1. Résumé / Abstract
L’Échelle des intentions d’infidélité (Intentions Towards Infidelity Scale, ITIS), développée par Daniel Nelson Jones, Sally Gayle Olderbak et Aurelio José Figueredo, constitue un instrument psychométrique bref conçu pour évaluer la propension d’un individu à transgresser les normes d’exclusivité au sein d’une relation amoureuse. Alors que la littérature scientifique s’est longtemps concentrée sur les attitudes générales envers l’infidélité ou sur des traits de personnalité distaux, l’ITIS s’appuie sur les postulats de la théorie du comportement planifié d’Ajzen et Fishbein (2005), postulant que les intentions comportementales explicites représentent le prédicteur proximal le plus robuste du passage à l’acte effectif.
L’instrument se compose de sept items mesurant des scénarios cognitifs et comportementaux liés à l’infidélité, tels que l’intention d’être infidèle sous condition d’impunité, la dissimulation de son statut relationnel face à une personne attrayante, la propension au mensonge, et les projections d’infidélité envers un partenaire actuel ou futur. Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert bipolaire en 7 points allant de -3 (« Pas du tout probable ») à +3 (« Extrêmement probable »). L’outil est strictement unidimensionnel : l’ensemble des items sature sur un facteur commun unique représentant l’intention globale d’infidélité, après inversion du troisième item mesurant la transparence de l’aveu.
Sur le plan psychométrique, l’ITIS démontre une consistance interne satisfaisante et stable à travers plusieurs cohortes, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,70 et 0,81. Les études de validation révèlent une validité convergente robuste avec les antécédents d’infidélité déclarée (corrélations moyennes allant jusqu’à r = 0,60), l’orientation sociosexuelle non restreinte, l’effort d’accouplement et l’attachement évitant. Sur le plan prédictif et longitudinal, les scores à l’ITIS prédisent de manière significative la baisse de la satisfaction conjugale jusqu’à six mois après l’évaluation, ainsi que la rupture relationnelle et l’occurrence effective d’actes d’infidélité au cours d’un suivi prospectif sur douze mois. L’ITIS s’impose ainsi comme un outil de recherche et d’évaluation clinique d’une grande efficacité métrologique.
2. Mots-clés / Keywords
Infidélité, intentions comportementales, psychométrie, théorie du comportement planifié, attachement amoureux, satisfaction conjugale, dissolution relationnelle, sociosexualité, fidélité prédictive, relations de couple, échelle ITIS, Daniel Nelson Jones.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie de la personnalité, psychologie évolutionniste et psychométrie des relations interpersonnelles :
- Daniel Nelson Jones, Ph.D. : Département de psychologie, University of British Columbia (UBC), Vancouver, Colombie-Britannique, Canada. Spécialiste reconnu de la personnalité sombre (« Dark Triad »), des comportements antisociaux et de la dynamique de l’accouplement humain. Correspondance institutionnelle : 2136 West Mall, Department of Psychology, UBC, Vancouver, BC, Canada, V6T 1Z4 ; Courriel :
[email protected]. - Sally Gayle Olderbak, Ph.D. : Département de psychologie, University of Arizona, Tucson, Arizona, États-Unis. Ses travaux portent sur les stratégies d’histoire de vie, l’intelligence émotionnelle et l’évolution longitudinale de la satisfaction au sein des couples hétérosexuels.
- Aurelio José Figueredo, Ph.D. : Laboratoire d’éthologie et de psychologie évolutionniste, Département de psychologie, University of Arizona, Tucson, Arizona, États-Unis. Expert éminent en modélisation par équations structurelles, théorie de l’histoire de vie et adaptation comportementale.
4. Objectif / Purpose
Justification empirique et théorique
L’infidélité conjugale et romantique représente l’un des motifs les plus fréquents et destructeurs de détresse psychologique, de divorce et de dissolution relationnelle précoce dans les sociétés contemporaines (Daly, Wilson, & Weghorst, 1982). Outre les traumatismes affectifs majeurs qu’elle engendre — incluant l’effondrement de l’estime de soi, l’émergence d’épisodes dépressifs majeurs et le trouble de stress post-traumatique lié à la trahison —, l’infidélité expose également les partenaires à des risques biologiques substantiels, notamment la transmission d’infections sexuellement transmissibles (IST). Face à ces enjeux majeurs de santé publique et de bien-être relationnel, identifier avec précision les déterminants psychologiques susceptibles d’anticiper la non-exclusivité sexuelle ou émotionnelle constitue une priorité de la recherche psychologique.
