. Par conséquent, la manière dont un adolescent anticipe son avenir devient un baromètre direct de son bien-être psychologique.
L’objectif premier de l’AFTRS est de mesurer avec rigueur et spécificité les dimensions cognitives, émotionnelles et imaginatives de la pensée prospective chez les jeunes, comblant ainsi une lacune méthodologique majeure de la littérature scientifique. Jusqu’à la publication des travaux de Tang et al. (2024), la majorité des instruments disponibles présentaient des limitations substantielles :
- Inadéquation développementale : La plupart des échelles de temporalité ou d’optimisme (telles que le Life Orientation Test-Revised [LOT-R] ou la Zimbardo Time Perspective Inventory [ZTPI]) ont été étalonnées sur des populations adultes et échouent à capturer les spécificités phénoménologiques des doutes existentiels propres aux adolescents contemporains.
- Approches unidimensionnelles ou restrictives : De nombreuses mesures évaluent uniquement l’orientation temporelle globale ou le délai de gratification, sans distinguer la clarté phénoménologique de l’imagerie mentale (la capacité à visualiser mentalement des scènes futures) de la tonalité affective (l’optimisme face au futur) et des processus cognitifs dysfonctionnels (l’anticipation anxieuse, le catastrophisme ou l’évitement cognitif).
- Absence d’ancrage qualitatif ciblé : L’AFTRS a été spécifiquement conceptualisée à partir du discours spontané d’adolescents issus de la communauté, garantissant que les énoncés reflètent fidèlement les préoccupations actuelles (climat d’incertitude économique, pression scolaire, exigences sociales et craintes écologiques).
Sur le plan des applications cliniques et de la recherche, l’AFTRS répond à plusieurs impératifs :
- Dépistage précoce des troubles de l’humeur et anxieux : Des anomalies de la pensée prospective — telles qu’une atrophie de la positivité future ou, au contraire, une intrusion massive d’inquiétudes catastrophiques — constituent des marqueurs précoces et des facteurs de vulnérabilité cognitifs majeurs de la dépression et de l’anxiété généralisée.
- Évaluation des interventions psychothérapeutiques : L’échelle offre aux cliniciens pratiquant les thérapies cognitives et comportementales (TCC) ou les thérapies basées sur l’imagerie mentale un outil standardisé sensible au changement pour monitorer l’efficacité des protocoles ciblant la restructuration cognitive et l’entraînement à la visualisation positive.
- Recherche translationnelle en neurosciences cognitives : L’outil permet de corréler des auto-évaluations psychométriques robustes avec des paradigmes expérimentaux d’imagerie cérébrale fonctionnelle explorant le réseau cérébral prospectif (hippocampe, cortex préfrontal ventromédian, précunéus).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au cœur de l’AFTRS repose sur une conception tripartite de la pensée prospective chez l’adolescent. L’anticipation temporelle ne constitue pas un bloc monolithique, mais résulte de l’interaction dynamique entre des composantes métacognitives, affectives et perceptives-imaginatives. L’AFTRS capture cette architecture à travers trois sous-échelles fondamentales :
1. Inquiétudes relatives à la pensée future inadaptée (Concerns about Maladaptive Future Thinking)
Cette sous-échelle évalue l’expérience négative, envahissante ou intrusive liée à l’anticipation de l’avenir. Elle quantifie le degré auquel les projections dans le futur deviennent une source de détresse psychologique, d’accablement ou de rumination prospective. Plutôt que de simplement mesurer le pessimisme théorique, cette dimension explore la charge affective aversive et l’épuisement cognitif induits par l’obligation d’envisager le futur. Les jeunes présentant des scores élevés dans cette dimension rapportent des ruminations fréquentes, un sentiment d’impuissance face à l’inconnu, une propension à anticiper des scénarios d’échec ou d’effondrement personnel, et des tentatives d’évitement cognitif face aux échéances futures. Sur le plan psychopathologique, cette sous-échelle constitue le lien le plus direct avec les scores d’anxiété clinique et de dysphorie dépressive.
