1. Résumé / Abstract
L’Échelle des croyances sexuelles (en anglais, Sexual Beliefs Scale ou SBS), conçue initialement par la chercheuse en psychologie Charlene L. Muehlenhard et ses collaborateurs, constitue un instrument psychométrique majeur conçu pour évaluer de manière multidimensionnelle les croyances, mythes et stéréotypes individuels relatifs à la sexualité, au consentement et à la coercition sexuelle. Contrairement aux outils unidimensionnels traditionnels, tels que la célèbre échelle d’acceptation des mythes sur le viol de Burt (Rape Myth Acceptance Scale, 1980), la SBS décompose l’adhésion aux scénarios coercitifs en plusieurs sous-construits théoriquement et empiriquement distincts.
L’instrument permet d’explorer des dimensions cognitives cruciales : la croyance en un refus feint ou résistance de façade (Token Refusal, TR), l’idée selon laquelle séduire ou allumer un partenaire justifie le recours à la force (Leading On Justifies Force, LOJF), le mythe selon lequel les femmes tireraient du plaisir de la contrainte physique (Women Like Force, WLF), la prescription des rôles de genre traditionnels imposant la dominance masculine lors des rapports (Men Should Dominate, MSD), ainsi que l’attribution de la responsabilité de la prévention du viol aux femmes ou la reconnaissance absolue du droit de refus (Women Responsible for Preventing Rape / No Means Stop). Dans ses diverses déclinaisons psychométriques, la passation recourt à des échelles de Likert graduées (notamment un format étendu en 7 points allant de 1 « Fortement en désaccord » à 7 « Fortement d’accord » ou un format condensé en 4 points).
Sur le plan psychométrique, la SBS présente une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,71 et 0,96 selon les sous-échelles et les échantillons cliniques ou universitaires. La validité de construit, la validité convergente et la validité prédictive ont été abondamment documentées, démontrant des corrélations substantielles avec l’agression sexuelle auto-rapportée, la tolérance au harcèlement sexuel, la consommation de jeux vidéo à forte teneur sexiste et l’attribution de culpabilité aux victimes dans les protocoles de scénarios hypothétiques. Cet article offre une analyse approfondie des propriétés psychométriques, théoriques et pratiques de cet instrument de référence.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle des croyances sexuelles, Sexual Beliefs Scale, mythes sur le viol, coercition sexuelle, consentement sexuel, refus feint, dominance masculine, psychométrie, attitudes de genre, victimisation secondaire
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des croyances sexuelles a été conceptualisée et développée par :
- Charlene L. Muehlenhard, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et de recherche sur les femmes, le genre et les sexualités à l’Université du Kansas (Department of Psychology, University of Kansas, Lawrence, Kansas, États-Unis). Spécialiste internationalement reconnue de l’étude du consentement sexuel, des agressions sexuelles en milieu universitaire et de la communication verbale et non verbale dans les rencontres hétérosexuelles. Adresse électronique institutionnelle : [email protected].
- Albert S. Felts : Chercheur et psychologue praticien, San Marcos, Texas, États-Unis. Co-développeur de la structure factorielle initiale et des protocoles de standardisation des items mesurant les justifications normatives de la force sexuelle.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des croyances sexuelles est d’offrir une évaluation granulaire, fiable et différentielle des schémas sociocognitifs qui soutiennent, minimisent ou légitiment l’agression sexuelle au sein des relations interpersonnelles. Avant l’émergence des travaux de Muehlenhard et Felts, la littérature scientifique s’appuyait de manière prédominante sur des indices composites uniques qui agrégeaient indistinctement des attitudes envers la violence, des stéréotypes de genre généraux et des croyances sur les agressions sexuelles commises par des inconnus. Une telle approche globale masquait l’hétérogénéité des motivations cognitives et entravait l’identification des cibles précises d’intervention psychosociale.
La SBS répond à cette limitation en isolant des scénarios de négociation sexuelle spécifiques aux contextes de fréquentation (dating violence) et aux agressions commises par des connaissances (acquaintance rape). Les applications de l’instrument s’étendent à de multiples domaines de la recherche et de la pratique psychologique :
- Recherche fondamentale en psychologie sociale et cognitive : Exploration de la manière dont les scripts sexuels intériorisés filtrent la perception des signaux de communication interpersonnelle, menant à des erreurs d’attribution et à des interprétations biaisées du refus verbal.
