1. Résumé / Abstract
L’Échelle des symptômes d’anxiété liée à la douleur (communément désignée par son acronyme anglophone PASS pour Pain Anxiety Symptoms Scale) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé initialement en 1992 par Lance M. McCracken, Charles W. Zayfert et Robert T. Gross. Conçue pour combler un vide méthodologique et clinique majeur dans l’évaluation psychologique des syndromes douloureux chroniques, cette échelle évalue de façon multidimensionnelle l’anxiété, la peur et l’évitement spécifiquement déclenchés par la sensation douloureuse ou par l’anticipation de celle-ci. La version originale intégrale comprend 40 items répartis de façon équilibrée au sein de quatre sous-échelles de 10 items chacune : l’anxiété cognitive (Cognitive Anxiety), les comportements d’échappement et d’évitement (Escape/Avoidance), les évaluations de peur ou peur de la douleur (Fearful Appraisals / Fear of Pain) et les réponses d’anxiété physiologique (Physiological Anxiety).
Chaque item est coté selon une échelle de réponse ordinale de type Likert en 6 points, graduée de 0 (« Jamais » / Never) à 5 (« Toujours » / Always). Le score composite global oscille ainsi entre 0 et 200 points, où une valeur plus élevée traduit un niveau pathologique accru d’anxiété liée à la douleur. Sur le plan psychométrique, le PASS fait preuve d’une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,89 et 0,94 pour l’échelle totale, et entre 0,75 et 0,89 pour chacune des quatre dimensions factorielles. La validité convergente a été amplement établie par des corrélations modérées à fortes avec des construits connexes tels que la catastrophisation de la douleur mesurée par la Pain Catastrophizing Scale (PCS), l’incapacité fonctionnelle auto-évaluée, l’hypervigilance somatosensorielle, la dépression et l’évitement comportemental mesuré par la Tampa Scale for Kinesiophobia (TSK).
Largement mobilisé dans les programmes d’évaluation de la douleur interdisciplinaires, les protocoles de réadaptation physique et les essais cliniques randomisés axés sur les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), le PASS constitue un pilier empirique fondamental du modèle d’évitement de la douleur par la peur (Fear-Avoidance Model). Sa sensibilité au changement en fait un indicateur pronostique et thérapeutique incontournable pour appréhender l’impact psychosocial de la douleur chronique musculosquelettique, neuropathique ou viscérale.
2. Mots-clés / Keywords
anxiété liée à la douleur, kinésiophobie, modèle peur-évitement, douleur chronique, psychométrie, évaluation cognitive, échappement comportemental, réactivité physiologique, Lance McCracken, thérapie cognitivo-comportementale, validité factorielle, incapacité fonctionnelle
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs et psychologues cliniciens affiliés au département de médecine comportementale et de psychiatrie de la West Virginia University (Morgantown, Virginie-Occidentale, États-Unis) :
- Lance M. McCracken, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique, chercheur de renommée mondiale dans le domaine de la douleur chronique, des thérapies cognitivo-comportementales contextuelles et de l’acceptation psychologique. Il a exercé au King’s College London (Royaume-Uni), à l’Université d’Uppsala (Suède) et est actuellement titulaire d’une chaire de psychologie clinique à l’Université d’Orebro (Suède) et consultant honoraire. Contact académique : Division of Psychology, Department of Behavioral Medicine and Psychiatry, West Virginia University Health Sciences Center / Uppsala University.
- Charles W. Zayfert, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur, expert de l’évaluation diagnostique de l’anxiété et des troubles post-traumatiques, anciennement affilié à la Dartmouth Medical School et à la West Virginia University.
- Robert T. Gross, Ph.D. : Professeur émérite et directeur de recherche en médecine comportementale au sein de la West Virginia University School of Medicine, spécialisé dans les aspects psychophysiologiques de la douleur rachidienne et musculosquelettique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Pain Anxiety Symptoms Scale est d’isoler, de mesurer et de quantifier les manifestations spécifiques d’anxiété induites par la douleur physique. Historiquement, l’évaluation de la détresse émotionnelle chez les patients souffrant de syndromes douloureux chroniques recourait à des instruments généralistes, tels que l’inventaire d’anxiété de Spielberger (State-Trait Anxiety Inventory – STAI) ou l’inventaire de dépression de Beck (Beck Depression Inventory – BDI). Or, ces outils non ciblés échouaient à capturer la spécificité stimulus-réponse inhérente à la nosologie algique. Des patients pouvaient présenter de faibles scores à une échelle d’anxiété généralisée tout en manifestant une panique aiguë, des réactions d’échappement impulsives et un blocage cinétique radical dès l’apparition d’un pic de nociception ou de raideur musculaire.