2. Positivité à l’égard de l’avenir (Future Positivity)
Cette dimension capture la valence affective positive, l’enthousiasme, l’espoir et l’agentivité associés à la trajectoire de vie future. Elle s’inscrit au carrefour de la théorie de l’optimisme dispositionnel et de la théorie de l’auto-détermination. Un score élevé reflète la conviction subjective que des événements gratifiants, enrichissants et épanouissants vont se produire, combinée à une croyance en sa propre capacité à influencer favorablement le cours des choses. Cette sous-échelle ne se limite pas à une absence d’anxiété : elle mesure une force psychologique active caractérisée par l’anticipation d’opportunités, la confiance dans ses compétences à venir et l’excitation joyeuse face aux étapes de vie adulte. Dans les modèles de psychopathologie développementale, la positivité future agit comme un puissant facteur de protection et de résilience face au stress chronique.
3. Capacité à visualiser l’avenir (Ability to Visualize the Future)
Cette troisième composante mesure la vivacité phénoménologique, la netteté et la clarté perceptive avec lesquelles un individu parvient à générer des représentations mentales détaillées de scènes futures. S’appuyant sur les travaux de la psychologie cognitive sur le voyage mental dans le temps (Mental Time Travel), cette sous-échelle opérationnalise l’aptitude à créer des simulations visuelles et contextuelles riches. Les adolescents dotés d’une haute capacité de visualisation peuvent « voir » avec précision les lieux, les actions, les protagonistes et le contexte spatial de leurs actions futures. À l’inverse, une incapacité à visualiser l’avenir se traduit par des représentations floues, nébuleuses, abstraites ou même par un vide imaginatif total (apparenté à l’aphantasie prospective). Cette difficulté à projeter des images mentales concrètes est fréquemment observée dans les épisodes dépressifs majeurs et entrave la planification stratégique ainsi que la motivation intrinsèque orientée vers un but.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’AFTRS est ancré dans plusieurs traditions théoriques majeures des neurosciences cognitives, de la psychologie différentielle et de la psychopathologie cognitive contemporaine :
La théorie de la prospection et du voyage mental dans le temps
Sur le plan cognitif, l’AFTRS prend appui sur les théories du voyage mental dans le temps développées par Thomas Suddendorf et Michael Corballis, ainsi que sur le modèle de simulation constructive de Daniel Schacter et Donna Addis (2007). Selon ces auteurs, la projection dans le futur (prospection épisodique) repose sur le même système neurocognitif que la mémoire épisodique du passé. L’individu extrait de manière flexible des détails autobiographiques passés pour construire et recomposer des scénarios prospectifs plausibles. Seligman et al. (2013) ont par la suite proposé que l’être humain soit fondamentalement défini non comme Homo sapiens, mais comme Homo prospectus, dont l’adaptation repose sur la génération continue d’évaluations prospectives. L’AFTRS applique ce cadre à l’adolescence, une phase développementale où le réseau du mode par défaut, responsable de la génération de ces représentations mentales, achève sa maturation fonctionnelle.
Le modèle cognitif de la dépression et la triade de Beck
L’AFTRS s’inspire directement du paradigme cognitif initié par Aaron T. Beck (1979). Selon la triade cognitive de la dépression, la pathologie thymique est sous-tendue par des schémas automatiques négatifs portant sur le soi, le monde et l’avenir. L’incapacité d’envisager des alternatives favorables et la prépondérance d’anticipations fatalistes ou catastrophistes constituent le cœur du désespoir (hopelessness), concept formalisé par Beck et Abramson. L’AFTRS enrichit ce cadre en démontrant que l’altération prospective chez l’adolescent ne réside pas uniquement dans une vision négative (capturée par la sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking), mais également dans un émoussement ou un déficit primaire de l’imagerie positive (Future Positivity et Ability to Visualize).
