1. Résumé
L’Échelle des Expériences Dissociatives – II (Dissociative Experiences Scale – II, ou DES-II), développée initialement par Eve B. Carlson et Frank W. Putnam en 1993 à partir de la version originale de Bernstein et Putnam (1986), constitue l’instrument psychométrique auto-rapporté de référence à l’échelle internationale pour le dépistage et l’évaluation quantitative des phénomènes dissociatifs chez les adultes et les adolescents. Conçue pour mesurer un large spectre de manifestations dissociatives non induites par l’alcool ou les substances psychoactives, la DES-II évalue la fréquence à laquelle un individu fait l’expérience d’altérations de l’intégration normale de la conscience, de la mémoire, de l’identité et de la perception de l’environnement.
L’échelle comprend 28 items descriptifs présentés dans un format de réponse en pourcentage ordinal à 11 points, allant de 0 % (« Jamais ») à 100 % (« Toujours ») par paliers de 10 %. L’instrument explore traditionnellement trois dimensions cliniquement reconnues : l’amnésie dissociative (incapacité à se remémorer des informations personnelles ou des épisodes vécus récents), la dépersonnalisation / déréalisation (sentiment de détachement vis-à-vis de soi-même, de son corps ou de la réalité environnante) et l’absorption et l’engagement imaginatif (tendance à une immersion attentionnelle si profonde qu’elle exclut les stimuli environnementaux externes).
Sur le plan métrologique, la DES-II présente d’excellentes qualités psychométriques confirmées par de vastes méta-analyses (notamment van IJzendoorn & Schuengel, 1996 ; Lyssenko et al., 2018). Sa consistance interne globale est remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,93 et 0,96 dans les populations cliniques et non cliniques. Sa fidélité test-retest à moyen terme varie de 0,78 à 0,93. La validité convergente et la validité discriminante sont solidement documentées, l’instrument différenciant avec une grande précision les troubles dissociatifs (notamment le trouble dissociatif de l’identité), le trouble de stress post-traumatique (TSPT), le trouble de la personnalité limite (borderline) et les échantillons non cliniques. Un score global moyen égal ou supérieur à 30 % sert fréquemment de seuil d’alerte pour orienter vers une évaluation diagnostique approfondie au moyen d’entretiens cliniques structurés.
2. Mots-clés
Dissociation, Échelle des Expériences Dissociatives, DES-II, Psychométrie, Dépersonnalisation, Déréalisation, Amnésie dissociative, Absorption, Traumatisme psychologique, Trouble de stress post-traumatique, Trouble dissociatif de l’identité, Évaluation clinique, Validité transculturelle.
3. Auteurs
L’échelle originale DES a été conçue par Eve Bernstein Carlson, Ph.D. et Frank W. Putnam, M.D. en 1986, puis actualisée sous sa forme standardisée DES-II en 1993 :
- Eve B. Carlson, Ph.D. : Psychologue chercheuse émérite au National Center for PTSD (Dissemination and Training Division) au sein du VA Palo Alto Health Care System et professeure affiliée au Département de Psychiatrie et des Sciences du Comportement de l’Université Stanford (Stanford University School of Medicine, Californie, États-Unis). Spécialiste internationale de la traumatologie psychologique et des méthodes d’évaluation des traumatismes de masse. Courriel institutionnel : [email protected].
- Frank W. Putnam, M.D. : Professeur émérite de pédiatrie et de psychiatrie à l’University of North Carolina at Chapel Hill (UNC School of Medicine) et ancien directeur de recherche au Children’s Hospital Medical Center de Cincinnati (Ohio, États-Unis). Il fut l’un des pionniers mondiaux dans l’investigation neurobiologique et clinique des états dissociatifs complexes et des conséquences développementales des traumatismes sévères de l’enfance.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la DES-II est de fournir une mesure quantitative, continue et standardisée de la propension aux expériences dissociatives dans la vie courante. Dans les décennies précédant sa création, les manifestations dissociatives étaient fréquemment mal diagnostiquées, minimisées ou confondues avec des symptômes psychotiques, des troubles de l’humeur ou des déficits mnésiques d’origine neurologique. La DES-II a été conçue pour combler ce vide en introduisant un outil de dépistage rapide (auto-administré en moins de dix minutes) capable de quantifier tant les états dissociatifs non pathologiques (normatifs) que les états dissociatifs sévères et chroniques résultant d’expériences traumatiques.
