1. Résumé / Abstract
L’Échelle des tactiques de conflit (Conflict Tactics Scale, ou CTS), ainsi que sa version révisée (CTS2), développée initialement par le sociologue américain Murray A. Straus à la fin des années 1970 au sein du Family Research Laboratory de l’Université du New Hampshire, constitue l’instrument psychométrique et épidémiologique le plus universellement utilisé pour quantifier les comportements conflictuels et les violences entre partenaires intimes (VPI). La version perfectionnée (CTS2, publiée en 1996 par Straus, Hamby, Boney-McCoy et Sugarman) se compose de 78 items regroupés en 39 paires dyadiques mesurant à la fois les comportements perpétrés par le répondant et ceux subis de la part de son ou sa partenaire au cours d’une période temporelle définie (généralement les 12 derniers mois ou tout au long de la relation).
L’instrument opérationnalise les tactiques de résolution et de confrontation à travers cinq sous-échelles fondamentales : la Négociation (actions cognitives et émotionnelles positives), l’Agression psychologique (actes verbaux et non verbaux hostiles), l’Agression physique (voies de fait allant de la bousculade à l’usage d’armes), la Coercition sexuelle (comportements sexuels non consentis obtenus par insistance, menaces ou force brute) et les Blessures physiques (conséquences corporelles directes des violences). Chaque échelle subdivise ses manifestations en degrés de gravité « mineur » et « sévère ». Les réponses sont recueillies selon une échelle ordinale de fréquence en 8 points allant de « Jamais » à « Plus de 20 fois au cours de l’année écoulée », complétée par une modalité capturant les événements antérieurs hors période récente.
D’un point de vue psychométrique, la CTS2 présente des propriétés solides, avec des coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) s’échelonnant typiquement de 0,79 à 0,95 selon les sous-échelles et les populations étudiées. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore la structure multidimensionnelle à cinq facteurs corrélés. Malgré de vifs débats sociologiques et féministes portant sur son agnosticisme contextuel (absence de mesure directe des motivations, de la peur éprouvée ou de la dynamique de contrôle coercitif), la CTS demeure le standard méthodologique mondial pour la recherche empirique sur la conflictualité conjugale, l’évaluation de programmes d’intervention auprès des auteurs de violences, et les enquêtes épidémiologiques en santé publique.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle des tactiques de conflit, CTS2, violence entre partenaires intimes, agression conjugale, psychométrie, Murray A. Straus, agression physique, agression psychologique, coercition sexuelle, négociation dyadique, évaluation de la violence familiale, résolution de conflit.
3. Auteurs / Authors
L’échelle originale des tactiques de conflit (CTS-1, Form A à Form R) et sa révision contemporaine (CTS2) ont été conçues et validées par un groupe pionnier de chercheurs en sociologie et psychologie de la famille :
- Murray A. Straus, Ph.D. (1926–2016) : Fondateur et codirecteur du Family Research Laboratory (FRL) et professeur émérite de sociologie à l’Université du New Hampshire (Durham, NH, États-Unis). Considéré comme le père fondateur de la recherche sociologique quantitative sur la violence familiale. Courriel historique : [email protected].
- Richard J. Gelles, Ph.D. : Sociologue, ancien doyen de la School of Social Policy & Practice à l’Université de Pennsylvanie, co-concepteur de la première grande enquête nationale américaine sur la violence familiale (National Family Violence Survey) et co-auteur de la première version de la CTS.
- Sherry L. Hamby, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse, professeure de psychologie à la Sewanee: The University of the South et directrice du Life Paths Research Program, co-auteure principale du développement et de la validation empirique de la version révisée (CTS2).
- David B. Sugarman, Ph.D. : Professeur de psychologie à la Rhode Island College, spécialiste des analyses méta-analytiques sur les agressions relationnelles et co-auteur de la CTS2.
- Alden Boney-McCoy, Ph.D. : Chercheuse affiliée au Family Research Laboratory lors de la standardisation de la CTS2 en 1996.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des tactiques de conflit est de fournir une quantification standardisée, objective et comportementale des moyens utilisés par les partenaires intimes pour gérer et résoudre leurs différends. Murray A. Straus est parti du postulat épistémologique selon lequel le conflit interpersonnel est une composante universelle et inévitable de toute vie de couple ou de famille ; en revanche, l’usage de la coercition, de l’agression psychologique et de la violence physique constitue une modalité dysfonctionnelle et destructrice de gestion de ce conflit.
