Échelle des expériences positives et négatives (SPANE)

L’Échelle des expériences positives et négatives (SPANE) est un instrument psychométrique de 12 items mesurant la fréquence des affects positifs et négatifs au cours du dernier mois.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des expériences positives et négatives (en anglais, Scale of Positive and Negative Experience ou SPANE) est un instrument psychométrique bref composé de 12 items conçu pour évaluer la fréquence des affects positifs et négatifs ressentis au cours des quatre dernières semaines. Développée par Ed Diener et ses collaborateurs en 2009 et publiée officiellement en 2010, la SPANE a été formulée pour surmonter les limites conceptuelles et psychométriques majeures des inventaires d’affects antérieurs, notamment l’échelle PANAS (Watson, Clark, & Tellegen, 1988).

L’échelle se structure en deux sous-échelles orthogonales et interdépendantes de six items chacune : la sous-échelle d’affects positifs (SPANE-P, pour Positive Experience) et la sous-échelle d’affects négatifs (SPANE-N, pour Negative Experience). Chaque item est évalué au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Très rarement ou jamais ») à 5 (« Très souvent ou toujours »). La somme des items de chaque composante varie de 6 à 30 points. De plus, un score global de balance affective, désigné sous le terme de SPANE-B (Affect Balance), s’obtient par la soustraction du score négatif au score positif (SPANE-P − SPANE-N), délimitant un continuum s’étendant de -24 à +24.

Sur le plan psychométrique, la SPANE présente des qualités robustes démontrées au sein de multiples cultures. La consistance interne (mesurée par l’alpha de Cronbach et le coefficient oméga de McDonald) oscille généralement entre 0,84 et 0,90 pour la composante SPANE-P, et entre 0,80 et 0,87 pour la SPANE-N. L’analyse factorielle confirmatoire corrobore invariablement un modèle bifactoriel corrélé ou orthogonal supérieur aux modèles unifactoriels. En combinant des descripteurs émotionnels généraux (« positif », « bon », « agréable ») et des émotions fondamentales discrètes de différentes intensités d’activation physiologique (« joyeux », « content », « effrayé », « en colère »), la SPANE saisit l’ensemble du spectre de l’expérience subjective du bien-être, faisant de cet outil une référence incontournable en psychologie clinique, en psychologie de la santé et en psychologie positive.

2. Mots-clés / Keywords

Bien-être subjectif, Affectivité positive, Affectivité négative, Évaluation psychométrique, Balance affective, SPANE, Émotions, Psychologie positive, Fidélité test-retest, Analyse factorielle, Validation transculturelle, Santé mentale

3. Auteurs / Authors

L’échelle des expériences positives et négatives a été créée par une équipe internationale d’éminents chercheurs en psychologie de la personnalité et du bien-être subjectif, sous la direction de :

  • Ed Diener, Ph.D. (1946–2021) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign (États-Unis), chercheur principal au Gallup Organization et professeur distingué à l’Université de Virginie et à l’Université de l’Utah. Surnommé « Dr. Happiness », Diener est considéré comme le pionnier mondial de l’étude scientifique du bien-être subjectif.
  • Derrick Wirtz, Ph.D. : Professeur associé d’enseignement en psychologie à l’Université de la Colombie-Britannique (Campus Okanagan, Canada), spécialiste de la mémoire des expériences émotionnelles et du bien-être écologique.
  • William Tov, Ph.D. : Professeur agrégé de psychologie à la Singapore Management University (Singapour), expert des processus socio-émotionnels, de la personnalité quotidienne et du bien-être transculturel.
  • Christie Kim-Prieto, Ph.D. : Professeure de psychologie au College of New Jersey (États-Unis), spécialiste de l’interface entre culture, religion et émotion.
  • Dong-won Choi, Ph.D. : Chercheur et professeur affilié à la California State University, East Bay (États-Unis), spécialisé dans la cognition sociale et le bien-être émotionnel.
  • Shigehiro Oishi, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Université de Chicago (anciennement à l’Université de Virginie, États-Unis), autorité de renommée mondiale sur la psychologie culturelle et écologique du bonheur et la « richesse expérientielle » (psychological richness).
  • Robert Biswas-Diener, Psy.D. : Directeur général de Positive Acorn (Portland, Oregon, États-Unis), chercheur, coach exécutif et auteur prolifique sur les interventions en psychologie positive à travers diverses cultures.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Scale of Positive and Negative Experience (SPANE) est de fournir une évaluation brève, robuste, globale et transculturellement valide de l’expérience affective individuelle sur une période temporelle intermédiaire (les quatre dernières semaines). Au moment de sa conceptualisation, les mesures existantes de l’affect — dominées par la PANAS de Watson, Clark et Tellegen (1988) — faisaient l’objet de critiques méthodologiques et conceptuelles substantielles dans la littérature en psychométrie et en psychologie de la personnalité.

