1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’estime de soi collective (Collective Self-esteem Scale, CSES), développée en 1992 par les psychologues sociales Riia K. Luhtanen et Jennifer Crocker, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’opérationnalisation empirique de la composante collective du concept de soi. Alors que les échelles traditionnelles, à l’instar de l’échelle d’estime de soi de Rosenberg, mesurent exclusivement la dimension personnelle et individuelle de l’auto-évaluation (« suis-je une personne de valeur ? »), la CSES a été conçue pour saisir l’évaluation subjective qu’un individu porte sur ses identités sociales et ses appartenances à divers groupes catégoriels (définis par le genre, l’origine ethnique, la nationalité, la religion ou la classe socio-économique).
L’instrument se compose de 16 items structurés de manière équilibrée en quatre sous-échelles factoriellement distinctes (comportant chacune 4 items) : l’estime de son statut de membre (Membership esteem), l’estime collective privée (Private collective self-esteem), l’estime collective publique (Public collective self-esteem) et l’importance accordée à l’identité de groupe (Importance to Identity). Les participants expriment leur degré d’accord sur une échelle de réponse de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly disagree) à 7 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree), comprenant 8 items inversés destinés à neutraliser les biais d’acquiescement.
Sur le plan psychométrique, les études initiales menées par Luhtanen et Crocker (1992) auprès de multiples cohortes universitaires ont établi une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,88 pour les quatre sous-échelles et atteignant environ 0,85 pour l’échelle globale. La fidélité test-retest à six semaines s’est révélée robuste (coefficients de corrélation variant de 0,58 à 0,68). La validité factorielle confirmatoire démontre l’indépendance relative des quatre dimensions ainsi que leur distinction nette vis-à-vis de l’estime de soi personnelle, confirmant que l’estime de soi collective est un construit orthogonal prédisant de manière unique le bien-être psychologique, les préjugés intergroupes et les réactions identitaires face aux menaces stéréotypiques.
2. Mots-clés / Keywords
Estime de soi collective, identité sociale, théorie de l’identité sociale, Luhtanen et Crocker, appartenance groupale, psychométrie, concept de soi, relations intergroupes, bien-être psychologique, biais d’endogroupe, catégorisation sociale, validité factorielle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par :
- Riia K. Luhtanen, Ph.D. : Psychologue sociale et chercheuse associée au département de psychologie de l’Université d’État de New York à Buffalo (State University of New York at Buffalo) lors du développement de l’échelle, reconnue pour ses travaux pionniers sur l’évaluation empirique de l’identité collective et les dynamiques de groupe.
- Jennifer Crocker, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et titulaire de la chaire Julian J. Rothbaum au département de psychologie de l’Université d’État de l’Ohio (The Ohio State University) et anciennement professeure à l’Université du Michigan (Ann Arbor). Figure internationale majeure de la psychologie sociale, la Dre Crocker est mondialement renommée pour ses recherches sur les contingences de l’estime de soi (Contingencies of Self-Worth), la stigmatisation, les menaces identitaires et les motivations ego-systémiques versus éco-systémiques. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif central de l’Échelle d’estime de soi collective est d’opérationnaliser et de quantifier les variations interindividuelles relatives à la valorisation, l’évaluation et la centralité des identités sociales au sein de l’architecture globale du concept de soi. Durant plusieurs décennies, la recherche psychologique consacrée à l’estime de soi a été dominée par un paradigme individualiste, focalisé presque exclusivement sur les traits idiosyncrasiques, les compétences personnelles et les comparaisons interpersonnelles. Ce paradigme laissait inexplorée une proposition fondamentale des sciences sociales : une part substantielle de la valeur qu’un être humain s’attribue découle directement de son appartenance à des collectifs humains signifiants.
En s’appuyant sur la théorie de l’identité sociale formulée par Henri Tajfel et John Turner, Luhtanen et Crocker ont identifié une lacune méthodologique majeure : l’absence d’un instrument psychométrique standardisé capable d’évaluer la manière dont les individus jugent positivement ou négativement leurs groupes d’appartenance, ainsi que leur propre valeur en tant que membres de ces groupes. La CSES a donc été développée pour combler ce vide en fournissant un outil multidimensionnel applicable soit à l’ensemble des appartenances sociales d’un individu (version globale), soit à une identité sociale spécifique telle que la race, le genre, la nationalité ou l’affiliation professionnelle (versions adaptées du domaine).