Historiquement, avant l’introduction de la CTS en 1979, l’évaluation des violences domestiques reposait presque exclusivement sur des déclarations policières, des admissions aux urgences hospitalières ou des échantillons cliniques hautement sélectionnés (femmes hébergées en centres d’urgence, agresseurs judiciarisés). Ce biais d’échantillonnage masquait l’ampleur des violences intermédiaires et non judiciarisées survenant dans la population générale. La CTS a été expressément conçue pour pallier cette lacune en permettant des études épidémiologiques à grande échelle, telles que les National Family Violence Surveys américaines de 1975 et 1985.
Dans les contextes de recherche contemporains, la CTS2 remplit des fonctions multiples :
- Mesure de la prévalence et de la chronicité : Elle permet de calculer un taux de prévalence (pourcentage d’individus ayant commis ou subi au moins un acte au cours d’une période de référence) et un taux de chronicité (nombre moyen d’actes perpétrés ou subis parmi ceux qui rapportent au moins un événement).
- Évaluation des interventions cliniques : L’outil sert d’indicateur objectif de l’efficacité pré/post-traitement pour les programmes de rééducation des conjoints violents (batterer intervention programs) et les thérapies de couple axées sur la régulation de la colère et la communication non violente.
- Analyse de la symétrie dyadique : En formulant chaque comportement sous la forme d’un miroir (« Moi envers mon partenaire » et « Mon partenaire envers moi »), la CTS2 permet de cartographier la réciprocité de la violence, distinguant les violences unidirectionnelles (perpétration masculine ou féminine exclusive) des violences bidirectionnelles ou mutuelles.
- Études interculturelles et développementales : Adaptée dans plus de 40 langues, elle permet de comparer les trajectoires de conflictualité intime à travers divers contextes géopolitiques, notamment dans le cadre de la vaste enquête International Dating Violence Study portant sur plus de 13 000 étudiants dans 32 pays.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la CTS2 est l’éventail des tactiques comportementales de gestion des conflits au sein du couple, s’étendant des stratégies communicatives constructives jusqu’aux formes les plus graves de violence létale ou mutilante. Le parti pris méthodologique fondamental de Straus est d’ancrer chaque item dans un acte purement observable et factuel, en évitant les termes moralement chargés ou juridiquement connotés comme « agression », « viol », « maltraitance » ou « violence conjugale ». Cette formulation neutre minimise le refus de réponse et le biais de désirabilité sociale.
La CTS2 est structurée autour de cinq dimensions psychologiques et comportementales distinctes :
1. La Négociation (Negotiation)
Cette échelle évalue les tactiques positives orientées vers la résolution coopérative du désaccord. Elle mesure l’aptitude des conjoints à échanger calmement des perspectives et à manifester du respect mutuel en situation de crise. Elle se divise en deux sous-domaines :
- Négociation cognitive : Formulation d’arguments rationnels, proposition de compromis ou acceptation d’essayer la solution suggérée par l’autre (ex. : « J’ai expliqué ma façon de voir les choses à mon partenaire » ; « J’ai proposé un compromis »).
- Négociation émotionnelle : Expression d’affection, d’empathie et validation des affects du partenaire malgré le désaccord (ex. : « J’ai montré à mon partenaire que je tenais à lui/elle même si nous n’étions pas d’accord » ; « J’ai respecté les sentiments de mon partenaire »).
2. L’Agression psychologique (Psychological Aggression)
Cette dimension quantifie les attaques verbales et non verbales directes dirigées contre l’intégrité émotionnelle et l’estime de soi du conjoint. Elle est subdivisée selon le niveau de gravité :
- Mineure : Actes d’hostilité ordinaire, bouderie active, cris ou sorties théâtrales (ex. : « J’ai crié ou hurlé après mon partenaire » ; « J’ai claqué la porte en sortant de la pièce pendant une dispute »).