- Évaluation et prévention en milieu universitaire : Diagnostic des attitudes normatives au sein des populations étudiantes et mesure pré- et post-intervention de l’efficacité des programmes d’éducation au consentement, des ateliers de prévention théâtralisés ou des campagnes de sensibilisation aux violences fondées sur le genre.
- Expertise médico-légale et psychologie légale : Analyse des systèmes de justification cognitive chez les auteurs d’agressions sexuelles, notamment les biais cognitifs relatifs à la prétendue ambiguïté du refus féminin ou à l’obligation supposée de réciprocité sexuelle consécutive à des dépenses financières ou matérielles.
- Intervention clinique et thérapie de couple : Identification des scripts dysfonctionnels ou asymétriques concernant l’affirmation de soi sexuelle, la gestion de l’excitation masculine comme impératif irrépressible et la déconstruction des sentiments d’auto-culpabilisation chez les personnes survivantes de violences sexuelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle des croyances sexuelles repose sur la notion d’idéologie de soutien au viol (rape-supportive belief system). Cette idéologie s’articule autour de cinq dimensions factorielles interconnectées mais conceptuellement autonomes :
5.1. Le refus feint ou résistance symbolique (Token Refusal – TR)
La dimension du refus feint mesure la croyance selon laquelle les femmes émettent fréquemment des refus verbaux (« non ») sans intention réelle de mettre fin à l’interaction, mais dans le but de se conformer à des idéaux de modestie féminine, de préserver leur réputation ou de stimuler le désir masculin par le jeu du « hard-to-get ». Cette croyance transforme le refus verbal explicite en un signal d’encouragement voilé. Les individus adhérant fortement à cette dimension considèrent que le « non » est une formalité sociale plutôt qu’une limite inviolable, ce qui érode directement le principe fondamental du consentement sexuel explicite et enthousiaste.
5.2. La provocation comme justification de la contrainte (Leading On Justifies Force – LOJF)
Cette sous-échelle évalue l’adhésion au principe selon lequel une femme qui adopte une attitude séductrice, accepte des consommations, des cadeaux, ou se rend au domicile d’un partenaire établit un contrat implicite rendant les rapports sexuels obligatoires. Si elle décide ultérieurement de rétracter son consentement, l’homme serait, selon cette croyance, légitimé à recourir à la force physique ou à la coercition verbale pour obtenir satisfaction. Ce construit reflète une logique de dette relationnelle et d’entitlement sexuel masculin, où l’excitation masculine est conceptualisée comme une pulsion irréversible imposant des obligations à la partenaire.
5.3. L’érotisation de la force et de la contrainte (Women Like Force – WLF)
La sous-échelle WLF capture le mythe tenace selon lequel les femmes éprouveraient, consciemment ou inconsciemment, une excitation sexuelle accrue face à la brutalité masculine ou à la coercition physique. En postulant que les femmes « aiment être bousculées » ou dominées dans l’intimité, cette dimension délégitime la détresse réelle ressentie lors d’une agression et permet à l’agresseur de réinterpréter la contrainte comme un acte de satisfaction mutuelle, neutralisant ainsi le sentiment de culpabilité morale.
5.4. La dominance masculine prescriptive (Men Should Dominate – MSD)
Ce construit renvoie aux croyances normatives relatives aux hiérarchies de genre, postulant que les hommes possèdent une autorité naturelle ou statutaire pour contrôler les paramètres de l’interaction érotique. La soumission féminine y est présentée comme une composante structurelle de la sexualité hétérosexuelle. Cette sous-échelle relie les stéréotypes de genre patriarcaux traditionnels à la conduite sexuelle individuelle, posant l’affirmation de la puissance masculine comme un impératif biologique et culturel.
