1. Résumé / Abstract
L’Échelle des valeurs personnelles de beauté (Personal Beauty Values Scale [PBVS] ; Glückstad et al., 2025) constitue un instrument psychométrique multidimensionnel conçu pour évaluer de manière empirique et transculturelle les valeurs attribuées à la beauté physique et esthétique chez les individus adultes. Développée selon des standards méthodologiques rigoureux de construction d’échelles, la PBVS a fait l’objet d’un processus de validation approfondi reposant sur des échantillons indépendants recrutés aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon et au Danemark. Initialement articulé autour d’un ensemble préliminaire de 27 items formulés en langue anglaise, le modèle a été purifié par le biais d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires pour aboutir à une version définitive et parcimonieuse comprenant 14 items répartis sur cinq dimensions factorielles fondamentales : la perfection culturelle sans défaut (Cultural Flawlessness [CF]), la convenance sociale (Social Appropriateness [SA]), l’amélioration de soi (Self-Improvement [SI]), l’unicité naturelle (Natural Uniqueness [NU]) et la beauté intérieure (Inner Beauty [IB]).
L’administration repose sur un format de réponse de type Likert en six points, allant de 1 (« s’applique tout à fait ») à 6 (« ne s’applique pas du tout »). Les propriétés psychométriques de la PBVS démontrent une excellente adéquation aux données empiriques. L’analyse factorielle confirmatoire atteste de la robustesse structurelle du modèle à cinq facteurs (χ2 = 117,117, df = 67 ; CFI = 0,971 ; RMSEA = 0,047 ; SRMR = 0,048 ; variance totale expliquée de 71,071 %). La validité convergente est étayée par des valeurs de variance moyenne extraite (AVE) systématiquement supérieures au seuil conventionnel de 0,50, tandis que la validité discriminante est établie selon le critère strict du ratio hétérotrait-monotrait (HTMT < 0,85). En termes de cohérence interne, l'alpha de Cronbach et l'oméga de McDonald dépassent le seuil de 0,70 pour quatre dimensions, la dimension de convenance sociale présentant des indices légèrement inférieurs mais psychométriquement acceptables. La fidélité test-retest à un intervalle de 14 à 20 jours met en évidence une stabilité temporelle modérée (coefficients de corrélation intraclasse compris entre 0,505 et 0,609 pour les sous-dimensions, et de 0,676 pour l'échelle globale). En outre, des analyses factorielles confirmatoires multi-groupes (MG-CFA) démontrent l'invariance métrique et scalaire selon le genre et l'âge, ainsi qu'une invariance métrique complète entre contextes géographiques (États-Unis, Japon, Danemark), faisant de la PBVS un outil fondamental pour la recherche interculturelle, la psychologie sociale, l'étude des comportements de consommation cosmétique et l'analyse de l'image corporelle.
2. Mots-clés / Keywords
Valeurs de beauté, esthétique personnelle, psychométrie transculturelle, image corporelle, convenance sociale, perfection physique, amélioration de soi, beauté intérieure, authenticité esthétique, comparaison sociale, invariance de mesure, chirurgie esthétique.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des valeurs personnelles de beauté a été conçue, développée et validée par une équipe internationale de chercheurs en psychologie, en sciences de gestion et en sociologie quantitative :
- Fumiko Kano Glückstad : Département de gestion, société et communication (Department of Management, Society and Communication), Copenhagen Business School, Frederiksberg, Danemark. Courriel institutionnel : [email protected]
- Hiromi Kobayashi : Laboratoires de recherche de KOSE Corporation (KOSE Corporation Research Laboratories), Tokyo, Japon.
- Daniel Seddig : Institut de recherche criminologique de Basse-Saxe (Criminological Research Institute of Lower Saxony [KFN]), Hanovre, Allemagne.