- Sévère : Dénigrements dégradants, destruction délibérée d’objets précieux et menaces explicites de violences corporelles (ex. : « J’ai menacé de frapper ou de lancer quelque chose sur mon partenaire » ; « J’ai détruit un objet appartenant à mon partenaire » ; « J’ai traité mon partenaire de gros(se) ou de moche »).
3. L’Agression physique (Physical Assault)
L’échelle d’agression physique mesure l’exercice délibéré d’une force cinétique ou matérielle hostile dirigée contre le corps du conjoint :
- Mineure : Pousser, bousculer, empoigner, tordre les bras ou gifler (ex. : « J’ai poussé ou bousculé mon partenaire » ; « J’ai giflé mon partenaire »).
- Sévère : Actes à fort potentiel de létalité ou de traumatisme corporel direct, incluant les coups de poing, les coups de pied, le passage à tabac, l’étranglement, les brûlures délibérées et l’usage d’une arme blanche ou à feu (ex. : « J’ai étranglé mon partenaire » ; « J’ai roué de coups mon partenaire » ; « J’ai utilisé un couteau ou une arme à feu contre mon partenaire »).
4. La Coercition sexuelle (Sexual Coercion)
Introduite de manière exhaustive dans la version CTS2, cette échelle évalue l’obtention de rapports ou d’actes sexuels non consentis au moyen de tactiques allant de la manipulation psychologique jusqu’à la contrainte physique :
- Mineure : Insistance verbale répétée ou refus d’utiliser un moyen de protection (ex. : « J’ai insisté pour avoir des rapports sexuels alors que mon partenaire ne le voulait pas [sans force physique] » ; « J’ai obligé mon partenaire à avoir des rapports sans préservatif »).
- Sévère : Menaces verbales de représailles ou recours effectif à la force corporelle pour contraindre à des rapports vaginaux, anaux ou oraux (ex. : « J’ai utilisé la force [comme frapper, immobiliser ou utiliser une arme] pour forcer mon partenaire à avoir des relations sexuelles »).
5. Les Blessures (Injury)
Contrairement aux autres échelles qui mesurent des comportements, cette dimension quantifie les conséquences biomédicales et physiques directes des violences subies ou infligées au cours des conflits de couple :
- Mineure : Écorchures, hématomes visibles, entorses ou douleurs physiques persistant le lendemain de l’altercation (ex. : « J’ai eu une entorse, un bleu ou une petite coupure à cause d’une dispute »).
- Sévère : Traumatismes crâniens avec perte de connaissance, fractures osseuses ou nécessité absolue de consulter un médecin (ex. : « J’ai perdu connaissance après avoir été frappé(e) à la tête » ; « J’ai eu un os fracturé lors d’une dispute »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de l’Échelle des tactiques de conflit s’enracine dans la convergence de trois grands courants de la sociologie et de la psychologie sociale : la théorie du conflit social, la théorie générale des systèmes familiaux et la théorie de l’apprentissage social.
La théorie du conflit social (Simmel, Coser, Dahrendorf)
Contrairement aux modèles fonctionnalistes traditionnels qui concevaient la famille comme un système naturellement harmonieux et dénué de tensions structurelles, Straus s’est appuyé sur les travaux de Georg Simmel et Lewis Coser pour postuler que le conflit est une caractéristique normale, inhérente et inévitable des groupes primaires fermés. La proximité physique, la multitude d’intérêts partagés, la gestion des ressources financières et la division du travail créent une infinité de points de friction. La violence familiale n’est donc pas conceptualisée comme un phénomène pathologique isolé, mais comme l’une des nombreuses tactiques possibles auxquelles les individus recourent pour dénouer ou dominer un conflit lorsque les autres mécanismes de régulation sont absents ou épuisés.
La théorie générale des systèmes appliquée à la famille (Straus, 1973)
Murray Straus a formulé dès 1973 une théorie systémique de la violence familiale décrivant celle-ci comme le résultat de boucles de rétroaction positives et négatives à l’intérieur du système dyadique et entre la famille et la société globale. Dans ce cadre, la violence conjugale est régulée par :
- Le niveau de stress externe auquel le couple est confronté (précarité économique, isolement social).
- Les normes culturelles légitimant le recours à la force (l’acceptation des châtiments corporels dans l’enfance constituant le premier apprentissage de la violence comme méthode de résolution).