Dans la recherche clinique et épidémiologique, l’instrument poursuit plusieurs finalités majeures :
- Le dépistage systématique des troubles dissociatifs : La DES-II permet d’identifier précocement les individus présentant une fréquence anormale de symptômes dissociatifs au sein de populations psychiatriques diverses ou de populations à risque, orientant ensuite les patients vers des entretiens diagnostiques structurés tels que le SCID-D (Structured Clinical Interview for DSM-IV Dissociative Disorders).
- L’évaluation des populations post-traumatiques : La dissociation étant reconnue comme l’un des mécanismes d’adaptation ou de défense psychologique les plus marquants face aux traumatismes graves, prolongés ou interpersonnels (violences physiques, agressions sexuelles durant l’enfance), l’échelle est couramment employée pour évaluer la sévérité du sous-type dissociatif du trouble de stress post-traumatique (TSPT).
- La mesure transdiagnostique : Un nombre croissant de recherches utilise la DES-II comme indicateur transdiagnostique d’une dérégulation émotionnelle et d’une altération de l’intégration cognitive chez des individus présentant un trouble de la personnalité borderline, des troubles de l’alimentation, des troubles de conversion ou des addictions.
- Le suivi thérapeutique et l’évaluation de l’efficacité des interventions : Administrée de façon répétée tout au long du protocole de soins, la DES-II offre un moyen objectif de monitorer la diminution des épisodes d’amnésie, de dépersonnalisation ou d’immersion incontrôlée sous l’effet de psychothérapies orientées vers le trauma (comme l’EMDR, la thérapie dialectique comportementale ou les thérapies psychodynamiques intégratives).
La justification théorique repose sur le principe de continuité dimensionnelle des états dissociatifs formulé par Carlson et Putnam : la dissociation n’est pas considérée comme un phénomène purement catégoriel présent uniquement chez les patients sévèrement atteints, mais comme un continuum allant d’expériences ubiquitaires (telles que rêver les yeux ouverts ou conduire sans prêter attention à la route) jusqu’aux ruptures structurales de la personnalité caractéristiques du trouble dissociatif de l’identité.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique mesuré par la DES-II est la dissociation, définie dans le cadre nosographique contemporain comme une perturbation ou une discontinuité dans l’intégration normale de la conscience, de la mémoire, de l’identité, des émotions, de la perception, de la représentation corporelle, du contrôle moteur et du comportement. L’échelle opérationnalise ce concept multidimensionnel à travers 28 manifestations phénoménologiques réparties en trois sous-échelles factorielles principales, en plus d’une sous-échelle dérivée spécifique (DES-Taxon) :
1. Facteur Amnésie Dissociative (Amnesia Factor)
Ce facteur quantifie la perte de mémoire autobiographique ou procédurale d’événements récents ou passés, qui excède largement les oublis ordinaires attribuables à la fatigue ou à la distraction. L’individu prend conscience a posteriori d’actions qu’il a manifestement accomplies sans en conserver le souvenir direct. Les items typiques de cette dimension regroupent :
- Se retrouver dans un endroit précis sans savoir comment l’on y est parvenu (Item 3).
- Constater que l’on porte des vêtements particuliers sans se rappeler les avoir enfilés (Item 4).
- Découvrir de nouveaux objets parmi ses effets personnels sans mémoire de les avoir achetés (Item 5).
- Être informé par des proches qu’on ne les a pas reconnus lors d’une interaction (Item 8).
- Trouver des preuves matérielles d’actes accomplis sans aucun souvenir (Item 25).
- Trouver des dessins, notes ou écrits qu’on a manifestement réalisés mais dont on n’a aucune trace mnésique (Item 26).
2. Facteur Dépersonnalisation et Déréalisation (Depersonalization/Derealization Factor)
Ce facteur évalue l’altération de la perception de soi-même et du monde extérieur. La dépersonnalisation implique un sentiment d’étrangeté ou de détachement par rapport à son propre corps, ses émotions ou ses processus mentaux (l’individu se vit comme un spectateur externe de sa propre existence). La déréalisation désigne un sentiment d’irréalité, de flou ou d’artifice appliqué à l’environnement extérieur (personnes, objets ou lieux familiers perçus comme bidimensionnels, oniriques ou sans vie). Les items clés comprennent :
- Avoir la sensation d’être à côté de soi-même et de regarder ses actions comme s’il s’agissait d’un tiers (Item 7).
- Se regarder dans un miroir et ne pas reconnaître son propre reflet (Item 11).