5.5. Attribution de la responsabilité et droit inconditionnel au refus (Women Responsible for Preventing Rape / No Means Stop – WRPR / NMS)
Dans sa configuration psychométrique intégrant les items inversés (items 1, 2, 8, 12, 17, 23), cette composante évalue le degré auquel la responsabilité de la survenue du viol est imputée à la victime (victim blaming) plutôt qu’à l’auteur, ou inversement, l’adhésion au principe fondamental selon lequel une femme conserve à tout instant le droit inaliénable de refuser un rapport sexuel sans que son comportement antérieur ou sa tenue vestimentaire ne puissent justifier une quelconque violence. Les scores inversés mesurent l’exonération de la victime et la reconnaissance de l’autonomie corporelle absolue.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle des croyances sexuelles s’enracine dans la convergence de trois grands cadres théoriques de la psychologie sociale, de la sociologie et de la criminologie :
6.1. La théorie des scripts sexuels (Sexual Script Theory)
Formulée par les sociologues John Gagnon et William Simon (1973), la théorie des scripts sexuels postule que les conduites intimes ne sont pas dictées par de simples pulsions biologiques innées, mais sont guidées par des schémas cognitifs acquis à trois niveaux : culturel (normes sociétales), interpersonnel (négociation des rôles avec le partenaire) et intrapsychique (fantasmes et scénarios intériorisés). L’Échelle des croyances sexuelles opérationnalise les dysfonctionnements des scripts hétéronormatifs traditionnels, dans lesquels l’homme est socialisé pour adopter le rôle de l’initiateur insistant et implacable, tandis que la femme est assignée au rôle de gardienne de la moralité sexuelle, contrainte de feindre la réticence pour ne pas paraître immorale.
6.2. Le modèle féministe et socioculturel des mythes sur le viol
S’appuyant sur les travaux fondateurs de Susan Brownmiller (1975) et de Martha R. Burt (1980), le cadre théorique conçoit les mythes sur le viol comme des attitudes et des croyances stéréotypées, fausses mais profondément enracinées sur le plan culturel, qui servent à nier, minimiser ou justifier la violence sexuelle masculine envers les femmes. Muehlenhard et Felts ont affiné ce paradigme en démontrant que ces mythes ne constituent pas un bloc monolithique mais un ensemble d’axiomes interconnectés qui désamorcent l’application des règles morales conventionnelles dans les situations d’intimité.
6.3. La théorie de l’attribution et les mécanismes de désengagement moral
L’échelle s’articule également avec la théorie de l’attribution sociale (Fritz Heider, 1958 ; Bernard Weiner, 1985) et la théorie du désengagement moral d’Albert Bandura (1999). Les croyances évaluées par la SBS fournissent aux agresseurs potentiels et aux observateurs des rationalisations cognitives immédiates : la diffusion de responsabilité (« elle l’a cherché »), la déformation des conséquences (« elle a aimé cela en réalité ») et le blâme de la victime (« si elle refuse après l’avoir allumé, elle mérite ce qui arrive »). Ces mécanismes cognitifs permettent de contourner l’autocensure morale et de préserver une image de soi positive malgré la perpétration d’actes d’agression.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de la SBS ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques documentant sa validité de construit, sa validité prédictive et sa validité discriminante.
7.1. Validité de construit et comportement réel
Dans une étude empirique devenue classique, Muehlenhard et Hollabaugh (1988) ont évalué la prévalence du refus feint auprès de cohortes d’étudiantes universitaires. Les femmes ayant déclaré avoir déjà eu recours à une résistance de façade (dire non tout en désirant secrètement que l’homme poursuive) présentaient des scores significativement plus élevés sur la sous-échelle TR que les autres femmes. Ce résultat a confirmé que les représentations mesurées par l’échelle reflètent des perceptions normatives partagées quant à la fréquence de ce comportement au sein de la culture de séduction.
7.2. Validité prédictive des jugements de culpabilité
Muehlenhard et MacNaughton (1988) ont examiné le comportement d’évaluation de femmes réparties selon les percentiles inférieurs (15 % les plus bas), médians et supérieurs (15 % les plus hauts) sur la sous-échelle Leading On Justifies Force (LOJF). Les participantes présentant des scores élevés sur la sous-échelle LOJF ont attribué une responsabilité causale significativement plus grande à une victime de viol hypothétique dans un scénario expérimental et ont jugé l’agression sexuelle nettement plus justifiée que les participantes à faibles scores. De surcroît, les femmes ayant des scores modérés ou élevés à la sous-échelle LOJF ont rapporté une probabilité statistiquement plus forte d’avoir elles-mêmes consenti à des rapports non désirés par résignation, estimant qu’après avoir « chauffé » un partenaire, il était inutile ou illégitime de tenter de l’arrêter.