- Les dynamiques de renforcement réciproque où une agression mineure (ex. : insulte ou bousculade) non stoppée désinhibe l’escalade vers des formes sévères de violences physiques.
La théorie de l’apprentissage social (Albert Bandura)
La CTS repose sur le postulat cognitivo-comportemental que les réponses aux conflits sont des comportements appris par modélisation (observation des parents pendant l’enfance) et par renforcement direct ou vicariant. Un partenaire utilise la coercition verbale ou physique parce que ce comportement a par le passé permis d’interrompre une situation déplaisante ou de soumettre l’autre à sa volonté (renforcement négatif et positif). La mesure dyadique de la CTS2 opérationnalise parfaitement ce modèle en captant les séquences d’action-réaction entre les deux protagonistes.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la CTS et de la CTS2 a fait l’objet de centaines d’investigations indépendantes à travers le monde, confirmant la robustesse du construit mesuré ainsi que ses limites conceptuelles bien documentées.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de la CTS2 a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives et substantielles avec d’autres échelles d’évaluation de la détresse relationnelle et des comportements agressifs :
- Corrélations négatives élevées entre les échelles de Négociation et l’échelle d’inadaptation dyadique (Dyadic Adjustment Scale – DAS, r allant de -0,35 à -0,50).
- Corrélations positives modérées à fortes entre les sous-échelles d’agression physique de la CTS2 et d’autres échelles cliniques de violence de couple, telles que l’Index of Spouse Abuse (ISA) et le Conflict Resolution Style Inventory (CRSI) (valeurs de r comprises entre 0,60 et 0,82).
- Convergence étroite entre les scores d’agression psychologique et les mesures de contrôle psychologique et de dépression mesurées par le Beck Depression Inventory (BDI).
Validité discriminante
La validité discriminante est appuyée par la faible corrélation observée entre les sous-échelles de violences physiques ou de blessures et des traits de personnalité généraux non agressifs ou des échelles d’anxiété générale. Bien qu’une légère corrélation négative existe avec l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (typiquement r = -0,15 à -0,25), celle-ci demeure suffisamment faible pour indiquer que l’instrument capture des comportements réels et non un simple biais d’autovalorisation.
Validité concomitante et concordances dyadiques
La structure de cotation en miroir permet de confronter les déclarations de l’auteur et de la victime au sein d’un même couple. Les études de validité concomitante montrent des accords modérés à élevés (coefficients Kappa de Cohen compris entre 0,40 et 0,70 selon les actes). Conformément à la théorie psychologique du biais de victimisation, les répondants ont tendance à déclarer une victimisation légèrement supérieure à leur propre perpétration, mais l’accord reste très significatif sur la présence ou l’absence d’actes physiques sévères.
8. Fidélité / Reliability
Les études empiriques initiales menées par Murray A. Straus, Sherry L. Hamby et leurs collaborateurs (1996) auprès d’un échantillon normatif d’étudiants et d’adultes en couple ont révélé une fidélité interne remarquable pour l’ensemble des sous-échelles de la CTS2 :
- Négociation : α = 0,86
- Agression psychologique : α = 0,79
- Agression physique : α = 0,86
- Coercition sexuelle : α = 0,87
- Blessures : α = 0,95
Ces coefficients ont été largement répliqués dans divers contextes culturels. Par exemple, les validations de la CTS2 en langue française (notamment au Canada francophone par Lussier en 1997 et en France par des équipes universitaires hospitalières) rapportent des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,81 et 0,92 pour l’agression physique, et entre 0,76 et 0,84 pour l’agression psychologique.
Concernant la fidélité test-retest, les études évaluant la stabilité temporelle sur des intervalles courts (2 à 4 semaines) indiquent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,80 pour les échelles physiques et de négociation. Sur des périodes plus longues (6 mois à 1 an), la fidélité test-retest reste modérée (0,50 à 0,65), ce qui est théoriquement cohérent avec la nature variable des dynamiques conjugales et l’impact d’événements de vie sur l’escalade ou la diminution des tensions relationnelles.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validité structurelle de la CTS2 a été confirmée à la fois par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses factorielles confirmatoires (AFC) multivariées.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors du développement original de la version CTS2 en 1996, une analyse en composantes principales avec rotation oblique (Promax) a été conduite sur l’ensemble des items. Les résultats ont clairement fait émerger cinq facteurs distincts expliquant une part majeure de la variance totale, correspondant exactement aux dimensions théoriques postulées (Négociation, Agression psychologique, Agression physique, Coercition sexuelle, Blessures).