Historiquement, l’évaluation du risque d’infidélité s’est heurtée à deux écueils méthodologiques distincts :
- L’écart entre attitude et comportement (Attitude-Behavior Gap) : De nombreuses échelles mesurent l’approbation morale ou l’attitude abstraite envers l’infidélité (par exemple, le fait de considérer l’infidélité comme acceptable ou inacceptable en société). Or, comme l’ont formellement démontré Ajzen et Fishbein (2005), les attitudes globales possèdent un pouvoir prédictif modeste quant aux comportements spécifiques futurs. Un individu peut désapprouver moralement l’infidélité en théorie, mais former néanmoins l’intention concrète de tromper son partenaire si des opportunités contextuelles favorables se présentent.
- La lourdeur des inventaires de personnalité globale : Si des traits tels qu’une faible amabilité, une faible conscience professionnelle ou des dimensions de la triade sombre (machiavélisme, narcissisme, psychopathie) sont corrélés à l’infidélité (Hall & Fincham, 2005), leur mesure nécessite de longs questionnaires évaluant des tendances interpersonnelles diffuses plutôt que le construit spécifique de l’infidélité.
Pour combler ces lacunes, Jones, Olderbak et Figueredo ont développé l’ITIS avec l’objectif explicite de mesurer les intentions comportementales spécifiques orientées vers l’infidélité. L’outil a été calibré pour être extrêmement bref (passation en moins de soixante secondes) tout en maximisant la variance prédictive sur les comportements d’infidélité réels et la survie du couple.
Applications en recherche et pratique clinique
Dans le domaine de la recherche fondamentale, l’ITIS sert de variable médiatrice ou dépendante clé dans les modèles analysant les stratégies d’accouplement humain, l’écologie comportementale, la théorie de l’attachement adulte et les déterminants de l’engagement amoureux. L’échelle permet d’opérationnaliser le passage cognitif entre des dispositions stables (traits de personnalité, orientation sociosexuelle) et l’acte transgressif final.
Dans le cadre de la psychothérapie de couple et du conseil conjugal, bien que l’instrument doive être administré avec précaution en raison de la désirabilité sociale, l’ITIS offre un aperçu standardisé de la vulnérabilité relationnelle. Il permet aux cliniciens d’évaluer le degré de désengagement cognitif d’un partenaire, d’anticiper les risques de rechute après une crise d’infidélité déclarée, et d’orienter les interventions thérapeutiques vers le renforcement de l’exclusivité et la reconstruction de la confiance mutuelle.
5. Construit psychologique / Construct
L’ITIS opérationnalise le construit d’intention d’infidélité comme une disposition cognitive et motivationnelle explicite à s’engager dans des transgressions de l’exclusivité romantique ou sexuelle au détriment du lien établi avec le partenaire officiel. Contrairement aux approches axées uniquement sur le passé (mesure de la fréquence rétrospective des infidélités), l’ITIS capture la disponibilité psychologique actuelle et projetée à transgresser les frontières du couple.
Bien que l’échelle soit unidimensionnelle sur le plan factoriel, le construit sous-jacent intègre quatre composantes comportementales et cognitives interconnectées :
1. L’opportunisme sous condition d’impunité
Cette composante explore la volonté de l’individu de commettre un acte d’infidélité si la certitude de ne pas être découvert est garantie (Item 1 : « How likely are you to be unfaithful to a partner if you knew you wouldn’t get caught? »). Elle isole la motivation intrinsèque à la transgression de la peur des sanctions sociales ou relationnelles. Le construit met en lumière l’érosion du contrôle interne des impulsions : lorsque la contrainte externe de la surveillance disparaît, l’intention comportementale devient le reflet direct de l’attachement aux normes de fidélité.
2. La gestion du secret, du mensonge et de la dissimulation
L’infidélité ne se résume pas à l’acte sexuel ou affectif extra-conjugal ; elle englobe un ensemble complexe de conduites de duplicité. L’ITIS examine l’inclination du sujet à mentir activement à son partenaire pour dissimuler la trahison (Item 2), son estimation de sa propre capacité à échapper aux soupçons (Item 4), ainsi que son refus d’avouer spontanément la faute (Item 3, inversé). Ces facettes mesurent la disposition à instrumentaliser la manipulation verbale et l’asymétrie informationnelle au sein du couple.