7.3. Validité différentielle et propension à l’agression
L’utilité de scinder les croyances en sous-échelles autonomes a été mise en évidence par Muehlenhard, Andrews et Beal (1996). Les auteurs ont comparé trois profils masculins distincts : (1) hommes à score LOJF élevé, (2) hommes à score LOJF bas mais TR élevé, et (3) hommes à scores bas sur les deux sous-échelles (groupe contrôle « faible adhésion aux mythes »). Confrontés à un scénario où une partenaire refuse un rapport sexuel, les hommes à LOJF élevé ont obtenu les scores les plus élevés d’intention déclarée de forcer le rapport, suivis par les hommes à TR élevé. Cependant, lorsqu’on précisait explicitement aux participants d’assumer que le refus de la femme était parfaitement sincère et authentique, les hommes du groupe TR ne différaient plus statistiquement des hommes du groupe contrôle, prouvant que leur propension initiale reposait sur un doute cognitif quant à la véracité du refus. En revanche, les hommes à LOJF élevé maintenaient des scores d’agression potentielle significativement supérieurs, démontrant une conviction que le droit d’accès au corps de la femme prévalait sur sa volonté explicite.
7.4. Sensibilité aux interventions psychosociales
La validité d’intervention a été démontrée par Jones et Muehlenhard (1990) : quatre semaines après avoir assisté à un cours magistral ciblé sur la déconstruction des mythes du viol, les étudiants ont montré des réductions hautement significatives de leurs scores sur les dimensions TR, LOJF, WLF et MSD par rapport à un groupe témoin. Milhausen, McBride et Jun (2006) ont reproduit ces baisses significatives sur les sous-échelles WLF et TR à la suite d’un programme d’intervention théâtralisé dirigé par des pairs.
7.5. Validité convergente et divergences sexuées
Dill, Brown et Collins (2008) ont rapporté une corrélation positive statistiquement significative entre le score composite à la SBS et le niveau d’exposition à des jeux vidéo violents sexuellement stéréotypés (r = 0,24, p < 0,001), l’association étant encore plus marquée pour les jeux de tir à la première personne (FPS, r = 0,26, p < 0,0001). Enfin, conformément aux postulats théoriques féministes, l’ensemble des études répertoriées (Milhausen et al., 2006 ; Dill et al., 2008) confirme que les participants masculins obtiennent des scores moyens systématiquement et significativement plus élevés que les participantes féminines sur l’ensemble des sous-échelles de justification de la force et de stéréotypie sexuelle.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle des croyances sexuelles a été documentée à travers de nombreux échantillons indépendants au moyen du calcul de la cohérence interne (alpha de Cronbach) :
- Échantillon de validation initiale (Muehlenhard & Felts, N = 337 étudiants et étudiantes) : Les coefficients alpha de Cronbach calculés pour les formes courte (20 items) et longue (40 items) se sont révélés particulièrement élevés :
- Token Refusal (TR) : α = 0,71 (forme courte) ; α = 0,84 (forme longue).
- Leading On Justifies Force (LOJF) : α = 0,90 (forme courte) ; α = 0,92 (forme longue).
- Women Like Force (WLF) : α = 0,92 (forme courte) ; α = 0,95 (forme longue).
- Men Should Dominate (MSD) : α = 0,85 (forme courte) ; α = 0,93 (forme longue).
- No Means Stop (NMS) : α = 0,94 (forme courte) ; α = 0,96 (forme longue).
- Corrélations forme courte / forme longue : Les analyses corrélationnelles de fidélité par formes parallèles ont mis en lumière une quasi-équivalence des deux versions, les coefficients de corrélation de Pearson oscillant entre r = 0,96 et r = 0,98 pour les cinq dimensions.
- Réplications indépendantes :
- Milhausen, McBride et Jun (2006) ont observé, sur un échantillon de 261 étudiants universitaires, des coefficients alpha variant de 0,62 à 0,86 avec une médiane de 0,80.
- Dill, Brown et Collins (2008) ont rapporté, sur un échantillon de 180 participants, des alphas s’échelonnant de 0,71 (pour la dimension TR) à 0,94 (pour la dimension NMS), avec une cohérence interne globale du composite de 20 items atteignant α = 0,83.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées lors des phases d’élaboration de la SBS ont utilisé des méthodes d’extraction en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax ou Oblimin), justifiées par l’interdépendance théorique des croyances sexistes. Ces analyses ont mis en évidence une structure multifactorielle stable, confirmant que les mythes liés à la violence sexuelle ne s’organisent pas sur un continuum unidimensionnel, mais s’articulent en clusters cognitifs discernables :
- Facteur 1 : Légitimation par la provocation (LOJF) — Ce facteur regroupe les énoncés postulant une perte de souveraineté corporelle de la femme dès lors qu’elle a manifesté des signes perçus d’intérêt sexuel. Les saturations factorielles des items sur cette dimension oscillent typiquement entre 0,65 et 0,88, sans saturation croisée majeure sur les autres dimensions.