Les saturations factorielles des items sur leur facteur respectif sont robustes, la majorité des items présentant des saturations supérieures à 0,55, sans saturation croisée majeure sur les autres dimensions. Par exemple, les items d’agression physique sévère s’articulent fermement autour du même facteur que les voies de fait mineures, tout en se détachant des agressions purement verbales.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles menées sur des échantillons cliniques et communautaires ont comparé plusieurs modèles compétitifs :
- Un modèle unidimensionnel global de « conflit conjugal » (rejeté en raison d’un ajustement inacceptable).
- Un modèle à trois facteurs (Négociation, Conflit verbal, Conflit physique) issu de la première version de 1979 (ajustement sous-optimal).
- Le modèle à cinq facteurs corrélés de la CTS2, qui démontre un excellent ajustement aux données empiriques. Les indices statistiques rapportés dans la littérature sont couramment : Comparative Fit Index (CFI) > 0,92, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,90, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,055 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,045 et 0,062).
Des analyses complémentaires de second ordre ont validé la division hiérarchique au sein de chaque échelle entre sous-dimensions « mineures » et « sévères », attestant que la CTS2 capte à la fois la nature typologique de l’acte et son intensité graduée.
10. Instrument de mesure / Instrument
La CTS2 est un auto-questionnaire standardisé hautement structuré conçu pour l’évaluation individuelle ou dyadique.
- Format d’administration : Questionnaire papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur ou administration interactive en ligne. Il est impératif d’administrer le test dans un cadre garantissant une stricte confidentialité afin de protéger les victimes potentielles et de limiter les distorsions de réponse.
- Nombre total d’items : 78 items organisés en 39 paires d’actions. Pour chaque comportement, une première question interroge le comportement du répondant envers son partenaire (« J’ai… » / Perpétration), immédiatement suivie d’une seconde interrogeant le comportement identique du partenaire (« Mon partenaire a fait cela envers moi… » / Victimisation).
- Échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale en 8 points :
- 1 = Une fois au cours de l’année écoulée (Once in the past year)
- 2 = Deux fois au cours de l’année écoulée (Twice in the past year)
- 3 = 3 à 5 fois au cours de l’année écoulée (3-5 times in the past year)
- 4 = 6 à 10 fois au cours de l’année écoulée (6-10 times in the past year)
- 5 = 11 à 20 fois au cours de l’année écoulée (11-20 times in the past year)
- 6 = Plus de 20 fois au cours de l’année écoulée (More than 20 times in the past year)
- 7 = Pas au cours de l’année passée, mais cela s’est déjà produit avant (Not in the past year, but it did happen before)
- 0 = Cela ne s’est jamais produit (This has never happened)
- Méthodes de cotation (Scoring) : Deux systèmes de cotation standardisés sont utilisés selon les objectifs de recherche ou de diagnostic :
- Score de Prévalence (Dichotomique) : Attribution d’un score de 1 si le répondant rapporte au moins une occurrence au cours de l’année (codes 1 à 6) ou au cours de la relation (codes 1 à 7), et 0 en cas de réponse « Jamais » (code 0). Ce score permet de quantifier la proportion de couples concernés par un type de tactique donné.
- Score de Chronicité (Fréquence continue) : Les catégories ordinales sont converties en valeurs médianes réelles pour calculer le nombre total estimé d’occurrences annuelles : le code 1 devient 1, le code 2 devient 2, le code 3 devient 4, le code 4 devient 8, le code 5 devient 15, le code 6 devient 25, et les codes 0 et 7 deviennent 0. On procède ensuite à la somme des points pour chaque sous-échelle.
- Affectation des items aux sous-échelles :
- Négociation (Negotiation) : Paires 1/2, 3/4, 13/14, 39/40, 59/60, 77/78 (Items répondant : 1, 3, 13, 39, 59, 77).