3. La négation anticipée du statut relationnel
Un indicateur précoce d’infidélité réside dans la préparation active du terrain social pour de futures opportunités d’accouplement. L’Item 5 (« How likely would you be to hide your relationship from an attractive person you just met? ») évalue la propension à masquer l’existence de son couple actuel face à un tiers attirant. Cette composante reflète un comportement de parade ou de « mise en disponibilité » sociosexuelle, indiquant que l’individu maintient délibérément ouvertes des alternatives d’accouplement (mate poaching ou opportunisme reproductif).
4. La projection temporelle de la non-exclusivité
Les deux derniers items explorent les intentions d’infidélité projetées sur le long terme, tant envers de futurs partenaires généraux (Item 6) qu’envers un conjoint statutaire officiel, actuel ou futur (Item 7 : époux/épouse). Cette dimension mesure la pérennité perçue du comportement d’infidélité, dissociant une tentation passagère liée à un partenaire spécifique d’un schéma comportemental récurrent et structurel.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de l’ITIS repose principalement sur l’articulation féconde entre deux grands paradigmes des sciences psychologiques : la théorie du comportement planifié issue de la psychologie sociale cognitive, et la théorie de l’histoire de vie intégrée à la psychologie évolutionniste.
La théorie du comportement planifié (Ajzen & Fishbein)
Selon le modèle d’Ajzen et Fishbein (2005), l’adoption d’un comportement délibéré ne découle pas directement d’attitudes générales, mais découle de l’intention comportementale, qui en constitue le déterminant le plus immédiat. L’intention capture l’intensité de l’effort et la planification mentale qu’un individu est prêt à investir pour exécuter une action. Dans le contexte de l’infidélité :
- Les attitudes (ex. « Tromper son conjoint est immorale ») sont soumises à une forte désirabilité sociale et n’empêchent pas le passage à l’acte lors de situations de tentation intense.
- Les normes subjectives (la pression perçue des pairs concernant la monogamie) modulent la tolérance contextuelle.
- Le contrôle comportemental perçu (la conviction de pouvoir exécuter l’acte sans être découvert, capturée par l’item 4 de l’ITIS) déverrouille l’inhibition morale.
L’ITIS se positionne au sommet de cette chaîne causale : en évaluant l’intention proximale plutôt que l’attitude distale, l’échelle parvient à expliquer une part significativement plus élevée de la variance comportementale.
La théorie des stratégies d’histoire de vie (Life History Theory)
Sur le plan évolutionniste, les travaux d’Aurelio José Figueredo et Olderbak (Olderbak & Figueredo, 2009) ancrent l’intention d’infidélité dans le continuum des stratégies d’histoire de vie (Fast vs. Slow Life History Strategies) :
- Les individus orientés vers une stratégie rapide (Fast Life History) privilégient l’effort d’accouplement immédiat (mating effort), la diversification des partenaires, une orientation sociosexuelle non restreinte (Gangestad & Simpson), et investissent peu dans la stabilité relationnelle ou les soins parentaux à long terme. L’intention d’infidélité constitue chez eux une stratégie adaptative d’allocation de ressources vers de nouvelles opportunités reproductives.
- À l’inverse, une stratégie lente (Slow Life History) est caractérisée par un fort investissement somatique, un engagement durable envers le partenaire, une recherche d’harmonie conjugale et une inhibition marquée des conduites extra-paire.
L’ITIS a été empiriquement validée comme le médiateur psychologique direct par lequel les stratégies d’histoire de vie rapides se traduisent en transgressions effectives de l’exclusivité du couple.
La théorie de l’attachement adulte (Bowlby, Hazan & Shaver)
Le cadre théorique convoque également la théorie de l’attachement. Les individus présentant un attachement évitant utilisent la distance émotionnelle et l’indépendance compulsive comme mécanismes de défense. Pour ces derniers, les intentions d’infidélité fonctionnent comme une barrière protectrice empêchant une intimité trop vulnérable et préservant des voies de sortie relationnelles autonomes.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’ITIS a été rigoureusement démontrée à travers une série d’études transversales et longitudinales menées sur des cohortes d’adultes émergents et d’individus engagés dans des relations de couple hétérosexuelles (Jones, 2009 ; Olderbak, 2008 ; Olderbak & Figueredo, 2009). Toutes les grandeurs d’effet rapportées ci-après s’inscrivent dans la nomenclature standardisée de Cohen (1988).