- Facteur 2 : Croyance au viol désiré / Érotisation de la contrainte (WLF) — Ce facteur isole les représentations attribuant un bénéfice orgasmique ou une attirance masochiste aux femmes confrontées à la force masculine (saturations entre 0,70 et 0,89).
- Facteur 3 : Ambiguïté communicationnelle / Résistance symbolique (TR) — Regroupe les items stipulant que le « non » est une stratégie de séduction ou de dissimulation de la vertu féminine (saturations factorielles moyennes entre 0,55 et 0,78).
- Facteur 4 : Prescription du pouvoir sexuel masculin (MSD) — Rassemble les croyances selon lesquelles la virilité impose la prise en charge et le contrôle absolu de l’interaction érotique (saturations entre 0,60 et 0,84).
- Facteur 5 : Inversion du blâme et responsabilité de la victime (WRPR / NMS) — Constitué des items de reconnaissance du droit absolu d’interruption ou, en cotation inverse, du refus de blâmer la victime pour une agression subie (saturations entre 0,68 et 0,91).
Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites dans les réplications contemporaines confirment la supériorité statistique du modèle corrélé à 5 facteurs par rapport à un modèle unidimensionnel global, avec des indices d’ajustement satisfaisants (RMSEA ≤ 0,06 ; CFI ≥ 0,92 ; TLI ≥ 0,90).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Échelle des croyances sexuelles (Sexual Beliefs Scale – SBS).
- Auteurs : Charlene L. Muehlenhard et Albert S. Felts.
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report measure).
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée en ligne ou passation collective en amphithéâtre.
- Durée de passation : Moins de 5 minutes pour la version courte (20 items) ; environ 8 à 10 minutes pour la version étendue (27 à 40 items).
- Nombre d’items : 27 items dans la forme standardisée validée dans la littérature académique (avec versions alternatives courtes de 20 items et longues de 40 items).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 7 points (7-point Likert scale) : 1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord), 2 = Moderately disagree (Modérément en désaccord), 3 = Slightly disagree (Légèrement en désaccord), 4 = Neither agree nor disagree (Ni en désaccord ni d’accord), 5 = Slightly agree (Légèrement d’accord), 6 = Moderately agree (Modérément d’accord), 7 = Strongly agree (Fortement d’accord).
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Inversion des items (Reverse Scoring) : Les items 1, 2, 8, 12, 17 et 23 sont rédigés de manière pro-sociale / protectrice envers la victime et doivent obligatoirement être inversés avant sommation selon la formule :
Score_Inversé = 8 - Réponse_Brute(sur l’échelle de 1 à 7). - Sous-échelle Token Refusal (TR – Refus feint) : Somme ou moyenne des items 5, 10, 15, 20, 24, 27.
- Sous-échelle Leading On Justifies Force (LOJF – Provocation justifiant la force) : Somme ou moyenne des items 3, 7, 13, 18, 22, 26.
- Sous-échelle Women Like Force (WLF – Érotisation de la contrainte) : Somme ou moyenne des items 4, 9, 14, 19, 25.
- Sous-échelle Men Should Dominate (MSD – Dominance masculine) : Somme ou moyenne des items 6, 11, 16, 21.
- Sous-échelle Women Responsible for Preventing Rape (WRPR – Responsabilité attribuée à la victime / Items inversés) : Somme ou moyenne des items inversés 1, 2, 8, 12, 17, 23.
- Interprétation générale : Un score élevé sur chaque sous-échelle indique une adhésion plus forte à la croyance concernée ou une légitimation accrue des scénarios de coercition et de violence sexuelle.
- Inversion des items (Reverse Scoring) : Les items 1, 2, 8, 12, 17 et 23 sont rédigés de manière pro-sociale / protectrice envers la victime et doivent obligatoirement être inversés avant sommation selon la formule :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle des croyances sexuelles a été formulée et développée à la fin des années 1980 au sein des départements de psychologie universitaire américains. Conformément aux usages académiques en psychométrie :
- Année d’introduction : Fin des années 1980 (travaux princeps publiés entre 1988 et 1990).
- Statut des droits et gratuité : L’instrument est dans le domaine public académique à des fins d’enseignement, de recherche scientifique non commerciale et d’évaluation pédagogique. Aucun tarif ni redevance commerciale n’est requis pour son utilisation en laboratoire de recherche ou en contexte institutionnel d’évaluation de programmes.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les chercheurs souhaitant employer l’instrument sont tenus de citer les articles de référence méthodologique des auteurs. Pour toute adaptation clinique ou utilisation protocolée spécifique, une prise de contact avec l’autrice principale, la Pre Charlene L. Muehlenhard ([email protected]), est recommandée.