Le PASS répond à une double finalité, clinique et fondamentale. Sur le plan clinique, l’instrument permet aux équipes multidisciplinaires (médecins de la douleur, psychologues cliniciens, kinésithérapeutes, ergothérapeutes) d’identifier les mécanismes cognitivo-affectifs prépondérants alimentant la chronicisation et l’invalidité fonctionnelle. Plutôt que de considérer l’anxiété comme un bloc monolithique indifférencié, le profil dimensionnel généré par le PASS met en lumière si le tableau clinique est gouverné principalement par des ruminations paniques et des anticipations de lésion imminente (évaluations de peur), par un désengagement kinésiologique massif (évitement/échappement), par une tempête végétative et neurosympathique (anxiété physiologique) ou par une interférence cognitive entravant la concentration et l’attention exécutive.
Dans le domaine de la recherche empirique, le PASS a constitué le pilier opérationnel servant à valider le célèbre modèle de la peur et de l’évitement (Fear-Avoidance Model de Vlaeyen & Linton, 2000). Les chercheurs utilisent l’échelle comme variable médiatrice ou modératrice dans les études longitudinales portant sur l’abandon professionnel, la consommation d’antalgiques et d’opioïdes, la tolérance à l’effort physique sous épreuve dynamométrique ou ergométrique, et l’efficacité des protocoles thérapeutiques innovants tels que l’exposition in vivo guidée et la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT).
En somme, le PASS n’a pas pour but de diagnostiquer un trouble anxieux selon les critères du DSM-5, mais d’offrir une cartographie fine et phénotypique des comportements de réponse cognitive, émotionnelle et somatique face au danger perçu que représente la douleur persistante.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le PASS est la peur et l’anxiété liées à la douleur, appréhendées comme une réponse multidimensionnelle articulée autour de quatre systèmes interdépendants. Ces quatre composantes reflètent les voies majeures par lesquelles l’information nociceptive interprétée comme menaçante désorganise le comportement adaptatif :
1. L’anxiété cognitive (Cognitive Anxiety)
Cette dimension examine la perturbation directe des fonctions cognitives d’ordre supérieur et les pensées automatiques négatives induites par l’épisode douloureux. Lorsque la douleur survient ou s’intensifie, elle absorbe les ressources attentionnelles de manière disproportionnée. Les patients rapportent une incapacité à maintenir leur fil de pensée, des ruminations centrées sur la chronicité sans issue (« la douleur ne cessera jamais »), une baisse drastique de la clarté mentale et un sentiment d’impuissance acquise où personne ne semble en mesure d’apporter de secours. L’anxiété cognitive quantifie cette interférence cognitive intrusive ainsi que l’hyperfocalisation mentale sur les sensations corporelles menaçantes.
2. L’échappement et l’évitement (Escape/Avoidance)
Cette sous-échelle évalue les schémas comportementaux manifestes mis en œuvre pour esquiver l’apparition de la douleur ou pour y mettre un terme immédiat dès qu’elle se manifeste. Ce registre comprend des conduites d’alitement immédiat, l’interruption précipitée de l’action en cours, le refus d’engager des activités ayant provoqué de l’inconfort par le passé, et l’inhibition motrice préventive (« demeurer le plus immobile possible »). Ces comportements, bien qu’efficaces à court terme par soulagement négatif (renforcement négatif), induisent à moyen et long terme une désadaptation musculaire, une atrophie proprioceptive et une rétraction sociale sévère, cimentant le cercle vicieux de l’invalidité.
3. Les évaluations de peur / Peur de la douleur (Fearful Appraisals / Fear of Pain)
Cette composante explore les interprétations catastrophiques et menaçantes attribuées à la sensation douloureuse elle-même. La douleur n’est pas simplement enregistrée comme une sensation somatique désagréable, mais comme le signal indiscutable d’une détérioration corporelle structurelle grave, d’une pathologie létale non identifiée ou d’une catastrophe imminente (« quelque chose de terrible va arriver »). La tonalité affective associée est dominée par l’effroi, la terreur, la panique et des impulsions paniques telles que l’envie de se précipiter au service des urgences hospitalières.