Validité convergente
L’ITIS démontre des corrélations fortes et hautement significatives avec les mesures d’infidélité autodéclarée passée et présente. Les corrélations moyennes obtenues à travers les études de Jones (2009) s’échelonnent entre r = 0,40 et r = 0,60, ce qui démontre que l’intention est étroitement alignée sur l’historique comportemental du sujet.
En outre, l’ITIS présente un schéma cohérent de corrélations avec diverses variables relationnelles et dispositionnelles :
- Orientation sociosexuelle (SOI) : Corrélation positive modérée à forte avec les attitudes et comportements sexuels non restreints (acceptation des relations sexuelles sans engagement émotionnel).
- Effort d’accouplement (Mating Effort) : Corrélation positive forte ; les individus investissant du temps et des ressources dans la séduction active obtiennent des scores très élevés à l’ITIS.
- Attachement insécure : Corrélation positive modérée avec le score global d’attachement insécure et l’attachement évitant spécifiquement.
- Traits de personnalité : Corrélations positives modérées avec la recherche de sensations impulsives (Impulsive Sensation Seeking, ISS) et l’agressivité/hostilité (AH) du modèle « Alternative Five » de Zuckerman (Zuckerman et al., 1993). Au sein du modèle Big Five, l’ITIS présente des corrélations négatives faibles à modérées avec l’amabilité (Agreeableness) et la conscience (Conscientiousness), et une corrélation positive modérée avec l’ouverture à l’expérience (Openness).
Validité discriminante
L’indépendance conceptuelle de l’ITIS est attestée par l’absence d’association statistiquement significative avec l’attachement anxieux. Alors que l’attachement anxieux se caractérise par une peur panique de l’abandon et une hyperactivation du besoin de proximité (souvent incompatible avec le désir délibéré de tromper), l’ITIS cible sélectivement l’autonomie destructrice et le désengagement affectif typiques de l’évitement.
Validité médiatrice
Un apport méthodologique majeur de Jones (2009) réside dans les analyses de modélisation structurelle montrant que l’ITIS médie totalement la relation entre l’ensemble des variables dispositionnelles susmentionnées (traits de personnalité, attachement évitant, sociosexualité, effort d’accouplement) et le nombre total d’infidélités effectives commises par les participants. Ce résultat confirme que l’intention comportementale constitue bien la voie finale commune menant à l’acte.
Validité prédictive et longitudinale (Critère)
Dans une étude longitudinale d’envergure sur 12 mois menée par Olderbak (2008), l’ITIS a été administrée au temps initial (baseline), avec des suivis systématiques à 3, 6, 9 et 12 mois :
- Prédiction de la satisfaction relationnelle : L’ITIS présente une corrélation négative robuste et significative avec la satisfaction conjugale mesurée au départ (baseline), à 3 mois et à 6 mois. La force de cette corrélation s’atténue pour devenir non significative à 9 et 12 mois, une atténuation expliquée par les remaniements statutaires du couple (ruptures ou changements drastiques dans la dynamique relationnelle survenus entre-temps).
- Prédiction de l’infidélité effective et de la rupture : La comparaison des scores moyens de l’ITIS à l’inclusion révèle que les individus ayant effectivement commis un acte d’infidélité durant l’année de suivi présentaient des scores d’intentions initiales significativement supérieurs à ceux restés fidèles. De même, les participants ayant vécu une rupture amoureuse définitive (dissolution du couple) affichaient des scores à l’ITIS significativement plus élevés que ceux dont la relation a perduré.
8. Fidélité / Reliability
La précision de mesure et la consistance interne de l’ITIS ont été examinées dans divers contextes empiriques :
Consistance interne (Cohérence des items)
L’homogénéité des sept items composant l’échelle est systématiquement confirmée à travers différents échantillons indépendants (Jones, 2009 ; Olderbak, 2008 ; Olderbak & Figueredo, 2009). Le coefficient alpha de Cronbach (Cronbach’s alpha) se situe de manière stable dans une fourchette allant de 0,70 à 0,81. Pour un instrument ultra-bref de sept énoncés, un indice supérieur à 0,70 démontre un excellent compromis entre fidélité métrologique et parcimonie, garantissant que l’erreur de mesure attribuable à l’échantillonnage des items demeure faible.