- Eldad Davidov : Institut de sociologie et de psychologie sociale, Faculté de gestion, d’économie et de sciences sociales (Faculty of Management, Economics and Social Sciences, Institute of Sociology and Social Psychology), Université de Cologne, Cologne, Allemagne. Identifiant ORCID : 0000-0002-3396-969X
- Rie Nakamura : Laboratoires de recherche de KOSE Corporation (KOSE Corporation Research Laboratories), Tokyo, Japon.
4. Objectif / Purpose
L’Échelle des valeurs personnelles de beauté (PBVS) a été conçue pour combler un vide méthodologique et théorique majeur dans l’évaluation psychologique des normes et aspirations esthétiques. Bien que l’attractivité corporelle et les idéaux de beauté soient au cœur de nombreux questionnements en psychologie sociale, en sociologie et en économie comportementale, la majorité des instruments psychométriques existants évaluaient jusqu’alors l’image du corps sous l’angle exclusif de la pathologie, de l’insatisfaction corporelle (comme les échelles de dysmorphophobie ou d’évaluation de la silhouette) ou de l’intériorisation brute des diktats socioculturels médiatisés (à l’instar de la Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire [SATAQ]). Or, ces échelles tendent à omettre la structure axiologique sous-jacente : comment les individus conceptualisent-ils la valeur fondamentale de la beauté dans leur propre existence ? Quels principes directeurs guident leurs choix en matière d’apparence, de modifications corporelles ou d’adhésion aux conventions ?
La PBVS mesure les orientations axiologiques relatives à la beauté selon une approche multidimensionnelle. Son objectif principal est de quantifier la manière dont une personne pondère et priorise différentes définitions et finalités esthétiques : la conformité à un standard d’excellence sans imperfection, le respect des codes et conventions professionnelles ou relationnelles, le désir d’auto-actualisation et d’optimisation de son potentiel physique, la revendication d’une singularité naturelle et authentique, ou encore la primauté de vertus éthiques et psychologiques invisibles sur le plan anatomique. Cette opérationnalisation transcende les approches unidimensionnelles simplistes en permettant de dresser un profil axiologique nuancé du sujet.
Sur le plan des applications en recherche empirique, la PBVS offre un levier analytique novateur pour disséquer les mécanismes prédictifs liant les valeurs de beauté aux comportements de santé, d’hygiène et de consommation. Elle permet notamment d’éclairer les antécédents psychologiques du recours aux procédures invasives telles que la chirurgie plastique ou la médecine esthétique, ainsi que l’utilisation intensive de cosmétiques. En psychologie clinique et de la santé, l’échelle met en exergue les facteurs de risque ou de protection psychologique face à la honte corporelle (body shame), à la culpabilité, à l’objectification de soi (self-objectification) ou, au contraire, au développement d’une fierté authentique (authentic pride) gage de bien-être subjectif. Enfin, sur le plan interculturel, la PBVS est calibrée pour autoriser des comparaisons rigoureuses entre cultures occidentales individualistes (caractérisées par la valorisation de l’autonomie et de la singularité) et cultures orientales interdépendantes ou collectivistes (orientées vers l’harmonie contextuelle et la conformité aux normes sociales), offrant une transposabilité inédite validée empiriquement.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de « valeurs personnelles de beauté » (Personal Beauty Values [PBV]) conceptualise la beauté non pas comme un attribut statique ou un jugement esthétique abstrait portant sur un objet d’art, mais comme un système de croyances et de standards normatifs intériorisés guidant l’évaluation, l’entretien et la transformation de sa propre apparence corporelle. Dans le cadre de la PBVS (Glückstad et al., 2025), ce construit latent est subdivisé en cinq dimensions distinctes mais interdépendantes :
1. Perfection culturelle sans défaut (Cultural Flawlessness – CF)
Cette dimension reflète l’adhésion à un idéal d’esthétique formelle caractérisé par l’élimination absolue de toute imperfection physique visible (rides, asymétries, irrégularités pigmentaires ou texturales). La valeur accordée à la perfection culturelle découle de canons préétablis par la société, l’industrie de la mode et les médias de masse. Les individus obtenant un score élevé sur cette dimension perçoivent l’apparence idéale comme un état de contrôle rigide sur la biologie, où le corps se doit d’être immaculé et irréprochable au regard des exigences normatives ambiantes. Par exemple, une personne guidée par cette valeur considérera que la beauté réside dans la maîtrise technique de sa peau et la dissimulation méthodique de tout signe de vieillissement ou de fatigue.