4. L’anxiété physiologique (Physiological Anxiety)
Cette quatrième facette mesure la cascade de réactivité autonome neurovégétative déclenchée par la perception nociceptive. Elle objective l’activation du système nerveux sympathique : tachycardie (« cœur qui bat la chamade »), hyperventilation et polypnée superficielle, sudation profuse, tensions musculaires réflexes généralisées, vertiges, sensation de défaillance, tremblements, nausées et contractures de spasmes viscéraux. Ce profil somatique aggrave souvent la douleur initiale en créant un feedback proprioceptif délétère où la tension musculaire réflexe nourrit le signal nociceptif périphérique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle théorique de la Pain Anxiety Symptoms Scale puise directement ses fondements dans le modèle bio-psychosocial de la douleur formulé initialement par George Engel et John Loeser, et trouve son prolongement le plus abouti dans le modèle cognitivo-comportemental de la peur et de l’évitement de la douleur (Fear-Avoidance Model of Chronic Pain), formalisé notamment par Johan W. S. Vlaeyen, Steven J. Linton et Gordon J. G. Asmundson.
Selon ce cadre théorique, l’expérience d’une blessure musculosquelettique ou d’une douleur aiguë conduit à une bifurcation cognitive et comportementale :
- La trajectoire d’adaptation (Confrontation) : Si la sensation nociceptive est interprétée de façon non menaçante ou bénigne, l’individu module son comportement de façon flexible, poursuit une activité graduelle, ce qui facilite la guérison tissulaire, le rétablissement de la confiance corporelle et la réintégration fonctionnelle.
- La trajectoire de chronicisation (Évitement) : Si l’individu possède des schémas préalables de vulnérabilité psychologique ou subit des signaux alarmistes, la douleur est interprétée via une appréciation catastrophique (Catastrophizing). Cette distorsion cognitive active instantanément la peur de la douleur et de la ré-aggravation de la blessure (mesurée précisément par le PASS).
Cette peur déclenche une cascade réactionnelle tripartite :
- Une hypervigilance somatosensorielle : le sujet scanne obsessionnellement son corps à la recherche du moindre signal viscéral ou rachidien déviant.
- Une réactivité psychophysiologique exacerbée : le système autonome sympatico-surrénalien maintient une tension musculaire de défense réflexe, accroissant l’ischémie locale et la sensibilisation centrale.
- Un évitement comportemental et une kinésiophobie : le retrait social, l’arrêt des activités physiques et l’alitement provoquent une atrophie musculosquelettique, une perte de conditionnement aérobie, un isolement affectif, des manifestations dépressives et une intolérance proprioceptive, qui en retour abaissent le seuil de tolérance à la douleur.
Le PASS s’inscrit également dans le paradigme du conditionnement pavlovien et opérant : les sensations douloureuses jouent le rôle de stimulus inconditionnel ou conditionnel déclenchant des réponses intéroceptives d’anxiété. L’évitement moteur qui s’ensuit est puissamment consolidé par le renforcement négatif issu de la disparition temporaire de la peur perçue. McCracken et ses collaborateurs ont conçu le PASS précisément pour opérationnaliser ces boucles récursives et offrir une grille diagnostique capable de mesurer la désescalade de ces réflexes phobiques au cours des protocoles thérapeutiques.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du PASS a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques sur des populations diversifiées de patients algiques (lombalgie chronique, fibromyalgie, céphalées de tension, douleurs neuropathiques, arthrose, douleurs pelviennes chroniques).
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps de McCracken et al. (1992) menée auprès de 104 patients souffrant de douleurs chroniques réfractaires, le score total du PASS a démontré de fortes corrélations positives avec des instruments mesurant la détresse psychologique générale et la réponse spécifique à la douleur :
- Corrélation élevée avec l’inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI-Trait, $r = 0,62$ à $0,71, p < 0,001$).
- Corrélation robuste avec l’échelle de dépression de Beck (BDI, $r = 0,55$ à $0,64, p < 0,001$).
- Corrélation positive significative avec l’intensité moyenne de la douleur rapportée sur échelle visuelle analogique (EVA, $r = 0,34$ à $0,42, p < 0,01$).