Corrélations inter-items et corrélation item-total
L’ensemble des items contribue positivement au score global. L’Item 3 (mesurant la propension à avouer une faute commise), une fois inversé selon les directives de cotation, affiche des saturations et des corrélations item-total corrigées alignées avec les autres énoncés, bien que son orientation inverse prévienne les biais de réponse d’acquiescement systématique.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Dans les données initiales publiées par les auteurs, aucun coefficient de fidélité test-retest classique à court terme (par exemple sur un intervalle de 2 à 4 semaines) n’était formellement documenté. Cette absence s’explique par la nature théorique du construit : les intentions comportementales envers un partenaire spécifique sont sensibles aux fluctuations de la qualité de la relation (conflits, baisse de l’intimité, opportunités extérieures). Néanmoins, le pouvoir prédictif stable observé sur des fenêtres longitudinales de 3 à 6 mois (Olderbak, 2008) atteste indirectement d’une stabilité relative suffisante du construit sur des périodes écologiquement significatives.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les procédures d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) conduites lors des phases de développement de l’échelle soutiennent sans ambiguïté une structure unifactorielle stricte.
Unidimensionnalité de l’instrument
Lors de l’extraction factorielle par la méthode des axes principaux ou du maximum de vraisemblance :
- Le test d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) révèle une rupture nette après la première valeur propre, indiquant qu’un seul facteur général émerge au-dessus du seuil de Kaiser (valeurs propres > 1,0).
- Ce facteur général unique rend compte d’une part substantielle de la variance totale des scores, confirmant que tous les items convergent vers l’évaluation d’un seul construit latent unifié : l’intentionnalité d’infidélité.
Saturations factorielles des items
L’ensemble des sept énoncés présente des saturations factorielles cohérentes et positives sur ce facteur unique (après recodage de l’Item 3) :
- Les items évaluant la probabilité directe de transgresser en cas d’impunité (Item 1) et les projections d’infidélité future (Items 6 et 7) affichent les saturations les plus élevées (souvent supérieures à 0,65), constituant le cœur structural du facteur.
- Les items relatifs à la dissimulation stratégique (Items 2, 4 et 5) présentent des saturations intermédiaires à fortes (généralement comprises entre 0,45 et 0,60), attestant que les conduites de tromperie et de dissimulation sont indissociables de l’intention fondamentale de trahison.
- L’Item 3 inversé sature de manière adéquate, consolidant la structure unifiée sans justifier l’extraction d’un facteur résiduel de transparence.
En conséquence, aucun modèle multifactoriel (orthogonal ou oblique) n’a été retenu par les concepteurs, l’utilisation d’un score total moyen unique étant parfaitement légitimée par l’analyse factorielle.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’ITIS est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour une passation rapide et standardisée.
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / en ligne.
- Nombre d’items : 7 énoncés concis.
- Durée de passation : Moins d’une minute (environ 45 à 60 secondes).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert bipolaire en 7 points :
-3= Pas du tout probable (Not at all Likely)
-2= Très peu probable
-1= Peu probable
0= Neutre / Indécis
+1= Probable
+2= Très probable
+3= Extrêmement probable (Extremely Likely) - Procédure de cotation (Scoring) :
- Inverser le score de l’Item 3 (Item recodé [R]) : la valeur attribuée par le participant doit être inversée sur l’axe bipolaire (une réponse de -3 devient +3, -2 devient +2, -1 devient +1, 0 reste 0, +1 devient -1, +2 devient -2, et +3 devient -3). Algébriquement :
Score_Item3_Inversé = -1 * Score_Item3_Original. - Calculer la moyenne arithmétique simple des 7 items (après recodage de l’Item 3). Le score global se situe donc sur un continuum théorique continu allant de
-3,00à+3,00.
- Inverser le score de l’Item 3 (Item recodé [R]) : la valeur attribuée par le participant doit être inversée sur l’axe bipolaire (une réponse de -3 devient +3, -2 devient +2, -1 devient +1, 0 reste 0, +1 devient -1, +2 devient -2, et +3 devient -3). Algébriquement :
- Interprétation :
- Scores fortement négatifs (-3 à -1) : Intentions d’infidélité quasi inexistantes, engagement robuste envers la monogamie et l’exclusivité relationnelle.