2. Convenance sociale (Social Appropriateness – SA)
La dimension de convenance sociale mesure la valorisation de l’apparence en tant qu’instrument de régulation des interactions interpersonnelles, de respect d’autrui et d’intégration communautaire. Loin d’être une quête de séduction individualiste ou de narcissisme, la beauté est ici perçue comme un devoir de politesse, d’adéquation aux circonstances relationnelles ou professionnelles et de respect du décorum social. Dans de nombreuses cultures, notamment au Japon (concept d’harmonie collective ou wa), soigner son apparence témoigne de la considération portée au groupe. Un individu valorisant la convenance sociale veillera à ce que sa mise ne perturbe pas les attentes d’autrui et soit conforme aux standards implicites de décence et d’élégance partagés.
3. Amélioration de soi (Self-Improvement – SI)
L’amélioration de soi capture une vision agentique, proactive et téléologique de la beauté. Pour les répondants valorisant ce pôle, le travail sur l’apparence constitue une démarche de développement personnel, d’effort délibéré, de discipline et de dépassement de ses limites. L’esthétique corporelle n’est pas un don passif issu de la loterie génétique, mais le fruit d’un investissement continu (nutrition, activité physique, soins spécialisés, apprentissage technique du maquillage). Cette dimension est intimement liée à l’agentivité humaine et au sentiment d’auto-efficacité : modeler son apparence devient l’expression visible d’une volonté d’accomplissement personnel.
4. Unicité naturelle (Natural Uniqueness – NU)
Cette facette évalue l’attachement à l’authenticité corporelle, à la préservation de son anatomie originelle et à la singularité individuelle. À l’opposé des idéaux standardisés de la perfection culturelle sans défaut, l’unicité naturelle postule que la véritable valeur esthétique émane des caractéristiques génétiques distinctives, y compris les « imperfections » perçues comme des marques identitaires inimitables. Les individus souscrivant fortement à cette valeur rejettent les artifices excessifs, les retouches photographiques numériques dénaturantes et les interventions chirurgicales visant à gommer les spécificités morphologiques.
5. Beauté intérieure (Inner Beauty – IB)
La dimension de beauté intérieure postule que l’éclat esthétique véritable et pérenne procède de l’état psychologique, moral et spirituel du sujet. Cette valeur reflète la conviction que des qualités humaines telles que l’empathie, la gentillesse, la sérénité émotionnelle, la bienveillance, la générosité et l’intégrité morale se reflètent spontanément sur l’expression faciale, le regard et la posture corporelle. Ainsi, la beauté physique extérieure n’est qu’un épiphénomène dépendant étroitement de l’harmonie intérieure et des vertus psychologiques de l’individu.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la PBVS s’ancre à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie et de la sociologie contemporaine :
La théorie des valeurs humaines fondamentales de Schwartz
Le socle conceptuel de la PBVS s’inspire directement de la théorie des valeurs humaines fondamentales de Shalom H. Schwartz (1992). Selon Schwartz, les valeurs sont des buts trans-situationnels désirables, variant en importance, qui servent de principes directeurs dans la vie d’une personne ou d’une collectivité. Les valeurs de beauté de la PBVS reproduisent la tension structurelle identifiée par Schwartz entre conservation et ouverture au changement, ou entre dépassement de soi et affirmation de soi :
- La convenance sociale (SA) et la perfection culturelle (CF) relèvent des valeurs de conformité et de sécurité, où l’individu cherche à prévenir la réprobation sociale et à s’aligner sur les exigences normatives.