Limites des instruments antérieurs et justification théorique

La PANAS, bien qu’extrêmement populaire, échantillonne presque exclusivement des affects positifs et négatifs caractérisés par une activation ou un éveil physiologique élevé (high arousal), tels qu’« enthousiaste », « alerte », « déterminé », « nerveux » ou « effrayé ». En conséquence, elle omet délibérément des états affectifs à faible activation (low arousal) ou de valence centrale pourtant cruciaux pour le fonctionnement humain, tels que la sérénité, le contentement (contented), la joie douce, ou à l’opposé, la tristesse sourde (sad) et le découragement. Cette lacune biaisait fortement l’évaluation de l’affectivité chez les populations âgées ou dans les cultures collectivistes (notamment en Asie de l’Est), où les émotions positives de faible éveil sont plus valorisées et fréquentes que l’excitation intense.

De plus, de nombreux termes de la PANAS ne sont pas universellement perçus comme des affects intrinsèquement positifs ou négatifs dans toutes les langues ou sous-cultures (par exemple, « alerte » ou « fier » peuvent posséder des connotations négatives ou neutres selon le contexte socioculturel). Pour résoudre cette aporie, Diener et ses collègues ont délibérément conçu la SPANE selon une approche mixte innovante :

  • L’incorporation de termes d’affects généraux et englobants (broad/general feelings) : « Positif », « Négatif », « Bon », « Mauvais », « Agréable », « Désagréable ». Ces termes permettent au répondant d’intégrer ses propres expériences émotionnelles idiosyncratiques et culturellement nuancées, sans que le chercheur n’ait à imposer une liste exhaustive de dizaines d’émotions secondaires.
  • L’adjonction d’émotions discrètes ciblées (discrete feelings) universellement reconnues et représentant des intensités variées : « Heureux », « Joyeux », « Content » pour la sphère positive ; « Triste », « Effrayé », « En colère » pour la sphère négative.

Applications en recherche et en pratique clinique

La SPANE a été conçue pour s’appliquer à un large éventail de contextes scientifiques et appliqués :

  • Recherche fondamentale sur le bien-être subjectif (SWB) : La SPANE constitue le module d’évaluation affective du modèle tripartite du bien-être subjectif de Diener (1984), venant compléter les mesures cognitives comme la Satisfaction with Life Scale (SWLS) et l’évaluation de l’épanouissement psychologique via la Flourishing Scale.
  • Psychologie de la santé et médecine comportementale : En captant la fréquence temporelle des émotions négatives (associées à l’hyperactivité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et à l’inflammation) et positives (associées à une meilleure immunocompétence et à la longévité), l’outil sert d’indicateur pronostique et de variable médiatrice dans les études longitudinales épidémiologiques.
  • Psychologie clinique et psychothérapie : La SPANE est employée dans le monitorage des interventions thérapeutiques, en particulier les thérapies cognitives et comportementales (TCC), les thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT) et les programmes basés sur la pleine conscience (MBSR). Elle permet de mesurer indépendamment l’atténuation de la détresse (SPANE-N) et la restauration de la vitalité affective et du plaisir (SPANE-P), évitant le piège de supposer que l’extinction du négatif engendre automatiquement l’apparition du positif.
  • Psychologie organisationnelle : Mesure du climat émotionnel au travail, de l’épuisement professionnel (burnout) et des répercussions des interventions visant la qualité de vie au travail (QVT).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par la SPANE repose sur une conceptualisation bidimensionnelle et chronométrique de l’expérience affective. Contrairement aux approches axées sur l’intensité émotionnelle, la SPANE se focalise explicitement sur la durée et la fréquence temporelle pendant laquelle un individu fait l’expérience d’états affectifs donnés au cours d’une fenêtre rétrospective standardisée de quatre semaines.