- Ressentir que les autres personnes, les objets ou l’environnement ne sont pas réels (Item 12).
- Avoir la sensation que son propre corps ne nous appartient pas (Item 13).
- Entendre des voix intérieures qui commentent les actions ou donnent des instructions (Item 27).
- Percevoir le monde à travers un brouillard, rendant les gens et les objets distants ou flous (Item 28).
3. Facteur Absorption et Engagement Imaginatif (Absorption/Imaginative Involvement Factor)
Ce facteur reflète une disposition à focaliser intensément ses ressources attentionnelles sur un stimulus interne (fantasme, rêverie, mémoire vive) ou externe (film, lecture) au détriment du traitement perceptif des stimuli périphériques. Bien que présente chez les individus non cliniques (notamment sous la forme d’un trait de personnalité lié à l’hypnotisabilité et à l’ouverture à l’expérience), une absorption excessive dans des contextes post-traumatiques est souvent liée à des reviviscences involontaires (flashbacks) ou à un refuge défensif dans l’imaginaire :
- Réaliser soudainement qu’on n’a pas entendu ce qu’un interlocuteur disait alors qu’on était censé l’écouter (Item 2).
- Revivre un souvenir du passé avec une vivacité telle qu’on a l’impression de le vivre à nouveau au présent (Item 14).
- Douter du caractère réel ou simplement rêvé d’un souvenir (Item 15).
- Être si absorbé par un film ou la télévision qu’on est totalement inconscient de ce qui se passe autour (Item 17).
- Être tellement pris par une rêverie diurne qu’elle semble réelle (Item 18).
- Rester le regard perdu dans le vide, sans penser à rien, en perdant toute notion du temps écoulé (Item 20).
6. Cadre théorique
La genèse de la DES-II s’inscrit au carrefour de plusieurs courants historiques et contemporains de la psychopathologie clinique et des neurosciences cognitives. Le premier socle conceptuel remonte aux travaux séminaux de Pierre Janet (1889) sur l’automatisme psychologique et le désagrègement mental. Janet postulait que face à un choc émotionnel intense, l’esprit humain ne parvient pas à intégrer l’ensemble des systèmes d’idées et de perceptions au sein du système central de la conscience, aboutissant à une scission fonctionnelle où certains fragments psychiques agissent de manière autonome et inconsciente.
Au cours des années 1970 et 1980, Ernest Hilgard a réactualisé ces perspectives à travers sa théorie néo-dissociative (Hilgard, 1977). Selon Hilgard, le système cognitif humain est structuré en de multiples structures de contrôle exécutif organisées hiérarchiquement. En temps normal, une instance supérieure coordonne ces sous-systèmes. En état d’hypnose ou sous l’impact d’un stress extrême, des barrières amnésiques ou attentionnelles dissociatives peuvent isoler certains sous-systèmes cognitifs, créant l’équivalent d’un « observateur caché » (hidden observer).
Carlson et Putnam ont développé la DES-II en opérationnalisant ce modèle dimensionnel, affirmant que la dissociation s’exprime le long d’un continuum physiologique et psychopathologique. Néanmoins, cette conception continuiste a fait l’objet d’un débat théorique majeur avec l’émergence de la théorie taxométrique portée par Waller, Putnam et Carlson (1996). Selon cette perspective typologique, il existe en réalité deux formes fondamentalement distinctes de dissociation :
- La dissociation non pathologique : Dominée par les processus d’absorption et d’immersion imaginative, observée fréquemment dans la population générale, corrélée positivement à la suggestibilité et sans valeur clinique défavorable.
- La dissociation pathologique (ou taxémique) : Caractérisée par des intrusions traumatiques, des pertes de continuité identitaire, des lacunes mnésiques majeures et des états de dépersonnalisation sévères. Cette forme constitue un taxon distinct (DES-T), typique des troubles dissociatifs et des traumatismes de l’attachement chroniques.
Ce cadre théorique postule donc que la dissociation pathologique est avant tout un mécanisme de survie psychologique enclenché lors d’expériences traumatiques insolubles (généralement interpersonnelles et précoces). Lorsque la fuite ou l’attaque physique est impossible (notamment pour un enfant victime de maltraitance), la fuite psychologique — via le détachement de la conscience et de l’expérience sensorielle — demeure l’unique alternative adaptative immédiate. Avec le temps, cette réponse adaptative se chronicise, devenant un mode de fonctionnement automatisé et dysfonctionnel activé en présence de stresseurs mineurs du quotidien.