- Forte concordance avec les scores de la Tampa Scale for Kinesiophobia (TSK, $r = 0,58$ à $0,68$), validant son appartenance au macro-construit de la phobie du mouvement.
- Corrélation particulièrement substantielle avec la Pain Catastrophizing Scale (PCS, $r = 0,70$ à $0,78$), montrant que la composante d’appréciation cognitive de la menace du PASS recoupe étroitement les mécanismes de dramatisation et de sentiment d’abandon mesurés par la PCS.
Validité discriminante
Les analyses corrélationnelles et multivariées confirment que le PASS ne mesure pas simplement une propension névrotique générale. Après contrôle statistique des variables d’anxiété générale (STAI) et des traits de personnalité négatifs (névrosisme du NEO-PI), les scores du PASS continuent d’expliquer une part unique et statistiquement significative de la variance liée à l’incapacité fonctionnelle physique, à la prise d’antalgiques et à la fréquence des consultations médicales. Cela atteste que l’anxiété focalisée sur la douleur constitue une entité clinique et nosologique distincte de l’anxiété-trait commune.
Validité prédictive et sensibilité au changement
Les études prospectives ont documenté que les scores initiaux obtenus au PASS permettent de prédire de façon fiable les performances objectives lors de tests fonctionnels standardisés, tels que le test de marche de 6 minutes, les épreuves de flexion antérieure du tronc ou les mesures d’endurance isométrique, indépendamment de la sévérité biomédicale des lésions rachidiennes. De surcroît, le PASS démontre une remarquable sensibilité clinique aux interventions thérapeutiques ciblées : une réduction des scores au PASS au cours d’une TCC ou d’un protocole d’exposition in vivo est corrélée de manière prospective à une reprise de l’activité professionnelle et à une réduction de la consommation de substances analgésiques à 6 et 12 mois de suivi.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques du PASS quant à sa fidélité (cohérence interne et stabilité temporelle) s’avèrent exemplaires à travers la littérature internationale :
Consistance interne
Dans l’échantillon princeps de validation (McCracken et al., 1992), les coefficients alpha de Cronbach ($lpha$) calculés pour l’échelle globale et les quatre sous-échelles ont démontré une excellente consistance interne :
- Score total (40 items) : $lpha = 0,94$, révélant une très forte homogénéité des items dans l’évaluation du macro-construit de détresse anxieuse liée à la douleur.
- Anxiété cognitive : $lpha = 0,87$ à $0,89$.
- Échappement et évitement : $lpha = 0,85$ à $0,86$.
- Évaluations de peur (Peur de la douleur) : $lpha = 0,82$ à $0,85$.
- Anxiété physiologique : $lpha = 0,81$ à $0,84$.
Ces coefficients ont été répliqués de manière concordante au sein d’études indépendantes conduites en Amérique du Nord et en Europe, ne descendant jamais sous le seuil critique de 0,80 dans les cohortes cliniques de patients souffrant de douleurs chroniques.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles de temps auprès de patients stables en liste d’attente thérapeutique. Sur un intervalle standard de deux à trois semaines sans intervention clinique active, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) ou corrélations de Pearson oscillent entre $r = 0,78$ et $r = 0,86$ pour le score global, et entre $r = 0,72$ et $r = 0,81$ pour les sous-échelles factorielles. Ces données confirment que si le PASS mesure un construit sensible aux fluctuations de l’intensité douloureuse aiguë et aux interventions thérapeutiques, il capture également une composante dispositionnelle robuste et stable en l’absence de modification du contexte biopsychosocial.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle sous-jacente de l’instrument a fait l’objet d’analyses statistiques rigoureuses dès sa genèse, ainsi que lors des études subséquentes de réplication transculturelle :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la validation initiale de McCracken et al. (1992), un pool préliminaire d’items a été soumis à une analyse factorielle en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Oblimin), en accord avec l’hypothèse théorique selon laquelle les dimensions de la peur et de l’anxiété sont modérément corrélées entre elles. L’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser ont nettement corroboré une solution à quatre facteurs majeurs expliquant une proportion substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 (Anxiété cognitive) : regroupe les items liés à l’incapacité à concentrer la pensée, à la désorientation cognitive et aux ruminations d’impuissance (ex. items 5, 9, 13, 17, 21, 25, 29, 31, 35, 39). Les saturations factorielles de ces items dépassent généralement 0,45, s’échelonnant jusqu’à 0,76.