1. La composante des affects positifs (SPANE-P)

La sous-échelle SPANE-P regroupe six descripteurs : trois termes globaux (Positive, Good, Pleasant) et trois termes discrets (Happy, Joyful, Contented). Ce construit capture l’ensemble du quadrant de valence positive du modèle circomplexe des affects :

  • Descripteurs généraux (« Positif », « Bon », « Agréable ») : Ces qualificatifs permettent de refléter la tonalité hédonique brute sans limiter le construit à des émotions spécifiques. Une personne peut avoir ressenti de l’émerveillement, de la fierté, de la gratitude ou du soulagement ; tous ces états se synthétisent subjectivement sous l’évaluation d’avoir vécu des moments « agréables » et « bons ».
  • Descripteurs spécifiques de forte et faible activation (« Heureux », « Joyeux », « Content ») : « Joyeux » dénote un état d’activation énergétique élevée et d’exultation, tandis que « Content » reflète un état de quiétude, de plénitude et d’apaisement (faible activation). Cette inclusion garantit que le construit ne privilégie pas une forme d’extraversion jubilatoire au détriment d’une sérénité intériorisée.

2. La composante des affects négatifs (SPANE-N)

La sous-échelle SPANE-N est constituée de six descripteurs symétriques : trois termes généraux (Negative, Bad, Unpleasant) et trois émotions discrètes négatives fondamentales (Sad, Afraid, Angry). Elle cible le quadrant de valence négative :

  • Descripteurs généraux (« Négatif », « Mauvais », « Désagréable ») : Ils capturent le mécontentement existentiel, le dégoût, l’ennui profond, la honte ou la culpabilité, même si ces états ne se manifestent pas sous la forme d’une tristesse ou d’une frayeur explicite.
  • Descripteurs discrets universels (« Triste », « Effrayé », « En colère ») : Ces trois états incarnent les grandes réactions adaptatives d’évitement ou d’affrontement face à la perte (tristesse), à la menace ou au danger imminent (peur/effroi), et à l’obstruction d’objectifs ou à la violation de limites personnelles (colère).

3. La balance affective (SPANE-B)

La balance affective, désignée par SPANE-B, est un score composite obtenu par la différence arithmétique : SPANE-B = SPANE-P − SPANE-N. Ce construit dérive directement de la théorie de Bradburn (1969) sur l’équilibre affectif. Bien que les affects positifs et négatifs procèdent de systèmes neurobiologiques partiellement indépendants (le système d’approche comportementale BAS et le système d’inhibition comportementale BIS), l’expérience subjective globale du bien-être dépend de la prépondérance relative des moments agréables sur les moments désagréables au fil du temps. Un score SPANE-B positif élevé reflète un individu dont la vie affective est massivement dominée par des expériences enrichissantes et épanouissantes, tandis qu’un score négatif dénote une détresse psychologique chronique.

La primauté de la fréquence sur l’intensité

Un aspect théorique fondamental du construit de la SPANE est son ancrage dans la fréquence temporelle plutôt que dans l’intensité des affects. Les travaux empiriques de Diener, Sandvik et Pavot (1991) ont démontré que le bonheur à long terme est presque exclusivement prédit par la quantité de temps où une personne ressent des émotions modérément positives par rapport aux émotions négatives, et non par des pics d’extase ou d’intensité émotionnelle délirante. L’intensité extrême des émotions positives est rare, éphémère, et s’accompagne souvent d’une réactivité accrue aux stimuli négatifs consécutifs (effet de contraste). En formulant les options de réponse sous forme de fréquence temporelle (« Très rarement ou jamais » jusqu’à « Très souvent ou toujours »), la SPANE isole la variance la plus valide sur le plan écologique du bien-être subjectif durable.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de la SPANE s’inscrit au carrefour de plusieurs paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine : le modèle tripartite du bien-être subjectif, le modèle circomplexe des affects, et les théories de l’indépendance versus bipolarité affective.

1. Le modèle tripartite du bien-être subjectif de Diener (1984)

Dans sa publication séminale de 1984 dans le Psychological Bulletin, Ed Diener a proposé une architecture tripartite du bien-être subjectif (SWB), comprenant :

  1. Une composante cognitive globale : le jugement de satisfaction de vie (mesuré par exemple par la SWLS).
  2. Une composante affective positive : la présence fréquente d’émotions agréables.
  3. Une composante affective négative : l’absence relative d’émotions désagréables ou douloureuses.