- L’amélioration de soi (SI) s’articule directement avec le pôle de l’accomplissement (recherche du succès par la démonstration de compétences selon des standards sociaux).
- L’unicité naturelle (NU) résonne avec l’autonomie (indépendance de pensée et d’action, choix de sa propre ligne directrice esthétique).
- La beauté intérieure (IB) s’apparente aux dimensions de bienveillance et d’universalisme, transcendant la matérialité corporelle au profit de vertus prosociales.
La théorie de la comparaison sociale de Festinger
La théorie de la comparaison sociale élaborée par Leon Festinger (1954) offre une clé de lecture indispensable pour comprendre l’émergence des dimensions CF et SA. En l’absence de critères objectifs indiscutables pour évaluer la beauté, les individus évaluent leur propre valeur esthétique en se comparant à autrui. Les comparaisons ascendantes (avec des idéaux inatteignables propagés par les plateformes numériques et les médias) alimentent une quête effrénée de perfection culturelle (CF), souvent corrélée à une anxiété d’évaluation corporelle. La PBVS permet de mesurer à quel degré cette comparaison sociale est intériorisée comme un impératif axiologique personnel.
La théorie de l’objectification corporelle de Fredrickson et Roberts
La théorie de l’objectification (Fredrickson & Roberts, 1997) postule que dans les sociétés modernes, le corps (en particulier celui des femmes) est fréquemment réduit à un objet destiné au regard et à l’évaluation d’autrui. Cette objectification sociétale mène à l’auto-objectification (self-objectification), état où l’individu adopte la perspective d’un observateur critique sur son propre corps. Dans les travaux de Glückstad et al. (2025), la modélisation en équations structurelles démontre que les dimensions centrées sur les attributs externes (notamment CF et SA) sont positivement associées à l’auto-objectification, à la honte corporelle et aux affects négatifs, alors que les dimensions NU et IB exercent une fonction protectrice vis-à-vis de ces désordres psychologiques.
L’approche transculturelle du soi (Markus et Kitayama)
Les conceptions du soi indépendant (valorisé en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest) versus interdépendant (valorisé en Asie de l’Est) théorisées par Markus et Kitayama (1991) sous-tendent la pertinence interculturelle de l’échelle. Dans une structure de soi indépendant, la beauté est principalement mobilisée pour affirmer son identité distinctive, son unicité (NU) ou sa réussite individuelle (SI). Au sein d’un soi interdépendant, l’apparence physique est comprise comme un élément constitutif du réseau relationnel, exigeant politesse, retenue et harmonie collective (SA). La PBVS saisit avec succès ces modulations contextuelles sans altérer l’invariance structurelle de l’instrument.
7. Validité / Validity
Le programme de validation de la PBVS (Glückstad et al., 2025) a fait appel à un ensemble rigoureux d’évaluations psychométriques destinées à confirmer la validité de construit, convergente, discriminante et nomologique de l’instrument.
Validité convergente
La validité convergente vérifie que les items composant chaque dimension partagent une proportion substantielle de variance commune avec le construit latent théorisé. Dans le cadre de l’analyse factorielle confirmatoire globale, la variance moyenne extraite (Average Variance Extracted [AVE]) a été calculée pour chacune des cinq sous-échelles :
- Toutes les valeurs d’AVE obtenues se situent au-dessus du seuil critique standard de 0,50 (recommandé par Fornell & Larcker, 1981).
- Ce résultat atteste empiriquement que plus de 50 % de la variance des indicateurs observables est expliquée par les construits latents de beauté correspondants, et non par l’erreur de mesure aléatoire ou systématique.
Validité discriminante
La validité discriminante garantit que chaque sous-échelle évalue un construit empiriquement distinct et non redondant avec les autres facettes du modèle. Les auteurs ont appliqué la méthode méthodologiquement la plus robuste disponible à ce jour : le ratio hétérotrait-monotrait des corrélations (HTMT, Henseler, Ringle, & Sarstedt, 2015) :
- L’ensemble des ratios HTMT calculés à l’intersection des cinq dimensions de la PBVS s’est révélé strictement inférieur au seuil conservateur de 0,85 (ainsi qu’au seuil libéral de 0,90).