- Facteur 2 (Échappement / Évitement) : rassemble les conduites comportementales d’interruption motrice réflexe, d’alitement et d’annulation des plans d’action (ex. items 3, 7, 10, 14, 18, 22, 26, 33, 37, 40), avec des saturations factorielles primaires comprises entre 0,42 et 0,74.
- Facteur 3 (Évaluations de peur / Fearful Appraisals) : capture la composante d’effroi, de terreur affective et de prédiction d’une maladie mortelle ou grave (ex. items 1, 4, 8, 11, 15, 19, 23, 27, 30, 34), avec des saturations oscillant entre 0,48 et 0,79.
- Facteur 4 (Anxiété physiologique) : isole l’activation neurosympathique autonome, incluant palpitations cardiaques, sueurs profuses, détresse respiratoire et tremblements (ex. items 2, 6, 12, 16, 20, 24, 28, 32, 36, 38), avec des saturations factorielles variant de 0,40 à 0,72.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et versions abrégées
Les modélisations par équations structurelles et analyses factorielles confirmatoires conduites ultérieurement sur des cohortes de grande envergure (notamment par McCracken et Dhingra, 2002 ; Roelofs et al., 2004) ont comparé plusieurs modèles concurrents : un modèle unidimensionnel à facteur unique, un modèle orthogonal à 4 facteurs indépendants, un modèle oblique à 4 facteurs corrélés et un modèle hiérarchique de second ordre (où un macro-facteur d’anxiété liée à la douleur chapeaute les 4 sous-dimensions). Les indices d’ajustement statistique (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,90 ; TLI > 0,90) ont sans équivoque privilégié le modèle hiérarchique à 4 facteurs corrélés, justifiant ainsi pleinement sur le plan empirique le calcul concomitant des 4 scores sous-dimensionnels et d’un score composite global.
C’est également sur la base de ces analyses factorielles approfondies qu’a été développée ultérieurement une version courte standardisée, le PASS-20 (McCracken & Dhingra, 2002), retenant les 5 items présentant les saturations factorielles les plus pures et les plus élevées au sein de chacun des 4 domaines factoriels.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
- Nombre total d’items : 40 items psychométriques sous forme d’énoncés affirmatifs à la première personne du singulier.
- Sous-échelles et affectation des items :
- Anxiété cognitive (Cognitive Anxiety) : 10 items (5, 9, 13, 17, 21, 25, 29, 31, 35, 39).
- Échappement et évitement (Escape/Avoidance) : 10 items (3, 7, 10, 14, 18, 22, 26, 33, 37, 40).
- Évaluations de peur / Peur de la douleur (Fearful Appraisals/Fear of Pain) : 10 items (1, 4, 8, 11, 15, 19, 23, 27, 30, 34).
- Anxiété physiologique (Physiological Anxiety) : 10 items (2, 6, 12, 16, 20, 24, 28, 32, 36, 38).
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale en 6 points :
- 0 = Never (Jamais)
- 1 = Rarely (Rarement)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Often (Souvent)
- 4 = Very often (Très souvent)
- 5 = Always (Toujours)
- Méthode de cotation (Scoring) :
- Tous les items sont cotés de manière directe de 0 à 5. Aucun item n’est inversé (no reverse scoring).
- Le score de chaque sous-échelle s’obtient en sommant les notes des 10 items correspondants (plage de score par sous-échelle : 0 à 50 points).
- Le score global total du PASS s’obtient par l’addition des 40 items constituant l’instrument. La plage théorique s’étend de 0 à 200 points.
- Interprétation clinique des scores : Un score global élevé correspond à un degré très marqué d’anxiété liée à la douleur. Des scores totaux dépassant les percentiles supérieurs (> 100 à 120 points selon les cohortes de référence) indiquent une probabilité majeure de dysfonctionnement fonctionnel, de déconditionnement physique par kinésiophobie et de mauvaise observance des protocoles de rééducation physique.
- Durée de passation : Environ 8 à 12 minutes pour l’administration complète.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de publication initiale : 1992.