Les applications de l’instrument s’étendent sur plusieurs champs disciplinaires majeurs :
- Psychologie sociale et relations intergroupes : L’échelle permet de disséquer les mécanismes sous-jacents aux préjugés, à la discrimination et au favoritisme endogroupal (in-group favoritism). Elle sert à examiner comment les individus réagissent lorsqu’un groupe auquel ils appartiennent est stigmatisé, dévalué ou menacé dans l’espace public.
- Psychologie clinique et santé mentale : La CSES est utilisée pour étudier le rôle protecteur de l’identité collective face aux stresseurs minoritaires. Une estime de soi collective élevée, en particulier sur les dimensions privée et d’appartenance, opère fréquemment comme un puissant bouclier psychologique contre les effets délétères de la discrimination perçue, réduisant les risques d’anxiété et d’épisodes dépressifs.
- Psychologie interculturelle : L’outil offre une grille d’analyse précieuse pour comparer les populations issues de cultures collectivistes et individualistes, démontrant que dans de nombreuses cultures interdépendantes (notamment en Asie de l’Est), l’estime de soi collective constitue un prédicteur de la satisfaction de vie bien plus déterminant que l’estime de soi personnelle.
- Psychologie des organisations : L’échelle permet d’évaluer l’identification organisationnelle, le sentiment d’appartenance à une équipe de travail, l’engagement professionnel et la rétention des talents au sein de structures diversifiées.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique d’estime de soi collective (Collective Self-esteem) renvoie à l’aspect du concept de soi qui émerge de la connaissance qu’a un individu de son appartenance à un ou plusieurs groupes sociaux, conjuguée à la valeur et à la signification émotionnelle qu’il attache à cette appartenance. Loin d’être un concept monolithique, Luhtanen et Crocker (1992) l’ont formalisé sous la forme d’un construit hiérarchique à quatre dimensions distinctes, chacune explorant un versant cognitif ou affectif spécifique de l’auto-évaluation sociale :
1. L’estime de son statut de membre (Membership Esteem)
Cette dimension évalue le jugement subjectif qu’un individu porte sur sa propre efficacité, son utilité et sa valeur en tant que membre des groupes sociaux auxquels il appartient. Il ne s’agit pas d’évaluer le groupe en tant que tel, mais de mesurer si la personne s’estime être un « bon » ou un « mauvais » participant au sein de ses collectifs. Un score élevé reflète le sentiment d’être un contributeur valable, coopératif et compétent (ex. item 1 : « I am a worthy member of the social groups I belong to » ; item 9 : « I am a cooperative participant in the social groups I belong to »). À l’inverse, un score faible signale un sentiment d’inutilité ou d’incompétence intragroupale (ex. item 13 inversé : « I often feel I’m a useless member of my social groups »).
2. L’estime collective privée (Private Collective Self-esteem)
Cette facette représente le jugement personnel, interne et subjectif que l’individu porte sur la valeur globale et la désirabilité de ses groupes d’appartenance. Elle capture la fierté intime et l’évaluation affective positive éprouvée à l’égard de l’endogroupe, indépendamment de ce que le monde extérieur en pense. Un individu présentant un score élevé sur cette dimension éprouve une réelle satisfaction à faire partie de ses groupes et les perçoit intrinsèquement nobles, moraux et constructifs (ex. item 6 : « In general, I’m glad to be a member of the social groups I belong to » ; item 14 : « I feel good about the social groups I belong to »). Un score défavorable indique de la rancœur, du regret ou un sentiment de honte intériorisée vis-à-vis des groupes de rattachement (ex. item 2 inversé : « I often regret that I belong to some of the social groups I do »).
3. L’estime collective publique (Public Collective Self-esteem)
Cette sous-échelle évalue la perception qu’a l’individu du regard porté par la société et les membres de l’exogroupe sur ses propres groupes d’appartenance. Il s’agit d’une estimation de la réputation sociale, du respect et du prestige attribués au groupe par le public extérieur (ex. item 3 : « Overall, my social groups are considered good by others » ; item 11 : « In general, others respect the social groups that I am a member of »). Cette dimension est cruciale pour l’analyse de la stigmatisation : les membres de minorités marginalisées ou discriminées peuvent maintenir une estime privée très élevée (fierté communautaire) tout en enregistrant des scores particulièrement faibles en estime collective publique (conscience aiguë des préjugés sociétaux à leur encontre, comme mesuré par l’item 15 inversé : « In general, others think that the social groups I am a member of are unworthy »).