- Ce constat confirme sans ambiguïté l’indépendance statistique et conceptuelle des cinq facettes de valeurs (CF, SA, SI, NU, IB), attestant de l’absence de colinéarité excessive entre les dimensions.
Validité nomologique et prédictive
La validité nomologique examine si l’échelle s’insère de façon cohérente dans un réseau théorique de construits psychologiques connexes. Les travaux de Glückstad et al. (2025) ont modélisé l’impact différentiel des cinq dimensions de la PBVS sur plusieurs variables psychosociales clés au moyen de modèles par équations structurelles (Structural Equation Modeling [SEM]) :
- Affects émotionnels et honte : Les dimensions axées sur les normes extérieures et l’infaillibilité (Cultural Flawlessness [CF] et Social Appropriateness [SA]) exercent des effets positifs significatifs sur la honte corporelle (shame) et la culpabilité (guilt), reflétant la vulnérabilité psychologique générée par la peur du jugement d’autrui.
- Fierté authentique versus fierté démesurée : L’amélioration de soi (SI) et l’unicité naturelle (NU) stimulent significativement la fierté authentique (authentic pride), liée à l’estime de soi saine et à l’effort personnel. À l’inverse, une focalisation rigide sur la perfection culturelle (CF) alimente la fierté démesurée ou narcissique (hubristic pride).
- Objectification de soi : Les dimensions CF et SA prédisent positivement l’auto-objectification corporelle, alors que la beauté intérieure (IB) exerce une association négative protectrice.
- Intention de recourir à la chirurgie esthétique : La PBVS prédit directement et indirectement les comportements d’altération physique. En particulier, les dimensions SA, CF et SI expliquent l’intention d’avoir recours à des interventions de chirurgie plastique, cet effet étant médiatisé par la honte corporelle et la fierté démesurée. Ces résultats confirment avec éclat la validité prédictive de l’instrument dans les contextes de prise de décision médicale et esthétique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la PBVS a été minutieusement quantifiée tant au niveau de sa cohérence interne (homogénéité des items au sein d’une même dimension) que de sa stabilité temporelle dans le cadre de protocoles longitudinaux test-retest.
Cohérence interne
Pour mesurer la consistance interne, les auteurs ont employé simultanément le coefficient alpha de Cronbach (α) et le coefficient plus robuste oméga de McDonald (ω ; Hayes & Coutts, 2020 ; McDonald, 1999). L’oméga de McDonald est particulièrement préconisé dans la modélisation factorielle moderne car il ne repose pas sur l’hypothèse souvent violée de tau-équivalence stricte :
- Pour quatre des cinq dimensions (Perfection culturelle sans défaut, Amélioration de soi, Unicité naturelle, Beauté intérieure), les coefficients α et ω dépassent le critère d’excellence conventionnel de 0,70.