Dans ce cadre, la SPANE a été conçue pour constituer l’instrument de mesure canonique des deux volets affectifs du SWB. Diener postule que l’évaluation cognitive et l’expérience affective sont complémentaires mais non redondantes : un individu peut juger intellectuellement sa vie conforme à ses attentes tout en traversant une période émotionnelle aride, ou inversement, traverser des épreuves tout en conservant une tonalité affective positive dominante.

2. Le modèle circomplexe de Russell et la structure factorielle de Watson et Tellegen

Le cadre théorique de la SPANE s’articule également avec le modèle circomplexe des émotions de James Russell (1980) et la structure bidimensionnelle de l’affect de Watson et Tellegen (1985). Russell conceptualise l’espace affectif le long de deux axes continus : la valence (axe horizontal : déplaisir versus plaisir) et l’activation physiologique ou éveil (axe vertical : faible versus fort éveil).

La critique centrale adressée par Diener à la PANAS était que cette dernière tournait les axes factoriels de 45 degrés pour mesurer uniquement l’« Affect Positif Activé » (PA) et l’« Affect Négatif Activé » (NA), confondant ainsi la valence hédonique pure avec le niveau d’énergie métabolique. La SPANE réintègre délibérément l’axe horizontal complet de la valence hédonique en échantillonnant des états émotionnels situés à différents niveaux d’activation, restaurant ainsi l’intégralité du circumplex émotionnel.

3. L’indépendance partielle des affects positifs et négatifs

Un débat séculaire en psychométrie oppose la théorie de la bipolarité (l’affect positif et l’affect négatif sont les deux extrémités opposées d’un continuum unidimensionnel continu) à la théorie de la séparabilité ou indépendance (les deux affects représentent deux dimensions orthogonales et distinctes). Les recherches en neurosciences affectives (Cacioppo, Gardner, & Berntson, 1999) ont corroboré le modèle de la séparabilité : les affects positifs sont modulés principalement par les circuits dopaminergiques de récompense et d’approche (noyau accumbens, cortex préfrontal ventromédian), tandis que les affects négatifs sont régulés par les circuits d’aversion et de défense médiés par l’amygdale et l’insula.

Sur de courtes fenêtres temporelles (par exemple, quelques secondes), l’expérience positive et l’expérience négative peuvent s’exclure mutuellement en raison de contraintes d’attention cognitive. Cependant, sur une période agrégée de quatre semaines — telle que mesurée par la SPANE —, les corrélations entre la fréquence des affects positifs et négatifs sont modérées (généralement comprises entre r = -0,40 et r = -0,60). Cette indépendance partielle justifie impérativement le calcul de deux scores séparés (SPANE-P et SPANE-N) avant toute tentative de soustraction (SPANE-B).

7. Validité / Validity

Depuis sa publication princeps en 2009/2010, la SPANE a fait l’objet de rigoureuses évaluations de validité psychométrique auprès d’échantillons diversifiés à travers le monde (États-Unis, Canada, Chine, Japon, Singapour, Allemagne, Turquie, Portugal, Brésil, France, etc.).

1. Validité de construit et structure factorielle confirmatoire

La validité de construit a été établie au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) démontrant la supériorité systématique d’une structure à deux facteurs corrélés par rapport à un modèle unifactoriel bipolaire. Dans l’échantillon initial de Diener et al. (2010 ; N = 686 étudiants universitaires), le modèle à deux facteurs présentait d’excellents indices d’ajustement : comparative fit index (CFI) > 0,95, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,94, et root mean square error of approximation (RMSEA) < 0,06. Toutes les saturations factorielles standardisées des items sur leur facteur respectif dépassaient le seuil conventionnel de 0,60, démontrant une excellente homogénéité du construit.