Droits d’auteur et accessibilité : La publication scientifique princeps a été diffusée dans la revue à comité de lecture Behavior Therapy (Association for Behavioral and Cognitive Therapies – Elsevier). Les auteurs originaux, menés par le Dr Lance M. McCracken, ont mis l’instrument à la disposition de la communauté clinique et académique internationale dans un objectif de progrès thérapeutique et scientifique. Dans le cadre de la recherche académique non commerciale, de l’enseignement universitaire et de la pratique clinique directe sans but lucratif, le PASS (ainsi que sa forme abrégée PASS-20) peut être librement utilisé sans paiement de redevance, sous réserve de citer explicitement les publications de référence correspondantes. Toute intégration dans une application logicielle commerciale propriétaire, un système de télémédecine payant ou un protocole d’évaluation sponsorisé par l’industrie pharmaceutique requiert une autorisation écrite préalable de la part des ayants droit ou des éditeurs détenteurs des droits de reproduction.
12. Références / References
- Asmundson, G. J. G., Norton, P. J., & Vlaeyen, J. W. S. (2004). Understanding and treating fear of pain. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/med:psych/9780198525349.001.0001
- McCracken, L. M., & Dhingra, L. (2002). A short version of the Pain Anxiety Symptoms Scale (PASS-20): Preliminary development and validity. Pain Research and Management, 7(1), 45–50. https://doi.org/10.1155/2002/517163
- McCracken, L. M., Gross, R. T., Sorg, P. J., & Edmands, T. A. (1993). Prediction of pain in patients with chronic low back pain: Effects of inaccurate prediction and pain-related anxiety. Behaviour Research and Therapy, 31(7), 647–652. https://doi.org/10.1016/0005-7967(93)90117-G
- McCracken, L. M., Zayfert, C., & Gross, R. T. (1992). The Pain Anxiety Symptoms Scale: Development and validation of a scale to measure fear of pain. Behavior Therapy, 23(4), 677–693. https://doi.org/10.1016/S0005-7894(05)80229-5
- Roelofs, J., McCracken, L. M., Peters, M. L., Crombez, G., van Breukelen, G., & Vlaeyen, J. W. S. (2004). Psychometric evaluation of the Pain Anxiety Symptoms Scale (PASS) in chronic pain patients. Journal of Behavioral Medicine, 27(2), 167–183. https://doi.org/10.1023/B:JOBM.0000019850.88784.84
- Vlaeyen, J. W. S., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain: A state of the art. Pain, 85(3), 317–332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale (6-point Likert scale):
0 = Never | 1 = Rarely | 2 = Sometimes | 3 = Often | 4 = Very often | 5 = Always
- I can’t think straight when I’m in pain.
- During painful episodes, it is difficult to think of anything else.
- I will stop an activity immediately if I feel pain.
- Pain seems to cause my heart to pound or race.
- When I feel pain, I think that I might be seriously ill.
- I avoid activities which cause even mild discomfort.
- Pain sensations are terrifying.
- When I feel pain, I am afraid that something terrible is about to happen.
- I try to avoid activities which have caused pain in the past.
- When I feel pain, my muscles become tense and tight.
- I feel disoriented when I am in pain.
- I go to bed or lie down as soon as pain begins.
- Pain makes me feel nausea or sick to my stomach.
- I find it difficult to concentrate when I am hurting.
- When pain begins, I try to anticipate what is causing it.
- When I hurt, I think about other things that have hurt me in the past.
- I worry about what will happen to me if my pain continues or gets worse.
- When I experience pain, my breathing becomes shallow and rapid.
- Pain frightens me.
- When I feel pain, I try to stay as still as possible.
- Pain sensations make me feel dizzy or faint.
- I can’t concentrate on other things when I’m in pain.
- When I feel pain, I lose my appetite.
- I dread having to take part in activities that might cause pain.
- I begin to tremble or shake when I experience pain.
- I worry when I am in pain.
- When pain starts, I think about going to the hospital.
- Pain makes it hard for me to breathe properly.
- When I am in pain, I think that the pain will never stop.
- I avoid making plans because of my pain.
- When I experience pain, I am unable to relax.
- When I feel pain, I start to sweat.
- I imagine the worst thing happening to me when I am in pain.
- I feel like crying when I have pain.
- Pain makes me feel fatigued or exhausted.
- When pain begins, I stop what I am doing.
- Pain makes me feel panic or fear.
- I avoid moving when I am in pain.
- When I am in pain, I think that nobody can help me.
- I find myself checking for signs of injury or illness when I hurt.