- La dimension Convenance sociale (SA) affiche des coefficients de cohérence interne légèrement en deçà du seuil de 0,70. Les auteurs soulignent toutefois que ces valeurs demeurent pleinement acceptables pour une sous-échelle brève et parcimonieuse ne comportant que quelques indicateurs, sans compromettre la validité factorielle globale du modèle.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité temporelle a été mesurée auprès d’un échantillon ayant complété l’échelle à deux reprises, avec un intervalle standardisé de 14 à 20 jours. Le coefficient de corrélation intraclasse (ICC) a été calculé pour chaque sous-dimension ainsi que pour le score global de l’échelle :
- Unicité naturelle (NU) : ICC = 0,609
- Perfection culturelle sans défaut (CF) : ICC = 0,589
- Convenance sociale (SA) : ICC = 0,571
- Amélioration de soi (SI) : ICC = 0,505
- Beauté intérieure (IB) : ICC = 0,507
- Score composite global PBV : ICC = 0,676
Ces indices traduisent une fidélité temporelle modérée selon les critères psychométriques usuels de Koo et Li (2016). Les auteurs interprètent ces résultats en soulignant que, bien que les valeurs personnelles constituent des orientations motivationnelles relativement durables, les attitudes relatives à l’apparence corporelle et à la valorisation esthétique sont également sensibles à des fluctuations situationnelles à court terme (humeur, expositions médiatiques récentes, contextes relationnels du moment), ce qui explique naturellement un coefficient ICC modéré plutôt que quasi-parfait.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement de la PBVS repose sur une combinaison articulée d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC), complétée par des modélisations en invariance de mesure multi-groupes.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
La phase initiale de génération des items comportait 27 énoncés reflétant les différentes conceptions théoriques de la beauté. Des AFE successives menées sur des échantillons de dérivation ont permis d’épurer l’échelle en éliminant les items présentant des saturations croisées indésirables, des saturations principales insuffisantes (< 0,40) ou des communalités trop basses :
- L’AFE a abouti à une structure factorielle optimale et épurée composée de 14 items répartis sans ambiguïté sur cinq facteurs distincts.
- La variance totale cumulée expliquée par ces cinq composantes atteint 71,071 %, ce qui démontre un pouvoir explicatif élevé de la structure factorielle retenue par rapport au bruit de mesure.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La robustesse de la structure à 14 items et cinq dimensions a ensuite été soumise à l’épreuve de l’AFC sur des échantillons indépendants de validation. Les indices d’ajustement global du modèle structural témoignent d’une excellente adéquation aux données empiriques de terrain :
- Degrés de liberté (df) : 67
- Chi-deux (χ2) : 117,117 (χ2/df = 1,748, largement en dessous du seuil recommandé de 3,0)
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) : 0,971 (seuil d’excellence ≥ 0,95)
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,047 (IC à 90 % inférieur à 0,06, attestant d’un ajustement parfait selon Browne & Cudeck, 1993)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : 0,048 (seuil critique ≤ 0,08)
Invariance de mesure (MG-CFA)
Pour autoriser des comparaisons intergroupes valides sans biais méthodologique d’équivalence de mesure, une analyse factorielle confirmatoire multi-groupes (Multi-Group Confirmatory Factor Analysis [MG-CFA]) a été conduite :
- Invariance selon l’âge et le genre : L’invariance métrique (égalité des saturations factorielles) et l’invariance scalaire (égalité des ordonnées à l’origine ou intercepts des items) ont été démontrées avec succès à travers quatre segments équilibrés selon l’âge et le genre. Cette invariance scalaire autorise la comparaison directe des moyennes latentes entre hommes et femmes, ainsi qu’entre groupes générationnels.
- Invariance transculturelle : La MG-CFA menée à travers six sous-groupes transnationaux (hommes et femmes aux États-Unis, au Japon et au Danemark) a confirmé l’invariance métrique complète (full cross-group metric invariance). Cela démontre que les construits de valeurs de beauté sont perçus et interprétés de façon rigoureusement identique par les répondants, indépendamment de leur appartenance culturelle occidentale ou orientale.
10. Instrument de mesure / Instrument
La mise en œuvre pratique et standardisée de l’Échelle des valeurs personnelles de beauté obéit aux paramètres opérationnels suivants :
- Nom complet de l’instrument : Échelle des valeurs personnelles de beauté (Personal Beauty Values Scale, PBVS).
- Auteurs de référence : Fumiko Kano Glückstad, Hiromi Kobayashi, Daniel Seddig, Eldad Davidov et Rie Nakamura (2025).
- Type de mesure : Auto-questionnaire psychométrique / Inventaire de valeurs personnelles et d’attitudes psychosociales.
- Nombre d’items : 14 items dans sa version définitive validée (réduits à partir d’un ensemble initial de 27 items).