- Scores proches de zéro (-1 à +1) : Ambivalence, perméabilité aux tentations contextuelles ou faible attachement aux normes d’exclusivité.
- Scores positifs (+1 à +3) : Intentions d’infidélité marquées, prédisposition explicite à dissimuler et à transgresser en cas d’opportunité, risque élevé de dissolution relationnelle.
- Population cible : Conçu initialement pour des adultes émergents d’âge universitaire engagés dans une relation amoureuse hétérosexuelle, l’outil est conceptuellement applicable à toute personne adulte engagée dans une relation de couple exclusive ou engagée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement et de publication initiale : Développé et présenté pour la première fois entre 2008 et 2009 (Olderbak, 2008 ; Jones, 2009 ; Olderbak & Figueredo, 2009).
- Droits d’utilisation et permissions : L’échelle a été mise à disposition de la communauté académique dans le cadre de publications scientifiques ouvertes. Elle peut être utilisée gratuitement à des fins de recherche non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique universitaire, sous réserve de citer scrupuleusement les auteurs originaux (Daniel N. Jones, Sally G. Olderbak et Aurelio José Figueredo).
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou de licence n’est exigé pour un usage scientifique standard. L’instrument ne fait pas l’objet d’une commercialisation propriétaire par un éditeur privé de tests psychologiques.
- Contact pour autorisations spécifiques ou adaptations : Toute demande concernant des utilisations commerciales ou des adaptations linguistiques formelles doit être adressée au chercheur principal, le Dr Daniel N. Jones (Département de psychologie, Université de la Colombie-Britannique ; courriel :
[email protected]).
12. Références / References
Les travaux scientifiques fondateurs et études de référence soutenant le développement et la validation de l’ITIS sont listés ci-dessous en conformité avec les normes APA (7e édition) :
- Ajzen, I., & Fishbein, M. (2005). The influence of attitudes on behavior. In D. Albarracín, B. T. Johnson, & M. P. Zanna (Eds.), The handbook of attitudes (pp. 173–221). Lawrence Erlbaum Associates Publishers. https://psycnet.apa.org/record/2005-04663-005
- Cohen, J. (1988). Statistical power analysis for the behavioral sciences (2nd ed.). Lawrence Erlbaum Associates. https://doi.org/10.4324/9780203771587
- Daly, M., Wilson, M., & Weghorst, S. J. (1982). Male sexual jealousy. Ethology and Sociobiology, 3(1), 11–27. https://doi.org/10.1016/0162-3095(82)90027-9
- Hall, J. H., & Fincham, F. D. (2005). Relationship dissolution following infidelity. In M. A. Fine & J. H. Harvey (Eds.), Handbook of divorce and relationship dissolution (pp. 153–168). Lawrence Erlbaum Associates Publishers.
- Jones, D. N. (2009). The personality of a cheater [Manuscrit inédit en préparation]. Department of Psychology, University of British Columbia.
- Olderbak, S. G. (2008). Predicting relationship satisfaction in heterosexual couples longitudinally [Mémoire de Master non publié]. Department of Psychology, University of Arizona.
- Olderbak, S. G., & Figueredo, A. J. (2009). Predicting romantic relationship satisfaction from life history strategy. Personality and Individual Differences, 46(6), 604–610. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.12.019
- Zuckerman, M., Kuhlman, M. D., Joireman, J., Teta, P., & Kraft, M. (1993). A comparison of three structural models for personality: The Big Three, the Big Five, and the Alternative Five. Journal of Personality and Social Psychology, 65(4), 757–768. https://doi.org/10.1037/0022-3514.65.4.757
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Please indicate how likely or unlikely you would be to do the following things. Use the scale below to answer the following questions.
−3
−2
−1
0
+1
+2
Extremely Likely
+3
- How likely are you to be unfaithful to a partner if you knew you wouldn’t get caught?
- How likely would you be to lie to a partner about being unfaithful to them?
- How likely would you be to tell a partner if you were unfaithful to them? [R]
- How likely do you think you would be to get away with being unfaithful to a partner?
- How likely would you be to hide your relationship from an attractive person you just met?
- How likely do you think you are to be unfaithful to future partners?
- How likely do you think you are to be unfaithful to your present or future husband or wife?