4. L’importance accordée à l’identité (Importance to Identity)
Cette dernière composante quantifie la centralité psychologique et la saillance des appartenances groupales dans la définition globale que l’individu donne de lui-même. Elle évalue dans quelle mesure les catégories sociales constituent un ancrage fondamental de l’identité personnelle ou, au contraire, un aspect périphérique sans incidence majeure sur la structure du moi. Un score élevé atteste que l’identité sociale est un pilier constitutif de la personnalité du sujet (ex. item 8 : « The social groups I belong to are an important reflection of who I am » ; item 16 : « In general, belonging to social groups is an important part of my self-image »). Pour les individus ayant un score bas, les appartenances catégorielles sont perçues comme triviales, contingentes ou secondaires comparées à leurs attributs strictement individuels (ex. item 4 inversé : « Overall, my group memberships have very little to do with how I feel about myself »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage conceptuel de la CSES repose prioritairement sur la Théorie de l’Identité Sociale (SIT, Social Identity Theory), conceptualisée dans les années 1970 par Henri Tajfel et approfondie par John Turner, ainsi que sur ses prolongements dans la Théorie de l’Auto-Catégorisation (SCT, Self-Categorization Theory). Selon ce corpus théorique, le concept de soi individuel n’est pas une entité unitaire et isolée, mais un système dynamique et multidimensionnel composé de deux sous-systèmes fondamentaux en constante interaction :
- L’identité personnelle : ensemble des représentations qu’un sujet possède de lui-même sur la base de ses traits de personnalité idiosyncrasiques, de ses goûts, de ses aptitudes spécifiques et de son histoire autobiographique (niveau interpersonnel de comparaison « moi versus toi »).
- L’identité sociale : définie par Tajfel comme « cette partie du concept de soi d’un individu qui résulte de sa connaissance de son appartenance à un groupe social (ou à des groupes sociaux), ainsi que de la valeur et de la signification émotionnelle qu’il attache à cette appartenance » (niveau intergroupe de comparaison « nous versus eux »).
L’un des postulats cardinaux de la théorie de l’identité sociale stipule que les individus sont animés par une motivation fondamentale à acquérir et à maintenir une identité sociale positive. Cette recherche d’une auto-évaluation positive s’opérationnalise par la quête d’une « distinctivité positive » de l’endogroupe par rapport aux exogroupes pertinents sur des dimensions de comparaison valorisées. Lorsque l’endogroupe bénéficie d’un statut avantageux et respecté, ses membres en retirent un bénéfice psychologique direct qui rehausse leur estime globale.
Cependant, Luhtanen et Crocker ont identifié une faille théorique et empirique majeure dans les tests traditionnels de cette théorie : les chercheurs tentaient systématiquement de corréler des phénomènes typiquement collectifs (tels que le favoritisme endogroupal ou la discrimination envers l’exogroupe) avec des instruments mesurant l’estime de soi personnelle, comme l’échelle de Rosenberg. Or, les résultats empiriques demeuraient contradictoires et faiblement réplicables. Luhtanen et Crocker ont alors démontré qu’en vertu du principe de compatibilité de Fishbein et Ajzen, un comportement ou un préjugé intergroupe (phénomène de niveau collectif) ne peut être prédit de manière consistante par une mesure de niveau personnel, mais requiert une mesure calibrée au même niveau d’abstraction : l’estime de soi collective.
En outre, l’élaboration de la CSES s’est nourrie des travaux de James (1890) et de Cooley (1902) sur le concept du « soi en miroir » (looking-glass self), qui a inspiré la sous-échelle d’estime publique, reconnaissant que le regard de la communauté façonne inévitablement les représentations internes de l’individu. De même, les distinctions opérées par Rosenberg (1979) entre les différents aspects de l’évaluation du soi ont servi de matrice cognitive pour subdiviser l’estime collective en perceptions internes (privées), externes (publiques) et d’efficacité personnelle au sein du collectif (qualité de membre).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle d’estime de soi collective a été rigoureusement établie à travers une série d’études empiriques publiées dans l’article séminal de Luhtanen et Crocker (1992), puis confirmée par de nombreuses réplications internationales indépendantes.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée en examinant les relations entre les quatre sous-échelles de la CSES et des construits psychologiques théoriquement congruents :
- Bien-être psychologique : Les sous-échelles d’estime collective privée et d’estime du statut de membre présentent des corrélations positives modérées et significatives avec la satisfaction de vie (mesurée par l’échelle de Diener) et l’affect positif, avec des coefficients variant typiquement entre r = 0,30 et r = 0,45 (p < 0,001).