- Structure sous-jacente : 5 sous-échelles factorielles :
- Perfection culturelle sans défaut (Cultural Flawlessness – CF)
- Convenance sociale (Social Appropriateness – SA)
- Amélioration de soi (Self-Improvement – SI)
- Unicité naturelle (Natural Uniqueness – NU)
- Beauté intérieure (Inner Beauty – IB)
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert à 6 points :
- 1 = S’applique tout à fait (Very much applies)
- 2 = S’applique beaucoup
- 3 = S’applique modérément
- 4 = S’applique un peu
- 5 = S’applique à peine
- 6 = Ne s’applique pas du tout (Does not apply at all)
(Note de cotation : selon les besoins du chercheur, les items peuvent être inversés de façon à ce qu’un score plus élevé reflète une adhésion plus forte à la valeur mesurée).
- Mode d’administration : Informatisé (en ligne, passation électronique via ordinateurs, tablettes ou smartphones) ou auto-administré sur format papier-crayon.
- Temps de passation estimé : Environ 3 à 5 minutes pour l’ensemble des 14 énoncés.
- Population cible : Adultes (18 ans et plus), hommes et femmes, consommateurs grand public ou populations cliniques.
- Langues validées : Anglais (version originale de conception), Danois et Japonais (traductions transculturelles rigoureuses selon les procédures de Zavala-Rojas, 2017, et Engelen et al., 2016).
- Calcul des scores : Les scores moyens ou scores de somme sont calculés pour chacune des cinq sous-échelles de manière indépendante. Il est déconseillé d’agréger l’ensemble des sous-échelles en un score composite global unique sans modélisation factorielle hiérarchique préalable, compte tenu de l’orthogonalité théorique et empirique des cinq orientations de valeurs.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle des valeurs personnelles de beauté a été officiellement publiée en 2025 dans la revue scientifique à comité de lecture Journal of Consumer Behaviour (éditions John Wiley & Sons, Ltd).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Les droits d’auteur moraux appartiennent aux auteurs de l’échelle (Fumiko Kano Glückstad, Hiromi Kobayashi, Daniel Seddig, Eldad Davidov et Rie Nakamura) ainsi qu’à l’éditeur (John Wiley & Sons, Ltd).
- Tarification : L’utilisation de l’échelle dans le cadre de projets de recherche académique non commerciale, de thèses universitaires ou de travaux scientifiques indépendants est généralement gratuite sous réserve d’une citation bibliographique formelle de la publication d’origine.
- Demande de permissions et accès au texte intégral des items : Les chercheurs souhaitant exploiter la version officielle complète des 14 items (en version anglaise, japonaise ou danoise) ou obtenir des autorisations pour des adaptations transculturelles additionnelles doivent contacter directement l’auteure correspondante à l’adresse officielle de correspondance académique :
Dr. Fumiko Kano Glückstad
Department of Management, Society and Communication, Copenhagen Business School
Courriel : [email protected]
12. Références / References
Les sources bibliographiques mobilisées pour l’élaboration et la validation empirique de l’instrument sont présentées ci-dessous selon les normes de l’American Psychological Association (APA, 7e édition) :
- Browne, M. W., & Cudeck, R. (1993). Alternative ways of assessing model fit. In K. A. Bollen & J. S. Long (Eds.), Testing structural equation models (pp. 136–162). SAGE Publications.