La théorie de l’inhibition prospective et l’anxiété
Dans l’anxiété clinique, la pensée future se caractérise par une hyper-réactivité aux menaces potentielles, associée à une intolérance à l’incertitude. L’anticipation future cesse d’être un guide adaptatif pour devenir un déclencheur d’appréhensions incontrôlables. L’AFTRS intègre cette dynamique métacognitive : les adolescents anxieux n’échouent pas nécessairement à imaginer le futur ; ils sont plutôt submergés par des scénarios de vulnérabilité personnelle, d’humiliation sociale ou d’incompétence, conduisant à des comportements d’évitement ou d’inhibition comportementale.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’AFTRS a été rigoureusement démontrée par Tang et al. (2024) à travers plusieurs analyses empiriques convergentes, discriminantes et prédictives menées sur des cohortes d’adolescents et de jeunes adultes au Royaume-Uni :
Validité convergente
La validité convergente a été solidement établie par l’analyse des corrélations de Pearson entre les scores des sous-échelles de l’AFTRS et divers instruments préexistants évaluant des dimensions temporelles et prospectives :
- La sous-échelle Future Positivity présente de fortes corrélations positives statistiquement significatives avec les échelles de perspective temporelle orientée vers le futur et les inventaires d’optimisme dispositionnel (ex. le Life Orientation Test-Revised, LOT-R), tout en corrélant négativement avec les scores de désespoir (Hopelessness Scale).
- La sous-échelle Ability to Visualize the Future montre des corrélations modérées à élevées avec les mesures de vivacité de l’imagerie visuelle (comme le Vividness of Visual Imagery Questionnaire – VVIQ) adaptées à la prospective épisodique.
- La sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking corrèle très fortement avec les mesures d’intolérance à l’incertitude, de rumination prospective et d’anxiété d’anticipation.
Validité discriminante
La validité discriminante a été testée et vérifiée en examinant les relations entre les dimensions de l’AFTRS et des construits cognitifs généraux ou des risques cognitifs non spécifiques (ex. l’impulsivité comportementale générale ou les capacités mnésiques de travail neutres). Les résultats ont révélé que l’AFTRS capture des variances spécifiques distinctes du fonctionnement exécutif général, confirmant que l’outil ne mesure pas une simple inattention ou une plainte cognitive diffuse, mais bien un construit phénoménologique et affectif propre à la cognition prospective.
Validité prédictive et concourante
L’AFTRS a démontré une excellente validité prédictive vis-à-vis des indicateurs cliniques majeurs de santé mentale chez les jeunes :
- Les deux versions (AFTRS-18 et AFTRS-12) sont hautement prédictives de la sévérité des symptômes de dépression (évalués via des échelles validées telles que le PHQ-9 ou la SMFQ) et d’anxiété (évaluée via le GAD-7).
- Dans les analyses de régression multiple, la sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking émerge comme le prédicteur indépendant le plus puissant des manifestations anxieuses et de la détresse psychologique globale, tandis qu’un faible score à la sous-échelle Future Positivity est prédictif du retrait affectif, de l’anhédonie et de la baisse de motivation académique.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’AFTRS ont fait l’objet d’une double évaluation : l’homogénéité interne des énoncés et la stabilité temporelle des mesures.
Cohérence interne
La consistance interne de l’instrument a été évaluée par le coefficient alpha de Cronbach ($\alpha$) au sein de la cohorte d’étalonnage. Les valeurs obtenues témoignent d’une excellente à très bonne homogénéité interne pour les deux formats d’échelle :
- Version complète (AFTRS-18) :
- Sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking (7 items) : $\alpha = 0,90$
- Sous-échelle Future Positivity (7 items) : $\alpha = 0,92$
- Sous-échelle Ability to Visualize the Future (4 items) : $\alpha = 0,79$
- Version abrégée (AFTRS-12) :
- Sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking (4 items) : $\alpha = 0,86$
- Sous-échelle Future Positivity (4 items) : $\alpha = 0,87$
- Sous-échelle Ability to Visualize the Future (4 items) : $\alpha = 0,79$
Ces indices confirment que même après une réduction substantielle du nombre d’items dans la forme à 12 questions (réduction de 7 à 4 items pour les deux premiers facteurs), l’instrument conserve une précision de mesure remarquable bien au-dessus du seuil psychométrique recommandé de 0,70 ou 0,80 pour les applications en recherche et en clinique.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle a été documentée au moyen d’une ré-administration standardisée à un intervalle d’une semaine dans un sous-échantillon communautaire. Les coefficients de corrélation intra-classe / Pearson confirment une haute stabilité des scores :
- Pour l’AFTRS-18 :
- Concerns about Maladaptive Future Thinking : $r = 0,87$ ($p < 0,001$)
- Future Positivity : $r = 0,89$ ($p < 0,001$)
- Ability to Visualize the Future : $r = 0,86$ ($p < 0,001$)
- Pour l’AFTRS-12 :
- Concerns about Maladaptive Future Thinking : $r = 0,84$ ($p < 0,001$)
- Future Positivity : $r = 0,85$ ($p < 0,001$)
- Ability to Visualize the Future : $r = 0,86$ ($p < 0,001$)
Ces données attestent que l’AFTRS évalue des dimensions cognitives et affectives suffisamment stables pour refléter des traits et des attitudes consolidées, tout en restant sensibles à d’éventuelles fluctuations développementales ou thérapeutiques à plus long terme.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La détermination et la confirmation de la structure latente de l’AFTRS ont suivi un protocole méthodologique séquentiel rigoureux en deux étapes, combinant des méthodes exploratoires et confirmatoires conformément aux standards psychométriques internationaux.