7. Validité
La validité psychométrique de la DES-II a été démontrée à travers plusieurs décennies de recherche clinique et empirique internationale :
Validité de construit
La validité de construit est étayée par l’aptitude de l’échelle à refléter les variations théoriquement attendues des scores entre différentes sous-populations. Les méta-analyses majeures, notamment celle de van IJzendoorn et Schuengel (1996) englobant plus de 160 études et plus de 10 000 participants, ainsi que la méta-analyse de Lyssenko et al. (2018) portant sur plus de 65 000 sujets, ont établi une hiérarchie clinique parfaitement congruente avec le modèle théorique :
- Adultes non cliniques de la population générale : moyenne de 11,6 (Écart-type = 10,6).
- Étudiants et adolescents sains : moyenne de 14,3 (Écart-type = 14,3).
- Patients psychiatriques généraux (anxiété, dépression non traumatique) : moyenne de 16,7 (Écart-type = 16,4).
- Patients avec troubles de la personnalité : moyenne de 19,6 (Écart-type = 16,2).
- Individus avec antécédents d’abus graves : moyenne de 29,2 (Écart-type = 21,0).
- Patients avec Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) : moyenne de 32,0 (Écart-type = 19,2).
- Patients avec Troubles Dissociatifs complexes (TDI, autre trouble dissociatif spécifié) : moyenne de 41,2 (Écart-type = 22,0), avec des scores moyens dépassant souvent 50 dans le trouble dissociatif de l’identité avéré.
Validité convergente et divergente
La DES-II présente d’excellentes corrélations avec d’autres échelles d’auto-évaluation de la dissociation, telles que le Multiscale Dissociation Inventory (MDI) et le Questionnaire of Dissociative Experiences (QDE) (corrélations de Pearson r variant entre 0,72 et 0,85). De plus, les corrélations avec les entretiens cliniques diagnostiques semi-structurés — tels que le DDIS (Dissociative Disorders Interview Schedule) et le SCID-D — atteignent des coefficients élevés (généralement r > 0,65), confirmant une solide validité convergente de critère.
La validité divergente ou discriminante est également robuste : bien que corrélée modérément à l’anxiété générale, à la dépression et au névrosisme (du fait d’un facteur commun de détresse psychologique), la DES-II partage une variance résiduelle spécifique substantielle. Des études contrôlées ont démontré que l’échelle n’est pas une simple mesure de somatisation ou de suggestibilité générale, et qu’elle permet de distinguer avec netteté la dissociation traumatique des symptômes psychotiques primaires de la schizophrénie, les hallucinations psychotiques ne s’accompagnant pas du même profil d’amnésie et de dépersonnalisation structurée.
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité de la DES-II sont parmi les plus documentées et les plus stables dans la littérature psychométrique contemporaine :
Consistance interne
L’échelle globale présente une cohérence interne exceptionnellement élevée. L’alpha de Cronbach calculé sur l’ensemble des 28 items varie systématiquement entre 0,93 et 0,96 tant dans les échantillons cliniques que non cliniques. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent généralement entre 0,45 et 0,78, attestant de l’excellente homogénéité des items autour du construit général de dissociation. Les sous-échelles individuelles présentent également des coefficients alpha satisfaisants à excellents :
- Amnésie dissociative : α = 0,82 à 0,88.
- Dépersonnalisation / Déréalisation : α = 0,84 à 0,91.
- Absorption / Engagement imaginatif : α = 0,79 à 0,86.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été confirmée par de multiples études longitudinales. Chez des sujets non cliniques réévalués à des intervalles allant de 4 à 8 semaines, les coefficients de corrélation test-retest oscillent entre r = 0,84 et r = 0,93. Chez des patients psychiatriques stables sur une période de plusieurs mois, le coefficient reste très robuste (r = 0,78 à 0,86), ce qui indique que la DES-II mesure un trait dissociatif stable dans le temps en l’absence d’interventions thérapeutiques ciblées.
Les analyses de fidélité par la méthode de bissection (split-half reliability) rapportent des coefficients de Spearman-Brown oscillant entre 0,89 et 0,94, confirmant la résilience psychométrique de l’outil quel que soit le découpage des items.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de la DES et de la DES-II a fait l’objet d’intenses débats méthodologiques au cours des trois dernières décennies :
Modèle trifactoriel traditionnel
Lors des premières analyses factorielles exploratoires (AFE) menées par Carlson et Putnam (1993), une solution à trois facteurs obliquement corrélés a été mise en évidence et largement adoptée dans la pratique clinique :
- Facteur 1 (Amnésie) : Comprend 6 items spécifiques (3, 4, 5, 8, 25, 26) avec des saturations factorielles (factor loadings) comprises entre 0,55 et 0,78.