- Agression psychologique (Psychological Aggression) : Paires 5/6, 25/26, 29/30, 35/36, 49/50, 65/66, 67/68, 69/70 (Items répondant : 5, 25, 29, 35, 49, 65, 67, 69).
- Agression physique (Physical Assault) : Paires 7/8, 9/10, 17/18, 21/22, 27/28, 33/34, 37/38, 43/44, 45/46, 53/54, 61/62, 73/74 (Items répondant : 7, 9, 17, 21, 27, 33, 37, 43, 45, 53, 61, 73).
- Coercition sexuelle (Sexual Coercion) : Paires 15/16, 19/20, 47/48, 51/52, 57/58, 63/64, 75/76 (Items répondant : 15, 19, 47, 51, 57, 63, 75).
- Blessures (Injury) : Paires 11/12, 23/24, 31/32, 41/42, 55/56, 71/72 (Items répondant : 11, 23, 31, 41, 55, 71).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1979 (CTS-1 par Murray A. Straus).
- Année de publication de la version révisée : 1996 (CTS2 par Straus, Hamby, Boney-McCoy et Sugarman).
- Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle détenue par Murray A. Straus et le Family Research Laboratory de l’Université du New Hampshire.
- Conditions d’utilisation et permissions pour la recherche : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche académique, de mémoires ou de thèses non commerciales a historiquement été autorisée sans frais sous réserve de citation rigoureuse et du respect scrupuleux de l’intégrité des items. Le manuel officiel d’utilisation (Manual for the Conflict Tactics Scales) et les protocoles de cotation sont diffusés par le laboratoire de recherche de l’UNH.
- Distribution commerciale et pratique clinique : Pour certains usages cliniques formels ou applications institutionnelles réglementées, l’instrument et son manuel ont été distribués sous licence via des éditeurs de tests psychologiques tels que Western Psychological Services (WPS). Il convient de s’adresser au FRL de l’Université du New Hampshire pour toute demande officielle de licence.
- Coordonnées administratives : Family Research Laboratory, 126 Horton Social Science Center, University of New Hampshire, Durham, NH 03824, États-Unis. Site internet : www.unh.edu/frl.
12. Références / References
Les travaux académiques suivants constituent les fondements théoriques, méthodologiques et psychométriques de l’Échelle des tactiques de conflit :
- Hamby, S. L., Poindexter, V. C., & Gray-Little, B. (1996). Four commercially available scales for measuring partner violence: A psychometric evaluation. Violence and Victims, 11(4), 293–304. https://doi.org/10.1891/0886-6708.11.4.293
- Johnson, M. P. (1995). Patriarchal terrorism and common couple violence: Two forms of violence against women. Journal of Marriage and the Family, 57(2), 283–294. https://doi.org/10.2307/353683
- Lussier, Y. (1997). Validation de la version française de l’Échelle des tactiques de conflit révisée (CTS2). Revue Canadienne des Sciences du Comportement, 29(4), 245–256.
- Straus, M. A. (1974). Leveling, civility, and violence in the family. Journal of Marriage and the Family, 36(1), 13–29. https://doi.org/10.2307/351147
- Straus, M. A. (1979). Measuring intrafamily conflict and violence: The Conflict Tactics Scales. Journal of Marriage and the Family, 41(1), 75–88. https://doi.org/10.2307/351733
- Straus, M. A. (1990). The Conflict Tactics Scale and its critics: An evaluation and new data on validity and reliability. In M. A. Straus & R. J. Gelles (Eds.), Physical violence in American families: Risk factors and adaptations to violence in 8,145 families (pp. 49–73). Transaction Publishers.
- Straus, M. A. (1995). Manual for the Conflict Tactics Scales. Durham, NH: Family Research Laboratory, University of New Hampshire.
- Straus, M. A., & Gelles, R. J. (1986). Societal change and family violence from 1975 to 1985 as reflected in two national surveys. Journal of Marriage and the Family, 48(3), 465–479. https://doi.org/10.2307/352033
- Straus, M. A., Hamby, S. L., Boney-McCoy, S., & Sugarman, D. B. (1996). The Revised Conflict Tactics Scales (CTS2): Development and preliminary psychometric data. Journal of Family Issues, 17(3), 283–316. https://doi.org/10.1177/019251396017003001