- Affect négatif et symptômes dépressifs : Des corrélations négatives robustes sont observées entre l’estime collective privée et les échelles de dépression (BDI) ou d’anxiété (corrélations de l’ordre de r = -0,25 à -0,38). Les individus qui valorisent positivement leurs groupes d’appartenance manifestent une vulnérabilité psychologique significativement atténuée.
- Identité ethnique : Lors de validations menées auprès de minorités ethniques (notamment avec le Multigroup Ethnic Identity Measure – MEIM de Phinney), des corrélations fortes (r > 0,60) ont été établies entre la sous-échelle d’importance pour l’identité et l’affirmation identitaire ethnique.
Validité discriminante
Un enjeu scientifique crucial lors du développement de la CSES consistait à prouver que l’estime collective ne constituait pas un simple duplicat ou un épiphénomène de l’estime de soi personnelle. Luhtanen et Crocker (1992) ont administré conjointement la CSES et l’échelle d’estime de soi personnelle de Rosenberg (RSE) :
- Bien que corrélées positivement de façon modérée (corrélations comprises entre r = 0,30 et r = 0,40 pour les sous-échelles « Membre » et « Privée »), les deux échelles partagent moins de 16 % de variance commune, démontrant une nette indépendance empirique.
- La sous-échelle « Importance pour l’identité » s’est avérée quasi orthogonale à l’estime de soi personnelle (corrélations variant entre r = -0,05 et r = 0,10, non significatives), confirmant que le fait de considérer ses appartenances sociales comme centrales dans sa définition de soi ne dépend en rien du niveau d’auto-évaluation personnelle de l’individu.
- L’analyse en régression hiérarchique a montré que la CSES explique une part de variance incrémentielle significative dans la prédiction de l’adaptation psychologique et du sentiment de solitude, au-delà de ce qui est prédit par les traits de personnalité du Big Five et l’estime de soi personnelle.
Validité prédictive et expérimentale
Sur le plan prédictif, l’étude 2 et l’étude 3 de Luhtanen et Crocker (1992) ont exposé des participants à des situations expérimentales de rétroaction menaçante (échec attribué à l’endogroupe). Les résultats ont mis en lumière la capacité prédictive remarquable de l’instrument : face à une menace dirigée vers le groupe, seuls les individus affichant un score élevé en « Importance pour l’identité » et en « Estime collective privée » recouraient au favoritisme endogroupal défensif pour restaurer leur intégrité psychologique. De plus, Crocker et ses collègues (1994) ont confirmé la validité prédictive de la sous-échelle « Estime publique » dans la détection précoce du stress d’acculturation et des réactions aux micro-agressions au sein de contextes universitaires multiculturels.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’Échelle d’estime de soi collective ont été testées de façon approfondie, tant sous l’angle de la cohérence interne que de la stabilité temporelle.
Consistance interne
Dans l’échantillon princeps de validation (N = 819 étudiants universitaires) ainsi que dans les cohortes de réplication ultérieures (N = 313 et N = 188), les coefficients alpha de Cronbach obtenus pour l’échelle globale de 16 items se situaient régulièrement entre 0,83 et 0,88, indiquant une excellente homogénéité d’ensemble. En analysant la consistance interne de chaque sous-échelle de 4 items, les coefficients rapportés par Luhtanen et Crocker (1992) sont les suivants :
- Estime de son statut de membre (Membership esteem) : α compris entre 0,71 et 0,76.
- Estime collective privée (Private collective self-esteem) : α compris entre 0,76 et 0,81.
- Estime collective publique (Public collective self-esteem) : α compris entre 0,78 et 0,83.
- Importance accordée à l’identité (Importance to Identity) : α compris entre 0,73 et 0,80.
Ces indices sont remarquablement solides pour des sous-échelles brèves ne comportant que quatre items chacune, respectant amplement le seuil psychométrique standard d’acceptabilité fixé à 0,70 par Nunnally pour la recherche en sciences comportementales.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de participants réévalués après un intervalle de six semaines. Les coefficients de corrélation test-retest se sont révélés très satisfaisants :
- Estime de son statut de membre : r = 0,58 (p < 0,001)
- Estime collective privée : r = 0,68 (p < 0,001)
- Estime collective publique : r = 0,65 (p < 0,001)
- Importance accordée à l’identité : r = 0,68 (p < 0,001)
- Échelle totale de la CSES : r = 0,68 (p < 0,001)
Ces données démontrent que l’estime de soi collective fonctionne véritablement comme une disposition psychologique stable de type « trait » tout en conservant une sensibilité écologique adéquate pour enregistrer d’éventuelles fluctuations contextuelles induites par des événements sociopolitiques majeurs.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de la structure interne de la CSES a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales, suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) sur des échantillons indépendants.