- Facteur 2 (Dépersonnalisation / Déréalisation) : Comprend 6 items fondamentaux (7, 11, 12, 13, 27, 28) avec des saturations variant de 0,58 à 0,82.
- Facteur 3 (Absorption / Engagement imaginatif) : Comprend 6 items centraux (2, 14, 15, 17, 18, 20) présentant des saturations de 0,48 à 0,74. Les 10 items restants sont des items mixtes ou d’évaluation générale.
Modèle unidimensionnel et modèle bifactoriel
Malgré l’utilité clinique du modèle à trois sous-échelles, les analyses factorielles confirmatoires (AFC) et les conclusions de la méta-analyse de van IJzendoorn et Schuengel (1996) ont démontré que les trois facteurs sont extrêmement corrélés entre eux (r inter-facteurs souvent supérieur à 0,70 ou 0,80). La majorité des études d’AFC indiquent qu’un modèle unidimensionnel de second ordre ou un modèle bifactoriel (comprenant un facteur général robuste de dissociation globale expliquant plus de 60 % à 70 % de la variance commune, accompagné de facteurs spécifiques résiduels) offre un ajustement statistique supérieur.
En conséquence, les spécialistes de la psychométrie recommandent formellement d’utiliser en priorité le score global total pour l’interprétation diagnostique et la recherche, les sous-échelles factorielles étant davantage réservées à l’exploration clinique qualitative des profils de symptômes.
10. Instrument de mesure
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur ou tablette tactile.
- Nombre d’items : 28 énoncés descriptifs rédigés à la troisième personne (« Certaines personnes ont l’expérience de… ») pour réduire la désirabilité sociale et le sentiment de stigmatisation.
- Échelle de réponse : 11-point percentage scale (0% to 100% in increments of 10%: 0%, 10%, 20%, 30%, 40%, 50%, 60%, 70%, 80%, 90%, 100%).
- Instructions de passation : Il est explicitement demandé au répondant d’estimer le pourcentage de temps durant lequel il vit chaque expérience lorsqu’il n’est pas sous l’influence de l’alcool ou de drogues.
- Cotation et calcul des scores :
- Score total global : Somme arithmétique des pourcentages choisis pour les 28 items, divisée par 28 (soit la moyenne arithmétique des pourcentages). Le score final varie de 0 à 100 %.
- Scores des sous-échelles : Moyenne arithmétique des pourcentages des items composant chaque dimension :
- Amnésie dissociative : moyenne des items 3, 4, 5, 8, 25 et 26.
- Dépersonnalisation / Déréalisation : moyenne des items 7, 11, 12, 13, 27 et 28.
- Absorption / Engagement imaginatif : moyenne des items 2, 14, 15, 17, 18 et 20.
- DES-Taxon (DES-T) : Dérivé des items 3, 5, 7, 8, 12, 13, 22 et 27. Un score moyen élevé sur ces huit items spécifiques suggère l’appartenance au taxon de dissociation pathologique.
- Seuils d’interprétation clinique :
- Score total < 15 % : Plage normale non clinique (dissociation normative).
- Score total entre 15 % et 29 % : Niveau modéré de dissociation, fréquemment observé chez les patients psychiatriques non dissociatifs ou présentant des troubles de la personnalité.
- Score total ≥ 30 % : Seuil critique hautement suggestif d’un trouble dissociatif avéré, d’un TSPT complexe ou de séquelles sévères de traumatismes de l’enfance, justifiant un examen diagnostique approfondi.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de développement : Version originale (DES) publiée en 1986 ; version révisée standardisée (DES-II) introduite en 1993 par Eve B. Carlson et Frank W. Putnam.
- Statut du droit d’auteur : Les créateurs de la DES et de la DES-II ont placé cet instrument dans le domaine public à des fins de recherche scientifique et de pratique clinique sans but lucratif, afin de favoriser le dépistage et l’étude des traumatismes psychologiques à l’échelle planétaire.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût de licence, aucune redevance exigée pour la reproduction, la passation ou l’utilisation dans le cadre de protocoles hospitaliers ou universitaires).