Analyse factorielle exploratoire (AFE) et Analyse en composantes principales (ACP)
Lors de la phase initiale d’élaboration, un ensemble expérimental d’items dérivés des entretiens thématiques a été soumis à une ACP avec rotation oblique (Promax ou Oblimin), tenant compte de l’inter-corrélation théorique attendue entre les dimensions affectives et imaginatives du futur :
- Trois composantes majeures se sont clairement détachées sur le graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell), présentant des valeurs propres initiales supérieures à 1 (critère de Kaiser).
- Dans le modèle initial à 18 items (AFTRS-18), ces trois facteurs expliquent un pourcentage cumulé de 65,5 % de la variance totale. Les 18 items présentaient tous de fortes saturations factorielles primaires (> 0,55) sur leur facteur respectif, sans saturation croisée problématique majeure.
- Afin de créer une version ultra-courte optimisée pour les grandes enquêtes épidémiologiques et le suivi clinique rapproché, une procédure de réduction a été opérée : les deux facteurs initiaux comprenant chacun 7 items (Concerns et Positivity) ont été réduits aux 4 items présentant les plus fortes saturations factorielles et la plus grande clarté conceptuelle, tandis que le facteur de visualisation (déjà composé de 4 items) a été intégralement conservé. Cette forme abrégée à 12 items (AFTRS-12) s’est avérée encore plus parcimonieuse, expliquant 69,8 % de la variance totale.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La validité structurelle du modèle trifactoriel a ensuite été mise à l’épreuve par modélisation par équations structurelles (CFA) sur un échantillon indépendant :
- AFTRS-18 : Le modèle à trois facteurs corrélés a affiché un ajustement modéré à bon aux données empiriques, expliquant 63,1 % de la variance globale.
- AFTRS-12 : Le modèle confirmatoire appliqué à la version à 12 items a démontré une adéquation statistique supérieure, avec des indices d’ajustement globalement meilleurs (expliquant 67,2 % de la variance dans l’AFC), caractérisés par un indice de comparabilité (CFI), un indice de Tucker-Lewis (TLI) plus élevés et une erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) plus favorable que ceux de la version complète.
Ces analyses factorielles confirment empiriquement que la pensée prospective chez l’adolescent s’organise selon une triade robuste : la valence positive (espoir/opportunités), la charge négative (ruminations/inquiétudes) et la compétence figurative (imagerie/visualisation).
10. Instrument de mesure / Instrument
L’AFTRS est un auto-questionnaire standardisé facile et rapide d’administration. Les caractéristiques techniques de l’instrument sont résumées ci-dessous :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (évaluation rapportée par le sujet).
- Population cible : Adolescents (13-17 ans), jeunes adultes (18-25 ans) et adultes émergents (jusqu’à 29 ans).
- Versions disponibles :
- AFTRS-18 : Forme standard comprenant 18 items (7 items pour les inquiétudes inadaptées, 7 items pour la positivité future, 4 items pour la capacité de visualisation). Idéale pour les évaluations cliniques approfondies et la recherche longitudinale détaillée.