Analyses factorielles exploratoires initiales
Dans l’étude 1 de Luhtanen et Crocker (1992), une analyse factorielle en composantes principales avec rotation oblique (Promax) a été réalisée sur un ensemble initial de plus de 40 items expérimentaux. Après élimination des items présentant des saturations croisées indésirables ou des saturations primaires inférieures au seuil critique de 0,40, la solution factorielle finale s’est stabilisée de façon limpide autour de quatre facteurs majeurs dotés de valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0, expliquant ensemble plus de 55 % de la variance totale des scores :
- Facteur 1 (Importance pour l’identité) : saturation des items 4, 8, 12 et 16 variant de 0,59 à 0,82.
- Facteur 2 (Estime collective publique) : saturation des items 3, 7, 11 et 15 variant de 0,61 à 0,84.
- Facteur 3 (Estime collective privée) : saturation des items 2, 6, 10 et 14 variant de 0,58 à 0,81.
- Facteur 4 (Estime du statut de membre) : saturation des items 1, 5, 9 et 13 variant de 0,53 à 0,79.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et invariance de mesure
Des travaux confirmatoires ultérieurs (notamment Crocker et al., 1994 ; Ethier & Deaux, 1994) ont comparé plusieurs modèles concurrents par modélisation d’équations structurelles (SEM) : un modèle unifactoriel global, un modèle à deux facteurs (dimensions affective/évaluative vs cognitive) et le modèle à quatre facteurs corrélés originel.
Les indices d’ajustement du modèle théorique à 4 facteurs se sont systématiquement révélés très supérieurs à ceux des modèles alternatifs :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,93
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,91
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06 (intervalle de confiance à 90 % : [0,048 ; 0,068])
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) < 0,05
De surcroît, les tests d’invariance de mesure (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) conduits à travers différentes sous-populations (hommes vs femmes ; groupes majoritaires caucasiens vs minorités afro-américaines et hispaniques) ont apporté la preuve que la structure à quatre facteurs sous-jacente est invariante selon le genre et l’appartenance ethnique, garantissant ainsi l’exactitude des comparaisons de moyennes entre groupes sans biais métrique d’instrumentation.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure présente une structure rigoureusement opérationnalisée :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique sur support papier-crayon ou format informatisé / en ligne.
- Nombre d’items : 16 énoncés déclaratifs rédigés sous forme affirmative ou négative.
- Format d’administration : Environ 5 à 10 minutes de passation en contexte individuel ou collectif.
- Échelle de réponse : 7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Disagree somewhat, 4 = Neutral, 5 = Agree somewhat, 6 = Agree, 7 = Strongly agree).
- Structure des sous-échelles :
- Estime de son statut de membre (Membership esteem) : Items 1, 5 [R], 9, 13 [R].
- Estime collective privée (Private collective self-esteem) : Items 2 [R], 6, 10 [R], 14.
- Estime collective publique (Public collective self-esteem) : Items 3, 7 [R], 11, 15 [R].
- Importance accordée à l’identité (Importance to Identity) : Items 4 [R], 8, 12 [R], 16.
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Inversion préalable : Huit items formulés négativement doivent impérativement être inversés avant tout calcul : Items 2, 4, 5, 7, 10, 12, 13, et 15. La règle d’inversion sur l’échelle en 7 points est la suivante : (Score Inversé = 8 – Réponse brute), ce qui transforme 1 en 7, 2 en 6, 3 en 5, 4 en 4, 5 en 3, 6 en 2 et 7 en 1.
- Scores des sous-échelles : Pour chaque sous-échelle, additionner les scores des 4 items correspondants (après inversion des items négatifs) puis diviser la somme obtenue par 4. Cela génère un score moyen par dimension compris entre 1,00 et 7,00.
- Score global : Bien que l’utilisation analytique distincte des 4 sous-échelles soit fortement recommandée par les auteurs en raison de leur spécificité théorique, un score composite moyen d’estime de soi collective globale peut être obtenu en sommant les 16 items recodés et en divisant le total par 16.
- Interprétation : Les scores supérieurs à 4,00 reflètent une orientation positive ou une centralité élevée ; un score de 4,00 correspond à la neutralité ; des scores inférieurs à 4,00 témoignent d’une auto-évaluation collective négative ou dévaluée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1992.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus originellement par l’American Psychological Association (APA) et la Society for Personality and Social Psychology (SPSP) au titre de la publication dans Personality and Social Psychology Bulletin.