- Engelen, A., Engelen, C., & Samuel Craig, C. (2016). How to conduct cross-cultural research: Advanced guidelines for empirical studies. International Marketing Review, 33(5), 780–800. https://doi.org/10.1108/IMR-07-2015-0164
- Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117–140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Fredrickson, B. L., & Roberts, T.-A. (1997). Objectification theory: Toward understanding women’s lived experiences and mental health risks. Psychology of Women Quarterly, 21(2), 173–206. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1997.tb00108.x
- Glückstad, F. K., Kobayashi, H., Seddig, D., Davidov, E., & Nakamura, R. (2025). Personal beauty values: Development and validation of a multidimensional measurement scale. Journal of Consumer Behaviour, 24(1), 282–303. https://doi.org/10.1002/cb.2421
- Hayes, A. F., & Coutts, J. J. (2020). Use omega rather than Cronbach’s alpha for estimating reliability. But…. Communication Methods and Measures, 14(1), 1–24. https://doi.org/10.1080/19312458.2020.1718629
- Henseler, J., Ringle, C. M., & Sarstedt, M. (2015). A new criterion for assessing discriminant validity in variance-based structural equation modeling. Journal of the Academy of Marketing Science, 43(1), 115–135. https://doi.org/10.1007/s11747-014-0403-8
- Koo, T. K., & Li, M. Y. (2016). A guideline of selecting and reporting intraclass correlation coefficients for reliability research. Journal of Chiropractic Medicine, 15(2), 155–163. https://doi.org/10.1016/j.jcm.2016.02.012
- Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
- McDonald, R. P. (1999). Test theory: A unified treatment. Lawrence Erlbaum Associates Publishers.
- Schwartz, S. H. (1992). Universals in the content and structure of values: Theoretical advances and empirical tests in 20 countries. Advances in Experimental Social Psychology, 25, 1–65. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60281-6
- Zavala-Rojas, D. (2017). Designing questions for cross-national research: A survey methodology approach. European Journal of Social Sciences, 55(3), 320–335.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels composant l’Échelle des valeurs personnelles de beauté (PBVS) sont protégés par le droit d’auteur (copyright) et demeurent la propriété exclusive de leurs auteurs et de la revue Journal of Consumer Behaviour (Wiley). En stricte conformité avec les directives psychométriques et juridiques en vigueur, les formulations littérales exhaustives ne sont pas reproduites dans le domaine public ouvert.
Instructions to Respondents:
Please indicate how much each of the following statements applies to your personal view of beauty. Use the rating scale below from 1 to 6:
- 1 = Very much applies
- 2 = Applies a lot
- 3 = Moderately applies
- 4 = Applies a little
- 5 = Barely applies
- 6 = Does not apply at all
Conceptual Subscale Structure of the 14-Item Inventory:
Dimension 1: Cultural Flawlessness (CF)
- Theoretical focus: Emphasizes a culturally idealized, immaculate physical appearance free of visible blemishes, skin irregularities, or imperfections.
- Item targets: Assessment of the personal importance placed on achieving flawless bodily and facial perfection in alignment with prevailing social standards.
Dimension 2: Social Appropriateness (SA)
- Theoretical focus: Conceptualizes physical appearance as a vehicle of social courtesy, mutual respect, and etiquette in collective or professional settings.
- Item targets: Measurement of the value assigned to presenting oneself appropriately to satisfy social expectations and preserve interpersonal harmony.
Dimension 3: Self-Improvement (SI)
- Theoretical focus: Represents an active, goal-oriented dedication to cultivating, refining, and enhancing one’s physical presentation through discipline and deliberate effort.
- Item targets: Evaluation of beauty as personal growth, self-mastery, and proactive aesthetic optimization.
Dimension 4: Natural Uniqueness (NU)
- Theoretical focus: Prioritizes bodily authenticity, individual idiosyncrasies, and genuine natural features over artificial or standardized beauty norms.
- Item targets: Assessment of the value placed on retaining one’s distinctive, unaltered, and genuine individual appearance.
Dimension 5: Inner Beauty (IB)
- Theoretical focus: Grounded in the premise that genuine physical radiance stems from psychological, emotional, and moral harmony.
- Item targets: Measurement of the degree to which personality, kindness, integrity, and spiritual balance are considered central to personal beauty.
Note for researchers: To obtain the exact, certified question phrasing in English, Japanese, or Danish, researchers must consult the original primary article published in the Journal of Consumer Behaviour or contact the corresponding author directly.