- AFTRS-12 : Forme abrégée comprenant 12 items (4 items par sous-échelle). Hautement recommandée pour les cohortes épidémiologiques volumineuses, les protocoles répétés de type EMA (Ecological Momentary Assessment) ou les consultations de dépistage rapide.
- Format des réponses : Échelle de type Likert ordinale (généralement graduée de 1 [« Pas du tout d’accord » ou « Très rarement »] à 5 [« Tout à fait d’accord » ou « Très souvent »]).
- Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour l’AFTRS-18 ; moins de 2 à 3 minutes pour l’AFTRS-12.
- Calcul des scores et cotation :
- Chaque sous-échelle fait l’objet d’un calcul de score distinct, obtenu par la somme ou la moyenne des items constitutifs.
- Il est formellement déconseillé de fusionner l’ensemble des items en un score total unique sans pondération, car les trois facteurs représentent des dynamiques psychologiques différentes et orthogonales (par exemple, un adolescent peut présenter simultanément une forte capacité de visualisation et un niveau très élevé d’inquiétudes inadaptées).
- Un score élevé à la sous-échelle Concerns about Maladaptive Future Thinking signale une détresse prospective et un risque psychopathologique accru.
- Des scores élevés aux sous-échelles Future Positivity et Ability to Visualize the Future reflètent respectivement des ressources de résilience et des capacités intactes de simulation cognitive.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2024.
- Publication de référence : International Journal of Methods in Psychiatric Research (Tang, Sonuga-Barke, Kostyrka-Allchorne, & Phillips-Owen, 2024).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’article original de validation est publié sous licence Open Access (Creative Commons Attribution – CC BY 4.0), ce qui autorise une large diffusion académique. Toutefois, les items officiels du test demeurent protégés par le droit d’auteur intellectuel des auteurs et des éditeurs de la revue.
- Tarifs d’utilisation : L’accès et l’utilisation à des fins de recherche scientifique non commerciale ou d’enseignement universitaire sont généralement gratuits, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de la publication princeps. L’exploitation commerciale ou l’intégration dans des plateformes logicielles payantes requiert l’autorisation explicite préalable des détenteurs des droits.
- Contact pour l’obtention des items complets et des manuels : Les chercheurs et professionnels de santé souhaitant obtenir le protocole d’administration officiel, le libellé exact des items validés ou des grilles de cotation spécifiques doivent contacter le premier auteur (Peiyao Tang) ou l’équipe du Pr Edmund Sonuga-Barke au King’s College London (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience).
12. Références / References
Les publications fondatrices et les études scientifiques associées à l’échelle sont répertoriées ci-dessous conformément aux normes bibliographiques de l’APA (7e édition) :
- Atance, C. M., & O’Neill, D. K. (2001). Episodic future thinking. Trends in Cognitive Sciences, 5(12), 533–539. https://doi.org/10.1016/S1364-6613(00)01804-0
- Beck, A. T. (1979). Cognitive therapy of depression. Guilford Press.
- Schacter, D. L., & Addis, D. R. (2007). The cognitive neuroscience of constructive memory: Remembering the past and imagining the future. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 362(1481), 773–786. https://doi.org/10.1098/rstb.2007.2087
- Seligman, M. E., Railton, P., Baumeister, R. F., & Sripada, C. (2013). Navigating into the future or driven by the past. Perspectives on Psychological Science, 8(2), 119–141. https://doi.org/10.1177/1745691612474317
- Suddendorf, T., & Corballis, M. C. (2007). The evolution of foresight: What is mental time travel, and is it unique to humans? Behavioral and Brain Sciences, 30(3), 299–313. https://doi.org/10.1017/S0140525X07001975
- Tang, P., Sonuga‐Barke, E., Kostyrka‐Allchorne, K., & Phillips‐Owen, J. (2024). Young people’s future thinking and mental health: The development and validation of the Adolescent Future Thinking Rating Scale. International Journal of Methods in Psychiatric Research, 33(1), Article e1994. https://doi.org/10.1002/mpr.1994