- Statut d’utilisation et permissions : L’Échelle d’estime de soi collective est mise à disposition gratuitement dans le cadre de la recherche académique, de l’enseignement universitaire et des contextes cliniques à but non lucratif. Aucune autorisation formelle préalable n’est exigée des auteurs pour une utilisation scientifique non commerciale, à la condition expresse de citer rigoureusement l’article princeps de référence (Luhtanen & Crocker, 1992).
- Utilisation commerciale : Toute intégration de l’instrument dans des logiciels payants, des programmes de conseil commercial ou des bilans d’évaluation d’entreprise requiert une autorisation contractuelle explicite auprès de l’éditeur ou des ayants droit.
- Adaptation contextuelle : Les auteurs autorisent explicitement la modification du préambule et des énoncés pour cibler une catégorie sociale précise (ex. : remplacer « social groups » par « mon groupe ethnique », « mon groupe de genre » ou « mon université »), sous réserve que cette spécification soit documentée dans les publications résultantes.
12. Références / References
- Crocker, J., & Luhtanen, R. (1990). Collective self-esteem and ingroup bias. Journal of Personality and Social Psychology, 58(1), 60–67. https://doi.org/10.1037/0022-3514.58.1.60
- Crocker, J., Luhtanen, R., Blaine, B., & Broadnax, S. (1994). Collective self-esteem and psychological well-being among White, Black, and Asian college students. Personality and Social Psychology Bulletin, 20(5), 503–513. https://doi.org/10.1177/0146167294205007
- Ethier, K. A., & Deaux, K. (1994). Negotiating social identity when contexts change: Maintaining identification and responding to threat. Journal of Personality and Social Psychology, 67(2), 243–251. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.2.243
- Luhtanen, R., & Crocker, J. (1991). Self-esteem and intergroup evaluations: Ingroup bias as a function of personal and collective self-esteem. Journal of Experimental Social Psychology, 27(1), 1–18. https://doi.org/10.1016/0022-1031(91)90040-T
- Luhtanen, R., & Crocker, J. (1992). A collective self-esteem scale: Self-evaluation of one’s social identity. Personality and Social Psychology Bulletin, 18(3), 302–318. https://doi.org/10.1177/0146167292183006
- Phinney, J. S. (1992). The Multigroup Ethnic Identity Measure: A new scale for use with diverse groups. Journal of Adolescent Research, 7(2), 156–176. https://doi.org/10.1177/074355489272003
- Rosenberg, M. (1965). Society and the adolescent self-image. Princeton University Press. https://doi.org/10.1515/9781400876136
- Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The social psychology of intergroup relations (pp. 33–47). Brooks/Cole.
- Turner, J. C., Hogg, M. A., Oakes, P. J., Reicher, S. D., & Wetherell, M. S. (1987). Rediscovering the social group: A self-categorization theory. Basil Blackwell.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
INSTRUCTIONS: We are all members of different social groups or social categories. Some of such social groups or categories pertain to gender, race, religion, nationality, ethnicity, and socioeconomic class. We would like you to consider your memberships in those particular groups or categories, and respond to the following statements on the basis of how you feel about those groups and your memberships in them. There are no right or wrong answers to any of these statements; we are interested in your honest reactions and opinions. Please read each statement carefully, and respond by using the following scale from 1 to 7:
Response Scale:
7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Disagree somewhat, 4 = Neutral, 5 = Agree somewhat, 6 = Agree, 7 = Strongly agree)
- I am a worthy member of the social groups I belong to.
- I often regret that I belong to some of the social groups I do.
- Overall, my social groups are considered good by others.
- Overall, my group memberships have very little to do with how I feel about myself.
- I feel I don’t have much to offer to the social groups I belong to.
- In general, I’m glad to be a member of the social groups I belong to.
- Most people consider my social groups, on the average, to be more ineffective than other social groups.
- The social groups I belong to are an important reflection of who I am.
- I am a cooperative participant in the social groups I belong to.
- Overall, I often feel that the social groups of which I am a member are not worthwhile.
- In general, others respect the social groups that I am a member of.
- The social groups I belong to are unimportant to my sense of what kind of a person I am.
- I often feel I’m a useless member of my social groups.
- I feel good about the social groups I belong to.
- In general, others think that the social groups I am a member of are unworthy.
- In general, belonging to social groups is an important part of my self-image.