- Conditions d’utilisation : L’outil peut être librement administré, numérisé et traduit sous réserve de citer scrupuleusement la paternité intellectuelle des auteurs originaux (Carlson & Putnam, 1993) et de ne pas modifier le libellé des items ni la métrique de l’échelle afin de préserver sa comparabilité internationale.
12. Références
Bernstein, E. M., & Putnam, F. W. (1986). Development, reliability, and validity of a dissociation scale. The Journal of Nervous and Mental Disease, 174(12), 727-735. https://doi.org/10.1097/00005053-198612000-00004
Carlson, E. B., & Putnam, F. W. (1993). An update on the Dissociative Experience Scale. Dissociation: Progress in the Dissociative Disorders, 6(1), 16-27. https://hdl.handle.net/1794/1392
Hilgard, E. R. (1977). Divided consciousness: Multiple controls in human thought and action. John Wiley & Sons. https://archive.org/details/dividedconscious0000hilg
Janet, P. (1889). L’automatisme psychologique : Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l’activité humaine. Félix Alcan.
Lyssenko, L., Schmahl, C., Bockhacker, L., Vonderlin, R., Bohus, M., & Kleindienst, N. (2018). Dissociation in psychiatric disorders: A meta-analysis of studies using the Dissociative Experiences Scale. The American Journal of Psychiatry, 175(1), 37-46. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2017.17010025
van IJzendoorn, M. H., & Schuengel, C. (1996). The measurement of dissociation in normal and clinical populations: Meta-analytic validation of the Dissociative Experiences Scale (DES). Clinical Psychology Review, 16(5), 365-382. https://doi.org/10.1016/0272-7358(96)00006-2
Waller, N. G., Putnam, F. W., & Carlson, E. B. (1996). Types of dissociation and dissociative types: A taxometric analysis of dissociative experiences. Psychological Methods, 1(3), 300-321. https://doi.org/10.1037/1082-989X.1.3.300
13. Questions et items du questionnaire
Response Format: 11-point percentage scale (0% to 100% in increments of 10%: 0%, 10%, 20%, 30%, 40%, 50%, 60%, 70%, 80%, 90%, 100%)
- Experiencing an episode while traveling (e.g., driving or riding public transit) where one suddenly realizes they cannot recall events that took place during part or all of the trip.
- Finding oneself listening to a speaker and suddenly realizing that part or all of the conversation was not registered or heard.
- Finding oneself in a specific location with no recollection of how one arrived there.
- Discovering that one is wearing specific clothing without any memory of having put those garments on.
- Discovering newly acquired possessions among one’s belongings with no memory of purchasing them.
- Being greeted by unfamiliar individuals who address you by a different name or claim to have met you previously.
- Experiencing a sensation of standing beside oneself or observing one’s actions from an external perspective as if watching another individual.
- Being informed by others that one failed to recognize close acquaintances, friends, or family members.
- Having completely forgotten significant life milestones or events (e.g., ceremonies, graduations, or major trips).
- Being accused by others of dishonesty or lying when one is convinced of having told the truth.
- Looking directly into a mirror and failing to recognize one’s own reflection.
- Feeling as though other individuals, physical objects, or surroundings are unreal or dreamlike.
- Sensation that one’s physical body or parts of it do not truly belong to oneself.
- Reliving an emotional or past occurrence so vividly that it feels as though the event is taking place in the present moment.
- Uncertainty regarding whether a vivid memory represents an actual historical event or merely a past dream.
- Experiencing a familiar environment as utterly foreign, novel, or unrecognizable.
- Becoming so deeply engrossed in a television show, book, or film that one becomes completely oblivious to ambient surroundings.
- Becoming so absorbed in a fantasy or daydream that it momentarily feels entirely real.
- Realizing that one can voluntarily or involuntarily ignore severe physical pain.
- Finding oneself staring blankly into space without conscious thoughts, unaware of how much time has elapsed.
- Catching oneself vocalizing thoughts or speaking aloud while entirely alone.
- Behaving so distinctively across separate contexts that one feels almost like two completely separate individuals.
- Effortlessly and spontaneously executing complex behaviors or skills that are normally challenging.
- Inability to verify whether an intended action was actually performed or merely contemplated.
- Discovering tangible evidence of actions completed that one has no conscious memory of executing.
- Discovering written notes, journal entries, or sketches in one’s possession that must be one’s own work but without any recollection of producing them.
- Experiencing internal auditory perceptions or voices directing actions or commenting on ongoing behaviors.
- Feeling as though looking at the world through an obscure fog or haze, making surroundings and people appear distant or blurry.