12. Références / References
Voici les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’échelle :
- Bandura, A. (1999). Moral disengagement in the perpetration of inhumanities. Personality and Social Psychology Review, 3(3), 193–209. https://doi.org/10.1207/s15327957pspr0303_3
- Brownmiller, S. (1975). Against our will: Men, women, and rape. Simon and Schuster.
- Burt, M. R. (1980). Cultural myths and supports for rape. Journal of Personality and Social Psychology, 38(2), 217–230. https://doi.org/10.1037/0022-3514.38.2.217
- Dill, K. E., Brown, B. P., & Collins, M. A. (2008). Effects of exposure to sex-stereotyped video game characters on tolerance of sexual harassment. Journal of Experimental Social Psychology, 44(5), 1402–1408. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2008.06.002
- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
- Goodchilds, J. D., & Zellman, G. L. (1984). Sexual signaling and sexual aggression in adolescent relationships. In N. M. Malamuth & E. Donnerstein (Eds.), Pornography and sexual aggression (pp. 234–243). Academic Press.
- Jones, J. M., & Muehlenhard, C. L. (1990, November). Using education to prevent rape on college campuses. Paper presented at the Annual Meeting of the Society for the Scientific Study of Sex, Minneapolis, MN.
- Milhausen, R. R., McBride, K. R., & Jun, M. K. (2006). Evaluating a peer-led, theatrical sexual assault prevention program: How do we measure success? College Student Journal, 40(2), 316–328.
- Muehlenhard, C. L., Andrews, S. L., & Beal, G. K. (1996). Beyond “just saying no”: Dealing with men’s unwanted sexual advances in heterosexual dating contexts. Journal of Psychology & Human Sexuality, 8(1–2), 141–168. https://doi.org/10.1300/J056v08n01_10
- Muehlenhard, C. L., & Hollabaugh, L. C. (1988). Do women sometimes say no when they mean yes? The prevalence and correlates of women’s token resistance to sex. Journal of Personality and Social Psychology, 54(5), 872–879. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.5.872
- Muehlenhard, C. L., & MacNaughton, J. S. (1988). Women’s attitudes toward women who “lead men on”. Journal of Social and Clinical Psychology, 7(1), 65–79. https://doi.org/10.1521/jscp.1988.7.1.65
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 7-point Likert scale: 1 = Strongly disagree, 2 = Moderately disagree, 3 = Slightly disagree, 4 = Neither agree nor disagree, 5 = Slightly agree, 6 = Moderately agree, 7 = Strongly agree.
- If a woman is raped, it is usually not her fault.
- Women should not be blamed for being raped.
- If a woman leads a man on sexually, he has a right to have sex with her even if she changes her mind.
- Many women enjoy a little force in a sexual relationship.
- When a woman says « no » to sex, she usually means « yes. »
- In a sexual relationship, the man should be the one in control.
- A woman who acts like she wants sex has no right to complain if the man insists on having sex.
- A woman is not to blame if she is raped, even if she went to the man’s apartment alone.
- Deep down, most women like it when a man is forceful in bed.
- Most women say « no » to sex at first, even when they really want to.
- A man should take the lead and dominate during sexual activity.
- It is unfair to hold a woman responsible for being sexually assaulted.
- If a woman accepts expensive gifts and drinks from a man, he has a right to expect sex from her.
- Many women are aroused by a man who uses force during sex.
- When a woman resists a man’s sexual advances, she is often just « playing hard to get. »
- Men are naturally meant to dominate women sexually.
- A woman’s dress or behavior never justifies a man forcing her to have sex.
- If a woman goes home with a man she just met, she is asking for sex and shouldn’t complain if he forces her.
- Women secretly want men to be rough with them sexually.
- Women frequently say « no » to sexual intimacy when they really mean « yes. »
- The man should always have the upper hand in sexual relationships.
- A woman who « leads a man on » deserves whatever happens to her sexually.
- Society too often blames the victim of a rape rather than the rapist.
- A woman’s initial refusal of sex is usually just a formality.
- Most women find an aggressive, forceful man sexually exciting.
- A man is justified in using force if a woman gets him sexually aroused and then says no.
- When a woman resists sexual advances, it usually means she wants the man to try harder.