2. Validité convergente

La validité convergente de la SPANE est exceptionnellement élevée avec l’ensemble des instruments étalons du champ du bien-être psychologique et de la détresse émotionnelle :

  • Convergence avec la PANAS : La sous-échelle SPANE-P présente une corrélation positive très forte avec la sous-échelle d’Affect Positif de la PANAS (r variant de 0,65 à 0,72 selon les études), tandis que la SPANE-N corrèle fortement avec l’Affect Négatif de la PANAS (r variant de 0,60 à 0,68).
  • Convergence avec la satisfaction de vie (SWLS) : La SPANE-B corrèle positivement et substantiellement avec le score à la Satisfaction with Life Scale (r = 0,55 à 0,68), confirmant le lien théorique attendu entre évaluation hédonique récurrente et évaluation cognitive globale de son existence.
  • Convergence avec le Flourishing Scale (FS) : Les corrélations entre le bien-être eudémonique mesuré par le FS de Diener et la balance affective SPANE-B oscillent typiquement entre r = 0,58 et r = 0,70.
  • Convergence avec les inventaires de dépression et d’anxiété : La sous-échelle SPANE-N présente de très fortes corrélations positives avec le CES-D (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale) et le BDI (Beck Depression Inventory) (r = 0,62 à 0,74), ainsi qu’avec le score d’anxiété du GAD-7 ou du STAI. Inversement, la SPANE-P affiche des corrélations négatives robustes avec ces mêmes indicateurs pathologiques (r = -0,48 à -0,62).

3. Validité discriminante et différentielle

La SPANE démontre une validité discriminante remarquable vis-à-vis des traits de personnalité du modèle des Big Five (mesurés par le NEO-PI-R ou le BFI). Bien que la SPANE-P soit corrélée modérément à l’Extraversion (r ≈ 0,35 à 0,45) et la SPANE-N au Névrosisme / Instabilité émotionnelle (r ≈ 0,45 à 0,55), les coefficients confirment que l’échelle ne se réduit pas à de simples reflets de dispositions de personnalité pérennes, mais capture bien des fluctuations de l’état affectif agrégé sensible aux événements de vie et au contexte socio-environnemental.

4. Validité transculturelle et invariance de mesure

Un atout majeur de la SPANE par rapport aux outils antérieurs est son invariance de mesure établie à travers les cultures. Des études menées en Chine (Sumi, 2014 ; Jovanović, 2015), en Turquie (Telef, 2013), en Allemagne (Rahm et al., 2017), au Portugal (Silva & Caetano, 2013) et au Japon ont confirmé l’invariance configurale, métrique et scalaire de la SPANE à travers le genre et les groupes culturels. La formulation simple et universelle des items limite drastiquement les biais de traduction et les distorsions d’interprétation linguistique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’échelle des expériences positives et négatives a été abondamment documentée dans la littérature psychométrique internationale sous l’angle de la consistance interne, de la stabilité temporelle (test-retest) et de la précision de mesure.

1. Consistance interne (Cohérence interne)

Dans l’étude princeps menée par Diener et ses collègues (2009, 2010) auprès de 686 participants, les coefficients de cohérence interne se sont révélés remarquablement élevés :

  • SPANE-P : Alpha de Cronbach (α) = 0,87.
  • SPANE-N : Alpha de Cronbach (α) = 0,81.
  • SPANE-B : Alpha de Cronbach (α) = 0,89.

Ces résultats ont été largement reproduits dans des investigations ultérieures indépendantes. À titre d’exemples empiriques :

  • Dans la validation européenne de Jovanović (2015), les coefficients alpha étaient de 0,86 (SPANE-P), 0,84 (SPANE-N) et 0,88 (SPANE-B), avec des omégas de McDonald (ω) équivalents ou supérieurs à 0,87.
  • Dans l’adaptation allemande de Rahm, Heise et Schuldt (2017 ; N = 1 454), les valeurs alpha s’élevaient à 0,88 pour le pôle positif et 0,85 pour le pôle négatif.
  • Les études de validation menées chez les adolescents et étudiants universitaires en Asie (Sumi, 2014) ont mis en évidence des alphas oscillant systématiquement entre 0,85 et 0,91 pour les deux sous-échelles.

Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent amplement le seuil psychométrique critique de 0,40, se situant pour la majorité entre 0,55 et 0,76. La suppression d’aucun item ne permet d’augmenter le coefficient alpha global de sa sous-échelle respective, confirmant l’efficacité et la pertinence de chacun des 12 items sélectionnés.

2. Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité temporelle de la SPANE reflète fidèlement la nature hybride du construit, qui évalue un état affectif agrégé sur quatre semaines — c’est-à-dire une dimension plus stable qu’un affect instantané (state affect), mais plus malléable qu’un trait de personnalité immuable (trait affect) :

  • Dans la cohorte d’origine de Diener et al. (2010), un sous-échantillon réévalué à un mois d’intervalle a présenté des coefficients de corrélation test-retest de :
    • SPANE-P : r = 0,62
    • SPANE-N : r = 0,63
    • SPANE-B : r = 0,68
  • Sur un intervalle plus court de deux semaines (par exemple dans l’étude de Telef, 2013), la stabilité s’élève à des coefficients r compris entre 0,72 et 0,78.
  • Sur des périodes s’étendant à 2 et 3 mois, les coefficients oscillent entre 0,50 et 0,60, témoignant d’une sensibilité appropriée aux fluctuations réelles de la vie des participants (événements de vie positifs ou négatifs, stress conjoncturel, amélioration de la santé).

Ces données confirment que la SPANE combine une excellente fiabilité métrologique avec une sensitivité au changement remarquable, condition sine qua non pour mesurer l’efficacité d’interventions thérapeutiques ou préventives.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La composition dimensionnelle de la SPANE a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies dès les phases pilotes de conception par Diener et al. (2009, 2010), puis dans de nombreuses études de réplication psychométrique indépendantes.

1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)

L’analyse en composantes principales (ACP) et l’analyse factorielle exploratoire en facteurs communs avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) ou orthogonale (Varimax) révèlent sans équivoque une structure à deux facteurs dominants caractérisés par des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 (critère de Kaiser) :

  • Le premier facteur correspond systématiquement aux 6 items d’affects positifs (SPANE-P), expliquant approximativement 35 % à 45 % de la variance totale.
  • Le second facteur rassemble les 6 items d’affects négatifs (SPANE-N), expliquant approximativement 15 % à 25 % de la variance totale supplémentaire.
  • Ensemble, ces deux facteurs rendent compte de 55 % à 70 % de la variance totale des réponses selon les échantillons étudiés.
  • Aucun item ne présente de saturation croisée (cross-loading) significative sur l’autre facteur (toutes les saturations croisées demeurent inférieures à 0,20), illustrant une pureté factorielle exceptionnelle.

2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modélisation en équations structurelles

Dans l’ensemble de la littérature, trois modèles factoriels concurrents ont été formellement comparés au moyen de modèles d’équations structurelles (SEM) :

  1. Modèle unifactoriel (bipolaire) : L’ensemble des 12 items sature sur un unique continuum allant du négatif au positif. Ce modèle est systématiquement rejeté par les données empiriques avec des indices d’ajustement inacceptables (CFI < 0,70, RMSEA > 0,15, SRMR > 0,12).
  2. Modèle à deux facteurs orthogonaux : Les items positifs saturent sur un facteur et les négatifs sur un autre, avec une corrélation fixée à zéro entre les deux dimensions. Ce modèle présente un ajustement médiocre ou sous-optimal, car la corrélation réelle entre les deux pôles temporels n’est pas nulle.
  3. Modèle à deux facteurs corrélés (oblique) : Les deux facteurs sont modérément et négativement corrélés entre eux (r latent variant généralement de -0,45 à -0,65). Ce modèle offre un ajustement statistique remarquable et constant : χ²/ddl < 3,0, CFI > 0,96, TLI > 0,95, RMSEA < 0,055 [IC à 90 % : 0,042 – 0,068] et SRMR < 0,045.
  4. Modèles bifactoriels (Bifactor-CFA) : Certains auteurs (ex. Jovanović, 2015) ont testé un modèle bifactoriel comprenant un facteur général de « balance affective » (affect balance) et deux facteurs spécifiques orthogonaux (affects positifs et affects négatifs). Ce modèle montre un excellent ajustement et valide mathématiquement l’usage à la fois des sous-scores SPANE-P/SPANE-N et du score global combiné SPANE-B.

Tableau représentatif des saturations factorielles standardisées (AFC standard)

Les saturations factorielles standardisées (λ) issues des AFC publiées (Diener et al., 2010 ; Jovanović, 2015) s’établissent typiquement comme suit :

  • Positive : λ = 0,77 à 0,84 (Facteur P)
  • Negative : λ = 0,68 à 0,76 (Facteur N)
  • Good : λ = 0,75 à 0,82 (Facteur P)
  • Bad : λ = 0,69 à 0,78 (Facteur N)
  • Pleasant : λ = 0,74 à 0,81 (Facteur P)
  • Unpleasant : λ = 0,70 à 0,79 (Facteur N)
  • Happy : λ = 0,81 à 0,88 (Facteur P)
  • Sad : λ = 0,62 à 0,73 (Facteur N)
  • Afraid : λ = 0,55 à 0,67 (Facteur N)
  • Joyful : λ = 0,78 à 0,85 (Facteur P)
  • Angry : λ = 0,58 à 0,68 (Facteur N)
  • Contented : λ = 0,67 à 0,76 (Facteur P)

On constate que les descripteurs généraux (« Bon », « Positif », « Agréable ») et les émotions emblématiques (« Heureux », « Joyeux ») affichent les saturations les plus massives, confirmant le rôle structurant de l’affectivité générale dans l’auto-évaluation du sujet.

10. Instrument de mesure / Instrument

La SPANE est un auto-questionnaire standardisé sur support papier-crayon ou informatique. Sa brièveté garantit un taux de complétion avoisinant les 100 % en environ 2 à 3 minutes.

Caractéristiques techniques de l’instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
  • Nombre d’items : 12 items unilingues et concis.
  • Structure des sous-échelles :
    • SPANE-P : 6 items d’expérience positive (Positive, Good, Pleasant, Happy, Joyful, Contented).
    • SPANE-N : 6 items d’expérience négative (Negative, Bad, Unpleasant, Sad, Afraid, Angry).
    • SPANE-B : Balance affective composite calculée par différentiel (SPANE-P − SPANE-N).
  • Période de référence temporelle (fenêtre rétrospective) : Les quatre dernières semaines (« au cours des quatre dernières semaines » / during the past four weeks).
  • Format d’échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points graduée en termes de fréquence :
    • 1 : Très rarement ou jamais (Very Rarely or Never)
    • 2 : Rarement (Rarely)
    • 3 : Parfois (Sometimes)
    • 4 : Souvent (Often)
    • 5 : Très souvent ou toujours (Very Often or Always)

Modalités de calcul et cotation (Scoring)

  • Score d’affects positifs (SPANE-P) : Somme arithmétique brute des 6 items positifs. Le score total s’échelonne de 6 à 30 points. Un score de 6 indique une absence quasi-totale d’affects positifs, tandis qu’un score de 30 reflète une présence permanente et ubiquitaire de sentiments positifs.
  • Score d’affects négatifs (SPANE-N) : Somme arithmétique brute des 6 items négatifs. Le score total s’échelonne de 6 à 30 points. Un score de 6 traduit l’absence quasi-totale d’affects désagréables sur le dernier mois, tandis qu’un score de 30 révèle une détresse émotionnelle sévère et continue.
  • Score de balance affective (SPANE-B) : Obtenu par la formule : SPANE-B = SPANE-P − SPANE-N. Le score résultant s’échelonne sur une plage théorique continue allant de -24 à +24 points :
    • Un score de +24 représente le niveau maximal possible de balance hédonique : le répondant déclare ne jamais ressentir d’émotions négatives et ressentir constamment toutes les émotions positives.
    • Un score de 0 caractérise un équilibre strict entre sentiments positifs et négatifs.
    • Un score de -24 traduit le niveau de détresse affective le plus aigu possible : omniprésence des états négatifs couplée à une anhédonie totale.

Repères normatifs et interprétation clinique

Dans la population générale d’adultes sains occidentaux, les scores moyens se situent typiquement autour de :

  • SPANE-P : Moyenne ≈ 22,0 à 23,5 (Écart-type ≈ 3,5 à 4,5)
  • SPANE-N : Moyenne ≈ 14,0 à 16,0 (Écart-type ≈ 3,8 à 4,8)
  • SPANE-B : Moyenne ≈ +6,0 à +9,5 (Écart-type ≈ 6,0 à 8,0)

Un score SPANE-B négatif (< 0) ou un score SPANE-P inférieur à 18 justifie fréquemment une exploration clinique approfondie quant à un éventuel épisode dépressif, un épuisement psychologique ou des facteurs de stress psychosociaux majeurs.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2009 (pré-publication en ligne) ; 2010 (parution officielle dans la revue Social Indicators Research).
  • Titularité des droits d’auteur (Copyright) : © Copyright détenu par Ed Diener et Robert Biswas-Diener (Janvier 2009).
  • Statut des licences et frais d’utilisation (Fees) : L’échelle SPANE est entièrement gratuite et libre de droits (open-access instrument) pour une utilisation académique, éducative, clinique et scientifique. Aucun droit d’usage financier ni redevance n’est requis.
  • Conditions d’autorisation (Permissions) : Aucune autorisation écrite préalable formelle n’est exigée des auteurs pour les protocoles de recherche non commerciale ou l’évaluation clinique de patients, à la condition expresse de citer de manière appropriée la publication originale de référence (Diener et al., 2010).
  • Utilisation commerciale : Pour toute utilisation intégrée à un produit commercial à but lucratif, une consultation préalable auprès des détenteurs des droits ou de leurs ayants droit institutionnels est recommandée.

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques et psychométriques de la SPANE et de ses adaptations :

  • Bradburn, N. M. (1969). The structure of psychological well-being. Aldine Publishing Company. https://doi.org/10.1037/10777-000
  • Cacioppo, J. T., Gardner, W. L., & Berntson, G. G. (1999). The affect system has parallel and integrative processing components: Form follows function. Journal of Personality and Social Psychology, 76(5), 839–855. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.5.839
  • Diener, E. (1984). Subjective well-being. Psychological Bulletin, 95(3), 542–575. https://doi.org/10.1037/0033-2909.95.3.542
  • Diener, E., Sandvik, E., & Pavot, W. (1991). Happiness is the frequency, not the intensity, of positive versus negative affect. Dans F. Strack, M. Argyle, & N. Schwarz (Eds.), Subjective well-being: An interdisciplinary perspective (pp. 119–139). Pergamon Press.
  • Diener, E., Wirtz, D., Tov, W., Kim-Prieto, C., Choi, D. W., Oishi, S., & Biswas-Diener, R. (2010). New well-being measures: Short scales to assess flourishing and positive and negative feelings. Social Indicators Research, 39(2), 247–266. https://doi.org/10.1007/s11205-009-9493-y
  • Jovanović, V. (2015). Beyond the PANAS: Incremental validity of the Scale of Positive and Negative Experience (SPANE) in context of well-being. Personality and Individual Differences, 86, 487–491. https://doi.org/10.1016/j.paid.2015.07.015
  • Rahm, T., Heise, E., & Schuldt, M. (2017). Measuring the frequency of emotions—validation of the Scale of Positive and Negative Experience (SPANE) in Germany. PLOS ONE, 12(2), e0171288. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0171288
  • Russell, J. A. (1980). A circumplex model of affect. Journal of Personality and Social Psychology, 39(6), 1161–1178. https://doi.org/10.1037/h0077714
  • Silva, A. J., & Caetano, A. (2013). Validation of the Flourishing Scale and Scale of Positive and Negative Experience in Portugal. Social Indicators Research, 110(2), 469–478. https://doi.org/10.1007/s11205-011-9938-y
  • Sumi, K. (2014). Reliability and validity of the Japanese version of the Scale of Positive and Negative Experience (SPANE). Social Indicators Research, 118(2), 651–659. https://doi.org/10.1007/s11205-013-0432-6
  • Telef, B. B. (2013). The adaptation of the Scale of Positive and Negative Experience into Turkish: Validity and reliability study. I-manager’s Journal on Educational Psychology, 7(1), 18–26. https://doi.org/10.26634/jpsy.7.1.2367
  • Watson, D., Clark, L. A., & Tellegen, A. (1988). Development and validation of brief measures of positive and negative affect: The PANAS scales. Journal of Personality and Social Psychology, 54(6), 1063–1070. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.6.1063
  • Watson, D., & Tellegen, A. (1985). Toward a consensual structure of mood. Psychological Bulletin, 98(2), 219–235. https://doi.org/10.1037/0033-2909.98.2.219

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Scoring Formula: Scoring:
1

Very Rarely or Never
2

Rarely
3

Sometimes
4

Often
5

Very Often or Always
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle des expériences positives et négatives (SPANE). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-experiences-positives-et-negatives-spane-2
Looti, Mohammed. “Échelle des expériences positives et négatives (SPANE).” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-experiences-positives-et-negatives-spane-2.
Looti, Mohammed. “Échelle des expériences positives et négatives (SPANE).” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-experiences-positives-et-negatives-spane-2.